Douleurs abdominales chroniques

La clarification et la prise en charge des patients souffrant de douleurs abdominales chroniques imposent des exigences ƩlevƩes Ơ toutes les personnes impliquƩes, tant au cabinet mƩdical que dans la clinique externe gastro-entƩrologique. Cet article propose une approche sensƩe et discute des aspects actuels.

Les douleurs abdominales chroniques se situent dans le champ de tension entre les maladies organiques et fonctionnelles. En effet, la probabilitĆ© de la prĆ©sence de maladies fonctionnelles augmente avec la durĆ©e de la maladie, mais la possibilitĆ© de maladies organiques n’  est jamais exclue. Ce fait peut ĆŖtre une cause constante d’ inquiĆ©tudes et de demandes d’ éclaircissements, en particulier pour les patients sensibles. Il n’ existe pas de dĆ©finition Ć©tablie de la chronicitĆ© de la douleur. C’ est plutĆ“t dans l’ évaluation clinique qu’ il faut dĆ©terminer si l’ on est confrontĆ© Ć  un processus progressif, un processus intermittent Ć  long terme, une recrudescence d’ un problĆØme chronique ou un nouveau problĆØme indĆ©pendant. Cependant, les nouveaux critĆØres de ROME IV exigent que les symptĆ“mes durent pendant au moins 6 mois afin de diagnostiquer le syndrome de douleur abdominale (1).

Premiers pas (2)

Identification positive des maladies fonctionnelles
Ɖtant donnĆ© la prĆ©valence Ć©levĆ©e des troubles gastro-intestinaux fonctionnels, nous pourrions supposer qu’ un patient prĆ©sentant des douleurs abdominales chroniques souffre d’ une forme commune de maladie gastro-intestinale fonctionnelle, comme le syndrome du cĆ“lon irritable (SCI) ou le syndrome de douleur abdominale Ć  mĆ©diation centrale. Cependant, cette hypothĆØse peut ĆŖtre trompeuse. En effet, il faut essayer d’ identifier positivement les maladies fonctionnelles et ne pas simplement les diagnostiquer en utilisant la procĆ©dure d’ exclusion sous la devise Ā«ā€ŠVous n’ avez rienā€ŠĀ». Une anamnĆØse psychosociale avec des questions telles que Ā«Pourquoi ĆŖtes-vous venu au cabinet aujourd’ hui ?ā€ŠĀ», Ā«ā€ŠQuelles expĆ©riences traumatisantes se sont produites ?Ā», Ā«ā€ŠComment interprĆ©tez-vous vos plaintes ?Ā», Ā«Votre qualitĆ© de vie souffre-t-elle Ć  cause de ces troubles ?ā€ŠĀ» ainsi que la clarification des diagnostics psychiatriques associĆ©s, du rĆ“le de la famille et de la culture servent ce but (3). L’ examen physique tient compte de l’ absence de signes vĆ©gĆ©tatifs typiques des maladies fonctionnelles (tachycardie, Ć©lĆ©vation de la tension artĆ©rielle ou transpiration lors de la provocation de la douleur), de la prĆ©sence de cicatrices multiples sans indication claire, de l’ expression de la douleur avec les yeux fermĆ©s et de la diminution des expressions de la douleur lorsque la douleur sous pression est contrĆ“lĆ©e au stĆ©thoscope. Le test de Carnett convient Ć  la dĆ©tection des douleurs de la paroi abdominale, lĆ  où la douleur maximale est d’ abord palpĆ©e au repos. Si la douleur augmente avec la tension simultanĆ©e des muscles abdominaux, nous parlons d’ un test positif, ce qui peut ĆŖtre interprĆ©tĆ© comme un argument contre la douleur viscĆ©rale (3). La question de savoir si les troubles sont principalement basĆ©s sur des flatulences ainsi que sur une augmentation de la teneur en gaz abdominal peut ĆŖtre clarifiĆ©e sur le plan anamnestique et clinique.

Exclusion des maladies organiques
Pour exclure les maladies organiques, il faut tenir compte des symptĆ“mes d’ alarme tels qu’ un Ć¢ge de 50 ans ou plus, un saignement rectal, une perte de poids ou des changements rĆ©cents dans les habitudes intestinales. Les caractĆ©ristiques suivantes s’ appliquent plutĆ“t aux maladies organiquesā€Š: durĆ©e plus courte de la maladie, description des qualitĆ©s sensorielles et non des Ć©motions, affectation anatomique plus prĆ©cise aux structures neuroanatomiques, et relations interpersonnelles le plus souvent plus simples. En plus d’ une palpation abdominale discrĆØte, avec en particulier l’ exclusion des masses ou de l’ hĆ©patomĆ©galie, un diagnostic basal avec statut sanguin, CRPā€Š/ā€Šcalprotectine dans les selles et une sĆ©rologie cœliaque sont nĆ©cessaires. Les endoscopies sont indiquĆ©es pour les symptĆ“mes d’ alarme et pour les symptĆ“mes clairement associĆ©s au tractus gastro-intestinal. Cependant, le diagnostic du syndrome du cĆ“lon irritable basĆ© sur les critĆØres de ROME IV en l’ absence de symptĆ“mes d’alarme est considĆ©rĆ© comme sĆ»r en pratique (2, 3). D’ autres examens sont effectuĆ©s spĆ©cifiquement en fonction de la clinique.

La pierre angulaire du traitement de la douleur abdominale fonctionnelle chronique
La base du traitement des troubles gastro-intestinaux fonctionnels chroniques est d’ abord, et avant tout, d’ établir une bonne relation mĆ©decin-patient avec de l’ empathie, de prendre les plaintes du patient au sĆ©rieux, de calmer, d’ éduquer et de fixer des objectifs thĆ©rapeutiques cohĆ©rents. Puis, il faut Ć©laborer un plan de traitement spĆ©cifique et comprĆ©hensible pour le patient en offrant diffĆ©rentes options. Le patient peut ĆŖtre conseillĆ© Ć  assumer ses responsabilitĆ©s, par exemple dans les domaines du mode de vie, de l’ entraĆ®nement physique, de la rĆ©duction du stress et des habitudes de sommeil. Le traitement doit ĆŖtre adaptĆ© Ć  la gravitĆ© des symptĆ“mes et de l’ invaliditĆ©, avec une aide psychiatrique le cas Ć©chĆ©ant. Le traitement peut ĆŖtre diĆ©tĆ©tique, mĆ©dical ou psychologique.
Bien que la quasi-totalitĆ© des patients atteints de troubles gastro-intestinaux fonctionnels sentent un lien entre leur alimentation et les douleurs abdominales, les bienfaits de la thĆ©rapie nutritionnelle ont trĆØs peu d’  évidence. Les Ć©tudes sur le rĆ©gime FODMAP sont celles ayant donnĆ© les meilleurs rĆ©sultats ; l’ importance d’ un rĆ©gime Ć  teneur rĆ©duite en gluten est controversĆ©e, aprĆØs avoir exclu la maladie cœliaque (4, 5).
Les analgĆ©siques et opioĆÆdes pĆ©riphĆ©riques ainsi que les benzodiazĆ©pines ne se sont pas avĆ©rĆ©s efficaces. L’ utilisation de mucilages comme des fibres est Ć©galement discutĆ©e en cas de constipationā€Š; seuls les agents gonflants solubles se sont avĆ©rĆ©s ĆŖtre d’ une efficacitĆ© modeste. Le polyĆ©thylĆØne glycol n’ a fait aucune preuve contre la douleur fonctionnelle, cependant son effet laxatif est avĆ©rĆ©. Il y a une faible Ć©vidence que les spasmolytiques aient des effets Ć  court terme, mais ils peuvent avoir des effets secondaires anticholinergiques selon la substance. L’ huile de menthe poivrĆ©e semble pouvoir attĆ©nuer l’ hypersensibilitĆ© viscĆ©rale avec une preuve moyenne en plus d’ un effet spasmolytique. L’ utilisation d’ antidĆ©presseurs, qu’ il s’ agisse de mĆ©dicaments tricycliques ou d’ ISRS, est, de forte Ć©vidence (NNTā€Š=ā€Š4), et est particuliĆØrement efficace chez les personnes prĆ©sentant des symptĆ“mes dĆ©pressifs pour influencer les symptĆ“mes des maladies fonctionnelles. Cependant, leur utilisation est faiblement recommandĆ©e en raison des effets secondaires frĆ©quents et souvent limitants pour les patients (4). De plus, de nombreux patients se sentent stigmatisĆ©s par la prescription d’ un mĆ©dicament psychiatrique, ce qui explique leur mauvaise observance (2).

Ā«ā€ŠQuand la normalitĆ© devient menaƧanteā€ŠĀ»
Dans la perpĆ©tuation des trouboes gastro-intestinaux fonctionels chroniques, les angoisses spĆ©cifiques aux symptĆ“mes gastro-intestinaux jouent un rĆ“le important. Elles sont un facteur permanent des troubles gastro-intestinaux et se caractĆ©risent par des inquiĆ©tudes ainsi qu’ une hypervigilance face aux sensations gastro-intestinales, allant des fonctions corporelles normales (faim, saturation, gaz) aux symptĆ“mes associĆ©s Ć  un Ć©vĆ©nement gastro-intestinal (douleur abdominale, diarrhĆ©e, urgence). Les inquiĆ©tudes et l’ hypervigilance se gĆ©nĆ©ralisent normalement au fur et Ć  mesure que les craintes se manifestent. Elles dĆ©butent avant mĆŖme l’ éventuelle apparition de sensations ou de symptĆ“mes, et ensuite lors des situations les plus probables où les symptĆ“mes se manifestent. Les Ć©tats d’ anxiĆ©tĆ© liĆ©s Ć  des symptĆ“mes gastro-intestinaux spĆ©cifiques peuvent conduire Ć  un comportement disproportionnĆ© par rapport aux symptĆ“mes (6). Ces mĆ©canismes et d’ autres se prĆŖtent Ć  un traitement psychologique comme la thĆ©rapie comportementale, et les mĆ©ta-analyses ont montrĆ© que les traitements psychologiques avec un NNT de 2 Ć  4 sont au moins modĆ©rĆ©ment efficaces pour diminuer les symptĆ“mes des troubles gastro-intestinaux fonctionnels chroniques (6).
Quelques modifications aux critĆØres de ROME de la version III Ć  IV
Maladies de l’ interaction cerveau-intestinal
Pour beaucoup de gens, qualifier la douleur et autres symptĆ“mes sans corrĆ©lation anatomique pathologique Ć©vidente de Ā«ā€Šfonctionnelsā€ŠĀ» signifie une stigmatisation sous le prĆ©texte erronĆ© Ā«ā€Šn’ est que psychologique ou imaginaireā€ŠĀ». Cette comprĆ©hension s’ avĆØre Ć©galement de plus en plus erronĆ©e, car la recherche scientifique a dĆ©montrĆ© que de nombreuses maladies dites fonctionnelles se caractĆ©risent par des modifications organiques, qu’ il s’ agisse d’ inflammations de bas grade dans le cas du cĆ“lon irritable, de modifications du microbiome de l’ intestin, de troubles de la motilitĆ© ou de modifications du traitement central des affĆ©rences du systĆØme gastro-intestinal. Pour cette raison, les troubles gastro-intestinaux fonctionnels sont maintenant dĆ©finis comme des maladies de l’ interaction entre le cerveau et l’ intestin (7, 8) et sont Ć©valuĆ©s dans le cadre d’ un concept biopsychosocial (6).

