Vaccins contre la grippe: bons pour le cœur et les vaisseaux?

Voilà la grippe à nouveau au portillon, avec dans ses bagages un impact délétère majeur sur le plan social et économique. Pour chaque individu existe un risque non négligeable de complications potentiellement mortelles.

Nous disposons heureusement de vaccins efficaces adaptĆ©s chaque annĆ©e aux mutations du virus de l’  influenza. Son efficacitĆ© prĆ©ventive se manifeste non seulement chez les malades Ć  risque, mais Ć©galement chez les sujets en bonne santĆ©. D’ où notre motivation Ć  encourager nos malades Ć  se faire vacciner au dĆ©but de l’ hiver.

Le message du Dr Urs Dürst publiĆ© dans ce numĆ©ro est clair: l’ infection par le virus de la grippe fait des dĆ©gĆ¢ts au niveau cardiovasculaire. Elle entraĆ®ne un Ć©tat inflammatoire qui touche les artĆØres et le cœur (infarctus du myocarde, insuffisance cardiaque), ce qui se manifeste par un risque accru de morbiditĆ© et de mortalitĆ©. Les chiffres sont Ć©loquents : le risque d’ infarctus aigu du myocarde et d’ accident vasculaire cĆ©rĆ©bral dans les 3 premiers jours d’ une grippe est multipliĆ© par 10 et 8, respectivement. Ce risque augmente, comme attendu, chez les patients Ć¢gĆ©s ou atteints d’ une affection chronique.

L’ efficacitĆ© prĆ©ventive de la vaccination contre la grippe est largement Ć©tayĆ©e. Ainsi peut-on s’ attendre grĆ¢ce Ć  elle Ć  une diminution des affections cardiovasculaires de l’ ordre de 45%. Il n’ est toutefois pas toujours facile de convaincre les gens, qu’ ils soient malades ou en bonne santĆ©, de se faire vacciner contre la grippe. La revue du Dr Urs Dürst prĆ©sentĆ©e ici est Ć  cet Ć©gard trĆØs utile. Elle nous donne des arguments convaincants en faveur de cette vaccination. ƀ lire absolument Ć  cette pĆ©riode de l’ annĆ©e.

Pr Bernard Waeber

Pr Bernard Waeber

Lausanne

RETO KRAPFs Medical Voice

DerniĆØres parutions

Une fois de plus, la vitamine D …

L’ exemple de la vitamine D permet d’ illustrer ce que l’ on appelle le „cycle de hype“.
Le „cycle d’ engouement“ illustrĆ© dans la figure 1, qui se produit sous diffĆ©rentes formes pour presque toutes les innovations scientifiques, peut ĆŖtre reproduit. AprĆØs que pratiquement toutes les Ć©tudes d’ intervention sur la vitamine D dans de nombreux domaines de la mĆ©decine se sont rĆ©vĆ©lĆ©es nĆ©gatives ou non concluantes, nous nous sommes retrouvĆ©s dans la vallĆ©e de la dĆ©ception („trough of disillusionment“). Mais peut-ĆŖtre commenƧons-nous Ć  en sortir : Sur la base d’ un critĆØre d’ évaluation mixte (dĆ©cĆØs ou rĆ©cidive aprĆØs 5 ans), la substitution en vitamine D a entraĆ®nĆ© une rĆ©duction hautement significative de la mortalitĆ© et du taux de rĆ©cidive dans le cas des cancers gastro-intestinaux (donc un groupe plutĆ“t hĆ©tĆ©rogĆØne). Toutefois, cela ne s’ est produit „que“ chez les patients (tout de mĆŖme un tiers de toutes les tumeurs) dont le tissu tumoral contenait l’ oncogĆØne P53 (1). Chez ces derniers, la survie sans rĆ©cidive Ć©tait de 81% dans le groupe vitamine D (2000 U/jour) et de 31% seulement dans le groupe placebo (p = 0.002) ! Ces rĆ©sultats sont encourageants, mais le sous-groupe d’ une Ć©tude nĆ©gative (concernant les patients non sĆ©lectionnĆ©s) publiĆ©e en 2019 (AMATERASU, 2), analysĆ© a posteriori, incite Ć  la prudence.

1. JAMA Network, 2023, doi:10.1001/jamanetworkopen.2023.28886,
2. JAMA. 2019;321(14):1361-1369. doi:10.1001/jama.2019.2210, redigƩ le 01.10.2023

Dose unique de psilocybine en cas d’ épisode dĆ©pressif majeur

L’ efficacitĆ© des interventions pharmacothĆ©rapeutiques aiguĆ«s dans le cadre de cette maladie Ć  la mortalitĆ© et Ć  la morbiditĆ© importantes est malheureusement limitĆ©e. On sait que la psilocybine (substance „psychĆ©dĆ©lique“ et composant principal du champignon hallucinogĆØne psiclocybe lancĆ©olĆ©) ressemble chimiquement Ć  la sĆ©rotonine et qu’ elle peut activer le rĆ©cepteur de la sĆ©rotonine (5-HT2A). Son effet antidĆ©presseur aigu survit nettement Ć  la dĆ©tectabilitĆ© chimique de la substance dans les liquides corporels. Chez plus d’ une centaine de patients souffrant d’ un Ć©pisode dĆ©pressif sĆ©vĆØre (Ć¢ge moyen 41 ans, rĆ©partition Ć©quilibrĆ©e entre les sexes), une dose unique de 25 mg de psilocybine p.o. a entraĆ®nĆ© une amĆ©lioration nette et hautement significative des symptĆ“mes dĆ©pressifs par rapport Ć  la substance de contrĆ“le choisie (100 mg de niacine p.o.), aussi bien aprĆØs 8 jours qu’ aprĆØs 6 semaines, apparemment sans effets secondaires significatifs (1). Les auteurs ont justifiĆ© le choix de la niacine par le fait qu’ il n’ existe pas (encore) de capsules de placebo pour la psilocybine et qu’ une carence en niacine peut tout au plus avoir des effets dĆ©pressifs. Un suivi psychiatrique/psychologique a Ć©galement Ć©tĆ© assurĆ© dans les deux groupes. La rĆ©ponse a Ć©tĆ© objectivĆ©e par le score MADRS (Montgomery-Asberg Depression Rating Score, valeurs de 0 Ć  60, les valeurs les plus Ć©levĆ©es correspondant Ć  une symptomatologie dĆ©pressive plus sĆ©vĆØre, voir l’ adresse Internet mentionnĆ©e en rĆ©fĆ©rence 2). Sous psilocybine, le MADRS a diminuĆ© de 12 points de score hautement significatifs (p<0,001) par rapport Ć  la niacine, Ć  la fois aprĆØs 8 et 43 jours. Des rĆ©sultats impressionnants et probablement les meilleurs Ć  ce jour pour les Ć©pisodes dĆ©pressifs majeurs. La persistance de l’ effet d’ une dose unique de psilocybine pendant 6 semaines ouvre Ć©galement une fenĆŖtre d’ opportunitĆ© pour les autres thĆ©rapies antidĆ©pressives.

JAMA 2023, doi:10.1001/jama.2023.14530, 2. https://www.mdcalc.com/calc/4058/montgomery-asberg-depression-rating-scale-madrs, redigƩ le 02.10.2023

Inhalations de glucocorticoĆÆdes chez les patients ambulatoires atteints de Covid-19 ?

Compte tenu de l’ augmentation dĆ©jĆ  Ć©vidente des chiffres du Covid-19 cet Ć©tĆ© et au dĆ©but de l’ automne (si l’ on cherche bien cette maladie), un travail est pertinent pour la pratique, qui a examinĆ© la question suivante : les glucocorticoĆÆdes inhalĆ©s („topiques“) peuvent-ils raccourcir le temps jusqu’ à la disparition des symptĆ“mes et rĆ©duire les hospitalisations ou la mortalitĆ© ? Non, car chez prĆØs de 1300 patients, le fluticasone (200ugr 1/jour) pendant 14 jours n’ a pas entraĆ®nĆ© de rĆ©duction des symptĆ“mes par rapport au placebo, alors que les visites aux urgences et les hospitalisations Ć©taient comparables dans les deux groupes (et relativement peu nĆ©cessaires). Dans cette Ć©tude, une mortalitĆ© de 0 a Ć©tĆ© observĆ©e dans les deux groupes. Il semble toutefois que ce soit une bonne idĆ©e de ne pas arrĆŖter les glucocorticoĆÆdes inhalĆ©s en cas d’ infection par le Covid-19 en cas de maladie broncho-obstructive prĆ©existante (asthme, BPCO).

New England Journal of Medicine 2023, doi:10.1056/NEJMoa2209421

Moins de controverses

Risque de cancer en cas de reflux gastro-œsophagien

La prĆ©valence de cette forme de reflux est de 15 Ć  20 % en Europe et est nettement plus rare en Asie (5 %). La prĆ©disposition au risque de cancer de l’ œsophage est clairement Ć©tablie en cas de lĆ©sions Ć©rosives et d’ autres lĆ©sions de la muqueuse et nĆ©cessite des examens de suivi gastroentĆ©rologique appropriĆ©s. Toutefois, chez environ ²/³ de tous les patients souffrant de reflux gastro-œsophagien typique, on ne trouve pas de lĆ©sions de la muqueuse typiques du reflux. Quel est la prognostiquee (en cas de symptĆ“mes de reflux, mais de panendoscopie supĆ©rieure normale) ? Selon l’ étude mentionnĆ©e ici, le risque n’ est pas augmentĆ©, contrairement aux œsophagites Ć©rosives. DĆØs la premiĆØre endoscopie diagnostique, l’ incidence des adĆ©nocarcinomes est deux fois plus Ć©levĆ©e en cas d’ œsophagite Ć©rosive qu’  en cas d’ œsophagite non Ć©rosive. Ensuite, le risque de dĆ©velopper un adĆ©nocarcinome au cours des 20 Ć  30 prochaines annĆ©es augmente d’ un facteur 2 dans le groupe de patients prĆ©sentant des lĆ©sions Ć©rosives, alors qu’ il n’ est jamais supĆ©rieur Ć  celui d’ une population dans le groupe prĆ©sentant des troubles du reflux mais une endoscopie normale sur la mĆŖme pĆ©riode. L’ étude a des effets pratiques, peut-ĆŖtre mĆŖme des effets d’ économie : Les contrĆ“les endoscopiques ne semblent pas nĆ©cessaires en cas de reflux et d’ endoscopie normale (de la majoritĆ© des patients). Les indications pour les analyses manomĆ©triques et de pH, trĆØs coĆ»teuses, devraient Ć©galement ĆŖtre nettement redimensionnĆ©es.

