Arthrose, quoi faire ?

Aujourd’ hui, nous plongeons dans le monde complexe de l’ arthrose, une maladie articulaire dĆ©bilitante qui touche des millions de personne s Ć  travers le monde. Dans cette exploration, nous examinerons les injections articulaires, la thĆ©rapie physique et l’ utilisation du chondroĆÆtine sulfate, en Ć©valuant Ć  la fois les risques et les avantages de ces approches.

La prĆ©valence de l’   arthrose devrait continuer d’ augmenter Ć  l’ échelle mondiale en raison du vieillissement de la population, de la hausse des taux d’ obĆ©sitĆ© et des lĆ©sions traumatiques. En 2019, environ 528 millions de personnes dans le monde vivaient avec l’ arthrose, un chiffre en hausse de 113% par rapport Ć  1990 (1). Avec une prĆ©valence de 365 millions de personnes atteintes, le genou est l’ articulation la plus frĆ©quemment touchĆ©e, suivi de la main et de la hanche (2). Parmi les personnes atteintes d’ arthrose, 344 millions prĆ©sentent des niveaux de gravitĆ© (modĆ©rĆ©s ou graves) pour lesquels une rĆ©adaptation serait bĆ©nĆ©fique (3). NĆ©anmoins, l’ arthrose et les douleurs associĆ©es ne sont pas une consĆ©quence inĆ©vitable du vieillissement.

Parmi les mĆ©thodes de soins qui peuvent ĆŖtre utilisĆ©es pour soulager les patients arthrosiques, ce numĆ©ro de la gazette traitera Ć  la fois des mĆ©thodes plus invasives, telles que les injections articulaires, et des mĆ©thodes physiques pour soulager la douleur. Ensuite, nous aborderons les preuves sur l’ utilisation de la thĆ©rapie Ć  la chondroĆÆtine sulfate pour ralentir l’ évolution de l’ arthrose et rĆ©duire la douleur.

Les ponctions et infiltrations articulaires font partie des mĆ©thodes diagnostiques et thĆ©rapeutiques de plus en plus courantes, offrant une option prometteuse pour soulager la douleur et amĆ©liorer la fonctionnalitĆ© des articulations touchĆ©es par l’ arthrose. Cependant, il est crucial de peser attentivement les risques associĆ©s Ć  ces injections, tels que les infections potentielles et les rĆ©actions allergiques. Les bĆ©nĆ©fices, quant Ć  eux, sont souvent significatifs, procurant un soulagement rapide et ciblĆ© lĆ  où il est nĆ©cessaire. Les progrĆØs dans les techniques d’ injection et les substances utilisĆ©es ouvrent la voie Ć  des traitements plus personnalisĆ©s et efficaces.

La thĆ©rapie physique Ć©merge Ć©galement comme un pilier essentiel dans la gestion de l’ arthrose. En combinant des exercices spĆ©cifiques, le renforcement musculaire et des techniques de soulagement de la douleur, la thĆ©rapie physique offre une approche holistique pour amĆ©liorer la qualitĆ© de vie des patients. Elle favorise la mobilitĆ© articulaire, renforce les muscles environnants et offre une alternative non invasive aux traitements plus lourds.

Parmi les options de traitement, le chondroĆÆtine sulfate se distingue comme un supplĆ©ment suscitant un intĆ©rĆŖt croissant. Ce composĆ©, naturellement prĆ©sent dans le cartilage, est souvent utilisĆ© pour ralentir la progression de l’ arthrose et soulager les symptĆ“mes. Cependant, des Ć©tudes contradictoires existent quant Ć  son efficacitĆ©, et il est important pour les patients de discuter de son utilisation avec leur professionnel de la santĆ©.

En conclusion, face Ć  l’ arthrose, il est primordial de combiner les approches mĆ©dicales et non mĆ©dicales pour offrir aux patients la meilleure qualitĆ© de vie possible. La recherche continue dans ce domaine promet des avancĆ©es significatives, ouvrant la voie Ć  de nouveaux espoirs pour ceux qui souffrent de cette maladie dĆ©bilitante.

Pre Patrizia D’ Amelio

Pre Patrizia D’ Amelio

Service de gƩriatrie et rƩadaptation gƩriatrique CHUV
Ch. de Mont-Paisible 16
1011 Lausanne

1. GBD 2019: Global burden of 369 diseases and injuries in 204 countries and territories, 1990–2019: a systematic analysis for the Global Burden of Disease Study 2019.
Lancet. 2020 Oct 17; 396(10258):1204-1222.
2. Long H, Liu Q, Yin H, Diao N, Zhang Y, Lin J et al. Prevalence trends of site-specific osteoarthritis from 1990 to 2019: Findings from the global burden of disease study 2019. Arthritis Rheumatol 2022; 74(7): 1172-1183.
3. Cieza A, Causey K, Kamenow K, Wulf Hansen S, Chatterji S, Vos T. Global estimates of the need for rehabilitation based on the Global Burden of Disease study 2019: a systematic analysis for the Global Burden of Disease Study 2019. Lancet. 2020 Dec 19; 396(10267): 2006–2017.

RETO KRAPFs Medical Voice

DerniĆØres parutions

Le refroidissement topique n’ est pas un moyen de protection lors de futures vagues de chaleur ?

En cas de vagues de chaleur, la mortalitĆ© augmente aussi en Suisse surtout chez les personnes Ć¢gĆ©es. Cela s’ explique entre autres par la rĆ©duction de la sensation de soif en fonction de l’ âge, l’ apport d’ eau sans Ć©lectrolytes (avec risque d’ hyponatrĆ©mie) et l’ accĆØs limitĆ© aux liquides (problĆØmes de mobilitĆ©). Dans une Ć©tude de petite taille, mais de grande qualitĆ© une moyenne d’  individus Ć¢gĆ©s de 72 ans ont Ć©tĆ© exposĆ©s pendant 6 heures Ć  une tempĆ©rature ambiante de 38 °C. Ensuite, aucun gradient de tempĆ©rature n’ a Ć©tĆ© observĆ© entre l’ environnement et la tempĆ©rature centrale (qui, mesurĆ©e par voie rectale, se situait alors Ć  38 °C).

Des bains de pieds rafraĆ®chissants et des compresses rafraĆ®chissantes au niveau de la nuque (mesures Ć©galement applicables en cas de coupure de courant due Ć  la chaleur) n’ ont eu aucun effet par rapport au contrĆ“le. En revanche, le groupe expĆ©rimental transpirait moins (buvait donc significativement moins et a dĆ©veloppĆ© une plus faible accĆ©lĆ©ration du pouls. Les diffĆ©rences (taille de l’ effet) Ć©taient toutefois trĆØs faibles et, selon les auteurs, cliniquement non pertinentes.

La surface corporelle Ć  refroidir Ć©tait probablement trop petite et la mĆ©thode n’ a pas eu d’ effet durable sur la convection de la tempĆ©rature Ć  la surface du corps.

JAMA 22023, doi:10.1001/jama.2023.24417, rƩdigƩ le 22.12.2023

Une fois de plus: on donne Ć  ceux qui ont

La revue scientifique „Science“, ou plus prĆ©cisĆ©ment l’ American Association of Sciences qui l’ édite, verse chaque annĆ©e 2,5 millions pour la percĆ©e scientifique de l’ annĆ©e. Cette annĆ©e, la percĆ©e rĆ©compensĆ©e est la classe des agonistes du rĆ©cepteur GLP-1 dans leur action de rĆ©duction du poids. Deux des entreprises impliquĆ©es sont devenues en l’ espace d’ un an les entreprises les plus prĆ©cieuses du monde, et les chercheurs et cliniciens qu’ elles ont typiquement soutenus financiĆØrement se portaient dĆ©jĆ  nettement mieux qu’ il y a un an avant la remise du prix …

Science 2023, https://www.science.org/boty2023 (vidƩo et/ou podcast), rƩdigƩ le 22.12.2023

Le clozapine : trop peu prescrit ?

Le clozapine a Ć©tĆ© autorisĆ© en 1988 pour le traitement de la psychose/schizophrĆ©nie et s’ est rĆ©vĆ©lĆ© particuliĆØrement efficace dans les formes ne rĆ©pondant pas aux autres traitements.

L’ absence d’ effets secondaires extrapyramidaux est Ć©galement importante, et pas seulement en cas de maladies neurodĆ©gĆ©nĆ©ratives (extrapyramidales) prĆ©existantes. Il y a des raisons de penser que le clozapine a Ć©tĆ© abandonnĆ© en raison de la crainte de neutropĆ©nies, raison pour laquelle le clozapine a Ć©tĆ© retirĆ© du marchĆ© temporairement. Ce sont surtout les contrĆ“les rĆ©guliers de l’ hĆ©mogramme, initialement hebdomadaires, qui constituent un impondĆ©rable pour les cabinets psychiatriques. Les donnĆ©es suivantes pourraient changer cela: Le taux d’ incidence hebdomadaire le plus Ć©levĆ© de nouvelles neutropĆ©nies sĆ©rieuses (< 1000/ul) Ć©tait de 0,128% aprĆØs 9 semaines, le temps mĆ©dian cumulĆ© jusqu’ à l’ arrĆŖt du clozapine Ć©tant de prĆØs de 18 semaines. Le taux d’ incidence des nouvelles neutropĆ©nies a ensuite diminuĆ© progressivement et n’ était plus que de 0,001% aprĆØs 2 ans. Les auteurs recommandent – de maniĆØre bien comprĆ©hensible – des contrĆ“les hebdomadaires de l’ hĆ©mogramme jusqu’ à 18 semaines aprĆØs le dĆ©but du traitement, puis une prolongation de l’ intervalle de contrĆ“le Ć  toutes les 4 semaines. 4 semaines et arrĆŖt des contrĆ“les aprĆØs 2 ans.

The Lancet Psychiatry 2023, doi.org/10.1016/S2215-0366(23)00343-7, rƩdigƩ le27.12.2023

Bon Ơ savoir Ʃgalement

Trouble anxieux concernant sa propre santƩ (hypocondrie) et pronostic

Dans votre cabinet, vous prenez presque certainement en charge des patients qui pensent souffrir d’ au moins une maladie organique ou/et qui surinterprĆØtent les symptĆ“mes physiques dans le sens d’ un scĆ©nario catastrophe. Selon une cohorte suĆ©doise de 4100 individus dits hypocondriaques, la mortalitĆ© (causes naturelles et non naturelles) a presque doublĆ© (+ 86 %) en 25 ans par rapport Ć  celle de 10 fois plus d’ individus (plus de 41 000) non hypocondriaques. Les causes de dĆ©cĆØs non naturels sont notamment les suicides (risque multipliĆ© par 4), ce qui est probablement un signe de souffrance subjective, peut-ĆŖtre mal acceptĆ©e par l’ entourage, et de co-morbiditĆ©s psychiatriques. La surmortalitĆ© naturelle, principalement due Ć  des maladies cardiovasculaires et pulmonaires, est plus difficile Ć  expliquer. Ce groupe de patients risque d’ être soumis Ć  un nombre nettement plus Ć©levĆ© d’ examens mĆ©dicaux, raison pour laquelle l’ interventionnisme mĆ©dical peut ĆŖtre considĆ©rĆ© comme une cause au moins partielle.

JAMA Psychiatry 2023, doi:10.1001/jamapsychiatry.2023.4744, redigƩ le 03.01.2024

BientƓt en application clinique?

