Pléthore

L’ origine de la vie ne s’ explique pas par la science, éventuellement aidée du hasard. « La dynamique du cosmos et son évolution sont fondées sur la physique quantique (la matière est à la fois onde et corpuscule) : trou noir, naissance des étoiles et expansion de l’ Univers. Par contre elle n’ a pas encore contribué à la compréhension de la conscience et de la vie » (1).

La source de la vie ne se comprend pas davantage par les écrits religieux « relatant des phénomènes proches de la science-fiction, à l’  exemple de la Bible qui décrit la résurrection de Jésus ou le réveil de Lazare du monde des morts » (2).
Certes, la création de la Terre et de l’ Homme rapportée dans le livre de la Genèse ne convainc aucun esprit rationnel mais un précepte «  croissez et multipliez, remplissez la terre  » a été suivi au-delà de toute espérance : environ 250 millions d’ êtres humains peuplent la Terre à la naissance du Christ, 7,6 milliards en 2019 et probablement 10 milliards en 2050 (ONU). Leur augmentation quotidienne est estimée à 250 000 unités en dépit des catastrophes naturelles, des épidémies et de nombreux foyers de guerre et des famines qui en résultent.

Quo usque tandem ?

Un diagnostic médical ne relève d’ aucune appartenance politique ou religieuse. Dans le même esprit de neutralité, certains signes autorisent à poser un autre diagnostic, plus global celui-ci : notre planète souffre de surpopulation.
En de nombreux endroits croissent des mégapoles, souvent bordées de bidonvilles dont les habitants luttent pour la survie. Les logements manquent, les parcs de stationnement aussi. Le transport routier, ferroviaire, aérien et maritime s’ accroît de façon exponentielle, nécessitant d’ agrandir autoroutes, gares, aéroports et bateaux. Les paquebots d’ aujourd’ hui tiennent davantage d’ un immeuble locatif flottant (fig. 1) en comparaison de nos élégants vieux transatlantiques (fig. 2).
Des « mégaconcerts » rassemblent une pléiade de jeunes incultes que la « musique » véhiculée par des acteurs agités fait basculer dans l’ hystérie collective. « La preuve du pire c’ est la foule » (Sénèque, entre 4 av. J.-C. et 1 après J.-C. - 65). De gigantesques stades de tous sports résonnent d’ une bruyante multitude venue encourager des joueurs aux énormes revenus : panem et circenses depuis plus de 2000 ans. Aujourd’ hui, les jeux rapportent assurément plus que le pain ne coûte !

