Analgésiques non opioïdes en gériatrie

La pharmacocinĆ©tique et la pharmacodynamique de la pharmacothĆ©rapie liĆ©e Ć  lā€™ā€ŠĆ¢ge en gĆ©nĆ©ral et de la pharmacothĆ©rapie liĆ©e Ć  la douleur en particulier doivent tenir compte des modifications de la pharmacocinĆ©tique et de la pharmaco-dynamique liĆ©es Ć  lā€™ā€ŠĆ¢ge. Dans cet article, ces changements sont prĆ©sentĆ©s et, en sā€™ā€Šappuyant sur eux, des suggestions pour lā€™ā€Šutilisation raisonnable des analgĆ©siques chez les
personnes âgées sont proposées.

Pour avoir un effet sans restriction, les mĆ©dicaments doivent ĆŖtre absorbĆ©s, distribuĆ©s, mĆ©tabolisĆ©s et Ć©liminĆ©s selon les lois de la pharmacocinĆ©tique. Avec lā€™ā€ŠĆ¢ge, ces paramĆØtres sont sujets Ć  des changements significatifsā€Š: Lā€™ā€Šabsorption dans le tractus gastro-intestinal est habituellement retardĆ©e, la distribution et le mĆ©tabolisme sont habituellement rĆ©duits et lā€™ā€ŠĆ©limination rĆ©nale ralentie. Cela peut mener Ć  une Ć©valuation nĆ©gative des avantages et des risques dā€™ā€Šune mĆ©dication Ć  long terme pour les personnes Ć¢gĆ©esā€Š: Les risques de la thĆ©rapie peuvent dĆ©passer les avantages.
Pour aggraver la situation, plusieurs maladies sont souvent traitĆ©es en mĆŖme temps ; la probabilitĆ© dā€™ā€Šune polymĆ©dication avec un risque dā€™ā€Šinteraction correspondant est Ć©levĆ©e. A cela sā€™ā€Šajoute la menace dā€™ā€Šune Ā« cascade de prescriptions Ā»ā€Š: un effet indĆ©sirable mĆ©dicamenteux (EI) est considĆ©rĆ© comme un symptĆ“me indĆ©pendant nĆ©cessitant un traitement pharmacologique, et la personne Ć¢gĆ©e en particulier reƧoit un grand nombre de substances dont on ne peut guĆØre se faire une idĆ©e dā€™ā€Šensemble du bĆ©nĆ©fice cumulĆ© – et des interactions possibles.
De nombreuses publications et recommandations de traitement abordent la pharmacothĆ©rapie des patients gĆ©riatriques. Aux Etats-Unis, lā€™ā€ŠAmerican Geriatrics Society publie rĆ©guliĆØrement les Beers CriteriaĀ®, qui ont identifiĆ© 65 substances dont les risques potentiels dĆ©passent les bĆ©nĆ©fices pour les personnes Ć¢gĆ©es. Dans les pays germanophones, par exemple, la liste PRISCUS des mĆ©dicaments potentiellement inadĆ©quats pour les personnes Ć¢gĆ©es peut ĆŖtre consultĆ©e de maniĆØre analogue.

Changements physiologiques chez les personnes âgées avec influence sur la pharmacocinétique
De nombreuses fonctions corporelles sont sujettes Ć  des changements physiologiques dans le processus de vieillissement, qui ont une influence sur la pharmacocinĆ©tique et la pharmacodynamique. Par exemple, la masse corporelle et le mĆ©tabolisme de base diminuent, le volume de distribution des substances lipophiles augmente avec lā€™ā€Šaugmentation de la masse grasse, celui des substances hydrophiles diminue avec la rĆ©duction de lā€™ā€Šeau corporelle et la liaison aux protĆ©ines plasmatiques est rĆ©duite. La motilitĆ© gastro-intestinale et la sĆ©crĆ©tion de prostaglandines protectrices sont rĆ©duites et lā€™ā€Šatrophie gastrique peut rĆ©duire la surface dā€™ā€Šabsorption des substances. Une diminution de la sĆ©crĆ©tion pancrĆ©atique exocrine sā€™ā€Šaccompagne dā€™ā€Šune diminution du flux sanguin hĆ©patique. En particulier, les rĆ©actions hĆ©patiques de phase 1 sont ralenties, de sorte que les mĆ©dicaments ne peuvent souvent ĆŖtre mĆ©tabolisĆ©s que plus tardivement. Enfin, la filtration glomĆ©rulaire et le flux sanguin rĆ©nal sont rĆ©duits lors de la vieillesse, ce qui retarde lā€™ā€ŠĆ©limination.

Changements physiologiques avec lā€™ā€Šā€ŠĆ¢ge qui affectent la pharmacodynamique

Les changements dans le systĆØme nerveux autonome sā€™ā€Šaccentuent avec lā€™ā€ŠĆ¢ge, de sorte que les substances anticholinergiques peuvent entraĆ®ner une augmentation des EI. Les substances sĆ©datives augmentent le risque de chute et rĆ©duisent la cognition. Les opioĆÆdes et les AINS en particulier font partie des mĆ©dicaments qui augmentent le nombre de chutes (fall-risk-increasing drugs, FRIDs) qui devraient ĆŖtre Ć©vitĆ©s dans ce contexte. La dysrĆ©gulation orthostatique avec Ć©tourdissements et syncope est plus facilement causĆ©e par lā€™ā€Šutilisation de substances hypotensionnelles. Au cours du processus de vieillissement, le systĆØme nerveux subit un changement dans le traitement de la douleur et lā€™ā€ŠexpĆ©rience de la douleur. Les processus endogĆØnes inhibiteurs de la douleur et la vitesse de conduction nerveuse sont rĆ©duits. Par la diminution et lā€™ā€Šinhibition des fibres AĪ“ la tolĆ©rance Ć  la douleur est augmentĆ©e, par une rĆ©ponse renforcĆ©e des fibres C la douleur est retardĆ©e, mais perƧue plus intensĆ©ment. La distribution des neurotransmetteurs et le nombre de rĆ©cepteurs postsynaptiques sont rĆ©duits, par exemple les rĆ©cepteurs dopaminergiques ou les rĆ©cepteurs adrĆ©nergiques α et β. Lā€™ā€ŠefficacitĆ© des opioĆÆdes augmente.
Les changements physiologiques sā€™ā€Šaccompagnent de symptĆ“mes frĆ©quents chez les personnes Ć¢gĆ©esā€Š: Par exemple la dysphagie qui rend difficile lā€™ā€Šingestion de comprimĆ©s et qui est frĆ©quente – chez les personnes Ć¢gĆ©es vivant Ć  domicile, la prĆ©valence est supposĆ©e se situer entre 30 et 40ā€Š%; chez les patients Ć¢gĆ©s en institution, elle est de 60ā€Š%. Dans ce cas, lā€™ā€Šā€Šadministration de substances sous forme de gouttes ou sous forme de systĆØme transdermique est avantageuse.

Analgésiques chez les personnes âgées

La douleur chronique est le symptĆ“me le plus courant chez les personnes Ć¢gĆ©es qui nĆ©cessite un traitement, et sa prĆ©valence augmente avec lā€™ā€ŠĆ¢ge. La douleur chronique a une Ć©norme influence sur la qualitĆ© de vie et la compĆ©tence personnelle et favorise le risque de maladies affectives, de dysfonctionnements dans la vie quotidienne et le besoin permanent de soins. En plus de lā€™ā€ŠanalgĆ©sie, le traitement de la douleur chez les personnes Ć¢gĆ©es vise Ć  Ć©viter les EI pertinents, Ć  favoriser lā€™ā€ŠactivitĆ©, la mobilitĆ© et Ć  maintenir la qualitĆ© de vie. Dans le cadre dā€™ā€Šun concept de thĆ©rapie multimodale, on utilise Ć  la fois des prĆ©parations sur ordonnance et en vente libre, telles que des analgĆ©siques non opioĆÆdes, des opioĆÆdes faibles et forts ainsi que des adjuvants comme les corticostĆ©roĆÆdes, les antidĆ©presseurs ou les antiĆ©pileptiques. Avant dā€™ā€Šutiliser des analgĆ©siques non opioĆÆdes, il faut Ć©valuer les facteurs de risque individuels des effets indĆ©sirables gastro-intestinaux, hĆ©patiques, rĆ©naux, hĆ©matologiques et cardio-vasculaires et les inclure dans la dĆ©cision thĆ©rapeutique.