BMJ 2023, doi.org/10.1136/bmj-2023-076017, redigƩ le 02.10.2023

Pr Dr Reto Krapf

krapf@medinfo-verlag.ch

La BPCO – update 2023

La BPCO est considĆ©rĆ©e comme une maladie populaire. La prĆ©valence mondiale de la BPCO est de 10,3% avec une tendance Ć  la hausse en raison de l’ augmentation du nombre de fumeurs dans les pays Ć  faible et moyen revenu (LMIC) et du vieillissement dans les pays Ć  revenu Ć©levĆ©. Comme les annĆ©es prĆ©cĆ©dentes, la Global Initiative for Chronic Obstructive Lung Disease (GOLD), a publiĆ© une mise Ć  jour de la recommandation publiĆ©e pour la premiĆØre fois en 2001 concernant le diagnostic, la prise en charge et la prĆ©vention de la BPCO, avec quelques nouveautĆ©s essentielles. (1)

COPD is considered to be a popular disease. The global prevalence of COPD is 10.3%, with an upward trend due to the increase in the number of smokers in low- and middle-income countries (LMIC) and ageing in high-income countries. As in previous years, the Global Initiative for Chronic Obstructive Lung Disease (GOLD), has published an update of the recommendation published for the first time in 2001 concerning the diagnosis, management and prevention of COPD, with some essential new features.
Key Words: bronchopneumopathie chronique obstructive, GOLD, prƩvention

Entre autres, la dĆ©finition de la maladie BPCO est adaptĆ©e pour prendre en compte du fait qu’ outre la fumĆ©e de tabac comme cause principale de la maladie, d’ autres mĆ©canismes pathogĆ©niques contribuent Ć  la prĆ©sentation clinique de la BPCO qui est une maladie trĆØs hĆ©tĆ©rogĆØne.
La taxonomie adaptĆ©e comprend ce que l’ on appelle les Ć©tiotypes suivants de la BPCO:
– BPCO-G (genetique): BPCO dĆ©terminĆ©e gĆ©nĆ©tiquement, par exemple dĆ©ficience de l’ AA1AT BPCO-D (developement): causĆ©e par un dĆ©veloppement pulmonaire anormal, par ex. naissance prĆ©coce
– BPCO-C (cigarette): due Ć  l’ exposition Ć  la fumĆ©e de tabac (cigarettes, exposition au tabagisme passif, vapotage/cigarette).
– BPCO-P (pollution): due Ć  l’ exposition Ć  des polluants (atmosphĆ©riques) provoque
– BPCO-I (infections): causĆ©e par des infections graves/rĆ©pĆ©tĆ©es (dans la petite enfance) provoque
– BPCO-A (asthme): liĆ©e Ć  l’ asthme et Ć  l’ enfance
– BPCO-U (unknown) : maladie inconnue

Le diagnostic de la BPCO doit ĆŖtre Ć©tabli sur la base de l’ anamnĆØse, des symptĆ“mes cliniques, d’ un examen physique et d’ un examen spiromĆ©trique. Lors de la spiromĆ©trie, on considĆØre toujours qu’ un taux du rapport postbronchodilatateur de VEMS/CVF (valeur de Tiffen-eau) infĆ©rieur Ć  70 % est un signe de trouble ventilatoire obstructif. Il convient cependant de noter que l’ utilisation d’ un taux fixe du rapport VEMS/CVF (infĆ©rieur Ć  70%) pour dĆ©finir une obstruction mĆØne a un sur-diagnostic chez les personnes Ć¢gĆ©es et un sous-diagnostic d’ un trouble respiratoire obstructif ou d’ une BPCO, en particulier en cas de maladie lĆ©gĆØre (2). Il est donc prĆ©fĆ©rable d’ utiliser une valeur limite basĆ©e sur la limite infĆ©rieure des valeurs normales du VEMS/CVF (LLN : lower limit of normal).

De plus, il faut savoir qu’ une valeur VEMS abaissĆ©e (VEMS 1 infĆ©rieur Ć  80% de la valeur normale aprĆØs bronchodilatation) avec une valeur de Tiffeneau en dessus de 70% de la valeur normale avec des troubles respiratoires peut ĆŖtre un signe prĆ©curseur de BPCO (PRISm: Preserved ratio impaired spirometry).

Ce groupe de patients prĆ©sente Ć©galement une probabilitĆ© plus Ć©levĆ©e de comorbiditĆ©s, en particulier de maladies cardiovasculaires et d’ une mortalitĆ© plus Ć©levĆ©e, quel qu’ en soit la cause (3).

La classification des patients atteints de BPCO dans les degrĆ©s de gravitĆ© GOLD 1-4 continue de s’ effectuer en cas de limitation de la valeur de Tiffeneau infĆ©rieure Ć  0,7 ou 70 % selon le test de dilatation bronchique en fonction de la limitation de la capacitĆ© absolue en une seconde (GOLD 1 : moins de 80 % du volume cible VEMS 1 Ć  GOLD 4 : moins de 30 % du volume cible VEMS 1).

En outre, en cas d’ incertitude diagnostique, le diagnostic fonctionnel pulmonaire Ć©tendu (ici surtout la plĆ©thysmographie corporelle et la mesure de la capacitĆ© de diffusion) ainsi que des examens d’ imagerie, l’ échographie (cardiaque), la tomodensitomĆ©trie, l’ oxymĆ©trie de pouls (Ć©galement Ć  l’ effort, p. ex. test de marche de six minutes)) sont recommandĆ©s.

Le CT thoracique doit ĆŖtre rĆ©alisĆ© chez les patients prĆ©sentant des exacerbations rĆ©currentes (entre autres, question sur les bronchectasies), un VEMS infĆ©rieur Ć  45% (entre autres, question sur l’ hyperinflation/emphysĆØme), des symptĆ“mes non proportionnels Ć  la sĆ©vĆ©ritĆ© de la limitation de la capacitĆ© pulmonaire (entre autres, question sur la fibrose pulmonaire) et chez les patients qui rĆ©pondent aux critĆØres de dĆ©pistage du cancer du poumon (4).

Le GOLD souligne Ć©galement l’ importance des comorbiditĆ©s, comme par ex. maladies cardiovasculaires, le cancer du poumon, l’ ostĆ©oporose, le reflux gastro-œsophagien, le diabĆØte sucrĆ©, la dĆ©pression, les troubles anxieux et la sarcopĆ©nie qui ont une influence significative sur l’ évolution de la BPCO et le pronostic de la maladie.

Outre le tabagisme, une inflammation chronique dans l’ ensemble de l’ organisme est Ć©galement soupƧonnĆ©e d’ être Ć  l’ origine des comorbiditĆ©s (5).

En raison de l’ importance des exacerbations pour l’ évolution et le pronostic de la BPCO les degrĆ©s de sĆ©vĆ©ritĆ© C et D sont dĆ©sormais regroupĆ©s en un seul degrĆ© de sĆ©vĆ©ritĆ© E qui, indĆ©pendamment de la sĆ©vĆ©ritĆ© des symptĆ“mes, doit ĆŖtre caractĆ©risĆ© par au moins deux exacerbations modĆ©rĆ©es, respectivement une exacerbation, mais qui conduit Ć  une hospitalisation (figure 1).

Les symptĆ“mes doivent ĆŖtre Ć©valuĆ©s Ć  l’ aide d’ un CAT (test d’ évaluation de la BPCO) ou du mMRC (modified Medical Research Council) et dĆ©terminent la classification dans le groupe A (peu de symptĆ“mes) ou B (symptĆ“mes sĆ©vĆØres), s’  il n’ y a pas plus d’ une exacerbation modĆ©rĆ©e (sans hospitalisation) dans l’ annĆ©e (6, 7).

Un nouvel aspect important est Ć©galement la dĆ©finition adaptĆ©e d’ une exacerbation.

Celle-ci se caractĆ©rise par une augmentation de la dyspnĆ©e et/ou de la toux avec expectoration en moins de 14 jours. Cela peut ĆŖtre accompagnĆ© d’ une tachypnĆ©e et/ou une tachycardie et est souvent associĆ©e Ć  une augmentation d ’ une inflammation locale et d’ une inflammation systĆ©mique causĆ©e par des infections des voies respiratoires, la pollution de l’ air ou d’ autres irritations des voies respiratoires (8).

Les diagnostics diffĆ©rentiels importants en cas d’ exacerbation de la BPCO sont l’ embolie pulmonaire, la dĆ©compensation cardiaque, l’ infarctus du myocarde, la pneumonie et le pneumothorax (9).

Le pronostic Ć  long terme d’ une exacerbation de la BPCO avec hospitalisation est mauvais, avec un taux de mortalitĆ© d’ environ 50 % Ć  3,6 ans. Les facteurs pronostiques indĆ©pendamment associĆ©s Ć  une mauvaise Ć©volution comprennent un Ć¢ge plus Ć©levĆ©, un IMC plus faible, des comorbiditĆ©s (par ex. maladies cardiovasculaires ou cancer du poumon), des hospitalisations antĆ©rieures pour exacerbation de la BPCO, la gravitĆ© clinique de l’ exacerbation et la nĆ©cessitĆ© d’ une oxygĆ©nothĆ©rapie Ć  long terme au moment de la sortie.

