Projet de soins anticipé

Le Projet de Soins Anticipé (ProSA) est un processus de communication encadré par un professionnel spécifiquement formé permettant aux personnes d’ expliciter les valeurs qui sous-tendent leurs préférences de soins et de documenter ainsi des directives anticipées. En cas d’ incapacité de discernement, le ProSA permet d’ améliorer la cohérence entre les soins prodigués et les préférences du patient de diminuer le risque de surtraitement et d’  améliorer l’ expérience de soins des personnes impliquées.

Les directives anticipées ont vu le jour dans les années 1960 dans le but de soutenir l’ autonomie du patient au-delà de la perte de sa capacité de discernement. Malheureusement, les directives anticipées se sont révélées insuffisantes à atteindre cet objectif. D’ une part, les directives anticipées sont peu connues et utilisées (1), d’ autre part, leur mise en œuvre est entravée par de nombreuses raisons conceptuelles et pratiques (2).

Le Projet de Soins Anticipé (ProSA (3), advanced care planning en anglais) a été défini comme « un processus de communication structuré permettant aux personnes encore capables de discernement de réfléchir à leurs préférences et objectifs de soins en anticipation d’ une perte de la capacité de discernement, de discuter de ces préférences et objectifs avec leurs proches, médecins et soignants et de les documenter et les adapter lorsque cela leur semble approprié » ((4), page e549). Le ProSA met ainsi l’ accent sur le processus de communication en offrant un accompagnement professionnel à la discussion et à la documentation de directives anticipées (5). Dans ce contexte, le ProSA ne remplace pas les directives anticipées mais les intègre au sein d’ un processus plus global et évolutif. La valeur de l’ autonomie du patient, centrale dans le système de santé, est ainsi comprise comme une autonomie relationnelle et temporelle (fig. 1 et 2).

L’ efficacité de cette approche est éprouvée et résumée dans plusieurs revues systématiques (6–9). A la suite du ProSA, les patients indiquent notamment un gain de clarté par rapport aux informations et documents qui traduisent au mieux leurs préférences. Lorsque le patient est incapable de discernement, ses préférences ont plus de chances d’ être respectées, ce qui diminue notamment le risque qu’ il soit traité contre son gré ou de subir des traitements inutiles. Les proches, médecins et soignants rapportent également un sentiment de contrôle accru.

Le ProSA a émergé dans les années 1990 aux États-Unis et a gagné progressivement en popularité. Dès les années 2000, cette approche a été adoptée à des degrés divers en Suisse (3, 10, 11). En 2018, l’ Académie Suisse des Sciences Médicales (ASSM) (12) et l’ Office Fédéral de la Santé Publique (13) ont recommandé le développement du ProSA ; l’ association ACP Swiss, qui promeut et coordonne ce modèle au niveau national, a vu le jour en 2020, et un groupe de travail de l’ OFSP et de l’ ASSM réfléchit actuellement à son implantation en Suisse.

Dans le cadre de cet article nous présentons la structure et le contenu d’ un outil permettant le ProSA, dont la mise en œuvre dans le canton de Vaud montre des résultats prometteurs. Nous souhaitons par ce biais démontrer les bienfaits et le potentiel de cette approche.

Des valeurs au projet de soins anticipé

L’ outil utilisé par la Chaire de soins palliatifs gériatriques du CHUV se base sur un concept élaboré par l’ Université de Zurich et Palliative Zurich et Schaffhouse (ACP Medizinisch Begleitet®), lui-même inspiré du modèle allemand « Behandlung im Voraus planen » (14) « Respecting Choices » (USA) (15) et « Respecting Patients Choices » (Australie, (16)). L’ outil zurichois a été testé dans les milieux hospitaliers dans le cadre d’ un essai randomisé contrôlé (11). L’ outil comprend des formations, des formulaires pour la documentation et des standards pour les discussions. Au cours de 2-3 discussions entre la personne, des proches (si souhaité) et un professionnel formé (« facilitateur ») les trois étapes suivantes sont abordées :

  • Choix d’ un représentant thérapeutique
  • Entretien sur les valeurs
  • Objectifs thérapeutiques et instructions médicales

Choix d’ un représentant thérapeutique

Le choix d’ un représentant thérapeutique est une étape centrale du ProSA, qui endosse une conception relationnelle de l’ autonomie (fig. 1). Ce choix n’ est pas toujours aisé car il faut pondérer les aspects suivants : Qui a une bonne connaissance de la personne, de son histoire de vie et de ses valeurs ? Qui entretient une relation de confiance avec la personne ? Qui a les capacités pour défendre la volonté de la personne face aux professionnels de santé ? Qui est d’ accord et suffisamment disponible pour assumer ce rôle ?
Lorsque le représentant thérapeutique, les médecins et les soignant-e-s ne sont pas sûrs de comment mettre en œuvre les directives anticipées, par exemple lorsqu’ une situation de soins non anticipée se présente, l’ autonomie relationnelle considère les représentant-e-s thérapeutiques comme des co-décideurs puisque leur rôle sera de s’ engager dans une décision partagée avec les médecins et soignant-e-s et donner le consentement aux traitements (17).
Nous recommandons que le représentant thérapeutique – et potentiellement d’ autres proches impliqués dans les décisions de soins – participent au ProSA. En effet, cette démarche est une opportunité de préparer le représentant thérapeutique à son rôle clé, complexe et inhabituel. Cet aspect est particulièrement important lorsque le bénéficiaire a des troubles neurocognitifs et que proches, médecins et soignants devront prendre des décisions existentielles pour la personne durant plusieurs années (18).

