Akute Hƶhenkrankheiten – Definition, Prophylaxe, Therapie

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Infections respiratoires en EMS: comment optimiser lā€™ā€Šutilisation des antibiotiques?

La prescription inappropriĆ©e dā€™ā€Šantibiotiques est courante pour les infections respiratoires. Cela est notamment le cas dans les Ć©tablissements mĆ©dico-sociaux (EMS), contribuant Ć  lā€™ā€ŠantibiorĆ©sistance et exposant les rĆ©sidents Ć  des effets indĆ©sirables Ć©vitables. Cet article explore diffĆ©rentes pistes dā€™ā€Šoptimisation des prescriptions, en sā€™ā€Šappuyant Ć  la fois sur des stratĆ©gies validĆ©es de programmes dā€™ā€Šantibiotic stewardship, et sur des approches innovantes, telles que des algorithmes dĆ©cisionnels intĆ©grant des tests point-of-care ou lā€™ā€Šutilisation de lā€™ā€ŠĆ©chographie pulmonaire comme aide au diagnostic.

The inappropriate prescription of antibiotics is common for respiratory infections. This is particularly the case in nursing homes, contributing to antibiotic resistance and exposing residents to preventable adverse effects. This article explores various ways to optimise prescribing practices, drawing on both validated antibiotic stewardship programme strategies and innovative approaches, such as decision-making algorithms incorporating point-of-care tests or the use of lung ultrasound as a diagnostic aid.
Keywords: Antibiotic prescription, Nursing homes, Antibiotic stewardship, Respiratory infections, Rapid diagnostic tests

La consommation dā€™ā€Šantibiotiques

La rĆ©sistance aux antibiotiques est une menace pour la santĆ© publique mondiale, et lā€™ā€Šutilisation inappropriĆ©e des antibiotiques en est une contribution importante (1). Les rĆ©sidents dā€™ā€ŠĆ©tablissements mĆ©dicaux-sociaux (EMS) sont deux fois plus susceptibles de recevoir des antibiotiques que les personnes Ć¢gĆ©es vivant dans la communautĆ© (2). Hors, la moitiĆ© de ces prescriptions serait inappropriĆ©e (3). Une rĆ©cente Ć©tude sur la prĆ©valence des prescriptions a montrĆ© quā€™ā€Šen Suisse, 2.9 % des rĆ©sidents recevaient un traitement antibiotique le jour de lā€™ā€ŠenquĆŖte, avec une diffĆ©rence entre les Ć©tablissements des cantons de Vaud et de Saint-Gall (3.9 % contre 1.8 %; p = 0.05) (4). Les situations les plus frĆ©quentes de prescription inappropriĆ©e dans les EMS sont la bactĆ©riurie asymptomatique et les infections respiratoires. En plus des rĆ©sistances, les antibiotiques peuvent nuire directement aux rĆ©sidents en provoquant des effets secondaires, comme des troubles gastro-intestinaux et des Ć©ruptions cutanĆ©es, ainsi que des altĆ©rations du microbiote (5, 6). Les rĆ©sidents dā€™ā€ŠEMS Ć  haute consommation dā€™ā€Šantibiotiques prĆ©sentent un risque accru de troubles gastro-intestinaux, mĆŖme sans ĆŖtre directement exposĆ©s aux antibiotiques, par rapport Ć  ceux qui rĆ©sident dans des Ć©tablissements où la consommation est plus basse (7).

Les infections respiratoires

Le taux de prescription pour les infections respiratoires dans les Ć©tablissements europĆ©ens varie de 53 Ć  80 % (2), avec beaucoup de sur-prescription pour les bronchites aiguĆ«s qui sont la plupart du temps dā€™ā€Šorigine virale et donc spontanĆ©ment rĆ©solutives (8). Plusieurs facteurs expliquent cette consommation Ć©levĆ©e: (i) une incidence accrue dā€™ā€Šinfections respiratoires liĆ©e Ć  lā€™ā€ŠimmunosĆ©nescence et aux troubles de la dĆ©glutition favorisant les fausses routes (9), et (ii) la difficultĆ© dā€™ā€Šidentifier les rĆ©sidents avec une pneumonie en raison dā€™ā€Šune prĆ©sentation clinique non spĆ©cifique (7), de la disponibilitĆ© limitĆ©e des tests diagnostiques notamment les examens sanguins et radiologiques et lā€™ā€Šabsence de mĆ©decins rapidement sur place dans la plupart des Ć©tablissements (3).

Les programmes dā€™ā€Šantibiotic stewardship

Les programmes dā€™ā€Šantibiotic stewardship, ou programmes de bon usage des antibiotiques, rassemblent lā€™ā€Šensemble des stratĆ©gies visant Ć  garantir la prescription dā€™ā€Šantibiotiques la plus adaptĆ©e aux patients nĆ©cessitant un traitement, en veillant Ć  leur administration Ć  la dose appropriĆ©e et pendant une durĆ©e optimale (10). La mise en place de programmes dā€™ā€Šantibiotic stewardship dans les EMS est une tĆ¢che difficile. Contrairement au contexte des soins aigus, ces programmes ont tendance Ć  ĆŖtre moins bien organisĆ©s et Ć  disposer de moins de ressources (3). Les autres obstacles Ć  lā€™ā€ŠimplĆ©mentation de ces programmes sont: (i) lā€™ā€ŠaccĆØs limitĆ© Ć  certains tests diagnostiques sur site (analyses de laboratoire et radiologie), combinĆ© Ć  une utilisation inadĆ©quate dā€™ā€Šautres tests (stix urinaires), (ii) lā€™ā€ŠĆ©valuation clinique initiale effectuĆ©e par le personnel infirmier avec de nombreuses prescriptions faites par tĆ©lĆ©phone, (iii) lā€™ā€Šabsence de donnĆ©es sur les rĆ©sistances dans ce setting, et (iv) le haut taux de colonisation, notamment des voies urinaires et de la peau (3). MĆŖme si peu dā€™ā€ŠĆ©tudes Ć©valuent lā€™ā€ŠefficacitĆ© et la sĆ©curitĆ© des programmes dā€™ā€Šantibiotic stewardship dans les EMS, certaines revues de littĆ©rature suggĆØrent que ces programmes tendent Ć  amĆ©liorer lā€™ā€Šusage des antimicrobiens sans augmenter les hospitalisations ni la mortalitĆ© (11–14).

Compte tenu du taux Ć©levĆ© de sur-prescriptions et de lā€™ā€Šeffet nĆ©gatif sur les rĆ©sidents, il est urgent de mettre en place des programmes dā€™ā€Šantibiotic stewardship adaptĆ©s au contexte des EMS afin de rĆ©duire la pression de sĆ©lection antibiotique et dā€™ā€ŠamĆ©liorer la qualitĆ© des soins (11). De nombreuses interventions possibles existent (Tab. 1), telles que la promotion de recommandations locales pour le diagnostic et la prise en charge des infections frĆ©quentes, la rĆ©duction des tests microbiologiques inutiles et la promotion des tests diagnostiques rapides Ā«point-of-careĀ» (POC), pouvant ĆŖtre rĆ©alisĆ©s sur place et avec un rĆ©sultat disponible rapidement (3).

Outils dā€™ā€Šantibiotic stewardship pour les infections respiratoires

Recommandations locales

Une partie des EMS suisses (en Suisse romande, bernois et tessinois) bĆ©nĆ©ficie de recommandations locales afin de guider le diagnostic et la prise en charge empirique des infections frĆ©quentes (https://guide-ems-hpci.ch/). Une Ć©tude Ā« qualitĆ© des soins Ā» dans les EMS vaudois a montrĆ© que la diffusion de recommandations de prescription empirique dā€™ā€Šantibiotiques et la mise en place de cercles de qualitĆ© regroupant mĆ©decins, pharmaciens et infirmiers, permettaient de diminuer les prescriptions (15). Concernant les infections respiratoires, les recommandations font la distinction entre leur prise en charge pendant et en dehors de la pĆ©riode de la grippe et autres virus respiratoires (Fig. 1a et 1b). En pĆ©riode dā€™ā€ŠĆ©pidĆ©mie virale, il est recommandĆ© de dĆ©pister les virus respiratoires et de ne pas prescrire une antibiothĆ©rapie dā€™ā€ŠemblĆ©e si le dĆ©pistage revient positif.

Biomarqueurs de lā€™ā€Šinflammation

Une Ć©tude randomisĆ©e contrĆ“lĆ©e rĆ©cente menĆ©e dans des EMS hollandais a dĆ©montrĆ© une diminution significative des prescriptions dā€™ā€Šantibiotiques chez les rĆ©sidents avec infections respiratoires dans les EMS qui avaient accĆØs Ć  la protĆ©ine C-rĆ©active (CRP) en POC par rapport aux EMS du groupe contrĆ“le (54 % versus 83 % de prescription, p < 0.001) (16). Bien que ces rĆ©sultats soient encourageants, ils sont difficilement transposables au contexte suisse. En effet, dans lā€™ā€ŠĆ©tude citĆ©e, des mĆ©decins Ć©taient prĆ©sents sur place pour lā€™ā€ŠĆ©valuation clinique des rĆ©sidents, contrairement Ć  notre contexte, où lā€™ā€ŠĆ©valuation clinique des rĆ©sidents en EMS est principalement assurĆ©e par lā€™ā€ŠĆ©quipe infirmiĆØre, et les dĆ©cisions de prescription sont souvent prises par tĆ©lĆ©phone par les mĆ©decins.

DƩpistage des virus respiratoires

Un deuxiĆØme exemple de test POC est le dĆ©pistage des virus respiratoires. Cependant, bien quā€™ā€Šil sā€™ā€Šagisse de tests molĆ©culaires dont le rĆ©sultat est gĆ©nĆ©ralement disponible en 1 Ć  2 heures, ils sont aujourdā€™ā€Šhui effectuĆ©s dans des laboratoires en dehors des EMS, ce qui retarde lā€™ā€Šobtention du rĆ©sultat pour une prise de dĆ©cision en temps rĆ©el. Une mĆ©ta-analyse a montrĆ© que lā€™ā€Šutilisation systĆ©matique des tests rapides molĆ©culaires pour les virus respiratoires aux urgences ne rĆ©duisait pas les prescriptions dā€™ā€Šantibiotiques (17). Cependant, l’impact de ces tests dans les EMS n’a pas Ć©tĆ© Ć©valuĆ©, et les tests SARS-CoV-2 n’ont pas Ć©tĆ© Ć©tudiĆ©s dans cette Ć©tude.

DonnƩes dans les EMS suisses francophones

Facteurs associĆ©s aux prescriptions lors dā€™ā€Šinfections respiratoires

Dans une cohorte de 114 rĆ©sidents prĆ©sentant une infection respiratoire basse (18), 55 % ont reƧu des antibiotiques, correspondant Ć  un taux de prescription relativement faible par rapport Ć  la moyenne observĆ©e dans les Ć©tablissements europĆ©ens (53 Ć  80 %) (2). Parmi les rĆ©sidents traitĆ©s par antibiotique, la majoritĆ© (74 %) nā€™ā€Šavait pas de signe de pneumonie radiologique, suggĆ©rant des prescriptions inappropriĆ©es.

Plusieurs facteurs Ć©taient associĆ©s Ć  la prescription dā€™ā€Šantibiotiques: (i) un score de fragilitĆ© (Frailty) ≄ 7 chez le rĆ©sident, (ii) une saturation en oxygĆØne < 92 %, reflĆ©tant la sĆ©vĆ©ritĆ© de lā€™ā€Šinfection, (iii) lā€™ā€Šabsence de bilan biologique incluant la CRP et/ou une formule sanguine, et (iv) des caractĆ©ristiques institutionnelles, telles quā€™ā€Šun Ć©tablissement situĆ© en zone urbaine ou la prĆ©sence dā€™ā€Šun mĆ©decin de sexe masculin. La rĆ©alisation dā€™ā€Šun test par PCR pour les virus respiratoires Ć©tait le seul facteur protecteur contre les prescriptions inappropriĆ©es.