MĆŖme si jusqu’ à 80 % de toutes les exacerbations peuvent ĆŖtre traitĆ©es en ambulatoire (mĆ©dicamenteux avec des bronchodilatateurs, une thĆ©rapie de choc aux stĆ©roĆÆdes avec 40 mg de prednisone pendant 5 jours et des antibiotiques chez les patients prĆ©sentant les trois symptĆ“mes cardinaux suivants : augmentation de la dyspnĆ©e, augmentation de la quantitĆ© de crachats et purulence des crachats) (10, 11), GOLD propose les critĆØres suivants indications d’ hospitalisation en cas d’ exacerbation:

– SymptĆ“mes graves tels qu’ une augmentation aiguĆ« de la dyspnĆ©e au repos, une frĆ©quence respiratoire Ć©levĆ©e, une mauvaise saturation en oxygĆØne, nouvelle confusion
– Insuffisance respiratoire aiguĆ«
– Nouvelle apparition de signes physiques tels qu’ une cyanose ou un œdĆØme pĆ©riphĆ©rique
– Absence de rĆ©ponse au traitement mĆ©dicamenteux initial de l’ exacerbation
– ComorbiditĆ©s sĆ©vĆØres telles qu’ insuffisance cardiaque ou apparition rĆ©cente de troubles du rythme cardiaque
– Soins Ć  domicile insuffisants.

La plupart des patients atteints de BPCO continuent Ć  souffrir des consĆ©quences de l’ exacerbation pendant plusieurs semaines et ne reviennent souvent jamais Ć  leur ancien niveau clinique.

Un suivi clinique précoce devrait être effectué dans le mois suivant la sortie, de sortie et permet de réduire les rechutes ou les réexacerbations (1).

Le traitement de la BPCO stable est basĆ© sur la symptomatologie et l’ expectoration historique des exacerbations avec une rĆ©partition dans les groupes de risque A, B et E et se divise en deux parties, d’ une part la recommandation thĆ©rapeutique initiale et d’ autre part le suivi du traitement. Le traitement de base de la BPCO consiste en principe en des bronchodilatateurs ; dans le groupe A GOLD recommande un bronchodilatateur Ć  courte ou longue durĆ©e d’ action avec une prĆ©fĆ©rence pour les prĆ©parations Ć  longue durĆ©e d’ action, avec une certaine prĆ©fĆ©rence pour les anticholinergiques. Dans les groupes B et E, le bronchodilatateur double (combinaison de LABA (long acting beta agonists) et LAMA (long acting muscarinic agonists)) est le traitement de choix.

La combinaison de LABA et d’ ICS (inhaled cortico steroid) n’ est en principe plus recommandĆ©e dans le traitement de la BPCO.
Si les ICS sont indiquĆ©s (voir graphique CritĆØres de traitement par ISC), il convient d’ utiliser une triple combinaison de LABA, LAMA et ICS.
Le nombre de cellules Ć©osinophiles dans l’  hĆ©mogramme diffĆ©rentiel (plus de 300 Ć©osinophiles/µl) et l’ historique des exacerbations devraient servir de critĆØres pour les ICS en tant que traitement supplĆ©mentaire dans le groupe E.

L’ administration Ć  long terme de stĆ©roĆÆdes oraux/systĆ©miques est contre-indiquĆ©e. Dans la situation de suivi, il est dĆ©cisif de savoir si les patients souffrent davantage de symptĆ“mes ou si des exacerbations sont survenues entre-temps chez le patient sous traitement. En cas de traitement dĆ©jĆ  en cours par une combinaison LABA/LAMA, une escalade avec des ICS est recommandĆ©e (combinaison LABA/LAMA/ICS = trithĆ©rapie), si le nombre d’ éosinophiles dans l’ hĆ©mogramme pĆ©riphĆ©rique est supĆ©rieur Ć  100 cellules/µl. Il convient toutefois de noter qu’ un traitement stĆ©roĆÆdien systĆ©mique Ć©ventuellement administrĆ© au moment de l’ hĆ©mogramme peut masquer un nombre d’ éosinophiles supĆ©rieur Ć  100/µl.

Par rapport Ơ un traitement combinƩ LAMA/LABA, le traitement par une trithƩrapie peut apporter un avantage significatif en termes de survie chez les patients symptomatiques qui prƩsentent des exacerbations sous traitement de la maladie (12).

Les principes actifs combinĆ©s de maniĆØre fixe (appelĆ©s trithĆ©rapie fixe) offrent un avantage en termes de bĆ©nĆ©fice maximal et d’ adhĆ©sion au traitement.

En principe, GOLD recommande d’ évaluer, de vĆ©rifier et de prendre en compte, avant/pour chaque changement de traitement, la symptomatologie et l’ historique des exacerbations, mais aussi la technique d’ inhalation et l’ observance du traitement, ainsi que les mesures non pharmacologiques telles que le sevrage tabagique ou les mesures de rĆ©habilitations ambulatoires/stationnaires visant Ć  augmenter l’ activitĆ© physique.
De plus, la vaccination contre la grippe, le SARS-CoV-2 et la vaccination contre les pneumocoques, la coqueluche et l’ herpĆØs zoster est recommandĆ©e Ć  tous les patients avec BPCO.

Enfin, pour une prise en charge optimale de nos patients atteints de BPCO, il est essentiel et indispensable d’ avoir la meilleure coopĆ©ration possible entre les mĆ©decins de famille, les spĆ©cialistes, les physiothĆ©rapeutes, les nutritionnistes, les mĆ©decins de rƩƩducation et, au stade final, les mĆ©decins palliatifs.

Copyright Aerzteverlag medinfo AG

Dr Andreas Piecyk

LungenZentrum Hirslanden
Wittelikerstrasse 40
8032 Zurich

a.piecyk@lungenzentrum.ch

L’ auteur n’ a pas dĆ©clarĆ© de conflits d’ intĆ©rĆŖts en rapport avec cet article.

1. The Global Initiative for Chronic Obstructive Lung Disease, 2023 GOLD REPORT
2. Guder C. et al.: Gold or lower limit of normal definition? A comparison with expert based diagnosis of chronic obstructive pulmonary disease in a porspective cohort study. Respir Res 2012 Feb 6;13(1):1
3. Stolz D. et. al.: Towards the elimination of chronic obstructive pulmonary disease: a Lancet Commission. Lancet 2022 Sep 17;400(10356):921-972.
4. Galban C et. al.: Computed tomography-based biomarker provides unique signature for diagnosis of COPD phenotypes and disease progression. Nat Med 2012 Nov;18(11):1711-5.
5. Fabbri L. M. et. al.: Complex chronic comorbidities of COPD. Eur Respir J 2008 Jan;31(1):204-12.
6. Fletcher CM: Standardised questionnaire on respiratory symptom: a statement prepared and approved by the MRC Committee on the Aetiology of Chronic Bronchitis (MRC breathlessness score). BMJ 196: 2: 1662.
7. Jones P.W. et al.: Development and first validation of the COPD Assessment Test. Eur Respir J 2009 Sep;34(3):648-54.
8. Celli R.B. et. al.: An Updated Definition and Severity Classification of Chronic Obstructive Pulmonary Disease Exacerbations: The Rome Proposal. Am J Respir Crit Care Med 2021 Dec 1;204(11):1251-1258.
9. BeghĆØ B. et al.: Exacerbation of respiratory symptoms in COPD patients may not be exacerbations of COPD. Eur Respir J 2013 Apr;41(4):993-5.
10. Leuppi J.D. et. al.: Short-term vs Conventional Glucocorticoid Therapy in Acute Exacerbations of Chronic Obstructive Pulmonary DiseaseThe REDUCE Randomized Clinical Trial. JAMA. 2013;309(21):2223-2231.
11. Miravittles M. et. al.: Sputum colour and bacteria in chronic bronchitis exacerbations: a pooled analysis. Eur Respir J 2012 Jun;39(6):1354-60.
12. Martinez FJ, et al.: Reduced All-Cause Mortality in the ETHOS Trial of Budesonide/Glycopyrrolate/Formoterol for Chronic Obstructive Pulmonary Disease. A Randomized, Double-Blind, Multicenter, Parallel-Group Study. Am J Respir Crit Care Med 2021;203:553–564

Parler des douleurs chroniques Ć  l’âge avancĆ©

Cette Ć©tude a investiguĆ© les pratiques de communication de personnes Ć¢gĆ©es souffrant de douleurs chroniques, par le biais d’   entretiens individuels et de focus groups. L’    expression des douleurs chroniques survient surtout dans les entourages socio-mĆ©dical, familial et amical. Certains facteurs, tels que la banalisation, l’   âgisme et le stoĆÆcisme, peuvent empĆŖcher la thĆ©matisation des douleurs. Pour optimiser les pratiques cliniques, il s’   agit, pour les professionnels de la santĆ©, d’   avoir un regard rĆ©flexif sur leurs Ć©changes avec les patients Ć¢gĆ©s souffrant de douleurs chroniques et de mobiliser adroitement le rĆ©seau de ces derniers sans toutefois l’   épuiser.

This study used interviews and focus groups to explore elderly people’   s communicative practices about their chronic pain. Chronic pain is mainly expressed with health professionals, family members and friends. The thematization of chronic pain is often difficult due to phenomena such as pain banalization, agism and stoicism. Clinicians could enhance their practice by developing a self-reflective stance toward their interactions with elderly patients and by a skillful mobilization of their network without exhausting its members.
Key words: communication ; âge avancé ; douleurs chroniques ; recherche qualitative

Avec qui les personnes Ć¢gĆ©es parlent-elles de leurs douleurs chroniques ? Et pourquoi privilĆ©gient-elles certains interlocuteurs plutĆ“t que d’ autres ? VoilĆ  deux questions essentielles pour tout soignant souhaitant tenir compte du rĆ©seau social de ses patients dans son accompagnement thĆ©rapeutique.

Les douleurs chroniques – dĆ©finies comme Ā« une expĆ©rience sensorielle et Ć©motionnelle dĆ©sagrĆ©able associĆ©e Ć , ou ressemblant Ć  celle associĆ©e Ć , une lĆ©sion tissulaire rĆ©elle ou potentielle Ā» (1) – rĆ©duisent la qualitĆ© de vie de nombreuses personnes Ć¢gĆ©es, tant au plan fonctionnel que relationnel (2, 3, 4). S’ il est admis qu’ une bonne gestion de la communication dans l’ entourage des personnes Ć¢gĆ©es souffrant de douleurs chroniques peut contribuer Ć  rĆ©duire les effets dĆ©lĆ©tĆØres d’ un tel Ć©tat de santĆ© (5, 6), les donnĆ©es scientifiques tenant compte des expĆ©riences vĆ©cues par la population concernĆ©e restent limitĆ©es. Pour combler cette lacune, a Ć©tĆ© menĆ©e entre octobre 2019 et mars 2022 au Centre Hospitalier Universitaire Vaudois une Ć©tude interdisciplinaire sur la thĆ©matisation des douleurs chroniques et de leur traitement au sein des rĆ©seaux de communication des personnes Ć¢gĆ©es (7).