L’ entretien concernant les valeurs

A cette étape, le facilitateur aide la personne à explorer les valeurs qui sous-tendent ses préférences de soins. Dans le cadre de notre outil de ProSA, l’ entretien des valeurs propose de réfléchir à ce qui compte le plus pour le bénéficiaire sur la base des questions présentées dans le tableau 1. La logique est de commencer par des thèmes généraux (projet de vie, valeurs) pour ensuite cheminer au fur et à mesure vers des thèmes plus spécifiques (maladie, handicap, mort). Cet entretien est documenté par le facilitateur et la documentation est ensuite relue par la personne concernée et corrigée si nécessaire.

Objectifs thérapeutiques et instructions médicales

Cet outil permet aux personnes de documenter des objectifs thérapeutiques et des instructions médicales pour trois situations d’ incapacité de discernement (tab. 2). L’ approche par scénarios permet au bénéficiaire du ProSA et à ses proches de se projeter dans des situations concrètes. D’ autre part, l’ approche par objectifs permet au représentant thérapeutique, aux médecins et aux soignants de prendre des décisions dans des situations non anticipées. Si le bénéficiaire ne souhaite pas être hospitalisé en cas de détérioration de son état de santé, des instructions médicales peuvent être rédigées afin de permettre aux intervenants de gérer la fin de vie à domicile. Des documents supplémentaires permettent également de définir l’ attitude concernant la recherche et le don d’ organes.
Il est important de souligner que la personne est libre de décider ce qu’ elle souhaite documenter à un moment donné : le processus peut être interrompu ou poursuivi à tout moment. Les documents produits à l’ issue du ProSA sont datés et signés par leur auteur et idéalement par le représentant thérapeutique, le médecin de confiance ou le professionnel qui a accompagné le processus. Nous nous efforçons en outre d’ offrir la possibilité aux patient-e-s de mettre à jour leur ProSA quand cela est opportun (autonomie temporelle) (fig. 1).

Formation et implantation du projet de soins anticipé dans le canton de Vaud

La formation des professionnels à l’ utilisation de cet outil se structure en deux modules. Dans le cadre du premier module (Cours de base), les participants reçoivent des informations sur la structure et le déroulement du ProSA et apprennent à mener l’ entretien sur les valeurs. Dans le deuxième module (Facilitateur) les professionnel-le-s apprennent à documenter les objectifs thérapeutiques et les directives anticipées. Les principes de la communication sont ceux de l’ approche centrée sur la personne de Carl Rogers : écoute active, empathie, réflexivité et regard positif inconditionnel. Les professionnels se présentent comme des facilitateurs du processus et non comme des experts.

Entre juillet 2019 et fin 2021, plus de 50 professionnels auront été formés au ProSA en collaboration avec la Croix-Rouge Vaudoise et le Réseau Santé Région Lausanne. Des projets d’ implantation sont en cours dans une vingtaine d’ institutions et organisations membres des Réseaux Santé Vaud.

A ce jour, environ 150 personnes ont bénéficié d’ un ProSA grâce au soutien de la Direction générale de la santé du Canton de Vaud, de l’ ASSM et de Promotion Santé Suisse.

Perspectives

La communauté de pratique des personnes et institutions porteuses du ProSA est en rapide croissance en Suisse et dans le canton de Vaud. Nos objectifs pour le futur visent entre autres à :

  • Développer un cours destiné aux médecins ;
  • Développer des outils et une formation destinée aux professionnels qui soignent des personnes avec une capacité de discernement limitée ;
  • Poursuivre les tests sur les conditions de faisabilité du ProSA au plan cantonal ;
  • Étoffer les liens avec le plan de réponse à l’ urgence cantonale afin de prévenir les hospitalisations non souhaitées et évitables.

Dre Daniela Ritzenthaler  1,2,3
Dre Laura Jones  1,2,3
Pr Ralf J. Jox  1,3,4
1 Chaire de soins palliatifs gériatriques
2 Service de gériatrie et de réadaptation gériatrique
3  Service de soins palliatifs et de support
4 Institut des humanités en médecine
Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV)
Avenue Pierre-Decker 9, 1011 Lausann

Copyright Aerzteverlag medinfo AG

Dre Francesca Bosisio

Chaire de soins palliatifs gériatriques
 Service de gériatrie et de réadaptation gériatrique
 Service de soins palliatifs et de support
Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV)
Avenue Pierre-Decker 9
1011 Lausanne

francesca.bosisio@chuv.ch

Dre Eve Rubli Truchard

 Chaire de soins palliatifs gériatriques
Service de gériatrie et de réadaptation gériatrique
Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV)
Avenue Pierre-Decker 9
1011 Lausanne

Les auteurs ont déclaré n’ avoir aucun conflit d’ intérêt en rapport avec cet article.