Cette Ć©tude suggĆØre que les tests diagnostiques, en particulier les bilans sanguins et les PCR virales, pourraient rĆ©duire les prescriptions, notamment inappropriĆ©es, dā€™ā€Šantibiotiques. Pourtant, leur utilisation reste faible en pratique, avec dans cette cohorte seulement 44 % des rĆ©sidents qui ont bĆ©nĆ©ficiĆ© dā€™ā€Šun test viral et 14 % dā€™ā€Šun test sanguin. Les tests POC apparaissent comme une solution adaptĆ©e et leur utilisation pourrait ĆŖtre encouragĆ©e comme outil dā€™ā€Šantibiotic stewardship.

DĆ©veloppement dā€™ā€Šun score de prĆ©diction de la pneumonie

Dans cette mĆŖme cohorte augmentĆ©e de 92 rĆ©sidents depuis la premiĆØre analyse (206 au total), un score dĆ©cisionnel combinant signes vitaux et biomarqueurs de lā€™ā€Šinflammation disponibles en POC a Ć©tĆ© dĆ©veloppĆ© pour prĆ©dire la prĆ©sence dā€™ā€Šune pneumonie (SGAIM 2025, abstract 254). Ce score repose sur cinq variables facilement rĆ©coltĆ©es par le personnel soignant: Ć¢ge ≄ 80 ans [1 point], indice de masse corporelle < 18.5 kg/m2 [2 points], frĆ©quence cardiaque > 100/min [1 point], frĆ©quence respiratoire ≄ 22/min [1 point] et CRP > 60 mg/L [2 points], totalisant de 0 Ć  7 points. Trois niveaux de risque ont Ć©tĆ© dĆ©finis: faible (0–1), intermĆ©diaire (2) et Ć©levĆ© (3–7). Le score a montrĆ© une bonne performance diagnostique pour les groupes Ć  faible et haut risque (sensibilitĆ© 86 %, spĆ©cificitĆ© 74 %, valeur prĆ©dictive positive 71 %, valeur prĆ©dictive nĆ©gative 89 %). Il pourrait ĆŖtre utilisĆ© pour guider la prescription: pas dā€™ā€Šantibiotiques pour les rĆ©sidents avec un score faible, antibiotiques pour ceux avec un score Ć©levĆ© et Ć©valuation mĆ©dicale avant la dĆ©cision pour les rĆ©sidents avec un score intermĆ©diaire. Bien quā€™ā€Šil prĆ©sente un potentiel prometteur pour guider les prescriptions, une Ć©tude randomisĆ©e contrĆ“lĆ©e reste nĆ©cessaire pour en confirmer la sĆ©curitĆ© clinique et lā€™ā€Šimpact sur les prescriptions (Tab. 2).

DƩpistage des virus respiratoires

Une Ć©tude observationnelle rĆ©trospective menĆ©e dans 45 EMS du canton de Vaud (environ 2400 lits) entre 2021 et 2023 a Ć©valuĆ© lā€™ā€Šassociation entre (i) le dĆ©pistage du SARS-CoV-2, (ii) un dĆ©pistage positif au SARS-CoV-2, et les prescriptions dā€™ā€Šantibiotiques (SGAIM 2025, abstract 257). Si le dĆ©pistage en soi n’était pas associĆ© aux prescriptions, un rĆ©sultat SARS-CoV-2 positif Ć©tait associĆ© Ć  une rĆ©duction des antibiotiques. En moyenne, il faut 3.5 tests positifs pour Ć©viter une prescription. Cela suggĆØre quā€™ā€Šen contexte de forte prĆ©valence, le dĆ©pistage du SARS-CoV-2 pourrait contribuer Ć  rĆ©duire les prescriptions dā€™ā€Šantibiotiques. Ces rĆ©sultats vont dans le sens des recommandations locales de prise en charge des infections respiratoires en pĆ©riode dā€™ā€ŠĆ©pidĆ©mie virale (Fig. 1, Tab. 2).

Lā€™ā€Šultrason pulmonaire

Le diagnostic de pneumonie repose sur un examen radiologique mais la radiographie du thorax est difficilement rĆ©alisable en pratique dans les EMS. Dans la cohorte de rĆ©sidents atteints dā€™ā€Šinfection respiratoire prĆ©cĆ©demment citĆ©e, seuls 3 % des rĆ©sidents ont bĆ©nĆ©ficiĆ© de cet examen (18). Lā€™ā€ŠĆ©chographie pulmonaire, Ć©galement recommandĆ©e par la SociĆ©tĆ© Suisse des Maladies Infectieuses, constitue une alternative intĆ©ressante, combinant plusieurs avantages: une bonne performance diagnostique chez les personnes Ć¢gĆ©es (19) et lā€™ā€Šexistence de sondes portables, compatibles avec tablettes et smartphones (20, 21). RĆ©alisable au lit du patient, lā€™ā€Šultrason pulmonaire permet dā€™ā€ŠĆ©viter des dĆ©placements et pourrait devenir une mĆ©thode dā€™ā€Šimagerie de choix en EMS. Pour favoriser lā€™ā€ŠimplĆ©mentation de cet outil dans un environnement avec des utilisateurs sans expĆ©rience prĆ©alable, il a Ć©tĆ© dĆ©montrĆ© que des techniques de balayage du thorax, faciles Ć  rĆ©aliser, sont aussi efficaces qu’un examen ciblĆ© sur les signes pathologiques (ESCMID 2025, Poster P3146). De plus, lā€™ā€ŠinterprĆ©tation des images guidĆ©e par lā€™ā€Šintelligence artificielle semble ĆŖtre trĆØs prometteuse, avec le potentiel de faciliter lā€™ā€Šutilisation de lā€™ā€Šultrason par les cliniciens (22) (Tab. 2).

Conclusion

La consommation inappropriĆ©e dā€™ā€Šantibiotiques en EMS, particuliĆØrement en cas dā€™ā€Šinfection respiratoire, est un enjeu majeur de santĆ© publique, favorisant lā€™ā€ŠantibiorĆ©sistance et exposant les rĆ©sidents Ć  des effets indĆ©sirables Ć©vitables. MalgrĆ© les contraintes structurelles propres Ć  ces Ć©tablissements, des stratĆ©gies ciblĆ©es telles que des recommandations adaptĆ©es, des tests POC, des outils dā€™ā€Šaide Ć  la dĆ©cision simples ou lā€™ā€ŠĆ©chographie pulmonaire prĆ©sentent un potentiel prometteur afin d’amĆ©liorer la pertinence des prescriptions pour les infections respiratoires. Nous avons besoin de plus dā€™ā€ŠĆ©vidence dans ce contexte de soins sous-Ć©tudiĆ© afin de pouvoir implĆ©menter des stratĆ©gies adaptĆ©es, sĆ»res et efficaces. Il est donc nĆ©cessaire de valider ces approches novatrices dans des Ć©tudes prospectives pour pouvoir les intĆ©grer aux programmes dā€™ā€Šantibiotic stewardship et optimiser la prescription dā€™ā€Šantibiotiques tout en prĆ©servant la qualitĆ© de vie des rĆ©sidents et rĆ©sidentes.

Dre Alexia Roux 1
Dr Nicola De Pasquale 1
M. Marc Jeanneret 1
Dre Diem-Lan Vu 2, 3
Dre Anne Niquille 4, 5
Dre Eve Rubli Truchard 6
Dre Tosca Bizzozzero 7
Dr Emmanouil Glampedakis 8
Pre Virginie Prendki 9, 10
Pre NoĆ©mie Boillat-Blanco 1

1 Service des maladies infectieuses, HƓpital universitaire de Lausanne et UniversitƩ de Lausanne, Lausanne, Suisse.
2 Unité des maladies transmissibles, Division du médecin cantonal général, Direction de la santé publique, Genève, Suisse.
3 UnitĆ© des maladies infectieuses pĆ©diatriques, DĆ©partement de la femme, de l’enfant et de l’adolescent, HĆ“pitaux universitaires de GenĆØve, GenĆØve, Suisse.
4 Institut des sciences pharmaceutiques de Suisse occidentale, Université de Genève, Université de Lausanne, Genève, Suisse
5 DƩpartement des soins ambulatoires, UnisantƩ, Centre de soins primaires et de santƩ publique, UniversitƩ de Lausanne, Lausanne, Suisse
6 Division de mƩdecine gƩriatrique et de rƩadaptation gƩriatrique, HƓpital universitaire de Lausanne et UniversitƩ de Lausanne, Lausanne, Suisse
7 DƩpartement de mƩdecine interne et de gƩriatrie, HƓpital de Morges, Morges, Suisse
8 UnitƩ cantonale de lutte contre les infections et de prƩvention, Service de santƩ publique, Lausanne, Suisse
9 Division des maladies infectieuses, HÓpitaux universitaires de Genève, Genève, Suisse
10 Division de médecine interne pour personnes âgées, Département de réadaptation et de gériatrie, HÓpitaux universitaires de Genève, Suisse

Copyright
Aerzteverlag medinfo AG

Dre Alexia Roux

 Service des maladies infectieuses
HƓpital universitaire de Lausanne et UniversitƩ de Lausanne
Lausanne, Suisse

Dr Nicola De Pasquale

Service des maladies infectieuses
HƓpital universitaire de Lausanne et UniversitƩ de Lausanne
Lausanne, Suisse

Pre NoƩmie Boillat-Blanco

Service des maladies infectieuses
HƓpital universitaire de Lausanne et UniversitƩ de Lausanne
Lausanne, Suisse

Les auteurs et autrices nā€™ā€Šont pas dĆ©clarĆ© de conflit dā€™ā€ŠintĆ©rĆŖts en rapport avec cet article

  • La prescription inappropriĆ©e dā€™ā€Šantibiotiques en EMS est frĆ©quente, notamment pour les infections respiratoires, et constitue un facteur majeur dā€™ā€Šeffets indĆ©sirables Ć©vitables chez les rĆ©sidents.
  • Les programmes dā€™ā€Šantibiotic stewardship adaptĆ©s aux EMS sont essentiels, mais leur mise en œuvre reste limitĆ©e par un manque de ressources et de donnĆ©es locales.
  • Les tests rapides (point-of-care) pour des marqueurs de lā€™ā€Šinflammation comme la protĆ©ine C-rĆ©active ont le potentiel dā€™ā€ŠamĆ©liorer la pertinence des prescriptions.
  • Lā€™ā€ŠĆ©chographie pulmonaire est une alternative prometteuse Ć  la radiographie, utile pour diagnostiquer la pneumonie sans dĆ©placer les rĆ©sidents.

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Urgences hypertensives: actualitƩs en 2025

Les urgences hypertensives (UH) se dĆ©finissent par une Ć©lĆ©vation marquĆ©e de la pression artĆ©rielle (PA) associĆ©e Ć  une atteinte aiguĆ« dā€™ā€Šorgane cible (AOC), nĆ©cessitant une rĆ©duction tensionnelle rapide et contrĆ“lĆ©e. Elles doivent ĆŖtre distinguĆ©es de lā€™ā€Šhypertension artĆ©rielle (HTA) sĆ©vĆØre sans AOC, frĆ©quente en milieu aigu et souvent contextuelle, ne nĆ©cessitant pas de traitement intraveineux immĆ©diat. Lā€™ā€ŠĆ©valuation initiale repose sur la confirmation de lā€™ā€ŠHTA, lā€™ā€Šidentification de signes cliniques ou paracliniques dā€™ā€ŠAOC et la recherche dā€™ā€Šun facteur dĆ©clenchant. La prise en charge des UH implique un traitement intraveineux titrable, adaptĆ© au contexte clinique, avec surveillance hĆ©modynamique continue. En revanche, lā€™ā€ŠHTA sĆ©vĆØre non compliquĆ©e relĆØve le plus souvent dā€™ā€Šun traitement oral ambulatoire avec suivi rapprochĆ©. Cet article propose une synthĆØse pratique des recommandations europĆ©ennes et nord-amĆ©ricaines rĆ©centes.