Le tourisme de masse pollue des endroits autrefois préservés et d’ innombrables déchets non dégradables encombrent la surface terrestre et les océans. Dans nos contrées dites riches et pourtant fortement endettées, chaque période de congés ou de vacances voit des centaines de milliers de quidams, tels les saumons remontant les rivières pour se reproduire, se bousculer sur terre ou dans les airs vers la destination de leurs loisirs auxquels ils ont droit, ou du moins le pensent-ils. La réflexion de Blaise Pascal (1623-1662) prend alors un caractère prophétique : « Tout le malheur des hommes vient d’ une seule chose, qui est de ne savoir pas se tenir en repos dans une chambre » (3).
La transition démographique (les taux de natalité et de mortalité élevés d’ une nation deviennent progressivement faibles), dont il est attendu qu’ elle finisse par atteindre tous les pays de la planète, ne devrait toutefois pas empêcher l’ augmentation de la population mondiale à l’ avenir en raison du phénomène de l’ héritabilité de la fécondité (4). A l’ appui de cette projection, l’ Afrique, empreinte de polygamie, qui exporte des migrants et dont le peuplement devrait doubler d’ ici 30 ans. L’ Inde n’ est pas en reste et la Chine vient d’ autoriser 2 enfants par couple au lieu de 1 précédemment.
La limite vient, non pas de l’ Homme, mais de notre globe qui à la fois souffre et se rebelle contre le trop plein et le pillage dont il est l’ objet. Arrive le réchauffement climatique avec ses potentielles dramatiques conséquences, réalité sacrifiée par certains sur l’ autel de la prospérité économique : « … il se pourrait tout à fait qu’ il soit trop tard demain et que les écosystèmes s’ effondrent, entraînant la disparition de la plupart des êtres vivants. L’ humanité dans son ensemble est aujourd’ hui confrontée à l’ une des décisions les plus difficiles de son histoire » (5).
Une analyse de 148 propositions de réduction de l’ empreinte carbone individuelle dans les pays développés (UE, USA, Canada, Australie) identifie de nombreuses mesures peu efficaces mais généralement encouragées tandis que 4 actions à fort potentiel de diminution d’ émission de CO2  – régime végétarien, éviter les voyages en avion, vivre sans voiture, avoir un enfant de moins
(en ordre d’ impact croissant) – ne font que rarement l’ objet de recommandations gouvernementales ou de messages éducatifs pour les adolescents. Avoir un enfant de moins diminuerait environ 20 fois plus l’ empreinte carbone à l’ origine du réchauffement climatique que vivre sans voiture (6, 7). « La mesure de loin la plus efficace, à savoir se restreindre en matière de procréation, celle-là est exemptée de tout appel à la responsabilité individuelle, au nom d’ un droit illimité à procréer » (8).
Entre autres défenses de ce droit, on ne peut ignorer la position de l’ Eglise, opposée à la contraception et à l’ IVG (cette dernière interdite en mai 2019 par l’ Etat de l’ Alabama !), comme d’ ailleurs le sont, à quelques nuances près, les religions musulmane et judaïque. Le pape et ses homologues d’ autres obédiences porteraient-ils une once (apostolique !) de responsabilité dans le dérèglement du climat ?
Voilà qui jette un certain éclairage sur la PMA et, a fortiori, sur la GPA, tandis que tant d’ enfants abandonnés ou orphelins seraient comblés par un foyer qu’ ils ne peuvent même pas imaginer.
Tout le règne animal est marqué par l’ instinct de conservation de l’ espèce qui pousse à la reproduction. L’ Homme n’ y échappe pas mais, par un dramatique paradoxe, plus il se reproduit et plus sont en voie de disparition de nombreuses espèces animales et peut-être, in fine, la sienne. La Nature (ou Dieu ou le hasard) a lié, non sans une certaine perversité, la procréation au plaisir. Dans son incommensurable imagination, elle eût pu dissocier l’ une de l’ autre avec comme possible conséquence une natalité moindre voire une extinction de l’ Humanité. Il n’ en fut rien. « A la cadence supposée de deux rapports sexuels par semaine, il en a fallu 2399200000000 pour obtenir 7,5 milliards d’ êtres humains » (9).
C’ est un lieu commun d’ affirmer que chaque vie est unique et qu’ elle a, parmi toutes les autres, sa valeur. Est-ce une raison de mettre au monde tant et tant d’ individus auxquels la banalité et la ressemblance vont servir de dénominateur commun ? Quel est le sens de cet incontrôlable emballement qui forcément fait prévaloir la quantité sur la qualité ? En quoi est-il nécessaire ? La vie est un bien trop précieux pour qu’ on la donne sans réflexion ni retenue parce que les humains le veulent, la nature le permet et la religion l’ encourage.
Voici ce qu’ écrivaient il y a 50 ans déjà, dans leur satirique analyse de notre civilisation, Laurence Peter (1919-1990) et Raymond Hull (1919-1985) : « L’ homme s’ est élevé dans la hiérarchie thérapeutique … jusqu’ à la médecine et la chirurgie modernes. Il fabrique maintenant des pièces détachées humaines, naturelles ou synthétiques. Ce pas en avant est une promotion qui le fait passer de guérisseur à créateur. Mais, devant la menace d’ une explosion démographique et d’ une famine générale, l’ homme a-t-il vraiment besoin de cette promotion ? » (10).
De cette croissance populationnelle on parle moins que de la croissance économique qui obsède Etats et particuliers.
Une énorme disparité frappe les habitants de notre Terre dont 1 % possèdent plus que les 99 % restant (11). 2018 bat le record mondial de réfugiés : 78 millions dont la moitié sont des enfants. Pendant que les armes ou la faim tuent nombre d’ entre eux, d’ indécents milliardaires étalent leur «  réussite  » matérielle. Le « Rabbit » de Jeff Koons (né en 1955), moulage en acier d’ un lapin gonflable, vendu pour 91,1 millions de dollars à New-York le 15 mai 2019, illustre le niveau de bêtise et la perte de repère affectant certains milieux.
Le montant de la dette publique et privée globale est passé de 115 900 milliards de dollars en 2007 à 184 000 milliards de
dollars en 2017 (12). La dette des pays riches est colossale et ne sera à l’ évidence jamais remboursée. L’ équation semble simple : plus les taux sont bas, plus la dette augmente et plus elle s’ accroît, moins les taux peuvent remonter (13). En dépit des multiples déclarations de politiques ou de prétendus experts, plus personne ne contrôle la situation dont profite une minorité. Le chômage plombe la jeunesse croissante d’ Etats qui, paradoxalement, font appel à des
travailleurs étrangers.
Dans les pays développés, le vieillissement de la population, à la fois victoire et menace, inquiète l’ économie : trop de retraités « coûteux » par rapport aux actifs. On encourage donc la natalité et on se réjouit de l’ apport de forces vives venues de l’ extérieur. Mais qu’ on ne s’ y trompe pas : l’ expansion démographique, bien que moindre, y est réelle et les jeunes productifs d’ aujourd’ hui devenant vieux à leur tour, il en faudra de nouveaux pour les assumer demain. Sauf un cataclysme imprévu mais toujours possible, il n’ y a aucune raison que le phénomène s’ arrête.
Et voilà que l’ Homme, mû par une alchimie de savoir scientifique, de curiosité et de vanité, envisage de s’ exporter sur d’ autres astres, longs voyages pourtant dérisoires en regard de l’ immensité de l’ Univers.
Le philosophe français Luc Ferry (né en 1951) distingue une première mondialisation (16ième – 18ième siècle), celle de la révolution scientifique, portée par un « gigantesque projet de civilisation », d’ une deuxième mondialisation (19ième – 21ième siècle), « essentiellement compétitive ». « Pour des raisons essentielles, structurelles, l’ histoire née de la deuxième mondialisation échappe presque intégralement à l’ emprise des politiques nationales. Jamais sans doute le monde n’ aura été aussi opaque, aussi imprévisible qu’ aujourd’ hui, parce que nous ne savons ni où nous allons, ni pourquoi nous y allons » (14).
En 1919, au sortir de la première guerre mondiale, Paul Valéry (1871-1945) fait déjà un diagnostic aussi saisissant que lucide : « Nous autres civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. Nous avions entendu parler de mondes disparus tout entiers, d’ empires coulés à pic avec tous leurs hommes et tous leurs engins ; descendus au fond inexplorable des siècles, avec leurs dieux et leurs lois, leurs académies et … leurs dictionnaires. … Et nous voyons maintenant que l’ abîme de l’ histoire est assez grand pour tout le monde. Nous sentons qu’ une civilisation a la même fragilité qu’ une vie » (15). C’ était il y a 100 ans et la population mondiale n’ était « que » d’ environ 1,7 milliard d’ individus.
Les astrophysiciens prédisent, dans un avenir lointain mais de façon certaine, l’ extinction du soleil et avec lui celle de l’ Humanité. Il se pourrait cependant que cette dernière se soit auto-détruite avant, comme si le génome humain contenait un gène encore non identifié, celui de sa «  disparition programmée  » !
« Notre court passage sur une planète banale tournant autour d’ une étoile ordinaire ne sera qu’ un épisode insignifiant au sein d’ une immense histoire ; il ne laissera guère de trace. L’ univers nous ignore » (16).
Mais l’ Univers ne sait pas qu’ il existe, contrairement à l’ Homme, à ce jour seul et périssable témoin de son existence.