Un espoir pour les individus atteints de glomƩrulonƩphrite Ơ IgA

Cette forme de glomĆ©rulonĆ©phrite est de loin la plus frĆ©quente des glomĆ©rulonĆ©phrites. L’ âge principal de manifestation se situe chez les adolescents et les jeunes adultes. Elle est devenue une cause trĆØs importante d’ insuffisance rĆ©nale chronique dans le monde entier. L’ hypertension, la protĆ©inurie et certains rĆ©sultats histologiques de la biopsie rĆ©nale sont des facteurs prĆ©dictifs nĆ©gatifs. Ceci est d’ autant plus vrai pour les patientes et les patients qui, malgrĆ© un traitement antiprotĆ©inurique et antihypertenseur symptomatique (inhibiteur de l’ ECA ou bloqueur des rĆ©cepteurs de l’ angiotensine ou antagoniste de l’ endothĆ©line), continuent Ć  prĆ©senter une protĆ©inurie > 1gr/24h. Cette population a alors Ć©tĆ© traitĆ©e avec un anticorps monoclonal (sibeprenlimab) contre une protĆ©ine rĆ©gulatrice de la formation des complexes immuns*. Avec une bonne tolĆ©rance, la protĆ©inurie de ces individus prĆ©traitĆ©s a encore Ć©tĆ© rĆ©duite de moitiĆ© aprĆØs 12 mois par rapport au placebo. Il s’ agit lĆ  de rĆ©sultats encourageants dans le traitement d’ une maladie qui reste frustrante pour les personnes concernĆ©es et les mĆ©decins traitants. Il reste Ć  savoir si la rĆ©duction de la protĆ©inurie aura un effet sur le ralentissement de la progression de l’ insuffisance rĆ©nale. Il sera Ć©galement intĆ©ressant de voir Ć  l’ avenir si les inhibiteurs du SGLT-2 peuvent Ć©galement exercer un effet protecteur important dans cette maladie.
*Les individus atteints de glomĆ©rulonĆ©phrite Ć  IgA produisent une molĆ©cule d’ IgA qui porte nettement moins de rĆ©sidus de sucre (galactose) sur elle. Cette molĆ©cule d’  IgA pauvre en galactose est immunogĆØne, c’ est-Ć -dire qu’ elle entraĆ®ne la formation d’ auto-anticorps puis de complexes immuns. Ceux-ci circulent, se dĆ©posent ensuite dans les glomĆ©rules et peuvent dĆ©clencher une glomĆ©rulonĆ©phrite. L’ anticorps monoclonal testĆ© inhibe l’ activation immunitaire qui conduit Ć  la formation de complexes immuns.

NEJM 2024, DOI : 10.1056/NEJMoa2305635 et DOI : 10.1056/. NEJMe2312300, rƩdigƩ le 04.01.2024

Pr Dr Reto Krapf

krapf@medinfo-verlag.ch

La ChondroĆÆtine: quelle efficacitĆ© dans l’ arthrose?

L’ arthrose est une affection frĆ©quente et invalidante chez le sujet Ć¢gĆ©. Sa prise en charge repose principalement sur des mesures hygiĆ©no-diĆ©tiques et non-pharmacologiques et peu d’ options thĆ©rapeutiques ont une balance risque/bĆ©nĆ©fique favorable dans cette population. La chondroĆÆtine est un anti-arthrosique d’ action lente largement utilisĆ© dans le traitement symptomatique de l’ arthrose. L’ efficacitĆ© de cette substance est controversĆ©e, avec toutefois un possible bĆ©nĆ©fice sur la diminution des douleurs arthrosiques et sur l’ amĆ©lioration de la qualitĆ© de vie qu’ il convient d’ évaluer au cas par cas.

Osteoarthritis is a frequent and disabling condition in older patients. Its management relies mainly on hygienic and dietary as well as non-pharmacological measures, and few therapeutic options have a favourable risk/benefit balance in this population. Chondroitin is a slow-acting anti-arthrosic widely used in the symptomatic treatment of osteoarthritis. The efficacy of this substance is controversial, although there may be a benefit in terms of reducing osteoarthritis pain and improving quality of life, which needs to be assessed on a case-by-case basis.
Key words: arthrose, chondroĆÆtine, traitement symptomatique, douleurs

L’ arthrose chez la personne Ć¢gĆ©e

L’ arthrose est une affection dĆ©gĆ©nĆ©rative des articulations qui provoque douleur, gonflement et raideur, affectant la capacitĆ© d’ une personne Ć  se dĆ©placer librement. Elle est plus courante au niveau des genoux, des hanches, de la colonne vertĆ©brale et des mains. De nombreux facteurs peuvent contribuer au dĆ©veloppement de l’ arthrose, notamment les antĆ©cĆ©dents de blessures articulaires ou de surutilisation des articulations, l’ âge avancĆ© et le surpoids. Les personnes Ć¢gĆ©es sont particuliĆØrement atteintes par cette maladie et les femmes plus que les hommes; en 2019, environ 528 millions de personnes dans le monde vivaient avec l’ arthrose, un chiffre en augmentation de 113 % par rapport Ć  1990 (1-2). La prĆ©valence de cette maladie chronique devrait continuer d’ augmenter en raison du vieillissement de la population, de l’ augmentation de l’ obĆ©sitĆ© et des traumatismes.

L’ arthrose est une maladie difficile Ć  traiter et il n’ existe que trĆØs peu d’ options thĆ©rapeutiques efficaces et sĆ»res. Ces traitements sont les anti-inflammatoires non-stĆ©roĆÆdiens (AINS) dĆ©conseillĆ©s chez les personnes Ć¢gĆ©es, le paracĆ©tamol peu efficace dans les cas d’ arthrose sĆ©vĆØre avec un risque de toxicitĆ© hĆ©patique, et les opiacĆ©s parfois utilisĆ©s pour le traitement de l’ arthrose sĆ©vĆØre qui comportent un risque iatrogĆ©nique marquĆ© dans cette population. PrĆ©sentĆ©e comme pouvant contribuer Ć  la diminution de la douleur articulaire et Ć  la rĆ©duction des limitations fonctionnelles, la chondroĆÆtine (sulfate de chondroĆÆtine) est largement rependue dans cette indication et de nombreux produits sont disponibles sur le marchĆ©. Mais quels sont les bĆ©nĆ©fices et les risques de cette substance?

La chondroĆÆtine: quelques aspects pharmacologiques

La chondroĆÆtine est un mucopolysaccharide, extrait purifiĆ© de tissus cartilagineux d’ origine animale. Elle est naturellement prĆ©sente dans tous les tissus conjonctifs et cartilagineux de notre organisme dont elle assure, entre autres, leur structure et leur Ć©lasticitĆ© en lien avec sa capacitĆ© marquĆ©e Ć  fixer l’ eau. La chondroĆÆtine fait partie de la classe des Anti-Arthrosiques Symptomatiques d’ Action Lente (AASAL) qui comprend Ć©galement les glucosamines, la diacerhĆ©ine et les insaponifiables (d’ avocat ou de soja). La chondroĆÆtine est disponible sur prescription mĆ©dicale, en OTC et comme complĆ©ment alimentaire. En Suisse, elle est inscrite dans la liste de spĆ©cialitĆ© et remboursĆ©e par l’ assurance de base.
L’ effet de la chondroĆÆtine dans les pathologies ostĆ©oarticulaires est attribuĆ© Ć  son activitĆ© inhibitrice de la synthĆØse de composĆ©s pro-inflammatoires et de prostaglandines et stimulatrice de la synthĆØse de protĆ©oglycanes. Par ailleurs, des Ć©tudes in vitro suggĆØrent une diminution de l’ activitĆ© catabolique des chondrocytes et la synthĆØse d’ enzymes protĆ©olytiques susceptibles d’ endommager la matrice cartilagineuse et de provoquer la mort des chondrocytes. En outre, elle joue un rĆ“le dans la formation de nouveaux os, cartilages et tendons, et maintient l’ intĆ©gritĆ© structurelle des tissus (3).

D’ un point de vue pharmacocinĆ©tique, la chondroĆÆtine est absorbĆ©e avec une biodisponibilitĆ© de 10 Ć  20%. Elle n’ est pas mĆ©tabolisĆ©e par les cytochromes P450, mais rapidement hydrolysĆ©e en mono-, oligo- et polysaccharides dans le foie, ce qui limite le risque d’ interaction mĆ©dicamenteuse. Elle s’ accumule dans les tissus articulaires, avec un Ć©tat d’ équilibre atteint aprĆØs 3-4 jours. Le dĆ©lai d’ action est retardĆ© et commence Ć  apparaĆ®tre au bout d’ un mois se confirmant Ć  2 mois et il faut environ 3-6 mois pour obtenir l’ effet maximal. La chondroĆÆtine a un effet rĆ©manent qui se poursuit jusqu’ à 2 mois aprĆØs l’ arrĆŖt du traitement s’ il a Ć©tĆ© pris au moins deux bimestres consĆ©cutifs (3-4).
La chondroĆÆtine est bien tolĆ©rĆ©e et ne semble pas prĆ©senter de problĆØmes de sĆ©curitĆ© majeurs. Toutefois, une rĆ©cente infovigilance du dispositif de nutrivigilance de l’ Agence nationale de sĆ©curitĆ© sanitaire de l’ alimentation franƧaise a mis en Ć©vidence un risque associĆ© Ć  la consommation de produits contenant de la chondroĆÆtine et/ou de la glucosamine. Les effets indĆ©sirables principaux reportĆ©s Ć©taient gastroentĆ©rologiques, hĆ©matologiques (purpura thrombopĆ©nique et perturbation de l’ INR), hĆ©patiques et dermatologiques (5). Les effets indĆ©sirables de type gastro-intestinaux peuvent ĆŖtre rĆ©duits en prenant le mĆ©dicament pendant le repas. Il convient de noter de rares cas d’ oedĆØmes et/ou de rĆ©tention hydrique chez des patients insuffisants rĆ©naux et cardiaques.

Quelles Ć©vidences d’ efficacitĆ©?