Hypertensive emergencies (HE) are characterized by a significant increase in blood pressure (BP) in conjunction with acute target organ damage (AOTD), which requires rapid and controlled BP reduction. They must be distinguished from severe arterial hypertension (AH) without ZOS, which often occurs in acute situations and is often context-dependent and does not require immediate intravenous treatment. The initial examination is based on confirmation of AH, identification of clinical or paraclinical signs of ZOS, and search for a triggering factor. Treatment of HN includes titratable intravenous therapy tailored to the clinical context and continuous hemodynamic monitoring. In contrast, severe uncomplicated AH is usually treated on an outpatient basis with oral medication and close monitoring. This article provides a practical summary of current European and North American recommendations.
Keywords: Hypertensive emergency, severe hypertension, target organ damage (TOD), intravenous blood pressure reduction

Introduction

Lā€™ā€Šhypertension artĆ©rielle (HTA) est le principal facteur de risque modifiable de morbi-mortalitĆ© cardiovasculaire (CV) dans le monde (1). En situation aiguĆ«, une Ć©lĆ©vation sĆ©vĆØre de la pression artĆ©rielle (PA) peut entraĆ®ner ou aggraver une atteinte dā€™ā€Šorgane cible (AOC) – cĆ©rĆ©brale, cardiaque, rĆ©nale, ophtalmologique, vasculaire ou hĆ©matologique – engageant le pronostic vital Ć  court terme.

Ces situations, regroupĆ©es sous le terme dā€™ā€Šurgences hypertensives (UH), nĆ©cessitent une prise en charge immĆ©diate en milieu hospitalier avec traitement antihypertenseur intraveineux adaptĆ© Ć  lā€™ā€ŠĆ©tiologie et au contexte clinique. Elles doivent ĆŖtre distinguĆ©es des Ć©lĆ©vations tensionnelles sĆ©vĆØres sans AOC, qui relĆØvent dā€™ā€Šune optimisation thĆ©rapeutique non urgente ne nĆ©cessitant pas nĆ©cessairement une hospitalisation prolongĆ©e. Lā€™ā€Šidentification rapide de lā€™ā€ŠAOC, lā€™ā€ŠinterprĆ©tation du contexte et la maĆ®trise des recommandations sont essentielles pour Ć©viter Ć  la fois les retards de traitement et les interventions intempestives potentiellement dĆ©lĆ©tĆØres.

Definitions

La classification des Ć©lĆ©vations sĆ©vĆØres de la PA repose sur la prĆ©sence ou non dā€™ā€Šune atteinte organique. Les recommandations actuelles des diffĆ©rentes sociĆ©tĆ©s savantes insistent sur lā€™ā€Šabandon de certains termes historiques, sources de confusion, et sur lā€™ā€Šadoption dā€™ā€Šune terminologie standardisĆ©e qui est reprĆ©sentĆ©e dans le Tab. 1 (2–4).

Epidemiologie

Lā€™ā€ŠHTA touche environ 1.3 milliard dā€™ā€Šadultes dans le monde, avec un taux de contrĆ“le tensionnel global trĆØs insuffisant: prĆØs de la moitiĆ© des patients ignorent leur condition, moins dā€™ā€Šun sur deux reƧoit un traitement, et seulement 20 % atteignent les objectifs thĆ©rapeutiques (8). Cette prĆ©valence, dĆ©jĆ  Ć©levĆ©e, devrait encore croĆ®tre avec le vieillissement et lā€™ā€ŠĆ©volution des modes de vie.

Dans la pratique clinique, les Ć©lĆ©vations sĆ©vĆØres de la PA reprĆ©sentent 4 Ć  5 % des motifs de consultation aux urgences (9). Cependant, les vĆ©ritables urgences, plus frĆ©quentes chez les patients hypertendus connus, restent rares et ne reprĆ©sentent quā€™ā€Šenviron 0.6 % des consultations aux urgences (10). Sur lā€™ā€Šensemble de leur vie, environ 1–2 % des patients hypertendus connaĆ®tront un Ć©pisode dā€™ā€ŠUH (11). Cette proportion semble stable, voire mĆŖme en augmentation depuis plusieurs dĆ©cennies, tandis que la mortalitĆ© intrahospitaliĆØre a reculĆ©, tĆ©moignant des progrĆØs rĆ©alisĆ©s dans la prise en charge des patients, se situant aujourdā€™ā€Šhui entre 0.2 % et 11 % selon les sĆ©ries (11–13). Lā€™ā€ŠaccĆØs limitĆ© aux soins, lā€™ā€ŠHTA persistante et non contrĆ“lĆ©e (trĆØs souvent liĆ©e Ć  une non-adhĆ©rence thĆ©rapeutique), ainsi que certains facteurs cliniques tels que lā€™ā€ŠĆ¢ge avancĆ©, le sexe masculin, lā€™ā€Šinsuffisance rĆ©nale chronique et les pathologies CV prĆ©existantes, constituent les principaux facteurs de risque ou de mauvais pronostic associĆ©s Ć  une UH (14–16).

Physiopathologie

La physiopathologie de lā€™ā€ŠUH reste mal caractĆ©risĆ©e. Elle rĆ©sulte dā€™ā€Šun enchaĆ®nement complexe et multifactoriel dont voici les principaux Ć©lĆ©ments: lā€™ā€ŠhypothĆØse la plus largement admise repose sur une dĆ©faillance aiguĆ« des mĆ©canismes dā€™ā€ŠautorĆ©gulation vasculaire, entraĆ®nant une augmentation brutale des rĆ©sistances vasculaires systĆ©miques. Cette cascade induit des lĆ©sions microcirculatoires diffuses, une activation exacerbĆ©e du systĆØme rĆ©nine–angiotensine-aldostĆ©rone (SRAA), une vasoconstriction marquĆ©e ainsi quā€™ā€Šune natriurĆØse induite par la pression, aboutissant Ć  une dĆ©plĆ©tion volĆ©mique. Cet ensemble sā€™ā€Šinscrit dans un cercle vicieux auto-entretenu, responsable dā€™ā€Šune Ć©lĆ©vation rapide et persistante de la PA (17).

Sur le plan cĆ©rĆ©bral, lā€™ā€Šexposition prolongĆ©e Ć  une HTA non-contrĆ“lĆ©e provoque un remodelage structurel et fonctionnel du lit artĆ©riel de rĆ©sistance, dĆ©plaƧant vers des valeurs plus Ć©levĆ©es le seuil supĆ©rieur dā€™ā€ŠautorĆ©gulation. Ainsi, certains patients peuvent tolĆ©rer des pressions artĆ©rielles moyennes nettement supĆ©rieures aux valeurs physiologiques sans manifestation clinique immĆ©diate. Cette adaptation, rĆ©versible Ć  moyen terme sous traitement, est un enjeu majeur puisquā€™ā€Šelle explique le risque dā€™ā€Šhypoperfusion et dā€™ā€ŠischĆ©mie en cas de rĆ©duction tensionnelle trop rapide, notamment au niveau cĆ©rĆ©bral et cardiaque (18–21).

Evaluation diagnostique devant une suspicion dā€™ā€Šurgence hypertensive

Lā€™ā€ŠĆ©valuation dā€™ā€Šun patient prĆ©sentant une Ć©lĆ©vation tensionnelle sĆ©vĆØre (HTA de grade III), que cela soit en cabinet ou aux urgences, doit impĆ©rativement dĆ©buter par la confirmation quā€™ā€Šil sā€™ā€Šagit bien dā€™ā€Šune rĆ©elle HTA. En effet, une Ć©lĆ©vation sĆ©vĆØre de la PA peut ĆŖtre classiquement observĆ©e en contexte aigu, en raison de multiples facteurs contextuels tels que des erreurs techniques dans la mesure de la PA, un environnement stressant, la douleur ou un effet blouse blanche (3). Aux urgences, ces Ć©lĆ©vations tensionnelles sont frĆ©quentes et, bien quā€™ā€ŠassociĆ©es Ć  un risque CV accru Ć  long terme, elles ne correspondent pas le plus souvent Ć  une vĆ©ritable urgence vitale (22). Des donnĆ©es dĆ©montrent mĆŖme quā€™ā€Šune proportion significative des situations dā€™ā€ŠĆ©lĆ©vation de la PA retrouvĆ©e aux urgences est spontanĆ©ment rĆ©solutive aprĆØs 30 minutes de repos (23). Un essai randomisĆ© a mĆŖme montrĆ© quā€™ā€Šun repos de deux heures abaissait la PA dā€™ā€Šenviron 30 mmHg, rĆ©sultat comparable Ć  un traitement antihypertenseur (24). De maniĆØre concordante, de petits essais ont montrĆ© que des anxiolytiques comme le diazĆ©pam mais aussi des interventions de relaxation (pleine conscience, respiration lente) rĆ©duisent Ć©galement la PA, soulignant le rĆ“le du stress et de lā€™ā€ŠanxiĆ©tĆ© contextuelle dans ces Ć©lĆ©vations tensionnelles bien que le sujet reste dĆ©battu (25).

Cā€™ā€Šest pour ces raisons que les recommandations actuelles insistent fortement sur la nĆ©cessitĆ© de rĆ©pĆ©ter les mesures aprĆØs une pĆ©riode de repos, dā€™ā€Šutiliser une mĆ©thodologie standardisĆ©e (brassard adaptĆ©, position correcte, patient au repos depuis ≄ 15 min) et, si possible, une mesure automatisĆ©e non supervisĆ©e afin de limiter lā€™ā€Šinfluence du soignant (2).

Une fois lā€™ā€ŠHTA sĆ©vĆØre confirmĆ©e et persistante, la seconde Ć©tape consiste donc Ć  distinguer une vĆ©ritable UH dā€™ā€Šune HTA sĆ©vĆØre sans AOC, distinction dĆ©terminante pour la stratĆ©gie thĆ©rapeutique et le pronostic (Fig. 1). En effet, lā€™ā€ŠUH impose une hospitalisation immĆ©diate, la mise en route dā€™ā€Šun traitement antihypertenseur intraveineux titrable adaptĆ© au type dā€™ā€ŠUH et une surveillance hĆ©modynamique continue. En revanche, lā€™ā€ŠHTA sĆ©vĆØre sans AOC peut, dans la majoritĆ© des cas, ĆŖtre prise en charge en ambulatoire, avec une rĆ©duction tensionnelle progressive par traitement oral et un contrĆ“le rapprochĆ© par le mĆ©decin traitant.

Dans ce but, il faut suivre une dĆ©marche diagnostique qui repose sur un interrogatoire ciblĆ© et un examen clinique systĆ©matique visant Ć  identifier des signes ou symptĆ“mes Ć©vocateurs dā€™ā€Šune atteinte neurologique, CV, rĆ©nale ou ophtalmologique dont les principaux Ć©lĆ©ments sont rĆ©sumĆ©s dans le Tab. 2. Il sā€™ā€Šagira Ć©galement de rĆ©aliser des examens complĆ©mentaires urgents, adaptĆ©s au contexte, permettant de confirmer une AOC et dā€™ā€Šidentifier une cause dĆ©clenchante dont les dĆ©tails sont reprĆ©sentĆ©s dans le Tab. 3.

Prise en charge des urgences hypertensives

Principes gƩnƩraux

En prĆ©sence dā€™ā€Šune AOC, la baisse tensionnelle doit ĆŖtre rapide dans la plupart des cas (hormis dans lā€™ā€ŠAVC ischĆ©mique), contrĆ“lĆ©e, prĆ©fĆ©rentiellement par voie intraveineuse avec des agents titrables (p. ex labetalol, nicardipine) et se faire en milieu disposant dā€™ā€Šun monitorage hĆ©modynamique continu (urgences, soins intermĆ©diaires ou intensifs). La vitesse et lā€™ā€Šampleur de la rĆ©duction dĆ©pendent du contexte: diminution rapide dans lā€™ā€ŠÅ“dĆØme pulmonaire ou la dissection aortique, prudence extrĆŖme dans lā€™ā€ŠAVC ischĆ©mique, approche individualisĆ©e dans lā€™ā€ŠhĆ©morragie intracrĆ¢nienne (27). Comme mentionnĆ© ci-dessus, dans ces prises en charge, il est impĆ©ratif de toujours prendre en considĆ©ration le risque dā€™ā€Šhypoperfusion liĆ© Ć  une rĆ©duction excessive qui impose de respecter les principes dā€™ā€ŠautorĆ©gulation cĆ©rĆ©brale et rĆ©nale (19). En effet, plusieurs Ć©tudes dĆ©montrent que des rĆ©ductions excessives (> 50 % de la PA moyenne) et/ou trop rapides de la PA, en particulier dans les situations avec atteinte centrale (encĆ©phalopathie hypertensive ou AVC ischĆ©mique) ont Ć©tĆ© corrĆ©lĆ©es Ć  une augmentation du risque dā€™ā€ŠAVC ischĆ©mique, de cĆ©citĆ© et de mortalitĆ© (28,29).

