RETO KRAPFs Medical Voice

DerniĆØres parutions

Les opioïdes sont inefficaces contre les douleurs lombo- ou cervico-vertébrales aiguës

Avez-vous dĆ©jĆ  prescrit des opioĆÆdes dans cette situation ? Une Ć©tude d’efficacitĆ© australienne a examinĆ© des patients souffrant de lombalgies ou de cervicalgies sans symptĆ“mes radiculaires au cours des 12 semaines d’apparition de ces douleurs. Le site L’opioĆÆde utilisĆ© (oxycodone jusqu’Ć  20 mg par jour) n’a pas Ć©tĆ© en mesure d’influencer significativement l’intensitĆ© de la douleur dans les 6 semaines par rapport au placebo. Le „Brief Pain Inventory“ (1), avec une Ć©chelle de 0 Ć  10, un score plus Ć©levĆ© indiquant une douleur plus intense, a Ć©tĆ© utilisĆ© pour Ć©valuer l’intensitĆ© de la douleur. AprĆØs 6 semaines, celle-ci Ć©tait de prĆØs de 2,8 points sous oxycodone et de 2,25 points sous placebo, soit Ć  peu prĆØs le mĆŖme nombre de points. Les constipations Ć©taient deux fois plus frĆ©quentes dans le groupe oxycodone, bien que la prĆ©paration Ć©tudiĆ©e contienne Ć©galement de la naloxone (2). Il n’y a donc aucune raison de recourir Ć  un traitement opioĆÆde pour cette forme de lombalgie aiguĆ« non spĆ©cifique.

1. Une version allemande du „Brief Pain Inventory“ se trouve sous www.drk-schmerzzentrum.de
2.The Lancet 2023, doi.org/10.1016/S0140-6736(23)00404-X, rƩdigƩ le 10.07.2023

Faut-il estimer le taux de filtration glomĆ©rulaire sur la base d’un dosage de la crĆ©atinine ou de la cystatine C ?

Faut-il mesurer le dĆ©bit de filtration glomĆ©rulaire sur la base d’une crĆ©atinine ? En fait, il faudrait mesurer le dĆ©bit de filtration glomĆ©rulaire au moins de temps en temps, au cours de l’Ć©volution ou directement en cas de situation critique ! Il faut considĆ©rer comme un progrĆØs le fait qu’il existe bientĆ“t des mĆ©thodes de dĆ©termination plus simples, qui pourraient bientĆ“t rendre obsolĆØte le recueil ambulatoire sur 24 heures, qui est entachĆ© d’erreurs importantes. Le DFG estimĆ©, ou eGFR, prĆ©sente des inconvĆ©nients, qu’il soit calculĆ© sur la base de la cystatine C ou de la crĆ©atinine. En tout Ć©tat de cause, ces eGFR ne sont pas comparables entre eux, que ce soit en ambulatoire (1) ou lors d’hospitalisations aiguĆ«s (2), et les divergences sont plus ou moins courantes. L’eGFR basĆ© sur la cystatine C donne en gĆ©nĆ©ral des valeurs nettement plus basses que l’eGFR basĆ© sur la crĆ©atinine. Il existe des indications indirectes selon lesquelles l’eGFR basĆ© sur la cystatine C est plus proche de la vĆ©ritĆ©, mais aucune preuve rĆ©elle ne vient Ć©tayer cette hypothĆØse.- ou d’un dosage de la cystatine C ?

1.CJASN 2023, DOI: 10.2215/CJN.0000000000000217,
2.American Journal of Kidney Diseases 2023, doi.org/10.1053/j. ajkd.2023.03.005, redigƩ le 13.07.2023

Testez vos connaissances…

sur le tennis elbow

Le tennis elbow ou, en termes plus professionnels, l’Ć©picondylite latente, est une tendinopathie qui apparaĆ®t progressivement et sans antĆ©cĆ©dents de traumatisme. Son incidence serait supĆ©rieure Ć  3 cas pour 1000 personnes par an. Les individus Ć¢gĆ©s de 40 Ć  60 ans, sans prĆ©dominance de sexe, sont prĆ©dominants.

Quelles affirmations concernant le tennis elbow sont correctes (plus d’une rĆ©ponse peut ĆŖtre correcte) ?

1. Un examen radiologique est nƩcessaire pour Ʃtablir le diagnostic.
2. L’examen clinique rĆ©vĆØle une dolence Ć  la pression de l’Ć©picondyle latĆ©ral de l’humĆ©rus. Une extension dorsale de la main entraĆ®ne une faiblesse de l’avant-bras et/ou des douleurs.
3. L’Ć©volution spontanĆ©e Ć©tant mauvaise, des injections de glucocorticoĆÆdes sont indiquĆ©es et, en cas d’inefficacitĆ©, une intervention chirurgicale.
4. L’immobilisation et le repos sont importants pour accĆ©lĆ©rer la disparition des symptĆ“mes.
5. 97% des personnes concernƩes sont libƩrƩes de leurs douleurs au bout de 2 ans au plus tard sans aucune intervention.

RƩponse :
Le diagnostic de l’Ć©picondylite latĆ©rale est avant tout clinique. L’absence de traumatisme, la dolence Ć  la pression sur l’Ć©picondyle latĆ©ral et le dĆ©clenchement de la douleur/la faiblesse musculaire aprĆØs l’extension dorsale de la main par un examinateur, alors que le patient rĆ©siste activement, sont les signes cliniques classiques.

Les injections de glucocorticoĆÆdes entraĆ®nent une amĆ©lioration Ć  court terme, mais semblent aggraver l’Ć©volution globale. Les interventions chirurgicales ne devraient ĆŖtre envisagĆ©es qu’aprĆØs au moins un an de douleurs ou devraient a priori ĆŖtre Ć©vitĆ©es. L’immobilisation (tout comme la physiothĆ©rapie) n’a qu’un bĆ©nĆ©fice thĆ©rapeutique minime, voire nul. La plupart des patients ne souffrent plus de douleurs aprĆØs
12 mois ne prĆ©sentent plus de symptĆ“mes. 97% des 72 chirurgiens orthopĆ©distes qui ont posĆ© le diagnostic d’Ć©picondylite latĆ©rale ont Ć©tĆ© libĆ©rĆ©s de leurs douleurs au plus tard aprĆØs 2 ans et sans intervention chirurgicale.
Les rƩponses 2 et 5 sont donc correctes.

NEJM 2023, doi:10.1056/NEJMcp2216734, rƩdigƩ le 14.07.2023

Toujours et encore controversƩ

Vitamine D et substitution hormonale post-mƩnopausique

Dans les annĆ©es 1990, il n’y avait soudainement plus de rĆ©elle contre-indication Ć  la substitution hormonale pendant la mĆ©nopause. Parmi les effets positifs annoncĆ©s, on trouvait Ć©galement une diminution prĆ©sumĆ©e du risque de dĆ©mence. Peu de temps aprĆØs, la vitamine D a connu son heure de gloire et semblait ĆŖtre bonne pour de nombreuses nouvelles indications, notamment comme facteur protecteur.

contre les maladies cardiovasculaires. Cet effet a Ć©tĆ© attribuĆ©, entre autres, Ć  la propriĆ©tĆ© d’inhibiteur de la rĆ©nine et, par consĆ©quent, Ć  une rĆ©duction de la pression artĆ©rielle. Cependant, les Ć©tudes d’intervention menĆ©es jusqu’Ć  prĆ©sent n’avaient pas montrĆ© d’effet protecteur cardiovasculaire convaincant. Ceci est maintenant confirmĆ© par une nouvelle Ć©tude, car 60 000 unitĆ©s de vitamine p.o. par mois n’empĆŖchent pas de maniĆØre significative les Ć©vĆ©nements cardiovasculaires majeurs. Les auteurs suggĆØrent certes qu’il pourrait y avoir un effet protecteur, mais les preuves prĆ©sentĆ©es dans leur publication ne sont pas comprĆ©hensibles (1).

Il en va autrement pour le traitement hormonal substitutif postmĆ©nopausique : Dans une Ć©tude de cohorte danoise, on trouve justement l’inverse de l’effet prĆ©cĆ©dent : Les hormones post-mĆ©nopausiques augmenteraient le risque de dĆ©veloppement de dĆ©mence, indĆ©pendamment de l’Ć¢ge de dĆ©but et de la durĆ©e de prise (2).

La place manque ici pour dĆ©battre de ce phĆ©nomĆØne non rare dans la recherche clinique qu’est le changement des bases factuelles. La conclusion reste sobre et simple : trop peu de preuves pour la vitamine D en tant qu’hormone cardiovasculaire protectrice et trop peu de preuves pour renoncer Ć  une substitution hormonale post-mĆ©nopausique uniquement en raison d’un effet supposĆ© sur le dĆ©veloppement de la dĆ©mence.

1.BMJ 2023, doi.org/10.1136/bmj-2023-075230, 2. BMJ 2023, doi.org/10.1136/bmj-2022-072770, redigƩ le 13.07.2023

Pr Dr Reto Krapf

krapf@medinfo-verlag.ch

Les Inhibiteurs du SGLT2 en thƩrapie

Certain SGLT2-I, originally developed as glucose-lowering therapy for type II diabetes (T2DM), are now also approved for heart failure (HI) and/or chronic kidney disease (CKD). SGLT2-I, ARNI/ACE-Inhibitors, Beta blockers, and MRA are among the „fantastic four“ of baseline HI therapy for LV-EF <40% (HFrEF) according to the 2021 ESC guidelines. Recent work has also shown a significant benefit of SGLT2-I. in terms of mortality and hospitalization for HI at an LV-EF >40% (HFmrEF) and an LV-EF >50% (HFpEF). In addition to cardioprotection, this class of compounds is also nephroprotective. SGLT2-I are contraindicated in type I diabetes mellitus and in stressful situations such as acute illness with volume deficiency, infection, fasting and perioperative – caution: euglycemic ketoacidosis.
Key Words: SGLT2-Inhibitor (SGLT2-I), cardio- +nephroprotective, «fantastic-four», H2FPEF score, eGFR+UACR.

L’ insuffisance cardiaque est une maladie progressive et mortelle. Une hospitalisation aggrave l’ évolution et augmente la mortalitĆ©. Ces baisses („Worsening heart failure“) peuvent toujours survenir. Dans de telles situations, il faut du cĆ“tĆ© mĆ©dicamenteux d’ une Ć©ventuelle optimisation du traitement de base, en plus de diurĆ©tiques et une escalade avec du vĆ©riciguat. Le risque d’ autres Ć©vĆ©nements peut ainsi ĆŖtre rĆ©duit. Il faut Ć©ventuellement aussi envisager une intervention – mots-clĆ©s: tachycardie, fibrillation auricualirei, infarctus du myocarde sĆ©vĆØre, bloc de branche gauche avec dyssynchronie ventriculaire gauche et ischĆ©mie. Une IC avec une FEVG prĆ©servĆ©e (HFpEF) a une mortalitĆ© importante. Dans ce groupe, la mortalitĆ© non cardiaque augmente nettement (5). Les diffĆ©rentes comorbiditĆ©s doivent ĆŖtre traitĆ©es (1-3).