Les opioĆÆdes sont administrĆ©s avec plus de prudence et avec une indication stricte chez les personnes Ć¢gĆ©esā€Š: constipation, tendance accrue Ć  tomber avec risque de fracture, danger de dĆ©pendance, de sĆ©dation, dĆ©ficience cognitive jusquā€™ā€ŠĆ  dĆ©lirium limitent leur usage. Lā€™ā€Šusage Ć  long terme des AINS nā€™ā€Šā€Šest recommandĆ© quā€™ā€Šā€Šavec prudence en gĆ©nĆ©ral et spĆ©cialement pendant la vieillesse. Dans ce groupe de patients, les saignements gastro-intestinaux et les ulcĆ©rations, une rĆ©duction de la fonction rĆ©nale et la favorisation dā€™ā€Šā€Šun dĆ©lire ou dā€™ā€Šautres symptĆ“mes nerveux centraux font partie des risques. Une insuffisance rĆ©nale grave (DFG < 30 ml/min) doit ĆŖtre exclue avant lā€™ā€Šadministration dā€™ā€ŠAINS.
Les inhibiteurs sĆ©lectifs de la COX-2 se sont Ć©galement avĆ©rĆ©s dĆ©favorables chez ce groupe de patients, principalement en raison de lā€™ā€Šincidence accrue dā€™ā€Šinfarctus du myocarde et dā€™ā€ŠAVC.
Des exemples dā€™ā€ŠanalgĆ©siques non opioĆÆdes administrĆ©s en gĆ©riatrie sont prĆ©sentĆ©s dans le tableau 1.

Exemples dā€™ā€Šā€ŠanalgĆ©siques non opioĆÆdes administrĆ©s en gĆ©riatrie (tab. 1)

Acide acƩtylsalicylique, AAS

Lā€™ā€ŠAAS nā€™ā€Šest approuvĆ© comme analgĆ©sique dans lā€™ā€ŠautomĆ©dication que pour le traitement Ć  court terme sur trois jours. Lā€™ā€Šutilisation prolongĆ©e doit ĆŖtre surveillĆ©e par un mĆ©decin. En plus de ses propriĆ©tĆ©s analgĆ©siques, antiphlogistiques et antipyrĆ©tiques, lā€™ā€ŠAAS a Ć©galement une activitĆ© antiplaquettaire importante. Les effets rĆ©naux comprennent la rĆ©tention dā€™ā€Šeau. Les patients Ć¢gĆ©s souffrant dā€™ā€Šhypertension artĆ©rielle ou dā€™ā€Šinsuffisance cardiaque qui souffrent dā€™ā€Šinsuffisance rĆ©nale et qui prennent Ć©ventuellement des diurĆ©tiques ou des inhibiteurs de lā€™ā€ŠECA devraient ĆŖtre traitĆ©s trĆØs prudemment avec lā€™ā€ŠAAS en doses analgĆ©siques. Lā€™ā€Šā€ŠAAS montre la gamme complĆØte dā€™ā€Šā€Šeffets indĆ©sirables typiques des AINS. De plus, de faibles doses dā€™ā€ŠAAS rĆ©duisent lā€™ā€ŠexcrĆ©tion dā€™ā€Šacide urique et peuvent causer des crises de goutte chez les patients prĆ©disposĆ©s. Lā€™ā€ŠAAS est disponible sans ordonnance, mĆŖme si selon Swissmedic 2018, les saignements gastro-intestinaux surviennent chez environ un patient traitĆ© sur 1ā€Š000 et peuvent ĆŖtre mortels.

CƩlƩcoxib

Bien que cet inhibiteur de la COX-2 soit approuvĆ© pour le traitement de maladies chroniques telles que lā€™ā€Šarthrose, la polyarthrite rhumatoĆÆde ou la spondylarthrite ankylosante, le fabricant dĆ©conseille son administration Ć  long terme ou recommande une surveillance attentive et une Ć©valuation rĆ©pĆ©tĆ©e des avantages et des risques. Le risque de saignement gastro-intestinal est le mĆŖme que pour les inhibiteurs non sĆ©lectifs de la COX. De plus, une incidence accrue dā€™ā€ŠĆ©vĆ©nements cardiovasculaires et cĆ©rĆ©brovasculaires thrombotiques a Ć©tĆ© dĆ©montrĆ©e. Le risque dā€™ā€Šinfarctus du myocarde augmente spĆ©cialement Ć  des doses plus Ć©levĆ©es. Le cĆ©lĆ©coxib nā€™ā€Ša pas de propriĆ©tĆ©s antiplaquettaires. Comme les autres AINS, le cĆ©lĆ©coxib peut ĆŖtre toxique pour les reins surtout chez les personnes Ć¢gĆ©es.

DiclofƩnac

Cette substance nā€™ā€Šest pas recommandĆ©e chez les patients atteints dā€™ā€Šune maladie cardiovasculaire. Si un traitement est nĆ©cessaire, il faut que les patients Ć¢gĆ©s ne reƧoivent que des doses allant jusquā€™ā€ŠĆ  100 mg par jour pendant plus de 4 semaines. Lā€™ā€Šinsuffisance rĆ©nale, lā€™ā€Šinsuffisance hĆ©patique (classe C de Child Pugh) et lā€™ā€Šinsuffisance cardiaque (NYHA III-IV) sont des contre-indications. Selon le fabricant, aucune donnĆ©e nā€™ā€Šest disponible sur lā€™ā€Šinsuffisance hĆ©patique ou rĆ©nale, et Ā«ā€Šla prudence est de miseā€ŠĀ».

Etodolac

Lā€™ā€ŠĆ©todolac est approuvĆ© pour lā€™ā€ŠanalgĆ©sie Ć  long terme chez les patients gĆ©riatriques. Aucune diffĆ©rence dans la pharmacocinĆ©tique ou le profil des EI nā€™ā€Ša pu ĆŖtre dĆ©montrĆ©e dans ce groupe de patients. De plus, la concentration dā€™ā€ŠĆ©todolac actif nā€™ā€Šest pas altĆ©rĆ©e par une insuffisance rĆ©nale ou hĆ©patique. Selon le fabricant, une dysfonction hĆ©patique grave, une insuffisance rĆ©nale ou une insuffisance cardiaque sont nĆ©anmoins des contre-indications. Selon le fabricant, lā€™ā€Šinhibition de la prostaglandine E2 dans lā€™ā€Šestomac est Ć©galement faible et de courte durĆ©e. Lā€™ā€ŠĆ©todolac sā€™ā€Šaccumule dans le liquide synovial, ce qui offre des avantages dans le traitement de la douleur arthritique.

IbuprofĆØne

Il est approuvĆ© uniquement pour le traitement Ć  court terme de la douleur aiguĆ«. Les contre-indications comprennent une dysfonction hĆ©patique grave, une insuffisance rĆ©nale (clairance de la crĆ©atinine <30 ml/min) et une insuffisance cardiaque (NYHA III-IV). Il y a des indices que des doses Ć©levĆ©es (2 400 mg/jour) augmentent le risque dā€™ā€ŠĆ©vĆ©nements thrombotiques artĆ©riels comme lā€™ā€Šinfarctus du myocarde ou lā€™ā€ŠAVC.

