Hypnose et douleur chronique

Chacun de nous, à travers sa représentation de la douleur, en influence sa perception ; quel que soit le type de douleurs. L’  hypnose médicale est un procédé qui peut moduler les perceptions. Dans les cas de douleurs chroniques, elle permet en plus au patient de devenir acteur de sa prise en charge, par l’ apprentissage de l’ autohypnose.

La douleur est une expérience subjective *. Elle est ressentie très différemment selon les individus. Elle est définie comme chronique lorsque la sensation douloureuse excède trois mois ou devient récurrente (1). Avec sa chronicisation, les facteurs psychosociaux, comportementaux et relationnels occupent une place croissante dans l’ expérience douloureuse (2). Dès lors, il devient nécessaire de recourir à une approche plus globale du patient, souvent pluridisciplinaire, associant plusieurs types de traitements ; notamment non médicamenteux (3, 4). L’  hypnose peut être l’ une des approches, non pas alternative mais complémentaire, qui apportent de l’ aide au patient.

L’ hypnose permet d’ induire un état de conscience propice à réaliser un travail psychologique ou psychosomatique

C’ est à travers une communication spécifique que le praticien en hypnose emmène un individu dans un état hypnotique, appelé communément « transe » (5). Au cours de celle-ci, « l’ attention de la personne hypnotisée est focalisée sur une pensée, une image, une sensation, une activité, alors que les évènements extérieurs sont ignorés. Cet état est proche de situations naturelles et banales de la vie quotidienne, notamment lorsque nous sommes spontanément absorbés par nos pensées […] » (6). C’ est une expérience singulière et subjective : elle est variable d’ un individu à l’ autre, mais aussi d’ un jour à l’ autre pour une même personne.

La transe n’ est pas une vue de l’ esprit

On a pu la mettre en évidence grâce aux progrès de l’ imagerie cérébrale fonctionnelle (7, 8) et sur des tracés électroencéphalographiques (9).

Exercée dans le cadre d’ une activité soignante, on parle d’ hypnothérapie

L’ hypnose thérapeutique est pratiquée pour de nombreuses indications qui ne se cantonnent ni à l’ antalgie ni à la psychothérapie. Sa pratique requiert une formation théorique et pratique adéquate et reconnue. Elle se distingue de « l’ hypnose de spectacle » d’ abord par son usage thérapeutique, impliquant le strict respect de chartes éthiques +, et par une conduite non autoritaire (fig. 1). Une fois en état d’ hypnose, le thérapeute accompagne et guide le sujet par des suggestions ‡ pour activer ses ressources internes, afin d’ atteindre l’ objectif de soin choisi.

L’ autohypnose

Créer soi-même et pour soi-même l’ état d’ hypnose s’ apprend en quelques séances. L’ intérêt majeur de l’ autohypnose est de favoriser l’ autonomisation du patient, en lui mettant à disposition un « outil » qu’ il pourra utiliser lorsqu’ il en ressentira le besoin (10). Son apprentissage est essentiel dans la prise en charge d’ un patient souffrant de douleur chronique.

En théorie, tout le monde est hypnotisable…

…puisqu’ il s’ agit d’ induire un état naturel que nous éprouvons tous, sans effort, à un moment ou à un autre dans une journée. C’ est plus difficile à démontrer en laboratoire pour des raisons méthodologiques, mais les études tendent à confirmer les impressions cliniques (11).
En pratique, certaines personnes sont plus réceptives que d’ autres ; certaines situations aussi. La qualité du lien thérapeutique et l’ expérience du thérapeute influencent grandement les chances de succès.

Avertissement !

Utiliser l’ hypnose ne dispense pas le thérapeute d’ une évaluation préalable pluridimensionnelle rigoureuse. Il s’ agit d’ écarter un diagnostic somatique traitable. S’ il n’ est pas médecin, le praticien en hypnose délèguera cette évaluation ou s’ assurera qu’ elle a déjà eu lieu.
En tant que processus de communication s’ inscrivant dans une relation d’ aide, l’ hypnose ne possède pas de « contre-indications » formelles ou de possibles « effets secondaires ». Son usage thérapeutique nécessite un savoir-faire ; elle peut être délétère si le thérapeute est incompétent ou manque de formation (5). Elle est habituellement déconseillée pour des patients non stabilisés psychiquement (troubles psychotiques aigus et paranoïa), sauf peut-être maniée par un psychiatre (12).
Les mauvais effets colportés sont le plus souvent expliqués par un usage inadéquat. Utilisée par quelqu’ un de correctement formé, la pratique de l’ hypnose est sûre (13, 14). Elle a même un profil d’ effets secondaires extrêmement positif dans les situations de douleurs chroniques (10, 15). Rappelons qu’ au cours d’ une séance d’ hypnose, l’ individu reste conscient de ses actes et de ses paroles.

L’ efficacité antalgique de l’ hypnose est maintenant bien établie (16)

Elle est efficace dans des situations de douleurs très diverses (14, 17). Elle a, à titre d’ exemple, été étudiée dans (liste non exhaustive) : les céphalées de tension et la migraine, la fibromyalgie, l’ algodystrophie, les douleurs du membre fantôme, le syndrome de l’ intestin irritable, la maladie de Crohn, les douleurs viscérales de la drépanocytose, les lombalgies chroniques, les douleurs de la sclérose en plaques ou de la polyarthrite…
Signalons que certaines analyses suggèrent que les personnes souffrant de douleur neuropathique pourraient être plus susceptibles de répondre à l’ hypnose que les individus souffrant de douleurs non neuropathiques (18).

Efficace pour « traiter » la douleur chronique ?

L’ hypnose en tant que traitement de la douleur chronique a été étudiée dans quelques essais randomisés, avec des preuves incertaines d’ effet bénéfique, ou d’ effet peu important sur la douleur chronique autodéclarée (14). À ce jour et à notre connaissance, une seule méta-analyse (2012) compare l’ efficacité de l’ hypnose (comme intervention principale) à des « soins standards » pour traiter spécifiquement la douleur chronique (19). Cette synthèse recense 12 études publiées et écrites en anglais (dont 6 essais randomisés), incluant au total 669 participants souffrant de douleurs présentes depuis 11,5 ans en moyenne (écart-type 1,76 année). Le critère principal d’ évaluation retenu est la douleur ou l’ intensité de la douleur autodéclarée à la fin de l’ intervention. Signalons d’ emblée la grande hétérogénéité des études incluses dans cette méta-analyse. Les résultats des mesures de l’ effet de l’ hypnose, même entachées de limitations méthodologiques, montrent que l’ hypnose a une efficacité modérée et significative dans le traitement de la douleur chronique (g de Hedges § =  0,6 ; IC 95 % [0,03 – 1,17] ; p < 0,05).
Ainsi, les données scientifiques actuelles, même si elles manquent encore de robustesse scientifique, confortent l’ efficacité de l’ hypnose en approche supplémentaire et complémentaire pour prendre en charge ces patients complexes, elle ne saurait en être le seul traitement.

Le but n’ est pas tant la disparition de la douleur que d’ apprendre à mieux vivre avec elle

La pratique de l’ hypnose amène un patient souffrant de douleur chronique à la vivre différemment, ce qui améliore sa qualité de vie, en rendant possible le maintien ou la reprise d’ activités sociales, professionnelles ou privées.
Les bénéfices attendus sont à la fois de l’ ordre du soulagement, mais aussi de la prévention de la douleur : « diminution du nombre de crises, de leur intensité, mais aussi de l’ angoisse liée à la douleur, voire de l’ anticipation anxieuse de l’ apparition des symptômes lors d’ une crise » (11) ; sans compter les retombées économiques, aussi bien individuelles que pour le système de santé, réelles ou potentielles (exemple : réduction de la consommation de médicaments antalgiques, donc potentiellement de la iatrogénie médicamenteuse) **.
Parmi les bienfaits obtenus qui ne sont pas nécessairement la cible du traitement (soulagement de la douleur), citons les améliorations de la qualité du sommeil, de la créativité, de la confiance en soi, de l’ humeur et de la socialisation (15).

Plus qu’ un outil complémentaire, plus qu’ un simple mode de communication

La relation thérapeutique, dans laquelle un patient souffrant de douleur chronique partage sa souffrance avec un thérapeute, est le noyau de l’ interaction hypnotique. Fort de cette alliance, de ce lien de confiance, le thérapeute offre au patient un espace protégé dans lequel il va pouvoir explorer sa souffrance jusqu’ à trouver comment la transformer – en modifiant ses perceptions et son vécu (5).
Le praticien en hypnose par une écoute particulière devient capable de déceler certaines raisons cachées qui contribuent à la persistance d’ une douleur et faire alors un travail de recadrage (20). En effet, des éléments contextuels ou de communication humaine peuvent entretenir perversement une douleur. Ainsi la répétition perpétuelle, voire rituelle, des plaintes et la recherche permanente d’ une explication, d’ un soulagement concourent à créer une empreinte mnésique négative (5).
En replaçant l’ individu en tant que sujet, avec toutes ses dimensions et ses ressources, au cœur de la prise en charge (et non plus seulement sa douleur), l’ hypnose facilite et encourage la résilience et l’ autohypnose, l’ autonomisation du patient.

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Dr Julien Le Breton

Spécialiste en médecine interne générale,
spéc. Gériatrie, membre FMH
Place de l’ Etrier 4
1224 Chêne-Bougeries

julien.lebreton@amge.ch

Dre Adriana Wolff

Hôpitaux Universitaire de Genève (HUG)
Service d’ anesthésiologie
Rue Gabrielle-Perret-Gentil 4
1205 Genève

adriana.wolff@hcuge.ch

Le Dr Le Breton et la Dre Wolff sont tous deux hypnothérapeutes et membres du « Programme Hypnose HUG » (PHH), dont la Dre Wolff est co-directrice.