Insuffisance cardiaque avec une fraction d’  Ć©jection du ventricule gauche (FEVG) ≤40% (HFrEF)

Ce groupe d’ IC correspond Ć  une limitation fonctionnelle systolique primaire avec une faiblesse contractile, le plus souvent Ć  base d’ une origine ischĆ©mique ou dilatĆ©e. L’ algorithme de traitement de l’ ESC est prĆ©sentĆ© dans la figure 1.

Les quatre mĆ©dicaments: Inhibiteurs de l’ ECA/ BĆŖta-bloquants/ MRA et SGLT2-I ont une indication ESC IA (MRA: antagoniste minĆ©ral corticoĆÆde des rĆ©cepteurs/antagoniste de l’ aldostĆ©rone). Au lieu de l’  inhibiteur de l’ ECA, il peut/doit ĆŖtre remplacĆ© par un ARNI (inhibiteur du rĆ©cepteur de l’ angiotensine nĆ©prilysine) (IB). En cas de congestion il faut Ć©galement utiliser des diurĆ©tiques de l’ anse (1). Les „fantastic four“ rĆ©duisent considĆ©rablement le risque de mortalitĆ© (1-6). Il est important que les mĆ©dicaments ne soient pas administrĆ©s lentement, l’ un aprĆØs l’ autre, comme c’ était le cas auparavant, mais qu’ ils soient tous administrĆ©s dans peu de temps (1). Si le patient est hospitalisĆ©, il doit sortir, si possible, avec ces quatre substances. Lors d’ un premier contrĆ“le aprĆØs 1 Ć  2 semaines, la dose doit ĆŖtre adaptĆ©e Ć  la clinique et, lors des visites suivantes, dans les 6 premiĆØres semaines aprĆØs l’  hospitalisation, elle doit ĆŖtre adaptĆ©e pour atteindre la dose cible (2). Cette combinaison de 4 entraĆ®ne Ć©galement une nette prolongation de la durĆ©e de vie – selon l’ âge (55-80 ans) de 6,3 Ć  1,4 ans (7).

Les inhibiteurs de SGLT2 ont prouvĆ© leur efficacitĆ© dans la DAPA-HF et dans l’ étude EMPEROR Reduced, indĆ©pendamment de la prĆ©sence d’ un DT2 (8.9). Ces deux Ć©tudes ont montrĆ© une rĆ©duction significative en ce qui concerne la premiĆØre hospitalisation pour IC de 30 et 31% respectivement. Le NNT Ć©tait trĆØs bas dans les deux Ć©tudes (21 et 19). Des sous-groupes tels que les patients atteints de DT2, d’ IRC, de fibrilation auriculaire et Ć  un Ć¢ge avancĆ© ont bĆ©nĆ©ficiĆ© d’ un SGLT2-I. Il y a Ć©galement eu une qualitĆ© de vie nettement meilleure et une bonne tolĆ©rance. Dans les deux Ć©tudes, l’ effet positif est apparu dĆØs 12-28 jours. La dapa- ou l’ empagliflozine peuvent ou doivent ĆŖtre administrĆ©es mĆŖme en cas de tension artĆ©rielle initiale basse (<110mmHg). Les Ć©lectrolytes restent stables et les deux mĆ©dicaments peuvent ĆŖtre utilisĆ©s en premier lieu en cas d’ IRC jusqu’ à une clairance de la crĆ©atinine de 25 resp.20ml/min/1.73m2.

AprĆØs l’ étude EMPULSE, l’ empagliflozine Ć  10mg a Ć©galement Ć©tĆ© utilisĆ©e avec succĆØs en cas de dĆ©compensation aiguĆ« de l’ IC (10). ComparĆ© avec le diurĆ©tique mĆ©tazolone 5-10mg il y a Ć©galement eu une recompensation rapide en cas de rĆ©sistance aux diurĆ©tiques. Les Ć©lectrolytes, l’ acide urique et la crĆ©atinine sont restĆ©s stables (10,11). Contrairement aux diurĆ©tiques qui rĆ©duisent le volume intravasculaire et interstitiel, les SGLT2-I rĆ©duisent principalement le volume interstitiel avec une modification minimale du volume sanguin.

Les SGLT2-I. permettent d’ économiser les diurĆ©tiques. La rĆ©duction du poids corporel d’ environ 2 kg est Ć©galement due Ć  l’ effet diurĆ©tique initial. Les SGLT2-I rĆ©duisent la rĆ©absorption du glucose et du sodium dans le tubule rĆ©nal proximal, ce qui entraĆ®ne une diurĆØse osmotique avec une glucosurie de 60-80g/die et une natriurĆØse avec excrĆ©tion d’ eau et une lĆ©gĆØre baisse de la pression sanguine artĆ©rielle. Lors d’  une dĆ©compensation aiguĆ« de l’  IC, des diurĆ©tiques de l’ anse doivent ĆŖtre ajoutĆ©s.

L’ usagei d’ un SGLT2-I est gĆ©nĆ©ralement associĆ© Ć  un dosage plus faible de diurĆ©tiques. D’ autres mĆ©canismes d’ action de SGLT2-I. sont prĆ©sentĆ©s dans la figure 2. Il en rĆ©sulte Ć©galement un remodelage positif du VG avec une amĆ©lioration de la fonction du VG, une nĆ©phroprotection avec stabilisation de l’ eGFR et diminution de l’ albuminurie, une inhibition du systĆØme sympathique, une inhibition de l’ inflammation et des espĆØces rĆ©actives de l’ oxygĆØne, augmentation de la synthĆØse de l’ érythropoĆÆĆ©tine, de la gluconĆ©ogenĆØse et l’ oxydation des acides gras et une optimisation cellulaire (libĆ©ration d’ O2, synthĆØse de corps cĆ©toniques et d’ ATP) avec une amĆ©lioration de l’ approvisionnement Ć©nergĆ©tique myocardique. Le mĆ©tabolisme cĆ©togĆØne conduit Ć  une perte de poids, une amĆ©lioration du dysfonctionnement mitochondrial et une rĆ©duction du stress oxydatif (12, 13). L’ autophagie, un processus intracellulaire, dans diffĆ©rents organes est aussi amĆ©liorĆ© (14). La dĆ©gradation de protĆ©ines mal repliĆ©es ou d’ organelles cellulaires endommagĆ©es empĆŖche des effets nĆ©gatifs sur les processus cellulaires et met des molĆ©cules telles que les acides aminĆ©s, les acides gras ou les glucides Ć  nouveau Ć  la disposition de la cellule pour l’ anabolisme. La fibrose est contrecarrĆ©e, de mĆŖme que l’ atteinte glomĆ©rulaire et les dommages tubulaires. La natriurĆØse entraĆ®ne une rĆ©duction de la pression artĆ©rielle intraglomĆ©rulaire et pulmonaire. La rĆ©duction de l’ uricĆ©mie est Ć©galement favorable (prĆ©dicteur de la gravitĆ©, de la mortalitĆ© de l’ IC) et une hyperpotassĆ©mie mĆ©dicamenteuse qui se dĆ©veloppe plus rarement dans le traitement de base de l’ IC. Cela a un effet favorable lors de l’ administration d’ inhibiteurs de l’  ECA et d’  ARM – obtention des doses cibles. Les SGLT2-I sont trĆØs bien tolĆ©rĆ©s. Les effets secondaires les plus frĆ©quents sont: les infections urogĆ©nitales.

Malheureusement, le sacubitril/valsartan et le SGLT2-I sont souvent utilisĆ©s trop tard malgrĆ© un risque cardiovasculaire Ć©levĆ©, c’ est ce qu’ illustre l’ étude EVOLUTION-HF menĆ©e auprĆØs de 270 000 patients au Japon, en SuĆØde et aux Ɖtats-Unis. AprĆØs un an, la combinaison de 4 mĆ©dicaments n’ a plus Ć©tĆ© pris de maniĆØre consĆ©quente, resp. la dose cible des diffĆ©rents mĆ©dicaments n’ a pas Ć©tĆ© atteinte (15). Ce sont surtout les patients, mais aussi une partie des mĆ©decins,qui jugent faussement le risque d’ une IC avancĆ©e. Seuls 14% des patients estiment que le risque est Ć©levĆ© (16).

Insuffisance cardiaque avec une FE VG >40% (FCmrEF : 41-49%) + ≄50% FCpEF)

MĆŖme en cas d’  IC avec une FE de 41-49%, les „fantastic four“ sont efficaces. Trois de ces quatre mĆ©dicaments ont une indication IIb selon les directives de l’ ESC de 2021/2023 et peuvent Ć©galement ĆŖtre envisagĆ©s dans cette population de patients (1, 2). Selon les Ā«focused update ESC-Guidelines HI 2021Ā» (2), les SGLT2-I Dapa- resp. Empagliflozine et les diurĆ©tiques ont une indication IA en cas de rĆ©tention de liquide – ils rĆ©duisent le risque d’ hospitalisation pour IC et le risque de dĆ©cĆØs cardiovasculaire. Cet effet positif est indĆ©pendant de la FE VG (17). Les SGLT2-I. amĆ©liorent Ć©galement la fonction diastolique perturbĆ©e, qui joue un rĆ“le trĆØs important dans l’ HFpEF (18). Dans l’  Ć©tude EMPEROR PRESERVED, l’ empagliflozine a permis de rĆ©duire significativement le critĆØre primaire de dĆ©cĆØs cardiovasculaire et d’ hospitalisation pour IC – HR 0,79, ce qui signifie un RRR de 21% ou un NNT de 31 sur une durĆ©e mĆ©diane de 26 mois (19). Ce n’ est qu’ à partir d’  une FE VG ≄65% que le mĆ©dicament n’ a plus d’ effet sur le taux d’  hospitalisation en cas d ‚ IC (20). L’  Ć©tude DELIVER a confirmĆ© les rĆ©sultats obtenus avec la dapagliflozine, avec 23% d’  hospitalisations pour IC en moins, respectivement un NNT de 32 (21).

Le diagnostic d’ une HFpEF avec une dysfonction diastolique et un processus de remplissage ventriculaire gauche limitĆ© peut dĆ©jĆ  ĆŖtre suspectĆ© cliniquement sans Ć©chographie cardiaque Ć  l’ aide du score H2FPEF – cf. figure 3. Quatre des 6 paramĆØtres doivent ĆŖtre dĆ©terminĆ©s cliniquement et 2 par Ć©chocardiographie. La clinique suffit dĆ©jĆ  Ć  Ć©tablir une forte probabilitĆ© de HFpEF (22). Bien entendu, une Ć©cho devrait encore ĆŖtre rĆ©alisĆ©e pour confirmation. Les paramĆØtres cliniques permettent toutefois de commencer un traitement mĆ©dicamenteux de maniĆØre anticipĆ©e. Une augmentation du NT-pro-BNP de >125pg/ml dans le rythme sinusal ou de >365pg/ml dans la fibrillation auriculaire parle Ć©galement en faveur d’ une IC (1).
Dans le cas d’ une IC, les comorbiditĆ©s sont trĆØs importantes ; en particulier pour l’ HFpEF. La maladie concomitante la plus frĆ©quente est l’ IRC, avec prĆØs de 50-60% selon le type d’  IC. Les autres maladies sont: La carence en fer avec ou sans anĆ©mie, le surpoids/l’ obĆ©sitĆ©, la cachexie, le DT2, les troubles de la fonction thyroĆÆdienne, la BPCO, l’  IRC, l’  artĆ©riopathie pĆ©riphĆ©rique et l’ accident vasculaire cĆ©rĆ©bral. Maladies supplĆ©mentaires : Hypertension, fibrillation auriculairei, hypertension pulmonaire et apnĆ©e du sommeil (23, 24). Tous les facteurs de risque cardiovasculaires modifiables favorisent le dĆ©veloppement d’ une HFpEF, en plus de certaines maladies non cardiaques. Le sexe fĆ©minin et l’ âge avancĆ© sont particuliĆØrement prĆ©sents. Toutes ces maladies concomitantes doivent ĆŖtre recherchĆ©es et traitĆ©es.