Prise en charge spĆ©cifique selon le type dā€™ā€Šurgence hypertensive

Le Tab. 4 rĆ©capitule les cibles et la vitesse de rĆ©duction de la PA recommandĆ©es selon le type dā€™ā€ŠUH, ainsi que les traitements de premiĆØre ligne, sur la base des recommandations les plus rĆ©centes de la SociĆ©tĆ© europĆ©enne dā€™ā€Šhypertension de 2023 (2). Ces Ć©lĆ©ments constituent la base de la prise en charge et permettent dā€™ā€Šadapter le traitement Ć  chaque contexte clinique.

SĆ©lection de lā€™ā€Šagent thĆ©rapeutique lors dā€™ā€Šurgence hypertensive

Le choix des agents antihypertenseurs dĆ©pend Ć©troitement du contexte clinique et de la disponibilitĆ© locale. Les plus utilisĆ©s sont le labetalol (α et β-bloquant), souvent privilĆ©giĆ© en premiĆØre intention, notamment dans les urgences neurologiques et les dissections aortiques, et la nicardipine, antagoniste calcique largement employĆ© et bien tolĆ©rĆ©, y compris en cas dā€™ā€Šinsuffisance rĆ©nale. Dā€™ā€Šautres options, telles que lā€™ā€Šesmolol (β-bloquant Ć  trĆØs courte durĆ©e dā€™ā€Šaction), la nitroglycĆ©rine (en particulier en cas dā€™ā€ŠÅ“dĆØme pulmonaire ou de syndrome coronarien aigu) ou le nitroprussiate de sodium, dont lā€™ā€Šutilisation doit ĆŖtre Ć©vitĆ©e en cas dā€™ā€Šhypertension intracrĆ¢nienne, peuvent ĆŖtre envisagĆ©es selon lā€™ā€Šindication. En pratique, la sĆ©lection de la molĆ©cule repose sur la situation clinique, les comorbiditĆ©s, lā€™ā€Šexpertise de lā€™ā€ŠĆ©quipe en charge et les capacitĆ©s de monitoring. Il convient de se rĆ©fĆ©rer au Tab. 5 pour le dĆ©tail des caractĆ©ristiques pharmacologiques et pratiques de chaque agent.

Prise en charge de lā€™ā€ŠHTA sĆ©vĆØre en lā€™ā€Šabsence dā€™ā€Šatteinte aiguĆ« dā€™ā€Šorgane cible

Il est important de se rappeler quā€™ā€ŠindĆ©pendamment de toute atteinte aiguĆ« dā€™ā€Šorgane cible, un Ć©pisode dā€™ā€ŠHTA sĆ©vĆØre sā€™ā€Šaccompagne dā€™ā€Šun surcroĆ®t de mortalitĆ© CV Ć  long terme et ne doit pas ĆŖtre banalisĆ© (30). Par ailleurs, les Ć©lĆ©vations tensionnelles sĆ©vĆØres rencontrĆ©es aux urgences ou au cabinet du praticien sont trĆØs frĆ©quentes et reprĆ©sentent une opportunitĆ© unique pour dĆ©pister une HTA chronique jusque-lĆ  mĆ©connue, prĆ©sente chez prĆØs de la moitiĆ© des patients consultant aux urgences pour une Ć©lĆ©vation sĆ©vĆØre de la PA (31). Ainsi, aprĆØs avoir Ć©cartĆ© une UH (cf. supra), le deuxiĆØme temps consiste Ć  apprĆ©cier la probabilitĆ© dā€™ā€Šune HTA chronique sous-jacente: celle-ci est dā€™ā€Šautant plus probable que lā€™ā€ŠĆ©lĆ©vation de la PA persiste sur des mesures rĆ©pĆ©tĆ©es rĆ©alisĆ©es au repos, avec brassard adaptĆ© et positionnement correct. Il faut se souvenir que la non-adhĆ©rence aux traitements antihypertenseurs prescrits est une cause trĆØs frĆ©quente dā€™ā€Šhypertension sĆ©vĆØre. En cas de probabilitĆ© Ć©levĆ©e dā€™ā€ŠHTA chronique sous-jacente – en particulier chez les patients peu susceptibles dā€™ā€Šassurer un suivi ou sans mĆ©decin de premier recours – il convient dā€™ā€Šenvisager lā€™ā€Šinitiation dā€™ā€Šun traitement antihypertenseur et dā€™ā€Šorganiser un suivi ambulatoire rapprochĆ© (17). Pour les patients non-adhĆ©rents, le traitement peut ĆŖtre rĆ©initiĆ© en tenant compte des raisons de la non-adhĆ©rence (effets secondaires, intolĆ©rance, …). Une collaboration Ć©troite avec le mĆ©decin traitant dans un dĆ©lai assez court est essentielle.

Comme mentionnĆ© plus haut, dans ces situations, il nā€™ā€Šexiste pas de seuil tensionnel clairement dĆ©fini dans la littĆ©rature au-delĆ  duquel une rĆ©duction immĆ©diate de la PA sā€™ā€Šimposerait. Il semble par contre clair quā€™ā€Šen lā€™ā€Šabsence dā€™ā€ŠAOC, une rĆ©duction rapide de la PA aux urgences nā€™ā€Ša pas dĆ©montrĆ© de bĆ©nĆ©fice clinique et peut mĆŖme gĆ©nĆ©rer des effets dĆ©lĆ©tĆØres en compromettant la perfusion dā€™ā€Šorgane (32,33). Ceci a notamment Ć©tĆ© dĆ©montrĆ© avec la nifĆ©dipine sublinguale, dont lā€™ā€Šusage entraĆ®ne des baisses tensionnelles imprĆ©visibles, parfois dangereuses (AVC ou cĆ©citĆ© aiguĆ«), sans bĆ©nĆ©fice pronostique documentĆ©. En dehors des situations obstĆ©tricales (prƩƩclampsie/Ć©clampsie), son utilisation est dĆ©sormais dĆ©conseillĆ©e par les sociĆ©tĆ©s savantes, bien quā€™ā€Šencore trop souvent employĆ©e en premiĆØre intention (34). Il en va de mĆŖme pour des antihypertenseurs Ć  action rapide comme certains vasodilatateurs.

Se pose alors la question du choix thĆ©rapeutique aux urgences. Actuellement, il nā€™ā€Šexiste pas de recommandations clairement Ć©tablies spĆ©cifiques Ć  ce contexte. NĆ©anmoins, lā€™ā€Šinitiation ou lā€™ā€Šadaptation dā€™ā€Šun traitement aux urgences paraĆ®t sĆ»re et efficace: dans lā€™ā€ŠĆ©tude de Brody et al., la prescription aux urgences est associĆ©e Ć  une baisse significative de la PAS au suivi ambulatoire Ć  court terme, sans augmentation des effets indĆ©sirables et sans rĆ©duction tensionnelle au-delĆ  de seuils potentiellement dĆ©lĆ©tĆØres (35). En lā€™ā€Šabsence de recommandations spĆ©cifiques, les principes de traitements sont extrapolĆ©s de la prise en charge de lā€™ā€ŠHTA chronique en accord avec les recommandations actuelles (2).

Selon ces derniĆØres, ces patients ne requiĆØrent habituellement pas dā€™ā€Šhospitalisation. La rĆ©duction de la PA doit ĆŖtre obtenue par voie orale, de maniĆØre progressive sur 24–48 heures, soit par la rĆ©introduction ou lā€™ā€Šintensification du traitement antĆ©rieur, soit par lā€™ā€Šinstauration dā€™ā€Šun nouveau schĆ©ma. Chez un patient non-traitĆ©, un inhibiteur calcique de type dihydropyridine de longue durĆ©e est suggĆ©rĆ© en premiĆØre intention (peu de contre-indications, nā€™ā€ŠinterfĆØre pas avec le bilan dā€™ā€ŠHTA secondaire). Il est Ć©galement possible dā€™ā€Šinitier dā€™ā€Šautres associations orales Ć  longue durĆ©e dā€™ā€Šaction, par exemple un bloqueur du systĆØme rĆ©nine-angiotensine-aldostĆ©rone avec un inhibiteur calcique de longue durĆ©e dā€™ā€Šaction et/ou un diurĆ©tique thiazidique. Comme mentionnĆ© prĆ©cĆ©demment, les traitements intraveineux ou les agents oraux Ć  action rapide ne doivent pas ĆŖtre utilisĆ©s dans ce contexte. Une brĆØve pĆ©riode de surveillance en unitĆ© dā€™ā€Šobservation avant la sortie est gĆ©nĆ©ralement indiquĆ©e. Ɖtant donnĆ© que la PA peut rester Ć©levĆ©e aprĆØs la sortie des urgences, des mesures ultĆ©rieures en cabinet et hors cabinet (MAPA) sont nĆ©cessaires. Un suivi ambulatoire rapprochĆ© est donc fondamental pour Ć©valuer lā€™ā€ŠefficacitĆ©, la tolĆ©rance et lā€™ā€ŠadhĆ©rence au traitement. Pour finir, puisquā€™ā€Šil sā€™ā€Šagit dā€™ā€Šune HTA sĆ©vĆØre, il conviendra Ć©galement dā€™ā€Šorganiser le dĆ©pistage dā€™ā€Šune HTA dā€™ā€Šorigine secondaire en accord avec les recommandations actuelles.

Conclusion

Distinguer sans dĆ©lai une vĆ©ritable UH dā€™ā€Šune HTA sĆ©vĆØre sans AOC reste dĆ©terminant. La premiĆØre impose une rĆ©duction tensionnelle rapide, contrĆ“lĆ©e et titrable par voie intraveineuse, avec des objectifs adaptĆ©s au contexte clinique. La seconde relĆØve dā€™ā€Šune stratĆ©gie prudente et structurĆ©e: confirmer lā€™ā€ŠĆ©lĆ©vation tensionnelle, apprĆ©cier le risque dā€™ā€ŠHTA chronique sous-jacente, rĆ©duire la PA de faƧon progressive avec des traitements oraux Ć  longue durĆ©e dā€™ā€Šaction. Les urgences constituent donc une fenĆŖtre privilĆ©giĆ©e pour dĆ©pister une HTA chronique mĆ©connue, initier ou optimiser le traitement et assurer la continuitĆ© des soins avec le rĆ©seau ambulatoire. Enfin, la prise en charge de lā€™ā€ŠHTA sĆ©vĆØre aux urgences reste peu Ć©tayĆ©e par des essais randomisĆ©s, soulignant la nĆ©cessitĆ© de donnĆ©es supplĆ©mentaires pour guider la pratique clinique.

Copyright
Aerzteverlag medinfo AG

Dr Maxime Berney

Service de mƩdecine interne
Ensemble Hospitalier de La CƓte
HƓpital de Morges
Chem. du CrĆŖt 2
1110 Morges

Pr Michel Burnier

FacultƩ de Biologie et MƩdecine
UniversitƩ de Lausanne

michel.burnier@chuv.ch

Les auteurs nā€™ā€Šont pas dĆ©clarĆ© de conflit dā€™ā€ŠintĆ©rĆŖts en rapport avec cet article.