  • L’ hypnose prend en compte le patient dans sa globalité (dimension sociale, cognitive, sensorielle et émotionnelle) et s’ appuie sur l’ activation de ses ressources.
  • À travers le travail hypnotique, le thérapeute peut amener un patient qui se plaint de douleur chronique à la vivre autrement et ainsi améliorer sa qualité de vie.
  • L’ hypnose est une thérapie brève ; un soulagement peut souvent être obtenu en peu de séances.
  • L’ apprentissage de l’ autohypnose est essentiel dans la prise en charge d’ un patient souffrant de douleur chronique.

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Le cancer de la prostate en cinq questions

Cet article vise à survoler l’ actualité du cancer de la prostate, vu par l’ urologue, au travers de cinq questions permettant de ne couvrir que très partiellement cette thématique étendue. Ainsi la première question traite de l’ incidence du cancer de la prostate et la deuxième passe en revue les différents facteurs de risques. La troisième question introduit le sujet très débattu du dépistage de ce cancer fréquent. La quatrième question fait le point sur la modalité d’ imagerie qui a révolutionné la stratification du risque et le diagnostic. Finalement, la cinquième question met en perspective l’ évolution robotique en chirurgie oncologique de la prostate.

Le cancer de la prostate est le 2ème cancer le plus fréquent chez l’  homme dans le monde, après le cancer du poumon. Toutefois, dans les pays à produit intérieur brut élevé, par exemple les Etats-Unis, l’ Europe de l’ ouest et la Suisse, le cancer de la prostate est de loin le plus fréquent. Il est estimé que plus d’ un million de cancers de prostate sont diagnostiqués dans le monde chaque année, ce qui représente plus de 15% de tous les cancers chez l’ homme (1). Le risque de développer un cancer de la prostate augmente avec l’ âge ; l’ âge moyen au moment du diagnostic est de 69 ans. Il est le plus souvent asymptomatique et de ce fait le dépistage prend tout son sens.

Existe-t-il une augmentation de l’ incidence du cancer de la prostate ?

En raison de l’ augmentation de l’ espérance de vie et de l’ utilisation de moyens de dépistage et de diagnostic, de plus en plus de cancers sont détectés. Grâce aux différents traitements à disposition, l’ espérance de vie après un diagnostic de cancer de la prostate augmente dans la plupart des pays.
L’ incidence du cancer de la prostate varie énormément d’ une région à l’ autre, selon l’ utilisation d’ un dépistage (examen par toucher rectal et dosage du PSA dès 50 ans) et selon le vieillissement et l’ espérance de vie moyenne de la population masculine. Les pays les plus touchés sont les Etats-Unis, l’ Australie et l’ Europe (environ 100 cancers par 100 000 habitants). L’ incidence la plus faible est observée en Asie avec 5-10 cas de cancer de prostate par 100 000 habitants (1, 2). En Suisse, plus de 6 000 hommes sont nouvellement diagnostiqués d’ un cancer de la prostate chaque année. Le cancer de la prostate représente donc de loin le cancer le plus fréquent chez l’ homme suisse, devant le cancer du poumon (2 600 cas par an) et le cancer du côlon (2 400 cas par an). Par comparaison, le cancer le plus fréquemment diagnostiqué chez la femme en Suisse est le cancer du sein (6 000 nouveaux cas par an) (3). Malgré les disparités d’ incidence entre pays, dépendamment des politiques de dépistage, nous assistons à une augmentation de 3-10% de l’ incidence du cancer de la prostate par an dans la majorité des pays européens (4). Le vieillissement de la population et le dépistage expliquent en partie cette augmentation. Fort heureusement, la mortalité liée au cancer de la prostate diminue dans la plupart des pays européens.

A-t-on découvert des facteurs de risque modifiables ?

Les causes et facteurs de risque du cancer de la prostate sont partiellement identifiés.
Il existe clairement une prédisposition génétique puisqu’ un homme dont le père a présenté un cancer de la prostate a deux fois plus de risque de développer un cancer qu’ un homme sans histoire familiale de cancer. Si le père et un frère ont été diagnostiqués, ce risque est cinq fois supérieur à la population sans histoire familiale. Si le père et deux frères ont présenté un cancer de prostate, le risque est dix fois supérieur (5, 6). Les hommes d’ Afrique ou de descendance africaine sont plus à risque de développer un cancer de la prostate, souvent aussi à un âge plus jeune et de progression plus agressive (7). Les études génétiques ont identifié plus d’ une centaine de gènes (par exemple GSTP1, TMPRSS2, HOXB13, BRCA1/2) jouant un rôle probable dans la survenue du cancer de la prostate (8). Suite à l’ observation d’ une augmentation du risque de cancer de prostate chez les émigrés japonais (faible risque de cancer de prostate) vivant aux Etats-Unis (9), une multitude de facteurs diététiques et environnementaux ont été suspectés. Toutefois, à ce jour, aucun facteur n’ est clairement établi. Le tableau 1 ci-dessous résume les différents facteurs de risque étudiés et les conclusions des études (10). Toutefois, ces études peinent à établir tout lien de causalité. De ce fait, aucune stratégie préventive n’ est recommandée.

Quel est le rôle du dépistage par le PSA en 2020 ?

Le dépistage du cancer de la prostate est l’ un des sujets les plus controversés de l’ histoire médicale. Inutile donc de tenter de mettre fin au débat en quelque lignes dans cet article. La littérature récente démontre toutefois les aspects suivants :

  • Le dépistage permet de détecter plus de cancers à un stade localisé (11).
  • Depuis que la US Preventive Services Task Force a découragé le dépistage (12), une augmentation des cas de cancer de prostate métastatique continue d’ être observée au États-Unis (13).
  • La mise à jour de l’ étude ERSPC avec un suivi à 16 ans montre des « number needed to screen » et « number needed to treat » intéressants, de 570 et 18 patients, respectivement (14), en dessous des mêmes indices pour le cancer du sein. Sur la base de ces observations, l’ European Association of Urology recommande un dépistage individualisé chez des patients informés à risque de cancer de la prostate (tab. 2) ayant une espérance de vie de >10-15 ans (15). Bien qu’ une multitude d’ autres marqueurs biologiques (sanguins et urinaires, tab. 3) soient disponibles, aucun n’ a pour l’ instant surpassé le PSA en pratique courante (15). Néanmoins, ces derniers permettent souvent une meilleure stratification du risque et pourraient éviter un certain nombre de biopsies (16).

L’ IRM représente-t-elle l’ outil diagnostic ultime ?

Au cours des 10 dernières années, l’ IRM multiparamétrique de la prostate s’ est progressivement imposée comme un outil de stratification du risque et d’ aide au diagnostic. Elle permet de diagnostiquer et localiser plus de cancers significatifs (ISUP grade ≥2) et moins de cancer non-significatifs (ISUP grade 1 ou cancer de <5mm) (17). Ainsi, le schéma toucher rectal – PSA – biopsies transrectales systématiques (12 biopsies permettant l’ échantillonnage des 6 régions prostatiques) a été modifié par l’ IRM (fig. 1). Avec une sensibilité de plus de 90% pour la détection des cancers significatifs, la question se pose de savoir si les biopsies ciblés (généralement 1-3 biopsies dans la lésion cible visualisée par l’ IRM) seules pourraient être entreprises, en omettant les biopsies systématiques. Le tableau 4 résume les résultats des différentes études (15). Au final, pour l’ instant en pratique courante, les biopsies systématiques et ciblées sont réalisées en complémentarité.
L’ IRM représente donc un outil puissant permettant d’ améliorer la précision du diagnostic et permet une meilleure stratification du risque. Toutefois, la variabilité inter-observateurs n’ est pas encore résolue et limite donc son utilisation à des centres experts. De plus, la méthode de ciblage (tab. 5) peut faire défaut et ainsi aboutir à une biopsie faussement négative.

La chirurgie robotique a-t-elle démontré sa supériorité ?

La chirurgie, comme la radiothérapie, représente le traitement curatif de choix du cancer de la prostate localisé de risque intermédiaire. Elle peut être réalisée par voie ouverte, par laparoscopie standard ou par laparoscopie robot-assistée. L’ évolution robotique combine les avantages de la chirurgie ouverte (manipulation intuitive des instruments simulant le geste de la main du chirurgien, vision 3D) à ceux de la chirurgie laparoscopique (meilleure visualisation du pelvis, diminution des saignements et des infections, réduction de la douleur). Plusieurs études comparant ces différentes techniques n’ ont pas permis d’ asseoir la supériorité de l’ une des techniques sur les autres. Bien que la plupart des études s’ accordent sur une durée de séjour et des pertes sanguines réduites ainsi qu’ une récupération fonctionnelle plus rapide par l’ approche robotique, les résultats oncologiques et fonctionnels à moyen terme semblent comparables (18, 19). Néanmoins, la plupart de ces études sont issues de centres experts ; de ce fait les différences sont certainement marginales et lissées par l’ expérience des chirurgiens et le volume opératoire de ces centres. En pratique, la grande majorité des prostatectomies en Suisse sont réalisées par voie robot-assistée ; la laparoscopie standard a été totalement abandonnée et la chirurgie ouverte est réservée aux rares contre-indications à la chirurgie robotique, aux complications ou aux équipes n’ ayant pas d’ accès au robot.


En définitive, malgré l’ absence de preuves scientifiques formelles de supériorité, la chirurgie robotique s’ impose dans les pays dont le système de santé permet d’ y recourir. Cet outil puissant nécessite toutefois une courbe d’ apprentissage et une maitrise de son environnement afin de parvenir à d’ excellents résultats.

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Dr Yannick Cerantola

Spécialiste FMH urologie et urologie opératoire
Urolife
Avenue des Bergières 2
1004 Lausanne

yannick.cerantola@urolife.ch

L’ auteur affirme qu’ il n’ y a pas de conflit d’ intérêts en rapport avec cet article.