IndomƩtacine

Parmi les AINS, il prĆ©sente le risque le plus Ć©levĆ© de saignements gastro-intestinaux, dā€™ā€ŠulcĆ©rations et de perforations, y compris mortelles, chez les patients Ć¢gĆ©s, en outre, lā€™ā€Šincidence la plus frĆ©quente dā€™ā€ŠEI nerveux central de tous les AINS. Cette substance ne doit pas ĆŖtre utilisĆ©e dans les troubles gastro-intestinaux, lā€™ā€Šhypertension, lā€™ā€Šinsuffisance cardiaque NYHA III-IV, les dysfonctionnements hĆ©patiques graves et les Ć©tats consĆ©cutifs Ć  un pontage aortocoronarien.

MƩtamizole

Il agit par une combinaison dā€™ā€Šeffets centraux et pĆ©riphĆ©riques et a Ć©galement des propriĆ©tĆ©s spasmolytiques. Si le profil de risque est positif, le mĆ©tamizole est aussi frĆ©quemment utilisĆ© en gĆ©riatrie. Les risques manquants (voir les EI cardiaques, rĆ©naux et gastro-intestinaux mentionnĆ©s ci-dessus), qui surviennent rĆ©guliĆØrement sous traitement AINS, sont mis en balance avec les EI graves mais trĆØs rares dā€™ā€Šagranulocytose.

ParacƩtamol

Chez les personnes Ć¢gĆ©es, aucun ajustement posologique nā€™ā€Šest nĆ©cessaire tant que la fonction hĆ©patique nā€™ā€Šest pas restreinte et quā€™ā€Šil nā€™ā€Šy a pas dā€™ā€Šabus dā€™ā€Šalcool. En pareil cas, la monooxygĆ©nase hĆ©patique CYP2E1 est induite et une production accrue du mĆ©tabolite toxique NAPQI. Chez les individus en bonne santĆ©, 2-4ā€Š% de la dose de paracĆ©tamol produit le NAPQI, qui est ensuite liĆ© par le glutathion. Chez les patients atteints de cachexie gĆ©riatrique, les rĆ©serves de glutathion peuvent ĆŖtre rĆ©duites. En cas dā€™ā€Šinsuffisance hĆ©patocellulaire lĆ©gĆØre Ć  modĆ©rĆ©e, le fabricant prescrit une dose maximale de 2 g/j ; en cas de dysfonction hĆ©patique grave, le paracĆ©tamol est contre-indiquĆ©. Les restrictions fonctionnelles rĆ©nales, par contre, ne sont normalement pas une contre-indication ; ce nā€™ā€Šest quā€™ā€ŠĆ  une clairance de crĆ©atinine infĆ©rieure Ć  10 ml/min que lā€™ā€Šintervalle posologique est Ć©tendu Ć  huit heures. Le paracĆ©tamol peut Ć©galement ĆŖtre utilisĆ© comme mĆ©dicament Ć  long terme. Cependant, une puissance relativement faible et lā€™ā€Šabsence de propriĆ©tĆ©s anti-inflammatoires limitent le bĆ©nĆ©fice.

Piroxicam

Le piroxicam a une biodisponibilitĆ© orale Ć©levĆ©e et une longue demi-vie, donc une seule prise quotidienne est appropriĆ©e. Avec le piroxicam, le risque de saignements gastro-intestinaux, dā€™ā€ŠulcĆ©rations et de perforations est Ć©levĆ© chez les personnes Ć¢gĆ©es et sa prise entraĆ®ne Ć©galement une augmentation de la tension artĆ©rielle. Les contre-indications comprennent les ulcĆØres gastro-intestinaux, le dysfonctionnement rĆ©nal et hĆ©patique, lā€™ā€Šhypertension, lā€™ā€Šinsuffisance cardiaque NYHA III-IV, la condition aprĆØs un pontage cardiaque.

Traitement de la douleur chronique chez les personnes âgées

Dans les Ć©tablissements mĆ©dico-sociaux, le paracĆ©tamol est le plus souvent utilisĆ© dans le traitement de la douleur chronique, suivi de prĆØs par le mĆ©tamizole, au deuxiĆØme rang des analgĆ©siques. En Allemagne, le mĆ©tamizole mĆŖme est lā€™ā€ŠanalgĆ©sique le plus frĆ©quemment administrĆ© dans les institutions de soins.
Le redoutĆ© EI sĆ©vĆØre dā€™ā€Šagranulocytose sous mĆ©tamizole, indĆ©pendant de la dose, est infĆ©rieur Ć  0,01ā€Š% des traitements. En Suisse, lā€™ā€Šincidence minimale de lā€™ā€Šagranulocytose associĆ©e au mĆ©tamizole a Ć©tĆ© estimĆ©e entre 0,46 et 1,63 cas par million de traitements quotidiens, dā€™ā€ŠaprĆØs une rĆ©cente Ć©tude de BĆ¢le. Dans certains cas documentĆ©s dā€™ā€Šagranulocytose, on a observĆ© une association avec une substance myĆ©losuppressive. Tout patient Ć  qui lā€™ā€Šon prescrit du mĆ©tamizole doit ĆŖtre informĆ© des premiers symptĆ“mes de lā€™ā€Šagranulocytose.
Le risque relatif dā€™ā€Šissue fatale du mĆ©tamizole est plus faible que pour les autres analgĆ©siquesā€Š: Andrade et al. ont calculĆ© le nombre de dĆ©cĆØs par 100 millions dā€™ā€Šutilisateurs pour une semaine dā€™ā€Šutilisation. Pour le diclofĆ©nac, ce sont 529 dĆ©cĆØs, pour lā€™ā€Šā€ŠASS 185, pour le mĆ©tamizole 25 et pour le paracĆ©tamol 20. Si lā€™ā€Šon exclut les personnes souffrant dā€™ā€ŠulcĆØre gastroduodĆ©nal de lā€™ā€ŠanamnĆØse, on obtient 139 dĆ©cĆØs pour le diclofĆ©nac, 79 pour lā€™ā€ŠASS, 5,5 pour le mĆ©tamizole et 3,6 pour le paracĆ©tamol. Ces derniĆØres annĆ©es, les besoins en analgĆ©siques ont considĆ©rablement augmentĆ© en Suisse. Le mĆ©tamizole est affectĆ© de faƧon disproportionnĆ©eā€Š: le nombre dā€™ā€Šordonnances a plus que quadruplĆ© entre 2006 et 2013. Cette substance pour le traitement des douleurs intenses est Ć  privilĆ©gier chez les patients souffrant dā€™ā€Šinsuffisance rĆ©nale qui ont dĆ©veloppĆ© des symptĆ“mes gastro-intestinaux dus aux AINS ou qui prĆ©sentent dā€™ā€Šautres contre-indications pour ce groupe de substances.
En gĆ©nĆ©ral, le gold standard pour le traitement analgĆ©sique des patients gĆ©riatriques, chez qui le succĆØs du traitement Ć  long terme et une fonctionnalitĆ© accrue dans la vie quotidienne devraient ĆŖtre atteints, est un comportement prudent en matiĆØre de prescriptionā€Š: Start Low, Go Slow. Dans la mesure du possible, les douleurs chroniques lĆ©gĆØres doivent ĆŖtre traitĆ©es avec du paracĆ©tamol et les douleurs plus intenses avec du mĆ©tamizole. Lā€™ā€Šutilisation Ć  long terme dā€™ā€ŠAINS devrait ĆŖtre Ć©vitĆ©e.
Bien sĆ»r, lā€™ā€Šutilisation de coanalgĆ©siques tels que les anticonvulsivants, les antidĆ©presseurs, les stĆ©roĆÆdes, etc. devrait ĆŖtre envisagĆ©e dans le traitement de la douleur chronique chez les personnes Ć¢gĆ©es. Dans le cadre dā€™ā€Šun concept thĆ©rapeutique global, les thĆ©rapies physiques, la physiothĆ©rapie, la psychothĆ©rapie et la thĆ©rapie interventionnelle de la douleur sont fournies par une Ć©quipe de traitement interdisciplinaire. Lā€™ā€Šeffet global de ces mesures devrait garantir aux personnes Ć¢gĆ©es une thĆ©rapie de la douleur sĆ»re et efficace, dans laquelle lā€™ā€ŠĆ©valuation des risques et des avantages est correcte.