  • Les urgences hypertensives se dĆ©finissent par une Ć©lĆ©vation sĆ©vĆØre de la pression artĆ©rielle associĆ©e Ć  une atteinte aiguĆ« dā€™ā€Šorgane cible, et non par les chiffres tensionnels seuls.
  • Le choix du traitement, la vitesse et lā€™ā€Šampleur de la rĆ©duction tensionnelle doivent ĆŖtre adaptĆ©s au type dā€™ā€Šorgane atteint et au contexte clinique.
  • Les antihypertenseurs intraveineux titrables sont indiquĆ©s uniquement dans les urgences hypertensives, sous surveillance hĆ©modynamique continue.
  • Lā€™ā€Šhypertension sĆ©vĆØre sans atteinte dā€™ā€Šorgane cible ne justifie pas un traitement intraveineux; une prise en charge orale progressive en ambulatoire est recommandĆ©e.
  • Le suivi rapprochĆ© aprĆØs un Ć©pisode dā€™ā€Šhypertension sĆ©vĆØre, avec ou sans atteinte dā€™ā€Šorgane, est essentiel pour assurer le contrĆ“le tensionnel et prĆ©venir les complications cardiovasculaires Ć  long terme.

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Diagnostic du cancer de la prostate – Le test Stockholm3

Le cancer de la prostate est la tumeur la plus frĆ©quente chez les hommes en Suisse. Le dĆ©pistage prĆ©coce a pour objectif la dĆ©tection sĆ©lective des cancers de la prostate nĆ©cessitant un traitement afin de permettre des thĆ©rapies curatives tout en Ć©vitant les surdiagnostics. Le test PSA est un outil de dĆ©pistage largement utilisĆ©, mais il prĆ©sente certaines limites. L’imagerie par rĆ©sonance magnĆ©tique multiparamĆ©trique (IRMmp) a amĆ©liorĆ© la prĆ©cision diagnostique, mais elle est coĆ»teuse et nĆ©cessite beaucoup de ressources. Dans le cadre d’un parcours diagnostique structurĆ©, les biomarqueurs, tels que le test Stockholm3, constituent un complĆ©ment utile Ć  la stratification des risques dans le dĆ©pistage prĆ©coce. Sur la base des protĆ©ines plasmatiques, des marqueurs gĆ©nĆ©tiques et des paramĆØtres cliniques, Stockholm3 calcule un score de risque individuel pour la prĆ©sence d’un cancer de la prostate nĆ©cessitant un traitement. Cela permet de rĆ©duire le nombre de biopsies et d’examens IRM multiparamĆ©trique inutiles, tout en garantissant une dĆ©tection comparable des cancers significatifs.

Prostate cancer remains the most common malignancy among men in Switzerland. The focus of early detection lies on selectively identifying clinically significant prostate cancer (csPCa), to enable curative treatments while avoiding overdiagnosis. Although prostate-specific antigen is widely used for screening, it has well-known limitations. Multiparametric magnetic resonance imaging (mpMRI) has improved diagnostic accuracy but is costly and user dependent. Biomarkers, such as the Stockholm3 test, could be a valuable addition to a structured diagnostic pathway for early detection of PCa. By combining plasma protein levels, genetic markers, and clinical variables, Stockholm3 reliably estimates the risk for csPCa. This enables a significant reduction in unnecessary biopsies and mpMRIs, while maintaining a comparable detection rate of significant cancers.
Keywords: Cancer de la prostate, DƩpistage prƩcoce; Stockholm3; PSA; Biomarqueurs

Introduction

Avec 7800 nouveaux cas par an (pĆ©riode 2017–2021) (Fig. 1), le cancer de la prostate (PCa) est le cancer le plus frĆ©quent chez les hommes en Suisse. MalgrĆ© des progrĆØs significatifs dans le traitement et une baisse continue de la mortalitĆ© au cours des trois derniĆØres dĆ©cennies, cette maladie reste la deuxiĆØme cause de dĆ©cĆØs par cancer chez les hommes, aprĆØs le cancer du poumon (1). Il existe actuellement en Suisse des programmes organisĆ©s de dĆ©pistage prĆ©coce du cancer du sein, du cĆ“lon et du col de l’utĆ©rus. En ce qui concerne le cancer de la prostate, aucune initiative comparable n’a encore Ć©tĆ© mise en œuvre Ć  l’échelle nationale, malgrĆ© les efforts des experts (2).

L’objectif du dĆ©pistage prĆ©coce du cancer de la prostate est d’identifier Ć  temps les cancers de la prostate nĆ©cessitant un traitement (score de Gleason ≄ 7a ou groupe de grade ISUP ≄ 2) pour lesquels il existe des options thĆ©rapeutiques curatives. Dans le mĆŖme temps, il est important d’éviter les surdiagnostics et les interventions inutiles chez les hommes dont les tumeurs ne nĆ©cessitent pas de traitement, en particulier ceux dont le score de Gleason est de 6 ou dont le groupe de grade ISUP est de 1. Ces tumeurs ne nĆ©cessitent gĆ©nĆ©ralement pas de traitement, mais leur dĆ©tection est associĆ©e Ć  des contraintes psychologiques, sociales et Ć©conomiques considĆ©rables (3).

DĆØs le dĆ©but des annĆ©es 1990, l’antigĆØne prostatique spĆ©cifique (PSA) s’est imposĆ© comme un outil de dĆ©pistage du cancer de la prostate, dans le but de rĆ©duire la mortalitĆ© liĆ©e Ć  cette maladie (4). Cependant, son utilisation s’est avĆ©rĆ©e limitĆ©e dans un contexte populationnel en raison de sa faible spĆ©cificitĆ©. Il y avait un nombre disproportionnĆ© de rĆ©sultats faussement positifs, de biopsies prostatiques normales et de dĆ©tection de cancers ne nĆ©cessitant pas de traitement. Tout cela a suscitĆ© des doutes lĆ©gitimes quant Ć  l’utilitĆ© du dĆ©pistage par PSA.

Un changement de paradigme s’est produit au dĆ©but des annĆ©es 2010 avec l’avĆØnement de l’imagerie par rĆ©sonance magnĆ©tique multiparamĆ©trique (IRMmp) de la prostate. Cela a conduit Ć  une rĆ©duction notable des biopsies inutiles et des diagnostics de PCa insignifiants, et donc Ć  un meilleur rapport bĆ©nĆ©fice/risque du dĆ©pistage prĆ©coce.

Bien que la mpIRM soit sans rayonnement, elle reste gourmande en ressources et dĆ©pendante des appareils et des examinateurs. De plus, le stress psychosocial pour les hommes entre le dosage du PSA, l’IRM et la communication des rĆ©sultats ne doit pas ĆŖtre sous-estimĆ©. Comme de nombreux hommes ne prĆ©sentent pas de carcinome significatif, un triage prĆ©-IRM semble judicieux pour une stratĆ©gie de dĆ©pistage prĆ©coce ciblĆ©e et efficace. Avec le test Stockholm3 (STHLM3), disponible en Suisse depuis 2023, il existe dĆ©sormais un test prometteur et validĆ© qui a le potentiel de rĆ©duire le nombre d’IRM inutiles par rapport au diagnostic basĆ© sur le PSA.

Le PSA, pilier du diagnostic du cancer de la prostate

L’utilisation clinique du PSA a constituĆ© une avancĆ©e dĆ©cisive dans la dĆ©tection du cancer de la prostate. Bien qu’il soit peu coĆ»teux et facilement disponible, ce paramĆØtre prĆ©sente des faiblesses diagnostiques considĆ©rables: outre le cancer de la prostate, l’hyperplasie prostatique, la prostatite, les infections urinaires ou les stimuli mĆ©caniques peuvent entraĆ®ner une Ć©lĆ©vation du taux. ƀ l’inverse, un faible taux de PSA ne permet pas d’exclure avec certitude un cancer agressif . Divers dĆ©rivĆ©s du PSA, tels que le PSA libre (fPSA), le quotient fPSA/PSA ou l’indice de santĆ© prostatique (PHI), ont Ć©tĆ© dĆ©veloppĆ©s au fil des ans afin d’amĆ©liorer la pertinence diagnostique, avec un succĆØs parfois modĆ©rĆ©.
Deux Ć©tudes notables, l’étude PLCO (Prostate, Lung, Colorectal and Ovarian Cancer Screening Trial) (5) et l’étude ERSPC (European Randomized Study of Screening for Prostate Cancer) (6), ont examinĆ© de plus prĆØs l’utilisation du PSA dans le cadre du dĆ©pistage et sont parvenues Ć  des conclusions diffĆ©rentes en 2009: L’étude amĆ©ricaine PLCO, menĆ©e auprĆØs de 76 693 hommes, a montrĆ© une incidence accrue du cancer de la prostate (risque relatif [RR] 1.22; intervalle de confiance [IC] Ć  95 % 1.16–1.29), mais aucune modification de la mortalitĆ© (RR 1.13; IC Ć  95 % 0.75–1.70) (5). En raison d’une contamination importante du groupe tĆ©moin – environ 90 % des hommes ont subi au moins un test PSA –, l’étude est aujourd’hui considĆ©rĆ©e comme mĆ©thodologiquement limitĆ©e et n’est plus dĆ©terminante pour l’évaluation du dĆ©pistage par PSA (7). NĆ©anmoins, les rĆ©sultats de l’étude PLCO ont eu une influence dĆ©terminante sur les recommandations formulĆ©es Ć  l’époque en matiĆØre de dĆ©pistage prĆ©coce du cancer de la prostate.

Dans le cadre de l’étude ERSPC, qui a portĆ© sur plus de 180 000 participants dans huit pays europĆ©ens, les hommes de la cohorte de dĆ©pistage se sont vu proposer un dosage du PSA environ tous les 4 ans. Le groupe tĆ©moin n’a pas bĆ©nĆ©ficiĆ© de cette mesure. Celle-ci a entraĆ®nĆ© une baisse significative de la mortalitĆ© spĆ©cifique au cancer de la prostate d’environ 20 % dans le groupe de dĆ©pistage (RR 0.80; IC Ć  95 % 0.65–0.98) aprĆØs 9 ans (6). Au cours d’un suivi plus long, cet effet s’est amplifiĆ© de maniĆØre continue et le nombre d’hommes atteints d’une maladie mĆ©tastatique a Ć©galement diminuĆ© (8).

La publication des rĆ©sultats de l’étude a donnĆ© lieu Ć  un dĆ©bat continu sur l’utilitĆ© du dĆ©pistage par dosage du PSA. La U. S. Preventive Services Task Force a d’abord Ć©mis un avis nĆ©gatif Ć  ce sujet en 2012 (9), mais l’a rĆ©visĆ© en 2018: pour les hommes Ć¢gĆ©s de 55 Ć  69 ans, le comitĆ© recommande dĆ©sormais un dĆ©pistage basĆ© sur une dĆ©cision individuelle aprĆØs consultation mĆ©dicale, mais souligne l’importance de prĆ©fĆ©rences Ć©clairĆ©es. Le dĆ©pistage n’est toujours pas recommandĆ© pour les hommes Ć¢gĆ©s de 70 ans et plus, car les dommages potentiels l’emportent sur les avantages en raison de l’espĆ©rance de vie limitĆ©e (10).

En Suisse, les recommandations relatives au dĆ©pistage prĆ©coce du cancer de la prostate Ć©taient hĆ©tĆ©rogĆØnes: alors que le Swiss Medical Board, aujourd’hui dissous, dĆ©conseillait en principe le dĆ©pistage par dosage du PSA en 2011, la SociĆ©tĆ© suisse d’urologie (SSU) se prononce, dans sa prise de position de 2012 toujours en vigueur, en faveur d’un dosage du PSA comme option de dĆ©pistage prĆ©coce chez les hommes Ć¢gĆ©s de 50 Ć  70 ans aprĆØs information individuelle. Cette position nuancĆ©e se retrouve Ć©galement dans les directives actuelles des sociĆ©tĆ©s savantes internationales (11, 12). Dans le cadre du Ā«Plan europĆ©en de lutte contre le cancerĀ», l’UE a rĆ©cemment ajoutĆ© le dĆ©pistage structurĆ© du cancer de la prostate au catalogue des programmes de dĆ©pistage potentiels Ć  l’échelle europĆ©enne. Dans ce contexte, la SGU a dĆ©cidĆ© lors de son assemblĆ©e gĆ©nĆ©rale 2023 de participer activement Ć  l’élaboration d’un programme de dĆ©pistage prĆ©coce fondĆ© sur des donnĆ©es probantes et dont la qualitĆ© est garantie.