 

Pr Jean Jacques Perrenoud

Cardiologue FMH
Chemin Thury 12
1206 Genève

jean-jacques.perrenoud@unige.ch

Communication sans paroles

La parole a été donnée à l’ homme pour déguiser sa pensée
(Talleyrand, 1754-1838)

La nature a doté l’  homme de la parole pour se faire entendre et, si possible, comprendre. Il en use et en abuse, poussé en cela par l’ omniprésence des moyens audiovisuels actuels, individuels ou collectifs.
L’ incommensurable flot des propos ainsi véhiculés privilégie l’ immédiateté sur la réflexion et la certitude sur le doute. « Le con prend ses croyances pour des vérités gravées dans le marbre, alors que tout savoir se construit sur du sable. Le doute rend fou, la certitude rend con. Même en admettant que la connerie n’ atteigne pas encore son paroxysme généralisé, elle n’ a jamais été aussi visible, décomplexée, grégaire et péremptoire » (1).

La question est de savoir si le discours est en adéquation avec la sincérité de son auteur

Le constat que la quantité des paroles débitées chaque jour se révèle inversement proportionnelle à leur qualité se double de la question de savoir si le discours est en adéquation avec son auteur, sa nature profonde, ses pensées, en un mot sa sincérité.
C’ est alors qu’ intervient la communication non verbale qui module, de façon inconsciente, toute conversation. « Je parle avec mon corps, et ceci sans le savoir. Je dis donc toujours plus que je n’ en sais » (2).
Pour comprendre la communication non verbale, il convient de déterminer le propre de tout être humain : la constitution, forte ou faible, est un agrégat d’ organes formant un organisme typique ; le tempérament, cyclique ou régulier, représente le mode d’ utilisation privilégié du temps et de ses rythmes ; le caractère signifie étymologiquement « signe gravé » et le corps humain est une matière biologique sur laquelle des signes innés et acquis sont gravés de façon permanente, rendant ainsi
l’ individu reconnaissable ; la personnalité définit l’ état différencié d’ un être en comparaison d’un autre et résulte du rapport entre constitution, tempérament, caractère et milieu ambiant (3).
L’ essence précéderait donc l’ existence, ce qu’ affirmait déjà Platon il y a plus de 2000 ans, au contraire du postulat existentialiste.

Ces gravures permanentes se révèlent par la forme du visage et du corps.
Limitons-nous au premier. De face, plus il est large et plus grande est l’ énergie physique, à l’ inverse d’ un cadre étroit, plus fragile. Chez l’ homme, il se révèle angulaire avec un renforcement des structures osseuses et, chez la femme, présente un relief osseux moins saillant avec un affinement des formes. « On regardera la part de féminité dans un visage masculin et celle de virilité dans un visage féminin afin de les situer indépendamment du caractère de base évident et de déterminer
l’ aptitude pour chacun des sexes à s’ enrichir des qualités du sexe opposé » (3).
En forme de poire, épaissi vers le bas, le visage appartient au terrien pratique à l’ intelligence instinctive. Celui en triangle « pointe en bas » caractérise l’ intellectuel dont la pensée domine la force physique. Un facies plat aux pommettes élargies, commun aux asiatiques, capte les événements et les intériorise pour élaborer une stratégie, à l’ exemple de l’ impassible président chinois Xi Jinping. Le profil donne une idée de la projection du sujet vers l’ extérieur, un menton long, offensif, caractérisant le profil du conquérant si prisé dans notre société de compétition (fig. 1).