◆ La pandémie Covid-19 a montré la nécessité de renforcer l’ autonomie des personnes en prévision d’ une perte de la capacité de discernement.
◆ La littérature internationale et les expériences de terrain en Suisse et dans le canton de Vaud montrent des résultats prometteurs non seulement pour les patients mais également pour leurs proches aidants.
◆ En promouvant une autonomie de type relationnel, le ProSA semble correspondre mieux aux besoins des patient-e-s, en particulier des personnes âgées et de leurs proches.

1. Vilpert S, Borrat-Besson C, Maurer J, Borasio GD. Awareness, approval and completion of advance directives in older adults in Switzerland. Swiss Med Wkly [Internet]. 2018 Jul 30 [cited 2019 Jun 11];148(2930). Available from: https://smw.ch/en/article/doi/smw.2018.14642/
2. Fagerlin A, Schneider CE. Enough: The Failure of the Living Will. Hastings Cent Rep. 2004;34(2):30–42.
3. Bosisio F, Fassier T, Rubli Truchard E, Pautex S, Jox R. Projet de soins anticipé ou advance care planning. Proposition d’ une terminologie commune pour la Suisse romande. Rev Médicale Suisse. Sept 2019:1634–6.
4. Rietjens JAC, Sudore RL, Connolly M, van Delden JJ, Drickamer MA, Droger M, et al. Definition and recommendations for advance care planning: an international consensus supported by the European Association for Palliative Care. Lancet Oncol. 2017;18(9):e543–51.
5. Jox R. Preparing existential decisions in later life. Advance care planning. In: Schweda M, Pfaller L, Brauer K, Adloff F, Schicktanz S, editors. Planning Later Life Bioethics and Public Health in Ageing Societies. London, UK: Routledge; 2017. p. 164–80.
6. Brinkman-Stoppelenburg A, Rietjens JAC, van der Heide A. The effects of advance care planning on end-of-life care: a systematic review. Palliat Med. 2014 Sep;28(8):1000–25.
7. Khandelwal N, Kross EK, Engelberg RA, Coe NB, Long AC, Curtis JR. Estimating the effect of palliative care interventions and advance care planning on ICU utilization: a systematic review. Crit Care Med. 2015 May;43(5):1102–11.
8. Austin CA, Mohottige D, Sudore RL, Smith AK, Hanson LC. Tools to Promote Shared Decision Making in Serious Illness: A Systematic Review. JAMA Intern Med. 2015 Jul;175(7):1213–21.
9. Houben CHM, Spruit MA, Groenen MTJ, Wouters EFM, Janssen DJA. Efficacy of advance care planning: a systematic review and meta-analysis. J Am Med Dir Assoc. 2014 Jul;15(7):477–89.
10. Séchaud L, Goulet C, Morin D, Mazzocato C. Advance care planning for institutionalised older people: an integrative review of the literature. Int J Older People Nurs. 2014 Jun;9(2):159–68.
11. Krones T, Budilivschi A, Karzig I, Otto T, Valeri F, Biller-Andorno N, et al. Advance care planning for the severely ill in the hospital: a randomized trial. BMJ Support Palliat Care. 2019 Jan 21;
12. ASSM. Attitude face à la fin de vie et à la mort. Directives médico-éthiques de l’ Académie Suisse des Sciences Médicales. [Internet]. Berne: ASSM; 2018 p. 38. Available from: https://www.samw.ch/fr/Publications/Directives.html
13. Imhof W, Office fédéral de la santé publique. L’ anticipation en lien avec la santé, en particulier en cas d’ incapacité de discernement (« Advance Care Planning »). 2018;32.
14. n der Schmitten J, Lex K, Mellert C, Rothärmel S, Wegscheider K, Marckmann G. Implementing an Advance Care Planning Program in German Nursing Homes. Dtsch Ärztebl Int. 2014 Jan;111(4):50–7.
15. Hickman S, Hammes B, Moss A, Tolle S. Hope for the Future: Achieving the Original Intent of Advance Directives. Hastings Cent Rep. 2005;35(6):S26–30.
16. Detering KM, Hancock AD, Reade MC, Silvester W. The impact of advance care planning on end of life care in elderly patients: randomised controlled trial. BMJ. 2010 Mar 24;340:c1345.
17. Bosisio F, Barazzetti G. Advanced Care Planning: Promoting Autonomy in Caring for People with Dementia. Am J Bioeth. 2020 Aug 2;20(8):93–5.
18. Bosisio F, Jox R, Jones L, Rubli Truchard E. Planning ahead with dementia: what role can advance care planning play? A review on opportunities and challenges. Swiss Med Wkly. 2018;148(w14706).

American Diabetes Association (ADA) 2021 – Congrès virtuel

Le rapport suivant met en lumière une sélection de moments forts de la réunion scientifique de l’ Association Américaine du Diabète, qui s’ est déroulée sous forme virtuelle du 25 au 29 juin 2021.

Étude GRADE

De manière similaire que l’ étude UKPDS en 1998, l’ étude GRADE a examiné la valeur du traitement initial chez les patients prétraités par metformine (1000-2000 mg par jour) et présentant une HbA1c de 6,8 à 8,5 %.