  • L’ incidence du cancer de la prostate a tendance à augmenter, principalement en raison de l’ augmentation de l’ espérance de vie et des politiques de dépistage
  • Les facteurs de risques environnementaux ne sont pas clairement établis. De ce fait, aucune prévention ne peut être recommandée. L’ âge, l’ ethnicité et la génétique représentent des facteurs de risques avérés non modifiables.
  • Un dépistage individualisé chez des patients informés, à risque de cancer de la prostate, ayant une espérance de vie de >10-15 ans est recommandé.
  • L’ IRM multiparamétrique de la prostate réalisée avant les biopsies permet de diagnostiquer et localiser plus de cancers significatifs (ISUP grade ≥2) et moins de cancer non-significatifs (ISUP grade 1 ou cancer de <5mm).
  • Bien que la chirurgie robot-assistée n’ ait pas clairement démontré d’ avantage oncologique ou fonctionnel, cet abord est privilégié dans la grande majorité des pays dont le système de santé permet d’ y recourir. L’ expérience du chirurgien demeure le gage de qualité primordial.

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Maux de tête hormonaux chez les femmes

Les femmes sont beaucoup plus souvent touchées par les maux de tête que les hommes. Une cause possible réside dans les fluctuations hormonales, pourtant les causes ne sont pas encore définitivement éclaircies.

Epidémiologie, clarification et classification des maux de tête, en particulier de la migraine

La migraine et les céphalées de tension sont les plus importants maux de tête primaires et sont traités dans les deux premiers chapitres de l’ ICHD-3 (International Classification of Headache Disorders, 3rd Edition). Les autres céphalées primaires comprennent le chapitre 3 (céphalées en grappe) et quelques « raretés », notamment les céphalées primaires de toux ainsi que les céphalées orgasmiques et pré-orgasmiques.
Les autres chapitres de l’  ICHD-3 comprennent les céphalées secondaires classées selon les causes, par ex. les céphalées post-traumatiques (chapitre 5, ICHD), mais aussi la migraine menstruelle lors de fluctuations hormonales ou la migraine causée par les contraceptifs oraux. Étant donné que la migraine provoque de graves souffrances, on parlera principalement de migraine dans la suite de l’ article (tab. 1 : classification ICHD des céphalées liées aux hormones). Cette distinction est importante pour les personnes concernées, car la migraine est non diagnostiquée à 50 % et donc sous-traitée à 50 % – malgré le « Dr Google ».

L’ incidence de la migraine au cours d’ une vie est d’ environ 18v% chez les femmes et 6 % chez les hommes, tandis que les céphalées de tension sont aussi fréquentes chez les hommes que chez les femmes, dans une proportion de 50 à 90 % selon les études. Si les critères de la migraine ne sont pas appliqués de manière scientifiquement stricte mais cliniquement plus faiblement, le taux augmente jusqu’ à 25 % de la population (Göbel 1995). Les céphalées en grappe, en revanche, sont environ huit fois moins fréquentes chez les femmes que chez les hommes. La migraine, les céphalées de tension et les céphalées en grappe couvrent en grande partie l’ âge de la procréation chez les hommes et les femmes. Comme les types de céphalées ne sont pas présents tout au long de la vie, leur prévalence à un moment donné peut être rapportée à 10 % de la population totale si l’ on compte les personnes ayant subi au moins une crise de migraine au cours de l’ année précédant l’ enquête. Ces données et d’ autres données similaires sont recueillies systématiquement et dans le monde entier par l’ OMS – dans le cadre de l’ étude « Global Burden of Disease » – entre autres parce que la migraine accompagne presque toujours la vie professionnelle et entraîne donc des coûts indirects extrêmement élevés pour une économie. Sur la base des extrapolations effectuées à partir des études étrangères, on peut supposer qu’ au moins 600 millions de francs suisses par an sont dépensés en Suisse. Environ 15 % de ce chiffre sont dus aux traitements (consultations, diagnostics, médicaments), 35 % aux absences au travail et 50 % au présentéisme, c’ est-à-dire les pertes au travail dues à des performances réduites, des erreurs et des compensations ultérieures (angl. « presenteeism »).
Quatre observations permettent de suspecter une influence des hormones féminines sur la migraine : premièrement, l’ incidence de la migraine augmente plus fortement chez les femmes après le début de la puberté que chez les garçons. Selon une étude suédoise, les filles et les garçons sont touchés de la même façon par la migraine jusqu’ au début de la puberté (Bo Bille, 1962). Deuxièmement, la prévalence de la migraine augmente fortement au cours du cycle menstruel, tant avant que pendant la période des menstruations. Troisièmement, la progression de la migraine peut être fortement influencée, positivement ou négativement, par les hormones sexuelles féminines et quatrièmement, la grossesse et l’ allaitement ont une très forte influence sur la survenue des crises de migraine.
Les accidents vasculaires cérébraux sont un thème récurrent en relation avec les attaques de migraine. La migraine « simple » sans aura n’ est pas associée à un risque d’ AVC et la migraine avec aura n’ est associée qu’ à un risque très faible d’ AVC. Cependant, le risque d’ insuffisance veineuse chronique (IVC) thrombotique augmente avec l’ utilisation de contraceptifs oraux, surtout si le tabagisme s’ y ajoute. Les jeunes femmes atteintes de migraines avec aura, qui ont recours à la contraception orale et qui fument doivent être averties de cette situation et le tabagisme doit être arrêté.

Clarification

En raison de la prévalence et de l’ incidence élevées chez les femmes, la clarification sérieuse et le traitement de la migraine, en plus de la réduction de la souffrance, sont également importants sur le plan médical et économique. Toujours est-il que la migraine n’ est pas diagnostiquée dans 50 % des cas et qu’ elle est le plus souvent désignée à tort comme céphalée de tension. Il en résulte que les médicaments et les traitements spécifiques à la migraine ne sont pas utilisés. Les patients, les familles et les lieux de travail sont donc souvent inutilement exposés à de grandes souffrances.
La clarification se fait de manière purement clinique par le biais du dialogue, du status neurologique et internistique, étant donné qu’ à ce jour il n’ existe pas de marqueurs de la migraine tels que les valeurs de laboratoire ou l’ imagerie spécifique. Pour les critères de diagnostic, la Classification internationale des troubles de la tête, ICHD-3 (tab. 1 et 2), est aujourd’ hui utilisée dans le monde entier. Comme pour le DSM, le site de l’ IHS (International Headache Society) offre plus de 200 types de maux de tête. La migraine étant également un diagnostic d’ exclusion, un examen IRM est aujourd’ hui indispensable. C’ est la seule façon de détecter les causes occultes et latentes des maux de tête secondaires. Une hémorragie sous-arachnoïdienne due à un anévrisme cérébral manqué est dans la plupart des cas une catastrophe évitable !

Réflexions sur la pathophysiologie comme base de traitement

La migraine est basée sur une prédisposition génétique et peut être considérée comme une réaction exagérée à des facteurs de stress endogènes (par ex. les hormones) ou externes. Les jumeaux monozygotes ont un taux de concordance pour la migraine d’ environ 80 %, tandis que pour deux personnes quelconques, il est d’ environ 10 %. La migraine est également plus fréquente dans les familles des personnes touchées. En raison de la prévalence plus élevée chez les femmes après la puberté, un héritage pseudo-maternel est évident. La découverte spectaculaire des gènes de la migraine reste réservée à la très rare migraine hémiplégique familiale. Dans la migraine « commune », avec et sans aura, plusieurs gènes sont probablement toujours impliqués simultanément, ce qui rend leur exploration très difficile.
Le système trigéminal-vasculaire est l’ élément clé de la physiopathologie de la migraine et comprend une interaction étroite entre les zones centrales du tronc cérébral et des méninges, principalement avec les vaisseaux sanguins méningées et les nerfs périvasculaires qui sont en relation afférente et efférente avec le tronc cérébral et l’ hypothalamus. De nombreux neurotransmetteurs et neuromodulateurs jouent un rôle dans les nerfs périvasculaires, la sérotonine étant le plus important neurotransmetteur et le CGRP (Calcitonin Gene Related Peptide) le plus important neuromodulateur. Sept agonistes de la sérotonine (les triptans) sont devenus la pierre angulaire du traitement des crises de migraine, tandis que les anticorps contre le neuropeptide CGRP ou son récepteur révolutionnent actuellement la prophylaxie de la migraine. L’ érenumab (Aimovig®, Novartis), le galcanezumab (Emgality®, Lilly) et le frémanezumab (Ajovy®, TEVA) sont des anticorps antimigraineux monoclonaux et doivent être prescrits par des neurologues. L’ Office fédéral de la santé publique (OFSP) a imposé une limitation extrêmement restrictive, complexe et coûteuse. Ainsi, les personnes atteintes de migraines ne peuvent bénéficier des anticorps que si elles peuvent prouver qu’ elles souffrent de migraines au moins 8 jours par mois (soit deux jours par semaine !).
En plus de la sérotonine et du CGRP, des transmetteurs tels que l’ adrénaline, la noradrénaline, la dopamine, l’ histamine et d’ autres jouent un rôle secondaire. De nombreux canaux ioniques du système nerveux central influencent en outre le mécanisme migraineux et sont modulés par un large éventail de médicaments tels que les bêta-bloquants, les antiépileptiques et les antidépresseurs.
Les œstrogènes ont des effets excitateurs et inhibiteurs sur divers neurotransmetteurs tels que la sérotonine, la dopamine, le glutamate, le GABA, les opioïdes, l’ oxyde d’ azote (NO). Des récepteurs d’ œstrogènes ont été découverts sur de nombreux neurones centraux et périphériques, y compris dans diverses parties du système trigéminal-vasculaire. Les œstrogènes modulent l’ expression du CGRP et peuvent modifier la sensibilité à la migraine. Le rôle des progestatifs est moins clair et subalterne.