De nombreuses recherches ont Ć©valuĆ© l’ efficacitĆ© de la glucosamine et de la chondroĆÆtine, sĆ©parĆ©ment ou ensemble, dans le soulagement de la douleur et l’ amĆ©lioration de la fonction articulaire, dont les rĆ©sultats sont contradictoires. Les recommandations de Osteoarthritis Research Society International (OARSI) indiquent un bĆ©nĆ©fice incertain dans la rĆ©duction de la douleur de l’ arthrose du genou, sans effet sur la maladie (6). Un rapport d’ expert publiĆ© par la SociĆ©tĆ© Suisse de Rhumatologie justifie l’ utilisation de la chondroĆÆtine et/ou de la glucosamine en l’ absence d’ alternative mĆ©dicamenteuse avec un meilleur rapport bĆ©nĆ©fice/risque (7).
Une large mĆ©tanalyse Ć©valuant l’ efficacitĆ© de la chondroĆÆtine dans l’ ostĆ©oarthrose (majoritairement gonarthrose, plus rarement coxarthrose et arthrose de la main) rapporte un possible bĆ©nĆ©fice de cette molĆ©cule sur la base de 4962 participants traitĆ©s par chondroĆÆtine versus 4148 participants traitĆ©s par un placebo ou d’ autres comparateurs actifs (anti-inflammatoires non stĆ©roĆÆdiens, analgĆ©siques, opioĆÆdes, glucosamine ou d’ autres mĆ©dicaments Ć  base d’ herbes mĆ©dicinales) sur une durĆ©e de 1 mois Ć  3 ans (8). Les critĆØres d’ évaluation Ć©taient la douleur, la raideur et la fonction physique (Ć©chelle numĆ©rique/visuelle analogique ou WOMAC The Western Ontario and McMaster Universities Arthritis Index), l’ indice algo-fonctionnel de Lequesne (indice de douleur, fonction physique et qualitĆ© de vie) et la rĆ©duction de la largeur minimale de l’ espace articulaire (radiographie).
Les rĆ©sultats de cette mĆ©tanalyse suggĆØrent une douleur 10% infĆ©rieure (intervalle de confiance Ć  95 % (IC95%), 15% Ć  6%) chez les patients traitĆ©s par chondroĆÆtine jusqu’ à 6 mois vs. le comparateur avec un nombre nĆ©cessaire Ć  traiter de 5 (IC95% 3 Ć  8). Dans les essais basĆ©s > 6 mois de traitement, la diffĆ©rence Ć©tait non significative (9% IC95% de 18 % Ć  0 %). En se basant sur l’ échelle de WOMAC, une rĆ©duction de 20% de la douleur au genou a Ć©tĆ© obtenue par 53% des patients du groupe chondroĆÆtine contre 47% du groupe placebo, soit une diffĆ©rence de risque absolu de 6% (IC95% 1% Ć  11%). BasĆ© sur le critĆØre composite de Lequesne chez les patients traitĆ©s jusqu’ à 6 mois, la diffĆ©rence de risque absolu Ć©tait de 8% (IC95% 12 % Ć  5 %). Aucune diffĆ©rence statistiquement significative de fonctionnalitĆ© et de la plupart des autres mesures cliniques et radiographiques n’ a Ć©tĆ© observĆ©e. Cette mĆ©tanalyse n’ a pas rapportĆ© de diffĆ©rences statistiquement significatives dans le nombre d’ évĆ©nements indĆ©sirables, d’ abandons pour cause d’ évĆ©nements indĆ©sirables par rapport au placebo ou Ć  un contrĆ“le actif. Il est toutefois Ć  relever que les effets indĆ©sirables sĆ©rieux Ć©taient infĆ©rieurs dans le groupe chondroĆÆtine que dans les groupes des comparateurs. En 2018, les rĆ©sultats d’ une autre mĆ©tanalyse Ć©valuant l’ efficacitĆ© de la chondroĆÆtine vs placebo, seule ou en association, sur l’ ostĆ©oarthrite symptomatique du genou de patients traitĆ©s pendant au moins un mois confirment une diminution de 7.1 % (IC95 % 11,0 % Ć  3,42 %) de la douleur, sans diffĆ©rence significative sur l’ index WOMAC (-1,40 %; IC95 % -4,5 % Ć  1,71 %)(9).
En rĆ©sumĆ©, les Ć©tudes indiquent une lĆ©gĆØre rĆ©duction de la douleur Ć  court terme (< 6 mois) par la prise de chondroĆÆtine seule ou en association, ainsi qu’ une possible lĆ©gĆØre amĆ©lioration de la qualitĆ© de vie, ayant toutefois Ć  l’ esprit le faible niveau de preuves, le risque de biais Ć©levĆ© et la forte hĆ©tĆ©rogĆ©nĆ©itĆ© des Ć©tudes. L’ intĆ©rĆŖt thĆ©rapeutique de la chondroĆÆtine pourrait rĆ©sider dans la substitution aux AINS et permettre l’ économie de l’ utilisation chronique de ces derniers, Ć©vitant ainsi les complications liĆ©es Ć  leur emploi chez le patient Ć¢gĆ©, sans toutefois que cet intĆ©rĆŖt ait Ć©tĆ© dĆ©montrĆ© par des donnĆ©es probantes.

Prise en charge globale de l’ arthrose

La prise en charge de l’ arthrose repose avant tout sur des mesures hygiĆ©no-diĆ©tĆ©tiques, comprenant la perte de poids, des programmes d’ exercices pour soulager la douleur et augmenter les capacitĆ©s fonctionnelles, la kinĆ©sithĆ©rapie, le port d’ orthĆØses, et le recours aux cannes. Bien que l’ efficacitĆ© de la chondroĆÆtine soit controversĆ©e selon les critĆØres de l’ « evidenced-based medicine Ā», un bĆ©nĆ©fice fonctionnel et sur la douleur pourrait ĆŖtre perƧu chez certains patients. L’ effet thĆ©rapeutique se manifestant aprĆØs 1 Ć  2 mois de traitement, la chondroĆÆtine devrait ĆŖtre prescrite en cures longues de 2 Ć  6 mois pour maximiser l’ efficacitĆ© et interrompue si aucune amĆ©lioration symptomatique n’ était apparente dans les 6 mois (10).

Copyright Aerzteverlag medinfo AG

PreChantal Csajka

Centre de Recherche et d’ Innovation en Sciences Pharmaceutiques
cliniques Centre Hospitalier Universitaire et UniversitƩ de Lausanne
Suisse Rue du Bugnon 19
1011 Lausanne

Chantal.Csajka@chuv.ch

Sophia Hannou

Service de Pharmacie, Centre Hospitalier Universitaire Vaudois
et UniversitƩ de Lausanne, Lausanne

Pre Patrizia D’ Amelio

Service de gƩriatrie et rƩadaptation gƩriatrique CHUV
Ch. de Mont-Paisible 16
1011 Lausanne

Les auteurs n’ ont pas dĆ©clarĆ© de conflits d’ intĆ©rĆŖts en rapport avec cet article.

ā—† L’ arthrose est une maladie frĆ©quente et invalidante chez le patient Ć¢gĆ© et il n’ existe que trĆØs peu d’ options thĆ©rapeutiques efficaces et sĆ»res.
ā—† Le bĆ©nĆ©fice clinique de la chondroĆÆtine dans l’ arthrose, utilisĆ© seul ou en combinaison avec la glucosamine, reste controversĆ©, avec un effet faible principalement sur les douleurs.
ā—† Le bĆ©nĆ©fice du traitement apparait Ć  2 mois et une rƩƩvaluation de la balance risque/bĆ©nĆ©fice Ć  6 mois s’ impose pour Ć©viter la poursuite inutile du traitement.
ā—† L’ épargne en anti-inflammatoire non-stĆ©roĆÆdien n’ est en pratique pas confirmĆ© par des donnĆ©es probantes.

1. GBD 2019 Diseases and Injuries Collaborators. Global burden of 369 diseases and injuries in 204 countries and territories, 1990-2019: a systematic analysis for the Global Burden of Disease Study 2019. Lancet. 2020 Oct 17;396(10258):1204-1222.
2. Long H, Liu Q, Yin H, Diao N, Zhang Y, Lin J et al. Prevalence trends of site-specific osteoarthritis from 1990 to 2019: Findings from the global burden of disease study 2019. Arthritis Rheumatol 2022; 74(7): 1172-1183.
3. Henrotin Y, Mathy M, Sanchez C, Lambert C: Chondroitin sulfate in the treatment of osteoarthritis: from in vitro studies to clinical recommendations. Ther Adv Musculoskelet Dis. 2010 Dec;2(6):335-48.
4. Knox C, Wilson M, Klinger CM, et al. DrugBank 6.0: the DrugBank Knowledgebase for 2024. Nucleic Acids Res. 2024 Jan 5;52(D1):D1265-D1275.
5. Vidal. Compléments alimentaires à visée articulaire : la glucosamine et la chondroïtine sulfate potentiellement à risquehttps://www.vidal.fr/actualites/23171-complements-alimentaires-a-visee-articulaire-la-glucosamine-et-la-chondroitine-sulfate-potentiellement-a-risque.html [cité le 28.02.2024]
6. McAlindon T, Bannuru R, Sullivan M, Arden N, Berenbaum F, Bierma-Zeinstra S, Hawker Henrotin, G, Hunter D, Kawaguchi H, Kwoh K, Lohmander S, Rannou F Roos E, Underwood M. OARSI guidelines for the non-surgical management of knee Osteoarthritis. Osteoarthritis and Cartilage 22 (2014) 363e388
7. SociƩtƩ Suisse de Rhumatologie. https://www.rheuma-net.ch/fr/informations-d-experts [citƩ le 28.02.2024]
8. Singh JA, Noorbaloochi S, MacDonald R, Maxwell LJ. Chondroitin for osteoarthritis. Cochrane Database of Systematic Reviews 2015 Jan 28;1(1):CD005614.
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Douleurs arthrosiques et physiothƩrapie Mesures physiques

L’ arthrose entraĆ®ne des douleurs sĆ©vĆØres, affectant la mobilitĆ© et la qualitĆ© de vie, surtout chez les plus de 55 ans, en particulier les femmes. La physiothĆ©rapie, axĆ©e sur le dĆ©veloppement et la prĆ©servation des capacitĆ©s fonctionnelles, est cruciale pour la gestion de la douleur arthrosique. Cet article explore les interventions physiques proposĆ©es en physiothĆ©rapie dans le cadre des douleurs liĆ©es Ć  l’arthrose, mettant en Ć©vidence leur efficacitĆ©. La douleur est complexe et nĆ©cessite une approche individualisĆ©e. L’ exercice, incluant renforcement musculaire, endurance, souplesse et Ć©quilibre, offre des bĆ©nĆ©fices certains. Un programme structurĆ© adaptĆ© Ć  l’ individu peut maximiser ces effets. A l’inverse, massages et Ć©lectrostimulation ne sont pas recommandĆ©s. En conclusion, un mode de vie actif et des exercices adaptĆ©s jouent un rĆ“le crucial dans la gestion de la douleur et l’ amĆ©lioration de la qualitĆ© de vie des personnes atteintes d’ arthrose.

Osteoarthritis causes severe pain, impacting mobility and quality of life, especially in those over 55, particularly women. Physiotherapy, focused on developing and preserving functional capacities, is crucial for managing arthritic pain. This article explores physical interventions, highlighting their effectiveness. The complex nature of pain requires an individualized approach. Exercise, including muscle strengthening, endurance, flexibility, and balance, provides benefits. A structured program tailored to the individual can maximize these effects. However, massages and electrostimulation are not recommended. In conclusion, an active lifestyle and tailored exercises play a crucial role in managing pain and improving the quality of life for people with osteoarthritis.

Introduction

L’ arthrose est une affection dĆ©gĆ©nĆ©rative des articulations. Elle touche l’ ensemble des articulations, y compris les tissus qui l’ entourent. Elle apparaĆ®t le plus souvent aux genoux (85%), aux hanches, Ć  la colonne vertĆ©brale et aux mains (1). PrĆ©valente chez les personnes de plus de 55 ans (73%), elle touche davantage les femmes (60%) (1). L’ incidence de l’ arthrose du genou et de la hanche augmente constamment avec l’ âge pour les deux sexes, tandis que le risque d’ arthrose des mains atteint son pic autour de la mĆ©nopause chez les femmes (1).

Cette condition engendre des douleurs, des gonflements et des raideurs, entraĆ®nant une altĆ©ration de la capacitĆ© d’ une personne Ć  se dĆ©placer librement (1). Parmi les symptĆ“mes, la douleur est souvent perƧue comme le plus handicapant par les patients (2). L’ arthrose est invalidante et constitue une charge de santĆ© considĆ©rable et croissante, avec des rĆ©percussions significatives sur les individus concernĆ©s en termes de handicap et de qualitĆ© de vie (2). En raison des effets cumulĆ©s du vieillissement de la population mondiale, de l’ augmentation de l’ obĆ©sitĆ©, de la multiplication des blessures articulaires et de l’ inactivitĆ©, ce syndrome dĆ©jĆ  lourd prend une ampleur croissante (2).