Pour toute IC avec une FEVG <50%, une carence en fer (environ 50%), mĆŖme avec une hĆ©moglobine normale, doit ĆŖtre recherchĆ©e et traitĆ©e. Une carence en fer est dĆ©finie comme: Ferritine <100ug/ml ou ferritine 100-299ug/ml et saturation de la transferrine <20 %. Celle-ci doit ĆŖtre substituĆ©e par voie intraveineuse avec de la FE-carboxymaltose ou de la FE-dĆ©risomaltose afin de rĆ©duire les symptĆ“mes de l’  IC, d’  amĆ©liorer les performances et la qualitĆ© de vie (IA) et de rĆ©duire le taux d’  hospitalisation pour IC (IIaA) (1, 2). La substitution perorale du fer n’ est pas recommandĆ©e en raison d’ un trouble de l’  absorption du fer chez les IC.

RƩsultats des Ʃtudes actuelles

Tous les patients souffrant d’ insuffisance cardiaque peuvent bĆ©nĆ©ficier d’ un programme de surveillance par tĆ©lĆ©mĆ©decine, et ceci indĆ©pendamment de la fonction de pompage. C’ est ce qui ressort d’ une nouvelle analyse des donnĆ©es de l’ étude TIM-HF2 (25).

Les donnĆ©es d’ assurance de 938 patients de CorĆ©e du Sud indiquent qu’ un autre groupe de patients pourrait bĆ©nĆ©ficier particuliĆØrement des SGLT2-I: Les personnes atteintes de DT2 dans les 14 premiers jours d’ un infarctus aigu du myocarde aprĆØs une ICP. Dans cette population, le risque de dĆ©cĆØs ou d’  hospitalisation pour IC au cours des deux annĆ©es suivantes Ć©tait infĆ©rieur de 32% Ć  celui observĆ© en l’ absence de dapa- ou d’  empagliflozine. Le risque de MACE Ć©tait Ć©galement rĆ©duit de 23% (26). Il s’  agit d’  une Ć©valuation rĆ©trospective, une preuve de causalitĆ© n’ est pas possible – les rĆ©sultats sont donc pour l’  instant une hypothĆØse prometteuse. Deux Ć©tudes contrĆ“lĆ©es randomisĆ©es sont en cours sur cette question – DAPA-MI et EMPACT-MI.

Inhibiteurs du SGLT2 comme antiarythmiques dans le traitement de la fibrillation auriculaire ?

La dapagliflozine a rĆ©duit la frĆ©quence des Ć©pisodes de fibrillation/flutter auriculaire rapportĆ©s chez les patients Ć  haut risque atteints de DT2. Cet effet Ć©tait indĆ©pendant des antĆ©cĆ©dents (fibrillation auriculaire, maladies cardiovasculaires athĆ©rosclĆ©reuses, IC). C’ est ce qui ressort d’ une analyse post-hoc rĆ©trospective de l’  Ć©tude DECLARE-TIMI 58 (27). Le risque de fibrillation auriculaire Ć©tait rĆ©duit de 19% aprĆØs 4 ans.
Chez les patients atteints de fibrillation auriculaire et de DT2 traités par SGLT2-I, les récidives de fibrillation auriculaire nécessitant un traitement étaient nettement moins fréquentes après une ablation par cathéter, selon une analyse rétrospective des données américaines, que chez les patients sans SGLT2-I (28).

Les mĆ©canismes d’ action possibles sont encore largement hypothĆ©tiques: les SGLT2-I s’ opposent Ć  la dilatation auriculaire et ont un effet favorable sur le remodelage cardiaque. Les effets des SGLT2-I dĆ©crits ci-dessus ont Ć©galement un effet favorable sur le flutter auriculaire /fibrillation auriculaire. Cette hypothĆØse d’ un potentiel d’ action anti-arythmique nĆ©cessite des Ć©tudes prospectives.

Copyright Aerzteverlag medinfo AG

Dr Urs Dürst

Zelglistrasse 17
8127 Forch

L’  auteur n’ a pas dĆ©clarĆ© de conflits d’ intĆ©rĆŖts en rapport avec cet article.

  • L’insuffisance cardiaque, indĆ©pendamment de la FE VG, est une maladie chronique progressive avec une mortalitĆ© Ć©levĆ©e. Elle prĆ©sente un risque Ć©levĆ© d’évĆ©nements initiaux et rĆ©currents.
  • La mise en œuvre rapide d’un traitement basĆ© sur des lignes directrices („fantastic four“) peut prolonger la durĆ©e de vie. Les inhibiteurs de la SGLT2 devraient ĆŖtre utilisĆ©s de maniĆØre consĆ©quente dans ce contexte.
  • Les inhibiteurs de SGLT2 peuvent rĆ©duire les œdĆØmes et Ć©conomiser les diurĆ©tiques. Ils ont un effet cardioprotecteur et nĆ©phroprotecteur. Ils peuvent ĆŖtre utilisĆ©s sur une trĆØs large indication d’eGFR, ralentissent la progression et l’atteinte de l’insuffisance rĆ©nale terminale ainsi que le risque de dĆ©cĆØs cardiovasculaire ou rĆ©nal.
  • Les inhibiteurs de SGLT2 montrent un bĆ©nĆ©fice dans l’IC sur l’ensemble du spectre de la fraction d’Ć©jection (IA).
  • Un inhibiteur de SGLT2-Inhibiteur est recommandĆ© chez les patients prĆ©sentant une HFmrEF et une HFpEF, pour rĆ©duire le risque d’hospitalisation pour IC ou de dĆ©cĆØs cardiovasculaire. dĆ©cĆØs (IA).
  • Parmi les antidiabĆ©tiques actuels, les inhibiteurs de SGLT2 ont le plus fort impact sur l’effet sur la prĆ©vention ou la rĆ©duction de l’IC chez les patients avec un DT2.
  • Il existe des preuves d’effets positifs des inhibiteurs de SGLT2 sur la fibrillation auriculaire.

 

Modulateurs de la protƩine CFTR pour traiter la mucoviscidose

En dĆ©cembre 2020, Swissmedic a autorisĆ© le mĆ©dicament orphelin TrikaftaĀ®, une combinaison hautement efficace de modulateurs de la protĆ©ine CFTR (Cystic fibrosis transmembrane conductance regulator) pour le traitement de la mucoviscidose chez les patients porteurs d’ au moins une mutation F508del du gĆØne CFTR, mutation la plus frĆ©quente dans la mucoviscidose. Les principes actifs sont l’ élexacaftor, le tĆ©zacaftor et l’ ivacaftor. Actuellement, plus de 85% de patients avec mucoviscidose sont Ć©ligibles pour un traitement par modulateurs du CFTR, qui amĆ©liore la fonction pulmonaire et la qualitĆ© de vie et diminue les exacerbations respiratoires.

In December 2020, Swissmedic approved the drug TrikaftaĀ®, a highly effective combination of modulators of the CFTR protein (Cystic fibrosis transmembrane conductance regulator), for the treatment of cystic fibrosis (CF) in patients with at least one F508del mutation of the CFTR gene (the most common mutation in CF). The active substances are elexacaftor, tezacaftor and ivacaftor. Currently, more than 85% of people with CF are eligible for CFTR modulator therapy, which has been shown to improve respiratory function and quality of life and reduce pulmonary exacerbations.
Key Words: cystic fibrosis, modulators of the CFTR, elexacaftor, tezacaftor, ivacaftor

La mucoviscidose

La mucoviscidose est une maladie monogĆ©nique potentiellement grave, Ć  transmission autosomique rĆ©cessive, touchant plus de 100’ 000 personnes dans le monde (1, 2). Elle est due Ć  des mutations sur le gĆØne CFTR entraĆ®nant une altĆ©ration de la synthĆØse ou de la fonction de la protĆ©ine CFTR (Cystic Fibrosis Transmembrane conductance Regulator, ci-aprĆØs pCFTR). Depuis la dĆ©couverte initiale de la mutation la plus courante (F508del), plus de 2000 variants du gĆØne CFTR ont Ć©tĆ© dĆ©crits (1, 2), dont environ 400 sont considĆ©rĆ©s associĆ©s Ć  la mucoviscidose. Ils sont rĆ©pertoriĆ©s dans les classes I Ć  VI, en fonction des de leur impact sur la production et la fonction de la pCFTR (1, 2). La pCFTR est un canal transmembranaire de chlorure qui se trouve sur la face apicale des Ć©pithĆ©liums sĆ©crĆ©toires, plus particuliĆØrement les glandes sudoripares, les voies respiratoires, le tractus gastro-intestinal, le pancrĆ©as et les canaux dĆ©fĆ©rents (1, 2). Elle rĆ©gule l’ équilibre en sel et en eau Ć  la surface des cellules et un dysfonctionnement de cette protĆ©ine rĆ©sulte en des sĆ©crĆ©tions et mucus visqueux. Les manifestations cliniques de la maladie sont multisystĆ©miques et se dĆ©clarent Ć  des Ć¢ges variables selon le dysfonctionnement de la pCFTR (3, 4). Au niveau pulmonaire, la mucoviscidose est caractĆ©risĆ©e par un trouble sĆ©vĆØre de la clairance mucociliaire, une inflammation et une colonisation bactĆ©rienne chronique des voies respiratoires supĆ©rieures et infĆ©rieures, se compliquant de bronchectasies et d’ un dĆ©clin progressif de la fonction pulmonaire. L’ insuffisance pancrĆ©atique exocrine, avec malabsorption des lipides et des vitamines liposolubles, est trĆØs frĆ©quente, ainsi que la constipation. Le diabĆØte liĆ© Ć  la mucoviscidose concerne 30 % des patients de plus de 18 ans et sa prĆ©valence augmente avec l’ âge, alors que la cirrhose biliaire est beaucoup plus rare (3, 4). La prise en charge de la mucoviscidose a longtemps reposĆ© sur un traitement symptomatique contraignant, mais qui a prolongĆ© considĆ©rablement l’ espĆ©rance de vie des patients. Depuis les annĆ©es 2010, une nouvelle classe de mĆ©dicaments est disponible, les modulateurs de la pCFTR permettant de restaurer l’ activitĆ© de celle-ci (1).

Les modulateurs de la protƩine du CFTR

Contrairement aux thĆ©rapies symptomatiques axĆ©es sur le traitement des complications de la mucoviscidose, les modulateurs de la pCFTR sont des petites molĆ©cules qui agissent Ć  l’ origine du problĆØme (Figure 1). Il existe deux types de modulateurs : les potentiateurs (ivacaftor) amĆ©liorent la fonction de la pCFTR, favorisant le temps d’ ouverture des canaux chlorure. Les correcteurs (lumacaftor, tĆ©zacaftor et Ć©lexacaftor) stabilisent la pCFTR et facilitent son transport vers la membrane cellulaire (1). Quatre mĆ©dicaments en mono-, bi- ou trithĆ©rapie existent actuellement sur le marchĆ© dont quelques caractĆ©ristiques sont dĆ©crites dans le Tableau 1.