Sans doute moins connue est l’ asymétrie qui marque tout visage et exprime, à des degrés divers,
l’ ambivalence d’ un individu. Une séparation virtuelle passant par l’ axe de la ligne du nez partage tout visage en deux côtés différents. L’ hémiface gauche révèle la partie féminine de l’ être, sa vie intérieure, tandis que l’ hémiface droite montre comment il réagit au monde extérieur, s’ y adapte ou s’ y oppose. Entre les deux il existe une relation guidant la gestion de la vie privée et publique de chacun. La différence saute aux yeux si on recompose en une seule unité les deux moitiés soit gauches soit droites.
D’ un côté gauche plus dur que le droit on peut déduire que la personne montrera une figure douce et complaisante dans un environnement professionnel ou social tout en étant très ferme et rigoureuse sur des principes ancrés dans la conscience. A l’ opposé, un côté droit plus ferme que le gauche révèle l’ importance de l’ aspect logique et prédispose son porteur à se montrer plus dur en société qu’ il ne l’ est à l’ intérieur de lui-même (3).
Maxence Brulard, graphologue et spécialiste de la caractérologie appliquée et du comportementalisme, analyse ainsi le visage d’ Emmanuel Macron : « Le visage gauche est plus étroit que le droit. Plus le visage apparaît fin, étroit et porteur de grands yeux, plus le caractère est ultrasensible et réactif aux ambiances. Cette fragilité dont il est conscient le pousse à « surjouer » une virilité dont il n’ est pas sûr. Le visage droit, tonique, large et plus osseux, lèvre inférieure plus dense, est celui qu’ il a construit par l’ expérience, précisément en réaction à ce sentiment de fragilité perçue dans la structuration innée du caractère. Deux comportements d’ Emmanuel Macron ne s’ opposent pas mais se complètent. Il montrera une force virile par un côté de sa personnalité quand un événement l’ y conduit allant jusqu’ à l’ affirmation d’ une idéologie. De l’ autre côté, laissant libre cours à son émotivité, il montre sa compréhension, sa compassion, sa sensibilité affective et sociale. Le président Macron fonctionne à l’ inverse de ses prédécesseurs qui ont tenté de brider leurs émotions pour servir la raison, c’ est donc bien l’ intelligence émotionnelle qui le gouverne » (4) (fig. 2).

Par un don exceptionnel d’ observation et son expertise manuelle, le sculpteur vaudois François Simecek (1898-1950) rejoint les observations du comportementaliste: « Après avoir été successivement boulanger, soldat, mineur et bijoutier, j’ ai trouvé ma vocation de sculpteur. Par elle, j’ ai recréé des visages et des attitudes humaines dans le bronze et la pierre. J’ ai été ainsi amené à scruter attentivement la figure des hommes et j’ ai compris qu’ à côté des traits mobiles et des gestes qui traduisent la réponse de l’ être aux impressions extérieures, un autre visage et une autre nature existent qui reflètent sa nature profonde et stable ».
De la comparaison du buste de Debussy (1862-1918) à celui de Ravel (1875-1937), qu’ il a lui-même sculptés, Simecek déduit que « Debussy est un plus grand musicien que Ravel, parce que plus complet et plus humain » (5). Observer le portrait en écoutant la musique du premier puis du second éclaire la pertinence de cette assertion.
Lorsque le visage et le corps se mettent à bouger, ils vont dire davantage. Ainsi, après les gravures permanentes, la communication non verbale étudie les mouvements : expression, gestes, posture, démarche et voix qui confirment ou infirment le contenu du langage. Plus de 20 muscles animent les paupières, le nez et la bouche et donnent au visage à communiquer non verbalement pendant que parle le sujet. Un certain mouvement des lèvres, par exemple, peut être très révélateur. Quand, commentant les actes de pédophilie d’ un prêtre de son diocèse, le cardinal Barbarin assène que « la majorité des faits, grâce à Dieu, sont prescrits » (!), la contraction vers le bas de son muscle « petit zygomatique » imprime à sa bouche l’ image de l’ amertume, expression d’ une souffrance en totale contradiction avec le discours qui se veut rassurant et justificatif.
C’ est donc à l’ aune de sa gestuelle que devrait être apprécié le langage d’ un orateur, en particulier celui des femmes et hommes politiques de tout bord. Dans le théâtre de la vie, une part de comédien habite tout personnage, avec un degré variable de talent, de conscience et de vérité. Le grand Louis Jouvet (1887-1951) prévient ses élèves : « Tout comédien est un menteur qui se ment à lui-même et qui ment aux autres » (6).
Comme la parole, l’ écriture n’ échappe pas au risque de l’ abondance et de la vacuité. « Les oies font assurément moins de sottises qu’ on en écrit avec leurs plumes » (Talleyrand). Sa singularité est cependant de réunir à elle seule les communications verbale et non verbale. En effet, on peut la considérer comme verbale dans le sens où les mots traduisent la pensée du scripteur et non verbale car ce dernier n’ est pas conscient de ce que révèle son geste graphique. Les écritures de la figure 3, d’ hommes septuagénaires, réalisent deux portraits bien différents qui, à l’ instar d’ une mimique, vont susciter une impression avant même la lecture de leur contenu. « La graphologie relève en partie du non-verbal. Elle est l’ étude d’ un geste fossile, donc sauvé de l’ éphémère, matérialisée dans un trait, sur un support papier, cadre spatial de référence, espace de projection » (7).