La physiothƩrapie est une thƩrapie dƩlivrƩe par des physiothƩrapeutes Ơ des personnes et Ơ des populations pour dƩvelopper, prƩserver et restaurer un maximum de mouvements et de capacitƩs fonctionnelles tout au long de la vie. La physiothƩrapie est indiquƩe lorsque le mouvement et la fonction sont menacƩs, par exemple par le vieillissement, une ou plusieurs blessures, ou encore des douleurs et diverses pathologies. (3).
Si la physiothĆ©rapie est traditionnellement prescrite dans le cadre de l’ arthrose et de ses douleurs, les patients se voient rĆ©guliĆØrement proposer des traitements Ć  l’ efficacitĆ© discutable. Cet article abordera les diffĆ©rentes mesures physiques pratiquĆ©es dans ce cadre, et leur efficacitĆ©.

La douleur

La douleur liĆ©e Ć  l’ arthrose prĆ©sente une importante hĆ©tĆ©rogĆ©nĆ©itĆ©, variant d’ un individu Ć  l’ autre et Ć  diffĆ©rentes phases de la maladie. Cette complexitĆ© rend l’ évaluation de cette douleur particuliĆØrement dĆ©licate. Traditionnellement, la douleur est considĆ©rĆ©e comme nociceptive, rĆ©sultant d’ une charge anormale sur une articulation endommagĆ©e (4). Cependant, certains patients prĆ©sentent un composant inflammatoire dans leur expĆ©rience douloureuse. Des recherches rĆ©centes indiquent Ć©galement une prĆ©valence significative de la douleur neuropathique chez les personnes souffrant d’ arthrose du genou ou de la hanche, atteignant 23% (4). Contrairement Ć  la douleur nociceptive, dĆ©clenchĆ©e par des dommages rĆ©els aux tissus ou des stimuli potentiellement dommageables pour les tissus, la douleur neuropathique dĆ©coule des lĆ©sions du systĆØme nerveux lui-mĆŖme. Une meilleure comprĆ©hension de ces composants multifactoriels de la douleur liĆ©e Ć  l’ arthrose est essentielle pour une meilleure prise en charge (4).

La douleur liĆ©e Ć  l’ arthrose du genou est gĆ©nĆ©ralement intermittente et principalement liĆ©e au poids (mĆ©canique) (2). Souvent, la douleur intermittente est prĆ©visible, mais lorsqu’ elle devient plus intense, plus frĆ©quente ou imprĆ©visible, les patients la catĆ©gorisent plus souvent comme inacceptable. Le concept et la comprĆ©hension des crises, appelĆ©es „flare-ups“, Ć©voluent et sont dĆ©sormais considĆ©rĆ©s comme plus larges qu’ une simple exacerbation de la douleur (2). Contrairement aux idĆ©es reƧues, les images traditionnelles par rayons X et IRM montrent seulement des associations modĆ©rĆ©es entre l’ arthrose structurelle et la prĆ©sence de douleur chez les individus affectĆ©s (2).

Bien que l’ arthrose soit un dĆ©fi mĆ©dical important, un traitement modifiant la maladie n’ est pas encore disponible. Le traitement antalgique mĆ©dicamenteux (paracĆ©tamol et AINS) reste le traitement de prĆ©dilection de la douleur (2). Les infiltrations restent rĆ©servĆ©es aux Ć©checs mĆ©dicamenteux par voie orale (2). Il convient de noter que la chirurgie est envisagĆ©e en dernier recours, soulignant ainsi l’ importance d’ explorer des options moins invasives avant de recourir Ć  des interventions plus lourdes.

La PhysiothƩrapie

Le physiothĆ©rapeute dans la mise en place des mesures physiques doit absolument encourager le patient Ć  ne pas souffrir. Une Ć©valuation initiale complĆØte permettra au thĆ©rapeute d’ établir un programme pertinent et efficace (5). Ci-dessous, nous identifions les interventions qui sont fortement recommandĆ©es, celles qui sont considĆ©rĆ©es comme moyennement efficaces, ainsi que celles qui ne sont pas recommandĆ©es (Fig. 1). Cette classification se base sur les rĆ©sultats d’ études cliniques et les avancĆ©es scientifiques dans la prise en charge de l’ arthrose.

Les massages
La faible quantitĆ© de recherches menĆ©es sur la thĆ©rapie par massage pour l’ arthrose du genou suggĆØre qu’ elle pourrait avoir des bienfaits Ć  court terme pour soulager la douleur du genou. Mais d’une faƧon gĆ©nĆ©rale, ce type de traitement n’ est pas recommandĆ© (6).

Le chaud et le froid
Ces interventions incluent les sources de chaleur et de froid directes et les sources de chaleur indirectes comme la diathermie ou encore les ultrasons. La variation des mĆ©thodes de mise en œuvre de ces interventions dans les Ć©tudes publiĆ©es, et la courte durĆ©e des bienfaits ont conduit Ć  une recommandation conditionnelle (6).

La balnƩothƩrapie
La balnĆ©othĆ©rapie a Ć©tĆ© le nom donnĆ© Ć  la technique de baignade dans de l’ eau minĆ©rale Ć  des fins de santĆ© ; elle incluait Ć©galement des pratiques connexes telles que les enveloppements de boue. Bien que certaines Ć©tudes aient signalĆ© que ce type de balnĆ©othĆ©rapie pouvait rĆ©duire la douleur dans l’ arthrose, Le nombre des Ć©tudes de bonne qualitĆ© est trop limitĆ© pour parvenir Ć  des conclusions dĆ©finitives (7).

Toutefois, l’ exercice aquatique, qui implique la rĆ©alisation d’ exercices de renforcement musculaire et d’ endurance dans une piscine, a fait Ć©tat d’ avantages significatifs en termes de rĆ©duction de la douleur et d’ amĆ©lioration de la fonction (8). Il est Ć  noter que les exercices aquatiques prĆ©sentent moins d’ effets indĆ©sirables, tels que l’ inconfort, en comparaison avec le groupe d’ exercices effectuĆ©s sur terre (9). Cependant les amĆ©liorations de la douleur elle-mĆŖme semblent comparables entre les deux groupes (9).

Aide de marche / moyens auxiliaires
L’ utilisation de cannes est fortement recommandĆ©e pour les patients atteints d’ arthrose du genou et/ou de la hanche chez qui la maladie affecte suffisamment la dĆ©marche, la stabilitĆ© articulaire, ou provoque suffisamment de douleur pour justifier l’ utilisation d’ un dispositif d’ assistance (6). L’utilisation de genouillĆØres et/ou de talonnettes quant Ć  elle reste controversĆ©e (10).

L’ ActivitĆ© Physique (AP)
L’ exercice en gĆ©nĆ©ral a dĆ©montrĆ© son efficacitĆ© sur la douleur (10). Il pourrait avoir diffĆ©rents mĆ©canismes d’ action, outre l’ effet sur la douleur elle-mĆŖme, comme l’ amĆ©lioration de la fonction en gĆ©nĆ©ral, de la confiance, la diminution de la dĆ©pression et de l’ anxiĆ©tĆ© (11), l’ augmentation de l’ interaction sociale, l’ amĆ©lioration de la composition corporelle, ou encore l’ amĆ©lioration de la rĆ©cupĆ©ration du cartilage endommagĆ© (12). Les composantes essentielles de tout programme d’ activitĆ© physique comprennent des exercices visant Ć  amĆ©liorer la souplesse, la force et l’ endurance. Le tableau 1 prĆ©sente des recommandations de base selon la SociĆ©tĆ© AmĆ©ricaine de GĆ©riatrie (13).

Souplesse
Bien que les Ć©tirements (stretching) ne s’ attaquent pas directement aux causes sous-jacentes de l’ arthrose, ils peuvent procurer un certain soulagement de la douleur et de l’ inconfort associĆ©s Ć  la condition arthrosique. Des Ć©tirements doux peuvent aider Ć  soulager la tension musculaire et favoriser la dĆ©tente (10).

Renforcement musculaire
Les muscles jouent un rĆ“le important dans la biomĆ©canique articulaire car ils produisent le mouvement, absorbent les charges et assurent une stabilitĆ© articulaire dynamique. Cette implication dans le processus d’ adaptation et de dĆ©gĆ©nĆ©rescence articulaire liĆ© Ć  l’ arthrose met en Ć©vidence l’ importance de la fonction musculaire dans la prise en charge de cette pathologie (14).

Une approche ciblĆ©e est nĆ©cessaire dans l’ entraĆ®nement en force pour optimiser Ć  la fois la protection articulaire et la fonction musculaire dans le contexte de l’ arthrose. Il a Ć©tĆ© montrĆ© que l’ entraĆ®nement en force facilite le soulagement de la douleur et renforce la capacitĆ© d’ absorption des chocs des muscles des membres infĆ©rieurs lors de la marche (11). Ces muscles, lorsqu’ ils sont utilisĆ©s en chaĆ®ne et exercĆ©s de maniĆØre statique, peuvent agir globalement comme des „amortisseurs“ pour protĆ©ger une articulation lĆ©sĆ©e. ƀ titre d’ exemple, les triceps, les quadriceps, les ischio-jambiers, les fessiers, les abdominaux et les dorsaux contribuent Ć  la protection de la hanche. D’ autre part ces muscles sont importants pour la fonction et devraient ĆŖtre ciblĆ©s de maniĆØre particuliĆØre (15).

Endurance
L’ entraĆ®nement en endurance peut favoriser le mĆ©tabolisme des tissus adipeux, prĆ©venir l’ atrophie musculaire, accĆ©lĆ©rer la rĆ©cupĆ©ration du cartilage endommagĆ© et rĆ©duire la douleur (12). Le type d’ exercice en endurance peut ĆŖtre variĆ© et outre le renforcement spĆ©cifique, peut inclure des activitĆ©s plus globales telles que la marche, le vĆ©lo (intĆ©rĆŖt du travail sans la contrainte du poids corporel pour le genou et la hanche) ou l’ utilisation d’ un stepper assis, en fonction de ce qui est le plus confortable et rĆ©alisable pour le patient (15). Selon plusieurs essais cliniques, l’ entraĆ®nement en force et en endurance est Ć©galement recommandĆ© pour les patients atteints d’ arthrose du genou (9).

Equilibre
L’ entraĆ®nement Ć  l’ équilibre s’ est avĆ©rĆ© efficace pour l’ arthrose du genou en amĆ©liorant la mobilitĆ© et en rĆ©duisant la douleur ainsi que le risque de chutes. GĆ©nĆ©ralement ce travail est intĆ©grĆ© Ć  un programme d’ entrainement structurĆ© ; le lien direct entre ce travail et la douleur n’ est pas encore clairement Ć©tabli (6).

Exercices physiques structurƩs
Des programmes globaux ont montrĆ© des rĆ©sultats positifs dans le soulagement des symptĆ“mes de l’ arthrose, dont la douleur. Un exemple notable est le programme GLA:DĀ® (Good Life with osteoArthritis in Denmark), lancĆ© au Danemark en 2013 et en Suisse en 2019, et spĆ©cialement conƧu pour les personnes souffrant d’ arthrose au niveau des genoux ou des hanches (16). L’ objectif du programme GLA:DĀ® Suisse est de mettre en œuvre les recommandations internationales de bonnes pratiques, tout en assurant un contrĆ“le qualitĆ© rigoureux (17). Le programme combine sur plusieurs semaines des conseils, des instructions, et des exercices neuromusculaires.