Article traduit de Ā« der informierte arzt Ā» 09_2019

Dr. med. Antje Heck

Fachärztin für Klinische Pharmakologie und Toxikologie FMH
Fachärztin für Anästhesie FMH, Schmerzspezialistin SGSS
Leiterin Sprechstunde Medikamente in Schwangerschaft und Stillzeit
OberƤrztin Psychiatrische Klinik Kƶnigsfelden
Postfach 432
5201 Brugg

antje.heck@pdag.ch

Prof. Dr. med. Eli Alon

Facharzt für Anästhesiologie FMH, Schmerzspezialist SGSS
Professor für Anästhesiologie und Schmerzmedizin an der
Universität Zürich
Praxis für Schmerztherapie
Arzthaus Zürich City
Lintheschergasse 3
8001 Zürich

eli.alon@arzthaus.ch

Une rĆ©union dā€™ā€Šexperts a Ć©tĆ© soutenue financiĆØrement par Sanofi (sans participation). Le sponsor nā€™ā€Ša eu aucune influence sur le reportage.

  • Les changements physiologiques de la vieillesse entraĆ®nent une modification de la pharmacocinĆ©tique et de la pharmacodynamique. De plus, les effets dĆ©sirĆ©s et non dĆ©sirĆ©s des mĆ©dicaments peuvent ĆŖtre influencĆ©s par des maladies Ć  un stade avancĆ© de la vie.
  • Les indications des fabricants concernant lā€™ā€Šindication, la posologie, lā€™ā€ŠefficacitĆ© et les effets indĆ©sirables des analgĆ©siques non opioĆÆdes sont principalement fondĆ©es sur des Ć©tudes menĆ©es auprĆØs de patients jeunes et plutĆ“t en santĆ© sur une pĆ©riode dā€™ā€Šobservation relativement courte. Ces donnĆ©es ne sont pas transfĆ©rables sans rĆ©serve Ć  une utilisation chronique chez les personnes Ć¢gĆ©es.
  • Les maladies aiguĆ«s et chroniques des personnes Ć¢gĆ©es nĆ©cessitent Ć©galement une Ć©valuation des avantages et des risques modifiĆ©e dans le choix et la posologie dā€™ā€Šun analgĆ©sique.
  • Les opioĆÆdes sont utilisĆ©s assez prudemment dans la vieillesse et avec des indications strictesā€Š: la constipation, la tendance accrue Ć  tomber avec risque de fracture, le danger de dĆ©pendance, la sĆ©dation ainsi que la limitation cognitive jusquā€™ā€Šau dĆ©lire limitent leur usage.
  • En gĆ©nĆ©ral, le gold standard pour lā€™ā€ŠanalgĆ©sie des patients gĆ©riatriques est le comportement de prescription restreintā€Š: Start Low, Go Slow. Les douleurs chroniques plus lĆ©gĆØres doivent ĆŖtre traitĆ©es avec du paracĆ©tamol si possible, et les douleurs plus intenses plutĆ“t avec du mĆ©tamizole. Lā€™ā€Šutilisation Ć  long terme dā€™ā€ŠAINS devrait ĆŖtre Ć©vitĆ©e.
  • Si des AINS sont utilisĆ©s pour soulager la douleur inflammatoire aiguĆ«, il est recommandĆ© que les patients Ć¢gĆ©s reƧoivent simultanĆ©ment lā€™ā€Šā€Šadministration dā€™ā€Šā€Šune protection gastrique dĆØs le premier jour de la prescription.

Sā€™ā€Šā€Šadresser aux auteurs.

Plaies chroniques

Les plaies chroniques concernent majoritairement des patients Ć¢gĆ©s, polymorbides, bien souvent polymĆ©diquĆ©s et dĆ©nutris. Elles sont frĆ©quemment dā€™ā€Šorigine multifactorielle et les consĆ©quences sur la qualitĆ© de vie sont dramatiques (douleurs chroniques, perte dā€™ā€Šautonomie, isolement social, dĆ©pression contextuelle etc.), faisant de la plaie chronique un facteur de morbiditĆ© important. Il sā€™ā€Šā€Šagit dā€™ā€Šun problĆØme de santĆ© publique. La prise en charge est donc complexe, avec plusieurs chevaux de bataille, et nĆ©cessite donc lā€™ā€Šinstallation dā€™ā€Šun rĆ©seau de soin multidisciplinaire au centre duquel se situe le patient dont lā€™ā€ŠĆ©ducation thĆ©rapeutique est primordiale. Nous aborderons dans cet article la prise en charge globale des plaies chroniques, spĆ©cifiquement celle des ulcĆØres des membres infĆ©rieurs, sous forme de guide pratique selon notre expertise.

Les plaies chroniques sont un problĆØme de santĆ© publique. Elles concernent environ 1 Ć  1.5 % de la population des pays industrialisĆ©s. La prĆ©valence augmente avec le vieillissement de la population. La prise en charge est complexe, souvent longue (mois, voire annĆ©es) comprenant visites mĆ©dicales, examens complĆ©mentaires, soins de plaie spĆ©cialisĆ©s le plus souvent quotidiens, physiothĆ©rapie etc. Pour lā€™ā€ŠUnion EuropĆ©enne, ces coĆ»ts sā€™ā€ŠĆ©lĆØvent Ć  2-4 % des coĆ»ts de la santĆ© globaux (1). Sur le plan individuel, les coĆ»ts peuvent ĆŖtre un frein Ć  la prise en charge crĆ©ant des situations sociales dramatiques, encore peu frĆ©quentes heureusement en Suisse.
Le risque majeur dā€™ā€Šune plaie chronique est la complication infectieuse, i.e. la surinfection locale ou loco-rĆ©gionale pouvant entraĆ®ner une hospitalisation de moyenne Ć  longue durĆ©e.
Au quotidien, lā€™ā€Šimpact sur la qualitĆ© de vie peut ĆŖtre dramatique en fonction de la sĆ©vĆ©ritĆ© de la plaie, si elle sā€™ā€Šaccompagne dā€™ā€ŠĆ©coulement, de douleurs, dā€™ā€Šodeur nausĆ©abonde etc. Une impotence fonctionnelle peut sā€™ā€Šinstaller de mĆŖme quā€™ā€Šun isolement social voire un Ć©tat dĆ©pressif rĆ©actionnel.
La plaie chronique est donc une pathologie frĆ©quente aux causes et consĆ©quences multiples, mettant Ć  rude Ć©preuve le patient et les professionnels de la santĆ©. Il convient dā€™ā€Šinstaurer un partenariat solide entre les diffĆ©rents intervenants et avec le patient, clĆ© principale au succĆØs de la prise en charge, avec comme objectif commun la cicatrisation de la plaie et lā€™ā€ŠamĆ©lioration de la qualitĆ© de vie du patient.

Etape 1ā€Š: recherche des facteurs favorisants

Une plaie chronique est par dĆ©finition une plaie de plus de 6 semaines, qui ne cicatrise pas. Elle est donc tĆ©moin dā€™ā€Šun trouble ou retard de la cicatrisation.
Ce retard de cicatrisation peut ĆŖtre secondaire Ć  des problĆØmes vasculaires (artĆ©riel et/ou veineux), une stase chronique, des dĆ©fauts dā€™ā€ŠoxygĆ©nation (ischĆ©mie), un Ć©tat de malnutrition ou dĆ©nutrition. Un ou plusieurs de ces facteurs peuvent se retrouver chez le mĆŖme patient. Il nous faut donc considĆ©rer le patient dans sa globalitĆ© avec ses co-morbiditĆ©s.
Le tableau 1 illustre les facteurs favorisants la survenue de plaies chroniques.
Les 3 types de plaies les plus fréquemment rencontrés sont : les escarres, les ulcères des membres inférieurs et les plaies liées au pied diabétique.
Dans cet article nous considĆ©rerons uniquement les ulcĆØres des membres infĆ©rieurs. Les ulcĆØres des membres infĆ©rieurs sont principalement dā€™ā€Šorigine vasculaire, avec une prĆ©dominance veineuse (70 %) suivie des ulcĆØres artĆ©riels et artĆ©rio-veineux (20 %) (2).