Critères de diagnostic du syndrome du cÓlon irritable et du syndrome de douleur abdominale à médiation centrale
La nouveautĆ©, c’ est que, pour diagnostiquer le SCI, le symptĆ“me Ā«ā€Šdouleurā€ŠĀ» doit ĆŖtre prĆ©sent et que les sous-catĆ©gories du SCI d’ aujourd’ hui sont plutĆ“t considĆ©rĆ©es comme un continuum avec un spectre changeant de symptĆ“mes tels que la diarrhĆ©e ou la constipation au fil du temps. Les critĆØres diagnostiques actuels C1 pour le SCI et D1 pour le syndrome de douleur abdominale Ć  mĆ©diation centrale sont rĆ©sumĆ©s dans le tableau 1.

Dr. med. Hans-Kaspar Schulthess

Facharzt FMF Innere Medizin und Gastroenterologie
Neuhausstrasse 18
8044 Zürich

Schulthess_hk@swissonline.ch

L’ auteur n’ a dĆ©clarĆ© aucun conflit d’ intĆ©rĆŖts en rapport avec cet article.

  • En l’ absence de symptĆ“mes d’ alarme et d’ augmentation de la durĆ©e des Ć©tats douloureux abdominaux, la probabilitĆ© que des Ć©tats douloureux fonctionnels soient prĆ©sents augmente.
  • La clarification et la prise en charge des patients prĆ©sentant des douleurs abdominales fonctionnelles suspectĆ©es sont fondĆ©es sur une bonne relation mĆ©decin-patient. Sur cette base, nous nous efforcerons d’ établir un diagnostic positif et d’ exclure les maladies organiques de maniĆØre appropriĆ©e. Le respect des critĆØres de ROME IV peut contribuer Ć  la sĆ©curitĆ© du diagnostic.
  • Le traitement comprend un plan thĆ©rapeutique spĆ©cifique et comprĆ©hensible pour le patient. En outre, il englobe des mesures modifiant le mode de vie ainsi que des conseils diĆ©tĆ©tiques, des mĆ©dicaments et diverses formes de traitement psychologique, par exemple la thĆ©rapie comportementale.

RĆ©fĆ©rences :
1. Keefer L, Drossman DA, Guthrie E, SimrƩn M, Tillisch K, Olden K et al Centrally Mediated Disorders of Gastrointestinal Pain. GastroentƩrologie 2016 ; 150(6):1408-19. doi : 10.1053/j.gastro.2016.02.034.
2. Camilleri M. Management of patients with chronic abdominal pain in clinical practice. Neurogastroenterol Motil 2006 ; 18(7):499-506. doi : 10.1111/j.1365-2982.2005.00744.x.
3. Drossman, procureur. Syndrome de douleur abdominale fonctionnelle. Clin
Gastroenterol Hepatol 2004 ; 2(5):353-65.
4. Ford AC, Moayyedi P, Lacy BE, Lembo AJ, Saito YA, Schiller LR et al. monographie de l’ American College of Gastroenterology sur la gestion du syndrome du cĆ“lon irritable et la constipation idiopathique chronique. Am J GastroentĆ©rol 2014 ; 109 Suppl 1:S2-26 ; quiz S27. doi : 10.1038/ajg.2014.187.
5. Mearin F, Lacy BE, Chang L, Chey WD, Lembo AJ, Simren M et al. Bowel Disorders. GastroentƩrologie 2016 ; 150(6):1393-407. doi : 10 1053/an.gastro.2016.02.031.
6. van Oudenhove L, Crowell MD, Drossman DA, Halpert AD, Keefer L, Lackner JM et al Biopsychosocial Aspects of Functional Gastrointestinal Disorders. GastroentƩrologie 2016 ; 150(6):1355-67. doi : 10.1053/j.gastro.2016.02.027.
7. Drossman DA, Hasler WL. Rome IV – Troubles digestifs fonctionnels : Troubles de l’ interaction intestin-cerveau. GastroentĆ©rologie 2016 ; 150(6):1257-61. doi : 10.1053/j.gastro.2016.03.035.
8. Tack J, procureur Drossman. Quoi de neuf Ơ Rome IV ? NeurogastroentƩrol Motil 2017 ; 29(9). doi : 10 1111/nmo 13053.

PossibilitĆ© de thĆ©rapie pour les troubles fonctionnels de l’ organe masticatoire

Lā€™ā€‰ā€Šhypnose mĆ©dicale est une mĆ©thode de thĆ©rapie psychosomatique qui a Ć©galement fait ses preuves pour le traitement de la douleur cognitive et pour le changement des comportements dans les maladies de l’ organe masticateur liĆ©es Ć  un dysfonctionnement. Cependant, l’ hypnothĆ©rapie ne doit pas ĆŖtre considĆ©rĆ©e comme une mĆ©thode de traitement autonome, mais doit ĆŖtre utilisĆ©e en combinaison avec d’ autres mĆ©thodes thĆ©rapeutiques Ć©prouvĆ©es. Dans cet article, les principes scientifiques sont prĆ©sentĆ©s dans une brĆØve revue de la littĆ©rature et la procĆ©dure thĆ©rapeutique est illustrĆ©e par deux Ć©tudes de cas.

ƉtiopathogĆ©nĆØse

Les maladies liĆ©es au dysfonctionnement de l’ organe masticatoire, Ć©galement appelĆ©es myoarthropathies (MAP) ou dysfonc-tionnements crĆ¢nio-mandibulaires (CMD), sont caractĆ©risĆ©es par une Ć©tiopathogenĆØse complexe et ont gĆ©nĆ©ralement des causes multiples (voir aussi le « der informierte arzt » 2014;4(11):20-22). Il existe un risque Ć©levĆ© de douleur chronique associĆ©e Ć  la maladie. Cette derniĆØre est basĆ©e sur une perturbation de l’ équilibre fonctionnel entre les muscles faciaux et masticatoires, les articulations temporomandibulaires et les arcades dentaires. Au centre de la maladie se trouve l’hypertonus musculaire (1, 2). Les facteurs prĆ©disposants comprennent les conditions systĆ©miques (Ć©tat gĆ©nĆ©ral), psychologiques (personnalitĆ© et comportement) et structurelles (3). L’ influence des facteurs de stress joue souvent un rĆ“le central dans le dĆ©veloppement de la MAP. La congestion affective causĆ©e par les facteurs de stress est Ć©vacuĆ©e par les arcades dentaires et/ou les tissus mous buccaux. Cela se produit sous forme de grincement et de pressage des dents, de morsures de la langue, des lĆØvres et des joues, ainsi que d’ autres habitudes (4, 5).

Approches hypnothƩrapeutiques

En raison de l’ étiopathogĆ©nĆØse dĆ©montrĆ©e de la MAP, l’ hypnose mĆ©dicale convient Ć  la thĆ©rapie de la douleur cognitive et au changement des modĆØles comportementaux (6-10). Diverses approches thĆ©rapeutiques sont disponibles :

  • Ainsi, le patient peut ĆŖtre dissociĆ© de la phase douloureuse grĆ¢ce Ć  un Ć©tat de transe. Le patient a ainsi la possibilitĆ©, sous la direction d’ un hypnothĆ©rapeute qualifiĆ©, d’ analyser la douleur Ć  partir d’ une position neutre et de trouver des approches cognitives crĆ©atives pour modifier la qualitĆ©, la quantitĆ© et la frĆ©quence de la douleur. Cette instruction d’ autohypnose permet, d’ une part d’ obtenir un soulagement clair et une meilleure prise en charge des douleurs, et, d’ autre part de favoriser l’ auto-compĆ©tence du patient en reprenant un certain contrĆ“le sur le processus de la douleur (11).
  • En thĆ©rapie comportementale, l’ hypnose mĆ©dicale sert Ć  guider le patient vers l’ autohypnose et donc de renforcer ses compĆ©tences personnelles. L’ objectif est d’ accroĆ®tre la prise de conscience du corps et du comportement du patient, ce qui permet d’ apporter des changements cognitifs aux modĆØles de comportement tels que les parafonctions orales et occlusales (11-17).
  • En outre, l’ hypnose peut fournir des solutions crĆ©atives pour mieux faire face aux facteurs de stress quotidiens et les rĆ©duire. En outre, l’ autohypnose peut ĆŖtre utilisĆ©e comme thĆ©rapie de relaxation efficace (8, 18, 19).

