Formation continue MIG

ReconnaƮtre la migraine et la traiter efficacement

La migraine est une affection neurologique frĆ©quente et trĆØs invalidante qui, dans de nombreux cas, peut ĆŖtre diagnostiquĆ©e et traitĆ©e en mĆ©decine de premier recours. Le diagnostic repose principalement sur le schĆ©ma caractĆ©ristique des crises rĆ©currentes; parallĆØlement, il convient de prendre systĆ©matiquement en compte les signaux d’alerte indiquant une cĆ©phalĆ©e secondaire. Le traitement comprend une prise en charge aiguĆ« efficace, des mesures prophylactiques mĆ©dicamenteuses et non mĆ©dicamenteuses, ainsi que la prĆ©vention de la surconsommation de mĆ©dicaments et de la chronicisation. Pour le traitement aigu, on dispose notamment d’anti-inflammatoires non stĆ©roĆÆdiens, de triptans et d’antagonistes des rĆ©cepteurs du CGRP plus rĆ©cents. Le choix du traitement prophylactique doit tenir compte de la frĆ©quence des crises, du handicap, des comorbiditĆ©s et des prĆ©fĆ©rences individuelles. Une Ć©valuation neurologique complĆ©mentaire est indiquĆ©e notamment en cas d’incertitude diagnostique, de signaux d’alerte, de migraine chronique, de surconsommation de mĆ©dicaments ou lorsqu’un traitement spĆ©cialisĆ© est nĆ©cessaire.



Migraine is a common and highly disabling neurological disorder that can often be diagnosed and managed successfully in primary care. Diagnosis is primarily based on the characteristic pattern of recurrent attacks, while red flags indicating secondary headache disorders must be assessed systematically. Treatment comprises effective acute therapy, pharmacological and non-pharmacological preventive measures, and strategies to avoid medication overuse and progression to chronic migraine. Non-steroidal anti-inflammatory drugs, triptans, and newer calcitonin gene-related peptide receptor antagonists are among the available options for acute treatment. Preventive therapy should be selected according to attack frequency, disease burden, comorbidities, and individual patient preferences. Neurological referral is particularly appropriate in cases of diagnostic uncertainty, red flags, chronic migraine, medication overuse, or the need for specialised treatment.
Keywords: Migraine, acute treatment, migraine prevention, primary care

Introduction

En Europe, environ 16,6 % des femmes et environ 7,5 % des hommes souffrent chaque annĆ©e d’une crise de migraine (1, 2). La prĆ©valence au cours de la vie est plus Ć©levĆ©e. Dans une cohorte suisse suivie pendant 30 ans, 36,0 % des participants souffraient de migraine (3). La maladie ne touche pas tous les groupes d’âge de la mĆŖme maniĆØre.

Les premiĆØres crises de migraine surviennent souvent Ć  l’adolescence ou au dĆ©but de l’âge adulte. Les femmes sont particuliĆØrement touchĆ©es au cours des 10 premiĆØres annĆ©es suivant la mĆ©narche; aprĆØs la mĆ©nopause, les crises deviennent gĆ©nĆ©ralement plus rares (4). On peut donc supposer une influence marquĆ©e des hormones sexuelles fĆ©minines. Chez les deux sexes, les douleurs peuvent Ć©galement apparaĆ®tre pendant l’enfance et chez les personnes Ć¢gĆ©es, mais elles sont plus rares Ć  ces Ć¢ges-lĆ .

Cette maladie reprƩsente un fardeau considƩrable pour de nombreuses personnes touchƩes et leur entourage. Comme les crises surviennent le plus souvent le week-end, la vie privƩe en souffre souvent davantage que les obligations professionnelles (5). NƩanmoins, les consƩquences Ʃconomiques, en particulier les coƻts indirects liƩs Ơ la maladie, sont Ʃnormes (6).

Toutes les personnes concernĆ©es ne consultent pas un mĆ©decin (7). En rĆØgle gĆ©nĆ©rale, ce sont toutefois les mĆ©decins gĆ©nĆ©ralistes ou les gynĆ©cologues qui constituent les premiers interlocuteurs. L’expĆ©rience montre que la migraine peut trĆØs souvent y ĆŖtre traitĆ©e avec succĆØs. Souvent, le simple fait d’établir un diagnostic et de prescrire un traitement aigu efficace suffit dĆ©jĆ  Ć  soulager les personnes concernĆ©es. Le diagnostic et le traitement peuvent gĆ©nĆ©ralement y ĆŖtre assurĆ©s sans difficultĆ©. La consultation chez ces professionnels fait Ć©galement office de passerelle importante entre les soins de premier recours et les spĆ©cialistes.