D’ autre part, des sĆ©ances de marche, trois fois par semaine pendant 3 mois, accompagnĆ©es d’ un suivi d’ un programme de marche Ć  domicile sur une pĆ©riode de 15 mois, ont Ć©galement prĆ©sentĆ© des avantages significatifs en termes de soulagement de la douleur et d’ amĆ©lioration de la fonction (9).

La participation Ć  des activitĆ©s telles que le tai-chi, comparativement Ć  d’ autres exercices mixtes, semble offrir des amĆ©liorations plus significatives en matiĆØre de douleur liĆ©e Ć  l’ arthrose du genou. En effet, le tai-chi dĆ©montre la capacitĆ© d’ amĆ©liorer non seulement la douleur mais aussi la raideur, le renforcement musculaire et la fonction articulaire chez les individus souffrant d’ arthrose du genou (8). Bien que le qi gong et le yoga puissent prĆ©senter des avantages similaires, des recherches plus approfondies sont nĆ©cessaires pour explorer spĆ©cifiquement les bienfaits en termes de soulagement de la douleur (8, 15).

Pour obtenir des amĆ©liorations optimales des symptĆ“mes et de la fonction, l’ utilisation d’ un programme de sĆ©ances de traitement par l’ exercice, Ć  la fois individualisĆ©es et en groupe, supervisĆ©es par un praticien spĆ©cialisĆ© comme un physiothĆ©rapeute, suivies d’ un programme Ć  domicile, s’ avĆØre essentielle (15). Les programmes qui incluent aussi de l’ éducation thĆ©rapeutique, et/ou de l’ aide Ć  la perte de poids semblent Ć©galement efficaces dans la diminution de la douleur ainsi que l’ augmentation de la fonction pour l’ arthrose du genou et de la hanche (12, 18, 19).
Il n’ est pas rare que les patients ressentent une certaine gĆŖne au niveau de l’ articulation affectĆ©e pendant l’ exercice; c’ est normal et Ƨa ne signifie pas une dĆ©tĆ©rioration de leur maladie arthrosique. Le port de chaussures appropriĆ©es, un Ć©chauffement et un arrĆŖt progressif de l’activitĆ© adĆ©quats, une technique d’ exercice correcte et des augmentations progressives de la dose peuvent Ć©viter ou limiter ces symptĆ“mes (15). Des augmentations substantielles de la douleur et/ou du gonflement pendant ou aprĆØs l’ exercice et qui persistent pendant plusieurs heures, peuvent suggĆ©rer que des modifications du programme d’ exercices sont nĆ©cessaires.

L’ exercice est sĆ»r et bien tolĆ©rĆ© par la plupart des personnes atteintes d’ arthrose des membres infĆ©rieurs, mĆŖme Ć  un stade avancĆ©, et il y a peu de contre-indications Ć  l’ exercice rĆ©sultant de l’ arthrose en soi, bien que les comorbiditĆ©s doivent ĆŖtre prises en compte (15).

Copyright Aerzteverlag medinfo AG

PT MSc Debora Verbelen

Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV)
Av. de Beaumont 21 bis
1011 Lausanne

debora.verbelen@chuv.ch

PT DPT Lori Lovell-Rod

Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV)
Av. de Beaumont 21 bis
1011 Lausanne

michelle.lovell-rod@chuv.ch

PT PhD Laurence Vignaux

Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV)
Av. de Beaumont 21bis
1011 Lausanne

laurence.vignaux@chuv.ch

Les auteurs n’ ont pas dĆ©clarĆ© de conflits d’ intĆ©rĆŖts en rapport avec cet article.

ā—† Les mesures physiques de la physiothĆ©rapie efficaces sur la douleur liĆ©e Ć  l’arthrose se rĆ©sument essentiellement aux exercices physiques.
ā—† L’ approche multidimensionnelle, centrĆ©e sur des mesures physiques adaptĆ©es, permet d’ optimiser le potentiel de mouvement et de fonctionnalitĆ© tout au long de la vie. Les diffĆ©rentes interventions, qu’ il s’ agisse d’ exercices aquatiques, d’ entraĆ®nement en force, de marche rĆ©guliĆØre ou de proĀ­grammes structurĆ©s tels que GLA:DĀ®, dĆ©montrent des avantages signifiĀ­catifs en termes de soulagement de la douleur et d’ amĆ©lioration de la fonction.
ā—† L’ adoption d’ un mode de vie actif et la participation rĆ©guliĆØre Ć  des programmes d’ exercices adaptĆ©s peuvent vĆ©ritablement jouer un rĆ“le essentiel dans la gestion de la douleur et l’ amĆ©lioration de la qualitĆ© de vie des personnes touchĆ©es par l’ arthrose.
ā—† A cause de l’ hĆ©tĆ©rogĆ©nĆ©itĆ© de l’ arthrose, la thĆ©rapie par l’ exercice devrait essentiellement ĆŖtre individualisĆ©e et centrĆ©e sur le patient, sa maladie sa condition et ses objectifs.
ā—† La littĆ©rature est plus riche pour l’ arthrose du genou, puis de la hanche, selon la prĆ©valence plus grande ; nĆ©anmoins les douleurs d’ arthrose de la colonne vertĆ©brale rĆ©pondent bien aux exercices globaux. La littĆ©rature sur les mesures physiques et l’ arthrose des mains reste limitĆ©e.

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Les agonistes du GLP-1 dans le traitement de l’ obĆ©sitĆ© – disponibilitĆ© limitĆ©e rend la priorisation necessaire

La disponibilitĆ© des agonistes des rĆ©cepteurs du GLP-1 est actuellement limitĆ©e au niveau mondial et ne couvre pas les besoins. Comme ce groupe de mĆ©dicaments joue un rĆ“le particulier dans le traitement de l’ obĆ©sitĆ©, la question se pose actuellement de savoir quels patients devraient avoir accĆØs en prioritĆ© Ć  ces mĆ©dicaments. Les Ć©tudes actuelles, SELECT et STEP-HFpEF, portant sur l’ utilisation du semaglutide chez des patients prĆ©sentant des antĆ©cĆ©dents cardiovasculaires ou une insuffisance cardiaque avec fraction d’ éjection prĆ©servĆ©e, peuvent fournir des indications sur une prioritĆ© mĆ©dicalement justifiĆ©e. D’ autre part, la souffrance individuelle et le dĆ©sir de traitement chez les personnes souffrant d’ obĆ©sitĆ© ne correspondent pas toujours aux aspects mĆ©dicaux de l’ indication de traitement. Cela rend souvent la priorisation difficile pour les mĆ©decins traitants dans le quotidien clinique.

The availability of GLP-1 receptor agonists is currently limited worldwide and does not meet demand. As this group of drugs plays a special role in the treatment of obesity, the question currently arises as to which patients should be given priority access to these drugs. The current studies, SELECT and STEP-HFpEF, on the use of semaglutide in patients with pre-existing cardiovascular disease or heart failure with preserved ejection fraction may provide indications of medically justified prioritization. On the other hand, the individual level of suffering and desire for treatment in people with obesity does not always correlate with the medical aspects of the treatment indication. This often makes prioritization difficult for the treating physicians in everyday clinical practice.
Key Words: GLP-1 receptor agonists, obesity, limited availability

Nous disposons depuis quelques annĆ©es de l’agoniste du GLP-1 liraglutide sous la marque Saxenda pour le traitement de l’obĆ©sitĆ© et de la surcharge pondĆ©rale en cas de comorbiditĆ©s associĆ©es. En avril 2020, le mĆ©dicament a Ć©tĆ© inscrit sur la liste des spĆ©cialitĆ©s (LS) de l’ Office fĆ©dĆ©ral de la santĆ© publique (OFSP) et a Ć©tĆ© largement utilisĆ© par la suite. Comme nous l’ avons montrĆ© dans une Ć©tude rĆ©cemment publiĆ©e Ć  l’ échelle nationale, le traitement a Ć©tĆ© trĆØs efficace, mais l’ utilisation et le succĆØs ont Ć©tĆ© restreints par les limitations de la LS (1).

Nouveau WegovyĀ® au lieu de SaxendaĀ®

ƀ l’ avenir, SaxendaĀ® ne sera plus utilisĆ© en Suisse pour le traitement de l’ obĆ©sitĆ© chez l’ adulte, car la sociĆ©tĆ© de production Novo Nordisk a actuellement mis sur le marchĆ© un nouveau mĆ©dicament de la mĆŖme classe de substances actives appelĆ© WegovyĀ® (principe actif : sĆ©maglutide) avec la mĆŖme indication thĆ©rapeutique, qui est dĆ©sormais prioritaire en raison des capacitĆ©s de production limitĆ©es. Cette dĆ©cision semble comprĆ©hensible pour diffĆ©rentes raisons et justifiĆ©e sur le plan mĆ©dical. Tout d’ abord, le sĆ©maglutide est, en ce qui concerne la rĆ©duction de poids souhaitĆ©e nettement plus efficace que le liraglutide (2).

DeuxiĆØmement, on dispose pour la premiĆØre fois de donnĆ©es cardiovasculaires pour le traitement de l’ obĆ©sitĆ© et de surpoids avec complications mĆ©taboliques chez des personnes sans diabĆØte de type 2 (3, 4). TroisiĆØmement, le sĆ©maglutide, contrairement au liraglutide n’ est pas administrĆ© quotidiennement, mais seulement une fois par semaine par voie sous-cutanĆ©e, ce qui permet de rĆ©duire nettement la consommation de stylos injecteurs, rĆ©duisant ainsi l’impact environnemental et permettant l’utilisation plus judicieuse de stylos dont la production est limitĆ©e.

Indication et abus du semaglutide

L’ utilisation du semaglutide dans la pratique n’ est pas nouvelle, puisque la substance est disponible sous le nom commercial OzempicĀ® pour la forme injectable sous-cutanĆ©e et RybelsusĀ® pour la voie orale depuis quelques annĆ©es dĆ©jĆ  pour le traitement du diabĆØte de type 2. Tel que rapportĆ© dans les mĆ©dias ces derniers mois, ces mĆ©dicaments ont Ć©galement Ć©tĆ© utilisĆ©s dans le cadre d’ applications „off label“ chez des patients souffrant de surpoids et d’ obĆ©sitĆ© sans diabĆØte de type 2. Compte tenu des donnĆ©es scientifiques disponibles et du fait que le sĆ©maglutide est dĆ©jĆ  utilisĆ© depuis longtemps pour le traitement du surpoids et l’ obĆ©sitĆ©, cette utilisation off label peut ĆŖtre considĆ©rĆ©e comme justifiĆ©e dans certains cas. Cependant, il semble qu’ il y ait eu un abus Ć  plus grande Ć©chelle, car les indications mĆ©dicales ont Ć©tĆ© insuffisamment prises en compte et que la mĆ©dication a Ć©tĆ© administrĆ©e Ć  des personnes sans surpoids ou obĆ©sitĆ©, dans le seul but d’ optimiser subjectivement la forme corporelle. Cette Ć©volution a des consĆ©quences nĆ©gatives dramatiques pour les patients atteints de diabĆØte de type 2, car il est parfois impossible de se procurer du semaglutide en raison de l’ indisponibilitĆ© du produit. Il est important de souligner que tant les personnes atteintes de diabĆØte de type 2, mais aussi les personnes souffrant d’ obĆ©sitĆ© ou de surpoids avec des maladies secondaires associĆ©es sans diabĆØte de type 2 ont une claire indication Ć  traitement mĆ©dicamenteux spĆ©cifique, Ć©tant donnĆ© que toutes les maladies mentionnĆ©es s’ accompagnent d’ une forte augmentation de la mortalitĆ©. La disponibilitĆ© restreinte des mĆ©dicaments ne doit en aucun cas conduire Ć  ce que des groupes de patients individuels soient mis en opposition les uns contre les autres, Afin de garantir un approvisionnement suffisant pour toutes les groupes de patients Ć  l’ avenir, il est essentiel de prescrire strictement les mĆ©dicaments disponibles dans les indications donnĆ©es.