Ɖtudes expĆ©rimentales sur le traitement de la MAP par l’ hypnose

Les Ć©tudes suivantes documentent, Ć  titre d’ exemples, l’ efficacitĆ© des interventions hypnotiques dans le traitement de la MAP. Simon et Lewis (7) ont examinĆ© 28 patients qui n’ avaient pas rĆ©pondu au traitement conservateur. L’ intensitĆ©, la durĆ©e et la frĆ©quence de la douleur ainsi que la fonction craniomandibulaire ont Ć©tĆ© Ć©valuĆ©es pendant la phase d’ attente, immĆ©diatement avant et aprĆØs le traitement ainsi que pendant un suivi six mois plus tard. La thĆ©rapie par hypnose comprenait l’ éducation sur l’ hypnose mĆ©dicale et cinq sĆ©ances d’ induction de transe par la fermeture des yeux, des suggestions de relaxation, d’ analgĆ©sie et d’ anesthĆ©sie, ainsi que l’ utilisation de mĆ©taphores de relaxation et de comportement. On a Ć©galement demandĆ© aux patients de rĆ©pĆ©ter quotidiennement le traitement sur des supports sonores sous autohypnose. L’ analyse des donnĆ©es a montrĆ© une rĆ©duction significative de la frĆ©quence et de la durĆ©e de la douleur et une amĆ©lioration de la fonction craniomandibulaire. Il a Ć©galement Ć©tĆ© dĆ©montrĆ© que le soulagement de la douleur et l’ amĆ©lioration de la fonction ont persistĆ© pendant six mois.
Winocur et al (8) ont comparĆ© l’ hypnorelaxation Ć  la thĆ©rapie par attelle ou Ć  des informations sur la MAP et son auto-thĆ©rapie en contrĆ“lant l’ activitĆ© motrice et la nutrition. L’ hypnorelaxation comprenait des suggestions de relaxation musculaire progressive et d’ entraĆ®nement Ć  l’ autohypnose dans le but de dĆ©tendre les muscles de la mĆ¢choire et du visage. 40 patientes ont Ć©tĆ© rĆ©parties au hasard dans les trois groupes d’ essai : Hypnorelaxation (n = 15), thĆ©rapie par attelle (n = 15) et Ć©ducation / maĆ®trise de soi (n = 10). L’ intensitĆ© de la douleur a Ć©tĆ© dĆ©terminĆ©e Ć  l’ aide d’ une Ć©chelle visuelle analogique (EVA) avant et aprĆØs le traitement. Le traitement actif par hypnose ou attelle occlusale s’ est avĆ©rĆ© plus efficace que l’ éducation et l’ orientation du patient pour l’ autosurveillance. Cependant, seule l’ hypnorelaxation, mais pas le traitement par attelle, a permis une rĆ©duction significativement plus importante de l’ intensitĆ© de la douleur par rapport au guidage pur du patient et Ć  l’ autosurveillance, soit 57 % de la moyenne et 51% de l’ intensitĆ© maximale de la douleur. Dans une Ć©tude comparable, Freesmeyer & Pfanne (19) ont Ć©galement observĆ© une diminution significative de l’ intensitĆ© de la douleur et de la dĆ©ficience due Ć  l’ autohypnose et au traitement par attelle. Les patients avec une charge de stress Ć©levĆ©e dans la situation initiale ont obtenu des rĆ©sultats de traitement plus positifs que les patients avec une prĆ©charge plus faible.
Abrahamsen et ses collaborateurs (17) ont examinĆ© 40 femmes qui ont Ć©tĆ© assignĆ©es au hasard Ć  un groupe d’ hypnointervention et Ć  un groupe tĆ©moin recevant une thĆ©rapie de relaxation classique. Les deux groupes ont suivi quatre sĆ©ances individuelles d’ une heure sur plusieurs semaines ainsi qu’ un CD contenant des instructions pour l’ auto-thĆ©rapie Ć  domicile. Cela comprenait des suggestions hypnotiques et des instructions pour l’ auto-hypnose dans un groupe et des instructions pour l’ application indĆ©pendante de techniques de relaxation dans l’ autre. La traƧabilitĆ© des changements de symptĆ“mes de la suggestibilitĆ© ou de l’ hypnotisabilitĆ© des sujets du groupe d’ hypnose a Ć©tĆ© Ć©tudiĆ©e Ć  l’ aide de l’ échelle Harvard Group Scale of Hypnotic Susceptibility (20). Tous les sujets ont tenu un journal de la douleur pendant toute la durĆ©e de l’ étude, en commenƧant sept jours avant la premiĆØre intervention thĆ©rapeutique. L’ intensitĆ© quotidienne moyenne de la douleur a Ć©tĆ© comparĆ©e entre les deux groupes. Les stratĆ©gies de changement de la douleur des sujets ont Ć©tĆ© analysĆ©es avant et aprĆØs le traitement Ć  l’ aide d’ un questionnaire spĆ©cial. L’ état fonctionnel et psychologique, la qualitĆ© du sommeil et toute la pharmacothĆ©rapie ont Ć©galement Ć©tĆ© Ć©valuĆ©s.
Il a Ć©tĆ© dĆ©montrĆ© que l’ intensitĆ© de la douleur pouvait ĆŖtre significativement rĆ©duite dans le groupe hypnose avec 50,4 %, mais pas dans le groupe tĆ©moin, dans lequel une augmentation de la douleur de 0,7 % a Ć©tĆ© observĆ©e. 26 % des sujets du groupe hypnose ont obtenu une baisse de la douleur de 75 %. Aucun membre du groupe tĆ©moin n’ a atteint ce niveau de rĆ©duction de la douleur. 52 % dans le groupe hypnose et seulement 5 % dans le groupe contrĆ“le ont obtenu une diminution de la douleur de 50 %. Les sujets du groupe hypnose Ć©taient nettement plus crĆ©atifs et plus aptes Ć  optimiser leurs stratĆ©gies de changement de la douleur que ceux du groupe tĆ©moin. Dans ce dernier groupe, aucun changement dans l’ application des mĆ©thodes prescrites n’ a Ć©tĆ© observĆ©. Les deux groupes ont montrĆ© une rĆ©duction significative du nombre de palpations des sites musculaires douloureux et de la frĆ©quence des interruptions du sommeil liĆ©es Ć  la douleur. Les symptĆ“mes d’ anxiĆ©tĆ© ont diminuĆ© de faƧon similaire dans les deux groupes. Quatre interventions d’ hypnose ont donc Ć©tĆ© suffisantes pour amĆ©liorer significativement la prise en charge de la douleur et pour obtenir une rĆ©duction significative de l’ intensitĆ© de la douleur quotidienne. Il n’ y a eu aucun effet secondaire. Dans une Ć©tude antĆ©rieure similaire, Stam et ses collaborateurs (18) n’ ont constatĆ© aucune diffĆ©rence dans la diminution de la douleur entre la thĆ©rapie comportementale hypnotique et conventionnelle. L’ hypnose mĆ©dicale semble donc ĆŖtre une mĆ©thode thĆ©rapeutique efficace et comparable pour traiter la douleur liĆ©e Ć  la MAP (21, 22).
Dans une autre Ć©tude, Abrahamsen et ses collaborateurs (16) ont dĆ©montrĆ© que l’ hypnose mĆ©dicale est un traitement efficace contre la douleur oro-faciale idiopathique. L’ intensitĆ© de la douleur dĆ©terminĆ©e avec un SVA a obtenu une baisse de 33,1 % dans le groupe hypnose et de seulement 3,2 % dans le groupe tĆ©moin. Les sujets prĆ©sentant une suggestibilitĆ© et une hypnotisabilitĆ© Ć©levĆ©es ont obtenu une baisse de la douleur plus importante (55 %) que ceux prĆ©sentant des valeurs infĆ©rieures (17,9 %). Il y avait Ć©galement des diffĆ©rences significatives entre les deux groupes en ce qui concerne les zones douloureuses et l’ utilisation d’ analgĆ©siques. Les rapports sur la qualitĆ© de vie Ć©taient comparables.

PrĆ©sentation de cas 1 : L’ intervention en hypnose avec mĆ©taphore d’ un changement de comportement

AnamnĆØse : Une patiente de 43 ans souffrait de bruxisme, principalement en raison d’ un grave stress mental professionnel. Il en a rĆ©sultĆ© une surcharge des muscles masticateurs avec des maux de mĆ¢choire, de visage et de tĆŖte. Les instructions pour l’ auto-observation et l’ auto-thĆ©rapie avec la chaleur et le massage musculaire n’ ont conduit que temporairement Ć  un soulagement des plaintes, car la coopĆ©ration du patient Ć©tait insuffisante pour diverses raisons. C’  est pourquoi une intervention en hypnose a Ć©tĆ© dĆ©cidĆ©e dans le but de renforcer l’ attention envers les facteurs de stress psychologiques et la rĆ©action d’ un corps propre Ć  ceux-ci. On espĆ©rait Ć©galement que cela rĆ©duirait l’ intensitĆ© et la frĆ©quence des crises de migraine, auxquelles le patient Ć©tait aussi frĆ©quemment exposĆ©. Comme mĆ©taphore dans la transe, les meules d’ un moulin devaient ĆŖtre utilisĆ©es par analogie au bruxisme.

Protocole de transe : En transe, on a suggĆ©rĆ© au patient d’ observer un moulin dont la roue Ć  eau Ć©tait entraĆ®nĆ©e par le ruisseau. Dans le moulin, le patient pouvait observer le broyage du grain entre les meules, tout comme le broyage des aliments par les dents. Leur attention intĆ©rieure Ć©tait concentrĆ©e sur un levier qui pouvait ĆŖtre utilisĆ© pour sĆ©parer les meules lorsqu’ il n’ y avait pas de grain entre elles. La patiente s’ est alors vu offrir de construire un levier qui lui permettrait de s’ assurer que ses rangĆ©es de dents Ć©taient sĆ©parĆ©es chaque fois qu’ il n’ y avait pas de nourriture Ć  mastiquer. Enfin, elle ancrerait ce levier quelque part soit en elle soit sur elle-mĆŖme afin qu’ il soit Ć  sa disposition en tout temps pour Ć©viter le bruxisme.

Evolution : Dans les deux premiers jours aprĆØs la sĆ©ance d’ hypnose, le patient Ć©tait constamment accompagnĆ© par le bruissement d’ un ruisseau et le cliquetis d’ un moulin. Elle voyait aussi son levier dans chaque objet allongĆ©. Puis, les bruits et l’ image du levier disparurent. Le patient n’ était plus capable de visualiser le levier, mais, il n’ y avait plus de bruxisme et la douleur faciale a diminuĆ©. La frĆ©quence et l’ intensitĆ© des crises migraineuses ont Ć©galement diminuĆ©. Le patient n’ a observĆ© aucune activitĆ© parafonctionnelle pendant plus d’ un an. Puis, le bruxisme est rĆ©apparu. Une seule rĆ©pĆ©tition de la transe a conduit Ć  une nouvelle absence de symptĆ“mes.

PrĆ©sentation de cas no 2 : Intervention en hypnose pour amĆ©liorer la gestion du stress

AnamnĆØse : Une patiente de 46 ans s’ est plainte de maux de mĆ¢choire, de maux de visage et de tĆŖte ainsi que de tension dans le cou, les Ć©paules et la rĆ©gion du cou pendant son anamnĆØse. Les rĆ©sultats ainsi que l’ auto-observation prescrite au dĆ©but ont permis de diagnostiquer un syndrome douloureux myofascial dont les facteurs de stress Ć©taient la cause principale. Bien que l’ auto-thĆ©rapie permette de reconnaĆ®tre les situations stressantes de la vie quotidienne, elle n’ est pas suffisante pour dĆ©tendre les muscles. Par consĆ©quent, une intervention hypnotique visant Ć  modifier le comportement ou Ć  mieux gĆ©rer le stress a Ć©tĆ© envisagĆ©e.

Protocole de transe : Les deux premiĆØres sĆ©ances de transe ont servi Ć  ancrer et Ć  approfondir un lieu sĆ»r de retraite dans le subconscient. En se basant sur les inclinaisons du temps libre Ć©valuĆ©es lors de la discussion prĆ©liminaire, on a suggĆ©rĆ© au patient d’ utiliser un voilier en mer comme lieu sĆ»r. L’ évaluation de cette premiĆØre transe a montrĆ© que le patient Ć©tait surmenĆ© en dirigeant le voilier. Par consĆ©quent, la deuxiĆØme session a travaillĆ© avec l’ image d’ un oiseau de mer qui pouvait voler librement et en toute sĆ©rĆ©nitĆ© au-dessus de la grande mer, où qu’ il aille. Deux aspects ont Ć©tĆ© dĆ©cisifs : d’ une part, la conscience que l’ oiseau n’ avait besoin de pratiquement aucune force pour voler et pouvait ĆŖtre transportĆ© complĆØtement dĆ©tendu par l’ air chaud de la mer, et d’ autre part, la possibilitĆ© de crĆ©er une distance entre lui-mĆŖme et les problĆØmes sur terre (dissociation) en volant dans le ciel.
En transe, on a travaillĆ© sur l’ utilisation de la posture dĆ©tendue de l’ oiseau de mer pour dĆ©tendre toute la musculature du corps, en particulier la tĆŖte, le cou et les muscles du cou. De plus, on a eu recours Ć  la dissociation pour analyser les dĆ©fis stressants d’ un point de vue diffĆ©rent et non pas directement impliquĆ©. On a demandĆ© Ć  la patiente de rĆ©pĆ©ter rĆ©guliĆØrement dans la vie quotidienne la transe qu’ elle avait vĆ©cue. Lors de la troisiĆØme session, le contexte protĆ©gĆ© du lieu sĆ»r, c’ est-Ć -dire survoler la haute mer, a Ć©tĆ© utilisĆ© pour analyser Ć  distance une situation quotidienne difficile afin de dĆ©velopper de nouvelles stratĆ©gies pour mieux y faire face.
Bien sĆ»r, grĆ¢ce Ć  ce guide d’ autohypnose, la patiente a pu mettre son corps, et en particulier les muscles de la tĆŖte et du cou eux-mĆŖmes, sous pression.

Prof. Dr. med. dent. Christian E. Besimo

Riedstrasse 9
6430 Schwyz

christian.besimo@bluewin.ch

L’ auteur n’ a dĆ©clarĆ© aucun conflit d’ intĆ©rĆŖts en rapport avec cet article.