EfficacitƩ et sƩcuritƩ des modulateurs

En 2019, 2 Ć©tudes pivots ont Ć©tĆ© publiĆ©es concernant la trithĆ©rapie Ć©lexacaftor/tĆ©zacaftor/ivacaftor (TrikaftaĀ®) chez 113 patients homozygotes F508del (5) et 403 patients hĆ©tĆ©rozygotes composites F508del/variant Ć  fonction minimale non corrigeable par les associations de modulateurs prĆ©cĆ©dentes (6). La premiĆØre Ć©tude n’ a portĆ© que sur 4 semaines et le groupe tĆ©moin Ć©tait constituĆ© de patients traitĆ©s par ivacaftor/tĆ©zacaftor. L’ ajout de l’ élexacaftor a permis un gain supplĆ©mentaire de 10,0 % du volume expiratoire maximal en une seconde (VEMS) et une rĆ©duction du chlorure sudoral de 45 mmol/l (p < 0,0001). La deuxiĆØme Ć©tude a entraĆ®nĆ© une amĆ©lioration du VEMS de 13,9 % Ć  24 semaines, une diminution de 63 % du taux d’ exacerbations pulmonaires, une amĆ©lioration du score CFQ-R (score de qualitĆ© de vie) de 20,2 points et une baisse de chlorure dans la sueur de 42 mmol/l (p<0,001 pour toutes les comparaisons). Ces rĆ©sultats ont Ć©tĆ© confirmĆ©s par des Ć©tudes prospectives de vie rĆ©elle qui ont Ć©galement permis d’ étendre l’ enregistrement aux enfants dĆØs 6 ans et trĆØs rĆ©cemment dĆØs 2 ans par la FDA (7, 8).

D’ un point de vue de la toxicitĆ©, les modulateurs sont relativement bien tolĆ©rĆ©s (9-11). La combinaison ivacaftor/lumacaftor prĆ©sente cependant des taux plus Ć©levĆ©s d’ effets indĆ©sirables respiratoires qui semblent dus au lumacaftor (10). Une augmentation transitoire de la toux/bronchorrhĆ©e dans les 48 heures aprĆØs le dĆ©but du traitement est la consĆ©quence de l’ amĆ©lioration de la clearance des sĆ©crĆ©tions et diminue par la suite. Les autres effets indĆ©sirables se manifestent surtout au niveau gastro-intestinal (diarrhĆ©es, nausĆ©es, douleurs abdominales) et hĆ©patique (augmentation des transaminases) (9-11). Des allergies de type rash ou d’ hypersensibilitĆ© ont Ć©tĆ© rarement rapportĆ©es. Un signal d’ une atteinte de la santĆ© mentale (notamment des dĆ©pressions ou troubles neuropsychiatriques) a Ć©tĆ© identifiĆ© sur la base de quelques Ć©tudes de cohorte et de rapport de cas (9), bien qu’ un lien de causalitĆ© avec les modulateurs du CFTR n’ aie pas pu ĆŖtre formellement Ć©tabli.

ConsidƩrations pharmacocinƩtiques

Les modulateurs de la pCFTR sont Ć©liminĆ©s majoritairement par les cytochromes (CYP) 3A4/5 (Tableau 1) et l’ ivacaftor et l’ élexacaftor peuvent aussi ĆŖtre substrats, inhibiteurs ou inducteurs des P-gp et/ou des OATP1B1/3. De ce fait, ils prĆ©sentent un risque important d’ interactions mĆ©dicamenteuses, en particulier avec les inducteurs ou les inhibiteurs des CYP3A4/5. Une diminution marquĆ©e de l’ exposition (89 %) et une augmentation de 15 fois des concentrations d’ ivacaftor en co-administration avec la rifampicine et l’ itraconazole, respectivement, ont Ć©tĆ© observĆ©es (11). Des modifications plus faibles toutefois significatives sont attendues avec les inhibiteurs ou inducteurs modĆ©rĆ©s des CYP3A4/5 (p.ex. rifabutine ou fluconazole). Bien qu’ aucune interaction mĆ©dicamenteuse entre le TrikaftaĀ® et les inducteurs de l’ OATP1B1/3 n’ ait Ć©tĆ© rapportĆ©e, le gemfibrozil et la ciclosporine, inhibiteurs de l’ OATP1B1/3, pourraient thĆ©oriquement entraĆ®ner une augmentation des concentrations sĆ©riques de TrikaftaĀ® (12). A noter Ć©galement que l’ ivacaftor, inhibiteur des CYP2C9, peut augmenter l’ effet de certains mĆ©dicaments substrat de cette enzyme (acĆ©nocoumarol, glibenclamide) et une prudence et une surveillance adaptĆ©e est prĆ©conisĆ©e en cas d’ administration de mĆ©dicaments substrats des OATP1B1 tels que les statines, le glibenclamide ou le rĆ©paglinide. La bilirubine Ć©tant un substrat d’ OATP1B1 et d’ OATP1B3, de lĆ©gĆØres augmentations du taux moyen de bilirubine totale peuvent survenir (10, 11).

Une importante variabilitĆ© des concentrations plasmatiques a Ć©tĆ© reportĆ©e entre patients traitĆ©s par TrikaftaĀ®, associĆ©e Ć  certains facteurs tels l’ âge et le poids chez les enfants, la nourriture riche en graisse augmentant significativement l’ exposition Ć  ces mĆ©dicaments, les co-mĆ©dications Ć  risque d’ interactions et les altĆ©rations de l’ élimination en cas d’ insuffisance hĆ©patique ou rĆ©nale. L’ impact de ces variations pharmacocinĆ©tiques sur la rĆ©ponse et la tolĆ©rance Ć  ces mĆ©dicaments est toutefois encore largement inconnu. Le suivi thĆ©rapeutique par mesure des taux plasmatiques sera potentiellement utile afin d’ individualiser les posologies de ces mĆ©dicaments (13).

Points de vigilance en pratique

Les doses de TrikaftaĀ® doivent ĆŖtre prises Ć  environ 12 heures d’ intervalle avec un repas riche en graisses. En cas d’ insuffisance hĆ©patique modĆ©rĆ©e, la posologie doit ĆŖtre rĆ©duite (11).

La prescription concomitante d’ inducteurs puissants des CYP3A4/5 est contre-indiquĆ©e en raison du risque de perte d’ efficacitĆ© du mĆ©dicament. Une rĆ©duction posologique est recommandĆ©e avec les inhibiteurs forts et faibles des CYP3A4/5 pour diminuer le risque d’ effets indĆ©sirables. La prudence et une surveillance appropriĆ©e s’ imposent avec les mĆ©dicaments substrats du CYP2C9, de la P-gp et des OATP1B1 et OATP1B3 co-administrĆ©s avec le TrikaftaĀ® en raison de l’ augmentation possible de l’ exposition Ć  ces mĆ©dicaments.

Il est recommandĆ© de contrĆ“ler les taux de transaminases (ALAT et ASAT) et de bilirubine totale chez tous les patients avant l’ instauration du traitement, tous les trois mois durant la premiĆØre annĆ©e, puis au moins une fois par an (11). En raison du risque de dĆ©tĆ©rioration respiratoire sĆ©vĆØre aprĆØs l’ interruption de ce traitement, un soutien Ć  l’ adhĆ©sion thĆ©rapeutique et la bonne connaissance des enjeux par le patient et le personnel soignant est nĆ©cessaire (14).

Finalement, le coĆ»t d’ un emballage de 84 comprimĆ©s (28 jours) de TrikaftaĀ® est de 17’ 516.15 CHF et il faut l’ accord de prise en charge des assureurs avec une Ć©valuation prĆ©alable par le mĆ©decin-conseil de l’ assurance.

Conclusion

Les modulateurs de la pCFTR ont rĆ©volutionnĆ© la prise en charge des patients souffrant de mucoviscidose, entraĆ®nant une amĆ©lioration significative de la fonction pulmonaire et de la qualitĆ© de vie, ainsi qu’ une rĆ©duction du risque d’ exacerbations pulmonaires. Comme pour tout nouveau traitement, il subsiste nĆ©anmoins des inconnues sur l’ efficacitĆ©, notamment extrapulmonaire, Ć  long terme et les effets indĆ©sirables Ć  long terme et certaines prĆ©cautions doivent ĆŖtre prises afin de minimiser les risques de toxicitĆ©. D’ autres principes actifs sont en cours d’ investigation et seront mis sur le marchĆ© ces prochaines annĆ©es (15).

Copyright Aerzteverlag medinfo AG

Dr Ermindo R. Di Paolo, PhD

Service de pharmacie, Centre Hospitalier Universitaire Vaudois et
UniversitƩ de Lausanne

ermindo.di-paolo@chuv.ch

Dre Georgia Mitropoulou

UnitƩ de mucoviscidose adulte, Service de Pneumologie,
Centre Hospitalier Universitaire Vaudois et UniversitƩ de Lausanne

georgia.mitropoulou@chuv.ch

Pre Chantal Csajka

Centre de Recherche et dā€™ā€ŠInnovation en Sciences Pharmaceutiques
Cliniques
Centre Hospitalier Universitaire et UniversitƩ de Lausanne
Rue du Bugnon 17
1011 Lausanne

Chantal.Csajka@chuv.ch

Les auteurs n’ont pas dĆ©clarĆ© de conflits d’ intĆ©rĆŖts en rapport avec cet article.

◆ Les modulateurs de la protéine CFTR, et notamment la trithérapie hautement efficace (élexacaftor/tézacaftor/ivacaftor) ont révolutionné la prise en charge de la mucoviscidose et transformé la qualité de vie de la majorité des patients éligibles.
ā—† Les modulateurs sont en gĆ©nĆ©ral bien tolĆ©rĆ©s, mais des inconnues subsistent en ce qui concerne l’efficacitĆ© extrapulmonaire Ć  long terme et les effets indĆ©sirables.
ā—† Il convient d’évaluer les interactions mĆ©dicamenteuses impliquant les cytochromes 3A4/5, 2C9 et les transporteurs P-gp, OATP1B1 et OATP1B3.
◆ Une mauvaise adhésion au traitement peut conduire à un risque de détérioration respiratoire sévère.