Hormones féminines

L’ exposition aux hormones féminines propres à l’ organisme fait partie de la vie de chaque femme. À un moment donné de la vie, presque toutes les femmes seront confrontées à l’ administration d’ oestrogènes et de progestérone. Dans la suite de l’ article, nous examinerons l’ interaction entre les maux de tête, en particulier les migraines, et les « hormones ». Les femmes migraineuses sont généralement sensibles aux fluctuations du système nerveux autonome, qu’ elles soient causées par l’ organisme lui-même ou par des facteurs externes, tels que les changements dans les habitudes de sommeil, la consommation de nourriture, en particulier d’ alcool, les réactions de stress aux exigences professionnelles et privées, le stress psychologique lié au travail, à la famille et aux loisirs. Les hormones féminines modifient le SNC de manière directe, par exemple par le biais des récepteurs d’ œstrogènes sur certaines cellules nerveuses.
Environ 50 % des femmes migraineuses réagissent aux fluctuations hormonales du cycle mensuel normal, ce que l’ on peut visualiser au moyen d’ un simple calendrier combiné céphalées-menstruations (fig. 1). On y entre les jours de céphalées et de migraines ainsi que les jours de menstruation. Environ la moitié des personnes concernées souffrent de migraine quelques jours avant le début des saignements, l’ autre moitié en même temps que les menstruations. Seules quelques personnes signalent des migraines quelques jours après un saignement ou pendant l’ ovulation.

Traitement

Crise migraineuse
• NSAR
• Triptans
• Antiémétiques
Prophylaxe
• Mode de vie (y compris les techniques de relaxation, le sport)
• Suppléments alimentaires (magnésium, Q10, vitamine B2)
• Neuromodulateurs tels que les antiépileptiques et antidépresseurs
• Toxine botulique péricrânienne
• Anticorps CGRP

Les préparations hormonales administrées, généralement sous forme de contraceptifs, de mono-préparations ou préparations combinées, ont un effet variable et souvent contradictoire sur l’ évolution de la migraine, car celle-ci peut être déclenchée, voire disparaître, par les hormones féminines. La clinique devient encore plus imprévisible lorsque la migraine se modifie en raison d’ un changement de la préparation hormonale. Cela implique souvent un peu de chance dans le choix des préparations, car il n’ y a pas de prédicteurs de succès ou d’ échec. Le Centre des céphalées de la clinique Hirslanden (Kopfwehzentrum Hirslanden) entretient une collaboration de longue date et mutuellement bénéfique avec le département de gynendocrinologie de l’ Hôpital universitaire de Zurich, sous la direction de la Pre Gabriele Merki-Feld. Plusieurs publications communes sur le passage des préparations combinées en préparations gestagènes ont résulté de cette collaboration.

Grossesse

L’ évolution d’ une migraine pendant la grossesse est beaucoup plus prévisible : environ trois quarts des femmes peuvent jouir d’ une absence souvent totale de migraine, qui dure du troisième mois jusqu’ à la naissance, souvent même jusqu’ au sevrage du bébé. En contrepartie, les femmes enceintes qui signalent des crises de migraine exclusivement pendant leur grossesse viennent parfois nous voir. Le traitement des migraines pendant la grossesse repose essentiellement sur le traitement des crises. Outre le paracétamol, certains antiémétiques et l’ ibuprofène, le sumatriptan (Imigran®) et le naratriptan (Naramig®) peuvent également être utilisés. Pour ces deux substances, la société GlaxoSmithKline a tenu un registre de grossesse, qui a été fermé après environ 800 grossesses sans complications sous sumatriptan et naratriptan, car aucun effet tératogène n’ a été découvert. Pour de nombreuses femmes migraineuses, c’ est un soulagement considérable. Seul le fait de savoir que des traitements contre la migraine sont disponibles pendant la grossesse peut avoir un effet soulageant.

Article traduit de « info@gynécologie+obstétrique » 04_2020

Copyright Aerzteverlag medinfo AG

Dr. med. Reto Agosti

Neurologie FMH, Kopfwehzentrum Hirslanden
Forchstrasse 424
8702 Zollikon
www.kopfwww.ch

Conférences et conseils consultatifs pour Novartis, Lilly, Almirall, Allergan, X-med, TopPharm, Medical Tribune.

  • Dans le courant de leur vie, presque 20% des femmes souffrent de migraine, ce qui provoque de grandes souffrances et d’ importants coûts économiques.
  • La migraine n’ est diagnostiquée que dans 50% des cas. De ce fait, elle est insuffisamment traitée.
  • Les hormones féminines influencent la migraine de multiples manières.
  • La combinaison de la migraine avec aura plus pilule contraceptive plus tabagisme augmente le risque d’ attaque cérébrale et de thrombose.
  • Les multiples options thérapeutiques nouvelles permettent d’ offrir à la plupart des patientes un traitement bon à satisfaisant.

1. R. Agosti, H.-C. Diener und V. Limmroth (2015): Migräne & Kopfschmerzen. Ein Fachbuch für Hausärzte, Fachärzte, Therapeuten und Betroffene. Karger-Verlag.
2. GS. Merki-Feld, B. Imthurn, B. Seifert, LL. Merki, R. Agosti, AR. Gantenbein (2013): Desogestrel-only contraception may reduce headache frequency and improve quality of life in women suffering from migraine. The European Journal of Contraception and Reproduction Health Care.
3. R. Ornello, M. Canonico, GS. Merki-Feld, T. Kurth, Ø. Lidegaard, EA. MacGregor, C. Lampl, RE. Nappi, P. Martelletti, S. Sacco (2020): Migraine, low-dose combined hormonal contraceptives, and ischemic stroke in young women: a systematic review and suggestions for future research. Expert Review Neurotherapeutics.
4. Bo Bille (1962): Migraine in school children. A study of the incidence and short-term prognosis, and a clinical, psychological and electroencephalographic comparison between children with migraine and matched controls. Acta paediatrica Supplement.
5. Hartmut Göbel (2012): Die Kopfschmerzen. Ursachen, Mechanismen, Diagnostik und Therapie in der Praxis. Springer, 3. Auflage.

Le zinc – un oligo-élément important

Après le fer, le zinc est quantitativement l’ oligo-élément le plus important pour l’ homme et a des tâches structurelles, régulatrices et catalytiques pour un grand nombre d’ enzymes. Sur le plan clinique, il est important pour la croissance et le développement, la maturation des testicules, les fonctions neurologiques, la cicatrisation des plaies et la défense immunitaire. Dans cet article, les aspects actuels du zinc sont présentés.

Les oligo-éléments sont généralement définis comme des minéraux dont les adultes ont besoin dans des quantités allant de 1 à 100 mg/jour. Il s’ agit entre autres du cuivre, du manganès et du zinc. Le zinc est un métal de transition et est présent dans les composés organiques principalement sous forme de cation divalent. Historiquement, une grave carence en zinc a été reconnue comme une cause d’ hypogonadisme et de nanisme endémiques dans l’ Iran rural, ce qui a permis d’ identifier le zinc comme un oligo-élément essentiel. Ces dernières années, l’ observation selon laquelle une carence subclinique en zinc peut augmenter de manière significative l’ incidence des diarrhées et les infections des voies respiratoires supérieures ainsi que leur morbidité et leur mortalité a suscité un grand intérêt. Outre la carence en fer, en iode et en vitamine A, la carence en zinc est l’ une des plus importantes carences en micronutriments dans le monde.
Les aliments d’  origine animale sont une excellente source de zinc, tout comme les noix et les lentilles. En revanche, les légumes, les fruits et les produits fabriqués à partir de farine blanche ne contiennent que de faibles quantités de zinc. Dans le régime alimentaire occidental, les aliments sont donc souvent enrichis en zinc, et ces produits représentent une source de zinc de plus en plus importante. Pour répondre aux besoins humains, non seulement la teneur absolue en zinc des aliments joue un rôle, mais aussi leur biodisponibilité dans une large mesure. Comme les régimes végétariens contiennent de grandes quantités de phytates, de fibres alimentaires et de caséine, leur biodisponibilité est faible en raison de la formation de complexes de zinc insolubles (1). Un résumé des habitudes alimentaires qui influencent la biodisponibilité du zinc est donné dans le tableau 1.

L’ apport nutritionnel de référence recommandé pour le zinc varie selon l’ âge et le sexe et passe de 3 mg par jour dans la petite enfance à 8 mg par jour pour les femmes adultes et 11 mg par jour pour les hommes adultes (4). Pendant la grossesse et l’ allaitement, le besoin est légèrement plus élevé. Un apport en zinc supérieur à 25 mg par jour n’ est pas recommandé. Au niveau mondial, environ 45 % des adultes ont un apport en zinc insuffisant (5). Dans les pays du tiers monde, la carence en zinc touche environ 2 milliards de personnes, en particulier dans les pays où les céréales sont la principale source de nutriments (6). D’ autre part, l’ utilisation quotidienne de zinc en Suisse, avec 13,2 mg par jour, ainsi que la consommation approximée de 12,5 mg par jour, ont de nouveau légèrement augmenté par rapport à la baisse selon le 5e rapport sur la nutrition en Suisse, et la consommation approximée quotidienne est cependant nettement supérieure à l’ apport pondéré recommandé, ce qui signifie que pour l’ ensemble de la Suisse, on peut supposer un approvisionnement suffisant en zinc (7).
Au cours de la digestion, le zinc contenu dans les aliments est libéré et forme des complexes avec divers ligands. Ces complexes zinc-ligand sont principalement absorbés de manière active et passive dans le duodénum et le jéjunum. L’ absorption du zinc peut être altérée en cas d’ insuffisance pancréatique car les enzymes pancréatiques sont nécessaires à la libération du zinc dans l’ alimentation. Le zinc partage certains composants absorbants communs avec le fer et le cuivre, et ces trois minéraux peuvent rivaliser pour l’ absorption. Comme mentionné ci-dessus, l’ acide phytique réduit l’ absorption du zinc (1) et il a été démontré que l’ apport en zinc et les concentrations plasmatiques sont sensiblement plus faibles chez les personnes suivant un régime végétarien habituel par rapport aux personnes suivant un régime non végétarien (9).
La teneur corporelle totale en zinc chez les adultes est en moyenne de 1,5 à 2,5 g (10), ce qui est similaire à celle du fer. Le sérum ne contient que 0,1% du zinc total de l’ organisme, 2⁄3 sont liés à l’ albumine et 1⁄3 lié à l’ alpha-2-macroglobuline. 98 % du zinc est localisé en intracellulaire. Une grande partie se trouve dans les réservoirs osseux et musculaires à renouvellement lent, d’ autres concentrations élevées se trouvent dans le foie, dans les organes reproducteurs masculins ainsi que dans la rétine et l’ iris (2).
La principale voie d’ excrétion du zinc passe par le tube digestif. Jusqu’ à 10 % du zinc en circulation est également excrété dans l’ urine. L’ homéostasie du zinc est maintenue par une combinaison de changements dans l’ absorption fractionnée et l’ excrétion fécale endogène du zinc.