  • L’ hypnose mĆ©dicale peut ĆŖtre considĆ©rĆ©e comme une mĆ©thode appropriĆ©e pour le traitement durable de la MAP sur la base des preuves disponibles issues d’ études scientifiques.
  • Cependant, il faut souligner que l’ hypnose mĆ©dicale ne doit pas ĆŖtre comprise comme une mĆ©thode de traitement autonome, mais doit ĆŖtre considĆ©rĆ©e conjointement avec d’ autres mĆ©thodes thĆ©rapeutiques Ć©prouvĆ©es.
  • Enfin, il faut souligner que l’ application de l’ hypnose mĆ©dicale dans la pratique dentaire quotidienne nĆ©cessite une bonne formation Ć  ce traitement. Une liste des thĆ©rapeutes appropriĆ©s peut ĆŖtre obtenue auprĆØs de la SociĆ©tĆ© MĆ©dicale Suisse d’ Hypnose SMSH
    http://www.smsh.ch).

RƩfƩrences :
1. Graber G: Der Einfluss von Psyche und Stress bei dysfunktionsbedingten Erkrankungen des stomatognathen Systems. In: Koeck B (Hrsg). Funktionsstörungen des Kauorgans. Praxis der Zahnheilkunde, 3. Aufl. München, Urban & Schwarzenberg, 1995: 49-72.
2. Holmes T, Rahe RH: Die ’ Social Readjustment Rating Scale’ . In: Hatsching H. Sozialer Stress und psychische Erkrankung. München, Urban & Schwarzenberg, 1980: 160-166.
3. National Institutes of Health: National Institutes of Health Technology Assessment Conference Statement: Management of Temporomandibular Disorders. J Am Dent Assoc 1996; 127: 1595-1603.
4. Huang GJ, LeResche L, Critchlow CW, Martin MD, Blanchet PJ, Montplaisir JY: Rsik factors for diagnostic subgroups of painful temporomandibular disorders (TMD). J Dent Res 2002; 81: 284-288.
5. Labhardt F: Stress nicht nur negativ. Sandoz-Gazette Nr 197, 1982.
6. Cohen ES, Hillis RE: The unse of hypnosis in treating the temporomandibular joint pain dysfunction syndrome. Report oft wo cases. Oral Surg Oral Med Oral Pathol 1979; 48: 193-197.
7. Simon EP, Lewis DM: Medical hypnosis for temporomandibular disorders: treatment efficacy and medical utilization outcome. Oral Surg Oral Med Oral Pathol Oral Radiol Endod 2000; 90: 54-63.
8. Winocur E, Gavish A, Emodi-Perlman A, Halachmi M, Eli I: Hypnorelaxation as treatment for myofascial pain disorder: a comparative study. Oral Surg Oral Med Oral Pathol Oral Radiol Endod 2002; 93: 429-434.
9. Kessler B: Hypnose und alternative Techniken der Schmerzausschaltung. Quintessenz 2006; 57: 993-997.
10. Buescher JJ: Temporomandibular joint disorders. Am Fam Physician 2007; 76: 1477-1482.
11. Astor MH: Hypnosis and behavior modification combined with psychoanalytic psychotherapy. Int J Clin Exp Hypn 1973; 21: 18-24.
12. Dengrove E: The uses of hypnosis in behavior therapy. Int J Clin Exp Hypn 1973; 21: 13-17.
13. Lazarus AA: Hypnosis as a facilitator in behavior therapy. Int J Clin Exp Hypn 1973; 21: 25-31.
14. Kroger WS, Fezler WD: Hypnosis and behavior modification: imagary conditioning. Philadelphia: Lippincott, 1976.
15. Dworkin SF: Behavioral and educational modalities. Oral Surg Oral Med Oral Pathol Oral Radiol Endod 1997; 83: 128-133.
16. Abrahamsen R, Baad-Hansen L, Swensson P: Hypnosis in the management of persistent idiopathic orofacial pain – clinical and psychsocial findings. Pain 2008; 136: 44-52.
17. Abrahamsen R, Zachariae R, Svensson P: Effect of hypnosis on oral function and psychological factors in temporomandibular disorders patients. J Oral Rehabil 2009; 36: 556-570.

Un modĆØle genevois novateur

Le service dā€™ā€Šā€Šurgences gĆ©riatriques genevois est un nouveau modĆØle de structure de soins dā€™ā€Šurgences implantĆ©es dans un hĆ“pital gĆ©riatrique, qui a pour but dā€™ā€Šoffrir aux seniors une prise en charge interdisciplinaire par une Ć©quipe sensibilisĆ©e aux particularitĆ©s des patients Ć¢gĆ©s. Lā€™ā€Šenvironnement adaptĆ© Ć  cette population et lā€™ā€Šabsence de dĆ©lai dā€™ā€Šattente permettent de rendre le passage aux urgences moins pĆ©nible pour le patient.

Introduction

Avec le vieillissement de la population, le Service dā€™ā€Šurgences adultes site Cluse-Roseraie (SU) accueille de plus en plus de personnes Ć¢gĆ©esā€Š; en effet, les chiffres de 2015 montrent que les patients Ć¢gĆ©s dā€™ā€Šau moins 80 ans constituent 13ā€Š% des passages au SU, alors que ce groupe dā€™ā€ŠĆ¢ge reprĆ©sente actuellement 5ā€Š% de la population du Canton de GenĆØve selon lā€™ā€ŠOFS (1).
Il est bien connu que la population Ć¢gĆ©e recourt plus souvent aux services dā€™ā€Šurgences que la population jeune (2) et quā€™ā€Šelle y reste plus longtemps (2-7). Ce milieu nā€™ā€Šest pas adaptĆ© aux patients Ć¢gĆ©s fragiles (8) qui relĆØvent dā€™ā€Šune prise en charge complexe, prenant en compte Ć  la fois la pathologie aiguĆ« mais aussi les comorbiditĆ©s qui peuvent dĆ©compenser un Ć©quilibre prĆ©caire. Une bonne Ć©valuation doit explorer de plus, les performances fonctionnelles, cognitives et le contexte social de chaque patient, afin dā€™ā€ŠĆ©tablir la meilleure orientation, les mĆ©decins urgentistes gĆ©nĆ©ralistes devant pouvoir se consacrer aux urgences vitales qui restent prioritaires.

Des solutions

Pour rĆ©pondre au vieillissement dĆ©mographique et Ć  lā€™ā€Šafflux de personnes Ć¢gĆ©es aux urgences, les HĆ“pitaux Universitaires de GenĆØve (HUG) crĆ©ent dans un premier temps en 2005 la Ā«ā€Švoie griseā€ŠĀ» (unitĆ© de gĆ©riatrie de liaison) dĆ©diĆ©e aux seniors: il sā€™ā€Šagit dā€™ā€Šune Ć©quipe de gĆ©riatres implantĆ©s dans un service dā€™ā€Šurgence qui Ć©valuent les
patients Ć¢gĆ©s non urgents en premiĆØre intentionā€Š; si cette unitĆ© gĆ©riatrique apporte des amĆ©liorations, celles-ci sont insuffisantes, car les patients Ć¢gĆ©s non urgents doivent rester parfois plusieurs heures sur un brancard, et pour ceux qui doivent ĆŖtre hospitalisĆ©s, ĆŖtre transfĆ©rĆ©s le lendemain Ć  lā€™ā€ŠHĆ“pital des Trois-ChĆŖne (3C), situĆ© Ć  6,8km.
DĆØs ce moment, la question dā€™ā€Šimplanter directement une structure dā€™ā€Šurgences gĆ©riatriques au sein mĆŖme dā€™ā€Šun hĆ“pital de gĆ©riatrie, sā€™ā€Šimpose comme une Ć©vidence.

Création des urgences gériatriques des Trois-Chêne

Le 1er novembre 2016, les Urgences Trois-ChĆŖne (U3C) ont ouvert leurs portes au sein dā€™ā€Šun hĆ“pital de gĆ©riatrie de prĆØs de 300 lits. Cette structure est la premiĆØre du genre en Suisse. Elle est ouverte tous les jours de 8h Ć  19h et est dĆ©diĆ©e Ć  lā€™ā€Šaccueil des patients de 75 ans et plus, en degrĆ© dā€™ā€Šurgence mĆ©dicale non vitale, non chirurgicale, et ne nĆ©cessitant pas de spĆ©cialiste.
La mission premiĆØre de ce service est dā€™ā€Šassurer la qualitĆ© de lā€™ā€Šaccueil des patients Ć¢gĆ©s aux urgences, en leur apportant des soins spĆ©cifiques et adaptĆ©sā€Š; ce projet sā€™ā€Šinscrit Ć©galement dans le plan stratĆ©gique vision 20/20, où les HUG se sont engagĆ©s notamment Ć  Ā«ā€Šdiminuer lā€™ā€Šattente aux urgencesā€ŠĀ». La crĆ©ation de ces urgences gĆ©riatriques directement sur le site de lā€™ā€ŠHĆ“pital de gĆ©riatrie, permet de plus de diminuer les transferts intersites et participe au dĆ©sengorgement du SU.
Pour la conception de ce centre dā€™ā€Šurgences, nous nous sommes aidĆ©s de la littĆ©rature afin dā€™ā€ŠĆ©viter au mieux les Ć©cueils architecturaux: logique de flux dans les couloirs, contrastes de couleurs murssol, luminositĆ© (lumiĆØre du jour et lumiĆØres indirectes dans les couloirs), espaces apaisants pour les patients agitĆ©s, chambres individuelles (accompagnant bienvenu) pour les isolements, respect du rythme nycthĆ©mĆ©ral et distribution de repas 3x/j, respect de lā€™ā€ŠintimitĆ© et calme ambiant, signalĆ©tique adĆ©quate des WC et salles de bain, main courante (9,10).
Lā€™ā€Šergonomie des lieux a Ć©tĆ© pensĆ©e en tenant compte des contraintes dā€™ā€Šun bĆ¢timent existant, auquel nous avons pu ajouter une nouvelle construction de 130m2, servant dā€™ā€Šaccueil et dā€™ā€ŠĆ©valuation aux nouveaux patientsā€Š; elle permet de favoriser le flux des patients dans le mĆŖme sens, de lā€™ā€ŠextĆ©rieur du bĆ¢timent vers lā€™ā€ŠintĆ©rieur. DĆØs leur arrivĆ©e, les patients sont installĆ©s dans un lit, lit quā€™ā€Šil garderont durant tout leur sĆ©jour sā€™ā€Šils sont hospitalisĆ©s, et Ć©valuĆ©s par lā€™ā€ŠinfirmiĆØre qui prend les paramĆØtres vitaux, Ć©value le degrĆ© dā€™ā€Šurgence du patient et assure les premiers soinsā€Š; le patient est ensuite rapidement acheminĆ© dans une chambre (Ć  un ou deux lits) afin dā€™ā€ŠĆŖtre examinĆ© par son mĆ©decin. Il restera dans une chambre aux urgences durant toute la durĆ©e de son Ć©valuation et pourra aussi y passer la nuit si nĆ©cessaire, en vue de dĆ©terminer son orientation le lendemain matin.
Lā€™ā€ŠHĆ“pital 3C est de plus pourvu dā€™ā€Šun service dā€™ā€Šimagerie hors pair depuis 2014 : scanner, IRM, Ć©chographie, radiologie standard. Cet Ć©quipement dernier cri permet de pouvoir effectuer un bilan complet du patient, sans le dĆ©placer sur un autre site. Cependant, si celui-ci nĆ©cessite en urgence lā€™ā€Šavis dā€™ā€Šun spĆ©cialiste ou dā€™ā€Šun chirurgien, il est prĆ©fĆ©rable quā€™ā€Šil se rende directement au SU.
Lorsque le patient Ć¢gĆ© est transportĆ© en ambulance, son degrĆ© dā€™ā€Šurgence (donnant une indication du temps maximal dā€™ā€Šattente avant une prise en charge mĆ©dicale) est Ć©valuĆ© par les ambulanciers selon lā€™ā€ŠĆ©chelle suisse de tri (EST). Cette Ć©chelle a Ć©tĆ© mise en place aux HUG en 1997 et est maintenant largement utilisĆ©e en Suisse et dans certains pays limitrophes. Les ambulanciers du canton de GenĆØve ont Ć©tĆ© formĆ©s Ć  son utilisation (11), afin de, non seulement quantifier la gravitĆ© du cas, mais aussi dā€™ā€Šindiquer lā€™ā€Šorientation du patient Ć¢gĆ© vers le SU ou vers les U3C.

