La sclĆ©rose en plaques est la maladie du SNC Ć mĆ©diation auto-immune la plus frĆ©quente et touche surtout les jeunes femmes. Elle se caractĆ©rise par une Ć©volution par poussĆ©es. Les poussĆ©es peuvent se manifester de maniĆØre variable, les premiers symptĆ“mes frĆ©quents Ć©tant une nĆ©vrite optique ou des troubles de la sensibilitĆ©. L’IRM du neuroaxe rĆ©vĆØle des lĆ©sions dĆ©myĆ©linisantes rĆ©parties en foyers, qui constituent un corollaire Ć l’imagerie morphologique. Outre le traitement aigu en cas de poussĆ©e, il existe aujourd’hui de nombreuses prĆ©parations modifiant l’Ć©volution de la maladie, qui permettent d’influencer de maniĆØre significative le cours de la maladie.
Multiple sclerosis is the most common autoimmune-mediated CNS disease and primarily affects young women. A relapsing-remitting course of the disease is characteristic. Relapse symptoms are highly variable, common initial symptoms are optic neuritis or sensory disturbances. Focally distributed demyelinating lesions are typical findings in the MRI of the neuroaxis. In addition to acute treatment options in case of a relapse, numerous disease-modifying drugs with significant impact on disease progression have become available.
Key Words: Multiple sclerosis, McDonald criteria, immune modulation
Vignette de cas
Une Ć©tudiante en psychologie de 24 ans se prĆ©sente Ć votre cabinet de mĆ©decine gĆ©nĆ©rale en raison d’une maladresse de la main droite qui dure depuis environ trois semaines. Au dĆ©but, elle ne l’a remarquĆ©e que lorsqu’elle jouait au piano, mais la semaine derniĆØre, un verre lui a presque glissĆ© des mains Ć deux reprises, si bien qu’elle s’inquiĆØte de plus en plus. Au contact, elle dĆ©crit une sensation de fourrure modifiĆ©e dans la main. Quelles sont les mesures que vous prenez et quelle pourrait ĆŖtre la cause de ces symptĆ“mes?
Les gƩnƩralitƩs
La sclĆ©rose en plaques (SEP) est l’une des maladies auto-immunes les plus frĆ©quentes chez les jeunes et la plus frĆ©quente des maladies inflammatoires chroniques du SNC Ć mĆ©diation auto-immune. Rien qu’en Suisse, environ 15 000 personnes sont touchĆ©es (1). La maladie se caractĆ©rise par une Ć©volution gĆ©nĆ©ralement par poussĆ©es et un schĆ©ma lĆ©sionnel en forme de foyer Ć l’imagerie par rĆ©sonance magnĆ©tique. La sclĆ©rose en plaques est plus frĆ©quente chez les femmes que chez les hommes (sex-ratio 3:1). Dans 80% des cas, elle se manifeste pour la premiĆØre fois chez le jeune adulte, entre 20 et 40 ans (2). L’Ć©tiologie n’est qu’incomplĆØtement comprise Ć ce jour. Outre l’autorĆ©activitĆ© immunologique, une prĆ©disposition gĆ©nĆ©tique ainsi que des facteurs environnementaux (carence en vitamine D, obĆ©sitĆ©, tabagisme) sont discutĆ©s en cas d’accumulation familiale. Une infection par le virus d’Epstein Barr peut augmenter considĆ©rablement le risque de dĆ©velopper une SEP. D’un point de vue physiopathologique, la dĆ©myĆ©linisation inflammatoire des fibres nerveuses est la premiĆØre cause de dommages axonaux secondaires.