Le rôle biologique du zinc

Le zinc doit son rôle biologique à sa capacité à former des liens étroits avec certains acides aminés, notamment l’ histidine et la cystéine. Environ 250 protéines contiennent du zinc. Il s’ agit notamment d’ enzymes telles que l’ enzyme de conversion de l’ angiotensine, la phosphatase alcaline, l’ anhydrase carbonique, les polymérases de l’ ADN et de l’ ARN, la superoxyde dismutase cuivre-zinc et la métallothionéine, ainsi qu’ une grande famille de protéines de zinc impliquées dans la transcription des gènes. Au niveau moléculaire, le zinc remplit des fonctions structurelles, régulatrices et catalytiques dans une variété d’ enzymes et est important pour la configuration des protéines non enzymatiques. Le zinc a donc des fonctions structurelles, régulatrices et catalytiques. Il joue un rôle important à la fois dans la division cellulaire et dans l’ apoptose (mort cellulaire programmée) et joue donc un rôle dans la croissance, le développement, la réparation des tissus / la cicatrisation des plaies et les fonctions neurologiques. Il est également impliqué dans le métabolisme des lipides et du glucose ainsi que dans l’ immunité et la réponse aux infections (11).

Quelles maladies antérieures et quels symptômes cliniques suggèrent une carence en zinc ?

Pour l’ essentiel, nous distinguons une carence en zinc primaire d’ une carence secondaire.
La rare acrodermatite entéropathique primaire (AEZ) est une maladie autosomique récessive dans laquelle l’ absorption du zinc est altérée (12). L’ AEZ se caractérise par la diarrhée, la dermatite, l’ alopécie, une mauvaise croissance, l’ irritabilité et la léthargie, ainsi qu’ une mauvaise fonction immunitaire, qui survient généralement après le sevrage et peut entraîner la mort si elle n’ est pas traitée. La supplémentation orale illimitée à forte dose de zinc (30 à 45 mg par jour) entraîne une rémission des symptômes.
Les causes secondaires de la carence en zinc sont dues à une réduction de l’ apport, à la malabsorption, à l’ augmentation de l’ excrétion et aux pertes (tableau 2).

En routine clinique, les symptômes associés à une carence en zinc se retrouvent plus fréquemment dans les maladies chroniques telles que les syndromes de malabsorption (comme les maladies inflammatoires chroniques de l’ intestin), après une grossesse et un très long allaitement. Une réduction de l’ absorption et du stockage du zinc et des cas occasionnels de carence en zinc symptomatique ont également été constatés chez des patients après un pontage gastrique dû à une obésité morbide (13). Les patients atteints de cirrhose alcoolique présentent souvent de faibles concentrations hépatiques en zinc.
Toutes les formes de malnutrition peuvent entraîner une carence en zinc. Dans le contexte de l’ anorexie mentale, il semble y avoir une influence négative mutuelle sur l’ évolution de la maladie, dans laquelle la malnutrition peut conduire à une carence en zinc et vice versa à une suractivation du récepteur NMDA. Cela conduit à des niveaux élevés de glutamate avec pour conséquence une perturbation de la formation des synapses et de la plasticité synaptique (14). Dans l’ anorexie des personnes âgées ayant une mauvaise qualité nutritionnelle, la carence en zinc alimentaire peut être encore accentuée par des médicaments qui augmentent la perte de zinc dans l’ urine, notamment les thiazides, les diurétiques de l’ anse et les bloqueurs des récepteurs de l’ angiotensine (15).
En médecine orthomoléculaire, la cryptopyrrolurie est considérée comme une cause d’ une carence combinée en zinc et en vitamine B6, qui entraînerait divers symptômes concernant le système nerveux, le psychisme, les yeux, les organes digestifs et l’ appareil locomoteur (16). Cependant, comme il a été prouvé que le cryptopyrrole n’ est pas du tout présent dans l’ urine, il a été montré qu’ il n’ y a pas de cryptopyrrolurie pathologique (17) et il n’ y a donc pas d’ études sur ce sujet.
Les symptômes cliniques sont dominés par les modifications dermatologiques, qui se produisent principalement dans les extrémités ou autour des orifices du corps et sont souvent caractérisées par des lésions érythémateuses, vésiculo-bulleuses et pustulaires. Une perte de cheveux supplémentaire avec changement de couleur et facilité d’ arrachage des cheveux, des troubles de l’ odeur et du goût, qui peuvent aggraver la malnutrition par perte d’ appétit. La carence en zinc entrave la croissance et peut entraîner un retard de maturation sexuelle, l’ impuissance, l’ hypogonadisme, l’ oligospermie, l’ alopécie, l’ héméralopie. L’ immunodéficience avec susceptibilité aux infections et le retard dans la cicatrisation des plaies sont également importants. Dans le diabète de type 1 et de type 2, il peut y avoir une hyperzincurie, qui peut jouer un rôle dans le dysfonctionnement immunitaire associé au diabète sucré.

Évaluation du statut du zinc

Comme la concentration plasmatique de zinc ne correspond pas bien aux niveaux tissulaires, les personnes souffrant d’ une carence en zinc ne peuvent pas être identifiées de manière fiable. Bien que la concentration plasmatique soit généralement un bon indice du statut en zinc chez les individus en bonne santé, elle est souvent réduite dans les états de maladie inflammatoire. Les concentrations de zinc dans les globules rouges peuvent fournir une mesure plus utile du statut en zinc pendant les conditions inflammatoires aiguës ou chroniques (18). Plusieurs indices fonctionnels peuvent également être utilisés pour évaluer indirectement le statut en zinc. L’ activité de la phosphatase alcaline peut servir de marqueur de soutien du statut du zinc (4). Comme la plupart du zinc est lié à l’ albumine, sa concentration plasmatiques peut être faussement basse chez les patients atteints d’ hypoalbuminémie (19).
Compte tenu de ces difficultés, une approche pragmatique de l’ évaluation de la carence en zinc s’ est avérée efficace : identifier les symptômes typiques de la carence en zinc et les enregistrer de manière anamnestique, mesurer la concentration de zinc plasmatique en même temps que la CRP (comme mesure de la réponse en phase aiguë, c’ est-à-dire que la concentration plasmatique de zinc peut être faussement basse à des concentrations plasmatiques élevées de CRP), «confirmer» par une valeur basse, prescrire une supplémentation en zinc avec disparition des symptômes et augmentation de la concentration de zinc plasmatique. Étant donné le faible risque d’ une thérapie de remplacement du zinc, elle peut être indiquée chez les patients présentant de faibles taux de zinc, quel que soit leur statut en albumine, en fonction du contexte clinique (19).

Utilisation thérapeutique potentielle du zinc

Les maladies inflammatoires respiratoires

Bien que les préparations de zinc puissent réduire la gravité et la durée des symptômes du rhume, leur utilisation n’ est pas recommandée en raison de leurs avantages incertains et de leurs effets indésirables connus, en particulier l’ anosmie irréversible lorsqu’ elles sont administrées par voie intranasale. Dans une revue systématique portant sur 17 études, le zinc a permis de réduire la durée des symptômes (différence moyenne -1,65 jour, IC à 95 % -2,5 à -0,8) chez les adultes, mais il y avait une hétérogénéité significative entre les études (20). Les effets indésirables, notamment le mauvais goût et les nausées, étaient fréquents dans le groupe zinc dans toutes les études.
En relation avec la pandémie COVID 19, un certain nombre de publications ont paru, émettant l’ hypothèse d’ un effet favorable du zinc sur l’ évolution de la maladie – d’ une part, en raison de l’ effet connu du zinc sur le système immunitaire ; un rapport de 4 cas consécutifs décrit une amélioration symptomatique significative dans les 24 heures suivant le début du traitement au zinc à forte dose (21). Et d’ autre part en raison d’ une synergie possible dans le traitement du COVID-19 avec la chloroquine (22). Cependant, en l’ absence d’ études réelles, il n’ existe aucune preuve de l’ effet bénéfique supposé du zinc.
Enfin, il convient de mentionner une méta-analyse qui a pu démontrer une réduction significative de la mortalité dans les cas de la pneumonie à progression sévère (23).

Dégénérescence maculaire liée à l’ âge

Le zinc semble jouer un rôle important dans la pathogenèse de la dégénérescence maculaire liée à l’ âge (DMLA). Ceci est confirmé par le fait que les zones de la rétine touchées par la DMLA présentent des concentrations élevées en zinc et que la teneur en zinc et l’ activité de certaines enzymes dépendantes du zinc dans la rétine diminuent avec l’ âge (2). La question de savoir si la supplémentation en zinc pourrait avoir un effet bénéfique sur le risque ou la progression de la DMLA a reçu des réponses contradictoires dans diverses études. Dans une analyse Cochrane, cinq essais contrôlés par placebo sur l’ utilisation du zinc dans le traitement de la DMLA ont été compilés (24). La durée de la supplémentation et du suivi varie de six mois à sept ans. Chez les sujets prenant des suppléments de zinc, la probabilité d’ évolution vers une DMLA tardive (RC 0,83, 95 % IC 0,70 à 0,98 ; 3790 patients ; 3 ECR), vers une DMLA néovasculaire (RC 0,76, 95 % IC 0,62 à 0,93 ; 2442 patients ; 1 ECR) ou à une perte d’ acuité visuelle (RC 0,87, 95 % IC 0,75 à 1,00  ; 3791 patients ; 2 ECR) a été réduite avec des preuves faibles à modérées de relativement 13 à 24 %, de sorte que le bénéfice clinique en termes absolus ne sera probablement pas pertinent par rapport aux options de traitement actuelles.