Quels mĆ©dicaments pour le diabĆØte de type 2, quels mĆ©dicaments pour l’ obĆ©sitĆ©?

L’ obĆ©sitĆ© est une maladie chronique qui s’ accompagne de nombreuses sĆ©quelles et d’ une forte diminution de l’ espĆ©rance et de la qualitĆ© de vie.
Les personnes souffrant d’ obĆ©sitĆ© ont donc droit Ć  un traitement adĆ©quat, basĆ© sur des preuves, comme les personnes atteintes de diabĆØte de type 2. Ainsi, il nous semble actuellement difficilement supportable, d’ un point de vue mĆ©dical et Ć©thique, de devoir nous concentrer formellement sur le traitement du diabĆØte de type 2 ou de l’ obĆ©sitĆ© chez certaines personnes, pour des raisons rĆ©glementaires de prise en charge des coĆ»ts, alors que les deux maladies concernent souvent la mĆŖme personne. Nous souhaitons nĆ©anmoins donner ici un aperƧu des substances actives autorisĆ©es, Ć  quel dosage et sous quel nom, pour le traitement du diabĆØte de type 2 et pour le traitement de l’ obĆ©sitĆ© ou du surpoids avec troubles associĆ©s. Le tirzĆ©patide („Mounjaro“), un bi-agoniste qui stimule non seulement le rĆ©cepteur GLP-1, mais aussi le rĆ©cepteur GIP, jouera probablement un rĆ“le important dans le traitement de toutes les maladies mentionnĆ©es dans un avenir proche, c’ est pourquoi nous l’ avons Ć©galement listĆ© dans le tableau 1. Pour plus de dĆ©tails sur l’ autorisation et le remboursement, nous vous renvoyons aux publications correspondantes de Swissmedic (5) et Ć  la liste des spĆ©cialitĆ©s (6) de l’ OFSP.

Le semaglutide – toujours en pĆ©nurie et contingentĆ©

Selon les informations fournies par le fabricant Novo Nordik, le sĆ©maglutide sous forme d’ injection sous-cutanĆ©e ne sera toujours disponible qu’ en quantitĆ© limitĆ©e. Durant les prochains mois, les investissements massifs rĆ©alisĆ©s actuellement dans l’ extension de nouvelles capacitĆ©s de production devraient certes permettre de remĆ©dier Ć  cette situation Ć  l’ avenir, mais cela prendra encore plusieurs annĆ©es avant qu’ un approvisionnement conforme aux besoins soit assurĆ©. Cela signifie que nous continuerons Ć  disposer de mĆ©dicaments en quantitĆ© limitĆ©e et que nous devrons Ć©tablir des prioritĆ©s. ConcrĆØtement, au cours des prochaines annĆ©es, nous devrons dĆ©cider quotidiennement quels patients seront traitĆ©s en prioritĆ© avec les mĆ©dicaments disponibles et quels patients devront attendre malgrĆ© le souhait de traitement et l’ indication mĆ©dicale existante. Il s’ agit lĆ  d’ un dĆ©fi particulier, que nous n’ avons que peu, voire pas du tout, connu en Suisse jusqu’ à prĆ©sent.

Le dƩfi de la priorisation

L’ obĆ©sitĆ© est une maladie chronique. Les interruptions du traitement mĆ©dicamenteux entraĆ®nent une reprise du poids corporel (2), ce qui reprĆ©sente une charge Ć©motionnelle importante pour les personnes concernĆ©es, mais a Ć©galement des consĆ©quences somatiques nĆ©gatives considĆ©rables. Pour nous, la prioritĆ© absolue est donc de pouvoir poursuivre les traitements existants. C’ est pourquoi nous proposons donc aux patient traitĆ©s par Saxenda jusqu’Ć  prĆ©sent ainsi qu’Ć  ceux traitĆ©s par sĆ©maglutide en utilisation Ā«off labelĀ» mais pour des raisons mĆ©dicales justifĆ©es, de changer pour le traitement de Wegovy. Il ne faut pas oublier de mentionner que la poursuite du traitement dĆ©pend malheureusement aussi des ressources financiĆØres des personnes concernĆ©es en raison de la prise en charge des coĆ»ts limitĆ©e dans le temps jusqu’ à prĆ©sent, car les traitements correspondants doivent ĆŖtre financĆ©s par les personnes elles-mĆŖmes sur le long terme. Contrairement Ć  d’ autres maladies telles que le diabĆØte de type 2 mellitus, l’ hypertension artĆ©rielle ou le cancer, les personnes atteintes de cette maladie doivent financer elles-mĆŖmes leur traitement. Le surpoids et l’ obĆ©sitĆ© sont Ć©galement des maladies neurobiologiques non imputables Ć  des facteurs polygĆ©niques (7), il s’ agit d’ une situation inacceptable qui doit ĆŖtre corrigĆ©e d’ urgence.

Nous pensons que la disponibilitĆ© future du sĆ©maglutide devrait s’ amĆ©liorer progressivement, de sorte que de plus en plus de nouveaux patients pourront en bĆ©nĆ©ficier. Aujourd’ hui dĆ©jĆ , les centres qualifiĆ©s connaissent de longs dĆ©lais d’ attente pour les personnes souhaitant ĆŖtre traitĆ©es sur la base d’ une indication mĆ©dicale claire. La question des prioritĆ©s se pose avec acuitĆ©, au plus tard en face de ces longs d’elais d’attente. Pour illustrer ce dilemme de maniĆØre tangible dans le quotidien clinique, nous dĆ©crivons deux patients rencontrĆ©s dans la pratique quotidienne (encadrĆ© 1). Qui traiteriez-vous en premier? La patiente qui souffre Ć©normĆ©ment et qui souhaite absolument un traitement? Ou plutĆ“t le patient qui ne souhaite pas vraiment de traitement et qu’il faudrait probablement encourager Ć  dĆ©buter un traitement?

Ɖtudes cardiovasculaires

Pour prendre de bonnes dĆ©cisions cliniques, il est important, mĆŖme si ce n’ est pas toujours suffisant, de connaĆ®tre les donnĆ©es scientifiques disponibles. L’ étude SELECT rĆ©cemment publiĆ©e (3) est particuliĆØrement pertinente dans le contexte de la priorisation de l’ utilisation du sĆ©maglutide. Cette Ć©tude a portĆ© sur des personnes ayant un IMC d’ au moins 27 kg/m2 et souffrant d’ une maladie cardiovasculaire (infarctus du myocarde survenu, accident vasculaire cĆ©rĆ©bral ou maladie artĆ©rielle pĆ©riphĆ©rique). Au total, 17604 personnes ont Ć©tĆ© randomisĆ©es 1:1 pour recevoir soit un placebo, soit 2,4 mg de sĆ©maglutide, 1 fois par semaine, s.c. Le critĆØre d’ évaluation primaire combinĆ© Ć©tait le dĆ©cĆØs d’ origine cardiovasculaire, l’ infarctus du myocarde non fatal ou l’ accident vasculaire cĆ©rĆ©bral non fatal (MACE Ć  3 pts). L’ étude s’ est terminĆ©e aprĆØs une durĆ©e moyenne de traitement de prĆØs de 40 mois, aprĆØs la survenue d’ un nombre prĆ©dĆ©fini (1’ 225) d’ évĆ©nements du critĆØre d’ évaluation primaire. Le rĆ©sultat a montrĆ© que le traitement par le sĆ©magutide a permis de rĆ©duire de 20% la survenue du critĆØre d’ évaluation primaire par rapport au traitement par placebo (placebo vs. sĆ©maglutide : 8,0% vs 6,55, hazard ratio 0,80 ; 95% intervalle de confidence 0. 72- 0.90; P<0.001). La rĆ©duction absolue du risque Ć©tait donc de 1.5%, ce qui signifie qu’ environ 67 personnes prĆ©sentant les caractĆ©ristiques cliniques correspondantes devraient ĆŖtre traitĆ©es par le sĆ©maglutide pendant 40 mois pour Ć©viter l’ un des critĆØres d’ évaluation primaires.
Une autre Ć©tude semble Ć©galement pertinente dans le cadre de la priorisation. Il s’ agit de l’ étude STEP-HFpEF, qui a inclus des personnes prĆ©sentant un IMC d’ au moins 30kg/m2 et une insuffisance cardiaque avec fraction d’ éjection prĆ©servĆ©e (FE >45%, NYHA II-IV) (4). 529 personnes ont Ć©tĆ© randomisĆ©es 1:1 pour recevoir soit 2,4mg de sĆ©maglutide par semaine, soit un placebo, et ont Ć©tĆ© traitĆ©es pendant 52 mois. Outre les effets sur le poids corporel, l’ amĆ©lioration de la symptomatologie et des fonctions physiques ont Ć©tĆ© dĆ©finies comme critĆØre d’ évaluation primaire. Les rĆ©sultats ont montrĆ© qu’ aprĆØs 20 semaines de traitement par le sĆ©maglutide, l’ amĆ©lioration des symptĆ“mes de l’ insuffisance cardiaque Ć©tait dĆ©jĆ  nettement plus importante que sous placebo et que la diffĆ©rence entre les groupes de traitement augmentait avec la durĆ©e du traitement. Lors d’ un test de marche de 6 minutes, la distance de marche s’ est allongĆ©e de 21,5 mĆØtres sous sĆ©maglutide, alors qu’ elle ne s’ est amĆ©liorĆ©e que de 1,2 mĆØtre sous placebo (diffĆ©rence de 20,3 mĆØtres ; intervalle de confiance Ć  95% : 8,6 -32,1 ; p<0,001).

Qui devrait maintenant être traité en priorité?

Revenons Ć  nos deux cas: il n’ est pas facile de dĆ©cider qui doit ĆŖtre traitĆ© en prioritĆ© par le sĆ©maglutide. La plupart d’ entre nous seront probablement enclins Ć  traiter en premier la patiente (cas 1) qui souffre beaucoup et qui a une forte envie de traitement. Cependant, cette patiente a une indication claire pour une chirurgie bariatrique, pour laquelle elle a Ć©tĆ© jugĆ©e apte en raison de son obĆ©sitĆ© marquĆ©e et de ses longues annĆ©es de tentative de perte de poids (8, 9). Dans ce contexte, il convient de rappeler une fois de plus les effets impressionnants de la chirurgie bariatrique sur la prolongation de la vie (10). BasĆ© sur les dates publiĆ©es, il est clair que le patient (cas 2) doit ĆŖtre traitĆ© prioritairement par le sĆ©maglutide.