Typologie des patients des U3C en 2017 et 2018

En 2017, les U3C ont accueilli un peu moins de 3000 patients, pour la plupart des femmes (65ā€Š%), dā€™ā€Šun Ć¢ge mĆ©dian de 85 ans. 10ā€Š% des patients Ć©taient Ć¢gĆ©s de moins de 75 ans. La moitiĆ© des patients est arrivĆ©e en ambulance, lā€™ā€Šautre moitiĆ© par ses propres moyens. Le temps de passage moyen passĆ© en zone dā€™ā€ŠĆ©valuation Ć©tait de 4,7h, et les patients ont Ć©tĆ© immĆ©diatement pris en charge, sans dĆ©lai dā€™ā€Šattente.
En 2018, la typologie des patients est en tout point comparable hormis une augmentation du flux de patients de 12ā€Š%. MalgrĆ© cette augmentation de flux, tous les patients ont pu, lĆ  encore, ĆŖtre pris en charge sans dĆ©lai, mĆŖme lors des mois chargĆ©s de dĆ©cembre et janvier, propices au dĆ©veloppement dā€™ā€Šinfections virales (grippe, RSV, gastro-entĆ©rite,…).
Alors que nous devrions accueillir des urgences non vitales, 30ā€Š% des patients sont arrivĆ©s en 2017 en degrĆ© dā€™ā€Šurgences 1 ou 2 selon lā€™ā€ŠEST, cā€™ā€Šest-Ć -dire en urgence vitale nĆ©cessitant une prise en charge immĆ©diate ou dans les 20 minutes. Cette proportion sā€™ā€Šest maintenue en 2018ā€Š; malgrĆ© cela, trĆØs peu de transferts vers le SU ont dĆ» ĆŖtre effectuĆ©s, indiquant que ces urgences vitales ont pu ĆŖtre gĆ©rĆ©es sur le site, dĆ©montrant ainsi les compĆ©tences des Ć©quipes mĆ©dico-soignantes Ć  gĆ©rer des situations de soins plus aiguĆ«s.
La dyspnĆ©e/ tachypnĆ©e/bradypnĆ©e constitue le principal motif dā€™ā€Šhospitalisation (assimilĆ© au motif dā€™ā€Šadmission et non pas au diagnostic mĆ©dical retenu), suivi par la baisse de lā€™ā€ŠĆ©tat gĆ©nĆ©ral, la chute, la douleur de dos, le malaise, la confusion, la fiĆØvre. Les diagnostics principaux les plus frĆ©quemment retenus sont : des causes cardiaques (principalement dĆ©compensation cardiaque), des causes pulmonaires (principalement pneumonie) et des causes ostĆ©o-articulaires (chutes, fractures, arthrite, ostĆ©oporose).
Le motif dā€™ā€Šadmission de Ā«ā€Šbaisse de lā€™ā€ŠĆ©tat gĆ©nĆ©ralā€ŠĀ» Ć©tant frĆ©quemment retrouvĆ©, nous nous sommes penchĆ©s sur les dossiers pour voir si une pathologie se dĆ©marquaitā€Š; les diagnostics principaux Ć©taient divers, sans quā€™ā€Šaucune pathologie ne se singularise : delirium/ troubles cognitifs, infection, malaise et fatigue, tumeur maligne, pathologie cardiaque, dĆ©pression, dĆ©nutrition,….
A lā€™ā€Šissue du passage aux U3C, 62ā€Š% des patients sont hospitalisĆ©s aux 3C, 5ā€Š% sur des sites pĆ©riphĆ©riques de rĆ©adaptation et 22ā€Š% retournent dans leur lieu de vie. Pour ceux qui passent 24h aux U3C et qui sont rƩƩvaluĆ©s par lā€™ā€ŠĆ©quipe mĆ©dico-soignante le lendemain, ce chiffre de retour Ć  domicile sā€™ā€ŠĆ©lĆØve Ć  26ā€Š%, grĆ¢ce notamment Ć  la rƩƩvaluation par nos infirmiĆØres de liaison qui sont Ć©troitement associĆ©es Ć  la prise de dĆ©cision concernant lā€™ā€Šorientation du patient. Ceux qui rentrent Ć  domicile sont en moyenne un peu plus jeunes que la moyenne dā€™ā€ŠĆ¢ge aux U3C (78,5 ans versus 83 ans) et vivent Ć  domicile en couple sans encadrement. Lā€™ā€ŠĆ©valuation du retour Ć  domicile est un sujet complexe qui nĆ©cessite une vision globale du malade : il faut non seulement avoir clairement cernĆ© sa pathologie principale, mais aussi diagnostiquĆ© les comorbiditĆ©s qui peuvent ĆŖtre dĆ©compensĆ©es ainsi quā€™ā€Šavoir Ć©valuĆ© lā€™ā€Šenvironnement Ć  domicile. Des Ć©chelles gĆ©riatriques peuvent aider Ć  la prise de dĆ©cision (12) ainsi que des Ć©quipes interdisciplinaires rĆ©actives pour organiser la mise en place dā€™ā€Šun encadrement Ć  domicile. La communication avec les structures ambulatoires et les proches aidants prend ici tout son sens. Ainsi, le mĆ©decin traitant reƧoit le jour–mĆŖme ou le lendemain, un courrier lui signifiant que son patient est hospitalisĆ© aux 3C ou a contrario quā€™ā€Šil est rentrĆ© Ć  la maisonā€Š; sur ce courrier figurent les diagnostics principaux et le traitement de sortie.

Conclusion

Les U3C ont accueilli prĆØs de 3000 patients la 1ĆØre annĆ©e de leur ouverture et augmentĆ© de 12ā€Š% leur flux de patients la 2e annĆ©e Ć  3330ā€Š; la capacitĆ© dā€™ā€Šaccueil maximale nā€™ā€Šest cependant pas encore atteinte et dā€™ā€Šautres patients Ć¢gĆ©s pourraient encore bĆ©nĆ©ficier de cet accueil spĆ©cialisĆ©.

Dr VƩronique Trombert

HÓpital des Trois-Chêne
Service de mĆ©decine interne de lā€™ā€ŠĆ¢gĆ©
Chemin du Pont-Bochet 3
1226 ThƓnex

veronique.trombert@hcuge.ch

Dr Daiana Donca

HÓpital des Trois-Chêne
Service de mĆ©decine interne de lā€™ā€ŠĆ¢gĆ©
Chemin du Pont-Bochet 3
1226 ThƓnex

daiana.donca@hcuge.ch

Pr Dina Zekry

HÓpital des Trois-Chêne
Service de mĆ©decine interne de lā€™ā€ŠĆ¢gĆ©
Chemin du Pont-Bochet 3
1226 ThƓnex

Les auteurs nā€™ā€Šont dĆ©clarĆ© aucun conflit dā€™ā€ŠintĆ©rĆŖts en relation avec cet article

  • Les U3C ont fondĆ© au sein mĆŖme dā€™ā€Šun hĆ“pital de gĆ©riatrie une
    structure dā€™ā€Šurgences ouverte 7/7j de 8h Ć  19h permettant dā€™ā€Šaccueillir et dā€™ā€ŠĆ©valuer les patients Ć¢gĆ©s de 75 ans et plus, en urgence non vitale, ne nĆ©cessitant ni chirurgie, ni spĆ©cialiste.
  • Les patients peuvent sā€™ā€Šy rendre soit spontanĆ©ment, soit adressĆ©s par un professionnel de santĆ©, soit orientĆ©s par les ambulanciers.
  • Point fort : pas de dĆ©lai dā€™ā€Šattente aux U3C. Les patients bĆ©nĆ©ficient dĆØs leur arrivĆ©e d’une prise en charge gĆ©riatrique spĆ©cifique par une Ć©quipe interdisciplinaire.

RƩfƩrences:
1. OFS – Recensements fĆ©dĆ©raux de la population / OCSTAT – Statistique cantonale de la population https://www.ge.ch/statistique/tel/publications/2018/informations_statistiques/autres_themes/is_population_13_2018.pdf https://www.ge.ch/statistique/tel/publications/2018/donnees_generales/memento/dg-ms-2018.pdf
2. Aminzadeh et al. Older adults in the emergency department: a systematic review of patterns of use, adverse outcomes, and effectiveness of interventions. Ann Emerg Med. 2002;39:238-247.
3. Jarrar M.S. et al. Lā€™ā€ŠAccueil et la durĆ©e de la prise en charge des patients au service des urgences du CHU Journal MaghrĆ©bin dā€™ā€ŠAnesthĆ©sie-RĆ©animation et de MĆ©decine dā€™ā€ŠUrgence 2008ā€Š; (15) : 251-257.
4. Le SpĆ©gagne Temps dā€™ā€Šattente et de passage aux Urgences. Paris: Mission nationale dā€™ā€Šexpertise et dā€™ā€Šaudit hospitaliers; mai2005.
5. Hosseininejad S.M. et al. Determinants of Prolonged Length of Stay in the Emergency Department; a Cross-sectional Study. Emerg (Tehran). 2017;5(1):e53.
6. Ye L. et al. Prolonged length of stay in the emergency department in high-acuity patients at a Chinese tertiary hospital. Emerg Med Australas.
2012 Decā€Š;24(6)ā€Š:ā€Š634–40.
7. Bobrovitz N. et al. Who breaches the four-hour emergency department wait time target? A retrospective analysis of 374,000 emergency department attendances between 2008 and 2013 at a type 1 emergency department in England.
BMC Emerg Med. 2017 Nov 2;17(1):32.
8. Sarasin F. et al. Difficulté de la prise en charge des patients âgés aux urgences. Rev Med Suisse 2003;
9. Büla C. et al. Personnes Ć¢gĆ©es aux urgences : dĆ©fis actuels et futurs. Rev Med Suisse 2012ā€Š; 8ā€Š: 1534-8.
10. New York Times, April 10th & May 13th,2012; http://newoldage.blogs.nytimes.com/2011/03/14/hospitals-building-emergency-rooms-for-the-elderly/
11. Grosgurin O. et al. Reliability and performance of the Swiss Emergency Triage Scale used by paramedics. Eur J Emerg Med. 2017.
12. Graf C. et al. Evaluation gƩriatrique aux urgences : boƮte Ơ outils pour les nuls. Rev Med Suisse 2012; 8: 1544-7.

Quel type de diabĆØte sucrĆ© est prĆ©sentā€Š?