Utilisation possible en dermatologie

La croissance des cellules, la prolifération des cellules et la cicatrisation des plaies dépendent directement du zinc. Depuis le début des années 1960, des tentatives répétées ont été faites pour prouver l’ effet du zinc sur la cicatrisation des plaies et il a été démontré que la supplémentation systémique en zinc n’ est efficace qu’ en cas de carence avérée en zinc (2). La situation globale des données est modeste. Une analyse Cochrane de 6 études plus petites portant sur un total de 183 patients n’ a révélé aucun effet de la supplémentation orale en zinc sur le taux de guérison des ulcères de jambe artériels et veineux (25). Cependant, si le zinc est appliqué localement, on peut s’ attendre à une forte concentration de zinc dans la zone de la plaie. L’ application topique de zinc conduit à l’ «auto-débridement», a un effet anti-infectieux et favorise la granulation et l’ épithélialisation (26). Dans une étude contrôlée par placebo après une chirurgie du sinus pilonidal, le temps de guérison moyen a été réduit de 8 jours, passant de 62 à 54, et seuls 3 des patients traités localement à l’ oxyde de zinc ont dû être traités par antibiotiques, contre 12 sous placebo (RC 0,16, % IC 0,03 à 0,71, p = 0,007) (27). Des études plus poussées avec une application topique du zinc seraient peut-être plus prometteuses que l’ application systémique.
Dans un article récent, un potentiel intéressant d’ application locale du zinc a été suggéré : l’ acné vulgaire. C’ est une maladie chronique des glandes sébacées qui peut se manifester par des lésions inflammatoires ou non inflammatoires chez les personnes de tout âge. Les traitements standard actuels peuvent provoquer un large éventail d’ effets indésirables, notamment la sécheresse, la desquamation, l’ érythème et même des malformations fœtales et des embolies. Les auteurs ont conclu à partir des études disponibles, malheureusement peu nombreuses, que le zinc était aussi efficace ou moins efficace que la tétracycline orale, aussi efficace ou plus efficace que l’ érythromycine et la clindamycine, et moins efficace que la minocycline orale. Ainsi, le zinc topique s’ est avéré équivalent à l’ érythromycine et à la clindamycine et pourrait être une alternative prometteuse aux autres traitements de l’ acné en raison de son faible coût, de son efficacité et de l’ absence d’ effets secondaires systémiques (28).

Toxicité

Les gens tolèrent un apport élevé en zinc à court terme, jusqu’ à 100 mg/jour (29). Des suppléments de méga-doses ou un apport élevé en zinc provenant d’ aliments ou de boissons contaminés ont été associés à des symptômes gastro-intestinaux non spécifiques tels que des douleurs abdominales, des diarrhées, des nausées et des vomissements (10). Le zinc peut interférer avec l’ absorption du cuivre, et un apport élevé en zinc (> 150 mg/jour) peut entraîner une carence en cuivre, ce qui peut être exploité pour traiter la maladie de Wilson (8). La limite supérieure d’ un apport total sûr à long terme provenant des aliments et des compléments est considérée comme un apport de 25 mg/jour de zinc.

En résumé, on peut conclure pour le zinc ainsi que pour les vitamines et autres oligo-éléments qu’ une carence met en danger diverses fonctions de l’ organisme et donc l’ état de santé et qu’ il convient donc de l’ étudier, de l’ identifier et d’ y remédier à l’ aide de substituts appropriés. D’ autre part, il y a trop peu de preuves d’ une utilisation thérapeutique chez les personnes ayant un taux de zinc normal.

Remerciements : Je tiens à remercier le Dr Reinhard Imoberdorf, de l’ hôpital cantonal de Winterthur, pour avoir revu le manuscrit et ses nombreuses suggestions d’ amélioration.

Article traduit de « der informierte arzt » 08_2020

Copyright Aerzteverlag medinfo AG

Dr. med. Hans-Kaspar Schulthess

Facharzt FMF Innere Medizin und Gastroenterologie
Neuhausstrasse 18
8044 Zürich

Schulthess_hk@swissonline.ch

L’ auteur n’ a pas déclaré de conflits d’ intérêts en rapport avec cet article.

  • Après le fer, le zinc est quantitativement l’ oligo-élément le plus important pour l’ homme.
  • Les bonnes sources de zinc sont la viande, le fromage à pâte dure, les abats, les crustacés, les céréales complètes, les légumineuses telles que les lentilles et le soja, les noix, les amandes et les graines. En revanche, les légumes, les fruits et les produits fabriqués à partir de farine blanche ne contiennent que de faibles quantités de zinc.
  • Le zinc est important pour la croissance et le développement, la maturation testiculaire, les fonctions neurologiques, la cicatrisation des plaies et le système immunitaire.

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Consommation abusive d’ alcool et cognition

La consommation abusive d’ alcool est fréquemment associée à une atteinte cérébrale et à des troubles neuropsychologiques touchant principalement les fonctions exécutives, mnésiques et de cognition sociale. Nous proposons quelques outils de dépistage de ces troubles, ainsi que les bénéfices de l’ abstinence sur les ressources cognitives.

L’  OFS définit une consommation chronique à risque d’ alcool comme la consommation dès 4 unités d’ une boisson alcoolisée par jour pour les hommes et dès 2 unités par jour pour les femmes. Cette consommation à risque touche 5 % de la population suisse et la part des personnes consommant de l’ alcool de façon quotidienne augmente avec l’ âge, engendrant diverses atteintes telle que la cirrhose alcoolique du foie, les cancers ou les troubles cardiovasculaires (1).
Selon le Manuel Diagnostique et Statistique des Troubles Mentaux® (DSM-5), le trouble de l’ usage de l’ alcool est défini par un mode d’ usage problématique de l’ alcool conduisant à une altération du fonctionnement ou une souffrance cliniquement significative, caractérisé par la présence, au cours d’ une période de 12 mois, d’ au moins deux critères, tels qu’ un désir de consommation persistant, des désirs infructueux pour diminuer la consommation d’ alcool ou la poursuite de la consommation d’ alcool malgré des problèmes interpersonnels ou sociaux qui en découlent (2).
Une occurrence particulière de la consommation abusive d’ alcool est le « Binge-Drinking », pattern de consommation d’ alcool souvent observé chez les adolescents et les jeunes adultes, qui est défini comme l’ augmentation de la concentration d’ alcool sanguin à un niveau de 0.08 g/dl pendant une période de 2 heures. Des études ont montré que ce pattern de consommation diminuait les capacités exécutives et attentionnelles, avec des différences notées sur le fonctionnement cérébral à l’ imagerie fonctionnelle (aux tâches exécutives, attentionnelles et mnésiques) et sur le plan structurel (diminution de la matière blanche et accélération de la réduction de matière grise) (3, 4).

Impact cérébral structurel

Les effets de l’ alcool sur le cerveau sont avérés sur le plan structurel et fonctionnel ; ils sont dépendants de différents facteurs, notamment : la quantité d’ alcool consommée, l’ âge de début de consommation, la durée de la dépendance et des facteurs démographiques tels que l’ âge, le sexe et l’ éducation (5). La consommation excessive d’ alcool engendre une réduction globale de la densité de matière blanche et une atrophie corticale généralisée (ainsi que sur le cervelet) ; deux systèmes cérébraux sont particulièrement touchés : le circuit fronto-cérébelleux et le circuit de Papez (6, 7) (fig. 1).
Le circuit fronto-cérébelleux comprend le cortex frontal, le thalamus, le pont et le cervelet, impliqué notamment dans le fonctionnement moteur (contrôle de la marche et de l’ équilibre) et exécutif.
Le circuit de Papez, quant à lui, comprend le cortex cingulaire, le thalamus, l’ hippocampe et les corps mamillaires et est impliqué notamment dans la mémoire épisodique (7). Les tableaux cognitifs des patients avec consommation excessive d’ alcool sont marqués par des atteintes des fonctions exécutives et mnésiques, mais également visuo-constructives et dans le domaine de la cognition sociale (fig. 1).

Impact sur les fonctions cognitives

Fonctions exécutives

Sous ce terme sont regroupés les processus cognitifs permettant de planifier, contrôler et monitorer des comportements orientés vers un but, ainsi que d’ adapter des comportements dans des situations nouvelles. Les sous-composants des fonctions exécutives touchés dans une situation de consommation abusive d’ alcool sont notamment : la mémoire de travail (incluant la mise à jour des informations), l’ inhibition, la résolution de problèmes, la déduction de règles et la flexibilité mentale (8, 9).

Capacités mnésiques

La mémoire comprend de multiples sous-composants. Les études ayant mesuré l’ impact de la consommation abusive d’ alcool sur les fonctions mnésiques ont retenu des déficits dans les domaines de (8, 9) :

  • La mémoire épisodique : atteinte des processus d’ encodage, de récupération, d’ identification de la source et du contexte spatio-temporel du souvenir
  • La mémoire prospective : atteinte des capacités à se souvenir de réaliser une action dans le futur
  • La mémoire autobiographique : formée de souvenirs contenus en mémoire épisodique et d’ éléments de connaissance générale sur soi-même (composante sémantique) touchant notamment les périodes de consommation

Confabulations

Les confabulations sont le souvenir d’ événements et d’ expériences qui n’ ont, en fait, jamais eu lieu. Elles sont produites de façon inconsciente (10). Les confabulations provoquées apparaissent généralement suite à une question : les réponses sont erronées mais plausibles. Les confabulations spontanées, quant à elles, apparaissent sans déclencheur et dans le contexte d’ amnésie sévère et de désorientation et ces patients ont tendance à agir conséquemment aux confabulations.