Diagnostic et prise en charge

Le diagnostic de la migraine est facilitĆ© par le fait que la maladie se manifeste de maniĆØre trĆØs similaire chez la plupart des personnes concernĆ©es et que les crises d’une mĆŖme personne se ressemblent souvent beaucoup. Dans la plupart des cas, la maladie peut donc ĆŖtre facilement identifiĆ©e grĆ¢ce Ć  la reconnaissance de schĆ©mas rĆ©currents – il est toutefois recommandĆ© de prĆŖter attention aux signaux d’alerte (voir ci-dessous).

Une migraine se caractĆ©rise par une prĆ©disposition persistante Ć  l’apparition de crises migraineuses. Le diagnostic est posĆ© lorsqu’au moins cinq crises se sont produites au cours de la vie. MĆŖme si la derniĆØre crise remonte Ć  plusieurs annĆ©es, la classification des cĆ©phalĆ©es ne prĆ©voit ni la suppression du diagnostic ni la mention Ā«en rĆ©missionĀ» (8).

Une crise de migraine dure gĆ©nĆ©ralement de plusieurs heures Ć  quelques jours. Ce qui est tout Ć  fait caractĆ©ristique, c’est son Ć©volution: une crise n’est ni statique ni Ā«figĆ©eĀ». Certains auteurs distinguent diffĆ©rentes phases (9). Au dĆ©but, on observe une phase prodromique, durant laquelle les symptĆ“mes sont souvent encore subtils. Certains font Ć©tat de fatigue, de bĆ¢illements, de sensibilitĆ© Ć  la lumiĆØre et au bruit, d’une vision floue, d’un besoin d’uriner, de faim, de soif et de problĆØmes de concentration (10).
Le passage Ć  la phase douloureuse est progressif: la cĆ©phalĆ©e dĆ©bute et son intensitĆ© augmente progressivement; on observe souvent une sensibilitĆ© Ć  la lumiĆØre et au bruit, ainsi qu’un manque d’appĆ©tit, des vertiges, des nausĆ©es et/ou des vomissements. Les maux de tĆŖte sont souvent unilatĆ©raux et s’aggravent frĆ©quemment lors des mouvements; la plupart des personnes concernĆ©es souhaitent s’allonger (Tab. 1). Enfin, lorsque la douleur s’attĆ©nue, la phase de rĆ©cupĆ©ration commence, durant laquelle beaucoup se sentent encore fatiguĆ©es, certaines dĆ©clarant se sentir abattues (9).

Afin de faciliter le diagnostic, le questionnaire Ā«ID Migraine™» a Ć©tĆ© mis au point; il comporte 3 questions de dĆ©pistage et une question supplĆ©mentaire sur l’aura visuelle, auxquelles il faut rĆ©pondre par Ā«ouiĀ» ou Ā«nonĀ». Pour chaque Ā«ouiĀ», un point est ajoutĆ© au score total; si au moins deux des trois questions de dĆ©pistage reƧoivent une rĆ©ponse affirmative, un diagnostic prĆ©sumĆ© de migraine peut ĆŖtre posĆ©. La sensibilitĆ© de la mĆ©thode Ć©tait de 99 %, sa spĆ©cificitĆ© de 68 % (11) (Tab. 1).

L’aura constitue une particularitĆ© qui touche environ 7 % des femmes, 4 % des hommes et environ un quart Ć  un tiers des personnes souffrant de migraine (12, 13). Les personnes concernĆ©es dĆ©crivent alors souvent une lumiĆØre vive, un scintillement ou une ligne en zigzag qui s’étend lentement dans le champ visuel avant de disparaĆ®tre. Plus rarement, on observe Ć©galement des fourmillements qui s’étendent, des troubles du langage ou, encore plus rarement, une faiblesse motrice (14).

Tout comme pour les cĆ©phalĆ©es migraineuses, l’aura ne prĆ©sente pas de symptĆ“mes statiques, mais des symptĆ“mes changeants; des lignes en zigzag se dĆ©placent lentement dans le champ visuel, un scotome scintillant s’étend progressivement puis disparaĆ®t Ć  nouveau. Un dĆ©ficit soudain du champ visuel qui ne change pas n’est trĆØs probablement pas une aura; la vision floue peut survenir dans le cadre d’une migraine, mais n’est pas non plus un symptĆ“me d’aura.