FinancĆ©e par le Fonds National Suisse (10001C_179292), cette recherche s’ est basĆ©e sur un protocole de recherche original permettant, sur la base d’ entretiens semi-directifs avec une cinquantaine de personnes Ć¢gĆ©es, de documenter Ć  la fois les pratiques de communication des personnes Ć¢gĆ©es et la structure de leur rĆ©seau social. ƀ ces entretiens s’ est ajoutĆ© la rĆ©alisation de focus groups intĆ©grant d’ autres populations concernĆ©es par les douleurs chroniques des personnes Ć¢gĆ©es (proches aidants, soignants, dĆ©cideurs institutionnels et politiques). L’ ensemble des donnĆ©es collectĆ©es a Ć©tĆ© analysĆ© en combinant analyse du contenu et analyse du discours (8). Cette multi-mĆ©thode a permis de mettre en Ć©vidence les types d’ interlocuteurs avec lesquels les personnes Ć¢gĆ©es Ć©voquent la thĆ©matique des douleurs chroniques, les paramĆØtres facilitant ou inhibant cette thĆ©matisation ainsi que les recommandations les plus Ć  mĆŖme d’ amĆ©liorer le quotidien des personnes Ć¢gĆ©es souffrant de douleurs chroniques (9, 10, 7). Les paragraphes suivants font la synthĆØse, nĆ©cessairement incomplĆØte, des travaux menĆ©s dans le cadre de cette recherche.

Interlocuteurs

Les rĆ©seaux de communication des personnes Ć¢gĆ©es souffrant de douleurs chroniques prĆ©sentent des tailles variables, allant d’ un seul interlocuteur rĆ©current Ć  plus d’ une trentaine. Quelle qu’ en soit la taille, les personnes Ć¢gĆ©es soulignent souvent la rĆ©duction progressive de leur rĆ©seau. Plusieurs paramĆØtres expliquent cette variation, parmi lesquels le vieillissement de l’ entourage amical et familial, la diminution de la mobilitĆ© et des capacitĆ©s perceptives (surditĆ©, notamment) et la difficultĆ© Ć  faire usage des technologies numĆ©riques.
Les personnes Ć¢gĆ©es s’ orientent principalement vers trois domaines de la vie sociale quand il s’ agit de dĆ©crire les interlocuteurs avec lesquels ils thĆ©matisent leurs douleurs chroniques : le monde socio-mĆ©dical (mĆ©decins, infirmiĆØres, etc.), le monde familial (partenaire, enfants, etc.) et le monde amical.

Les personnes interrogĆ©es considĆØrent gĆ©nĆ©ralement les membres des corps mĆ©dicaux et paramĆ©dicaux comme les interlocuteurs Ć©vidents pour traiter de cette thĆ©matique. Si l’ empathie et la disponibilitĆ© temporelle de la part du personnel de santĆ© sont des facteurs facilitant la communication, celle-ci peut se trouver empĆŖchĆ©e par une trop forte technicisation de l’ évaluation de la douleur (utilisation rĆ©currente d’ échelles) et la peur de subir les consĆ©quences de prĆ©jugĆ©s Ć¢gistes (banalisation de la douleur Ć  l’ âge avancĆ©, infantilisation des personnes Ć¢gĆ©es).
MĆŖme si le personnel de santĆ© est prĆ©sentĆ© comme un interlocuteur de premiĆØre importance, c’ est avec les membres de la famille nuclĆ©aire que les personnes Ć¢gĆ©es thĆ©matisent le plus souvent la question des douleurs chroniques : leur partenaire et leurs enfants, et parmi ceux-ci en gĆ©nĆ©ral leur(s) fille(s). Cette tendance Ć  privilĆ©gier les enfants comme interlocuteurs Ć  propos de cette thĆ©matique se voit inflĆ©chie dĆØs lors que les personnes Ć¢gĆ©es ont l’ impression que leurs difficultĆ©s de santĆ© pourraient mettre en danger leur autonomie.

Il apparaĆ®t que la famille n’ est pas le seul rĆ©pertoire d’ interlocuteurs des personnes Ć¢gĆ©es Ć  propos de cette thĆ©matique, puisque le rĆ©seau amical, mĆŖme s’ il tend Ć  se rĆ©duire fortement au fil des annĆ©es, s’ offre comme un lieu dans lequel il est possible de trouver un fort soutien Ć©motionnel. Les interlocuteurs provenant du cercle amical partagent souvent les mĆŖmes conditions d’ existence que les personnes interrogĆ©es dans l’ étude (Ć¢ge et douleurs chroniques, notamment) et sont ainsi capable d’ une grande capacitĆ© d’ écoute et de comprĆ©hension. Les donnĆ©es montrent par ailleurs que la vie en institution est rarement pourvoyeuse de nouveaux interlocuteurs, du fait de difficultĆ©s perceptuelles et cognitives.

Le monde des services (par exemple, le coiffeur) n’ apparaĆ®t quasiment pas dans nos donnĆ©es. Quant au voisinage (voisins, concierge), il semble essentiel pour apporter une aide pratique ponctuelle et des opportunitĆ©s d’ interactions sociales. Dans ces situations, la thĆ©matisation des douleurs n’ a, toutefois, qu’ exceptionnellement sa place et sous la forme d’ évocations superficielles.

Inhibiteurs Ć  la communication des douleurs chroniques

Par-delĆ  les types d’ interlocuteurs avec lesquels les personnes Ć¢gĆ©es parlent de leur douleurs chroniques, les donnĆ©es ont rĆ©vĆ©lĆ© cinq types de facteurs inhibant fortement la communication : le stoĆÆcisme ; le fatalisme, l’ âgisme ambiant, l’ inadĆ©quation contextuelle et la crainte pour son autonomie. Ces facteurs peuvent ĆŖtre liĆ©s Ć  des barriĆØres personnelles prĆ©sentes chez les participants comme Ć  des comportements que les personnes Ć¢gĆ©es observent chez leurs interlocuteurs.

Le stoĆÆcisme rĆ©fĆØre Ć  la propension de nos participants Ć  vouloir proscrire toute plainte et Ć  souffrir en silence : Ā« L’Ć©ducation, Ƨa fait tout (…) j’ avais un pĆØre qui Ć©tait dur, une mĆØre qui Ć©tait dure (…) on se plaint pas, on pleure pas, on dit pas qu’ on a mal Ā» (participante, 75 ans). Ce tabou linguistique, tel qu’ il Ć©merge de nos donnĆ©es, semble ĆŖtre une caractĆ©ristique gĆ©nĆ©rationnelle, produit d’ une socialisation langagiĆØre partagĆ©e tant par les femmes que les hommes. Au stoĆÆcisme s’ ajoute un certain fatalisme, qui voit dans les douleurs chroniques une consĆ©quence naturelle du vieillissement : Ā« L’ épaule, c’ est du vieillissement, donc il y a pas de raison que j’ en parle tout le temps » (participante, 85 ans). Cette banalisation de la douleur va de pair avec sa mise sous silence et fait Ć©cho un Ć¢gisme ambiant enjoignant les personnes Ć¢gĆ©es Ć  accepter et taire leurs douleurs si elles n’ empĆŖchent pas une certaine autonomie fonctionnelle : Ā« Et pis mon mĆ©decin il me dit: ā€˜mais enfin madame, vous avez 84 ans, vous croyez quoi (…) vous pouvez encore faire votre mĆ©nage, vous faites vos commissions, et tout, alors soyez contente’ » (participante, 84 ans). Plus gĆ©nĆ©ralement, les personnes Ć¢gĆ©es perƧoivent bien l’ inadĆ©quation contextuelle souvent associĆ©e Ć  la thĆ©matisation des douleurs chroniques : Ā« Ils ont autre chose Ć  faire que d’ écouter mes jĆ©rĆ©miades Ā» (participante, 89 ans). Face Ć  des interlocuteurs qu’ elles perƧoivent souvent comme pressĆ©s par le temps (tant dans le monde mĆ©dical que familial), elles veulent Ć©viter de passer pour des personnes plaintives, ressassant presque obsessionnellement leurs difficultĆ©s. Enfin, la mise sous silence des douleurs chroniques est parfois motivĆ©e par une crainte pour son autonomie, qui fait de la santĆ© en gĆ©nĆ©ral une thĆ©matique extrĆŖmement dĆ©licate Ć  aborder pour les personnes Ć¢gĆ©es :
« vu mon Ć¢ge, s’il m’arrive le moindre pĆ©pin, je pense qu’on va me dire: ā€˜votre permis, vous l’avez plus’ . Et Ƨa, ce serait une catastrophe » (participante, 75 ans). La thĆ©matisation des douleurs chroniques prend ainsi place dans une situation où les personnes ont peur de voir se rĆ©duire leur champ d’ action et de dĆ©cision.

Implication pour la pratique

Les rĆ©sultats des analyses des entretiens avec les personnes Ć¢gĆ©es associĆ©es aux conclusions tirĆ©es des focus groups ont conduit Ć  la formulation d’ une sĆ©rie de recommandations Ć  l’ égard de divers publics : personnes Ć¢gĆ©es, proches (aidants), personnel de santĆ© et sociĆ©tĆ© civile (7). Deux recommandations s’ avĆØrent essentielles pour la pratique clinique :
– Faire un examen critique de ses faƧons d’ échanger avec les personnes Ć¢gĆ©es Ć  propos des douleurs chroniques (Ć©viter l’ âgisme sans sous-estimer les vertus d’ un certain stoĆÆcisme ; dĆ©velopper avec les patients un vocabulaire commun autour du ressenti douloureux) ;
– Impliquer avec prĆ©caution le rĆ©seau de communication de ses patients (identifier les personnes ressources, non seulement dans le cercle familial mais aussi amical ; veiller Ć  Ć©viter de surcharger les proches, notamment en permettant la thĆ©matisation de la douleur dans le cadre de la consultation).