Situation de dƩpart

Un employĆ© de commerce de 49 ans a reƧu un diagnostic de diabĆØte sucrĆ© de type 2 par hasard lors d’ un examen de routine en 2015. On lui a alors prescrit 2 x 1 g de metformine par jour Ć  un taux d’ HbA1c de 6,6% et, par la suite, du Janumet 50/1000 mg 2 x par jour. Sous ce rĆ©gime, l’ HbA1c est restĆ©e pratiquement inchangĆ©e. Il y a environ 5 mois, du Jardiance 10 mg/jour lui a Ć©tĆ© administrĆ© en plus de Janumet. Il a bien tolĆ©rĆ© les deux prĆ©parations, mais l’ HbA1c est restĆ© stable Ć  environ 6,5 %.
Le patient est athlĆ©tique, et joue au football rĆ©guliĆØrement. Il est dĆ©rangĆ© par le fait d’ avoir perdu environ 6 kg depuis qu’ il a Ć©tĆ© diagnostiquĆ© diabĆ©tique en 2015, bien qu’ il se soit entraĆ®nĆ© Ć  peu prĆØs au mĆŖme niveau et ait un peu rĆ©duit sa consommation de glucides. Il se sent toujours fatiguĆ© et Ć©puisĆ©. Il boit peu d’ alcool (au maximum un verre standard par semaine) et n’ a jamais eu de douleurs abdominales dans le passĆ©.

AnamnĆØse personnelle

Diabète sucré de type 2 sans atteinte secondaire des organes depuis 2015. Goutte.

AnamnĆØse familiale

PĆØre atteint de diabĆØte sucrĆ© de type 2, diagnostiquĆ© Ć  l’ âge de 35 ans, actuellement sous insulinothĆ©rapie, a toujours Ć©tĆ© mince.

MƩdicaments actuels

Allopurinol 300 mg p.o. 1-0-0 prise irrégulière
Janumet 50/1000 mg p.o. 1-0-1
Jardiance 10 mg p.o. 1-0-0

Ɖtat clinique

Taille 183 cm, 69 kg, IMC 20,6 kg/m2, PA 118/75, pouls 56/min, rĆ©flexes rotulien et achillĆ©en symĆ©triques, monofilament 10/10 des deux cĆ“tĆ©s, sens de vibration 7/8 des deux cĆ“tĆ©s, tour de taille 84 cm.

RƩsultats de laboratoire

HbA1c 6,3 %
eGFR selon CKD-EPI 72 ml/min
LDL 2,6 mmol/L HDL 1,5 mmol/L
triglycĆ©rides 1,13 mmol/L

Y a-t-il des doutes quant au diagnostic du diabĆØte de type 2 Autres considĆ©rations thĆ©rapeutiques et diagnostiquesā€Š?
l Il n’ y a pas de syndrome mĆ©tabolique avec un IMC de 20,6 kg/m2 et un tour de taille de < 94 cm.
l La perte de poids non dĆ©sirĆ©e sous traitement par antidiabĆ©tiques oraux avec la metformine, la sitagliptine et l’ empagliflozine avec un taux d’ HbA1c inchangĆ© n’ est pas typique pour un diabĆØte sucrĆ© classique de type 2. Avec une perte de poids de 6 kg, nous pourrions nous attendre Ć  une rĆ©duction de l’ HbA1c d’ au moins 1-2 %.
l Le taux de cholestĆ©rol HDL Ć©levĆ© et les triglycĆ©rides dans la norme plaident contre le diabĆØte sucrĆ© de type 2. Typiquement, le diabĆØte sucrĆ© de type 2 prĆ©sente wun cholestĆ©rol HDL bas (< 0,9 mmol/L) et des triglycĆ©rides Ć©levĆ©s (> 1,7 mmol/L) dans le statut lipidique Ć  jeun. Le cholestĆ©rol LDL n’ est pas aussi pertinent pour la diffĆ©renciation.
l Anamnèse familiale : père mince, atteint de diabète sucré de type 2 depuis son jeune âge, ce qui soulève des doutes sur le type de diabète de son père.
l L’ indication d’ un bloqueur SGLT-2 est-elle bonne pour le patient ? Si la sĆ©crĆ©tion d’ insuline est potentiellement faible, l’ inhibiteur SGLT-2 peut entraĆ®ner une augmentation du glucagon, de la cĆ©togenĆØse et de l’ acidocĆ©tose euglycĆ©mique.

En rƩsumƩ

Le diagnostic de diabĆØte sucrĆ© de type 1 est probable si l’ on se base sur l’ anamnĆØse. Les anticorps spĆ©cifiques du diabĆØte (anti-GAD, -IA2, -ZnT8, -cellules des Ć®lots pancrĆ©atiques) Ć©taient nĆ©gatifs. Ceux-ci sont positifs chez 10 Ć  15 % de tous les patients atteints de diabĆØte sucrĆ© de type 1. Il n’ existe aucune preuve anamnestique d’ un diabĆØte sucrĆ© spĆ©cifique (la saturation normale en ferritine /  transferrine exclut l’ hĆ©mochromatose ; l’ absence de douleurs abdominales et les selles normales (pas de stĆ©atorrhĆ©e) plaident contre une pancrĆ©atite chronique).
L’ arrĆŖt des antidiabĆ©tiques oraux Ć©tablis ainsi que l’ administration d’ insuline de base tout d’ abord, et ensuite l’ insuline en bolus, a permis Ć  notre patient de reprendre son poids corporel athlĆ©tique comme avant le diagnostic du diabĆØte sucrĆ©. De plus, la fatigue a disparu.

Prof. Dr. med.Roger Lehmann

UniversitätsSpital Zürich
RƤmistrasse 100
8091 Zurich

Roger.Lehmann@usz.ch

Dr. med. Matthias Ernst

USZ Zürich

matthias.ernst@usz.ch

RL: Participation dā€˜Advisory Boards et honoraires de confĆ©rencier
avec Novo
Nordisk, Sanofi, MSD, Boehringer Ingelheim, Servier et Astra Zeneca.
ME: Frais de voyage et de congrĆØs d’Eli Lilly et Ipsen.

  • Pensez Ć  un diabĆØte sucrĆ© de type 1 chez des patients minces ou Ć  un diabĆØte spĆ©cifique (diabĆØte pancrĆ©atoprive) en cas de douleurs abdominales rĆ©currentes, de stĆ©atorrhĆ©e ou de consommation accrue d’ alcool. Si une insuffisance pancrĆ©atique est suspectĆ©e, nous pouvons dĆ©terminer la prĆ©sence d’ élastase-1 pancrĆ©atique dans les selles.
  • Dans l’ anamnĆØse, demandez toujours le poids / l’ IMC des personnes diabĆ©tiques de la famille du patient et renseignez-vous plus prĆ©cisĆ©ment sur les diabĆ©tiques maigres. Il faut aussi considĆ©rer qu’ un enfant, dont l’ un des parents est atteint de diabĆØte sucrĆ© de type 1, a un risque d’ environ 3 Ć  6 % de dĆ©velopper un diabĆØte de type 1.
  • L’ état lipidique Ć  jeun aide Ć  diffĆ©rencier le diabĆØte sucrĆ© de type 2 du diabĆØte sucrĆ© de type 1 ou d’ un diabĆØte spĆ©cifique.

Les effets secondaires des thƩrapies oncologiques

Les effets secondaires des thĆ©rapies oncologiques sont souvent remarquĆ©s pour la premiĆØre fois dans le cabinet du mĆ©decin de premier recours. Des situations dā€™ā€Šurgence peuvent survenir Ć  tout moment dans toutes les thĆ©rapies oncologiques. En particulier, lā€™ā€Šurgence oncologique dā€™ā€Šune neutropĆ©nie fĆ©brile ne doit en aucun cas ĆŖtre nĆ©gligĆ©e. Chez les patients sous immunothĆ©rapie, la diarrhĆ©e et les endocrinopathies graves sont des urgences potentielles. En outre, il existe Ć©galement de nombreux symptĆ“mes assez rares ou peu spĆ©cifiques. Ces symptĆ“mes ne peuvent pas toujours ĆŖtre identifiĆ©s en dĆ©tail comme, par exemple, un effet secondaire ou qui peuvent ĆŖtre distinguĆ©s des complications tumorales ou des maladies concomitantes. Si de nouveaux symptĆ“mes inhabituels apparaissent, il faut communiquer avec lā€™ā€Šoncologue traitant. En effet, une bonne communication entre le mĆ©decin de premier recours et lā€™ā€Šoncologue est la clĆ© du succĆØs du traitement de nos patients.

Le traitement des patients en oncologie est complexe et nĆ©cessite une bonne coopĆ©ration entre les mĆ©decins de premier recours et les mĆ©decins des diffĆ©rentes disciplines concernĆ©es. Les patients cancĆ©reux peuvent ĆŖtre confrontĆ©s Ć  une multitude de symptĆ“mes, pouvant ĆŖtre causĆ©s par la maladie sous-jacente, comme lā€™ā€Šeffet secondaire des thĆ©rapies oncologiques, ou mĆŖme par des facteurs complĆØtement diffĆ©rents. Il nā€™ā€Šest pas rare que les symptĆ“mes soient traitĆ©s pour la premiĆØre fois et que les situations dā€™ā€Šurgence soient reconnues en premier dans le cabinet du mĆ©decin de premier recours. Compte tenu du nombre sans cesse croissant de traitements oncologiques, il nā€™ā€Šā€Šest pas facile de suivre les effets secondaires typiques. Cependant, en plus dā€™ā€Šun grand nombre dā€™ā€Šeffets secondaires rares, certains sont trĆØs courants et devraient donc ĆŖtre connus du mĆ©decin de premier recours.

Les principes du traitement oncologique

Afin dā€™ā€Šaborder la question des effets secondaires oncologiques, il est dā€™ā€Šabord nĆ©cessaire de distinguer quel ty pe de thĆ©rapie est impliquĆ©. En effet, lā€™ā€Šoncologie sā€™ā€Šest considĆ©rablement diversifiĆ©e ces derniĆØres annĆ©es. Alors quā€™ā€Šil y a quelques annĆ©es, la chimiothĆ©rapie classique reprĆ©sentait la majoritĆ© des traitements, les thĆ©rapies molĆ©culaires ciblĆ©es et les immunothĆ©rapies ont maintenant Ć©tĆ© ajoutĆ©es et joue un rĆ“le de plus en plus important. En outre, il existe dā€™ā€Šautres formes de thĆ©rapie telles que les thĆ©rapies endocriniennes, la radiothĆ©rapie et les procĆ©dures dā€™ā€Šablation locale. Les combinaisons thĆ©rapeutiques sont Ć©galement courantes. Une distinction importante dans le traitement des effets secondaires est de savoir si la thĆ©rapie est curative ou palliative. Le but du traitement palliatif est de prolonger la vie du patient tout en prĆ©servant sa qualitĆ© de vie. Il est donc trĆØs important dā€™ā€ŠĆ©viter les effets secondaires qui affectent le patient. Dā€™ā€Šautre part, les effets secondaires puissants sont plus susceptibles dā€™ā€ŠĆŖtre acceptĆ©s dans le cadre dā€™ā€Šune thĆ©rapie curative afin de pouvoir poursuivre la thĆ©rapie aussi complĆØtement que possible.