Une faiblesse passagĆØre dans le cadre de l’aura n’apparaĆ®t que dans le cas trĆØs rare de la migraine hĆ©miplĆ©gique, qui relĆØve toujours d’un diagnostic d’exclusion (15). Il arrive rĆ©guliĆØrement que des personnes signalent une faiblesse qui ne peut toutefois pas ĆŖtre objectivĆ©e; chez elles, des troubles de la sensibilitĆ© ou une sensation d’«engourdissementĀ» de la main ont probablement Ć©tĆ© interprĆ©tĆ©s Ć  tort comme une faiblesse.

Il est important de noter que la plupart des patients – en particulier ceux qui ne prĆ©sentent pas d’aura – rapportent qu’au moins certaines crises ont Ć©tĆ© Ā«dĆ©clenchĆ©esĀ» par des stimuli (largement) indolores (16). La dĆ©tente aprĆØs une pĆ©riode de stress (ce qui explique pourquoi les crises surviennent particuliĆØrement souvent le samedi) et les rĆØgles (souvent un Ć  deux jours avant le dĆ©but des saignements) sont particuliĆØrement souvent citĆ©s (16). Il convient toutefois de noter que la plupart des facteurs dĆ©clenchants ne provoquent pas systĆ©matiquement ni de maniĆØre reproductible des crises de migraine. C’est pourquoi il n’est pas recommandĆ© de les Ć©viter systĆ©matiquement, d’autant plus qu’un comportement d’évitement prononcĆ© peut nuire au bien-ĆŖtre (17).

Chez la plupart des personnes, la migraine se manifeste par des crises distinctes les unes des autres – on parle alors de migraine Ć©pisodique. Dans certains cas, cependant, la douleur ne disparaĆ®t pas complĆØtement aprĆØs les crises; au contraire, au sein de maux de tĆŖte souvent (presque) permanents, des pics de douleur rĆ©apparaissent rĆ©guliĆØrement, qui rĆ©pondent aux critĆØres diagnostiques de la migraine. C’est pour ces cas que le diagnostic de Ā«migraine chroniqueĀ» a Ć©tĆ© introduit (Tab. 1). Elle touche environ 1 Ć  2 % de la population mondiale (18). Le terme Ā«chroniqueĀ» ne signifie pas ici que la maladie existe depuis longtemps ou qu’elle ne s’amĆ©liore plus, mais simplement que de nombreuses crises surviennent.

Autrefois, certains auteurs utilisaient le terme de Ā«migraine transformĆ©eĀ» avant que le diagnostic de Ā«migraine chroniqueĀ» n’existe (19). Ils souhaitaient ainsi tenir compte du fait que, dans certains cas – environ 2,5 % de l’ensemble des personnes concernĆ©es par an (20) –, une migraine Ć©pisodique Ć©volue vers une migraine chronique. Ce terme n’a certes pas rĆ©ussi Ć  s’imposer dans un premier temps. Cependant, en raison de nouvelles stratĆ©gies thĆ©rapeutiques et d’objectifs thĆ©rapeutiques plus ambitieux, il revient rĆ©guliĆØrement dans la littĆ©rature rĆ©cente (voir ci-dessous) (21).
Le diagnostic n’est souvent pas difficile Ć  poser. Il est peu probable que des crises rĆ©currentes, trĆØs similaires les unes aux autres et rĆ©pondant aux critĆØres diagnostiques de la migraine, soient le signe d’une autre pathologie. En revanche, des cĆ©phalĆ©es isolĆ©es ou d’un type nouveau ne peuvent pas toujours ĆŖtre attribuĆ©es avec certitude Ć  une migraine. Des signes inflammatoires, des dĆ©ficits neurologiques, des facteurs dĆ©clenchants provoquant immĆ©diatement des douleurs (par exemple, la toux, le fait de se lever), ainsi qu’une apparition soudaine et fulgurante de la douleur font toujours penser Ć  une pathologie sous-jacente (22). Il existe en outre des populations Ć  risque, telles que les femmes enceintes (23), les personnes immunodĆ©primĆ©es, les personnes Ć¢gĆ©es (24) ou celles atteintes d’un cancer mĆ©tastatique (25), pour lesquelles des examens complĆ©mentaires sont recommandĆ©s mĆŖme si la douleur est nouvelle mais ne prĆ©sente par ailleurs aucun symptĆ“me atypique de la migraine.
Une fois le diagnostic de migraine posĆ©, il suffit gĆ©nĆ©ralement, lors d’un suivi, de s’enquĆ©rir du nombre de jours de cĆ©phalĆ©es par mois, du nombre de jours de migraine par mois, du nombre de jours de prise de mĆ©dicaments de traitement aigu par mois, de l’efficacitĆ© de ces mĆ©dicaments et du nombre de jours d’arrĆŖt ou d’incapacitĆ© par mois. Il est utile que les patients tiennent un calendrier des cĆ©phalĆ©es pour s’aider Ć  se souvenir.