La clinique
Le tableau clinique est trĆØs variable, en fonction de la localisation de la lĆ©sion. Les premiers symptĆ“mes typiques de la poussĆ©e, qui doivent faire penser Ć une sclĆ©rose en plaques dans le cadre du diagnostic diffĆ©rentiel, sont une dĆ©tĆ©rioration unilatĆ©rale de l’acuitĆ© visuelle, le plus souvent dans le sens d’un trouble de la vision des couleurs accompagnĆ© d’une douleur des mouvements oculaires dans le cadre d’une nĆ©vrite optique, et des dĆ©ficits sensitifs ou moteurs (unilatĆ©raux ou en tant que symptĆ“mes transversaux) avec ou sans troubles de la fonction vĆ©sicale. Les troubles de la sensibilitĆ© se manifestent souvent sous forme de paresthĆ©sies ou de dysesthĆ©sies sous forme de fourrure, de fourmillements, de sensation de ceinture ou de corset avec une rĆ©partition asymĆ©trique et plutĆ“t distale. En outre, des troubles de l’Ć©quilibre et de la coordination, une vision double et des vertiges sont frĆ©quents comme corrĆ©lats d’une atteinte du tronc cĆ©rĆ©bral. Une poussĆ©e est dĆ©finie comme un symptĆ“me nouvellement apparu qui ne peut pas ĆŖtre expliquĆ© dans le cadre d’une infection ou d’une augmentation de la tempĆ©rature corporelle, appelĆ© phĆ©nomĆØne d’Uhthoff. La durĆ©e minimale est de 24 heures et un intervalle minimum de 30 jours est appliquĆ© par rapport au dernier Ć©vĆ©nement de poussĆ©e. Contrairement Ć d’autres diagnostics diffĆ©rentiels neurologiques (accident vasculaire cĆ©rĆ©bral, crise d’Ć©pilepsie), les symptĆ“mes s’installent gĆ©nĆ©ralement lentement, sur plusieurs heures ou jours. L’intensitĆ© est Ć©galement trĆØs variable. Elle va de troubles discrets de la motricitĆ© fine, comme dans le cas dĆ©crit dans lāintroduction, que les patients perƧoivent comme de la maladresse, des hypesthĆ©sies ou des paresthĆ©sies Ć type de fourmillements, jusqu’Ć un syndrome transversal sensitif ou moteur. Souvent, les poussĆ©es durent de quelques jours Ć plusieurs semaines et rĆ©gressent spontanĆ©ment, bien que cette rĆ©gression puisse rester incomplĆØte. ParallĆØlement, on observe dans environ 50% des cas une symptomatologie de fatigue dĆØs le dĆ©but de la maladie, qui entraĆ®ne presque toujours une rĆ©duction considĆ©rable de la qualitĆ© de vie des personnes concernĆ©es au cours de la maladie (2). Les rĆ©sultats des recherches actuelles indiquent de plus en plus qu’il existe des parallĆØles et des recoupements importants dans la physiopathologie.
L’examen clinique rĆ©vĆØle souvent une augmentation du niveau des rĆ©flexes, des rĆ©flexes cutanĆ©s abdominaux prĆ©coces et un signe de Lhermitte positif (dysesthĆ©sie semblable Ć un choc Ć©lectrique le long de la colonne vertĆ©brale lors des mouvements de la tĆŖte). En cas d’atteinte cĆ©rĆ©belleuse, on peut observer un nystagmus, un tremblement d’intention dans l’Ć©preuve doigt-nez ainsi qu’une ataxie de la marche. L'“Expanded Disability Status Scale“ (EDSS) sert d’instrument pour l’Ć©valuation standardisĆ©e des fonctions cliniques chez les patients atteints de SEP.
Le diagnostic
Selon les critères McDonald actuellement en vigueur, la dissémination temporelle et locale doit être remplie pour établir le diagnostic.
Pour la dissĆ©mination locale, l’IRM doit montrer des lĆ©sions dans au moins deux des quatre rĆ©gions typiques de la SEP. En cas de poussĆ©e d’une autre localisation, une lĆ©sion typique de la SEP suffit. La dissĆ©mination temporelle est assurĆ©e en prĆ©sence d’au moins deux lĆ©sions d’Ć¢ges diffĆ©rents (par exemple, prĆ©sence simultanĆ©e de lĆ©sions enrichies en produit de contraste et de lĆ©sions non enrichies), en prĆ©sence d’un deuxiĆØme Ć©vĆ©nement de poussĆ©e (antĆ©rieur ou postĆ©rieur) ou en cas de dĆ©tection de bandes oligoclonales spĆ©cifiques du liquide (pour plus de dĆ©tails, voir la publication originale de Thompson et al., 2018) (3).