La communication non verbale s’ introduit également dans la pratique médicale.

En effet, à l’ anamnèse, qui ressortit à l’ ordre du langage, succède l’ examen physique en quatre étapes bien connues : inspection, palpation, percussion, auscultation. Or la première est du domaine de la communication non verbale puisque le praticien observe ce que lui livre le patient : sa constitution, sa physionomie, la position de ses mains, bras et jambes, immobiles ou en mouvement, la couleur de sa peau et toute anomalie visible résultant d’ une pathologie donnée.
Mais l’ auscultation cardiaque (chère à l’ auteur de ces lignes) ne relève-t-elle pas aussi de la communication non verbale ? Par exemple, un galop protodiastolique (B3 pathologique) identifie une dysfonction ventriculaire gauche, un galop présystolique (B4), dû à une augmentation de la force de contraction de l’ oreillette gauche, dévoile une hypertrophie ventriculaire gauche secondaire à une hypertension artérielle tandis qu’ un souffle diastolique qualifie l’ insuffisance aortique. « Si le cœur est une pompe et non pas une boîte à musique, c’ est quand même par les bruits et les souffles qu’ il génère que sont identifiés son fonctionnement normal ou ses souffrances » (8).
La communication globale comprend donc non seulement les paroles mais encore le comportement. Cette inéluctable dualité permet à l’ observateur averti de mesurer la cohérence du verbe et du geste et donc l’ authenticité de la personne. Le détrônement du téléphone classique par skype et le smartphone permet à la communication non verbale de s’ établir même en l’ absence physique des interlocuteurs, la rendant ainsi ubiquitaire.

 

Pr Jean Jacques Perrenoud

Cardiologue FMH
Chemin Thury 12
1206 Genève

jean-jacques.perrenoud@unige.ch

1. Marmion JF. Avertissement. In Psychologie de la connerie. Editions Sciences humaines, Auxerre, 2018.
2. Lacan J. Le Séminaire, Livre 20. Editions du Seuil, Paris, 1975.
3. Brulard M. Du Corps à l’ esprit. Caractérologie appliquée et comportementalisme. A paraître.
4. Brulard M. Le président Macron, un stratège de l’ émotion. L’ Extension, Genève, 12. 2018.
5. Simecek F. Masque et visage. Editions nouvelles, Paris, 1947.
6. Jouvet L. In Louis Jouvet, notes de cours. Moch-Bickert E. Edition Librairie théâtrale, Paris, 1989.
7. De Grave M. Les bases scientifiques de la graphologie. Odiled.com/basescientifique.html.
8. Perrenoud JJ. Cardiogériatrie clinique. Editions Médecine et Hygiène, Genève, 2010.

Science et art: progrès ou évolution?

l n’ y a que l’ art et la science pour nous faire entrevoir et espérer une vie plus haute
(Beethoven, 1770-1827)

Dans l’ histoire de l’ humanité, l’ art précède la science. Le renne paléolithique et les fresques de Lascaux remontent à environ 20 000 ans avant J.-C. Une peinture rupestre datant de 40 000 ans vient d’ être découverte sur l’  île de Bornéo. Des « instruments » de musique sous la forme d’ os percés de trous, mis à jour par des recherches archéologiques, pourraient avoir 35 000 ans. La datation de l’ apparition de la musique demeure toutefois difficile à établir (1).
La technique à des fins domestiques (outils, feu) n’ est pas encore la science. Vers l’ an 1000 avant notre ère commence à s’ élaborer une pensée scientifique en Mésopotamie (à peu près l’ Irak actuel), en Egypte puis en Grèce ainsi qu’ en Chine et en Inde.
Avec les Grecs, grands mathématiciens, apparaît une science indépendante de tout dogme religieux, qui, avec la philosophie, cherche à expliquer le monde. Mais, dans leur désir de décrire et classer les phénomènes par le seul recours au pouvoir d’ abstraction de l’ esprit, les savants grecs, sauf en astronomie, négligent l’ observation et ne saisissent pas l’ importance de la recherche expérimentale, dépourvus qu’ ils sont, en outre, de moyens techniques suffisants.