Émotions et cognition sociale

La cognition sociale regroupe les capacités à percevoir et comprendre les interactions sociales. Chez les personnes dépendantes à l’ alcool, le décodage d’ expressions faciales émotionnelles est atteint, en particulier pour les expressions faciales négatives telles que le dégoût ou la colère (8). Un autre déficit est présent dans les capacités à détecter l’ humour et l’ ironie. Certaines études ont mis en évidence des difficultés à ressentir la composante émotionnelle de l’ empathie (ressentir les émotions des autres) alors que sa composante cognitive (comprendre les états mentaux de tiers) serait préservée. Un même pattern est observé au sein de la théorie de l’ esprit (capacité à prédire, anticiper et interpréter le comportement des autres), où l’ aspect émotionnel (émotions/sentiments attribués aux autres) est altéré, mais l’ aspect cognitif (pensées, croyances et intentions attribuées aux autres) parait préservé (8). Enfin, on observe parfois un trouble nommé « alexithymie », qui désigne « l’ incapacité à identifier et décrire ses propres états émotionnels et ceux d’ autrui » (9).

Conscience des troubles

Les troubles cognitifs mesurés chez les personnes alcoolo-dépendantes ont un impact sur la conscience qu’ ils ont de leurs propres troubles, notamment sur le plan cognitif. Les troubles mnésiques les induisent à surestimer leurs capacités, car elles se basent sur leurs performances antérieures pour évaluer leurs capacités cognitives actuelles (8, 9).

Principaux syndromes liés à une consommation abusive chronique d’ alcool (11) :

1. Gayet-Wernicke : l’ encéphalopathie de Gayet-Wernicke est une atteinte neurologique aiguë, provoquée par une déficience en thiamine et caractérisée par une paralysie oculo-motrice, une ataxie et un état confusionnel. La déficience chronique en thiamine provoque différentes lésions cérébrales, qui, au cours du temps, progressent vers un syndrome de Korsakoff ou une démence alcoolique.
2. Syndrome de Korsakoff : il serait le résultat à long terme de l’ encéphalopathie de Gayet-Wernicke, avec une atteinte neurologique plus sévère menant à une atteinte mnésique très importante, perturbant les processus d’ encodage et pouvant aboutir à un syndrome amnésique.
3. Démence alcoolique : troubles de la mémoire avec autres difficultés cognitives telles qu’ une atteinte langagière, motrice, visuelle et/ou des fonctions exécutives.
La démence alcoolique, si détectée de manière précoce, et l’ encéphalopathie de Gayet-Wernicke, sont des atteintes réversibles, tout au moins en partie, si une abstinence d’ alcool est obtenue. Les dommages causés dans le syndrome de Korsakoff sont toutefois irréversibles (fig. 2).
Plus récemment, le terme «détérioration cérébrale liée à l’ alcool» (Alcohol-Related Brain Damage, ARBD) a été adopté en raison du large spectre de troubles cognitifs et neurologiques pouvant être ob-servé (12) ; le DSM-5 a également adopté une description des troubles liés à la consommation d’ alcool dans le contexte d’ un continuum.

Effets après abstinence

L’ abstinence permet fréquemment une diminution des troubles cognitifs. Le processus est toutefois lent (mois à années) et partiel. En effet, les études ont montré que les personnes récemment ab-
stinentes (32-365 jours) conservent des troubles particulièrement marqués dans les domaines de la mémoire, de la vitesse de traitement et des fonctions visuo-spatiales et exécutives. Après plus d’ une année d’ abstinence, les troubles sont généralement observables de manière moins sévère (8, 5).

Dépistage des troubles cognitifs

Le Montréal Cognitive Assessment (MoCA)

Cet outil a été développé afin de détecter des troubles cognitifs légers chez des patients avec un Mild Cognitive Impairment (MCI) et teste donc plusieurs domaines cognitifs. Il a pour avantage d’ être rapidement administré, mais comporte des sous-tests évaluant des capacités souvent préservées chez les patients alcoolo-dépendants (p.ex. la dénomination) (9). Il existe sous forme informatisée et peut être répété car il existe plusieurs versions de cette échelle.

Tester la production de confabulations

Il existe des questionnaires pour tester les confabulations, mais il est également possible d’ en «provoquer» en posant des questions du type «nous sommes-nous déjà vus aujourd’ hui ?».

Évaluer l’ impact des troubles sur la vie quotidienne

L’ Échelle d’ Activité Instrumentale de la Vie Quotidienne (IADL) (13) permet d’ estimer en 4 points le degré d’ autonomie dans la gestion de différentes tâches du quotidien (administration, médicaments, utilisation de moyens de communication et de transport).

Rôle de l’ évaluation neuropsychologique

Ces outils d’ évaluation permettent un dépistage : tout score inférieur à la norme ou cliniquement faible devrait faire l’ objet d’ une investigation neuropsychologique approfondie. L’ examen neuropsychologique permettra de quantifier les troubles cognitifs, de participer à l’ appréciation des capacités d’ autonomie et de discernement et de contribuer à une réflexion sur les mesures nécessaires au meilleur encadrement du patient. Lorsqu’ il est répété, il est également précieux pour apprécier l’ évolution des troubles dans le temps (fig. 3).

Impact des altérations cognitives sur la prise en charge

La présence de troubles cognitifs peut faire partie des facteurs provoquant une rechute. Ainsi, un lien a été mis en évidence entre les déficits mnésiques, exécutifs (difficultés à inhiber des comportements de consommation) et décisionnels des patients avec consommation d’ alcool à risque et une diminution de la motivation et des capacités à apprendre de nouvelles informations (telles que les conséquences de leur consommation sur leur santé) ou à adopter de nouveaux comportements (ce qui nécessite des ressources en termes de prise de décision et de planification) (7).

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Charlene Moser

Psychologue assistante en neuropsychologie (MAS)
Centre Hospitalier Universitaire Vaudois (CHUV)
Hôpital Nestlé
Av. Pierre-Decker 5
1005 Lausanne

charlene.moser@chuv.ch

Astrigh Lindemann

Psychologue adjointe spécialiste en Neuropsychologie FSP
Centre Hospitalier Universitaire Vaudois (CHUV)
Hôpital Nestlé
Av. Pierre-Decker 5
1005 Lausanne

astrigh.lindemann@chuv.ch

Les auteurs ont déclaré qu’ ils n’ ont aucun conflit d’ intérêt en rapport avec cet article.

  • L’ impact cérébral d’ une consommation abusive d’ alcool est avéré sur les plans structurel et fonctionnel
  • Les fonctions exécutives, mnésiques et de cognition sociale sont les principales fonctions cognitives touchées en cas de consommation d’ alcool abusive
  • Détecter les troubles cognitifs de manière précoce contribue à adapter la prise en charge et l’ adhésion aux thérapies
  • Des échelles brèves de dépistage peuvent être administrées et, en cas de score faible, orienter vers un examen neuropsychologique plus spécialisé

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Actualités sur la BPCO

Les mécanismes physiopathologiques sous-jacents dans la bronchopneumopathie chronique obstructive, qui entraînent des symptômes de gravité variable et sont déclenchés par des agents nocifs inhalés, principalement par la consommation de nicotine, sont l’ œdème de la muqueuse bronchique, le spasme des muscles bronchiques et l’ hypersécrétion avec formation/sécrétion accrue de mucus. Les stratégies de traitement répondent donc à un ou plusieurs de ces problèmes. Dans le diagnostic de la BPCO, la détection précoce et le diagnostic différentiel par rapport aux autres maladies pulmonaires telles que l’ asthme, la bronchectasie, etc. posent un défi particulier.

Chez un patient qui souffre de dyspnée persistante et progressive ou de toux chronique, d’ infections respiratoires récurrentes et présente certains critères anamnestiques, tels que l’ exposition à des agents nocifs inhalés, mais aussi des antécédents familiaux ou un faible poids à la naissance, voire une naissance prématurée, il faut penser à la BPCO.

Évaluation spirométrique

Pour confirmer le diagnostic, un examen spirométrique est toujours essentiel et indispensable. En pratique générale, la spirométrie est très bien adaptée pour détecter l’ obstruction non réversible et l’ étendue de la restriction du flux respiratoire.
La spirométrie est également importante pour l’ évaluation de la gravité et du pronostic de la BPCO, alors que la prise en charge de la BPCO par les médicaments dépend de la classification en groupes A à D, en fonction des symptômes cliniques – en particulier la dyspnée – et de la fréquence d’ exacerbation (4).
Au moins une fois au cours d’ une BPCO une présentation à un médecin spécialiste en pneumologie devrait avoir lieu, surtout si les patients ne répondent pas au traitement standard ou s’ ils sont encore symptomatiques, avec des exacerbations fréquentes, ou doivent être hospitalisés pour cause d’ exacerbation.
Surtout si la restriction spirométrique n’ explique pas suffisamment l’ étendue de la dyspnée, un cardiologue doit également être consulté, car les comorbidités cardiaques sont relativement fréquentes dans la BPCO.

Individualisation de la thérapie

L’ individualisation est devenue de plus en plus courante dans le traitement de la BPCO. Ici, il s’ agit principalement de décider quel patient bénéficie ou non de tel ou tel médicament. Le facteur décisif est toujours l’ image clinique globale du patient concerné avec les circonstances anamnestiques et symptomatiques correspondantes, y compris les comorbidités au sens d’ une image en mosaïque, de sorte qu’ un concept de thérapie individuel puisse être créé pour chaque patient. Un concept de traitement basé sur la méthode « one size fits all » n’ est pas à sa place dans le traitement de la BPCO. Même s’ il n’ existe pas de thérapie curative médicamenteuse pour la BPCO, il n’ y a aucune raison de pratiquer le nihilisme thérapeutique.
Les objectifs thérapeutiques, outre la lutte contre l’ inflammation de la BPCO, sont le soulagement des symptômes, l’ augmentation de la résilience, l’ évitement des exacerbations et donc l’ amélioration de la qualité de vie globale des patients atteints de BPCO.
Les pierres angulaires du traitement de la BPCO sont les bronchodilatateurs, représentés par le groupe des bêtamimétiques (à longue durée d’ action) (LABA) et des parasympatholytiques (à longue durée d’ action) (LAMA). Les bêtamimétiques à courte durée d’ action jouent un rôle secondaire dans le traitement à long terme de la BPCO, sauf lorsque les symptômes sont très légers.
Les principes actifs LABA et LAMA réduisent l’hyperinflation, en particulier pendant l’ effort physique. Par rapport aux LABA, les LAMA sont plus efficaces pour prévenir les exacerbations.
Fondamentalement, le fait de commencer par une association fixe LABA/LAMA est avantageux pour les patients présentant des symptômes prononcés, car les deux groupes de substances actives augmentent ensemble leur mécanisme d’ action et sont plus efficaces pour soulager les symptômes.