Dans un premier temps, après une anamnèse détaillée et un examen clinique neurologique, il convient, si la suspicion persiste, de procéder à une IRM avec produit de contraste du crâne ou, selon les symptÓmes, de la moelle épinière, en posant la question des modifications inflammatoires chroniques. Les quatre localisations classiques des lésions de SEP, généralement ovales, aux limites relativement nettes, puis confluentes, sont juxtacorticales, périventriculaires, infratentorielles et spinales (voir figure 1). Les lésions inflammatoires actives se distinguent par leur prise de contraste (4).
AprĆØs avoir Ć©tĆ© adressĆ© au neurologue, un diagnostic sanguin et un diagnostic du liquide cĆ©phalorachidien sont complĆ©tĆ©s dans le cadre du diagnostic diffĆ©rentiel. Une plĆ©iocytose lĆ©gĆØre Ć modĆ©rĆ©e ainsi qu’une synthĆØse intrathĆ©cale d’immunoglobulines avec mise en Ć©vidence de bandes oligoclonales sont typiques. En fin de compte, la SEP est un diagnostic d’exclusion. Les diagnostics diffĆ©rentiels pertinents qui doivent ĆŖtre dĆ©limitĆ©s sont, entre autres, la maladie du spectre de la neuromyĆ©lite optique et les maladies associĆ©es aux anticorps MOG, les infections du SNC comme la neuroborrĆ©liose ou le neurolues et une carence en vitamine B12. Dans de rares cas, des maladies rhumatologiques impliquant le SNC, telles que les vascularites, la sarcoĆÆdose ou la maladie de Behcet, peuvent Ć©galement provoquer un tableau similaire (5).
Les caractƩristiques de base de la thƩrapie
En cas de survenue d’un Ć©pisode de poussĆ©e invalidant, un traitement anti-inflammatoire peut ĆŖtre mis en place. On utilise classiquement des stĆ©roĆÆdes Ć haute dose (par ex. 1g de mĆ©thylprednisolone p.o./i.v. pendant 3 Ć 5 jours). Auparavant, il convient d’exclure une infection et, le cas Ć©chĆ©ant, une grossesse ; selon le profil de risque, il faut penser Ć une protection gastrique et Ć une prophylaxie des thromboses pendant le traitement de la poussĆ©e. En cas de rĆ©gression insuffisante des symptĆ“mes, une plasmaphĆ©rĆØse ou une immunoadsorption peuvent ĆŖtre Ć©valuĆ©es en tant que procĆ©dure de rĆ©serve.
Pour prĆ©venir les poussĆ©es, de nombreuses prĆ©parations modifiant l’Ć©volution de la maladie sont dĆ©sormais disponibles et permettent d’influencer considĆ©rablement le cours de la maladie. Il est dĆ©sormais clair qu’un dĆ©but de traitement prĆ©coce a un effet plus favorable sur l’Ć©volution de la maladie qu’un dĆ©but de traitement retardĆ© („hit hard and early“) (6)(7).
Les mĆ©dicaments autorisĆ©s sont classĆ©s en trois catĆ©gories par ordre croissant d’efficacitĆ©. Le choix du traitement se fait d’une part en fonction de l’activitĆ© prĆ©sumĆ©e de la maladie sur la base de la clinique et de l’imagerie, et d’autre part en fonction de facteurs personnels (en particulier le dĆ©sir d’enfant ou la grossesse). Outre les prĆ©parations Ć base d’interfĆ©ron Ć©tablies depuis les annĆ©es 1990, la catĆ©gorie 1 comprend notamment le fumarate de dimĆ©thyle et le tĆ©riflunomide. Les modulateurs du rĆ©cepteur de la sphingosine-1-phosphate les plus rĆ©cents (par ex. le fingolimod) sont attribuĆ©s Ć la catĆ©gorie 2. Les substances de la catĆ©gorie 3 sont le natalizumab, un inhibiteur de l’intĆ©grine alpha4 qui inhibe la migration des lymphocytes T Ć travers la barriĆØre hĆ©mato-encĆ©phalique, et les anticorps monoclonaux anti-CD20, qui provoquent une dĆ©plĆ©tion des cellules B.