La Science progresse, mais non sans obstacle

En effet, la culture et la philosophie grecques des Ecoles d’ Athènes et d’ Alexandrie sont stoppées par « l’ emprise absolue qu’ exerçait la religion chrétienne dans tout le monde occidental ; celle-ci imposait ses dogmes et submergeait tout ce qui n’ était pas elle. De cet étouffoir philosophique, l’ Occident ne sortira péniblement qu’ à la fin du Moyen Age. De la période romaine jusqu’ au 13ème siècle environ, la science occidentale n’ a été rien ou presque » (2). Le dogme demeure inoxydable : en 1914, l’ Eglise romaine met à l’ Index les oeuvres de Bergson (3) et en 2018, le pape qualifie de « tueurs à gages » les médecins pratiquant l’ IVG. Pendant 10 siècles, la science grecque fait le tour de la Méditerranée et s’ enrichit de la science arabe, surtout dans le domaine des mathématiques et de l’ astronomie. « Dès la fin du 13ème siècle, l’ Occident se trouvait ainsi au niveau scientifique de la fin de la période hellénistique » (2).
Les premières universités se fondent alors et, grâce aux traductions, on connaît puis on critique les théories grecques, Aristote en particulier. Au 13ème siècle apparaissent les verres optiques et au 14ème les premières horloges mécaniques indispensables à une mesure précise du temps dans la découverte de certaines lois physiques. D’ origine arabe et espagnole, la fabrication du papier se développe en Occident suivie de l’ imprimerie au 15ème siècle. Des inventions techniques voient le jour, dont le plus génial auteur est Léonard de Vinci (1452-1519) (4).
En 1543 sort l’ ouvrage de Copernic (1473-1543) dans lequel le polonais remplace le système géocentrique de Ptolémée d’ Alexandrie par le système héliocentrique. Il introduit un concept essentiel en science, celui de mettre en doute les fondements d’ une théorie antérieure (4). Remarquable coïncidence, la même année, le médecin flamand Vésale (1514-1564) publie son livre d’ anatomie issu de la dissection de corps humains, soulignant les erreurs de Galien (131-201) qu’ il admire cependant. Puis Harvey (1578-1657) découvre la circulation sanguine et introduit la méthode quantitative en médecine, précurseur de Claude Bernard (1813-1878) lui-même fondateur de la médecine expérimentale.

Vers 1610, Galilée (1564-1642) confirme la justesse du système de Copernic, crée sa longue vue astronomique et innove dans sa démarche consistant à vérifier par l’ expérience la véridicité d’ une hypothèse (4). A la fin du 17ème siècle, Newton (1642-1727) élabore le principe de la gravitation universelle et de la force d’ attraction entre deux masses. 250 ans plus tard, Einstein (1879-1955) expose sa théorie de la relativité restreinte puis générale. Moins cosmique mais combien utile est la conception, par le cardiologue français Constantin Paul (1833-1896), du stéthoscope biauriculaire à partir du cylindre en bois mono-auriculaire de Laennec (1781-1826), père de l’ auscultation cardio-pulmonaire (5).
Ce bref et très incomplet morceau d’ histoire rappelle que :
1. Science et croyance demeurent inconciliables, alors même que sévissent aujourd’ hui des créationnistes, de nombreuses sectes malfaisantes et des fanatiques religieux tueurs.
2. C’ est en s’ inspirant du travail de leurs prédécesseurs, en complétant leurs travaux, en osant critiquer leurs théories que les hommes ont fait progresser la science.
Ses fulgurants progrès au 20ème et au 21ème siècles touchent tous les domaines de la vie (médecine, communication, transport, astrophysique, robotique …) auxquels ils fournissent des moyens exceptionnels. La science aujourd’ hui alimente une réflexion philosophique plus « vraie » car enrichie d’ une meilleure compréhension de l’ univers et dépourvue de dogmes ancestraux et infondés. Elle ne répond pas (encore ?) à la question de l’ origine de la vie et de savoir comment la réunion de quelques molécules d’ ADN, signature des êtres vivants, a doté certains d’ entre eux de la faculté de penser, de connaître et de se projeter dans l’ avenir.
Seulement toute médaille a son revers. Arrivée à un incommensurable degré de complexité et de puissance, la science pose actuellement la question fondamentale de savoir si tout ce qu’ il est possible de faire en donne le droit.
Le big data, le réchauffement climatique, « l’ espace poubelle » (plus de 300 000 déchets en orbite autour de la terre), la procréation médicalement assistée, la gestation pour autrui, le prolongement de la vie … résultent des progrès de la science. Aux nombreuses questions éthiques que pose leur difficile et incertaine gestion tentent de répondre, de façon diverse et parfois opposée, scientifiques, bioéthiciens, médecins, informaticiens, philosophes et politiques. D’ irréductibles certitudes, un certain degré d’ égotisme et la perspective d’ avantages matériels menacent la raison et le bon sens.
Le réductionnisme de l’ Evidence-Based Medicine ne saurait remplacer l’ intelligence et l’ expérience du médecin. « Ce que la médecine sait n’ est pas aussi bien prouvé que l’ apparat du dispositif Cochrane-EBM cherche à le faire croire » (6). L’ abaissement du seuil d’ intervention thérapeutique d’ un certain nombre de « pré-affections » confère à l’ assertion du Dr. Knock un caractère prophétique : « Les gens bien portants sont des malades qui s’ ignorent » (7). « La médecine a progressé à un tel point que plus personne n’ est en bonne santé » (Aldous Huxley, 1894-1963).
L’ homme bionique aspirant à une grande longévité se révélera sans doute, au mieux comme une illusion et un péché d’ orgueil, au pire comme une erreur et une injustice en regard des 7,55 milliards d’ habitants de la terre (2017, selon l’ ONU) dont fort peu pourraient « bénéficier ». « On ne remplacera pas le vivant par des puces électroniques » (8).
La pléthore de revues et de publications n’ en garantit pas la valeur ou l’ utilité. « Ce qui menace la science aujourd’ hui, c’ est moins la censure que la production forcenée de l’ insignifiance » (9). Les incontournables réseaux sociaux, « sommet » de la communication, donnent la parole à quantité d’ individus qui n’ ont rien à dire.