La mise sous silence des douleurs chroniques n’ est pas une fatalitĆ© Ć  l’ âge avancĆ©, mais ceci ne signifie pas qu’ il faille absolument en faire une thĆ©matique omniprĆ©sente dans le quotidien des personnes concernĆ©es.

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Dr Gilles Merminod 1
Msc Imane Semlali 2
Dr Orest Weber 2
Dr Eve Rubli Truchard 2
Ma Anamaria Terrier 1
Pr Isabelle Decosterd 2
Pr Pascal Singy 1,2
1 UniversitƩ de Lausanne
2 Centre Hospitalier Universitaire Vaudois

Dr Gilles Merminod

UniversitƩ de Lausanne

Pr Pascal Singy

– UniversitĆ© de Lausanne
– Centre Hospitalier Universitaire Vaudois

Les auteurs n’ ont pas dĆ©clarĆ© de conflits d’ intĆ©rĆŖts en rapport avec cet article.

ā—† Si l’    entourage mĆ©dical et familial proche offre aux personnes Ć¢gĆ©es un environnement privilĆ©giĆ© pour parler de leurs douleurs chroniques, les amis sont Ć©galement cruciaux, notamment pour leur soutien Ć©motionnel. La banalisation parfois Ć¢giste des douleurs des aĆ®nĆ©s et le stoĆÆcisme trĆØs rĆ©pandu parmi les 3ĆØmes et 4ĆØmes Ć¢ges actuels sont des facteurs inhibiteurs essentiels de l’    expression des vĆ©cus douloureux. Dans le travail clinique, la rĆ©flexivitĆ© est de mise, pour permettre d’    éviter des blocages communicationnels superflus tout en respectant le besoin des aĆ®nĆ©s de ne pas faire de leurs douleurs chroniques une thĆ©matique prenant trop de place.

1. Raja SN, Carr DB, Cohen M. et al. The revised International Association for the Study of Pain definition of pain: concepts, challenges, and compromises. Pain 2020;161(9):1976-1982. doi: 10.1097/j.pain.0000000000001939. PMID: 32694387; PMCID: PMC7680716.
2. Larsson C, Hansson E, Sundquist U. Chronic pain in older adults: prevalence, incidence, and risk factors. Scandinavian Journal of Rheumatology 2017;46:317–25.
3. Rastogi R, Meek B. Management of chronic pain in elderly, frail patients: finding a suitable, personalized method of control. Clin Interv Aging 2013;8:37–46.
4. Stubbs B, Schofield P, Patchay S. Mobility limitations and fall-related factors contribute to the reduced health-related quality of life in older adults with chronic musculoskeletal pain. Pain Practice 2016;16:80–89.
5. Clarke A, Anthony G, Gray D, Jones D, McNamee P, Schofield Pet al. ā€œI feel so stupid because I can’    t give a proper answer…ā€ How older adults describe chronic pain: a qualitative study. BMC Geriatrics 2012;12:78. doi: 10.1186/1471-2318-12-78
6. Stewart M. Developing your communication toolkit: a practical guide for healthcare professionals. Pain-E-Book: A textbook for health professionals 2022;21.
7. Singy P, Merminod G, Weber O, Semlali I, Terrier A, Decosterd I & Rubli Truchard E. Les douleurs chroniques Ć  l’    âge avancĆ©: en parler ou non ? 2023 Lausanne: BIL.
8. Merminod G, Weber O, Vaucher C, Semlali I, Terrier A, Decosterd I, Rubli Truchard E & Singy P. Communication about chronic pain in older persons’     social networks: study protocol of a qualitative approach. Frontiers in Public Health 2021;9. doi: 10.3389/fpubh.2021.764584.
9. Merminod G, Weber O, Semlali I, Terrier A, Decosterd I, Rubli Truchard E & Singy P. Talking about chronic pain in family settings: a glimpse of older persons’     everyday realities. BMC Geriatrics 2022;22(1). doi: 10.1186/s12877-022-03058-8
10. Semlali I, Merminod G, Weber O, Terrier A, Decosterd I, Rubli Truchard E & Singy P. Friendship in later life: How friends are significant resources in older persons’     communication about chronic pain. International Journal of Environmental Research and Public Health 2022;19. doi: 10.3390/ijerph19095551.

La grippe et le cœur

La vaccination contre la grippe peut rĆ©duire de maniĆØre significative les Ć©vĆ©nements cardiovasculaires tels que l’infarctus aigu du myocarde, l’accident vasculaire cĆ©rĆ©bral et la mortalitĆ© globale et cardiovasculaire. La prĆ©vention au moyen d’un vaccin quadrivalent inactivĆ© Ć  haute dose devrait ĆŖtre effectuĆ©e selon l’OMS chaque automne chez les personnes Ć¢gĆ©es de 65 ans et plus et souffrant d’une maladie chronique ou chez les seniors ≄75 ans. Malheureusement, le taux de vaccination contre la grippe chez les personnes atteintes de maladies chroniques est aujourd’hui encore beaucoup trop faible. Le conseil mĆ©dical et la motivation sont dĆ©terminants Ć  cet Ć©gard. L’objectif serait d’atteindre un taux de vaccination de cette population de ≄75%. La surmortalitĆ© en cas de grippe est essentiellement cardiovasculaire.

Influenza vaccination can significantly reduce cardiovascular events such as acute myocardial infarction, stroke, and all-cause and cardiovascular mortality. Prevention using an inactivated, quadrivalent HD vaccine should be performed in persons 65 years of age and older with chronic disease or in seniors ≄75 years of age each fall, according to WHO. Unfortunately, influenza vaccination coverage in chronic disease is still far too low today. Medical advice and motivation are critical in this regard. The goal would be a vaccination rate of this population ≄75%. Excess mortality from influ¬enza is primarily cardiovascular.
Key Words: Influenza, influenza vaccination, cardiovascular diseases in influenza, myocardial infarction

Cet article se base sur la littérature actuelle, trois excellentes présentations lors du congrès annuel de la DGK de cette année et les recommandations de vaccination contre la grippe 2023/24 de la CFV/OFSP.
Pour beaucoup de gens, la grippe n’  est qu’ un dĆ©sagrĆ©ment passager avec de la fiĆØvre,du rhume, de la toux, des maux de tĆŖte et des douleurs musculaires. La durĆ©e de la grippe typique est de 5 Ć  7 jours de maladie aiguĆ«, dont gĆ©nĆ©ralement 3-4 jours de repos au lit. Souvent, la toux et l’ asthĆ©nie post-grippale persistent. Le fait est que les coĆ»ts mĆ©dicaux, Ć©conomiques et sociaux de l’ influenza et de ses complications sont largement sous-estimĆ©s.

ComparĆ©e Ć  d’ autres maladies infectieuses, l’ influenza reprĆ©sente une maladie infectieuse dont la charge de morbiditĆ© est la plus Ć©levĆ©e. Ceci est illustrĆ© par l’impact de la grippe en termes d’ annĆ©es de vie perdues en bonne santĆ©. Celui-ci est nettement plus important en cas de grippe qu’ en cas d’ infection par la TBC, le VIH ou le pneumocoque, pour ne citer que quelques infections (1). Chez les groupes Ć  risque, la maladie chronique sous-jacente est renforcĆ©e et le risque d’ évolution grave ou fatale de la maladie est nettement accru.

Une infection par le virus de la grippe entraĆ®ne, par la libĆ©ration de cytokines, un Ć©tat inflammatoire systĆ©mique. Cela peut entraĆ®ner une hypercoagulabilitĆ©, une activation des macrophages et Ć  une Ć©ventuelle constellation septique comprenant un dĆ©sĆ©quilibre hĆ©modynamique avec activation du systĆØme nerveux sympathique, une tachycardie et une vasoconstriction. Il peut y avoir aussi un dysfonctionnement endothĆ©lial et une rupture de plaque. La consĆ©quence est un infarctus aigu du myocarde, un accident vasculaire cĆ©rĆ©bral, une pĆ©ri/myocardite virale avec une possible insuffisance cardiaque et/ou une arythmie peuvent Ć©galement se produire. Les complications respiratoires jouent un rĆ“le important avec hypoxĆ©mie, hypotension et un besoin accru en O2 – cf. fig. 1 (2). En ce qui concerne les maladies secondaires il s’ agit de la pneumonie, de l’ exacerbation d’ une maladie chronique ou d’ une autre BPCO ou d’ un asthme, la dĆ©compensation d’ un diabĆØte sucrĆ© ou d’ autres maladies mĆ©taboliques. En outre existe la possibilitĆ© d’ aggravation de maladies rĆ©nales, hĆ©patiques, neurologiques, immunologiques, et les maladies cancereuses. Cela entraĆ®ne une augmentation de la mortalitĆ© cardio-vasculaire et une augmentation de la mortalitĆ© globale. Le risque d’ un infarctus aigu est jusqu’ à 10 fois plus Ć©levĆ© dans les 3 premiers jours d’ une grippe, et le risque d’ accident vasculaire cĆ©rĆ©bral est multipliĆ© par 8. L’ hospitalisation pour infarctus du myocarde est multipliĆ© par 6 dans les sept premiers jours de l’ infection. et le risque d’ hospitalisation est Ć©galement nettement plus Ć©levĆ© chez les patients avec une maladie cardiaque chronique (2-6). Chez les adultes, le risque cardiovasculaire est 6 fois plus Ć©levĆ© pour un infarctus du myocarde en cas d’ infection respiratoire virale, en particulier de la grippe, pendant l’ épisode infectieuse, du premier au septiĆØme jour. D’ autres virus respiratoires prĆ©sentent un risque plus faible (5).

Lors d’ une forte vague d’ influenza, on peut observer une nette augmentation de la mortalitĆ©. Ainsi, selon l’ institut Robert Koch (RKI), 22’ 900 de dĆ©cĆØs supplĆ©mentaires ont Ć©tĆ© enregistrĆ©s en Allemagne en 2016/17, et dans la saison 2017/2018, 25’ 100 de dĆ©cĆØs supplĆ©mentaires, dont 86% Ć©taient Ć¢gĆ©s de ≄60 ans. 60’ 000 hospitalisations Ć©taient liĆ©es Ć  la grippe en 2017/18, 58% chez des personnes de ≄60 ans. Les maladies de base telles que les maladies respiratoires, cardio-vasculaires, le diabĆØte et le cancer ont un risque nettement plus Ć©levĆ© de souffrir d’ une maladie respiratoire liĆ©e Ć  la grippe (+65%) et d’ une maladie cardiovasculaire (+23%) (7).