Le pronostic des personnes atteintes s’est nettement amĆ©liorĆ© au cours des derniĆØres dĆ©cennies grĆ¢ce Ć la disponibilitĆ© des prĆ©parations modulant la maladie, de sorte que l’on peut aujourd’hui s’attendre Ć une espĆ©rance de vie non compromise au moment du diagnostic. Un dĆ©but prĆ©coce et monosymptomatique de la maladie avec une rĆ©gression complĆØte des symptĆ“mes de poussĆ©e s’est avĆ©rĆ© ĆŖtre un facteur pronostique favorable (7). En complĆ©ment, des mesures thĆ©rapeutiques non mĆ©dicamenteuses, par exemple la physiothĆ©rapie et l’ergothĆ©rapie, ainsi que des stratĆ©gies thĆ©rapeutiques de soutien pour le contrĆ“le des symptĆ“mes sont essentiels et nĆ©cessitent une prise en charge interdisciplinaire Ć©troite.
Lāāāauteur a publiĆ© cet article en allemand dans Ā«āder informierte arztā – die informierte ƤrztinĀ» 12_2023, la traduction en franƧais a Ć©tĆ© rĆ©alisĆ©e par les Ć©diteurs. Lāāauteur nāāassume aucune responsabilitĆ© pour les modifications dues Ć une traduction.
Copyright Aerzteverlag medinfo AG
MƩdecin-chef, Clinique de neurologie
HƓpital universitaire de Zurich
Frauenklinikstrasse 26
8091 Zurich
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Les auteurs n’ont pas dĆ©clarĆ© de conflits d’intĆ©rĆŖts en rapport avec cet article.
1. Schweizerische Multiple Sklerose Gesellschaft [Internet]. 2023 [cited 2023 Oct 26]. Available from: https://www.multiplesklerose.ch/de/
2. McGinley MP, Goldschmidt CH, Rae-Grant AD. Diagnosis and Treatment of Multip¬le Sclerosis: A Review. JAMA. 2021 Feb 23;325(8):765ā79.
3. Thompson AJ, Banwell BL, Barkhof F, Carroll WM, Coetzee T, Comi G, et al. Diagnosis of multiple sclerosis: 2017 revisions of the McDonald criteria. Lancet Neurol. 2018 Feb;17(2):162ā73.
4. Filippi M, Rocca MA, Ciccarelli O, De Stefano N, Evangelou N, Kappos L, et al. MRI criteria for the diagnosis of multiple sclerosis: MAGNIMS consensus guidelines. Lancet Neurol. 2016 Mar;15(3):292ā303.
5. DGN One | Leitlinie Details [Internet]. [cited 2023 Oct 26]. Available from: htrum-erkrankungen-und-mog-igg-assoziierten-erkrankungen
6. Amato MP, Fonderico M, Portaccio E, Pastò L, Razzolini L, Prestipino E, et al. Di¬sease-modifying drugs can reduce disability progression in relapsing multiple scle¬rosis. Brain J Neurol. 2020 Oct 1;143(10):3013ā24.
7. Wiendl H, Gold R, Berger T, Derfuss T, Linker R, MƤurer M, et al. [Multiple sclerosis treatment consensus group (MSTCG): position paper on disease-modifying treatment of multiple sclerosis 2021 (white paper)]. Nervenarzt. 2021 Aug;92(8):773ā801.