Contrairement à la Science, l’ Art ne progresse pas

Certes, les moyens se perfectionnent, ainsi le remplacement des neumes (du grec neuma = signe) en vigueur au moyen âge par la portée musicale à 5 lignes, la maîtrise de la peinture à l’ huile par Jan Van Eyck au 15ème siècle ou l’ augmentation de la puissance du son et de la tessiture du piano au début du 19ème siècle comparées à celles du piano-forte. Le violon, lui, apparaît dès son origine dans sa perfection grâce à l’ exceptionnel savoir faire des luthiers italiens (famille Amati 1520-1740, Antonio Stradivari 1644-1737, Guarneri del Gesù 1698-1744) heureusement conservé par les facteurs actuels. A la monodie des Grecs succèdent la polyphonie maîtrisée par le contrepoint puis l’ harmonie et les accords.
Mais la Vierge aux rochers de Léonard de Vinci (vers 1478) ou la Ronde de Nuit de Rembrandt (1642) ne sont pas moins belles ni moins élaborées que la Liberté guidant le peuple de Delacroix (1830) ou Guernica de Picasso (1937). « En quoi Mozart marquerait-il un progrès sur Bach ? En quoi Beethoven sur Mozart ? » (10).
S’ il ne progresse pas, l’ art évolue : la peinture de Monet n’ est pas celle des Frères Le Nain ni la musique de Ravel celle de Monteverdi.
Léonard de Vinci à lui seul illustre cette différence entre la science et l’ art : les machines révolutionnaires (hélicoptère, scaphandre, sous-marin, automate) qu’ il conçoit ne peuvent pas encore être construites faute de progrès technique alors que sa Joconde est un chef-d’ œuvre de perfection, sans doute égalé mais jamais dépassé. Le don d’ observation de ce génie (qui écrivait de droite à gauche avec sa main gauche) suggère même que la florentine Lisa Gheradini, épouse de Francesco del Giocondo, était hypercholestérolémique car il la peint porteuse d’ un xanthélasma au coin interne de l’ œil gauche. Il ajoute un lipome à la face dorsale de sa main droite (fig. 1).
Des influences s’ exercent d’ une époque sur une autre, d’ une Ecole sur une autre, d’ un artiste sur un autre. En atteste l’ admiration exprimée par de grands musiciens envers leurs prédécesseurs ou leurs contemporains. Mozart (1756-1791) sur Beethoven : « Notez cet homme. Un jour il sera célèbre de par le monde ». Beethoven (1770-1827) sur Schubert (1797-1828) : « En Schubert il y a une étincelle vraiment divine ». Debussy (1862-1918) sur Bach (1685-1750) : « Bach qui contient toute la musique ». Brahms commence ainsi une lettre à Schumann : « Mon Maître vénéré ! ». Ravel, lui, affirme après avoir entendu le Prélude à l’ après-midi d’ un faune de Debussy : « C’ est à l’ audition de cette musique, voilà bien longtemps, que je compris ce qu’ était la vraie musique » (11). (En revanche, on ne saurait comprendre l’ aberration de Tchaïkovski (1840-1893) : « J’ envoie au diable de tout mon cœur la musique de Moussorgski ; elle est une vulgaire et basse parodie de la musique ») (12).
Quand Wagner (1813-1883) et Richard Strauss (1864-1949) élargissent la gamme diatonique par le recours au chromatisme, ils ont un illustre prédécesseur : Jean-Sébastien Bach (Fantaisie chromatique et fugue).
Lorsque les peintres dits impressionnistes réagissent au 19ème siècle contre la peinture officielle de l’ époque en privilégiant la vision de la nature, ils s’ inspirent des maîtres flamands et hollandais du « paysage atmosphérique » des 16ème et 17ème siècles.
Au 20ème siècle, l’ art évolue de façon dichotomique. En même temps que des œuvres de qualité, apparaissent différents mouvements qui accordent la primauté de l’ idée et de la théorie sur l’ œuvre, donnant immanquablement lieu à des productions d’ une rare indigence. A titre d’ exemples, le suprématisme de Malévitch (1879-1935) apparu en 1913, le dadaïsme (issu de dada, trouvé par une épingle piquant au hasard un mot dans le dictionnaire en 1916 !) de Duchamp (1887-1968), inventeur de la Joconde à moustaches qu’ il affuble de l’ acronyme LHOOQ (fig.2), le Pop art (1950), l’ art minimal (1960) et la musique aléatoire où le « compositeur » laisse à l’ interprète un degré variable d’ improvisation. Là, le discours change : « Si j’ ai raison, c’ est Beethoven qui a tort » (John Cage 1912-1992) ou « Si l’ on me démontrait que Schubert a vraiment fait de la musique, cela signifierait que moi, je n’ en ai jamais fait » (Pierre Boulez 1925- 2016) (13).