En cas de doute sur le diagnostic – par exemple en raison de la prĆ©sence de signaux d’alerte – et en l’absence d’amĆ©lioration, les patients doivent ĆŖtre orientĆ©s vers un spĆ©cialiste. En cas de cĆ©phalĆ©es aiguĆ«s et de signaux d’alerte, un examen d’urgence peut Ć©galement s’avĆ©rer nĆ©cessaire. Chez les enfants, le seuil pour procĆ©der Ć  des examens complĆ©mentaires est souvent plus bas. Outre l’évaluation des signaux d’alerte, il est important de vĆ©rifier Ć©galement si l’anamnĆØse permet dĆ©jĆ  d’identifier un facteur dĆ©clenchant de cĆ©phalĆ©es secondaires. Citons par exemple un traumatisme ou une intervention chirurgicale antĆ©rieurs, certains mĆ©dicaments et substances (y compris leur sevrage – particuliĆØrement pertinent dans le cas de la cafĆ©ine) et le jeĆ»ne (Tab. 2).

Traitement

Le traitement de la migraine peut souvent être mis en place dès la consultation chez le médecin généraliste; seul un petit nombre de médicaments ne peut être prescrit que par des neurologues. Le traitement poursuit plusieurs objectifs qui ne sont pas toujours clairement distincts les uns des autres.

1. Une crise de migraine déjà en cours doit être stoppée le plus rapidement possible afin de rétablir un «fonctionnement normal» au quotidien.
2. Il s’agit de prĆ©venir l’apparition des crises de migraine.
3. Il convient d’empĆŖcher le passage d’une migraine Ć©pisodique Ć  une migraine chronique (21).
4. L’objectif est de faciliter la gestion de la migraine au quotidien.

Pour le traitement aigu, on utilise gĆ©nĆ©ralement des AINS, du paracĆ©tamol et des triptans. Le rimegepant est Ć©galement disponible en tant qu’antagoniste oral des rĆ©cepteurs du CGRP; avant toute prescription, il convient de consulter la notice d’information professionnelle, la liste des spĆ©cialitĆ©s et les restrictions en vigueur.

L’efficacitĆ© des mĆ©dicaments de traitement aigu a Ć©tĆ© Ć©valuĆ©e dans le cadre de mĆ©ta-analyses. En gĆ©nĆ©ral, les triptans obtiennent des rĆ©sultats lĆ©gĆØrement supĆ©rieurs Ć  ceux de l’ibuprofĆØne et du rimegepant (26). Le paracĆ©tamol (1000 mg par voie orale) doit ĆŖtre envisagĆ© principalement lorsque l’acide acĆ©tylsalicylique ou d’autres AINS sont contre-indiquĆ©s ou mal tolĆ©rĆ©s – et non comme traitement de premiĆØre intention. Son efficacitĆ© est relativement faible (26, 27). Le paracĆ©tamol administrĆ© par voie intraveineuse (1000 mg) n’est pas supĆ©rieur au placebo dans le traitement d’une crise de migraine (28). Ces mĆ©dicaments sont considĆ©rĆ©s comme sĆ»rs, mais il convient de tenir compte des contre-indications au cas par cas.

Il est important de noter que la prise de triptans, d’opioĆÆdes ou d’analgĆ©siques combinĆ©s pendant ≄ 10 jours/mois, ou d’AINS et de paracĆ©tamol pendant ≄ 15 jours/mois, peut entraĆ®ner Ć  long terme une augmentation du nombre de jours de migraine et des cĆ©phalĆ©es par surconsommation mĆ©dicamenteuse (29). Peu importe que ces mĆ©dicaments soient pris pour traiter la migraine ou d’autres douleurs. Il peut alors s’agir d’une cĆ©phalĆ©e par surconsommation mĆ©dicamenteuse, l’un des principaux facteurs de progression vers une migraine chronique (voir ci-dessous).

Il est impĆ©ratif d’informer les patients sur les cĆ©phalĆ©es par surconsommation mĆ©dicamenteuse dĆØs la prescription. Il s’est avĆ©rĆ© efficace de dĆ©conseiller une prise ≄ 10 jours par mois. Afin de respecter ce seuil, une prophylaxie mĆ©dicamenteuse doit ĆŖtre envisagĆ©e Ć  un stade prĆ©coce (voir ci-dessous).