1. Shteinberg M, Haq IJ, Polineni D, et al. Cystic fibrosis. Lancet 2021;397:2195-2211.
2. Bell SC, Mall MA, Gutierrez H, et al. The future of cystic fibrosis care: a global perspective. Lancet Respir Med 2020; 8:65-124.
3. Koutsokera A, Sauty A et al. Swiss recommendations for adult cystic fibrosis care. https://www.revmed.ch/guidelines/swiss-recommendations-for-adult-cystic-fibrosis-care (dernier accĆØs 20.02.2023).
4. Sauty A, Plojoux J, Mornand A, et al. RƩvolution dans le traitement de la mucoviscidose. Rev Med Suisse 2020; 16:1229-35.
5. Heijerman HGM, McKone EF, Downey DG, et al. Efficacy and safety of the elexacaftor plus tezacaftor plus ivacaftor combination regimen in people with cystic fibrosis homozygous for the F508del mutation: a double-blind, randomised, phase 3 trial. Lancet 2019;394:1940-8.
6. Middleton PG, Mall MA, DrevĆ­nek P, et al. Elexacaftor–tezacaftor–ivacaftor for cystic fibrosis with a single Phe508del allele. N Engl J Med 2019;381:1809-19.
7. TrikaftaĀ® Swiss Public Assessment Report. Swissmedicinfo. 30 March 2022.
8. Nichols DP, Paynter AC, Heltshe SL, et al. Clinical effectiveness of Elexacaftor/Tezacaftor/Ivacaftor in people with cystic fibrosis: a clinical trial. Am J Respir Crit Care Med 2022;205:529-39.
9. Dagenais RVE, Su VCH, Quon BS. Real-world safety of CFTR modulators in the treatment of cystic fibrosis: a systematic review. J Clin Med 2020;10:23. doi: 10.3390/jcm10010023.
10. Gramegna A, Contarini M, Aliberti S, et al. From ivacaftor to triple combination: a systematic review of efficacy and safety of CFTR modulators in people with cystic fibrosis. Int J Mol Sci 2020 ;21:5882. doi: 10.3390/ijms21165882.
11. https://www.swissmedicinfo.ch, monographie TrikaftaĀ® (dernier accĆØs 20.02.2023).
12. Purkayastha D, Agtarap K, Wong K, et al. Drug-drug interactions with CFTR modulator therapy in cystic fibrosis: focus on TrikaftaĀ®/KaftrioĀ®. J Cyst Fibros 2023. doi: 10.1016/j.jcf.2023.01.005.
13. Choong E, Sauty A, Koutsokera A, et al. Therapeutic drug monitoring of ivacaftor, lumacaftor, tezacaftor, and elexacaftor in cystic fibrosis: where are we now? Pharmaceutics 2022;14:1674. doi: 10.3390/pharmaceutics14081674.
14. Mitropoulou G, Balmpouzis Z, Plojoux, J, et al. Effects of elexacaftorāˆ’tezacaftorāˆ’ivacaftor discontinuation in cystic fibrosis. Respir Med Res 2022;82:100972. doi: 10.1016/j.resmer.2022.100972.
15. https://apps.cff.org/trials/pipeline (dernier accĆØs 20.02.2023).

Mise Ć  jour sur le traitement du syndrome de Parkinson idiopathique

Le syndrome de Parkinson idiopathique (SPI) est l’une des maladies neurodĆ©gĆ©nĆ©ratives les plus frĆ©quentes. Le principal mĆ©canisme pathologique est la dĆ©gĆ©nĆ©rescence des neurones dopaminergiques dans une partie du cerveau appelĆ©e substantia nigra, qui peut entraĆ®ner une bradykinĆ©sie, une rigiditĆ© et/ou un tremblement de repos et de nombreux symptĆ“mes non moteurs. L’amĆ©lioration de la qualitĆ© de vie est au premier plan du traitement. Pour le stade avancĆ© de la maladie, les thĆ©rapies invasives telles que la stimulation cĆ©rĆ©brale profonde et les thĆ©rapies par pompe Ć  perfusion constituent des options Ć©tablies et fondĆ©es sur des preuves. Le prĆ©sent article illustre le traitement du SPI en se concentrant sur l’Ć©tat actuel de la thĆ©rapie, les possibilitĆ©s futures de traitement par voie orale et invasif ainsi que les approches neuroprotectrices potentielles.

Parkinson’s disease (PD) is one of the most common neurodegenerative diseases. The main pathomechanism is the degeneration of doperminergic neurons in the substantia nigra. It can lead to bradykinesia, rigidity, resting tremor, and numerous non-motor symptoms. Treatment is focused on improving the patient’s quality of life. For the advanced stages of the disease, invasive therapies such as deep brain stimulation and continuous pump treatment, are established and evidence-based options. This article deals with the therapy of PD with a focus on the current therapy, future oral and invasive treatment options, and potential neuroprotective approaches.
Key words: parkinson’s disease, deep brain stimulation, continuous pump treatment, neuroprotective approaches

La maladie de Parkinson MP (Ć©galement appelĆ©e Morbus Parkinson ou syndrome parkinsonien idiopathique, SPI) est la deuxiĆØme maladie neurodĆ©gĆ©nĆ©rative la plus frĆ©quente, avec une prĆ©valence de 100-200 cas pour 100’000 habitants. Elle est due Ć  la dĆ©gĆ©nĆ©rescence des neurones dopaminergiques de la substantia nigra. Selon les critĆØres diagnostiques actuels, le diagnostic requiert entre autres une bradykinĆ©sie, une rigiditĆ© et/ou un tremblement de repos (4-6 Hz) (1).

Outre les symptÓmes moteurs, de nombreux symptÓmes non moteurs peuvent également apparaître, qui sont généralement très gênants pour les patients et qui déterminent essentiellement leur qualité de vie (Tab. 1). Après plusieurs années de traitement, presque tous les patients présentent des fluctuations motrices et parfois aussi non motrices (p. ex. détérioration de la stimulation ou de la cognition en périodes OFF) et des dyskinésies.

La thĆ©rapie actuelle – mĆ©dicaments par voie orale

Le traitement actuel vise un traitement symptomatique et doit ĆŖtre commencĆ© lorsque des restrictions quotidiennes apparaissent. AprĆØs plus de 50 ans, la lĆ©vodopa reste le traitement le plus efficace du SPI. En rĆØgle gĆ©nĆ©rale, les patients atteints du SPI ressentent une amĆ©lioration significative de leurs symptĆ“mes moteurs, bien que des doses plus Ć©levĆ©es soient souvent nĆ©cessaires pour amĆ©liorer le tremblement. Une rĆ©ponse positive Ć  la L-Dopa (>30% de l’UPDRS III) renforce le diagnostic du SPI, alors qu’une absence de rĆ©ponse doit faire penser Ć  un syndrome parkinsonien atypique.

On a longtemps spĆ©culĆ© sur les effets neurotoxiques de la L-Dopa. De plus, afin d’Ć©viter les dyskinĆ©sies et les fluctuations d’efficacitĆ© comme complications tardives, le traitement par la L-Dopa a Ć©tĆ© retardĆ© le plus longtemps possible, en particulier chez les jeunes patients, et les agonistes dopaminergiques (AD) ont Ć©tĆ© utilisĆ©s de prĆ©fĆ©rence. Des Ć©tudes rĆ©centes ont permis de dissiper ces doutes et de montrer qu’un traitement prĆ©coce par la L-Dopa n’a pas d’effet nĆ©gatif sur l’Ć©volution de la maladie et que la survenue des complications tardives est principalement liĆ©e Ć  la durĆ©e de la maladie elle-mĆŖme et moins Ć  la durĆ©e du traitement par la L-Dopa. De plus, la L-Dopa est supĆ©rieure aux AD en termes d’amĆ©lioration de la qualitĆ© de vie (2, 3). Un autre avantage de la L-Dopa par rapport Ć  l’AD est son profil de risque plus favorable, avec moins d’effets secondaires tels que les hallucinations, les troubles du contrĆ“le des impulsions et les troubles du sommeil.

Si des fluctuations motrices se dĆ©veloppent Ć  un stade avancĆ©, il est possible de raccourcir les intervalles entre les prises, de prolonger la durĆ©e d’action de la L-Dopa en inhibant la dĆ©gradation de la dopamine au moyen d’inhibiteurs de la MAO-B et de la COMT ou d’ajouter un AD Ć  longue durĆ©e d’action. Pour le traitement des dyskinĆ©sies, une rĆ©duction de la dose de L-Dopa et/ou un traitement add-on avec de l’amantadine sont envisagĆ©s.

Lors du choix des diffĆ©rentes classes de substances, il convient de tenir compte des diffĆ©rences de puissance d’effet, des effets secondaires, de l’Ć¢ge du patient, des comorbiditĆ©s et du profil d’exigences psychosociales.

MƩdicaments oraux rƩcemment autorisƩs

Avec l’opicapone (Ongentys), un autre inhibiteur de la COMT a Ć©tĆ© autorisĆ© en Suisse en 2018 pour le traitement d’appoint des fluctuations de „fin de dose“, pour lesquelles aucune stabilisation ne peut ĆŖtre atteinte sous association lĆ©vodopa/combinaisons. La pĆ©riode OFF peut ainsi ĆŖtre rĆ©duite de deux heures en moyenne. Par rapport aux inhibiteurs de la COMT existants (tolcapone et entacapone), l’opicapone n’est pas hĆ©patotoxique et ne doit ĆŖtre pris qu’une fois par jour en raison de sa forte affinitĆ© de liaison. Pour Ć©viter les effets secondaires tels que dyskinĆ©sies, constipation, sĆ©cheresse buccale et problĆØmes d’endormissement et du sommeil, il s’est avĆ©rĆ© utile de rĆ©duire la dose de L-Dopa de 25-30% au dĆ©but du traitement (4).

En Allemagne, le premier mĆ©dicament Ć  base de L-Dopa par inhalation (Inbrija) est autorisĆ© depuis mai 2022 pour le traitement aigu des symptĆ“mes au cours de la pĆ©riode OFF dans la MP. Les Ć©tudes cliniques ont montrĆ© une amĆ©lioration des symptĆ“mes dĆ©jĆ  aprĆØs 10 minutes par rapport au placebo, avec un effet maximal statistiquement significatif aprĆØs 30 minutes, c’est-Ć -dire environ 15 minutes plus tĆ“t qu’aprĆØs l’administration par voie orale (5).

Traitements invasifs du SPI avancƩ

Si les fluctuations motrices et les dyskinĆ©sies ne peuvent ĆŖtre contrĆ“lĆ©es malgrĆ© un traitement par voie oral optimal, il faut envisager des thĆ©rapies invasives telles que la stimulation cĆ©rĆ©brale profonde (SCP), gĆ©nĆ©ralement dans le noyau sous-thalamique, ou un traitement par pompe Ć  perfusion continue. Pour le traitement par pompe, on dispose d’un gel de lĆ©vodopa/carbidopa (LCIG) administrĆ© par voie gastro-duodĆ©nale, via une sonde endoscopique percutanĆ©e (PEJ), ou d’apomorphine appliquĆ©e par voie sous-cutanĆ©e.

L’administration continue ou bien des taux de mĆ©dicaments aussi constants que possible dans le sang permettent de rĆ©duire significativement les pĆ©riodes d’efficacitĆ© rĆ©duite et d’attĆ©nuer les dyskinĆ©sies. Les patients et leurs proches doivent ĆŖtre impliquĆ©s dans la dĆ©cision de traitement et informĆ©s des avantages et des inconvĆ©nients de chaque option thĆ©rapeutique.