L’ étude a porté sur les inhibiteurs de la DPP-4 (sitagliptine), le GLP-1-RA (liraglutide), les sulfonylurées (glimépiride) et l’ insuline glargine. Malheureusement, les inhibiteurs du SGLT-2 n’ ont pas été pris en compte, car ils n’ étaient autorisés sur le marché américain que quelques mois après le début de l’ étude. Le critère d’ évaluation primaire était une HbA1c ≥ 7,0 %, confirmée lors de la visite trimestrielle suivante. Le critère d’ évaluation secondaire était un taux d’ HbA1c ≥ 7,5 % après l’ introduction de l’  insuline glargine dans les 3 groupes non glargine. 5047 personnes ont été incluses.

Les résultats suggèrent que la meilleure HbA1c est obtenue après 6 mois avec le glimépiride et le liraglutide, et que les meilleurs résultats après 48 mois ont été obtenus avec la glargine et le liraglutide.

Les hypoglycémies sévères étaient 2-3 fois plus élevées dans le groupe glimépiride que sous liraglutide et 70 % de plus par rapport au groupe sous glargine seul. Les meilleurs résultats, mais non significatifs, en termes de MACE à 3 points, de mortalité et d’ insuffisance cardiaque ont été obtenus pour le liraglutide.

Diabète et insuffisance cardiaque

5 ans après le diagnostic de diabète, deux tiers des patients atteints de diabète de type 2 avaient une insuffisance cardiaque même en l’ absence d’ ischémie. Ces 68 % se répartissent dans les sous-catégories suivantes : 27% de dysfonction systolique uniquement, 16 % de dysfonction diastolique uniquement et 25 % de dysfonctionnement systolique et diastolique combiné.
Pour cette raison, le communiqué de presse suivant est essentiel :
«Dans le cadre d’ un suivi de 1,9 million de patients atteints de diabète de type 2, on a constaté qu’ en termes de première manifestation la plus fréquente d’ une maladie cardiovasculaire l’ AOMI était au premier rang avec 16 %, l’ insuffisance cardiaque au deuxième rang avec 14 %, suivie par l’ infarctus du myocarde non mortel avec 12 %, les événements cérébrovasculaires avec 10 % et le décès d’ origine cardiovasculaire avec 4 %.»

Essai EMPEROR PRESERVED

Peu de temps après le congrès de l’ ADA, les principaux résultats de cette étude ont été publiés dans un communiqué de presse. Pour la première fois, une étude clinique a démontré avec succès qu’ un traitement peut réduire le risque d’ hospitalisation et de décès cardiovasculaire chez les patients atteints d’ insuffisance cardiaque à fraction d’ éjection préservée (HFpEF). L’ empagliflozine agit également en cas de fraction d’ éjection préservée et pas seulement en cas de fraction d’ éjection réduite. Elle est, en conséquence, le premier inhibiteur du SGLT2 à obtenir ces résultats.

Essai AMPLITUDE

AMPLITUDE est une étude de critère cardiovasculaire portant sur l’ efpéglenatide, un GLP-1-RA basé sur l’ exendine-4, qui a été couplé à un fragment Fc d’ IgG4 pour prolonger la demi-vie. Des doses de 4 et 6 mg s.c. une fois par semaine ont été testées chez 4076 patients. 90 % des patients avaient déjà une maladie cardiovasculaire et 32 % avaient un eGFR < 60 ml/min. Le suivi médian était de 1,8 ans. MACE à 3 points ou le décès non cardiovasculaire a été significativement réduit de 27 %, de même que le point final rénal combiné de 33 %. Ce qui était intéressant dans le cadre d’ une étude exploratoire sur MACE, c’ est que les résultats étaient meilleurs avec 6 mg qu’ avec 4 mg.

Il s’ agit de la première étude qui a montré chez un GLP-1-RA non humain un tel effet sur différents critères d’ évaluation.

Critères d’ évaluation macrovasculaires et amputations lors de l’ étude LEADER (sous-analyse)

À partir d’ un taux d’ HbA1c de 5,5 % déjà, le risque de maladie coronarienne et d’ accident vasculaire cérébral s’ élève de 50-55 % par augmentation de 1% de l’ HbA1c. Dans l’ essai LEADER, le liraglutide a permis de réduire significativement les amputations de 35 %.

Traitement de l’ obésité avec le programme STEP

Les 4 études de ce programme ont inclus 4 700 patients. Dans le programme STEP-2, les patients atteints de diabète de type 2 ont été inclus, et dans les 3 autres uniquement ceux souffrant d’ obésité et de comorbidités.
Le 4 juin 2021, la FDA a autorisé l’ utilisation de 2,4 mg de sémaglutide en cas d’ obésité ou de surpoids et de comorbidités. La dose est lentement augmentée de 0,25 mg à 0,5 mg, 1,0 et 2,4 mg en l’ espace de 16 semaines. La perte de poids a été de 15-17 % chez les personnes non diabétiques et de 10 % chez les personnes avec un diabète depuis plus d’ un an avec un IMC de 36-38. L’ essai STEP-4 a, en outre, examiné ce qui se passe lorsqu’ après 20 semaines le traitement avec 2,4 mg de sémaglutide est arrêté. La perte de poids jusqu’ à ce moment-là était de 10,6 %. En cas d’ arrêt, la perte de poids était encore de 5,4 % après 1 an, et dans le groupe où le sémaglutide a été maintenue, elle était de 17,7 %.