Du point de vue de l’ économie de la santĆ©, cela pourrait avoir du sens, si l’ on considĆØre que chez le patient 2 il y a une chance de prĆ©venir un autre accident cardiovasculaire grave dans les annĆ©es Ć  venir, et donc d’ économiser les coĆ»ts du traitement correspondants. Dans une telle considĆ©ration mĆ©dicale, plutĆ“t thĆ©orique, on perd toutefois de vue la perspective des patients, qui devrait Ć©galement ĆŖtre prise en compte dans la prise des dĆ©cisions. En fin de compte, il n’ y aura pas de rĆ©ponse de principe Ć  la question de la priorisation. Il n’ y a pas de bonne ou de mauvaise rĆ©ponse, car chaque cas doit ĆŖtre examinĆ© individuellement. Les directives rĆ©glementaires, qui sont actuellement en cours d’ élaboration par les sociĆ©tĆ©s savantes suisses concernĆ©es peuvent aider les diffĆ©rents dĆ©cideurs dans cette situation et offrir un soutien pratique et un certain soulagement en ce qui concerne la responsabilitĆ© de la prise de dĆ©cision.

ƀ quoi ressemblera l’ avenir?

On peut s’ attendre Ć  ce que les pĆ©nuries et les retards de livraison soient surmontĆ©s. En outre, il y aura toute une sĆ©rie de nouvelles prĆ©parations avec des effets similaires, ce qui Ć©largira le choix et la disponibilitĆ© des mĆ©dicaments pour le traitement pharmacologique de l’ obĆ©sitĆ©, et amĆ©liorera encore la situation. En plus du mĆ©dicament dĆ©jĆ  mentionnĆ©, le tirazĆ©patide, des substances basĆ©es Ć©galement sur un effet GLP-1 et parfois d’ autres effets supplĆ©mentaires, sont actuellement en cours dans des programmes d’ études de phase 2 et de phase 3 (11, 12). MĆŖme si les rĆ©sultats de ces Ć©tudes doivent ĆŖtre attendues, on peut dĆ©jĆ  affirmer le grand espoir de voir s’ élargir la palette des options thĆ©rapeutiques pour le traitement pharmacologique de l’ obĆ©sitĆ© Ć  l’ avenir. Il convient de mentionner que de nouvelles substances Ć  base de peptides, aussi des „petites molĆ©cules“ qui peuvent ĆŖtre prises par voie orale sont Ć  l’ étude et pourraient ainsi ĆŖtre utilisĆ©es Ć  moindre coĆ»t (13). Si l’ on considĆØre le grand nombre de personnes qui pourraient bĆ©nĆ©ficier d’ un tel traitement, cela souligne l’ importance de l’ aspect des coĆ»ts, car il s’ agit en fin de compte de la possibilitĆ© de financer un traitement de longue durĆ©e pour une grande partie de la population. ƀ cet Ć©gard, la charge socio-Ć©conomique Ć©levĆ©e que reprĆ©sentent pour la sociĆ©tĆ© les nombreuses maladies consĆ©cutives Ć  l’ obĆ©sitĆ© extrĆŖmement coĆ»teuses, qui peuvent ĆŖtre Ć©vitĆ©es grĆ¢ce aux nouveaux mĆ©dicaments doivent ĆŖtre prises en compte. La dĆ©pendance d’ un traitement mĆ©dicamenteux efficace de l’ obĆ©sitĆ© des possibilitĆ©s financiĆØres aux ressources individuelles des personnes concernĆ©es est inacceptable, tant du point de vue mĆ©dical que d’ un point de vue social, car elle ne correspond pas Ć  notre exigence d’ une sociĆ©tĆ© socialement Ć©quitable. MĆŖme s’ il faut attendre les rĆ©sultats de ces Ć©tudes, on peut dĆ©jĆ  espĆ©rer que la palette des options thĆ©rapeutiques pour le traitement de l’ obĆ©sitĆ© s’ élargira.

Conclusion

La disponibilitĆ© limitĆ©e de mĆ©dicaments contre l’ obĆ©sitĆ© en gĆ©nĆ©ral et le sĆ©maglutide en particulier pose actuellement de nouveaux dĆ©fis importants qui nĆ©cessitent une priorisation inhabituelle. MĆŖme si le manque de disponibilitĆ© sera rĆ©solu dans quelques annĆ©es, les ressources financiĆØres limitĆ©es du systĆØme de santĆ© laissent craindre que dans le futur, des prioritĆ©s soient fixĆ©es pour certains traitements. Dans ce contexte, les expĆ©riences dans le domaine de l’ obĆ©sitĆ© que nous sommes en train d’ acquĆ©rir seront aussi prĆ©cieuses pour les processus dĆ©cisionnels mĆ©dicaux futures d’ économie de la santĆ©.

Plus d’informations sur ce sujet : https://www.smob.ch/fr/

Cet article est une traduction de Ā«der informierte arzt – die informierte ƤrztinĀ» 02_2024

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Pr Dr Bernd Schultes

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Bernd Schultes : Les honoraires de confĆ©rence et de conseil de Novo Nordisk et Eli Lilly, ainsi qu’ un soutien financier Ć  la recherche par Novo Nordisk. Gottfried Rudofsky :
honoraires de confĆ©renciers et honoraires de conseil de Novo Nordisk et Eli Lilly. Katharina Timper: honoraires de confĆ©rence et honoraires de conseil de Novo Nordisk, Eli Lilly, et Boehringer-Ingelheim, ainsi qu’ un soutien financier Ć  la recherche de la part de Novartis et Novo Nordisc.

1. Schultes B, Timper K, Cavadini G, Rüh J, Gerber PA. Weight loss and treatment patterns in a real-world population of adults receiving liraglutide 3.0 mg for weight management in routine clinical practice in Switzerland (ADDRESS study). Diabe¬tes Obes Metab. 2023 Dec 13;
2. Schultes B, Ernst B, Rudofsky G. Medikamentƶse Adipositastherapie – endlich Licht, jedoch auch Schatten. der informierte Arzt. 2023;(03):10–5.
3. Lincoff AM, Brown-Frandsen K, Colhoun HM, Deanfield J, Emerson SS, Esbjerg S, et al. Semaglutide and Cardiovascular Outcomes in Obesity without Diabetes. N Engl J Med. 2023 Dec 14;389(24):2221–32.
4. Kosiborod MN, AbildstrĆøm SZ, Borlaug BA, Butler J, Rasmussen S, Davies M, et al. Semaglutide in Patients with Heart Failure with Preserved Ejection Fraction and Obesity. N Engl J Med. 2023 Sep 21;389(12):1069–84.
5. Swissmedic 2019 Ā© Copyright. Swissmedic [Internet]. [cited 2023 Dec 19]. Available from: https://www.swissmedic.ch/swissmedic/de/home.html
6. SpezialitƤtenliste (SL) – Übersicht [Internet]. [cited 2023 Dec 19]. Available from: https://www.xn--spezialittenliste-yqb.ch/
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10. Syn NL, Cummings DE, Wang LZ, Lin DJ, Zhao JJ, Loh M, et al. Association of metabolic-bariatric surgery with long-term survival in adults with and without dia¬betes: a one-stage meta-analysis of matched cohort and prospective controlled studies with 174 772 participants. Lancet. 2021 May 15;397(10287):1830–41.
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12. Jastreboff AM, Kaplan LM, FrĆ­as JP, Wu Q, Du Y, Gurbuz S, et al. Triple-Hormone- Receptor Agonist Retatrutide for Obesity – A Phase 2 Trial. N Engl J Med. 2023 Aug 10;389(6):514–26.
13. Wharton S, Blevins T, Connery L, Rosenstock J, Raha S, Liu R, et al. Daily Oral GLP-1 Receptor Agonist Orforglipron for Adults with Obesity. N Engl J Med. 2023 Sep 7;389(10):877–88.

Fatigue et somnolence dans la pratique

Les troubles tels que « fatigue », « somnolence », besoin de sommeil prolongĆ© avec rĆ©veil difficile (hypersomnie) ou « épuisement » avec durĆ©e de rĆ©cupĆ©ration prolongĆ© doivent ĆŖtre dĆ©finis le mieux possible par des questions ciblĆ©es en raison des consĆ©quences thĆ©rapeutiques. En cas de fatigue ou de somnolence diurne, il convient d’  envisager Ć  temps une narcolepsie, en plus des causes frĆ©quentes telles que le manque de sommeil, l’  apnĆ©e du sommeil et la dĆ©pression. En rĆØgle gĆ©nĆ©rale, une vidĆ©o-polysomnographie est indispensable pour exclure les troubles respiratoires ou moteurs liĆ©s au sommeil. En cas de suspicion de narcolepsie ou d’  hypersomnie, elle doit ĆŖtre complĆ©tĆ©e par l’  actigraphie et un test de latence au sommeil (MSLT). Le mĆ©decin traitant doit informer chaque patient souffrant de somnolence diurne, dĆØs la premiĆØre consultation, de sa grande responsabilitĆ© au volant et, en cas de doute, l’  adresser Ć  un centre du sommeil pour un test de maintien de l’  éveil (TME).

Complaints such as «tiredness», «sleepiness», prolonged need for sleep with difficult awakening (hypersomnia) or «exhaustion» with prolonged recovery time must be defined as precisely as possible with targeted questions because of the therapeutic consequences. In the case of any tiredness or sleepiness, narcolepsy should be considered at an early stage in addition to the common causes such as sleep deficiency, sleep apnea and depression. As a rule, a video-polysomnography is necessary to exclude sleep-related breathing or movement disorders. If narcolepsy or hypersomnia is suspected, actigraphy and multiple sleep latency test (MSLT) should be added. The attending physician should inform every patient with daytime sleepiness already at the first consultation about his great responsibility at the wheel and refer the patient in case of doubt to a sleep center for a maintenance of wakefulness test (MWT).
Key Words: Hypersomnolence centrale, somnolence diurne, hypersomnie, narcolepsie, fatigue, syndrome de fatigue chronique

La « somnolence diurne », l’  « hypersomnie », la « fatigue » ou l’  « épuiĀ­sement » (fatigue) sont des symptĆ“mes frĆ©quents dans le cabinet de chaque mĆ©decin, qui nĆ©cessitent un diagnostic aussi prĆ©cis que possible avant qu’  une thĆ©rapie et des conseils ciblĆ©s ne soient possibles (1, 2, 3). Lors de l’  anamnĆØse, il convient tout d’  abord de clarifier autant que possible ce que le patient entend par ses troubles, mĆŖme s’  il faut ĆŖtre conscient que plusieurs troubles peuvent ĆŖtre prĆ©sents simultanĆ©ment.

Terminologie

Le terme « somnolence diurne » est utilisĆ© pour dĆ©signer l’  augmentation de la pression de sommeil pendant la journĆ©e avec des endormissements frĆ©quents dans des situations passives ou mĆŖme actives. Contrairement Ć  la fatigue, la somnolence s’  amĆ©liore lors d’  activitĆ©s physiques et gĆ©nĆ©ralement aussi aprĆØs une power-nap. Une somnolence diurne se traduit par un score Ć©levĆ© (>10/24 points) au questionnaire d’  Epworth (tab. 1) et peut ĆŖtre objectivĆ©e par une latence moyenne d’  endormissement raccourcie (< 10 minutes) au test de latence au sommeil (MSLT).