La prophylaxie des crises de migraine repose sur des mesures non mĆ©dicamenteuses et mĆ©dicamenteuses. La plupart des mesures non mĆ©dicamenteuses peuvent ĆŖtre recommandĆ©es Ć  toutes les personnes concernĆ©es. La pratique rĆ©guliĆØre d’un sport d’endurance, l’entraĆ®nement autogĆØne, la relaxation musculaire progressive selon Jacobson, l’acupuncture et les techniques de neuromodulation non invasives ont fait leurs preuves (30, 31). La kinĆ©sithĆ©rapie peut s’avĆ©rer utile lorsque des troubles musculo-squelettiques contribuent Ć  la sensibilisation et, par consĆ©quent, Ć  l’augmentation de la frĆ©quence des migraines, ainsi qu’en cas de troubles de l’équilibre (32).

Plusieurs mĆ©dicaments ont Ć©galement fait leurs preuves en matiĆØre de prophylaxie; tous ne sont pas autorisĆ©s Ć  cette fin et certains sont classĆ©s comme «à usage limité» sur la liste des spĆ©cialitĆ©s (33). Parmi les mĆ©dicaments pouvant Ć©galement ĆŖtre prescrits par le mĆ©decin gĆ©nĆ©raliste figurent l’amitriptyline, le topiramate (une contraception hautement efficace est nĆ©cessaire chez les femmes en Ć¢ge de procrĆ©er), le propranolol et le mĆ©toprolol. ƀ cela s’ajoute le candĆ©sartan, en utilisation hors AMM.

La riboflavine (vitamine B2) et la coenzyme Q10 peuvent ĆŖtre envisagĆ©es comme options complĆ©mentaires non soumises Ć  prescription. Les donnĆ©es scientifiques et l’effet escomptĆ© sont toutefois nettement moins solides que pour les mĆ©dicaments Ć©tablis; les posologies frĆ©quemment Ć©tudiĆ©es sont de 400 mg/jour de riboflavine et de 300 mg/jour de coenzyme Q10 (27).

Le valproate est en principe également disponible, mais il ne joue pratiquement aucun rÓle dans la prophylaxie de la migraine en médecine générale en raison de son profil de sécurité défavorable et ne devrait être utilisé que dans des cas exceptionnels, dans le strict respect des consignes de sécurité.

En l’absence de contre-indication, il est recommandĆ© de choisir le traitement prophylactique en tenant compte d’éventuelles comorbiditĆ©s. En cas d’hypertension concomitante, les bĆŖtabloquants et le candĆ©sartan ont fait leurs preuves; en cas de troubles du sommeil, c’est l’amitriptyline qui s’est avĆ©rĆ©e efficace. Le fait que le topiramate entraĆ®ne souvent une certaine perte de poids peut ĆŖtre avantageux en cas de surpoids. Le tab. 3 fournit des indications Ć  ce sujet.

En tant que traitement d’escalade, un neurologue peut prescrire l’un des nouveaux antagonistes du CGRP, disponibles sous forme de perfusions, d’injections et de comprimĆ©s. La prise en charge financiĆØre est soumise Ć  certaines conditions (Limitatio): notamment, au moins deux des mĆ©dicaments autorisĆ©s doivent avoir Ć©tĆ© essayĆ©s sans succĆØs au prĆ©alable et le patient doit prĆ©senter au moins huit jours de migraine par mois depuis au moins trois mois. Par ailleurs, en cas de migraine chronique, la toxine botulique peut Ć©galement ĆŖtre injectĆ©e tous les trois mois selon le schĆ©ma d’injection PREEMPT fondĆ© sur des donnĆ©es probantes (34); lĆ  encore, une demande prĆ©alable de prise en charge doit ĆŖtre dĆ©posĆ©e.

La question de savoir Ć  partir de quelle frĆ©quence des maux de tĆŖte une prophylaxie mĆ©dicamenteuse doit ĆŖtre prescrite doit ĆŖtre discutĆ©e au cas par cas. En gĆ©nĆ©ral, les recommandations thĆ©rapeutiques prĆ©conisent son utilisation Ć  partir de quatre jours de migraine par mois, voire parfois dĆØs deux jours de migraine si ceux-ci s’accompagnent d’une limitation importante de la vie quotidienne (35). Il convient toutefois de noter que l’observance thĆ©rapeutique est gĆ©nĆ©ralement faible, en particulier avec les mĆ©dicaments plus anciens (36). De plus, l’efficacitĆ© d’un traitement prophylactique nouvellement instaurĆ© ne doit ĆŖtre Ć©valuĆ©e qu’aprĆØs au moins trois mois de prise Ć  une dose cible suffisamment Ć©levĆ©e et bien tolĆ©rĆ©e; Ć  cela s’ajoute la phase d’augmentation progressive de la dose (37). Il s’est avĆ©rĆ© utile de discuter de la marche Ć  suivre au cas par cas avec les patients.