Il est intéressant de noter que l’ HbA1c n’ a pas pu être réduite par rapport à 1,0 mg du sémaglutide. En cas de perte de poids < 10 %, la réduction de l’ HbA1c était de 1,1% dans les deux groupes, et en cas de perte de poids > 10 %, une baisse de l’ HbA1c de 2,2 % était atteinte dans les deux groupes.

Dans une sous-analyse du programme STEP-1, il a été démontré que sous 2,4 mg de sémaglutide, la masse grasse totale a diminué de 7 % et la masse maigre augmentée de 3,5 %, alors que dans le groupe placebo, la masse grasse a diminué de 0,4 % et la masse maigre augmenté de 0,3 %.

Dans la même étude, le groupe glycémique a également été examiné. Aucun des patients n’ avait un diabète au début de l’ étude. Dans le groupe sémaglutide, 55 % avaient un statut glycémique normal et 45 % un prédiabète. Après 68 semaines, 84 % avaient un statut glycémique normal et seulement 16% un prédiabète. Dans le groupe placebo, 60 % avaient un statut glycémique normal et 40 % un prédiabète au départ. Après 68 semaines, 3% avaient encore un diabète et 48 % un prédiabète, et seulement 49% avaient encore un statut glycémique normal.

Ces résultats suggèrent un effet préventif d’ une prise de sémaglutide de 2,4 mg pour éviter le diabète par la perte de poids.

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Pr Roger Lehmann

Clinique d’endocrinologie, de diabétologie et nutrition clinique
Hôpital universitaire de Zurich
Rämistrasse 100
8091 Zurich

Roger.Lehmann@usz.ch

Participation à des Advisory Boards et honoraires de conférencier de Novo Nordisk, Sanofi, MSD, Boehringer Ingelheim, Servier et Astra Zeneca.

À partir de quand cela devient-il dangereux ?

Une action diagnostique et thérapeutique immédiate n’ est pas nécessaire pour chaque thrombocytopénie. Mais si des symptômes indiquent une tendance aux hémorragies, il faut agir rapidement.

Le dépistage d’ une thrombocytopénie s’ apparente à un processus circonstanciel, il faut rechercher des signes de preuve afin de pouvoir confondre le coupable. Toutes les thrombocytopénies ne sont pas dangereuses. Ce n’ est que lorsque les valeurs sont inférieures à 30 000/µl qu’ il existe un risque accru d’ hémorragie. Les symptômes typiques qui doivent toujours faire penser à une thrombocytopénie sont les hématomes sans explication, les hémorragies secondaires lors de blessures ou après une opération et les pétéchies. «Mais une thrombocytopénie peut aussi se manifester sous la forme d’ une thrombose, par exemple dans le cas d’ une thrombocytopénie induite par l’ héparine», explique le Pr Jörg Halter. Il n’ est pas rare qu’ en cas de thrombocytopénie, les deux autres séries de cellules soient également touchées, de sorte que l’ anémie ou la tendance aux infections sont au premier plan.

Mais avant de poursuivre l’ examen d’ une thrombocytopénie, il convient d’ exclure une pseudo-thrombocytopénie. Une telle « maladie de laboratoire » se retrouve chez 0,1 % de la population. Les anticorps antiplaquettes EDTA-dépendants  sont responsables d’ un taux de plaquettes faussement bas. Lors d’ un contrôle dans un tube citraté ou au microscope, les plaquettes sanguines sont alors à nouveau normales.

Symptomatique ou asymptomatique ?

Une thrombocytopénie symptomatique doit toujours être examinée. La situation est différente chez les patients asymptomatiques. En l’ absence de symptômes, une recherche de la cause n’ est obligatoire en premier lieu que si les valeurs plaquettaires sont inférieures à 100 000/µl ou en présence d’ une bi- ou d’ une tricytopénie. Si les valeurs sont > 100 000/µl, il faut d’ abord procéder à des contrôles. Si les valeurs restent dans cette fourchette, on peut d’ abord continuer à attendre et contrôler à nouveau plus tard.

Trouble de la formation ou consommation accrue ?

Une thrombocytopénie ne peut en principe être causée que par deux mécanismes pathogéniques : Un trouble de la formation ou une consommation accrue. Les causes qui entraînent un trouble de la formation sont les suivantes :

  • Lésion de la moelle osseuse par des médicaments ou de l’ alcool, notamment des cytostatiques
  • Infiltration ou refoulement de la moelle osseuse par une néoplasie hématologique ou une
  • Carcinose de la moelle osseuse due à des tumeurs solides
  • Myélofibrose
  • Syndromes myélodysplasiques
  • Hypo- ou aplasie de la moelle osseuse
  • Carence sévère en vitamine B12 ou en fer
  • Défauts génétiques rares
  • Thrombocytopénie immunitaire (PTI).