Effets secondaires

FrƩquence des effets secondaires
Il est difficile de se prononcer sur la frĆ©quence des effets secondaires des thĆ©rapies oncologiques, car les enquĆŖtes et les publications systĆ©matiques ne sont gĆ©nĆ©ralement effectuĆ©es que dans le cadre dā€™ā€ŠĆ©tudes dā€™ā€Šenregistrement clinique. Les groupes de patients inclus dans les Ć©tudes diffĆØrent cependant souvent de la population de patients effectivement traitĆ©s dans la vie clinique quotidienne, par exemple concernant lā€™ā€ŠĆ¢ge et les comorbiditĆ©s. Cā€™ā€Šest pourquoi, on observe parfois des frĆ©quences dā€™ā€Šeffets secondaires diffĆ©rentes. Cependant, les effets secondaires frĆ©quemment attendus peuvent gĆ©nĆ©ralement ĆŖtre clairement diffĆ©renciĆ©s des effets secondaires rares. Cā€™ā€Šest le cas, par exemple, de la chute des cheveux, qui est trĆØs probable avec certaines chimiothĆ©rapies et peut presque ĆŖtre exclue avec dā€™ā€Šautres traitements. Des mesures prĆ©ventives pour la gestion de la toxicitĆ© sont fermement intĆ©grĆ©es dans les traitements actuels, par exemple lā€™ā€Šutilisation prophylactique dā€™ā€ŠantiĆ©mĆ©tiques, prĆ©venant gĆ©nĆ©ralement les nausĆ©es sĆ©vĆØres. Un guide de pratique (1) publiĆ© par lā€™ā€ŠEuropean Society of Medical Oncology (ESMO) est disponible spĆ©cifiquement pour la prophylaxie antiĆ©mĆ©tique.

Classification des effets secondaires
Une autre distinction importante dans le cas des effets secondaires des thĆ©rapies oncologiques est la question de la durĆ©e ou de la rĆ©versibilitĆ©. Bien que de nombreux symptĆ“mes soient dā€™ā€Šune toxicitĆ© aiguĆ«, il existe aussi des effets toxiques cumulatifs qui sont retardĆ©s, Ć  long terme et parfois irrĆ©versibles. Cā€™ā€Šest le cas, par exemple, de la neurotoxicitĆ© liĆ©e Ć  lā€™ā€Šoxaliplatine, qui nā€™ā€ŠapparaĆ®t souvent quā€™ā€ŠaprĆØs quelques mois ou mĆŖme aprĆØs la fin du traitement et qui peut conduire Ć  une altĆ©ration significative de la vie quotidienne (2). En oncologie, les CTCAE (Common Terminology Criteria for Adverse Events) du National Institute of Health sont utilisĆ©s pour classifier le type et la gravitĆ© des effets secondaires (3). La gravitĆ© des effets secondaires est divisĆ©e en 5 degrĆ©s (tableau 1). En rĆØgle gĆ©nĆ©rale, seuls les effets secondaires du deuxiĆØme et du troisiĆØme degrĆ© sont cliniquement pertinents, car ils nĆ©cessitent souvent une pause ou un ajustement posologique de la chimiothĆ©rapie et doivent aussi souvent ĆŖtre traitĆ©s. Lā€™ā€Šexemple de la diarrhĆ©e le dĆ©montre bien. En effet, Ć  partir dā€™ā€Šune diarrhĆ©e du deuxiĆØme degrĆ© (dĆ©finie comme 4 à 6 selles liquides par jour), il y a une certaine baisse du niveau de vie quotidienne du patient. A partir dā€™ā€Šune diarrhĆ©e du troisiĆØme degrĆ© (dĆ©finie comme > 7 selles liquides par jour), une perte importante de liquide est probable et une hospitalisation devrait ĆŖtre envisagĆ©e. Le tableau 2 rĆ©sume les urgences oncologiques, nĆ©cessitant en gĆ©nĆ©ral une hospitalisation.

Effets secondaires courants de la chimiothƩrapie
Les effets secondaires les plus frĆ©quents de la chimiothĆ©rapie, quelle quā€™ā€Šen soit la nature, sont certainement des changements dans la numĆ©ration globulaire ainsi que des troubles gastro-intestinaux tels que la diarrhĆ©e et la nausĆ©e. La raison vient du principe gĆ©nĆ©ral de lā€™ā€Šinhibition de la prolifĆ©ration, selon lequel les organes en rĆ©gĆ©nĆ©ration continuelle tels que la muqueuse gastro-intestinale ou le systĆØme hĆ©matopoĆÆĆ©tique sont affectĆ©s au mĆŖme titre que la tumeur. En raison de la frĆ©quence de ces effets secondaires, il est logique que les mĆ©decins de premier recours traitants soient Ć©galement familiers avec la faƧon de les traiter. Les directives de pratique librement accessibles de la SociĆ©tĆ© europĆ©enne dā€™ā€Šoncologie mĆ©dicale (ESMO) ainsi que la directive S3 sur la thĆ©rapie de soutien de la DGHO (4, 5) offrent une bonne assistance Ć  cet Ć©gard. En outre, une brochure gratuite de la ligue Suisse contre le cancer sur le thĆØme des thĆ©rapies tumorales mĆ©dicamenteuses peut ĆŖtre utilisĆ©e comme un bon guide pour les patients et leurs proches (6).Pour le traitement de la diarrhĆ©e liĆ©e Ć  la chimiothĆ©rapie, des mesures de soutien telles que des mĆ©dicaments antidiarrhĆ©iques tel que le lopĆ©ramide sont conseillĆ©es. Un autre bon exemple est la neutropĆ©nie. Une neutropĆ©nie passagĆØre est un effet secondaire attendu pour de nombreuses chimiothĆ©rapies. On distingue la neutropĆ©nie modĆ©rĆ©e (neutrophiles entre 500 et 1000 / μl) et la neutropĆ©nie sĆ©vĆØre (neutrophiles < 500 / μl). En principe, la neutropĆ©nie nā€™ā€Šexige aucune mesure obligatoire. Toutefois, lā€™ā€Šoncologue traitant doit ĆŖtre informĆ© des valeurs de laboratoire avec preuve de neutropĆ©nie. Sā€™ā€Šil y a un risque Ć©levĆ© de neutropĆ©nie fĆ©brile, lā€™ā€Šoncologue traitant considĆ©rera dĆ©jĆ  lā€™ā€Šutilisation du G-CSF au moment de planifier la chimiothĆ©rapie. Les facteurs de risque de neutropĆ©nie fĆ©brile sont Ć©numĆ©rĆ©s au tableau 3. Une neutropĆ©nie fĆ©brile, cā€™ā€Šest-Ć -dire une simultanĆ©itĆ© de la neutropĆ©nie et de fiĆØvre (> 38,5°C ou > 38°C mesurĆ©s deux fois en pĆ©riphĆ©rie), est une urgence oncologique et nĆ©cessite une hospitalisation immĆ©diate, un diagnostic dā€™ā€Šinfection ainsi quā€™ā€Šun traitement par un antibiotique Ć  large spectre. En principe, la fiĆØvre est donc un signal dā€™ā€Šalarme chez les patients sous chimiothĆ©rapie et doit toujours ĆŖtre clarifiĆ© immĆ©diatement.

Effets secondaires spƩciaux
Certains des agents chimiothĆ©rapeutiques frĆ©quemment utilisĆ©s ont un profil dā€™ā€Šeffets secondaires trĆØs spĆ©cifique. Des mesures ou des contrĆ“les concrets sont donc nĆ©cessaires. Les anthracyclines comme la doxorubicine sont souvent utilisĆ©es dans le traitement du cancer du sein. Ils sont susceptibles dā€™ā€ŠĆŖtre cardiotoxiques, avec une cardiotoxicitĆ© aiguĆ« et cumulative. Par consĆ©quent, les patients traitĆ©s par des anthracyclines doivent ĆŖtre surveillĆ©s pour dĆ©celer dā€™ā€ŠĆ©ventuels symptĆ“mes cardiaques. La cisplatine Ć©tant nĆ©phrotoxique, des contrĆ“les rĆ©guliers de la fonction rĆ©nale sont nĆ©cessaires. Le traitement Ć  la capĆ©citabine (5-FU par voie orale) peut entraĆ®ner le syndrome main-pied : une kĆ©ratinisation souvent douloureuse des surfaces internes des mains et des pieds. Lā€™ā€Šutilisation de crĆØmes contenant de lā€™ā€ŠurĆ©e peut ĆŖtre utile Ć  cet Ć©gard. Lā€™ā€Šoxaliplatine et les taxanes (docĆ©taxel, paclitaxel) peuvent Ć  leur tour provoquer des polyneuropathies pĆ©riphĆ©riques avec engourdissements et des paresthĆ©sies des doigts et des orteils.

Les effets secondaires des agents immunothƩrapeutiques
Le principe dā€™ā€Šaction de lā€™ā€ŠimmunothĆ©rapie diffĆØre sensiblement des autres mĆ©thodes de traitement oncologique. Les inhibiteurs dits Ā«ā€Šcheckpointā€ŠĀ» sont des anticorps monoclonaux permettant de surmonter lā€™ā€ŠimmunitĆ© des lymphocytes T aux cellules tumorales en bloquant les rĆ©cepteurs/ligands inhibiteurs. Cela conduit Ć  la dĆ©sinhibition du systĆØme immunitaire, qui peut dĆ©sormais reconnaĆ®tre la tumeur comme Ć©trangĆØre Ć  lā€™ā€Šorganisme et lā€™ā€Šattaquer. Selon ce principe dā€™ā€Šaction, le spectre des effets secondaires des immunothĆ©rapies diffĆØre considĆ©rablement des thĆ©rapies conventionnelles. Lā€™ā€Šactivation du systĆØme immunitaire peut entraĆ®ner des inflammations auto-immunes de divers organes. Les manifestations possibles sont une dermatite, une pneumonite, une colite, une hĆ©patite ou une inflammation dā€™ā€Šorganes endocriniens tels que la glande thyroĆÆde ou la glande pituitaire. La frĆ©quence des effets indĆ©sirables de haut grade liĆ©s au systĆØme immunitaire causĆ©s par les thĆ©rapies mono-immunes est de 7 Ć  18 % (7). Par consĆ©quent, les patients sous immunothĆ©rapie doivent toujours faire lā€™ā€Šobjet dā€™ā€Šune surveillance pour dĆ©celer les symptĆ“mes cliniques ainsi que les valeurs hĆ©patiques. La TSH doit Ć©galement ĆŖtre surveillĆ©e rĆ©guliĆØrement. En ce qui concerne les urgences cliniques, il convient dā€™ā€Šinsister en particulier sur la diarrhĆ©e, qui nĆ©cessite toujours une clarification chez les patients sous immunothĆ©rapie. En effet, une diarrhĆ©e persistante peut rapidement entraĆ®ner une dĆ©shydratation importante. Une cause infectieuse doit ĆŖtre Ć©cartĆ©e et, si lā€™ā€Šon soupƧonne une colite auto-immune, un traitement aux corticostĆ©roĆÆdes doit ĆŖtre envisagĆ© Ć  un stade prĆ©coce. Par consĆ©quent, en cas de diarrhĆ©e persistante, il faut toujours communiquer avec lā€™ā€Šoncologue traitant ou hospitaliser le patient.

Dr. med. Till Wallrabenstein

St. Claraspital AG
Tumorzentrum
Kleinriehenstrasse 30
4058 Basel

tumorzentrum@claraspital.ch

Prof. Dr. med. Dieter Kƶberle

St. Claraspital AG
Tumorzentrum
Kleinriehenstrasse 30
4058 Basel

tumorzentrum@claraspital.ch

Les auteurs nā€™ā€Šont dĆ©clarĆ© aucun conflit dā€™ā€ŠintĆ©rĆŖt en relation avec cet article

  • Lā€™ā€ŠĆ©valuation initiale et le traitement des effets secondaires lĆ©gers Ć  modĆ©rĆ©s relĆØvent de la responsabilitĆ© du mĆ©decin de premier recours.
  • La neutropĆ©nie fĆ©brile sous chimiothĆ©rapie ou la diarrhĆ©e persistante sous immunothĆ©rapie sont des exemples dā€™ā€Šurgences oncologiques graves nĆ©cessitant une hospitalisation.
  • En cas dā€™ā€Šā€Šincertitude concernant les effets secondaires rares et spĆ©ciaux, il faut communiquer avec lā€™ā€Šā€Šoncologiste traitant.