L’importance de l’IRM

L’IRM multiparamĆ©trique de la prostate permet une dĆ©tection hautement sensible et spĆ©cifique des lĆ©sions suspectes de carcinome, ce qui rend possible une biopsie ciblĆ©e de la tumeur. ƀ l’heure actuelle, les donnĆ©es disponibles, y compris dans le cadre d’un dĆ©pistage basĆ© sur la population, sont extrĆŖmement convaincantes: Nordstrƶm et al. ont montrĆ© qu’une stratĆ©gie de diagnostic basĆ©e sur l’IRM conduit Ć  un taux de dĆ©tection plus Ć©levĆ© des tumeurs nĆ©cessitant un traitement, tout en rĆ©duisant les biopsies inutiles et les surdiagnostics, par rapport Ć  une biopsie standard basĆ©e sur le PSA (13). En consĆ©quence, les directives internationales recommandent de rĆ©aliser une IRM multiparamĆ©trique avant la premiĆØre biopsie en cas de taux de PSA Ć©levĆ© (11, 14). Cependant, cet examen est limitĆ© par le fait qu’il nĆ©cessite des ressources importantes, qu’il est coĆ»teux et que son interprĆ©tation diagnostique dĆ©pend de l’expĆ©rience du radiologue, ce qui rend difficile son utilisation dans le cadre d’un programme de dĆ©pistage Ć  grande Ć©chelle.

Concept du test Stockholm3

Le test Stockholm3 a Ć©tĆ© dĆ©veloppĆ© en 2015 Ć  l’Institut Karolinska de Stockholm et vise Ć  identifier les cancers de la prostate nĆ©cessitant un traitement avec une prĆ©cision diagnostique supĆ©rieure Ć  celle du PSA seul. Le test repose sur un algorithme mathĆ©matique complexe qui combine cinq protĆ©ines sĆ©riques, plus de 60 marqueurs gĆ©nĆ©tiques (polymorphismes nuclĆ©otidiques simples, SNP) et des informations cliniques (Ć¢ge, antĆ©cĆ©dents familiaux, biopsies antĆ©rieures et traitement mĆ©dicamenteux par un inhibiteur de la 5-alpha-rĆ©ductase) dans un score de risque (Fig. 2). Le rĆ©sultat est une Ć©valuation individuelle du risque de prĆ©sence d’un cancer de la prostate nĆ©cessitant un traitement, le seuil initialement recommandĆ© pour un diagnostic plus approfondi Ć©tant fixĆ© Ć  une valeur ≄ 11 %.

Le choix des protĆ©ines et des marqueurs gĆ©nĆ©tiques pour le test Stockholm3 a Ć©tĆ© effectuĆ© sur la base d’analyses de cohortes approfondies et d’études d’association pangĆ©nomiques. Pour la composante protĆ©ique, outre la PSA totale et libre, la kallikrĆ©ine 2 humaine (hK2), MIC-1 (cytokine inhibitrice des macrophages 1) et la MSMB (bĆŖta-microsĆ©mĆ©noprotĆ©ine) ont Ć©tĆ© sĆ©lectionnĆ©s comme prĆ©dicteurs. La composante gĆ©nĆ©tique du test se compose de 60 SNP qui ont pu ĆŖtre associĆ©s de maniĆØre significative au risque de cancer de la prostate dans de grandes cohortes europĆ©ennes (15).

Validation et pouvoir prƩdictif du test Stockholm3

L’étude STHLM3 initiale (2015), qui comptait plus de 58 000 participants suĆ©dois et qui avait alors Ć©tĆ© rĆ©alisĆ©e sans IRM, avait dĆ©jĆ  dĆ©montrĆ© la supĆ©rioritĆ© du test par rapport au PSA. Il convient de noter que, conformĆ©ment aux prioritĆ©s du systĆØme de santĆ© suĆ©dois, l’objectif n’était pas d’obtenir un taux de dĆ©tection plus Ć©levĆ©, mais d’amĆ©liorer l’efficacitĆ© en rĆ©duisant les biopsies inutiles. ConformĆ©ment Ć  cette intention, le test Stockholm3 a Ć©tĆ© calibrĆ© de maniĆØre Ć  prĆ©senter une sensibilitĆ© aussi Ć©levĆ©e que le taux de PSA. En effet, pour un taux de dĆ©tection identique des cancers nĆ©cessitant un traitement, le test a permis de rĆ©duire de 44 % le nombre de biopsies rĆ©alisĆ©es. Il est intĆ©ressant de noter qu’un nombre important de cancers significatifs ont Ć©tĆ© dĆ©tectĆ©s dans la fourchette PSA de 1.5 Ć  3.0 μg/l (15).

En 2021, l’étude de suivi STHLM3-MRI a Ć©tĆ© menĆ©e auprĆØs de 12 750 hommes. ConformĆ©ment Ć  la pratique clinique Ć©tablie entre-temps, le test Stockholm3 a Ć©tĆ© combinĆ© Ć  une IRM. Selon la valeur seuil choisie (11 % ou 15 %), l’utilisation du test chez les hommes prĆ©sentant un taux de PSA > 3.0 μg/l a permis d’augmenter le taux de dĆ©tection des carcinomes cliniquement significatifs de 18 % ou de rĆ©duire le nombre d’IRM nĆ©cessaires de 36 % (13).

En raison d’influences gĆ©nĆ©tiques spĆ©cifiques Ć  la population, la transfĆ©rabilitĆ© des rĆ©sultats du test Stockholm3 a Ć©tĆ© validĆ©e dans des cohortes indĆ©pendantes (pas de cohortes de dĆ©pistage) en dehors de la Scandinavie. MalgrĆ© l’hĆ©tĆ©rogĆ©nĆ©itĆ© des populations Ć©tudiĆ©es, la performance diagnostique du test a pu ĆŖtre confirmĆ©e. Dans une Ć©tude menĆ©e par Elyan et al. auprĆØs de 342 hommes d’Allemagne et de Suisse prĆ©sentant un taux de PSA Ć©levĆ©, le test Stockholm3 a montrĆ© une meilleure diffĆ©renciation des carcinomes nĆ©cessitant un traitement par rapport au PSA seul. En appliquant un seuil de 11 %, environ un quart des biopsies auraient pu ĆŖtre Ć©vitĆ©es, avec seulement une lĆ©gĆØre diminution du taux de dĆ©tection (16). Tilki et al. ont examinĆ© 405 patients allemands et ont comparĆ© le test Stockholm3 au calculateur de risque de cancer de la prostate de Rotterdam. Avec un seuil de 15 %, environ 50 % des biopsies auraient pu ĆŖtre Ć©vitĆ©es, tandis que 92 % des cancers de la prostate nĆ©cessitant un traitement auraient continuĆ© Ć  ĆŖtre dĆ©tectĆ©s (17).

Le test a acquis une pertinence mondiale et une validation multiethnique dans l’étude SEPTA de 2024. Cette Ć©tude multicentrique menĆ©e sur une cohorte amĆ©ricaine ethniquement diversifiĆ©e a montrĆ© que le test Stockholm3 prĆ©sente une sensibilitĆ© Ć©quivalente Ć  celle du test PSA, mais entraĆ®ne un taux significativement plus faible de biopsies inutiles. Sa supĆ©rioritĆ© s’est manifestĆ©e dans tous les groupes ethniques Ć©tudiĆ©s, ce qui plaide en faveur d’une large applicabilitĆ© clinique (18).

Enfin, l’utilisation du test Stockholm3 comme outil de suivi d’un dĆ©pistage (un concept de base du dĆ©pistage prĆ©coce) a Ć©tĆ© Ć©tudiĆ©e dans le cadre d’une analyse secondaire de l’étude STHLM3-MRI mentionnĆ©e prĆ©cĆ©demment. Discacciati et al. ont vĆ©rifiĆ© si le test Stockholm3 pouvait ĆŖtre rĆ©utilisĆ© 2 Ć  3 ans aprĆØs un dĆ©pistage nĆ©gatif afin d’éviter des IRM inutiles et de maintenir la dĆ©tection des cancers de la prostate nĆ©cessitant un traitement. Dans l’étude, un seuil de 15 % a notamment entraĆ®nĆ© une rĆ©duction significative de 41 % du nombre d’IRM rĆ©alisĆ©es, avec un nombre comparable de cancers nĆ©cessitant un traitement dĆ©tectĆ©s (19). Le test Stockholm3 semble donc Ć©galement donner de bons rĆ©sultats dans le cadre d’un dĆ©pistage rĆ©pĆ©tĆ©.

Valeurs seuils de 11 % vs 15 %

Deux valeurs seuils pertinents ont Ć©tĆ© Ć©tablis pour l’application clinique du test Stockholm3: un risque de 11 % et un risque de 15 % de cancer de la prostate cliniquement significatif. Un valeur seuil de 11 % prĆ©sente un taux de dĆ©tection des cancers significatifs supĆ©rieur de 18 Ć  23 % Ć  celui du test PSA et convient particuliĆØrement Ć  un dĆ©pistage prĆ©coce individualisĆ© en fonction des prĆ©fĆ©rences des patients informĆ©s (13, 20). La valeur seuil plus stricte de 15 % rĆ©duit le nombre d’IRM et de biopsies inutiles tout en garantissant un taux de dĆ©tection Ć©levĆ© des tumeurs pertinentes. L’étude danoise PRIMA a validĆ© cette valeur seuil de maniĆØre prospective et a montrĆ© qu’elle permettait d’économiser environ 26 % des IRM sans passer Ć  cĆ“tĆ© de cancers significatifs (20). Le choix individuel du seuil permet ainsi une adaptation flexible aux objectifs cliniques tels que la sĆ©curitĆ© diagnostique ou l’allocation des ressources. Pour un dĆ©pistage Ć  grande Ć©chelle basĆ© sur la population, les auteurs de cet article considĆØrent toutefois que seule la valeur seuil de 15 % est appropriĆ©e.

Algorithme possible pour la dƩtection prƩcoce

Sur la base des donnĆ©es mentionnĆ©es, la question se pose de savoir Ć  quoi pourrait ressembler un programme de dĆ©pistage prĆ©coce optimisĆ©. La rĆ©flexion suivante s’impose: le test PSA est peu coĆ»teux, bien connu et disponible comme test de routine dans la plupart des laboratoires suisses – des conditions idĆ©ales pour son utilisation comme test de triage initial dans le cadre du dĆ©pistage prĆ©coce du cancer de la prostate. Des Ć©tudes montrent que lorsque les valeurs de PSA sont infĆ©rieures Ć  1.5 μg/l, le risque de cancer de la prostate cliniquement significatif est nĆ©gligeable. Environ 65 % des hommes (toutes tranches d’âge confondues) se situent dans cette zone Ć  faible risque et ne nĆ©cessitent pas d’examens complĆ©mentaires au moment du test (21).

ƀ partir d’un valeur seuil de 1.5 μg/l, le risque de cancer de la prostate nĆ©cessitant un traitement augmente continuellement. Un concept prĆ©conisĆ© prĆ©voit, en cas de taux de PSA ≄ 1.5 μg/l, de recourir Ć  un deuxiĆØme test rĆ©flexe, tel que le test Stockholm3. Cela entraĆ®ne des coĆ»ts supplĆ©mentaires, mais permet une plus grande prĆ©cision diagnostique. Afin d’éviter les doubles consultations et les retards, il est recommandĆ© de prĆ©lever simultanĆ©ment le sang pour le PSA et un Ć©ventuel test supplĆ©mentaire lors de la mĆŖme consultation. Si le taux de PSA est ≄ 1.5 μg/l, le test supplĆ©mentaire est effectuĆ©. Seul un deuxiĆØme rĆ©sultat anormal dĆ©clenche l’orientation vers une IRM multiparamĆ©trique et, le cas Ć©chĆ©ant, une biopsie au cours du suivi.