Dix-huit pourcent de tous les dĆ©cĆØs dus Ć  la grippe chez les patients >65 ans sont dus Ć  des maladies cardiovasculaires. Pour les maladies chronique pulmonaires le risque de dĆ©cĆØs est 20x plus Ć©levĆ©. Les personnes infectĆ©es Ć¢gĆ©es ont le plus souvent souffert d’ une dĆ©tĆ©rioration de leur Ć©tat gĆ©nĆ©ral de santĆ© – chutes, fragilitĆ©, diminution de l’ autonomie, altĆ©ration de l’ état mental et / ou l’ exacerbation de la maladie de base aprĆØs 1 Ć  2 mois, que chez les personnes non infectĆ©es.

La vaccination

L’ efficacitĆ© prĆ©ventive de la vaccination contre la grippe en ce qui concerne l’ infarctus aigu du myocarde est de 15-45% ; elle est nettement supĆ©rieure Ć  celle de l’ administration d’ une statine (19-30%) ou d’ un traitement antihypertenseur (17-25%) et Ć  peu prĆØs aussi efficace qu’ une abstinence systĆ©matique de nicotine (32-43%) (fig. 2) (3,6).
La vaccination contre la grippe est recommandĆ©e par toutes les lignes directrices. Les objectifs de la vaccination sont: la prĆ©vention de l’ infection grippale, la prĆ©vention de pneumonies secondaires (pneumocoques), la prĆ©vention d’ une inflammation systĆ©mique et d’ une rĆ©action immunitaire entraĆ®nant les Ć©vĆ©nements cardiovasculaires mentionnĆ©s, la prĆ©vention des hospitalisations et des dĆ©cĆØs en cas d’ insuffisance cardiaque.

Selon une grande mĆ©ta-analyse de 2012, la vaccination a permis de rĆ©duire les risques: MACE de -54%, la mortalitĆ© totale de -40%, l’  infarctus du myocarde de -27% (8). Selon une Ć©tude de Cochrane Database en 2015, la mortalitĆ© cardiovasculaire a diminuĆ©e 55% grĆ¢ce Ć  la vaccination (9). Selon une nouvelle mĆ©ta-analyse, le NNT pour la vaccination en cas de MACE est de 23, et de 36 en cas de dĆ©cĆØs cardio-vasculaire (10). Une mĆ©ta-analyse trĆØs complĆØte de 2022 portant sur 18 Ć©tudes (5x randomisĆ©e, 13x Ć©tudes d’ observation) montre chez 217’ 072 patients et patientes Ć  haut risque atteints de maladies cardiovasculaires avec un Ć¢ge moyen de 68 ans, une rĆ©duction significative de la mortalitĆ© totale de 29%, des Ć©vĆ©nements cardiovasculaires de 17% et une rĆ©duction des critĆØres d’ évaluation secondaires de la mortalitĆ© cardiovasculaire et de l’ infarctus du myocarde de respectivement 22 et 18%. Une rĆ©duction de l’ insuffisance cardiaque n’ a pu ĆŖtre constatĆ©e que de maniĆØre non significative. Aucun effet n’ est apparu sur le taux d’ attaque cĆ©rĆ©brale (11). Dans une autre grande mĆ©ta-analyse de 2020, les maladies cardiovasculaires ont pu ĆŖtre rĆ©duites de 45% grĆ¢ce Ć  la vaccination (12). En cas d’ accident vasculaire cĆ©rĆ©bral (AVC), la vaccination a un effet protecteur modĆ©rĆ© peu aprĆØs l’Ć©vĆØnement (13).

Avec l’ âge, l’ efficacitĆ© du systĆØme immunitaire diminue (immunosĆ©nescence); de ce fait, les personnes Ć¢gĆ©es sont plus vulnĆ©rables et prĆ©sentent des Ć©volutions de maladie plus graves. Les vaccins standard (SD-I.) sont donc moins efficaces pour les personnes Ć¢gĆ©es. Le vaccin grippal quadrivalent inactivĆ© Ć  haute dose (HD-I.) avec une quantitĆ© d’ antigĆØnes 4 fois plus Ć©levĆ©e, prĆ©sente une immunogĆ©nicitĆ© supĆ©rieure. Il est plus efficace et protĆØge les personnes Ć¢gĆ©es sur la base des donnĆ©es actuelles, contre la grippe et ses complications. L’ efficacitĆ© absolue s’ élevait en 2021 selon le RKI Ć  47% chez les personnes ≄60 ans (7).

La Commission FĆ©dĆ©rale Suisse pour les Vaccins et l’ OFSP recommandent la vaccination contre la grippe Ć  dose standard (SD) et Ć  dose Ć©levĆ©e (HD) avec la prise en charge des coĆ»ts par l’ assurance obligatoire des soins (AOS) pour les groupes d’ âge et les groupes d’ indication respectifs. Pour la vaccination contre la grippe saisonniĆØre 2023/24 un vaccin Ć  haute dose et deux vaccins diffĆ©rents Ć  dose standard sont actuellement disponibles et autorisĆ©s par l’ OFSP sous certaines conditions – voir les recommandations de vaccination contre la grippe OFSP 2023/2024. Il s’ agit de: HD-I: EflueldaĀ® ; SD-I : Fluarix TetraĀ® et Vaxigrip TetraĀ®.

Le vaccin Ć  haute dose, nettement plus cher, est autorisĆ© par l’ OFSP chez les adultes de 65 ans et plus avec un autre facteur de risque, il est trĆØs bien tolĆ©rĆ©; les effets secondaires sont la rougeur locale au point d’ injection, les myalgies, les cĆ©phalĆ©es et une sensation de malaise. Rarement, une rĆ©action allergique aiguĆ« peut se produire.

L’ OFSP Ć©crit au sujet du vaccin Ć  haute dose contre la grippe:

„Une mĆ©ta-analyse (14) portant sur 34 millions de participants sur une durĆ©e de pĆ©riode d’ utilisation >10 ans montre une plus grande efficacitĆ© des vaccins contre la grippe HD (60μg au lieu de la dose standard de 15 μg d’ antigĆØne par souche vaccinale) contre les complications de la grippe chez les personnes Ć¢gĆ©es ; une observation qui a Ć©galement Ć©tĆ© confirmĆ©e au Danemark. Celles-ci et d’ autres donnĆ©es pour les vaccins HD montrent une amĆ©lioration de 10 Ć  20 % de protection pour les personnes ≄65 ans, raison pour laquelle la Suisse a Ć©galement autorisĆ© le vaccin avec prise en charge des coĆ»ts pour toutes les personnes ≄75 ans ainsi que pour les personnes ≄65 ans prĆ©sentant au moins un autre facteur de risque de grippe sĆ©vĆØre en raison d’ une comorbiditĆ© selon les recommandations de vaccination contre la grippe.
Dans ces groupes d’ âge, a) le risque de contracter la grippe ou des complications et d’ être hospitalisĆ© est plus Ć©levĆ© que chez les personnes plus jeunes en bonne santĆ©, et b) le type de la rĆ©ponse immunitaire Ć  la vaccination est plus faible. Ce sont de bonnes raisons pour recommander un vaccin HD pour ces personnes pour les protĆ©ger contre la grippe“.

Le vaccin saisonnier doit être administré chaque année en automne.
La composition des antigĆØnes (particules virales sous forme fragmentĆ©e) est dĆ©terminĆ©e chaque annĆ©e par l’ OMS. Dans les annĆ©es où la prĆ©diction du vaccin Ć©tait mauvaise avec une faible efficacitĆ©, la protection cardiovasculaire Ć©tait significativement plus faible. Cela donne des indications claires sur l’efficacitĆ© du vaccin. L’ objectif reste que ≄75% des seniors et des enfants (Ć  partir de 6 respectivement 36 mois) souffrant d’ une maladie chronique sous-jacente soient vaccinĆ©es. L’ OFSP et la STIKO (Commission permanente de vaccination auprĆØs du RKI) recommandent Ć©galement une vaccination chez toutes les femmes enceintes Ć  partir du 2e trimestre (plus tĆ“t en cas d’ indication), en post-partum et chez les personnes qui peuvent ĆŖtre considĆ©rĆ©es comme une source d’ infection potentielle des personnes Ć  risque dans le mĆŖme mĆ©nage ou pour celles-ci qui sont prises en charge par ces personnes. Une indication professionnelle existe chez le personnel mĆ©dical, chez les personnes travaillant dans des Ć©tablissements frĆ©quentĆ©s par le public y compris les crĆØches et chez les personnes en contact avec des volailles et oiseaux sauvages – voir www.bag.admin.ch/grippeimpfen ; www.rki.de/grippeimpfen ; www.infovac.ch

Selon le trial IAMI, la vaccination contre la grippe devrait ĆŖtre effectuĆ©e dans les 72 heures du traitement hospitalier aprĆØs un infarctus du myocarde ou en cas d’ une coronaropathie Ć  haut risque, car elle entraĆ®ne une rĆ©duction significative de la mortalitĆ© totale, de l’ infarctus du myocarde ou de thrombose de stent ceci de 28% en 12 mois et de dĆ©cĆØs cardiovasculaire (15).

Actuellement, le taux de vaccination se situe selon la maladie de base (CHK ou HI) au maximum de 30-43% (3, 7). Chez nous aussi, de nombreux patients ne sont conscients de l’ importance de la vaccination saisonniĆØre annuelle en automne. Souvent, on constate dans la population une mĆ©connaissance de la vaccination ou une mauvaise apprĆ©ciation des risques liĆ©s Ć  une absence de vaccination. Il est donc nĆ©cessaire de mettre en place une bonne information et motivation des patients, des seniors et de leurs partenaires/familles par les mĆ©decins. Des campagnes de vaccination et, dans Ć  l’ avenir, un soutien par un logiciel de cabinet mĆ©dical Ć©lectronique seront trĆØs utiles.