Le terme « hypersomnie » dĆ©signe un besoin de sommeil de >11 heures par 24 heures, gĆ©nĆ©ralement associĆ© Ć  un rĆ©veil difficile parce que le rĆ©veil n’  est pas entendu. La meilleure mĆ©thode pour quantifier l’  hypersomnie est la polysomnographie (PSG) « ad libitum », au cours de laquelle le patient peut faire la grasse matinĆ©e. Le terme « fatigue » est utilisĆ© pour dĆ©signer la sensation d’  un manque d’  énergie prononcĆ©, qui s’  accroĆ®t encore en cas d’  activitĆ© mentale ou physique. Le score de fatigue (4) (tab. 2) est nettement augmentĆ©, le score d’  Epworth peut Ć©galement ĆŖtre augmentĆ© ou normal. La latence Ć  l’  endormissement lors du test MSLT est cependant gĆ©nĆ©ralement normale (>10 minutes). Le lever matinal est Ć©galement souvent retardĆ©, non pas parce que le rĆ©veil n’  est pas entendu, mais parce que l’  énergie pour se lever manque aprĆØs le rĆ©veil (= clinophilie). Le terme « épuisement (fatigue) » dĆ©crit la baisse de performance au cours d’  un effort mental ou physique, gĆ©nĆ©ralement suivie d’  un temps de rĆ©cupĆ©ration fortement prolongĆ© (> 1 heure Ć  une journĆ©e entiĆØre) avec un fort dĆ©sir de repos mais pas forcĆ©ment de sommeil.

Les causes

En plus de l’  anamnĆØse dĆ©taillĆ©e, y compris l’  évolution longitudinale et les Ć©ventuels liens avec des maladies somatiques ou psychiatriques, et d’  un examen clinique, le mĆ©decin de famille effectuera Ć©galement quelques examens de laboratoire pour exclure des causes internes (tab. 3). La mise en Ć©vidence en laboratoire d’  une hypothyroĆÆdie, d’  une anĆ©mie ou d’  une carence en fer ne devrait toutefois que rarement constituer la seule explication d’  une fatigue chronique ou d’  une somnolence.

La frĆ©quente insuffisance de sommeil d’  origine sociale ou une hygiĆØne du sommeil dĆ©ficiente avec des heures de coucher et de lever variables et un rythme veille-sommeil dĆ©calĆ© doivent ĆŖtre exclus dans une pĆ©riode de test de quelques semaines avec un rythme rĆ©gulier et une durĆ©e de sommeil adaptĆ©e individuellement. Une insuffisance de sommeil d’  origine sociale d’  une heure par nuit par rapport au besoin de sommeil individuel peut dĆ©jĆ  entraĆ®ner une somnolence/fatigue diurne. Le dĆ©calage du rythme veille-sommeil, qui apparaĆ®t surtout Ć  l’  adolescence, se caractĆ©rise par l’  apparition simultanĆ©e d’  une insomnie d’  endormissement et d’  un rĆ©veil difficile, qui disparaĆ®t pendant les vacances lorsque le rythme est « libre ».

L’  étape suivante consiste Ć  dĆ©terminer, au moyen d’  une vidĆ©o-polysomnographie (PSG), les causes les plus frĆ©quentes du sommeil non rĆ©cupĆ©rable, telles que les troubles respiratoires et moteurs liĆ©s au sommeil et diverses parasomnies, y compris les crises d’  épilepsie pendant le sommeil (1). Dans le cas du syndrome d’  apnĆ©es obstructives du sommeil, la somnolence diurne ou la fatigue sont bien connues. En revanche, la relation de cause Ć  effet entre un indice Ć©levĆ© de mouvements pĆ©riodiques des jambes pendant le sommeil (PLMS) et une fatigue ne devrait pas ĆŖtre prĆ©sumĆ©e d’  emblĆ©e, tant qu’  un traitement probatoire des PLMS n’  a pas permis d’  amĆ©liorer la fatigue. Une fois que le sommeil non rĆ©cupĆ©rable a Ć©tĆ© exclu, il reste un petit groupe d’  « hypersomnolences centrales », dont font partie, outre la narcolepsie avec ou sans cataplexie, l’  hypersomnie idiopathique (HI) et l’  hypersomnie non organique. En raison des sĆ©quences thĆ©rapeutiques, ces causes doivent ĆŖtre distinguĆ©es et diffĆ©renciĆ©es du syndrome de fatigue chronique (SFC) (7). Le diagnostic est posĆ© sur la base des symptĆ“mes cliniques typiques (tab. 4A) et des rĆ©sultats des examens complĆ©mentaires de mĆ©decine du sommeil (tab. 4B).
On distingue la narcolepsie avec cataplexie (NC ; type 1) de la narcolepsie sans cataplexie (NSC; narcolepsie monosymptomatique ; type 2) (1, 2).

Il s’  agit d’  un trouble potentiellement invalidant de la « structure du sommeil et de l’  éveil », caractĆ©risĆ© par la pentade 1. attaques de sommeil, 2. pertes de tonus affectif (cataplexie ; type 1 uniquement), 3. hallucinations hypnagogiques, 4. paralysies du sommeil et 5. troubles de sommeil nocturne, y compris des rĆŖves perturbants. La maladie dĆ©bute souvent entre 15 et 25 ans, pendant l’  apprentissage ou l’  école, mais plus rarement bien plus tard. La plupart du temps, la somnolence diurne extrĆŖme apparaĆ®t en premier et les cataplexies souvent au cours des mois suivants, mais rarement des annĆ©es plus tard, voire jamais dans le cas du type 2. Des hallucinations hypnagogiques ou des paralysies du sommeil sont dĆ©crites par environ 60 % des patients, mais ne sont pas spĆ©cifiques pour la narcolepsie.

La somnolence diurne prononcĆ©e, souvent avec un score d’  Epworth > 15 points et/ou sous forme de crises d’  endormissement irrĆ©sistibles avec des actions automatiques dans le demi-sommeil, est pratiquement toujours la plainte principale. Les adultes font gĆ©nĆ©ralement Ć©tat d’  un rĆ©veil sans problĆØme le matin, voire d’  une insomnie de la nuit et d’  un sommeil diurne rĆ©cupĆ©rable. Les enfants et les adolescents indiquent plus souvent un besoin de sommeil prolongĆ© par 24 heures avec un rĆ©veil difficile et des siestes non rĆ©cupĆ©rables.

Le type 1 se caractĆ©rise par des crises de faiblesse (= cataplexie) de la musculature de la nuque, des paupiĆØres, de la mĆ¢choire infĆ©rieure ou une dysarthrie, dĆ©clenchĆ©es aprĆØs les premiĆØres secondes de l’  émotion. La faiblesse dans les genoux est frĆ©quente, mais moins spĆ©cifique de la narcolepsie. Pour un diagnostic clair, surtout pour la recherche, mais aussi en l’  absence de cataplexie classique, un taux d’  hypocrĆ©tine fortement rĆ©duit dans le liquide cĆ©phalorachidien (LCR) est diagnostique en cas d’  une NC.

La cause de la narcolepsie est supposĆ©e ĆŖtre une rĆ©action auto-immune avec une production d’  hypocrĆ©tine largement absente dans l’  hypothalamus latĆ©ral, ce qui se produit chez les personnes gĆ©nĆ©tiquement prĆ©disposĆ©es avec un HLA DQB1*0602 positif, spontanĆ©ment ou aprĆØs certaines influences exogĆØnes comme par exemple une infection streptococcique ou virale et trĆØs rarement aprĆØs une vaccination (6).

  • L’  hypersomnie idiopathique se caractĆ©rise par une augmentation du besoin de sommeil de plus de 2 heures par rapport au passĆ© ou Ć  une valeur > 11 heures par jour. Typiquement, ces patients prĆ©sentent un rĆ©veil difficile et des siestes diurnes non rĆ©cupĆ©rables, ce qui doit Ć©galement ĆŖtre pris en compte dans la thĆ©rapie comportementale, car une prolongation supplĆ©mentaire de la durĆ©e du sommeil n’  entraĆ®ne pas d’  amĆ©lioration de la vigilance diurne.
  • L’  hypersomnie non organique s’  observe souvent dans le cadre d’  une dĆ©pression partiellement rĆ©mittente et peut ĆŖtre suspectĆ©e par le dĆ©but et l’  évolution parallĆØle des symptĆ“mes affectifs

ThƩrapie et conseil

Le traitement est axĆ© sur les symptĆ“mes et se compose de mesures non mĆ©dicamenteuses et mĆ©dicamenteuses (tab. 5), dans le but de rĆ©ussir l’  école ou l’  apprentissage et de permettre l’  exercice de la profession apprise. Pour lutter contre la somnolence diurne, on associe des pauses de sommeil fixes pendant la journĆ©e Ć  des stimulants comme le ModasomilĀ®, la RitalineĀ® ou, « off label », le WakixĀ®, le SunosiĀ® ou les amphĆ©tamines. Pour le traitement des cataplexies, XyremĀ® est aujourd’  hui considĆ©rĆ© comme un mĆ©dicament de premier choix, qui a en mĆŖme temps un effet positif sur le sommeil nocturne souvent fragmentĆ© et qui, de maniĆØre intĆ©ressante, peut Ć©galement attĆ©nuer les difficultĆ©s de rĆ©veil le matin en cas d’  hypersomnie idiopathique (8). En cas de causes non organiques et surtout en cas de syndrome de fatigue chronique, le traitement de premier choix consiste en un programme d’  entraĆ®nement progressif dans le cadre d’  une thĆ©rapie comportementale, soutenu par des antidĆ©presseurs activateurs (WellbutrinĀ®, VenlafaxineĀ®).

Le conseil porte sur le choix d’  une profession, les possibilitĆ©s de compensation des dĆ©savantages Ć  l’ école et en apprentissage, le planning familial, l’  aptitude Ć  la conduite et, selon les activitĆ©s, sur d’  autres domaines de la vie, une Ć©troite collaboration entre le patient, le mĆ©decin de famille, le spĆ©cialiste du sommeil et, selon la situation, les employeurs et les psychologues Ć©tant un grand avantage (tab. 6). L’  association de patients (www.narcolepsy.ch) offre la possibilitĆ© d’  un accompagnement par d’  autres personnes concernĆ©es qui ont dĆ©jĆ  fait l’  expĆ©rience de stratĆ©gies d’  adaptation (systĆØme de pairs).

Cet article est une traduction de « der informierte arzt  – die informierte ƤrztinĀ» 10_2022

Copyright Aerzteverlag medinfo AG

Pr Johannes Mathis

Consultation de mƩdecine du sommeil,
Neurozentrum Bern
SchƤnzlistrasse 45
3013 Berne

johannes.mathis@hin.ch

L’ auteur n’ a pas dĆ©clarĆ© de conflits d’ intĆ©rĆŖts en rapport avec cet article.

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3. Stadje R, Dornieden K, Baum E, et.al. The differentil diagnois of tiredness:
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4. Bloch KE, Schoch OD, Zhang JN, Russi EW. German version of the Epworth Sleepiness Scale. Respiration 1999; 66(5):440-447.
5. Krupp LB, LaRocca NG, Muir-Nash J, Steinberg AD. The fatigue severity scale. Application to patients with multiple sclerosis and systemic lupus erythematosus. Arch Neurol. 1989;46:1121–3.
6. J. Mathis, S. Strozzi. Narkolepsie, eine Folge der H1N1-Grippeimpfung? Schweiz. Med. Forum 2012; 12: 8-10
7. Mathis J. Narkolepsie und andere «Zentrale Hypersomnolenzen». Praxis 107: 1161-1167 (2018)
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9. Mathis J, Seeger R, Ewert U. Excessive daytime sleepiness, crashes and driving capability. Schweizer Archiv für Neurologie und Psychiatrie 2003; 154:329-338.
10. Mathis J, Kohler M, Hemmeter U-M, Seeger R. Fahreignung bei TagesschlƤfrigkeit: Empfehlungen für Ƅrzte und akkreditierte Zentren für Schlafmedizin. Swiss Med Forum 2017; 17: 442-447 oder www.swiss-sleep.ch/driving