Copyright
Aerzteverlag medinfo AG

Cet article est une traduction de Ā«der informierte arzt – die informierte ƤrztinĀ» 07_2025

Dr Julian M. Baumkirchner

Clinique d’urologie
HƓpital universitaire de Zurich
Frauenklinikstrasse 10
8091 Zurich

PD Dr Ashkan Mortezavi

Clinique d’urologie
HƓpital universitaire de Zurich
Frauenklinikstrasse 10
8091 Zurich

Ashkan Mortezavi a reƧu des honoraires de consultation de la part d’A3P Biomedical. Julian Baumkirchner n’a aucun conflit d’intĆ©rĆŖts en rapport avec cet article.

  • Le cancer de la prostate est le cancer le plus frĆ©quemment diagnostiquĆ© chez les hommes en Suisse. L’objectif de dĆ©tecter prĆ©cocement les cancers nĆ©cessitant un traitement tout en Ć©vitant les interventions invasives inutiles est toutefois ambitieux.
  • MalgrĆ© sa grande popularitĆ©, le test PSA prĆ©sente des faiblesses diagnostiques significatives.
  • L’IRM multiparamĆ©trique de la prostate offre une grande sensibilitĆ©, mais elle est coĆ»teuse en ressources, dĆ©pend de l’examinateur et peut entraĆ®ner des situations stressantes inutiles chez les hommes en bonne santĆ©.
  • Le test Stockholm3 constitue un complĆ©ment fondĆ© sur des preuves au diagnostic classique du cancer de la prostate. La perspective d’éviter des biopsies et des examens IRM inutiles plaide en faveur de son utilisation dans le cadre d’un algorithme de diagnostic structurĆ©.
  • En Suisse, le test Stockholm3 est disponible depuis 2023 et peut ĆŖtre facilement rĆ©alisĆ© aussi bien par un mĆ©decin gĆ©nĆ©raliste que

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Examen pertinent des syncopes

ƀ lā€™ā€Šaide de plusieurs cas interactifs, le Pr Tobias Breidthardt, mĆ©decin-chef en mĆ©decine interne Ć  lā€™ā€ŠhĆ“pital cantonal de Ā­Lucerne, a montrĆ©, lors du congrĆØs dā€™ā€Šautomne de la SSMIG, comment poser un diagnostic pertinent des syncopes et dans quel contexte il est indiquĆ© (en ambulatoire ou en hospitalisation).

Une syncope est dĆ©finie comme une perte de connaissance temporaire due Ć  une diminution de lā€™ā€Širrigation sanguine cĆ©rĆ©brale. Elle survient brusquement, dure peu de temps et se termine par un rĆ©tablissement spontanĆ© et complet. Les syncopes sont frĆ©quentes (environ 2 % de toutes les admissions aux urgences), mais difficiles Ć  diagnostiquer: elles surviennent par crises, les personnes concernĆ©es ont gĆ©nĆ©ralement des souvenirs limitĆ©s et il manque souvent des tĆ©moins oculaires. De plus, elles peuvent ĆŖtre potentiellement dangereuses. Environ 20 % dā€™ā€Šentre elles ont une cause cardiovasculaire et 0.8 % des personnes concernĆ©es dĆ©cĆØdent dans les 30 jours, tandis que 6.9 % dā€™ā€Šentre elles subissent un Ć©vĆ©nement grave, tel quā€™ā€Šun infarctus du myocarde, une arythmie, une dissection ou une embolie pulmonaire.

Cas clinique no 1: patient de 92 ans

Un patient de 92 ans a briĆØvement perdu connaissance alors quā€™ā€Šil se rendait Ć  la salle de bains. AprĆØs sā€™ā€ŠĆŖtre rĆ©veillĆ© par terre, il a regagnĆ© pĆ©niblement son lit et a dĆ©clenchĆ© lā€™ā€Šalarme dā€™ā€Šurgence. ƀ lā€™ā€ŠarrivĆ©e des secours, il a de nouveau perdu connaissance pendant quelques secondes, alors quā€™ā€Šil Ć©tait allongĆ©, Ć  cause dā€™ā€Šun rĆ©flexe nausĆ©eux. Ses signes vitaux Ć©taient normaux: tension artĆ©rielle de 168/76 mmHg, pouls de 48/min et saturation en oxygĆØne de 97 %.

Lā€™ā€Šexamen initial a rĆ©vĆ©lĆ© une activitĆ© cardiaque bradycardique, mais rĆ©guliĆØre, sans bruits cardiaques pathologiques, aucune anomalie pulmonaire, un abdomen souple et des analyses de laboratoire stables. AprĆØs 24 heures de tĆ©lĆ©mĆ©trie, un rythme sinusal avec un bloc auriculo-ventriculaire de type I et une bradycardie nocturne physiologique ont Ć©tĆ© observĆ©s. Aucun autre Ć©vĆ©nement ne sā€™ā€ŠĆ©tant produit, le patient a Ć©tĆ© libĆ©rĆ© avec un diagnostic de syncope vasovagale (ou rĆ©flexe). Aucune rĆ©cidive nā€™ā€Šest survenue au cours des douze mois suivants.

Cas clinique no 2: patient de 65 ans

Un homme de 65 ans, jusque-lĆ  en bonne santĆ©, a Ć©tĆ© victime dā€™ā€Šune syncope alors quā€™ā€Šil se rasait debout le matin, ce qui a entraĆ®nĆ© une chute et un choc Ć  la tĆŖte. Aucun signe avant-coureur nā€™ā€Šavait Ć©tĆ© observĆ©. Lors dā€™ā€Šun examen mĆ©dical, une insuffisance mitrale lĆ©gĆØre avec des extrasystoles ventriculaires frĆ©quentes avait Ć©tĆ© constatĆ©e, mais aucun traitement nā€™ā€Šavait Ć©tĆ© prescrit. Environ deux heures plus tard, une nouvelle syncope sā€™ā€Šest produite alors quā€™ā€Šil Ć©tait assis, accompagnĆ©e de nausĆ©es et de malaises, et a nĆ©cessitĆ© une rĆ©animation.

ƀ lā€™ā€ŠunitĆ© de soins intensifs, lā€™ā€ŠĆ©chocardiogramme a rĆ©vĆ©lĆ© une lĆ©gĆØre insuffisance mitrale, mais une fonction de pompage normale. Le diagnostic dā€™ā€Šune syncope due Ć  une bradycardie a Ć©tĆ© posĆ© et un stimulateur cardiaque DDD a Ć©tĆ© implantĆ©. Le patient est ensuite restĆ© stable. Les syncopes survenant aux urgences doivent toujours faire lā€™ā€Šobjet dā€™ā€Šune Ć©valuation sous surveillance ECG.

Chez les adultes de plus de 40 ans, la prĆ©valence des syncopes cardiaques est dā€™ā€Šenviron 15 %. Les causes les plus frĆ©quentes sont la bradycardie (7 %), la tachycardie (4 %), la stĆ©nose aortique (2 %) et lā€™ā€Šinfarctus du myocarde (2 %). La mortalitĆ© globale sur 12 mois est dā€™ā€Šenviron 20 %; ce patient appartenait au groupe Ć  faible risque de complications graves.

Cas clinique no 3: patiente de 69 ans

Une patiente de 69 ans a signalĆ© des syncopes rĆ©currentes survenant quatre Ć  six fois par an. Les examens complĆ©mentaires (Ć©chocardiographie, ECG Ć  long terme et EEG) ont montrĆ© Ć  plusieurs reprises des rĆ©sultats normaux. En raison de la persistance des Ć©pisodes, un enregistreur dā€™ā€ŠĆ©vĆ©nements sous-cutanĆ© (le Reveal Recorder) a Ć©tĆ© implantĆ© afin de surveiller le rythme cardiaque de maniĆØre continue pendant plusieurs annĆ©es.

Finalement, un bloc auriculo-ventriculaire paroxystique de troisiĆØme degrĆ© avec absence de rythme de remplacement pendant 16 secondes a pu ĆŖtre documentĆ©. AprĆØs lā€™ā€Šimplantation dā€™ā€Šun stimulateur cardiaque DDD, aucune syncope supplĆ©mentaire nā€™ā€Šest survenue. Il est intĆ©ressant de noter que les syncopes vasovagales sont plus frĆ©quentes chez les femmes, tandis que les causes cardiogĆ©niques prĆ©dominent chez les hommes.

Cas clinique no 4: patiente de 77 ans

Une patiente de 77 ans a soudainement ressenti des nausĆ©es, des vertiges et des sueurs froides alors quā€™ā€Šelle cuisinait. Elle sā€™ā€Šest allongĆ©e seule sur le canapĆ© et a perdu connaissance. AprĆØs un bref moment de repos, elle sā€™ā€Šest de nouveau Ć©vanouie en se levant. Des Ć©pisodes similaires sā€™ā€ŠĆ©taient dĆ©jĆ  produits huit semaines auparavant.

ƀ lā€™ā€Šexamen, la patiente prĆ©sentait un Ć©tat gĆ©nĆ©ral affaibli, mais une circulation sanguine stable. Une hypoglycĆ©mie (glycĆ©mie de 2.7 mmol/l) a Ć©tĆ© rapidement traitĆ©e par lā€™ā€Šadministration de glucose, ce qui a permis dā€™ā€ŠamĆ©liorer lā€™ā€ŠĆ©tat de la patiente. Lors de lā€™ā€ŠanamnĆØse complĆ©mentaire, elle a signalĆ© des fringales, des sueurs nocturnes et une envie croissante de sucreries. Des examens complĆ©mentaires ont rĆ©vĆ©lĆ© la prĆ©sence dā€™ā€Šun insulinome du pancrĆ©as, responsable de ses pertes de connaissance.

Ɖvaluation des risques et procĆ©dure diagnostique

Lā€™ā€ŠĆ©valuation du risque individuel est dĆ©terminante pour la suite de la procĆ©dure. Les syncopes accompagnĆ©es de symptĆ“mes annonciateurs, tels que des vertiges, des nausĆ©es ou une transpiration, survenant dans des situations typiques (par exemple, une station debout prolongĆ©e, la chaleur ou un stress Ć©motionnel), sont gĆ©nĆ©ralement le signe dā€™ā€Šune cause bĆ©nigne et rĆ©flexe. En revanche, les Ć©vĆ©nements qui surviennent en position couchĆ©e, sous lā€™ā€Šeffet du stress ou sans prodrome, indiquent une origine potentiellement cardiaque ou neurologique.

Les patients prĆ©sentant des douleurs thoraciques rĆ©centes, une dyspnĆ©e, un Ć©lectrocardiogramme anormal, une cardiopathie structurelle ou des antĆ©cĆ©dents familiaux de mort cardiaque subite sont considĆ©rĆ©s comme appartenant Ć  un groupe Ć  haut risque et doivent ĆŖtre hospitalisĆ©s pour surveillance. Les cas prĆ©sentant un risque incertain ou modĆ©rĆ© bĆ©nĆ©ficient dā€™ā€Šune observation ou dā€™ā€Šune consultation dans un service ambulatoire spĆ©cialisĆ© dans les syncopes. En cas de syncope rĆ©flexe ou orthostatique clairement identifiĆ©e, une information et un suivi ambulatoire suffisent gĆ©nĆ©ralement.

Ɖtapes diagnostiques recommandĆ©es

Le diagnostic commence par une anamnĆØse minutieuse comprenant une description de lā€™ā€ŠĆ©pisode, des dĆ©clencheurs possibles, des symptĆ“mes associĆ©s et des antĆ©cĆ©dents mĆ©dicamenteux. Si possible, il convient Ć©galement dā€™ā€Šinterroger des tĆ©moins oculaires.

Viennent ensuite un examen clinique comprenant la mesure de la pression artĆ©rielle en position couchĆ©e et debout, ainsi quā€™ā€Šun examen cardiopulmonaire et neurologique de base. Un Ć©lectrocardiogramme (ECG) fait partie de la routine; en cas dā€™ā€Šincertitude persistante, une surveillance Ć  long terme ou lā€™ā€Šimplantation dā€™ā€Šun enregistreur dā€™ā€ŠĆ©vĆ©nements (ILR) est recommandĆ©e.