Si des hommes de science ont pu souffrir de l’ emprise de la religion, certains artistes ont payé leur tribut à la politique, même post mortem. Le même jour, 5 mars 1953, meurent un dictateur sanguinaire, Staline, et un grand compositeur et pianiste, Prokofiev. La Pravda passe sous silence le décès de ce dernier pendant une semaine ! Le régime nazi considère comme dégénérés Schönberg, Bartok, Hindemith, Chagall, Picasso, Klee, Kandinsky. Julian Barnes rapporte le calvaire qu’ impose à Chostakovitch (1906-1975) l’ appareil d’ état soviétique suivant la devise de Lénine : « L’ art appartient au peuple » (14). Moins dangereuse parce qu’ émise en démocratie mais tout aussi contraire à l’ essence même de l’ art, cette assertion d’ André Breton : « L’ art doit être fait par tous » (15). Barnes ne manque pas de rappeler les roubles offerts par des apparatchiks à Jean-Paul Sartre qui les justifie : « Nous ne refusons pas les incitations matérielles si une personne quitte le camp de la réaction pour le camp du progrès » (14).
Les progrès de la science ont sur l’ espèce humaine un impact sans commune mesure avec les productions artistiques. S’ il apporte à celles et ceux qui y sont sensibles, le reçoivent ou le pratiquent, les plus grandes joies et un haut réconfort, l’ art n’ est indispensable à la vie que d’ une relative minorité d’ individus. « L’ art est absolument inutile à la foule. Le gros public se complaît dans des œuvres de mauvais goût. Il y en a eu de tous les temps, elles répondent à un besoin, et on aura beau faire, rien ne l’ empêchera » (16).
« On reconnaît l’ artiste à ses inventions gratuites et à ce que son travail ne sert à rien » (12). Oui, l’ art est une des expressions les plus précieuses et les plus captivantes du génie humain mais il ne sert à rien dans la mesure où il n’ a guère d’ utilité pratique dans la vie quotidienne et c’ est là sa noble spécificité. Pas un jour ne passe depuis plus de 2 siècles sans que retentisse dans le monde la musique de Mozart qui fut enterré dans une fosse commune ! Lorsque Constance sa femme, malade le jour de l’ enterrement, voulut voir la tombe de son mari, personne ne put lui dire où il reposait (11).
La science a rendu à l’ art son plus bel hommage sous la forme de l’ enregistrement sonore (et aussi du cinématographe) qui non seulement véhicule, au travers de grands interprètes, les chefs d’ œuvre de la musique mais qui encore, dès le début du 20ème siècle, permet d’ entendre d’ illustres compositeurs jouer eux-mêmes leurs œuvres, émouvant et instructif témoignage (enregistrements au piano de Saint-Saëns en 1905, de Grieg et de Strauss en 1906, de Debussy en 1913, de Ravel en 1920, de Prokofiev en 1932).
Etrange ironie de l’ Histoire : environ 3000 ans séparent, au même endroit, l’ apparition de la pensée scientifique occidentale de sa disparition voulue par les barbares de l’ Etat islamique.

Pr Jean Jacques Perrenoud

Cardiologue FMH
Chemin Thury 12
1206 Genève

jean-jacques.perrenoud@unige.ch

1. Deliège I, Ladinig O, Vitouch O. Musique et évolution. Editions Primento, Bruxelles, 2013.
2. Franeau J. L’ évolution historique de la pensée scientifique (1). SPS no 279, Paris, 2007.
3. Waterlot G. Dieu est-il transcendant ? Archives de Philosophie, tome 71. Editions Centre Sèvres, Paris, 2008.
4. Franeau J. L’évolution historique de la pensée scientifique (2). SPS no 281, Paris, 2008.
5. Gorny P. Histoire illustrée de la cardiologie. Editions Roger Dacosta, Paris, 1985.
6. Kiefer B. La discorde Cochrane. Rev Med Suisse 2018 ; 14 : 2188.
7. Romains J. Knock ou le triomphe de la médecine. Editions Gallimard, Paris, 1924.
8. Marck A, Toussaint JF. Nous nous approchons des limites biologiques de l’ espèce humaine. The Conversation, Paris, 5 février 2018.
9. Mauron A. Le gazouillis d’ Albert. Rev Med Suisse 2016 ; 12 : 523.
10. Comte-Sponville A. Dialogue sur l’art contemporain. L’ Information immobilière no 101, Genève, 2010.
11. Höveler C. Sommets de la musique. 4ème éd. Editions Daphné, Gand, 1954.
12. Schmid W. Concerts. Editions Delachaux et Niestlé, Neuchâtel-Paris, 1941.
13. Surrans A. Jeu de massacre : 100 compositeurs de A à Z. Editions B. Coutaz, Arles, 1988.
14. Barnes J. Le Fracas du temps (traduit de l’ anglais par Aoustin JP). Editions Mercure de France, Paris, 2016.
15. Breton A. Manifeste du surréalisme. Editions du Sagittaire, Paris, 1924.
16. Debussy C. Monsieur Croche antidilettante. Editions Gallimard, Paris, 1926.