Etape 2ā€Š: recherche des signes cliniques orientant vers une cause vasculaire

Le tableau 2 illustre les caractéristiques sommaires des ulcères veineux et artériels.
Bien souvent, une bonne anamnĆØse associĆ©e Ć  un examen cutanĆ©, neurologique et vasculaire dĆ©taillĆ© permet dā€™ā€Šidentifier dans la majoritĆ© des cas lā€™ā€Šorigine de lā€™ā€ŠulcĆØre (2).

Etape 3ā€Š: Examens complĆ©mentaires

DĆ©pistage dā€™ā€Šune malnutrition / dĆ©nutrition

La dĆ©nutrition est frĆ©quente et touche 4-10 % des personnes Ć¢gĆ©es vivant Ć  domicile (3). La prĆ©valence est Ć©galement importante chez les patients hospitalisĆ©s. La dĆ©nutrition est un facteur favorisant et/ ou la consĆ©quence dā€™ā€Šun retard de la cicatrisation pouvant engendrer un cercle vicieux.
Pour rappel, la cicatrisation est un processus complexe dĆ©pendant de lā€™ā€Šinteraction entre diffĆ©rents types cellulaires (kĆ©ratinocytes, fibroblastes, cellules endothĆ©liales et immunocompĆ©tentes) et comprenant grossiĆØrement 4 phases ; dĆ©tersion, phase hĆ©morragique et inflammatoire, rĆ©paration (cicatrisation dermique, cicatrisation Ć©pidermique) et phase de remodelage.
Les facteurs métaboliques et nutritionnels ont une place importante car ils interviennent dans la réaction inflammatoire, la prolifération cellulaire et la synthèse protéique. Lors du processus de cicatrisation, les dépenses énergétiques augmentent
par consĆ©quence et les rĆ©serves nutritionnelles sont mobilisĆ©es. Lā€™ā€ŠintensitĆ© de ce processus est proportionnelle Ć  la sĆ©vĆ©ritĆ© de la lĆ©sion pouvant ainsi induire ou aggraver un Ć©tat de malnutrition ou dĆ©nutrition.
Il est ainsi important de faire un dĆ©pistage nutritionnel Ć  la premiĆØre visite et Ć  chaque changement de lā€™ā€ŠĆ©tat clinique. En pratique, nous rĆ©alisons un score Ć  lā€™ā€Šaide du Nutrition Risk Screening (NRS) ou Mini Nutritional Assessment (MNA). A ce stade, nous ne rĆ©alisons pas nĆ©cessairement de bilan biologique. Sā€™ā€Šil existe un Ć©tat de malnutrition ou dĆ©nutrition, nous adressons les patients Ć  la consultation diĆ©tĆ©tique ou nutritionnelle pour suite de bilan et prise en charge.

Frottis bactƩriologique

Une plaie chronique est par dĆ©finition colonisĆ©e par diffĆ©rents germes. Lorsquā€™ā€Šune ou plusieurs colonies bactĆ©riennes prennent le dessus et engendre une rĆ©action de lā€™ā€ŠhĆ“te, on parle alors dā€™ā€Šinfection. Les signes cliniques sont alors : rougeur, douleur (nouvelle ou aggravĆ©e), Ć©coulement + / - jaune, vert, mauvaise odeur, nĆ©crose, augmentation de la taille de la plaie, œdĆØme. Cette surinfection peut ĆŖtre locale ou loco-rĆ©gionale : on parle alors de dermohypodermite infectieuse.
Il nā€™ā€Šest pas recommandĆ© de rĆ©aliser dā€™ā€ŠemblĆ©e un frottis bactĆ©riologique car lā€™ā€Šattitude thĆ©rapeutique ne sera pas modifiĆ©e devant lā€™ā€Šabsence de signe clinique de surinfection.
A retenir donc que le frottis bactĆ©riologique nā€™ā€Šest rĆ©alisĆ© que lors dā€™ā€Šune suspicion clinique de surinfection.

Bilan artƩriographique et/ ou veineux

Une alliance avec le/la mĆ©decin angiologue est nĆ©cessaire. Il convient en effet de rĆ©aliser un examen artĆ©riographique et / ou veineux des membres infĆ©rieurs selon la suspicion clinique afin de dĆ©celer une cause traitable ; stadifier lā€™ā€ŠartĆ©riopathie et / ou rechercher des varices alimentant lā€™ā€ŠulcĆØre. Sā€™ā€Šil existe une cause traitable sous-jacente, il convient de la traiter afin de garantir une cicatrisation optimale et durable (diminution des risques de rĆ©cidive).

Etape 4ā€Š: Traitement

Dans un premier temps, il convient de traiter la cause comme discutĆ© plus haut. En association, des soins locaux sont proposĆ©s dont le choix sera en fonction de lā€™ā€ŠĆ©tat de la plaie (infectĆ©e ou pas) et de son stade dā€™ā€ŠĆ©volution. Le but dā€™ā€Šun pansement est dā€™ā€Šassurer un milieu favorable pour la cicatrisation, ni trop humide ni trop sec. Les stades dā€™ā€ŠĆ©volution de la plaie suivent les phases de la cicatrisation ; dĆ©tersion (phase inflammatoire), granulation (cicatrisation dermique, revascularisation) et Ć©pidermisation (cicatrisation Ć©pidermique) (4). A chaque stade dā€™ā€ŠĆ©volution, les pansements doivent rĆ©pondre Ć  un objectif prĆ©cis, rĆ©sumĆ© dans le tableau 3.
Lā€™ā€Šinfirmier (-ĆØre) agissant en premiĆØre ligne est sentinelle et garant de lā€™ā€ŠadĆ©quation du traitement local. Lā€™ā€Šalliance mĆ©dico-infirmiĆØre est vitale.

DƩcontamination de la plaie

En lā€™ā€Šabsence dā€™ā€Šinfection aigue, les antiseptiques ne sont pas nĆ©cessaires. Ils peuvent ĆŖtre au contraire dĆ©lĆ©tĆØres et freiner la cicatrisation. Un nettoyage simple Ć  lā€™ā€Šeau et savon sous la douche ou avec NaCl 0.9 % permet de rĆ©duire la colonisation bactĆ©rienne et dā€™ā€ŠĆ©liminer en partie le matĆ©riel fibrinonĆ©crotique. Si la plaie est infectĆ©e, des soins locaux antiseptiques suffisent la plupart du temps sans nĆ©cessitĆ© de recourir aux antibiotiques locaux ou systĆ©miques sauf en cas de dermohypodermite infectieuse bien Ć©videmment.

DƩbridement

Le dĆ©bridement permet dā€™ā€ŠĆ©liminer les tissus fibrinonĆ©crotiques qui sont un obstacle Ć  la cicatrisation. Deux techniques de dĆ©tersion sont possibles : chimique ou mĆ©canique. En pratique, nous utilisons conjointement les deux mĆ©thodes.

  • DĆ©bridement chimique (autolytique)

Les hydrogels, les hydrofibres, les alginates et certains hydrocolloïdes ont cette propriété (7).

  • DĆ©bridement mĆ©canique

Il se pratique Ć  lā€™ā€Šaide dā€™ā€Šun scalpel, pince ou StieffelĀ® (lame circulaire). Lā€™ā€Šapplication dā€™ā€Šune antalgie topique permet de diminuer la douleur et d’augmenter la qualitĆ© de ce geste (cf. partie douleur).
En cas de zone nĆ©crotique Ć©tendue ou douleur importante malgrĆ© les anesthĆ©siants topiques et antalgiques, la dĆ©tersion peut sā€™ā€Šeffectuer au bloc opĆ©ratoire.