Ces derniĆØres annĆ©es, l’objectif thĆ©rapeutique consistant Ć  Ć©viter la progression de la migraine Ć©pisodique vers la migraine chronique est rĆ©guliĆØrement Ć©voquĆ©. Une prise de position de la SociĆ©tĆ© internationale des cĆ©phalĆ©es le recommande explicitement (21). L’idĆ©e sous-jacente est que le systĆØme de la douleur peut ĆŖtre sensibilisĆ© par de nombreux stimuli diffĆ©rents, ce qui rend l’apparition de crises de migraine plus probable. C’est pourquoi il convient, lors de la consultation, de rechercher explicitement ces facteurs et, le cas Ć©chĆ©ant, d’instaurer un traitement (Tab. 4) (38). Malheureusement, les donnĆ©es probantes ne sont pas aussi solides pour tous les facteurs et il n’est pas toujours Ć©vident de dĆ©terminer s’il existe rĆ©ellement un lien de causalitĆ©. Un exemple important est celui d’un traitement aigu mal tolĆ©rĆ© ou insuffisamment efficace, qui favorise le passage Ć  une migraine chronique (29).

Le quatriĆØme objectif thĆ©rapeutique, qui consiste Ć  faciliter la gestion de la migraine au quotidien, est Ć©troitement liĆ© aux trois objectifs thĆ©rapeutiques dĆ©jĆ  Ć©voquĆ©s. Un traitement aigu efficace et bien tolĆ©rĆ© et, si cela est indiquĆ©, une prophylaxie constituent la premiĆØre Ć©tape vers une bonne prise en charge. ƀ cela s’ajoute toutefois l’information selon laquelle la migraine n’est pas une maladie cĆ©rĆ©brale structurelle et ne laisse gĆ©nĆ©ralement pas de sĆ©quelles permanentes; elle peut toutefois ĆŖtre extrĆŖmement invalidante et mĆ©rite un traitement sĆ©rieux. L’implication de l’entourage s’est avĆ©rĆ©e bĆ©nĆ©fique Ć  cet Ć©gard. Il a Ć©tĆ© dĆ©montrĆ© qu’un entourage bienveillant, empathique et comprĆ©hensif facilite la gestion de toute maladie (39). Si les personnes concernĆ©es doivent sans cesse se justifier ou s’excuser, cela entraĆ®ne un stress et des tensions inutiles.

RƩsumƩ

La migraine est frĆ©quente, invalidante et, dans de nombreux cas, peut ĆŖtre diagnostiquĆ©e et traitĆ©e en mĆ©decine de premier recours. Un diagnostic rapide et la mise en place sans dĆ©lai d’un traitement efficace sont dĆ©terminants. Le traitement vise Ć  mettre rapidement fin Ć  une crise, Ć  prĆ©venir les crises, Ć  empĆŖcher une augmentation de leur frĆ©quence et Ć  faciliter la gestion du quotidien. De nombreuses mesures peuvent ĆŖtre mises en place par le mĆ©decin gĆ©nĆ©raliste; une consultation neurologique est particuliĆØrement indiquĆ©e en cas d’incertitude diagnostique, de signaux d’alerte, de la surconsommation de mĆ©dicaments, de chronicisation ou lorsqu’un traitement spĆ©cialisĆ© est nĆ©cessaire.

Copyright
Aerzteverlag medinfo AG

Cet article est une traduction de Ā«der informierte arzt – die informierte ƤrztinĀ» 08_2026

PD Dr Heiko Pohl MHD

Service de neurologie
HƓpital universitaire de Zurich
Frauenklinikstrasse 26
8091 Zurich

Dre phil Colette AndrƩe / PhD

– Migraine Action Suisse, Bottmingen
– DĆ©partement des sciences pharmaceutiques, UniversitĆ© de BĆ¢le, BĆ¢le

Les auteurs n’ont pas dĆ©clarĆ© de conflit d’intĆ©rĆŖts en rapport avec cet article.