Le traitement par pompe est surtout envisageable pour les patients chez qui la SCP est contre-indiquĆ©, par exemple chez les patients Ć¢gĆ©s souffrant de dĆ©mence lĆ©gĆØre ou modĆ©rĆ©e, de comorbiditĆ©s psychiatriques ou de contre-indication Ć  une intervention neurochirurgicale. La thĆ©rapie par pompe Ć  perfusion n’est pas indiquĆ©e en cas de tremblements rĆ©sistants aux mĆ©dicaments et de troubles du contrĆ“le des impulsions. Le choix entre les deux systĆØmes de pompe est dĆ©terminĆ© par les effets secondaires possibles et la pratique clinique : La mise en place d’une sonde (PEJ), nĆ©cessaire pour la pompe Ć  L-Dopa, est liĆ©e Ć  un risque de complications locales telles qu’une pĆ©ritonite ou des infections autour de la stomie, ainsi qu’Ć  des problĆØmes avec la sonde (p. ex. dislocation). Plus rarement, une polyneuropathie peut survenir en raison des doses Ć©levĆ©es de L-Dopa.

L’apomorphine, un agoniste dopaminergique pour le traitement de pĆ©riodes OFF, peut Ć©galement ĆŖtre administrĆ©e par voie sous-cutanĆ©e (s.c.), outre la forme d’injection continue. L’avantage est qu’elle peut ĆŖtre considĆ©rĆ© comme le moyen le moins invasif par rapport Ć  la Duodopa et la SCP. Une Ć©tude rĆ©cemment publiĆ©e a en outre montrĆ© qu’une perfusion nocturne continue d’apomorphine pouvait amĆ©liorer de maniĆØre significative la qualitĆ© du sommeil des patients atteints du SPI (6). Les effets secondaires les plus frĆ©quents de l’apomorphine s.c. sont l’apparition de nodules locaux et l’irritation de la peau, qui surviennent chez presque tous les patients, mais qui entraĆ®nent rarement l’arrĆŖt du traitement (7).

Nouvelles formes d’administration futures de la L-Dopa et de l’apomorphine

L’effet d’une application sous-cutanĆ©e de L-Dopa (sous forme de foslĆ©vodopa-foscarbidopa) a Ć©tĆ© Ć©tudiĆ© dans le cadre d’un essai clinique de phase III et une demande d’autorisation de mise sur le marchĆ© a Ć©tĆ© dĆ©posĆ©e (NCT04380142). En raison de l’administration s.c., la mise en place d’une sonde n’est pas nĆ©cessaire. ParallĆØlement, il faut s’attendre Ć  moins de complications systĆ©miques telles que nausĆ©es, fatigue diurne, œdĆØmes pĆ©riphĆ©riques, dysrĆ©gulation orthostatique, hallucinations et troubles du contrĆ“le des impulsions par rapport Ć  la perfusion d’apomorphine. Un facteur limitant pourrait ĆŖtre les rĆ©actions cutanĆ©es (8).

Une nouvelle forme d’administration a Ć©tĆ© dĆ©veloppĆ©e : un film d’apomorphine pour une application par voie sublinguale (Kynmobi), qui reprĆ©sente une alternative importante pour le traitement des phases OFF et qui est actuellement testĆ©e en Europe dans le cadre d’une Ć©tude de phase III. Un effet systĆ©mique est obtenu en l’espace de 15 minutes. L’un des effets secondaires les plus frĆ©quemment rapportĆ©s sont les rĆ©actions au niveau des muqueuses oropharyngĆ©es (9).

Du nouveau concernant la SCP

L’Ć©tude EARLY-STIM publiĆ©e en 2013 a dĆ©montrĆ© que la SCP entraĆ®ne chez les patients atteints du SPI une amĆ©lioration significative de la qualitĆ© de vie Ć  un stade prĆ©coce de la maladie, par rapport au meilleur traitement mĆ©dicamenteux possible (10, 11). Ainsi, la SCP ne doit pas ĆŖtre considĆ©rĆ©e comme l’ultime solution, mais plutĆ“t comme une alternative thĆ©rapeutique chez les patients ayant des fluctuations motrices et des dyskinĆ©sies dĆ©butantes, c’est-Ć -dire Ć©tant Ć  un stade plus prĆ©coce dans l’Ć©volution de la maladie.

De nouveaux dĆ©veloppements prometteurs ont vu le jour ces derniĆØres annĆ©es pour optimiser les paramĆØtres de stimulation. De nouvelles Ć©lectrodes directionnelles permettent, grĆ¢ce au „steering“, d’orienter la stimulation de maniĆØre excentrĆ©e dans l’espace afin d’Ć©largir la fenĆŖtre thĆ©rapeutique et de rĆ©duire les effets secondaires liĆ©s Ć  la stimulation (12). Dans le passĆ©, la programmation de la SCP nĆ©cessitait souvent des sĆ©ances rĆ©pĆ©tĆ©es pour optimiser les paramĆØtres de stimulation. Entre-temps, il existe des approches d’imagerie et d’Ć©lectrophysiologie qui permettent de dĆ©terminer plus rapidement la configuration optimale de la stimulation et de rĆ©duire les efforts nĆ©cessaires pour tester la stimulation (13). Une technique dite „adaptative“ ou „en boucle fermĆ©e“, c’est-Ć -dire l’enregistrement d’un biomarqueur Ć©lectrophysiologique spĆ©cifique Ć  la maladie (activitĆ© des ondes bĆŖta) avec une stimulation adaptĆ©e aux besoins et couplĆ©e Ć  ce biomarqueur, reprĆ©sente depuis longtemps une perspective pour amĆ©liorer l’efficacitĆ© de la SCP. Les premiers systĆØmes de SCP disposent dĆ©jĆ  d’une technologie de dĆ©tection qui permet d’enregistrer l’activitĆ© bĆŖta. Cette technologie pourrait ĆŖtre utilisĆ©e Ć  l’avenir dans le cadre de systĆØmes de SCP adaptatifs ou „en boucle fermĆ©e“ (14).

Approches potentiellement neuroprotectrices

Une comprĆ©hension toujours plus approfondie des bases molĆ©culaires du SPI pourrait ouvrir la voie Ć  de nouveaux traitements causaux. Actuellement, plusieurs approches thĆ©rapeutiques prometteuses, potentiellement modificatrices de la maladie, sont en cours d’essais cliniques, dont certains sont dĆ©jĆ  avancĆ©s :
ā–ŗ Agonistes des rĆ©cepteurs du glucagon-like peptide 1 (GLP-1) : la rĆ©sistance Ć  l’insuline est associĆ©e Ć  un risque accru de SPI. L’effet neuroprotecteur des agonistes du GLP-1, qui sont dĆ©jĆ  autorisĆ©s dans le diabĆØte, a dĆ©jĆ  Ć©tĆ© dĆ©montrĆ© dans des modĆØles animaux et semble ĆŖtre confirmĆ© dans les pre-
miĆØres Ć©tudes. L’agoniste du GLP-1 l’exĆ©natide est la substance la plus prometteuse en cours de test clinique (15).

ā–ŗ StratĆ©gies d’immunisation : Les stratĆ©gies d’immunisation active et passive visent Ć  empĆŖcher l’agrĆ©gation pathologique de l’α-synuclĆ©ine.

ā–ŗ Inhibiteurs de c-ABL kinase : certaines substances de cette catĆ©gorie sont dĆ©jĆ  autorisĆ©es pour le traitement de la LLC. Dans le cas du SPI, il y a Ć©galement une suractivitĆ© de cette kinase. Une rĆ©gulation Ć  la baisse de l’activitĆ© de la kinase devrait influencer positivement l’Ć©volution de la maladie (16).

ā–ŗ GlucocĆ©rĆ©brosidase : Les mutations dans la GBA reprĆ©sentent un facteur de risque important pour le SPI. Les approches thĆ©rapeutiques actuelles visent Ć  augmenter l’activitĆ© de la glucocĆ©rĆ©brosidase (17).

ā–ŗ LRRK2 : Une mutation dans le gĆØne LRRK2 peut conduire Ć  un syndrome parkinsonien monogĆ©nique. Les approches thĆ©rapeutiques actuelles tentent de modifier l’activitĆ© pathologiquement altĆ©rĆ©e (gĆ©nĆ©ralement gain de fonction) de cette kinase (18).

Cet article est une traduction de Ā« der informierte arzt Ā» 10_2022

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Marie-Christine Arends

Clinique de neurologie, HƓpital cantonal de Saint-Gall
Rorschacher Strasse 95
9007 Saint-Gall

Dr Florian Brugger

Clinique de neurologie, HƓpital cantonal de Saint-Gall
Rorschacher Strasse 95
9007 Saint-Gall

PD Dr Georg KƤgi

Clinique de neurologie, HƓpital cantonal de Saint-Gall
Rorschacher Strasse 95
9007 Saint-Gall

L’auteur dĆ©clare avoir participĆ© Ć  des comitĆ©s consultatifs et avoir reƧu des honoraires de confĆ©rencier de Novo Nordisk, Sanofi, MSD, Boehringer Ingelheim, Servier et Astra Zeneca.

  • Le SPI est l’une des maladies neurodĆ©gĆ©nĆ©ratives les plus frĆ©quentes. Le diagnostic est posĆ© cliniquement sur la base de la prĆ©sence d’une bradykinĆ©sie, d’une rigiditĆ© et/ou d’un tremblement de repos.
  • La L-Dopa reste le traitement par voie orale de la maladie de Parkinson le plus efficace. Son utilisation prĆ©coce est sĆ»re et supĆ©rieure Ć  l’utilisation d’AD.
  • De nombreuses autres options de traitement par voie orale symptomatique sont disponibles. De nouvelles formulations de L-Dopa et d’apomorphine sont actuellement en cours de dĆ©veloppement.
  • ƀ un stade avancĆ©, les systĆØmes de pompe Ć  perfusion continue ou la SCP constituent de bonnes alternatives au traitement par voie orale.
  • Les nouvelles connaissances sur les mĆ©canismes d’apparition de la maladie suscitent l’espoir de dĆ©velopper des traitements modificateurs de la maladie.

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7. Katzenschlager R, Poewe W, Rascol O, Trenkwalder C, Deuschl G, Chaudhuri KR, et al. Apomorphine subcutaneous infusion in patients with Parkinson’s disease with persistent motor fluctuations (TOLEDO): a multicentre, double-blind, randomised, placebo-controlled trial. Lancet Neurol. 2018;17(9):749-59.
8. Poewe W, Stocchi F, Arkadir D, Ebersbach G, Ellenbogen AL, Giladi N, et al. Subcutaneous Levodopa Infusion for Parkinson’s Disease: 1-Year Data from the Open-Label BeyoND Study. Mov Disord. 2021;36(11):2687-92.
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15. Brauer R, Wei L, Ma T, Athauda D, Girges C, Vijiaratnam N, et al. Diabetes medications and risk of Parkinson’s disease: a cohort study of patients with diabetes. Brain. 2020;143(10):3067-76.
16. Zhou ZH, Wu YF, Wang XM, Han YZ. The c-Abl inhibitor in Parkinson disease. Neurol Sci. 2017;38(4):547-52.
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18. Vuletic V, Racki V, Papic E, Peterlin B. A Systematic Review of Parkinson’s Disease Pharmacogenomics: Is There Time for Translation into the Clinics? Int J Mol Sci. 2021;22(13).