  • La larvothĆ©rapie (biochirurgie)

Lucilia sericata est lā€™ā€ŠespĆØce de mouche utilisĆ©e pour la larvothĆ©rapie. Ces larves se nourrissent exclusivement de tissus morts et de cette maniĆØre dĆ©fibrinent les ulcĆØres. Cā€™ā€Šest une mĆ©thode rapide mais temporaire. Les Ć©tudes in vitro ont montrĆ© que les sĆ©crĆ©tions de ces larves agissaient comme des facteurs de croissance sur les fibroblastes, favorisant la cicatrisation (5).

Pansements

Les pansements assurent une protection mĆ©canique et diminuent les douleurs pouvant ĆŖtre occasionnĆ©es par la mise Ć  nu du derme. Le but est dā€™ā€Šobtenir un milieu propice Ć  la cicatrisation ; apport dā€™ā€ŠhumiditĆ©, pouvoir absorbant plus ou moins important, propriĆ©tĆ©s fibrinolytiques, actions sur le biofilm etc.Le tableau 4 rĆ©sume les pansements classĆ©s en fonction de leurs propriĆ©tĆ©s (6).

La greffe cutanƩe et les substituts cutanƩs

Il existe diffĆ©rents types de greffe cutanĆ©e ; peau mince, demi-Ć©paisse, totale ou en pastille (7). Le but est de recouvrir la plaie Ć  des fins de cicatrisation et dā€™ā€Šantalgie. La zone receveuse doit ĆŖtre propice, Ć  savoir : fond propre (pas de fibrine, pas de nĆ©crose), absence dā€™ā€Šinfection ou de suintement trop important, bien vascularisĆ©e. Ce geste peut se pratiquer en ambulatoire, mais lā€™ā€Šhospitalisation est prĆ©fĆ©rable pour assurer une bonne prise de greffe dĆ©pendante notamment dā€™ā€Šun maintien du membre au repos.
Le domaine des substituts cutanƩs, issus des biothƩrapies, est actuellement en plein essor. Ils sont une alternative moderne et rapide Ơ la greffe cutanƩe.
Par exemple lā€™ā€ŠApligrafĀ® qui est composĆ© dā€™ā€Šune couche Ć©pidermique (kĆ©ratinocytes humains nĆ©onataux) et dā€™ā€Šune couche dermique (collagĆØne bovin et fibroblastes humains nĆ©onataux). Son efficacitĆ© a Ć©tĆ© dĆ©montrĆ©e supĆ©rieure aux pansements classiques si les indications sont respectĆ©es (8).
DerniĆØrement, il est possible de rĆ©aliser des greffes de membrane amniotique humaine (couche interne de placenta) ayant des propriĆ©tĆ©s cicatrisantes, anti-inflammatoires et anti-bactĆ©riennes (9).Cette pratique est courante en ophtalmologie et nā€™ā€Šest en pratique pas encore rĆ©alisĆ©e dans notre service. Les rĆ©sultats sont prometteurs selon les Ć©tudes. Il existe Ć©galement des pansements fait de placenta complet dĆ©shydratĆ© (NuShieldĀ®). Les Ć©tudes ont montrĆ© la supĆ©rioritĆ© de ce pansement par rapports aux pansements classiques (10).
Autre nouveautĆ©, la thĆ©rapie avec des cellules souches dĆ©rivĆ©es du tissu adipeux autologue. Le tissu adipeux est constituĆ© dā€™ā€Š adipocytes et des cellules vasculaires stromales. Ces derniĆØres contiennent des cellules progĆ©nitrices mĆ©senchymateuses pluripotentes et des cellules souches. Cette thĆ©rapie favorise la cicatrisation des ulcĆØres avec un retard de cicatrisation (11).

ThƩrapie hyperbare

La thĆ©rapie hyperbare est lā€™ā€Šadministration dā€™ā€ŠoxygĆØne Ć  une pression supĆ©rieure Ć  la pression atmosphĆ©rique, augmentant ainsi la pression partielle dā€™ā€ŠoxygĆØne dans le sang et les tissus. Les ulcĆØres sont ainsi mieux oxygĆ©nĆ©s. Lā€™ā€ŠoxygĆ©nation intermittente de lā€™ā€ŠulcĆØre accroĆ®t la production des facteurs de croissance ; elle a un effet microcirculatoire avec rĆ©duction des oedĆØmes et des effets anti infectieux (12). Lā€™ā€Šhyperbarie peut donc ĆŖtre envisagĆ©e comme association thĆ©rapeutique afin de potentialiser la prise en charge.
Les HUG sont les seuls hĆ“pitaux universitaires en Suisse Ć  disposer d’un centre de mĆ©decine hyperbare.

La scarification

Elle se fait Ć  lā€™ā€Šaide dā€™ā€Šun bistouri aprĆØs le nettoyage de la plaie et consiste Ć  inciser les berges de lā€™ā€ŠulcĆØre. Le but est de faire saigner la plaie afin de Ā«ā€Šrelancerā€ŠĀ» /stimuler lā€™ā€Šinflammation et dā€™ā€Šapporter ainsi des facteurs de cicatrisation. Ce geste concerne les ulcĆØres atones, i.e. sans signes dā€™ā€Šinflammation ni dynamisme (Ā«ā€ŠulcĆØre sec qui stagneā€ŠĀ»), car pour rappel, il nā€™ā€Šy a pas de cicatrisation possible sans inflammation.

Etape 5ā€Š: Gestion de la douleur

Elle est souvent nĆ©gligĆ©e bien quā€™ā€ŠimpĆ©rative. Nous avons la possibilitĆ© dā€™ā€Šutiliser des traitements anesthĆ©siants et/ou antalgiques locaux associĆ©s Ć  lā€™ā€Šantalgie classique per os et/ou MEOPA. Les traitements antalgiques topiques sont utiles pour les soins locaux, notamment la dĆ©tersion mĆ©canique. Le tableau 5 rĆ©sume les anesthĆ©siques/antalgiques locaux disponibles. Si la gestion de lā€™ā€Šantalgie reste difficile, nous faisons volontiers appel Ć  lā€™ā€ŠĆ©quipe mobile de la douleur.

Etape 6ā€Š: Gestion des facteurs favorisants et prĆ©vention

Contention Ʃlastique et drainages lymphatiques

Une alliance avec le/la physiothĆ©rapeute est primordiale. La contention Ć©lastique est essentielle dans la prise en charge des ulcĆØres veineux. La pression de compression recommandĆ©e est entre 30 et 40 mmHg. Il est dĆ©montrĆ© que le port de bas de contention non seulement favorise la cicatrisation mais diminue Ć©galement les risques de rĆ©cidive (13). En cas dā€™ā€Šinsuffisance artĆ©rielle avec un IPS < 0.5, la contention Ć©lastique est contre-indiquĆ©e. Chez les patients avec une artĆ©riopathie lĆ©gĆØre Ć  modĆ©rĆ©e (IPS entre 0.5 et 0.8), une contention est possible avec des bandes de contention moins comprimantes et un suivi clinique (2). En pratique, si le pouls pĆ©dieux est palpĆ©, la contention est prescrite. Les drainages lymphatiques ont une place Ć©galement importante. Le but est de diminuer la stase chronique, lā€™ā€ŠÅ“dĆØme et le lymphoedĆØme, rĆ©duisant ainsi la pression aux membres infĆ©rieurs (frein Ć  la cicatrisation) et le risque de surinfection loco-rĆ©gionale.

Facteurs de risque cardio-vasculaires

Une alliance avec le/la mƩdecin traitant est primordiale.
Lā€™ā€ŠĆ©tat hyperglycĆ©mique et le tabac contribuent au retard de cicatrisation, les facteurs de risque cardio-vasculaires doivent ĆŖtre pris en charge.