Des examens de laboratoire (hĆ©mogramme, Ć©lectrolytes, fonction rĆ©nale) sont effectuĆ©s de maniĆØre ciblĆ©e si la situation clinique le justifie. Les scores de risque nā€™ā€Šapportent aucune valeur ajoutĆ©e Ć  lā€™ā€Šā€ŠĆ©valuation mĆ©dicale globale.

Diagnostics diffƩrentiels

Toute perte de connaissance de courte durĆ©e nā€™ā€Šest pas nĆ©cessairement une syncope. Parmi les diagnostics diffĆ©rentiels les plus importants, on trouve:
– crises dā€™ā€ŠĆ©pilepsie;
– hypoglycĆ©mies;
– hĆ©morragies graves ou anĆ©mies;
– embolies pulmonaires;
– infarctus du myocarde ou dissection aortique;
– effets secondaires liĆ©s aux mĆ©dicaments;
– chutes sans perte de connaissance.
Ces éléments doivent être exclus sur le plan anamnestique et clinique.

Conclusion

Dans la plupart des cas, un examen structurĆ© et axĆ© sur les risques permet dā€™ā€Šidentifier avec certitude la cause dā€™ā€Šune syncope. Les patients Ć  haut risque doivent ĆŖtre hospitalisĆ©s pour ĆŖtre surveillĆ©s, tandis que les syncopes rĆ©flexes ou orthostatiques peuvent gĆ©nĆ©ralement ĆŖtre traitĆ©es en ambulatoire. Lā€™ā€ŠĆ©valuation clinique reste dĆ©terminante, et non le score.

Pr Walter F. Riesen

riesen@medinfo-verlag.ch

Gestion et communication autour des vaccinations dans les cabinets mƩdicaux

Dans le cadre du congrĆØs dā€™ā€Šautomne de la SociĆ©tĆ© suisse de mĆ©decine interne gĆ©nĆ©rale (SSMIG) de cette annĆ©e, le Dr Thomas Steffen, spĆ©cialiste en prĆ©vention et en santĆ© publique, a prĆ©sentĆ©, lors du symposium Moderna, des donnĆ©es actuelles sur la disposition des adultes Ć  se faire vacciner, et a expliquĆ© pourquoi la prĆ©vention Ć©choue souvent dans la vie quotidienne, en raison dā€™ā€Šobstacles simples.

Ɖcart entre les recommandations et la rĆ©alitĆ©

MalgrĆ© des recommandations claires de la Commission fĆ©dĆ©rale pour les vaccinations (CFV), le taux de vaccination chez les adultes suisses reste faible. Les personnes Ć¢gĆ©es et multimorbides sont particuliĆØrement vulnĆ©rables. Seule une faible proportion des personnes de plus de 65 ans est protĆ©gĆ©e contre la grippe, la COVID-19 ou le VRS, alors que ces infections sont les causes les plus frĆ©quentes de maladies respiratoires graves. Le Dr Steffen a posĆ© la question centrale suivante: pourquoi, malgrĆ© notre connaissance de lā€™ā€ŠefficacitĆ© des vaccins, ne parvenons-nous pas Ć  mettre en œuvre de maniĆØre cohĆ©rente des mesures de prĆ©vention simples? Lā€™ā€Šatelier sā€™ā€Šest penchĆ© sur cet Ć©cart entre les connaissances et les comportements, et a cherchĆ© Ć  en identifier les raisons.

Charge de morbiditƩ: les infections respiratoires restent dominantes

ƀ lā€™ā€Šaide des donnĆ©es de surveillance de lā€™ā€ŠOFSP et des mĆ©decins Sentinella, Steffen a montrĆ© que la grippe et la COVID-19 resteraient les principales causes dā€™ā€Šinfections respiratoires virales en 2024/2025. ƀ cela sā€™ā€Šajoute le virus respiratoire syncytial (VRS), longtemps sous-estimĆ© chez les adultes. Chez les plus de 60 ans, les infections Ć  VRS entraĆ®nent chaque annĆ©e plus de 5000 hospitalisations, avec une durĆ©e moyenne de sĆ©jour de douze jours. Le COVID-19 et la grippe provoquent dans ce groupe des dizaines de milliers dā€™ā€Šhospitalisations et plusieurs milliers de dĆ©cĆØs. Les sĆ©ries chronologiques prĆ©sentĆ©es lors de lā€™ā€ŠexposĆ© ont montrĆ© que les trois virus (grippe, COVID-19 et VRS) se chevauchent Ć©troitement sur le plan saisonnier et causent une morbiditĆ© importante chaque annĆ©e. Le VRS a notamment Ć©tĆ© systĆ©matiquement sous-estimĆ© par le passĆ©; la prĆ©sentation a toutefois montrĆ© que le nombre rĆ©el dā€™ā€Šhospitalisations est probablement quatre fois plus Ć©levĆ© que celui enregistrĆ© dans les donnĆ©es officielles de la CIM, en raison dā€™ā€Šun diagnostic insuffisant. Il a Ć©galement Ć©tĆ© soulignĆ© que les structures de surveillance en Suisse (CH-SUR, Sentinella, analyses des eaux usĆ©es) sont certes prĆ©cieuses, mais quā€™ā€Šelles sont fragmentĆ©es, ce qui rend lā€™ā€ŠĆ©valuation de la charge de morbiditĆ© encore plus difficile.

Nouveaux vaccins: opportunitƩs inexploitƩes

Les recommandations actuelles en matière de vaccination ont été présentées lors de la conférence.
• vaccination contre la COVID-19: annuelle pour les personnes de plus de 65 ans et les patients Ć  risque;
• vaccination contre le VRS: recommandĆ©e pour les personnes de 75 ans et plus, ainsi que pour les personnes de 60 Ć  74 ans souffrant de maladies chroniques ou nĆ©cessitant des soins.
• vaccination contre la COVID-19: annuelle pour les personnes de plus de 65 ans et les patients Ć  risque.
• vaccination contre la grippe: chaque annĆ©e pour les mĆŖmes groupes, idĆ©alement entre la mi-octobre et le dĆ©but de la saison grippale.

Lā€™ā€Šintervenant a soulignĆ© que ces vaccinations saisonniĆØres pouvaient ĆŖtre facilement coordonnĆ©es dans le temps. La possibilitĆ© de co-administrer le vaccin contre la COVID-19, la grippe et le VRS lors dā€™ā€Šune mĆŖme consultation a Ć©tĆ© prĆ©sentĆ©e comme une grande opportunitĆ© pour les mĆ©decins gĆ©nĆ©ralistes. Cette pratique permet dā€™ā€Šoptimiser les processus au sein des cabinets mĆ©dicaux et de combler plusieurs lacunes en matiĆØre de prĆ©vention simultanĆ©ment. MalgrĆ© ces synergies, le taux de vaccination en Suisse reste infĆ©rieur aux valeurs comparatives internationales: des pays comme le Danemark ou lā€™ā€ŠEspagne atteignent des taux de vaccination contre la grippe nettement plus Ć©levĆ©s (environ 70 %), tandis que la Suisse se situe en dessous de 40 %. (Lā€™ā€Šobjectif de lā€™ā€ŠOMS pour la vaccination contre la grippe chez les personnes de 65 ans et plus ainsi que dans les groupes Ć  risque de moins de 65 ans est de 75 %).

EfficacitĆ© de la vaccination: plus quā€™ā€Šune simple protection contre les infections

Lā€™ā€Šintervenant a soulignĆ© les avantages supplĆ©mentaires des vaccins, au-delĆ  de la simple prĆ©vention des infections. Des Ć©tudes montrent que la vaccination contre la grippe permet non seulement de rĆ©duire les hospitalisations, mais aussi les Ć©vĆ©nements cardiovasculaires. La vaccination contre la COVID-19 rĆ©duit Ć©galement les dĆ©cĆØs et les risques de sĆ©quelles Ć  long terme. La prĆ©sentation a Ć©galement fourni des donnĆ©es issues du monde rĆ©el qui montrent que les vaccins respiratoires sont efficaces Ć  30–80 % pour protĆ©ger les personnes de plus de 60 ans contre les formes graves de la maladie. Les rĆ©sultats des Ć©tudes de phase 3 sur la vaccination contre le VRS confirment une efficacitĆ© supĆ©rieure Ć  80 % contre les formes graves de la maladie. Dans la communication avec les patients, il convient Ć©galement de souligner ces avantages supplĆ©mentaires, comme la rĆ©duction des crises cardiaques aprĆØs une vaccination contre la grippe. Ces effets indirects sont en effet sous-estimĆ©s par de nombreux patients.

Pourquoi si peu de personnes se font-elles vacciner?
Plusieurs raisons ont ƩtƩ avancƩes, notamment:
• 42 % des personnes interrogĆ©es ont dĆ©clarĆ© avoir tout simplement oubliĆ© leur rendez-vous de vaccination;
• 33 % ne se considĆ©raient pas comme Ć©tant Ć  risque.
• 29 % craignaient les effets secondaires.
• 21 % ne croyaient pas que la vaccination protĆ©geait contre la maladie;
• 20 % estimaient que cela prenait trop de temps dā€™ā€Šaller chez le mĆ©decin pour cela.
• 15 % refusaient les vaccins en gĆ©nĆ©ral.

Une enquĆŖte suisse prĆ©sentĆ©e lors de la confĆ©rence (Q4/2024, n = 601) a Ć©galement rĆ©vĆ©lĆ© que 62 % des personnes de plus de 65 ans ignoraient quā€™ā€Šil leur Ć©tait recommandĆ© de se faire vacciner chaque annĆ©e contre la COVID-19 et que 43 % dā€™ā€Šentre elles nā€™ā€ŠĆ©taient pas au courant de la recommandation concernant la vaccination contre la grippe. Seul un cinquiĆØme dā€™ā€Šentre eux prĆ©voit de se faire vacciner au cours de la saison Ć  venir. Il est particuliĆØrement problĆ©matique que de nombreuses personnes sous-estiment systĆ©matiquement leur risque personnel et surestiment une prĆ©tendue Ā« immunitĆ© naturelle Ā», comme le confirment Ć  la fois une enquĆŖte Pfizer (2025) et les donnĆ©es de lā€™ā€ŠOFSP.

La communication plutƓt que la confrontation

Dans la derniĆØre partie, lā€™ā€Šintervenant a prĆ©sentĆ© des recommandations pratiques Ć  lā€™ā€Šintention des mĆ©decins. La clĆ© rĆ©side dans la confiance, lā€™ā€Šempathie et une communication claire. Voici cinq points pour lutter contre la mĆ©fiance envers la vaccination:
1. Instaurer la confiance, Ʃcouter et prendre les craintes au sƩrieux.
2. Transmettre des connaissances, expliquer clairement les avantages et les risques.
3. PrƩsenter la vaccination comme une pratique normale, utiliser un langage clair et engageant, sans pression.
4. Donner lā€™ā€Šexemple et promouvoir une culture proactive de la vaccination au sein de lā€™ā€ŠĆ©quipe.
5. Optimiser les conditions cadres, simplifier les procĆ©dures, fournir du matĆ©riel dā€™ā€Šinformation.

Selon Steffen, les mƩdecins gƩnƩralistes restent les principaux multiplicateurs. Leur recommandation est le moteur le plus puissant de la vaccination.

Conclusion

La recommandation mĆ©dicale reste le facteur dĆ©cisif: la disposition Ć  se faire vacciner augmente considĆ©rablement lorsquā€™ā€Šelle est proposĆ©e de maniĆØre active et personnalisĆ©e. Le rĆ“le du mĆ©decin gĆ©nĆ©raliste est donc essentiel pour augmenter les taux de vaccination. De mĆŖme, des contrĆ“les rĆ©guliers, des procĆ©dures simples et des supports dā€™ā€Šinformation clairs sont nĆ©cessaires.

Pr Walter F. Riesen

riesen@medinfo-verlag.ch