« Une consommation accrue de plaquettes est presque toujours d’ origine immunologique », explique le Pr Halter. Les causes sont généralement les médicaments, plus rarement les maladies auto-immunes, le syndrome des antiphospholipides, les syndromes d’ immunodéficience, les lymphomes ou la LLC, les infections (hépatite, VIH) et les vaccinations. Ce n’ est que lorsqu’ une telle thrombocytopénie immunitaire secondaire a été exclue que l’ on peut poser le diagnostic de « thrombocytopénie immunitaire primaire (PTI) ». En ce qui concerne les médicaments, il faut citer en premier lieu les préparations à base d’ héparine, qui peuvent déclencher une thrombocytopénie induite par l’ héparine. La thrombocytopénie après administration d’ un inhibiteur de la GP IIb / IIIa, la thrombocytopénie post-transfusionnelle, la thrombocytopénie associée à la grossesse et la thrombocytopénie néonatale sont plus rares.

Les causes de la thrombocytopénie de consommation non immunologique rare sont les suivantes: la coagulopathie de consommation, le syndrome de von Willebrand, l’ embolie pulmonaire massive, les gros hémangiomes et les gros anévrismes. La perte de plaquettes peut également entraîner une thrombocytopénie en cas de splénomégalie ou d’ hémorragie massive.

Microangiopathie thrombotique

Le syndrome hémolytique et urémique atypique (SHUa), également appelé microangiopathie thrombotique, est une maladie rare qui n’ est souvent pas diagnostiquée. La cause en est une activité excessive et incontrôlée du système du complément, génétiquement déterminée, qui peut être induite, en cas de prédisposition génétique, par différents déclencheurs tels que les infections, les vaccinations et la grossesse. Cette activité excessive du système complémentaire entraîne un dysfonctionnement endothélial suivi de la formation de thrombus et d’ une hémolyse. Cela entraîne à son tour des troubles de la circulation sanguine, tous les organes vitaux pouvant être touchés, en particulier les reins, le cœur, les poumons et le SNC. Les symptômes les plus courants sont l’ hémolyse avec anémie, la thrombocytopénie et l’ insuffisance rénale. De nombreuses personnes atteintes ont besoin d’ une dialyse ou même d’ une transplantation rénale.

Aussi en cas de COVID-19

Les résultats de nouvelles études montrent qu’ une infection par le COVID-19 peut également entraîner une activation excessive du système du complément et donc déclencher une microangiopathie thrombotique. De nombreux paramètres génétiques et sérologiques du système du complément (C3, CD46, DGKE et CFH) ont été analysés chez 60 patients, dont 20 avec une évolution très grave et 11 avec une évolution fatale, afin de pouvoir identifier des prédicteurs fiables d’ une évolution critique de la maladie. Par exemple, les malades en phase critique présentaient plus souvent que la moyenne un ADAMTS13 pathogène. L’ objectif de ces activités de recherche est de pouvoir identifier de manière précoce et fiable les patients atteints de COVID-19 qui peuvent bénéficier d’ une inhibition du complément au moyen d’ anticorps monoclonaux.
L’ objectif du traitement de la microangiopathie thrombotique est de rétablir l’ équilibre du système du complément. Outre la plasmaphérèse, on dispose pour ce traitement d’ anticorps monoclonaux (éculizumab et ravulizumab) qui se lient au composant C5 du complément. Cela empêche le clivage du C5 et réduit ainsi l’ hémolyse.

PTI – comment la traiter ?

On distingue trois stades dans la PTI :

  • Stade nouvellement diagnostiqué : au cours des 3 derniers
    mois avec rémission spontanée fréquente.
  • Stade persistant : 3 à 12 mois, rémission spontanée plus rare
  • Stade chronique : > 12 mois, rémission spontanée peu probable.

En cas de taux de plaquettes supérieur à 20 000 à 30 000 / µl et d’ absence ou de faible tendance aux saignements, il est recommandé de «watch & wait». Alternativement, un traitement par stéroïdes peut être mis en place, la dexaméthasone étant la préparation de choix. Si une récidive se produit ou si le stéroïde ne permet pas d’ obtenir une rémission, il convient de réévaluer l’ indication du traitement. En l’ absence de saignements ou en cas de saignements minimes, un watch and wait est également justifiable. Chez les patients sous traitement, il convient d’ utiliser un agoniste des récepteurs de la thrombopoïétine ou de soumettre le patient à une splénectomie. En cas d’ hémorragies graves, des immunoglobulines i.v. ou des corticostéroïdes sont toujours indiqués et, en cas d’ hémorragies mettant la vie en danger, il convient d’ envisager en outre des concentrés de plaquettes, des agonistes des récepteurs de la thrombopoïétine ou le rituximab.

Dr. med.Peter Stiefelhagen

Les troubles olfactifs s’ accompagnent d’ une augmentation de la mortalité

Les troubles de l’ odorat (hyposmie ou anosmie) n’ affectent pas seulement la qualité de vie. Ils ont également une incidence sur le pronostic.

Le thème des troubles de l’ odorat et du goût est particulièrement d’ actualité et pertinent à l’ époque de COVID-19 ; en effet, jusqu’ à 60% des personnes infectées se plaignent de tels troubles. Ils nécessitent en principe toujours un examen ORL ou neurologique, même s’ ils peuvent être l’ expression d’ un processus de vieillissement.