Symposium de lā€™ā€ŠAssociation des internistes zurichois, VZI 2019 VZI-Update Cardiologie

Le Symposium de lā€™ā€ŠAssociation des internistes zurichois, VZI 2019 sā€™ā€Šest une fois de plus avĆ©rĆ© ĆŖtre un Ć©vĆ©nement de formation exceptionnel pour toutes les catĆ©gories dā€™ā€Šinternistes. Sous lā€™ā€Šorganisation scientifique de Dr Barbara Himmelmann et Pr Stefan Vavricka, un programme largement diversifiĆ© et de grande qualitĆ© a Ć©tĆ© prĆ©sentĆ©. Cet article rĆ©sume la confĆ©rence Ā«CardiologieĀ» qui faisait partie de la rĆ©union Ā«mises Ć  jour cliniquesĀ».

Pr Jan Steffel, Zurich, se limite aux innovations en cardiologie essentielles pour le mĆ©decin de premier recours. La rĆ©paration percutanĆ©e de la valve mitrale a fait lā€™ā€Šobjet de discussions lā€™ā€Šan dernier. Bien que lā€™ā€Šavantage de cette procĆ©dure en cas dā€™ā€Šinsuffisance due Ć  des modifications structurelles de la valve mitrale ait Ć©tĆ© dĆ©montrĆ©, il nā€™ā€Šy avait aucune preuve de lā€™ā€Šavantage en cas dā€™ā€Šinsuffisance mitrale fonctionnelle, qui est bien plus courante. Dans lā€™ā€ŠĆ©tude franƧaise MITRA-FR, le critĆØre dā€™ā€ŠĆ©valuation principal (dĆ©cĆØs toutes causes confondues et hospitalisation non planifiĆ©e due Ć  une insuffisance cardiaque dans les 12 mois) est restĆ© inchangĆ© par rapport Ć  la pharmacothĆ©rapie seule (Obadia et al. NEJM 2018). En revanche, lā€™ā€ŠĆ©tude amĆ©ricaine COAPT a constatĆ© une diffĆ©rence Ć©norme dans le nombre dā€™ā€Šhospitalisations dues Ć  une insuffisance cardiaque et une diffĆ©rence significative dans la mortalitĆ© toutes causes confondues (Stone et al. NEJM 2018). Ce qui se cache derriĆØre ces rĆ©sultats plutĆ“t contradictoires fait actuellement lā€™ā€Šobjet de vives discussions en cardiologie. En plus des questions de sĆ©lection des patients, il semble y avoir une diffĆ©rence majeure entre les deux Ć©tudes en termes de pharmacothĆ©rapie. En conclusion, Pr M. Steffel affirme que ces deux Ć©tudes montrent une fois de plus quā€™ā€Šil nā€™ā€Šexiste pas de mesure unique en cardiologie qui profite Ć  tous les patients. Cependant, la rĆ©paration percutanĆ©e des valves mitrales a une place importante dans certains cas dā€™ā€Šinsuffisance mitrale fonctionnelle.

Inhibiteur de la PCSK9

En plus du cĆ©lĆØbre Evolocumab, un deuxiĆØme reprĆ©sentant, lā€™ā€ŠAlirocumab, a Ć©tĆ© lancĆ© avec la vaste Ć©tude ODYSSEY OUTCOMES (Schwarzt et al. NEJM 2018). 18924 patients ayant subi un accident coronarien aigu dans un dĆ©lai de 1 Ć  12 mois et suivant, soit un traitement Ć  dose Ć©levĆ©e, soit Ć  la dose de statines la plus Ć©levĆ©e tolĆ©rĆ©e ont pris part Ć  cette Ć©tude randomisĆ©e, Ć  double insu et contrĆ“lĆ©e par placebo. Elle a dĆ©montrĆ© que le nouveau mĆ©dicament a entraĆ®nĆ© une diminution impressionnante du cholestĆ©rol LDL ainsi quā€™ā€Šune rĆ©duction significative de lā€™ā€Šobjectif principal (mort coronarienne, infarctus du myocarde, insulte ischĆ©mique, angine de poitrine instable) nĆ©cessitant une hospitalisation. Le confĆ©rencier Ć©value ces rĆ©sultats comme des progrĆØs cliniquement pertinents dans le traitement des patients atteints de coronaropathie. Des Ć©tudes intravasculaires ont mĆŖme montrĆ© que de telles substances peuvent ĆŖtre utilisĆ©es pour rĆ©guler les plaques.

Ablation par cathƩter pour la fibrillation auriculaire

Contrairement aux perturbations rythmiques pures telles que le syndrome WPW, la fibrillation auriculaire (FA) est trĆØs souvent basĆ©e sur une maladie cardiaque, de sorte que les mesures rythmiques ne peuvent jamais ĆŖtre considĆ©rĆ©es isolĆ©ment. Par consĆ©quent, la FA ne peut ĆŖtre guĆ©rie par ablation par cathĆ©ter. Cependant, la FA demeure un marqueur de risque accru chez de nombreux patients et ils doivent continuer Ć  ĆŖtre anticoagulĆ©s mĆŖme sā€™ā€Šils avaient une indication pour une anticoagulothĆ©rapie avant lā€™ā€Šablation. NĆ©anmoins, lā€™ā€ŠĆ©tude CASTLE-AF a comparĆ© lā€™ā€Šablation de la FA par insuffisance cardiaque Ć  la pharmacothĆ©rapie optimale et a montrĆ© un bĆ©nĆ©fice impressionnant de lā€™ā€Šintervention avec une rĆ©duction de 40ā€Š% de lā€™ā€Šobjectif principal et une rĆ©duction significative de la mortalitĆ© toutes causes confondues (Marrouche et al. NEJM 2018). Ces rĆ©sultats ont Ć©tĆ© confirmĆ©s numĆ©riquement mais pas de faƧon significative dans la deuxiĆØme Ć©tude CABANA, beaucoup plus vaste, qui portait sur 1ā€Š100 patients par groupe et dans laquelle la FA avec ainsi que sans insuffisance cardiaque a Ć©tĆ© incluse. Cependant, il y a eu de nombreux changements de groupe non planifiĆ©s de 10 Ć  15 % chacun et une Ć©valuation des patients qui ont effectivement subi une ablation a Ć©galement montrĆ© un effet impressionnant et significatif sur les objectifs principaux et secondaires (sĆ©ances scientifiques 2018 de la Packer et al. Heart Rhythm Society).

ASCEND

Le rĆ“le de lā€™ā€Šaspirine dans la prĆ©vention primaire des maladies cardiovasculaires a Ć©tĆ© un sujet majeur en 2018. Lā€™ā€ŠefficacitĆ© prĆ©ventive est au mieux trĆØs modeste (dans lā€™ā€ŠĆ©tude ASCNED, rĆ©duction du risque de 12ā€Š%). Cependant, il y a toujours un risque non nĆ©gligeable de saignement grave sous aspirine (augmentation du risque de 29ā€Š% dans ASCEND). Une indication gĆ©nĆ©rale pour lā€™ā€Šaspirine dans la prĆ©vention primaire nā€™ā€Šest plus recommandĆ©e avec ces rĆ©sultats, bien que son utilisation puisse ĆŖtre envisagĆ©e dans des cas individuels aprĆØs avoir rĆ©flĆ©chi Ć  tous les avantages et inconvĆ©nients.

NACOs

Le confĆ©rencier a participĆ© activement Ć  lā€™ā€ŠĆ©laboration des lignes directrices pratiques de lā€™ā€ŠAssociation europĆ©enne des rythmes cardiaques pour lā€™ā€Šutilisation des NACOs en FA, dans lesquelles de nombreux problĆØmes pratiques nā€™ā€Šayant pas Ć©tĆ© illustrĆ©s individuellement dans les Ć©tudes, sont soulignĆ©s. Pour la prise en charge peropĆ©ratoire des patients sous NACOs, le risque individuel de saignement (minimal, faible, Ć©levĆ©) est pris en compte. On renonce au pontage pour toutes les catĆ©gories. Si le risque est minimal, une anticoagulation complĆØte (AC) jusquā€™ā€ŠĆ  la veille est conseillĆ©e ainsi que la rĆ©utilisation le soir ou au plus tard le premier jour postopĆ©ratoire. En cas de risque faible, anticoagulation jusquā€™ā€ŠĆ  2 jours avant lā€™ā€Šintervention et rĆ©introduction le soir ou le jour suivant. En cas de haut risque, interruption de traitement sans pontage du jour -2 au jour +ā€Š2, prophylaxie postopĆ©ratoire en fonction des directives hospitaliĆØres. Dā€™ā€Šun point de vue pratique, on ne saurait trop insister sur lā€™ā€Šimportance dā€™ā€Šune bonne communication entre toutes les parties concernĆ©es.
Le fait que lā€™ā€ŠAK soit rĆ©ellement efficace en VHF est dĆ©montrĆ© par une Ć©tude dā€™ā€Šun Ć©norme registre anglais, où une baisse de lā€™ā€Šutilisation des inhibiteurs plaquettaires accompagnĆ©e dā€™ā€Šune augmentation simultanĆ©e de lā€™ā€Šutilisation des NACOs a Ć©tĆ© accompagnĆ©e pour la premiĆØre fois dā€™ā€Šune tendance Ć  la baisse significative des AVC (Campbell et al. EHU 2018). Des donnĆ©es similaires proviennent de SuĆØde, qui est connue pour ses excellents registres. Dā€™ā€Šune part, il a Ć©tĆ© dĆ©montrĆ© que, de 2012 Ć  2017, les NACOs ont Ć©tĆ© prescrits beaucoup plus frĆ©quemment aux dĆ©pens de lā€™ā€Šaspirine et des antagonistes de la vitamine K, particuliĆØrement chez les patients Ć¢gĆ©s prĆ©sentant un score CHA2DS2-VASc Ć©levĆ© et un risque accru de saignement (HAS-BLED 3ā€Š+). Le confĆ©rencier insiste sur le fait que le score HES-BLED est important, mais quā€™ā€Šil ne doit jamais ĆŖtre utilisĆ© comme seul argument contre un AC ! Dā€™ā€Šautre part, dans tous les groupes dā€™ā€ŠĆ¢ge, nous avons observĆ© une diminution significative du taux croissant dā€™ā€Šaccidents ischĆ©miques cĆ©rĆ©braux en fonction de lā€™ā€ŠĆ¢ge, alors que, en mĆŖme temps, le taux de saignements graves mettant la vie en danger par catĆ©gorie dā€™ā€ŠĆ¢ge est restĆ© inchangĆ© (Komen et al. ESC 2018).

Dr. med. Hans-Kaspar Schulthess

Facharzt FMF Innere Medizin und Gastroenterologie
Neuhausstrasse 18
8044 Zürich

Schulthess_hk@swissonline.ch

Source: Symposium de lā€™ā€ŠAssociation des internistes zurichois VZI, session Update Cardiologie, Zurich, 31.1.2019