Rhinosinusite aiguƫ

Comme toujours en hiver, votre salle d’attente se remplit de patients souffrant d’infections des voies respiratoires. Ils Ć©ternuent et toussent. C’est ainsi qu’une mĆØre et son fils de quatre ans vous contactent. Il y a deux bonnes semaines, il a souffert d’une violente infection des voies respiratoires supĆ©rieures accompagnĆ©e de fiĆØvre, qui a Ć©tĆ© traitĆ©e Ć  la maison avec des Ā« remĆØdes de grand-mĆØre Ā». Depuis environ une semaine, son Ć©tat s’est nettement amĆ©liorĆ©. Depuis hier, il a un œil rouge et gonflĆ© Ć  gauche et a de nouveau une lĆ©gĆØre fiĆØvre.

AntƩcƩdents personnels

Jamais gravement malade jusqu’Ć  prĆ©sent, vaccinĆ© selon le plan de vaccination suisse.thĆ©rapie, l’ ergothĆ©rapie et les conseils nutritionnels peuvent rendre de prĆ©cieux services dans ce domaine.

MƩdicaments

Sinupret depuis 14 jours.

Ɖtat clinique

GarƧon alerte, un peu abattu. Œil gauche gonflĆ© et rouge (fig. 1). Il ne peut presque plus l’ouvrir. En ouvrant les paupiĆØres avec les doigts, on constate que les conjonctives ne sont pas irritĆ©es. Les pupilles sont de diamĆØtre Ć©gal. L’acuitĆ© visuelle est grossiĆØrement contrĆ“lĆ©e et ne prĆ©sente pas de particularitĆ©. La motilitĆ© oculaire est conservĆ©e, mais douloureuse. Pas de mĆ©ningisme.

Questions

1. Que pensez-vous ĆŖtre la cause du gonflement des yeux ?
A. PiqĆ»re d’insecte avec surinfection
B. DacryoadƩnite aiguƫ
C. Rhinosinusite aiguƫ
D. Exanthème médicamenteux fixé sur Sinupret

La bonne rĆ©ponse est C. Il s’agit probablement d’une complication orbitaire aprĆØs une rhinosinusite aiguĆ«. L’anamnĆØse avec une Ć©volution biphasique est assez typique. La rhinosinusite aiguĆ« Ć©tant dĆ©jĆ  en voie de disparition dans le cadre de l’infection aiguĆ« des voies respiratoires supĆ©rieures, les consĆ©quences de la complication orbitaire s’expriment dans un deuxiĆØme temps. La rhinoscopie antĆ©rieure montre beaucoup de pus dans la fosse nasale gauche et confirme votre hypothĆØse.

D’aprĆØs le tableau clinique d’un œil gauche gonflĆ© avec une rougeur de la paupiĆØre supĆ©rieure plutĆ“t que de la paupiĆØre infĆ©rieure, une dacryoadĆ©nite aiguĆ« pourrait Ć©ventuellement ĆŖtre envisagĆ©e. Celle-ci se prĆ©sente gĆ©nĆ©ralement sous forme d’un gonflement et d’une rougeur circonscrits dans le tiers latĆ©ral de la paupiĆØre supĆ©rieure. Dans notre cas, l’anamnĆØse et les rĆ©sultats de la rhinorrhĆ©e pubienne ne plaident cependant pas en faveur de cette hypothĆØse.

2. Quelles sont les mesures diagnostiques et thĆ©rapeutiques que vous mettez en œuvre ?
A. Radiographie semi-axiale du crĆ¢ne, laboratoire d’infectiologie
B. Transfert aux urgences d’un hĆ“pital pĆ©diatrique avec service d’ORL
C. Traitement ambulatoire avec amoxicilline/acide clavulanique Ơ haute dose, spray nasal dƩcongestionnant, contrƓle Ʃtroit le jour suivant
D. Frottis de la gorge

La bonne rĆ©ponse est B. Une complication orbitaire d’une rhinosinusite aiguĆ« chez un enfant de quatre ans doit ĆŖtre examinĆ©e en prioritĆ© par imagerie et traitĆ©e ensuite de maniĆØre adĆ©quate. Une radiographie conventionnelle (crĆ¢ne semi-axial) est obsolĆØte. Un traitement ambulatoire serait Ć©ventuellement possible en cas de complication orbitaire dĆ©butante avec un gonflement de la paupiĆØre seulement circonscrit et une absence d’extension intra-orbitaire.

L’enfant dans ce cas ne peut toutefois plus ouvrir activement l’œil et prĆ©sente des mouvements oculaires douloureux, ce qui plaide en faveur d’une complication orbitaire pertinente. Et c’est ainsi que la suite de l’examen d’urgence Ć  l’hĆ“pital rĆ©vĆØle au scanner un gros abcĆØs sous-pĆ©riostĆ© dans l’orbite gauche (fig. 2). L’abcĆØs est soulagĆ© chirurgicalement et traitĆ© par antibiotiques. Une lĆ©sion permanente de l’œil peut ĆŖtre Ć©vitĆ©e.

Discussion

Les complications d’une rhinosinusite bactĆ©rienne aiguĆ« peuvent survenir aussi bien chez l’enfant que chez l’adulte. Chez l’enfant, ce sont surtout les complications orbitaires qui se produisent, Ć  partir des sinus ethmoĆÆdaux. Les bactĆ©ries traversent alors la lame papyracĆ©e et pĆ©nĆØtrent dans l’orbite. Ensuite, l’abcĆØs sous-pĆ©riostĆ© se forme par dĆ©collement de la pĆ©riorbite. En l’absence de traitement, les complications orbitaires peuvent entraĆ®ner une cĆ©citĆ© ou une infection ascendante potentiellement mortelle avec thrombose du sinus caverneux et mĆ©ningite.
Lorsque les sinus frontaux sont formĆ©s avec une pneumatisation croissante Ć  l’Ć¢ge de 10-12 ans, les complications endocrĆ¢niennes de la rhinosinusite bactĆ©rienne aiguĆ« sont de plus en plus frĆ©quentes Ć  l’adolescence et Ć  l’Ć¢ge adulte. Celles-ci prennent leur origine dans les sinus frontaux et se manifestent sous forme d’une mĆ©ningite sinusienne ou d’un abcĆØs cĆ©rĆ©bral.

Cet article est une traduction de Ā« der informierte arzt Ā» 01_2023

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L’ auteur n’ a pas dĆ©clarĆ© de conflits d’ intĆ©rĆŖts en rapport avec cet article.

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application to screening for postmenopausal osteoporosis: report of a WHO study group [meeting held in Rome from 22 to 25 June 1992]. World Health
Organization. (https://apps.who.int/iris/handle/10665/39142)
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3. Ferrari S, Lippuner K, Lamy O, Meier C. 2020 recommendations for osteoporosis treatment according to fracture risk from the Swiss Association against
Osteoporosis (SVGO). Swiss Med Wkly 2020;150:w20352
4. Willers C, Norton N, Harvey NC, Jacobson T, Johansson H, Lorentzon M, McCloskey EV, Borgstrƶm F, Kanis JA. Osteoporosis in Europe: a compendium
of country-specific reports. Arch Osteoporos 2022;17(1):23.

Thérapies immunomodulatrices économes en corticostéroïdes

MĆ©decin et science, tel Ć©tait le thĆØme du congrĆØs qui s’est tenu pour la premiĆØre fois dans l’histoire de la SSMIG Ć  Zurich sur le thĆØme du mĆ©decin et de la science. La science en interaction avec d’autres composantes, l’empathie, l’intuition, l’humanisme rĆ©unis en tant qu’art en tant qu’art mĆ©dical pour permettre une mĆ©decine orientĆ©e vers le patient la plus optimale possible, a dĆ©clarĆ© le professeur Lars Huber, co-prĆ©sident du congrĆØs, lors de son allocution de bienvenue et de son introduction.

Concepts gĆ©nĆ©raux de gestion de l’immunomodulation

L’Ć©volution naturelle du lupus Ć©rythĆ©mateux dissĆ©minĆ© (LED) et l’impact potentiel d’une stratĆ©gie de traitement ciblĆ©e : la maladie commence par une phase prĆ©clinique asymptomatique, caractĆ©risĆ©e dans un premier temps par l’apparition d’auto-anticorps, typiques de toutes les maladies auto-immunes, puis d’auto-anticorps spĆ©cifiques du lupus. L’Ć©volution clinique qui s’ensuit est caractĆ©risĆ©e par des pĆ©riodes d’activitĆ© variable de la maladie (mesurĆ©e par les indices d’activitĆ© de la maladie du LED), avec des poussĆ©es frĆ©quentes qui entraĆ®nent des lĆ©sions irrĆ©versibles dues Ć  l’inflammation.

Les dommages – mesurĆ©s par l’indice de dommages SLICC/ACR – augmentent la morbiditĆ© et la mortalitĆ© du LED. Les dommages sont d’abord causĆ©s par l’inflammation et plus tard – lorsque la maladie progresse – par le traitement. Avec le temps, les maladies associĆ©es telles que les infections, l’athĆ©rosclĆ©rose prĆ©coce et les maladies malignes deviennent une partie importante du fardeau de la maladie. Un traitement efficace, axĆ© sur une faible activitĆ© de la maladie ou sur la rĆ©mission, a le potentiel de rĆ©duire la frĆ©quence et la gravitĆ© des poussĆ©es de lupus et les dommages qui en rĆ©sultent, avait prĆ©cisĆ© la Pre Britta Maurer, HĆ“pital de l’Ǝle, Berne.

Traite pour traiter : frappe fort et tƓt, recule
Traite de manière ciblée : Rémission/faible activité de la maladie
ContrƓle Ʃtroit : minimise les effets nocifs du traitement, prƩviens les poussƩes de la maladie, ainsi les mots-clƩs de la thƩrapie.

Les glucocorticostĆ©roĆÆdes : le risque d’effets nĆ©gatifs commence avec des doses supĆ©rieures Ć  5 mg/jour. Le principe gĆ©nĆ©ral dans la pratique clinique est d’utiliser la dose la plus faible possible pendant la durĆ©e la plus courte possible pour obtenir l’effet thĆ©rapeutique souhaitĆ© sans prendre le risque d’effets secondaires graves inacceptables.

Le lupus ƩrythƩmateux dissƩminƩ

Dans le lupus Ć©rythĆ©mateux dissĆ©minĆ© (LED), tous les organes peuvent potentiellement ĆŖtre touchĆ©s : le livedo reticularis est prĆ©sent dans 10% des cas, l’arthrite dans 85% des cas et une maladie neurologique dans 18% des cas. D’autres manifestations sont l’alopĆ©cie non cicatrisante (31%), le lupus cutanĆ© aigu (71%), le lupus cutanĆ© chronique 11%), l’Ć©ruption malarique (45%), les ulcĆØres buccaux (25%), la nĆ©phropathie (21%), le syndrome de Raynaud 37%), les neuropathies crĆ¢niennes (2%) les dysfonctionnements cognitifs 2%), sĆ©rosite (19%), leucopĆ©nie (35%), thrombocytopĆ©nie (16%), syndrome des antiphospholipides 10%), lymphadĆ©nopathie (9%), anĆ©mie hĆ©molytique (3%), fiĆØvre (31%), ainsi qu’atteinte d’organes majeurs sans critĆØres (19%).