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Dr Urs Dürst

Zelglistrasse 17
8127 Forch

L’ auteur n’ a pas dĆ©clarĆ© de conflits d’ intĆ©rĆŖts en rapport avec cet article.

ā—† La vaccination contre la grippe peut prĆ©venir les Ć©vĆ©nements cardiovasculaires, tels qu’ un infarctus du myocarde ou un accident vasculaire cĆ©rĆ©bral, et en rĆ©duire la morbiditĆ© et la mortalitĆ© de maniĆØre significative. Une prĆ©vention est recommandĆ©e aussi bien chez les patients souffrant d’ une maladie chronique et chez les personnes de ≄65 ans. Ces mesures sont simples, efficaces et rentables.
ā—† Malheureusement l’ administration de la vaccination annuelle contre la grippe est toujours sous-optimale, malgrĆ© de trĆØs bonnes donnĆ©es chez la population Ć¢gĆ©e et chez les patients Ć  risque
ā—† La vaccination contre la grippe est la „prĆ©vention secondaire vĆ©cue“.
ā—† Il existe une efficacitĆ© nettement supĆ©rieure du vaccin a haute dose contre la grippe avec une protection amĆ©liorĆ©e de 10 Ć  20 % pour les personnes de ≄65 ans. En dessous de 65 ans, il n’ y a pas d’ autorisation de mise sur le marchĆ©. La prise en charge des coĆ»ts par les assurances maladie selon l’ OFSP est pour toutes les personnes ≄75 ans, ainsi que les personnes ≄65 ans avec au moins un autre facteur de risque selon les recommandations de vaccination contre la grippe.
ā—† Ainsi, la vaccination annuelle contre la grippe saisonniĆØre reste une tĆ¢che importante de la mĆ©decine de famille, mais aussi un dĆ©fi pour le cardiologue qui suit le patient, le pneumologue et d’ autres spĆ©cialistes.

 

1. Cassini et al.,«Impact of infetious diseases on population health ..» Eurosurveillance 2018; 23(16):17-00454
2. Udell JA et al.,«Does influenza vaccination influence cardiovascular complications?», Expert Rev Cardiovasc Ther 2015;13(6)593-596
3. MacIntyre CR et al.,Ā«Influenza vaccine as a coronary intervention for prevention of myocardial infarctionĀ», Heart 2016;102:1953–1956
4. Corrales-Medina VF. et al.,Ā«Role of acute infection in triggering acute coronary syndromesĀ». Lancet Infect Dis 2010;10:83–92
5. Kwong JC. et al.,Ā« Acute myocardial infarction after laboratory- confirmed influenza infectionĀ», N Engl J Med 2018;378:345–353
6. Yedlapati SH et al., «Vaccines and cardiovascular outcomes: lessons learned from influenza epidemics», EHJ 2023, 25, Suppl.A, A17-A24
7. Robert Koch Institut,Ā«STIKO: Aktualisierung der Influenza-Impfempfehlung für Personen im Alter von ≄60 JahrenĀ», Epid Bull 2021;1:3-25
8. Loomba RS et al.,«Influenza vaccination and cardiovascular morbidity and mortality». J Cardiovasc Pharmacol Ther 2012: 237-343
9. Clar Ch. et al.,«Influenza vaccines for preventing cardivascular disease», Cochrane Database Syst Rev 2015
10. Behrouzi B. et al.,«Association of influenza vaccination with cardiovascular risk, a meta-analysis», JAMA Netw Open. 2022;5(4): e228873 doi:10.1001/jamanetworkopen.2022.8873
11. Jaiswal V. et. al.,«Cardioprotective effects of influenza vaccination among patients with established cardiovascular disease or at high cardiovascular risk: a systemic review and meta-analysis», Eur J Prev Cardiol 2022 ;29 (14):1881-1892
12. Zangiabadian M. et al.,«Protective effect of influenza vaccination on cardiovascular diseases: a systematic review and meta-analysis», Sci Rep 2020;10(1):20656
13. Rodríguez-Martín, S. et al.,«Influenza Vaccination and Risk of Ischemic Stroke: A Population-Based Case-Control Study », Neurology 2022; DOI: 10.1212/WNL.0000000000201123
14. Lee JKH et al.,«Efficacy and effectiveness of high-dose influenza vaccine», Vaccine 2021; doi: 10.1016/j.vaccine.2020.09.004
15. Fröbert O et al.,«Influenza vaccination after myocardial infarction», Circulation 2021;144 (18):1476-1484

Un update sur le traitement du trouble obsessionnel compulsif

Le trouble obsessionnel-compulsif (TOC) est une des maladies psychiatriques les plus invalidantes. Il se caractĆ©rise par la prĆ©sence d’ obsessions, c’ est Ć  dire des pensĆ©es vĆ©cues comme intrusives (du latin obsidere – assiĆØger), et des compulsions qui correspondent Ć  des actes rituels nĆ©cessaires pour rĆ©duire l’ intensitĆ© des obsessions.

Obsessive-compulsive disorder (OCD) is one of the most disabling psychiatric illnesses. It is characterised by the presence of obsessions, i.e. thoughts experienced as intrusive (from the Latin obsidere – to besiege), and compulsions, which correspond to ritual acts necessary to reduce the intensity of the obsessions.
Key words: TOC, Neuromodulation, Pathologie rƩsistante, DBS, ThƩrapie cognitivo-comportementale

Introduction

Selon l’ OMS, ce diagnostic figure parmi les dix premiĆØres conditions pathologiques ayant un retentissement sur l’ autonomie et la qualitĆ© de vie de la personne qui en est atteinte [1]. En Europe, la prĆ©valence dans la population gĆ©nĆ©rale se situe entre 1 et 2% [2], les donnĆ©es sur l’ épidemiologie de la personne Ć¢gĆ©e sont trĆØs fragmentaires. L’ idĆ©e rĆ©pandue d’ une rĆ©duction de la prĆ©valence associĆ©e Ć  l’ âge [3] et des donnĆ©es anciennes rapportant une prĆ©valence de 0.8% dans la population de plus de 65 ans [4], est contredite par des investigations plus rĆ©centes sur la prĆ©valence Ć  un mois dans une population Ć¢gĆ©e non dĆ©mente qui retrouvent un taux de 1.3% chez les hommes et 4.3% chez les femmes [5]. Le TOC est une maladie avec des spĆ©cificitĆ©s de traitement souvent peu connues par les professionnels [6], situation qui est probablement due Ć  la rĆ©sistance Ć  chercher de l’ aide des personnes qui en souffrent [7]. L’ instrument principal d’ évaluation clinique du TOC est l’ échelle YBOCS (Yale Brown Obsessive Compulsive Scale), qui Ć©value sur 5 items les obsessions et sur 5 les compulsions. Le rĆ©sultat peut varier entre 0 et 40, avec un seuil pathologique Ć  8 et une intensitĆ© sĆ©vĆØre Ć  partir de 24. Bien que cette Ć©chelle soit devenue le gold-standard pour Ć©valuer la sĆ©vĆ©ritĆ© des TOC, elle a Ć©tĆ© parfois critiquĆ©e car son administration demande beaucoup de temps et est exigeante tant pour les cliniciens que pour les patients. De plus, pour que l’ entretien soit valide et fiable, les cliniciens doivent avoir une expĆ©rience consolidĆ©e Ć  la fois de la maladie et de l’ instrument. [8] Cet article se propose de rĆ©viser les diffĆ©rents traitements actuellement indiquĆ©s, en proposant un schĆ©ma de traitement par Ć©tape selon les meilleures Ć©vidences dans la littĆ©rature.

Traitements de premiĆØre ligne

PsychothƩrapie

La psychothĆ©rapie cognitivo-comportamentale (TCC) avec exposition et prĆ©vention de la rĆ©ponse est le traitement de premiĆØre ligne pour le TOC [9]. Elle consiste en l’ exposition du patient aux stimuli anxiogĆØnes avec une inhibition consĆ©quente de l’  obsession. Le Ā« number needed to treat Ā» (nombre de sujets Ć  traiter ou NST) avec une psychothĆ©rapie est Ć©gale Ć  trois, contre 5 patients nĆ©cessaires pour une pharmacothĆ©rapie avec ISRS [10]. Cependant, la rĆ©sistance du patient, les coĆ»ts d’ un tel traitement et les taux de dropout constituent de fortes limitations dont il convient de tenir compte lors d’  une prise en charge, notamment des cas les plus sĆ©vĆØres.

Inhibiteurs sĆ©lectifs de la recapture de la sĆ©rotonine – ISRS

Les ISRS sont recommandĆ©s en premiĆØre ligne dans le traitement aussi bien que la psychothĆ©rapie dans les guidelines [9]. En rĆØgle gĆ©nĆ©rale, il faut considĆ©rer ces molĆ©cules plutĆ“t comme des anti-obsessionnels et non pas des antidĆ©presseurs dans cette indication, ce qui implique des diffĆ©rences autant sur le plan posologique (cf. Tableau 1) que sur celui du dĆ©lai d’  efficacitĆ©. Une mĆ©ta-analyse portant sur la question de la corrĆ©lation entre le dosage et la rĆ©ponse clinique a conclu que la rĆ©duction des symptĆ“mes du TOC Ć©tait de 7 Ć  9 % plus Ć©levĆ©e chez les patients du groupe recevant la dose la plus Ć©levĆ©e [11]. Il faut garder Ć  l’ esprit que le NST en monothĆ©rapie avec une dose standard est de 5, alors que le NST pour observer une amĆ©lioration en passant Ć  une dose moyenne ou Ć©levĆ©e varie de 13 Ć  15 [12]. Le dĆ©lai de rĆ©ponse minimal entre l’ instauration d’ un ISRS Ć  dose efficace et son impact clinique est de 10 Ć  12 semaines [13]. Cependant, les premiers rĆ©sultats statistiquement significatifs de rĆ©duction des symptĆ“mes sont observĆ©s aprĆØs seulement 2 semaines de prescription des ISRS, et l’ amĆ©lioration suit une courbe logarithmique selon laquelle les effets les plus importants du traitement sont observĆ©s dans la phase initiale.