Les causes les plus fréquentes des troubles olfactifs sont :

  • traumatismes crâniens ou cérébraux avec impact occipital ou frontal (anosmie traumatique)
  • obstruction de la fente olfactive par des polypes ou des tumeurs, respiration par la bouche, trachéotomie, laryngectomie (anosmie respiratoire)
  • Anosmie neurodégénérative en cas de démence ou de syndrome de Parkinson
  • Anosmie virale ou postvirale, surtout en cas de virus Covid-19 et parainfluenza (anosmie essentielle)
  • Troubles olfactifs induits par des médicaments
  • Troubles olfactifs dus à des substances nocives
  • Trouble olfactif d’ origine centrale, par ex. en cas de tumeurs cérébrales frontales
  • Troubles olfactifs congénitaux.

Les troubles olfactifs sont importants pour le pronostic. Cela a pu être démontré dans une série d’ études. «Les personnes concernées décèdent dans le cadre d’ une maladie de Parkinson ou d’ une démence», explique la Pre Antje Welge-Lüssen. Les troubles neurodégénératifs de l’ odorat ne sont accessibles ni à un traitement causal ni à un traitement symptomatique. En cas d’ anosmie post-virale, un entraînement olfactif est recommandé.

Dr. med.Peter Stiefelhagen

Un tableau clinique diffus

«Long Covid» est un ensemble de troubles dans le sens d’une convalescence retardée après un traitement intensif avec un syndrome d’épuisement inhabituel sans substrat organique certain, une dépression réactive et des troubles neurologiques ou neuropsychiatriques au-delà de trois mois après le traitement aigu.

En cas de maladie COVID-19 symptomatique, on distingue trois formes d’évolution :

  • Infection aiguë : symptômes < 4 semaines
  • Infection symptomatique persistante : symptômes 4 – 12 semaines après l’infection aiguë
  • post-COVID-19 : symptômes persistant > 12 semaines.

Selon la Pre Nina Khanna, l’infection aiguë évolue en trois stades

  • Stade 1 : infection précoce avec réplication virale
  • Stade 2 : phase pulmonaire
  • Stade 3 : phase hyperinflammatoire.

20 % des personnes infectées sont asymptomatiques, 80 % présentent une évolution légère, 14% une évolution sévère et 5% une évolution critique avec une mortalité comprise entre 20 et 70 %.

Le syndrome de Long-Covid-19 peut toucher tous les patients infectés, mais il est plus fréquent et plus long chez les patients hospitalisés. La question se pose de savoir si les symptômes sont spécifiques au COVID-19 ou s’ils ne le sont pas, comme ils peuvent également survenir après des infections graves ou des maladies nécessitant un traitement intensif ; en effet, il existe un chevauchement avec le syndrome de « fatigue chronique » ou ce que l’on appelle « l’encéphalopathie myalgique », c’est-à-dire le syndrome de fatigue post-virale ou post-infectieuse, qui se manifeste également de temps à autre après d’autres infections (infection à EBV, maladie de Lyme, fièvre Q). Les symptômes typiques de ce dernier sont une limitation fonctionnelle dans la vie quotidienne ou professionnelle, un sommeil non réparateur, des troubles cognitifs, une intolérance orthostatique, des céphalées, des douleurs dans les membres, des douleurs musculaires circonscrites et des allergies multiples. Il peut donc être très difficile de faire la distinction avec le COVID long.

Pas une rareté

Entre-temps, de plus en plus d’observations montrent que chez un certain nombre de patients, des troubles persistent même après 6 mois et plus, qui ne sont pas strictement corrélés avec la gravité initiale de la maladie ni avec le modèle initial de troubles. C’est ainsi que l’on a constaté un taux élevé de syndromes d’épuisement et de troubles neurocognitifs difficilement explicables d’un point de vue organique chez des adultes d’âge moyen, par ailleurs en bonne santé, qui exerçaient une activité professionnelle à plein temps avant leur infection par le COVID-19, mais qui sont aujourd’hui limités à long terme ou même incapables de travailler. Dans une étude chinoise portant sur 1 733 patients, 63 % se sont plaints de fatigue, 26% de troubles du sommeil et 23 % d’une humeur anxieuse et dépressive après six mois. Lors de l’examen de la fonction pulmonaire, 22% présentaient un trouble de la diffusion et près de 30% une diminution de la distance de marche de 6 minutes. Dans une étude britannique, des troubles persistants ou épisodiques récurrents ont été constatés chez 14%, et trois clusters phénotypiques ont été décrits :

  • Troubles sensoriels tels que troubles du goût et de l’odorat, manque d’appétit, troubles visuels
  • Troubles neurologiques tels qu’oublis, troubles de la mémoire à court terme, confusion mentale
  • Symptômes cardio-respiratoires tels qu’oppression ou douleur thoracique, dyspnée d’effort, fatigue, épuisement, dyspnée de repos ou d’effort, palpitations cardiaques.

En ce qui concerne la fréquence, jusqu’à 20 % des patients se plaignent encore d’au moins un symptôme après 3 mois, chez les patients hospitalisés, ce chiffre atteint 50 % et chez les patients traités en soins intensifs, il dépasse même 70 %. Les plaintes les plus fréquentes concernent la fatigue persistante, les maux de tête, la toux et les douleurs thoraciques. Les facteurs de risque d’un syndrome COVID-19 long se sont avérés être un âge avancé, le sexe féminin, des comorbidités et ≥ 5 symptômes au cours de la première semaine. Les observations de l’évolution montrent que dans un tiers des cas, la capacité de diffusion est encore limitée après 12 semaines et que dans 60% des cas, on trouve encore des résidus au scanner. «Si les troubles persistent au-delà de douze semaines, ces patients nécessitent un contrôle multidisciplinaire », explique la Pre Khanna. En cas d’évolution non compliquée, un contrôle n’est toutefois pas nécessaire.