Etape 7ā€Š: enseignement thĆ©rapeutique du patient

Une alliance avec le/la patient(e) est primordiale. Elle ne survient quā€™ā€ŠĆ  lā€™ā€ŠĆ©tape numĆ©ro 7 pour des soucis rĆ©dactionnels, mais dĆ©trĆ“ne bien Ć©videmment toutes les Ć©tapes et est Ć  considĆ©rer en premier lieu.
Lā€™ā€ŠĆ©ducation thĆ©rapeutique permet au patient dā€™ā€ŠacquĆ©rir des connaissances et compĆ©tences nĆ©cessaires pour quā€™ā€Šil puisse vivre de faƧon optimale avec sa maladie chronique et son traitement. Il est ainsi acteur de sa prise en charge. Nos recommandations auprĆØs du patient sont nombreuses et parfois fastidieuses, lā€™ā€ŠĆ©ducation thĆ©rapeutique augmente les chances du suivi de celles-ci et est affaire de tous les soignants.
Prenons en exemple la contention, quiconque ne comprenant pas lā€™ā€ŠintĆ©rĆŖt du port de bas / bandes de contention ne peut se soumettre Ć  les enfiler (mesure souvent pĆ©nible) en pleine canicule. Une Ć©tude amĆ©ricaine faite sur 203 patients a dĆ©montrĆ© lā€™ā€Šimpact de 1 heure dā€™ā€ŠĆ©ducation thĆ©rapeutique sur la prĆ©vention dā€™ā€ŠulcĆØre et amputation chez les patients diabĆ©tiques. Dans le groupe bĆ©nĆ©ficiant de lā€™ā€ŠĆ©ducation thĆ©rapeutique, il y a eu une diminution significative de lā€™ā€Šamputation et de la survenue des ulcĆØres (14).

Dr Marem Abosaleh

Service de dermatologie et vƩnƩrƩologie
HÓpitaux Universitaires de Genève
Rue Gabrielle-Perret-Gentil 4
1205 GenĆØve

Dr Yassaman Alipour Tehrany

Service de dermatologie et vƩnƩrƩologie
HÓpitaux Universitaires de Genève
Rue Gabrielle-Perret-Gentil 4
1205 GenĆØve

Dr Laurence Toutous-Trellu

CC (ChargƩe de Cours)
Service de dermatologie et vƩnƩrƩologie
HÓpitaux Universitaires de Genève
Rue Gabrielle-Perret-Gentil 4
1205 GenĆØve

laurence.trellu@hcuge.ch

Les auteurs n’ont dĆ©clarĆ© aucun conflit d’intĆ©rĆŖts en rapport avec cet article.

  • Une prise en charge optimale fait intervenir diffĆ©rentes spĆ©cialitĆ©s devant s’organiser en rĆ©seau solide où le patient est l’acteur central.
  • Nous n’avons abordĆ© que les aspects mĆ©dicaux, mais les aspects sociaux et Ć©conomiques (pansements non remboursĆ©s Ć  la hausse etc.) sont Ć  considĆ©rer au mĆŖme titre.
  • La plaie chronique est un problĆØme de santĆ© publique, dont la prĆ©valence est en augmentation, et consiste un vrai challenge thĆ©rapeutique.

1. www.safw-romande.ch
2. Singer AJ, Tassiopoulos A, and Kirsner R. Evaluation and Management of LowerExtremity Ulcers. N Engl J Med. 2017;377:1559
3. Yerly N, Nguyen S, Major K et al. Approche ambulatoire de la dénutrition chez la personne âgée. Rev Med Suisse 2015; volume 11. 2124-2128
4. Salomon D, Vischer U, Terumalai et al. Handout Soins de plaies complexes. 2003
5. Raposio E, Bortolini S, Maistrello L et al. Larval Therapy for Chronic Cutaneous Ulcers: Historical Review and Future Perspectives. Wounds. 2017;29:367-373.
6. Toutous Trellu L. Plaies chroniques les plus frƩquentes, principes de la prise en charge. info@gƩriatrie. 2012 ;21-23.
7. Serra R, Rizzuto A, Rossi Aet al. Skin grafting for the treatment of chronic leg ulcers – a systematic review in evidence-based medicine. Int Wound J. 2017;14:149-157
8. Zaulyanov L, Kirsner RS. A review of a bi-layered living cell treatment (Apligraf) in the treatment of venous leg ulcers and diabetic foot ulcers. Clin Interv Aging. 2007;2:93-8.
9. Castellanos G, BernabƩ-Garcƭa Ɓ, Moraleda JM et al. Amniotic membrane application for the healing of chronic wounds and ulcers. Placenta. 2017 Nov;59:146-153
10. Bianchi C, Cazzell S, Vayser D et al. A multicentre randomised controlled trial evaluating the efficacy of dehydrated humanamnion/chorion membrane (EpiFixĀ® ) allograft for the treatment of venous leg ulcers. Int Wound J. 2018;15:114-122.
11. Konstantinow A, Arnold A, Djabali K,et al. Therapy of ulcus cruris of venous and mixed venous arterial origin with autologous, adult, native progenitor cells from subcutaneous adipose tissue: a prospective clinical pilot study. J Eur Acad Dermatol Venereol. 2017;31:2104-2118.
12. Thistlethwaite KR, Finlayson KJ, Cooper PD et al. The effectiveness of hyperbaric oxygen therapy for healing chronic venous leg ulcers: A randomized, double-blind, placebo-controlled trial. Wound Repair Regen. 2018 ;26:324-331
13. O’Meara S, Cullum N, Nelson EA et al. Compression for venous leg ulcers. Cochrane Database Syst Rev. 2012;14:11
14. Malone JM, Snyder M, Anderson G, et al. Prevention of amputation by diabetic education. Am J Surg. 1989;158:520-3.

La fibrose pulmonaire idiopathique

La fibrose pulmonaire idiopathique (FPI) est la plus frĆ©quente des pneumopathies interstitielles idiopathiques. Elle survient principalement Ć  un Ć¢ge avancĆ©, et son Ć©volution demeure fatale. Elle doit ĆŖtre Ć©voquĆ©e dans toutes les situations associant toux sĆØche, dyspnĆ©e et rĆ¢les crĆ©pitants. La dĆ©couverte dā€™ā€Šā€Šagents anti-fibrotiques, la pirfenidone et le nintedanib, a modifiĆ© de maniĆØre significative le pronostic de cette affection en ralentissant son Ć©volution. Ces progrĆØs thĆ©rapeutiques ainsi que la possible indication Ć  une transplantation pulmonaire requiĆØrent donc une rigueur diagnostic afin de les initier sans dĆ©lai. Une approche palliative prĆ©coce est Ć©galement essentielle Ć  la prise en charge de la FPI.

La FPI appartient au groupe des pneumopathies interstitielles, groupe hĆ©tĆ©rogĆØne de plus de 150 affections, et en reprĆ©sente le 55 % (1). Elle consiste en un remaniement de lā€™ā€ŠĆ©pithĆ©lium alvĆ©olaire entraĆ®nant une atteinte bibasale du parenchyme, associĆ©e Ć  une dilatation des bronchioles et Ć  une fibrose progressive interstitielle, qui a pour consĆ©quence une diminution de la capacitĆ© vitale forcĆ©e (CVF), une altĆ©ration des Ć©changes gazeux, et une hypoxie progressive (2).
Son incidence augmente avec lā€™ā€ŠĆ¢ge, et se manifeste le plus souvent au-delĆ  de 60 ans avec une prĆ©dominance masculine. Le tabagisme (70ā€Š% des patients sont des fumeurs), lā€™ā€Šexposition aux poussiĆØres et aux virus, ainsi que les facteurs gĆ©nĆ©tiques reprĆ©sentent de potentiels facteurs de risque (3). Elle est souvent associĆ©e Ć  des comorbiditĆ©s : hypertension pulmonaire, reflux gastro-œsophagien, BPCO, diabĆØte et coronaropathie (1).
Lā€™ā€ŠĆ©volution est difficilement prĆ©visible et varie entre une progression lente (dĆ©cĆØs survenant 3 Ć  5 ans aprĆØs le diagnostic avant lā€™ā€Šintroduction dā€™ā€Šanti-fibrotiques efficaces), ou rapide Ć  la faveur dā€™ā€Šune exacerbation aiguĆ« (2).