Traitements de deuxiĆØme ligne

Clomipramine

Plusieurs mĆ©ta-analyses [14, 15] ont mis en Ć©vidence une plus grande efficacitĆ© de la clomipramine par rapport aux ISRS, mais les essais individuels [16, 17] qui la comparent directement aux ISRS n’ étayent pas ces donnĆ©es. Bien que la clomipramine reste un traitement de deuxiĆØme intention selon l’ APA [9], les donnĆ©es les plus rĆ©centes suggĆØrent que le passage d’ un ISRS Ć  la clomipramine n’ est pas obligatoire [18].

Inhibiteurs de la recapture de la sƩrotonine-noradrƩnaline (IRSN)

La venlafaxine est la molĆ©cule de cette classe sur laquelle on a le plus de donnĆ©es [19, 20], mais dont l’ interprĆ©tation reste limitĆ©e par les dĆ©finitions divergentes de la rĆ©ponse chez les diffĆ©rents auteurs. Son efficacitĆ© est probablement comparable Ć  celle de la clomipramine, avec un profil d’ effets secondaires qui la rend prĆ©fĆ©rable Ć  cette derniĆØre [20].

Traitement adjuvant

3.1 Combinaison d’  antidĆ©presseurs

Bien qu’ il y ait peu de preuves Ć  l’ appui, l’ ajout de la clomipramine en association avec des ISRS est toujours Ć  envisager [9].

MolƩcules antidopaminergiques

D’ aprĆØs les connaissances les plus rĆ©centes, les prescriptions les plus efficaces sont de faibles doses d’ aripiprazole (1-5 mg/j) ou de rispĆ©ridone (0,5-1 mg/j) [21, 22, 23].
L’ ajout d’ un antipsychotique aux ISRS est efficace chez environ un tiers des patients, en particulier en prĆ©sence de tics, avec un NST d’ environ cinq [12].
La clozapine n’ est pas recommandĆ©e, car il existe suffisamment de preuĀ­ves de son rĆ“le dans l’ aggravation possible des symptĆ“mes du TOC [24].

MolƩcules glutamatergiques

L’ efficacitĆ© de la mĆ©mantine, un antagoniste des rĆ©cepteurs NMDA qui rĆ©gule les effets d’ un taux de glutamate pathologiquement Ć©levĆ© dans le traitement de la maladie d’ Alzheimer, a Ć©tĆ© Ć©tudiĆ©e dans le TOC dans un petit essai, en complĆ©ment de la fluvoxamine pendant 8 semaines. 89 % des patients traitĆ©s Ć  la mĆ©mantine correspondaient aux critĆØres de de rĆ©mission, dĆ©finis par un score YBOCS infĆ©rieur ou Ć©gal Ć  16, contre 32 % dans le groupe placebo [25].

La kĆ©tamine est un antagoniste des rĆ©cepteurs NMDA et un agent non sĆ©lectif ciblant les systĆØmes opioĆÆdes, cholinergiques et monoaminergiques, ce qui peut contribuer Ć  son efficacitĆ© dans le TOC [26, 27, 28]. Elle est utilisĆ©e dans la pratique clinique, sans indications officielle, comme stratĆ©gie d’ augmentation lorsque les approches mieux Ć©prouvĆ©es ont Ć©chouĆ© [29, 30]. La plupart des essais indiquent un effet rapide mais de courte durĆ©e (de quelques jours Ć  quelques semaines) et trĆØs hĆ©tĆ©rogĆØne allant de la rĆ©mission complĆØte Ć  l’ absence de bĆ©nĆ©fice [31].

Vers la psychiatrie interventionnelle

Un patient rĆ©pond aux critĆØres de TOC rĆ©sistant lorsqu’ il prĆ©sente une rĆ©duction infĆ©rieure Ć  25 % Ć  l’ YBOCS malgrĆ© un essai d’ au moins 12 semaines Ć  la dose la plus Ć©levĆ©e tolĆ©rĆ©e d’ ISRS ou de clomipramine, en association avec au moins 30 heures de TCC. Le TOC rĆ©fractaire est dĆ©fini comme une non-rĆ©ponse aprĆØs 3 Ć  6 mois Ć  au moins trois antidĆ©presseurs (y compris la clomipramine), et au moins deux essais d’ appoint avec des antipsychotiques atypiques [14]. MĆŖme dans les cas où un traitement adĆ©quat est proposĆ© au patient, on peut observer une persistance chez 10 % des patients d’ handicap sĆ©vĆØre du TOC [32].

La stimulation magnétique transcrânienne répétitive (rTMS)

La stimulation magnĆ©tique transcrĆ¢nienne rĆ©pĆ©titive (rTMS) est un traitement de neuromodulation basĆ© sur l’  induction ciblĆ©e d’  un courant Ć©lectrique dans le systĆØme nerveux central Ć  travers l’  exposition d’  un champ magnĆ©tique variable. La rTMS bilatĆ©rale Ć  basse frĆ©quence ciblant l’ aire motrice supplĆ©mentaire (SMA) rĆ©duit significativement les symptĆ“mes obsessionnels avec un effet durable aprĆØs 6 semaines de suivi [33]. Une autre Ć©tude a montrĆ© la supĆ©rioritĆ© d’ une stimulation de 1 Hz du cortex prĆ©frontal dorsolatĆ©ral (DLPFC) par rapport Ć  une stimulation similaire de 10 Hz et au placebo [34]. La rTMS est considĆ©rĆ©e comme une alternative viable aux essais de mĆ©dicaments de deuxiĆØme et troisiĆØme ligne relativement risquĆ©s, tels que les antipsychotiques, les opioĆÆdes, les benzodiazĆ©pines et les agents glutamatergiques [35]. Ces donnĆ©es suggĆØrent qu’ il est indiquĆ© de planifier un traitement par rTMS avant de poser une indication Ć  la DBS (cf. ci-dessous), compte tenu de la balance risques-bĆ©nĆ©fices.

Stimulation cƩrƩbrale profonde (DBS)

La DBS est une technique de neuromodulation dont l’ application dans les TOC est basĆ©e sur une efficacitĆ© bien documentĆ©e [36]. Une revue systĆ©matique a montrĆ© qu’ en ce qui concerne la cible il n’ y avait pas de diffĆ©rences significatives entre la partie antĆ©rieure de la capsule interne (ALIC) et le noyau sous-thalamique (STN), et que jusqu’ à 60% des patients opĆ©rĆ©s avaient une rĆ©duction d’ au moins 35% Ć  l’ YBOCS [37]. Le mauvais positionnement des Ć©lectrodes ou l’ infection intracrĆ¢nienne sont les principales causes de retrait et de rĆ©implantation du dispositif. L’ hĆ©morragie intracrĆ¢nienne est un effet secondaire grave dans environ 5% des cas. L’ effet secondaire le plus frĆ©quent liĆ© Ć  la stimulation est l’ hypomanie, bien qu’ il disparaisse gĆ©nĆ©ralement aprĆØs ajustement des paramĆØtres de stimulation. Des crises d’ épilepsie, quel que soit le site de stimulation, ont Ć©tĆ© occasionnellement dĆ©crites dans les cinq annĆ©es suivant l’ opĆ©ration. Les autres effets indĆ©sirables liĆ©s Ć  la stimulation sont la prise de poids, les troubles du sommeil, les troubles subjectifs de la mĆ©moire et l’ augmentation de l’ anxiĆ©tĆ© [38].

Conclusion

On estime que moins de 10% des patients atteints par un TOC reƧoivent un traitement adaptĆ© peut-ĆŖtre en lien avec la rĆ©ticence chez le patient de chercher de l’  aide et des symptĆ“mes constituent rarement une menace urgente pour soi-mĆŖme ou autrui ce qui est susceptible de limiter le contact de ces patients avec les professionnels et, par voie de consĆ©quence, les compĆ©tences de ces derniers. Dans la population Ć¢gĆ©e, la situation est aggravĆ©e par un manque de donnĆ©es spĆ©cifiques, autant sur le plan Ć©pidĆ©miologique que sur celui de la prise en charge clinique adaptĆ©e. Le consensus actuel encourage les professionnels Ć  adopter la meilleure stratĆ©gie thĆ©rapeutique disponible pour les patients Ć¢gĆ©s, en Ć©vitant au maximum que la vieillesse constitue un obstacle Ć  l’  accĆØs aux soins. Des recherches ultĆ©rieures sont nĆ©cessaires pour assurer Ć  ces patients un traitement optimisĆ© Ć  leur Ć©tat de santĆ©, souvent marquĆ© par des complexitĆ©s qu’  on ne retrouve pas chez les jeunes et les adultes jeunes.

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Dr Kevin Swierkosz-Lenart
Dre Beatriz Pozuelo Moyano
Dre Marie-Thérèse Clerc
Pr Armin von Gunten
Service universitaire de psychiatrie de l’ âge avancĆ© (SUPAA), CHUV
Rue du Bugnon 46, 1011 Lausanne

Dr Kevin Swierkosz-Lenart

Service universitaire de psychiatrie de l’ âge avancĆ© (SUPAA)
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kevin.swierkosz-lenart@chuv.ch

Dre Beatriz Pozuelo Moyano

Service universitaire de psychiatrie de l’âge avancĆ©
Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV)
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Pr Armin von Gunten

Service universitaire de psychiatrie de l’âge avancĆ© (SUPAA),
Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), Lausanne.

Les auteurs n’ ont pas dĆ©clarĆ© de conflits d’  intĆ©rĆŖts en rapport avec cet article.

ļ‚® Si l’ entourage mĆ©dical et familial proche offre aux personnes Ć¢gĆ©es un environnement privilĆ©giĆ© pour parler de leurs douleurs chroniques, les amis sont Ć©galement cruciaux, notamment pour leur soutien Ć©motionnel. La banalisation parfois Ć¢giste des douleurs des aĆ®nĆ©s et le stoĆÆcis
ļ‚® me trĆØs rĆ©pandu parmi les 3ĆØmes et 4ĆØmes Ć¢ges actuels sont des facteurs inhibiteurs essentiels de l’ expression des vĆ©cus douloureux.
 Dans le travail clinique, une réflexivité est de mise, pour permettre
d’ éviter des blocages communicationnels superflus tout en respectant
 le besoin des aînés de ne pas faire de leurs douleurs chroniques une thématique prenant trop de place.