Niveaux de sévérité GOLD 1 à 4 et symptômes / exacerbations GOLD groupe A à D

Toujours dans la recommandation GOLD actualisée pour le diagnostic et le traitement de la BPCO, la classification en niveaux de gravité respectifs GOLD 1 à 4 est basée sur la limitation du flux respiratoire dans la fonction pulmonaire de GOLD 1 (VEMS ≥ 80 % du volume cible) à GOLD 4 (VEMS < 30 % du volume cible).
La classification supplémentaire est basée sur le tableau à quatre champs déjà connu, la graduation étant ici basée sur l’ anamnèse d’ exacerbation d’ une part et les symptômes de la maladie d’ autre part et s’ effectue comme auparavant dans les groupes A, B, C et D. Les groupes à haut risque C et D comprennent les patients ayant subi deuxexacerbations ou plus au cours de l’ année précédente ou au moins une hospitalisation liée à une exacerbation. Ces deux groupes C et D se distinguent ensuite par la gravité des symptômes. Cette dernière peut être déterminée plus facilement avec l’ échelle mMRC (modified Medical Research Council) qui interroge le symptôme important qu’ est la dyspnée.
La classification en ces 4 groupes de thérapie détermine la thérapie recommandée, une distinction étant désormais faite entre les patients naifs de la thérapie (fig. 1a), c’ est-à-dire ceux qui doivent commencer une thérapie contre la BPCO et les patients prétraités (fig. 1b), et pour cette procédure thérapeutique des algorithmes ont été développés.
Les bronchodilatateurs jouent le rôle principal dans le traitement de la BPCO ; les préparations à longue durée d’ action doivent être utilisées au plus tard à partir du groupe B.

Nombre d’ éosinophiles et CSI

L’ une des questions les plus importantes dans le traitement de la BPCO est de savoir quel patient bénéficie de la thérapie par corticostéroides inhalées (CSI). Dans le traitement initial d’ un patient atteint de BPCO, l’ ajout d’ un CSI n’ est justifié que dans les cas gravement malades avec exacerbations fréquentes, ainsi que lors d’ une composante asthmatiquee supplémentaire pertinente.
Le problème est qu’ en pratique, les patients atteints de BPCO sont toujours traités par un CSI – même sans exacerbations fréquentes et sans symptômes graves. Certaines études ont montré qu’ il est possible et raisonnable d’ interrompre le CSI chez une partie des patients qui ne répondent à aucun critère pour cette thérapie mais qui sont traités avec celle-ci. Ceci également dans le contexte d’ un risque accru de pneumonie dans la BPCO avec CSI, en particulier chez les personnes moins symptomatiques et avec peu d’exacerbations, de sorte qu’ il faut toujours mettre l’ accent sur la nécessité de peser le risque d’ un traitement par CSI par rapport à son bénéfice potentiel.
En outre, la ligne directrice GOLD actuelle tient compte du fait qu’ en plus de la fréquence d’ exacerbation, le taux d’ éosinophiles dans le sang est un marqueur approprié de la réponse à une dose de CSI dans le traitement de la BPCO.
Des études ont montré que les patients présentant un taux d’ éosinophiles de 300/μl de sang ou plus bénéficient d’ un traitement supplémentaire de CSI pour réduire le taux d’ exacerbation. En revanche, cet effet est très faible chez les patients atteints de BPCO avec des valeurs inférieures à 100 éosinophiles/μl, de sorte que GOLD recommande maintenant que l’ escalade ou la désescalade du traitement de la BPCO soit également basée sur le nombre d’ éosinophiles (fig. 2).

Le nombre d’ éosinophiles est donc un biomarqueur important dans le traitement de la BPCO et il est utile d’effectuer une formule sanguine complète pour guider les décisions thérapeutiques, en particulier chez les patients BPCO prétraités.
Dans un premier temps, l’ association LABA/CSI ne doit être envisagée que chez les patients présentant une forte charge de symptômes et un risque élevé d’ exacerbation, c’ est-à-dire le groupe GOLD D, si le nombre d’ éosinophiles dépasse 300 / μl de sang. En outre, cette association peut constituer une première option thérapeutique chez les patients atteints de BPCO ayant des antécédents d’ asthme et/ou d’ allergies.
Le facteur décisif dans la pharmacothérapie de la BPCO chez les patients prétraités, ou dans le suivi, est de savoir quel problème domine chez le patient avec BPCO, soit la dyspnée, soit les exacerbations du symptôme cardinal (fig. 1 b).

Si la dyspnée est au premier plan, le traitement bronchodilatateur doit passer d’ une monothérapie (LABA ou LAMA) à une bithérapie (LABA / LAMA) ou de LABA / CSI à une trithérapie (LABA / LAMA / CSI), ou encore à une combinaison de bronchodilatateurs (LABA / LAMA).
Le cas échéant, un changement de dispositif et/ou de substance active doit également être envisagé.
Dans le cas d’ exacerbations fréquentes, l’ ajout d’ un CSI à un LAMA, LABA ou LAMA / LABA déjà établi a pour but d’ éviter de nouvelles exacerbations, surtout si, comme nous l’ avons déjà mentionné, le nombre d’ éosinophiles est de ≥ 300 cellules / µl de sang.
Pour moins de 100 cellules éosinophiles / µl de sang, des alternatives telles que l’ anti-inflammatoire oral et l’ inhibiteur de PDE4 roflumilast ou encore l’ azithromycine doivent être envisagées.

Cycle de gestion : examiner, évaluer et ajuster

Dans la gestion de la BPCO, il est essentiel de contrôler régulièrement le succès de la thérapie, comme dans le cas de l’ asthme, et d’ ajuster le traitement si nécessaire, par exemple si le patient continue d’ être symptomatique, s’il fait des exacerbations fréquentes, si la technique d’ inhalation à contrôler à chaque contact avec le patient ne s’ adapte pas de manière optimale et si le dispositif d’ inhalation doit être changé éventuellement ou s’ il existe de (nouvelles) maladies concomitantes aggravantes.
Afin de garantir que les patients ne soient pas laissés à eux-mêmes après la thérapie initiale, il est recommandé de suivre un cycle de gestion comprenant des tests, des évaluations et des ajustements et de prendre les mesures appropriées si la thérapie ne se déroule pas encore de manière optimale ou si les objectifs thérapeutiques souhaités n’ ont pas encore été atteints (fig. 3).

La formation à une technique d’ inhalation correcte est essentielle dans le cadre de l’ éducation des patients, un médicament par inhalation ne peut être efficace que s’ il arrive là où il est censé d’ aller. Sans une formation approfondie et individuelle de l’ inhalation, le succès du traitement n’ est généralement pas atteint. Afin de garantir une utilisation correcte de l’ inhalateur, il est judicieux de vérifier la technique d’ inhalation à chaque consultation si possible. Il est préférable que le patient montre comment il utilise l’ inhalateur, et toute erreur peut alors être corrigée.
La reconnaissance et l’ autogestion des exacerbations peuvent être enseignées à l’ aide d’ un plan d’ action contre la BPCO. En plus de la formation classique des patients, un accompagnement et des conseils adaptés aux besoins individuels peuvent contribuer à améliorer la prise en charge de la maladie.
En raison de la dyspnée à l’ effort, les patients atteints de BPCO évitent très souvent l’ effort physique et se déconditionnent donc encore plus. Afin de contrer cette spirale descendante, des mesures de réhabilitation avec un entraînement physique régulier sont au moins aussi importantes que la thérapie par médicaments inhalés. Cela améliore l’ endurance, la dyspnée et le risque d’ exacerbation, et surtout la qualité de vie.
En principe, cette dernière peut être améliorée et maintenue le plus longtemps possible, notamment en arrêtant de fumer, en suivant une thérapie médicamenteuse avec la meilleure technique d’ inhalation possible et en pratiquant une activité physique régulière avec un entraînement au moins deux fois par semaine.

Cet article est une traduction de « der informierte arzt » 09_2020

Copyright bei Aerzteverlag medinfo AG

Dr. med. Andreas Piecyk

LungenZentrum Hirslanden
Witellikerstrasse 40
8032 Zürich

a.piecyk@lungenzentrum.ch

L’ auteur a déclaré n’ avoir aucun conflit d’ intérêts en rapport avec cet article.

  • Le traitement de la BPCO dépend principalement des symptômes et de la fréquence d’ exacerbation.
  • Les bronchodilatateurs à action prolongée (LAMA et LABA) sont la thérapie de base chez les patients symptomatiques atteints de BPCO.
  • Les stéroïdes inhalés (CSI) ne doivent être utilisés qu’ en cas de risque élevé d’ exacerbation (plus de deux exacerbations ou au moins plus d’ une hospitalisation pour exacerbation par an) et éventuellement lors d’ une augmentation du nombre d’ éosinophiles (supérieure à 300/µl) ou en cas d’une composante asthmatique.
  • Le traitement de la BPCO doit être régulièrement revu et ajusté si nécessaire, et une éventuelle désescalade du traitement doit être envisagée, notamment en ce qui concerne le traitement par CSI.
  • L’ arrêt du tabagisme, la révision régulière des techniques d’ inhalation et les recommandations pour une activité physique régulière, éventuellement dans le cadre d’ une rééducation ambulatoire ou hospitalière, sont des composantes essentielles de la thérapie.

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