Options thƩrapeutiques

Hydrochloroquine

L’hydrochloroquine est utilisĆ©e comme traitement permanent. L’hydrochloroquine a un effet anti-inflammatoire et anti-thrombotique. Elle a des effets mĆ©taboliques favorables : rĆ©duction du glucose et surtout des taux de cholestĆ©rol total et de LDL. Une dose de 5mg/kg/jour ne devrait pas ĆŖtre dĆ©passĆ©e. En l’absence de facteurs de risque, un examen ophtalmologique doit ĆŖtre effectuĆ© au dĆ©but du traitement, aprĆØs 5 ans de prise et chaque annĆ©e par la suite.

Syndrome des antiphospholipides primaires

Chez les patientes présentant des complications récurrentes de la grossesse, la chloroquine peut être envisagée au premier trimestre.

Voclosporine : La Voclosporine est un inhibiteur de la calcineurine avec une action immunosuppressive, elle bloque l’activation et la prolifĆ©ration des cellules T, rĆ©duit la production de cytokines pro-inflammatoires et augmente la stabilitĆ© des podocytes, stabilise la barriĆØre de filtration et diminue la protĆ©inurie.
Voclosporine en cas de nĆ©phrite lupique (classe active III, IV, V,I, y compris V/V). Pas de surveillance mĆ©dicamenteuse nĆ©cessaire, profil lipidique et Ć©lectrolytique mĆ©tabolique bĆ©nin, pas d’influence sur les taux de mycophĆ©nolate mofĆ©til, bĆ©nĆ©fice significatif par l’ajout de la voclosprorine au traitement standard, diminution rapide de l’anifrolumab rĆ©duit la production de cytokines pro-inflammatoires et la protĆ©inurie, taux de rĆ©mission complĆØte significativement plus Ć©levĆ© aprĆØs un an.

Lupkynis : (Voclosporine) a Ć©tĆ© approuvĆ© en 2021. Il doit ĆŖtre prescrit et surveillĆ© par des experts. La dose est de 2 x 23,7 mg/j p.o. En combinaison avec un traitement immunosuppresseur de fond. Il s’agit d’un substrat du CYP3A4 et est donc contre-indiquĆ© chez les patients prenant des inhibiteurs puissants du CYP3A4 (risque accru de nĆ©phrotoxicitĆ© aiguĆ«/chronique). Les effets secondaires nĆ©gatifs sont similaires Ć  ceux des autres calcineurines, Ć  l’exception de sa tĆ©ratotoxicitĆ© potentielle.

L’ anifrolumab: L’anifrolumab est un anticorps monoclonalpr , qui se lie au rĆ©cepteur de l’interfĆ©ron α. Il exerce une action anti-inflammatoire, bloque l’activation des cellules T et B et leur prolifĆ©ration. Il rĆ©duit la production de cytokines pro-inflammatoires et diminue la rĆ©ponse immunitaire humorale et Ć  mĆ©diation cellulaire contre les antigĆØnes du soi.

Anifolumab dans le LED avec une activitĆ© modĆ©rĆ©e Ć  sĆ©vĆØre : il rĆ©duit (en combinaison avec un traitement de fond) l’activitĆ© globale de la maladie dans le LED, ainsi que les doses cumulĆ©es de corticostĆ©roĆÆdes. Il est particuliĆØrement efficace dans les maladies cutanĆ©es et musculo-squelettiques. Une Ć©tude de phase 3 est en cours chez des patients atteints de lupus nĆ©phrĆ©tique, mais elle n’inclut pas de patients prĆ©sentant des manifestations du SNC.

Le saphnelo : La substance a Ć©tĆ© autorisĆ©e en 2022. Prescription et surveillance par des experts. Dosage 300mg/4 semaines i.v. Il n’y a pas de donnĆ©es sur l’implication rĆ©nale ou du SNC. Les effets indĆ©sirables les plus frĆ©quents sont les infections, c’est-Ć -dire la rhinopharyngite, la bronchite, l’herpĆØs zoster, les rĆ©actions d’hypersensibilitĆ©, et les rĆ©actions Ć  la perfusion.

L’ avacopan : L’avacopan est un inhibiteur du facteur C5a du complĆ©ment u Il bloque l’auto-renouvellement de l’inflammation. Il est utilisĆ© dans le traitement des vascularites associĆ©es aux ANCA. L’Avacopan, en association avec le rituximab ou le cyclosphosphamide, peut ĆŖtre envisagĆ© pour induire une rĆ©mission dans la granulomatose avec polyangĆ©ite ou polyangĆ©ite microscopique. Il semble efficace pour maintenir la rĆ©mission, mais les donnĆ©es sur 52 semaines manquent. Il a Ć©galement eu des effets positifs sur la qualitĆ© de vie/fatigue. La posologie est de 2x 30mg p.o. en combinaison avec le rituximab ou le cyclophosphamide plus cortocostĆ©roĆÆde (posologie telle qu’indiquĆ©e cliniquement).
Tavneos a Ć©tĆ© approuvĆ© en 2022, prescription et surveillance par des experts. Pour la vascularite associĆ©e Ć  l’anca. La posologie est de 2 x 30 mg p.o. en combinaison avec le rituximab ou le cyclophosphamide plus corticostĆ©roĆÆde (posologie telle qu’indiquĆ©e cliniquement).
Les effets secondaires nƩgatifs sont : HƩpatotoxicitƩ, infections (graves, opportunistes).
rĆ©cepteurs et / ou rĆ©activation de l’hĆ©patite B, leucopĆ©nie / lymphopĆ©nie, angioedĆØme, cĆ©phalĆ©es, nausĆ©es. Il est potentiellement tĆ©ratogĆØne. C’est un substrat du YP3A4. Il y a des interactions avec les inhibiteurs ou les inducteurs du CYP3A4 qui augmentent ou diminuent les taux d’acopan.

Le tavneos : Le tavneos a Ć©tĆ© approuvĆ© en 2022, prescription et surveillance par des experts. Pour la vascularite associĆ©e Ć  l’anca. La posologie est de 2 x 30 mg p.o. en combinaison avec le rituximab ou le cyclophosphamide plus corticostĆ©roĆÆde (posologie telle qu’indiquĆ©e cliniquement).
Les effets secondaires nƩgatifs sont : HƩpatotoxicitƩ, infections (graves, opportunistes).
rĆ©cepteurs et / ou rĆ©activation de l’hĆ©patite B, leucopĆ©nie / lymphopĆ©nie, angioedĆØme, cĆ©phalĆ©es, nausĆ©es. Il est potentiellement tĆ©ratogĆØne. C’est un substrat du YP3A4. Il y a des interactions avec les inhibiteurs ou les inducteurs du CYP3A4 qui augmentent ou diminuent les taux d’acopan.

Les rƩcepteurs de la famille JAK et les kinases correspondantes

Inhibiteurs de JAK – objet du dĆ©bat : Chez les patients atteints de polyarthrite rhumatoĆÆde chez lesquels les DMATD conventionnels ont Ć©chouĆ© et qui prĆ©sentent de mauvais facteurs pronostiques, il convient d’utiliser un DMARD biologique doit ĆŖtre administrĆ©. L’utilisation d’un inhibiteur JAK ne devrait ĆŖtre utilisĆ©e qu’aprĆØs Ć©valuation des risques, c’est-Ć -dire Ć¢ge supĆ©rieur Ć  65 ans, facteurs de risque cardiovasculaires, malignitĆ©s, thrombose…
Les autoritĆ©s de contrĆ“le (Swissmedic, EMA, FDA) postulent un effet de classe potentiel et recommandent par consĆ©quent l’utilisation d’inhibiteurs JAK chez les patients sans facteurs de risque.

L’ immunmodulation

Les stratƩgies anti-fibrotiques

Le nintedanibe
Le nintƩdanib est un inhibiteur de la multikinase qui inhibe entre autres les rƩcepteurs tyrosine kinases des facteurs de croissance VEGF, FGF et PDGF.

Il a un effet anti-inflammatoire, anti-angiogĆ©nique et anti-fibrotique. Dans l’Ć©tude SENSCISĀ®, le nintedanibe a montrĆ© une activitĆ© antifibrotique et anti-inflammatoire chez les patients atteints de pneumopathie interstitielle, une manifestation frĆ©quente de la sclĆ©rose systĆ©mique. Chez les patients prenant du mycophĆ©nolate Ć  la base et chez ceux qui n’en prenaient pas, le nintĆ©danibe a entraĆ®nĆ© une rĆ©duction significative du taux annuel de diminution de la CVF (capacitĆ© vitale forcĆ©e) de 40% et 46% respectivement.- Chez les patients atteints de pneumopathie interstitielle Ć  mĆ©diation auto-immune, le nintĆ©danibe a Ć©galement entraĆ®nĆ© une diminution relativement moins importante de la CVF aprĆØs 52 semaines.

L’ofev : autorisĆ© en 2022, prescrit et surveillĆ© par des experts. Dosage 2 x 150mg p.o. (2 x 100mg p.o.). Traitement Ć  vie. Les contre-indications comprennent l’hypersensibilitĆ© aux arachides et au soja, la grossesse. Les effets secondaires nĆ©gatifs sont des effets gastro-intestinaux (60%, interruption du traitement dans 5-20% des cas). Epistaxis, aggravation des anĆ©vrismes/dissections vasculaires.

Les thƩrapies cellulaires

Transplantation autologue de cellules souches hématopoïétiques
La thƩrapie cellulaire CAR T (Chimeric Antigen-Receptor-T-cell-Therapy)
AutorisƩe depuis 2017 pour les maladies hƩmato-oncologiques.
Les risques de cette thƩrapie sont le syndrome de libƩration de cytokines dans 50 Ơ 90% des cas.

Le syndrome de neurotoxicitĆ© associĆ© aux cellules effectrices immunitaires 20-60%. Le traitement consiste en dexamĆ©thasone et en inhibition de l’IL-6

L’oratrice a conclu en faisant Ć©tat d’une Ć©tude sur la thĆ©rapie cellulaire CAR T dans le lupus Ć©rythĆ©mateux systĆ©mique.
La thĆ©rapie cellulaire anti-CD19-T pour l’Ć©rythĆ©matose systĆ©mique rĆ©fractaire

Rationnel
La dƩplƩtion efficace/durable des cellules B CD19+ et des blastes plasmatiques (rƩsidant dans les tissus).
Population de l’Ć©tude. Patients atteints de LED, 4 femmes, 1 homme, Ć¢gĆ©s de 18 Ć  24 ans, maladie multiorganique active, SLEDAI-2K mĆ©dian 16, lupus nĆ©phrĆ©tique, pas d’atteinte du SNC, rĆ©fractaires Ć  plusieurs DMARD (GC, le cyclophosphamide, le belinumab, l’ hydrochychloroquine).

RƩsultats

AmĆ©lioration chez tous les patients, 4SLEDAI-2K =0 aprĆØs 3 mois, normalisation des taux de complĆ©ment, disparition de l’ADN anti-ds. RĆ©mission continue sans mĆ©dicament aprĆØs 8 mois (malgrĆ© la rĆ©apparition des cellules B aprĆØs 100 jours).
Le SLEDAI-2K (indice d’activitĆ© de la maladie du lupus Ć©rythĆ©mateux dissĆ©minĆ© 2000) est un moyen de calculer l’activitĆ© de la maladie du LED. Cette Ć©tude est un autre exemple de l’efficacitĆ© de la thĆ©rapie CAR T-cell.

Pr Walter F. Riesen

riesen@medinfo-verlag.ch