Dr. med.Peter Stiefelhagen

Cœur d’athlète ou cardiomyopathie ?

Le cœur des sportifs peut simuler une cardiomyopathie. Mais la plupart du temps, ce n’est le cas que chez les sportifs de haut niveau. Pour pouvoir distinguer un cœur d’athlète d’une cardiomyopathie, il est nécessaire d’effectuer un diagnostic complet, y compris la détermination de la réserve de charge ventriculaire.

Des événements actuels lors du championnat d’Europe de football de cette année ont une fois de plus attiré l’attention des médias sur le thème de la mort cardiaque aiguë chez les sportifs. La principale cause de mort cardiaque subite chez les athlètes est la cardiomyopathie hypertrophique, suivie par les canalopathies comme le syndrome du QT long ou le syndrome de Brugada. « Mais la cardiomyopathie dilatée, restrictive, arythmogène du ventricule droit et la cardiomyopathie sans compression peuvent également être à l’origine de l’effondrement soudain d’un athlète », a expliqué le Pr Arno Schmidt-Trucksäss. La plupart du temps, un tel événement tragique est la première manifestation de la maladie, les patients ne s’étant pas fait remarquer auparavant. Or, chez les sportifs en particulier, la cardiomyopathie peut facilement passer inaperçue, c’est-à-dire que les modifications peuvent être interprétées à tort comme un cœur de sportif, ce qui peut avoir des conséquences fatales.

Similitudes avec les cardiomyopathies

La pression et le volume intermittents induits par le sport peuvent entraîner une dilatation des quatre cavités cardiaques. Il en résulte une hypertrophie ventriculaire gauche, avec une corrélation avec le volume d’entraînement. Il n’est pas rare que ces changements s’accompagnent de modifications de l’ECG, mais il peut être difficile de les distinguer d’une cardiomyopathie. Les athlètes d’endurance, en particulier, peuvent développer des modifications sous la forme d’une dysplasie du ventricule droit. Le ventricule droit est souvent dilaté, mais présente encore une fraction d’éjection ventriculaire droite presque normale. L’ECG montre souvent un bloc de branche droit ou des négativations en T au-dessus de la paroi antérieure. Dans un premier temps, cela peut déjà ressembler à une dysplasie ventriculaire droite arythmogène.

Critères de la CVDA

La cardiomyopathie ventriculaire doite arythmogène (CVDA) est une maladie génétique, c’est-à-dire qu’il existe une mutation dans le gène qui code pour les desmosomes. Il en résulte une perte des myocytes et une fibrose du myocarde avec des dépôts de graisse. L’électrocardiogramme montre différentes modifications et il n’est pas rare qu’un bloc de branche gauche apparaisse. Pour établir le diagnostic, des critères mineurs et majeurs sont exigés. Il s’agit notamment de la diminution de la FE du ventricule droit, de la mise en évidence de troubles de la mobilité de la paroi et/ou d’une dilatation du ventricule droit et de modifications de l’ECG. Le problème est que de nombreux sportifs remplissent ces critères sans être malades. Le volume du ventricule droit à lui seul est souvent de 230 ml chez les sportifs de haut niveau, ce qui constitue en fait un critère pour la CVDA. Pourtant, une onde epsilon n’a encore jamais été décrite chez les sportifs. En revanche, des négativations T biphasiques et une dilatation ventriculaire droite ou même biventriculaire peuvent également se produire chez les sportifs, de sorte que ces seuls critères ne permettent pas de poser le diagnostic de CVDA.
Une échocardiographie de stress peut être réalisée afin de déterminer si le ventricule droit peut adapter sa fonction en cas d’augmentation de l’effort ou s’il existe une réserve d’effort réduite. Cette dernière hypothèse est plutôt en faveur d’une CVDA.

Recommandations pour la pratique

Dans la pratique, deux paramètres ont fait leurs preuves pour distinguer le cœur d’athlète de la CVDA en cas de détection d’une dilatation du ventricule droit :

  • Le nombre d’heures de sport pratiquées est indicatif, voire décisif. Chez les sportifs qui ne s’entraînent pas plus de 3 ou 4 heures par semaine, il est peu probable que la dilatation du ventricule droit soit l’expression d’un effort sportif. Il faudrait probablement 20 heures par semaine à pleine charge pour déclencher une dilatation du ventricule droit comme expression du cÅ“ur du sportif.
  • Les négativations T au-dessus de la paroi antérieure sont très fréquentes chez les sportifs et ne peuvent donc pas être utilisées comme critère CVDA. Mais chez les sportifs symptomatiques ou chez les sportifs ayant des antécédents familiaux ou une mort cardiaque subite inexpliquée, il faut penser à une CVDA en cas de détection d’un ventricule droit anormal et la vérifier par un test génétique.
Dr. med.Peter Stiefelhagen