  • GrĆ¢ce au schĆ©ma typique et rĆ©current des crises, la migraine peut souvent ĆŖtre diagnostiquĆ©e et traitĆ©e de maniĆØre fiable en mĆ©decine de premier recours.
  • Les signaux d’alerte doivent ĆŖtre systĆ©matiquement identifiĆ©s et, si nĆ©cessaire, faire l’objet d’examens complĆ©mentaires.
  • Un traitement aigu prĆ©coce et efficace rĆ©duit le fardeau liĆ© aux crises de migraine.
  • Une prophylaxie adaptĆ©e peut rĆ©duire la frĆ©quence des crises et prĆ©venir leur chronicisation.
  • La surconsommation de mĆ©dicaments est un facteur de risque important de chronicisation et doit ĆŖtre Ć©vitĆ©e grĆ¢ce Ć  une information prĆ©coce, Ć  une prophylaxie et Ć  un suivi rĆ©gulier.

1. Stovner LJ, Zwart JA, Hagen K, Terwindt GM, Pascual J. Epidemiology of headache in Europe. Eur J Neurol. 2006;13(4):333–45.
2. Stovner LJ, Andree C. Prevalence of headache in Europe: a review for the Eurolight project. J Headache Pain. 2010;11(4):289–99.
3. Merikangas KR, Cui L, Richardson AK, Isler H, Khoromi S, Nakamura E, et al. Magnitude, impact, and stability of primary headache subtypes: 30 year prospective Swiss cohort study. BMJ. 2011;343:d5076.
4. Stewart WF. Prevalence of Migraine Headache in the United States. Jama. 1992;267(1).
5. Drescher J, Wogenstein F, Gaul C, Kropp P, Reinel D, Siebenhaar Y, et al. Distribution of migraine attacks over the days of the week: Preliminary results from a web-based questionnaire. Acta neurologica Scandinavica. 2019;139(4):340–5.
6. Linde M, Gustavsson A, Stovner LJ, Steiner TJ, Barre J, Katsarava Z, et al. The cost of headache disorders in Europe: the Eurolight project. Eur J Neurol. 2012;19(5):703–11.
7. Pohl H, Gantenbein AR, Sandor PS, AndrƩe C. A Survey on Probable and Improbable Decisions About Headache Treatment. SN Comprehensive Clinical Medicine. 2020.
8. Headache Classification Committee of the International Headache Society (IHS). The International Classification of Headache Disorders, 3rd edition. Cephalalgia. 2018;38(1):1–211.
9. Blau JN. Migraine: theories of pathogenesis. The Lancet. 1992;339(8803):1202–7.
10. Giffin NJ, Ruggiero L, Lipton RB, Silberstein SD, Tvedskov JF, Olesen J, et al. Premonitory symptoms in migraine: an electronic diary study. Neurology. 2003;60(6):935–40.
11. Thiele A, Strauß S, Angermaier A, Kronenbuerger M, Fleischmann R. Translation and validation of an extended German version of ID Migraineā„¢ as a migraine screening tool. Cephalalgia Reports. 2020;3.
12. Russell MB, Rasmussen BK, Thorvaldsen P, Olesen J. Prevalence and sex-ratio of the subtypes of migraine. Int J Epidemiol. 1995;24(3):612–8.
13. Kim KM, Kim BK, Lee W, Hwang H, Heo K, Chu MK. Prevalence and impact of visual aura in migraine and probable migraine: a population study. Sci Rep. 2022;12(1):426.
14. Viana M, Tronvik EA, Do TP, Zecca C, Hougaard A. Clinical features of visual migraine aura: a systematic review. J Headache Pain. 2019;20(1):64.
15. Nandyala A, Shah T, Ailani J. Hemiplegic Migraine. Curr Neurol Neurosci Rep. 2023;23(7):381–7.
16. Park JW, Chu MK, Kim JM, Park SG, Cho SJ. Analysis of Trigger Factors in Episodic Migraineurs Using a Smartphone Headache Diary Applications. PLoS One. 2016;11(2):e0149577.
17. Lethem J, Slade PD, Troup JD, Bentley G. Outline of a Fear-Avoidance Model of exaggerated pain perception–I. Behaviour research and therapy. 1983;21(4):401–8.
18. Natoli JL, Manack A, Dean B, Butler Q, Turkel CC, Stovner L, et al. Global prevalence of chronic migraine: a systematic review. Cephalalgia. 2010;30(5):599–609.
19. Mathew NT, Stubits E, Nigam MP. Transformation of episodic migraine into daily headache: analysis of factors. Headache. 1982;22(2):66–8.
20. Bigal ME, Serrano D, Buse D, Scher A, Stewart WF, Lipton RB. Acute migraine medications and evolution from episodic to chronic migraine: a longitudinal population-based study. Headache. 2008;48(8):1157–68.
21. Pozo-Rosich P, Caronna E, Sacco S, Peres MFP, Ashina S, Ozge A, et al. Early treatment in migraine – A call to shift prevention from attacks to disease progression: A position statement from the International Headache Society. Cephalalgia. 2025;45(10):3331024251387721.
22. Do TP, Remmers A, Schytz HW, Schankin C, Nelson SE, Obermann M, et al. Red and orange flags for secondary headaches in clinical practice: SNNOOP10 list. Neurology. 2019;92(3):134–44.
23. Robbins MS, Farmakidis C, Dayal AK, Lipton RB. Acute headache diagnosis in pregnant women: a hospital-based study. Neurology. 2015;85(12):1024–30.
24. Song TJ, Kim YJ, Kim BK, Kim BS, Kim JM, Kim SK, et al. Characteristics of Elderly-Onset (>/=65 years) Headache Diagnosed Using the International Classification of Headache Disorders, Third Edition Beta Version. J Clin Neurol. 2016;12(4):419–25.
25. Argyriou AA, Chroni E, Polychronopoulos P, Argyriou K, Papapetropoulos S, Corcondilas M, et al. Headache characteristics and brain metastases prediction in cancer patients. Eur J Cancer Care (Engl). 2006;15(1):90–5.
26. Karlsson WK, Ostinelli EG, Zhuang ZA, Kokoti L, Christensen RH, Al-Khazali HM, et al. Comparative effects of drug interventions for the acute management of migraine episodes in adults: systematic review and network meta-analysis. BMJ. 2024;386:e080107.
27. Diener H-C, Fƶrderreuther S, Kropp P, Reuter U. MigrƤneattacke und Prophylaxe der MigrƤne, S1-Leitlinie, 2025, DGN und DMKG 2025 [Available from: www.dgn.org/leitlinien
28. Leinisch E, Evers S, Kaempfe N, Kraemer C, Sostak P, Jurgens T, et al. Evaluation of the efficacy of intravenous acetaminophen in the treatment of acute migraine attacks: a double-blind, placebo-controlled parallel group multicenter study. Pain. 2005;117(3):396–400.
29. Lipton RB, Fanning KM, Serrano D, Reed ML, Cady R, Buse DC. Ineffective acute treatment of episodic migraine is associated with new-onset chronic migraine. Neurology. 2015;84(7):688–95.
30. Puledda F, Shields K. Non-Pharmacological Approaches for Migraine. Neurotherapeutics. 2018;15(2):336–45.
31. Yuan H, Orr SL, Al-Karagholi MAM, Ashina M, Cohen F, Diener HC, et al. International Headache society evidence-based guidelines on the use of non-invasive neuromodulation devices for the acute and preventive treatment of migraine. Cephalalgia. 2025;45(10):3331024251388377.
32. Carvalho GF, Schwarz A, Szikszay TM, Adamczyk WM, Bevilaqua-Grossi D, Luedtke K. Physical therapy and migraine: musculoskeletal and balance dysfunctions and their relevance for clinical practice. Braz J Phys Ther. 2020;24(4):306–17.
33. Andrée C, Barone-Kaganas I, Biethahn S, Böttger K, Dozier C, Emmenegger MJ, et al. Therapieempfehlungen für primäre Kopfschmerzen. Schweizerische Kopfwehgesellschaft SKG; 2019.
34. Dodick DW, Turkel CC, DeGryse RE, Aurora SK, Silberstein SD, Lipton RB, et al. OnabotulinumtoxinA for treatment of chronic migraine: pooled results from the double-blind, randomized, placebo-controlled phases of the PREEMPT clinical program. Headache. 2010;50(6):921–36.
35. Lipton RB, Bigal ME, Diamond M, Freitag F, Reed ML, Stewart WF, et al. Migraine prevalence, disease burden, and the need for preventive therapy. Neurology. 2007;68(5):343–9.
36. Hepp Z, Dodick DW, Varon SF, Gillard P, Hansen RN, Devine EB. Adherence to oral migraine-preventive medications among patients with chronic migraine. Cephalalgia. 2015;35(6):478–88.
37. Puledda F, Sacco S, Diener HC, Ashina M, Al-Khazali HM, Ashina S, et al. International Headache Society Global Practice Recommendations for Preventive Pharmacological Treatment of Migraine. Cephalalgia. 2024;44(9):3331024241269735.
38. Ornello R, Andreou AP, De Matteis E, Jurgens TP, Minen MT, Sacco S. Resistant and refractory migraine: clinical presentation, pathophysiology, and management. EBioMedicine. 2024;99:104943.
39. Cohen S, Wills TA. Stress, social support, and the buffering hypothesis. Psychological bulletin. 1985;98(2):310–57.