Diagnostic

La dĆ©marche diagnostique a fait lā€™ā€Šobjet dā€™ā€Šune mise Ć  jour publiĆ©e par lā€™ā€ŠATS/ERS/JRS/ALAT en 2018 (4). Le diagnostic doit ĆŖtre Ć©voquĆ© par la triade toux sĆØche, dyspnĆ©e, et rĆ¢les inspiratoires crĆ©pitants. La spiromĆ©trie peut ĆŖtre initialement normale et Ć©volue vers un syndrome restrictif. Il doit Ć©carter les autres causes de pneumopathies interstitielles idiopathiques. Sa confirmation se fonde sur lā€™ā€Šimagerie CT en haute rĆ©solution (image en nid dā€™ā€Šabeilles) et sur la biopsie chirurgicale. Cette derniĆØre, non dĆ©nuĆ©e de risque chez les patients Ć¢gĆ©s souffrant de comorbiditĆ©s, peut ĆŖtre omise en prĆ©sence dā€™ā€Šune imagerie suffisamment Ć©vocatrice (2). Un diagnostic prĆ©coce est un Ć©lĆ©ment dĆ©terminant du pronostic.

Traitement

Le traitement, pharmacologique et non pharmacologique, vise Ơ ralentir le dƩclin de la CVF, Ơ maintenir une oxygƩnation satisfaisante, Ơ rƩduire les symptƓmes et les exacerbations, et Ơ minimiser les effets secondaires des anti-fibrotiques (1).
Avant 2014, seuls des traitements empiriques tels que lā€™ā€Šassociation prednisone-azathioprine, inefficace et entraĆ®nant une augmentation de la morbi-mortalitĆ©, ou lā€™ā€ŠacĆ©tylcystĆ©ine, Ć©galement inefficace, Ć©taient proposĆ©s.
Lā€™ā€ŠarrivĆ©e sur le marchĆ© dā€™ā€Šanti-fibrotiques ayant fait la preuve de leur sĆ©curitĆ© et efficacitĆ© au terme dā€™ā€ŠĆ©tudes de phase 3 (5 – 6), a radicalement changĆ© le pronostic de la FPI, et entraĆ®nĆ© de nouvelles recommandations thĆ©rapeutiques. La prise en charge par les assureurs maladie de ces traitements requiert une dĆ©marche diagnostique conforme aux recommandations internationales (4).

Les anti-fibrotiques

La pirfenidone (EsbrietĀ®)

Il sā€™ā€Šagit dā€™ā€Šun anti-fibrotique oral dont le mĆ©canisme dā€™ā€Šaction est peu clair. Il inhibe la prolifĆ©ration des fibroblastes et la synthĆØse du collagĆØne en rĆ©gulant lā€™ā€ŠactivitĆ© du facteur de croissance transformant β et du TNFα.
Lā€™ā€ŠĆ©tude ASCEND (5) a montrĆ©, lorsque lā€™ā€Šon compare la pirfenidone Ć  un placebo, une diminution de 54 % du dĆ©clin de la CVF aprĆØs 1 an de traitement (122 vs 262 ml, p < 0,001) ainsi quā€™ā€Šune survie Ć  5 ans significativement amĆ©liorĆ©e (55,9 % vs 31,5 %, p < 0.02).
En pratique, la posologie est progressive : 3 x 1 gĆ©lule de 267 mg/j la premiĆØre semaine, 3 x 2 gĆ©lules/j la 2ĆØme semaine, puis 3 x 3 gĆ©lules/j ou 1 gĆ©lule de 801 mg/j dĆØs la 3ĆØme semaine.

Le nintedanib (OfevĀ®)

Bien que le mĆ©canisme dā€™ā€Šaction soit incomplĆØtement Ć©lucidĆ©, le nintedanib prĆ©sente des propriĆ©tĆ©s anti-inflammatoires et anti-fibrotiques, en interfĆ©rant avec la migration, la prolifĆ©ration, la diffĆ©renciation des fibroblastes, et la synthĆØse du collagĆØne. Cā€™ā€Šest un inhibiteur intracellulaire de plusieurs tyrosine-kinases impliquĆ©es dans le processus fibrotique.
ComparĆ© Ć  un placebo, le nintedanib rĆ©duit le dĆ©clin de la CVF de 52 % (115 vs 240 ml, p < 0,001) aprĆØs 52 semaines de traitement chez 1000 patients. Il rĆ©duit Ć©galement la frĆ©quence des exacerbations (5,3 vs 8,2 / 100 patients-annĆ©es) (6). En pratique, la posologie est de 2 x 150 mg/j, susceptible dā€™ā€ŠĆŖtre rĆ©duite Ć  2 x 100 mg/j lors dā€™ā€ŠintolĆ©rance.
Des mĆ©ta-analyses montrent que la pirfenidone et le nintedanib ont un effet similaire sur le dĆ©clin de la CVF. Ni lā€™ā€Šun ni lā€™ā€Šautre nā€™ā€Šont cependant dā€™ā€Šeffet significatif sur lā€™ā€ŠamĆ©lioration des symptĆ“mes cliniques.

Les traitements combinƩs

Lā€™ā€ŠĆ©tude INJOURNEY (7) a Ć©valuĆ© la sĆ©curitĆ© et la tolĆ©rance du nintedanib + pirfenidone vs nintedanib seul chez 105 patients sur une pĆ©riode 12 semaines. Le dĆ©clin de la CVF sā€™ā€Šest avĆ©rĆ© moindre dans le groupe combinĆ© (-13,3 ml vs -40,9 ml). NausĆ©es et vomissements ont nĆ©anmoins Ć©tĆ© observĆ©s plus frĆ©quemment dans le groupe combinĆ©. Bien que cette Ć©tude soit prometteuse, une Ć©tude de plus longue durĆ©e sur un plus grand collectif, Ć©valuant son efficacitĆ©, est nĆ©anmoins nĆ©cessaire avant de recommander un tel traitement combinĆ©.
Dā€™ā€Šautres Ć©tudes sont en cours pour dĆ©terminer lā€™ā€ŠutilitĆ© dā€™ā€Šassociations basĆ©es sur les comorbiditĆ©s, anti-fibrotiques + sildĆ©nafil dans lā€™ā€Šhypertension pulmonaire par exemple.

Les effets secondaires des anti-fibrotiques

Les effets secondaires les plus fréquents liés aux anti-fibrotiques touchent le système gastro-intestinal (2).
Sous nintedanib, les diarrhĆ©es ont Ć©tĆ© reportĆ©es chez 61,5 % des patients. La majoritĆ© ont cependant pu poursuivre leur traitement aprĆØs une rĆ©duction de la posologie associĆ©e Ć  des anti-diarrhĆ©iques. NausĆ©es, vomissements, inappĆ©tence, douleurs abdominales, perturbations des tests hĆ©patiques, perte de poids et hypertension ont Ć©galement Ć©tĆ© observĆ©s (1). Un risque hĆ©morragique augmentĆ© a encore Ć©tĆ© reportĆ© en raison de lā€™ā€Šinhibition du rĆ©cepteur du facteur de croissance de lā€™ā€ŠendothĆ©lium vasculaire (VEGF), ce qui exige une pesĆ©e du risque-bĆ©nĆ©fice chez les patients Ć  risque hĆ©morragique. De mĆŖme des cas de thromboses artĆ©rielles ont Ć©tĆ© dĆ©crits, requĆ©rant la prudence chez les patients prĆ©sentant des risques cardio-vasculaires Ć©levĆ©s.
Sous pirfenidone, lā€™ā€Šeffet secondaire le plus frĆ©quemment reportĆ© est la nausĆ©e (35,5 % des patients). Cet effet secondaire est gĆ©rĆ© par la rĆ©duction de dose, la prise du traitement avec les repas, voire son interruption. Une photosensibilisation et un rash cutanĆ© ont Ć©galement Ć©tĆ© dĆ©crits imposant aux patients de minimiser leur exposition au soleil (1).
Le nintedanib et la pirfenidone peuvent entraĆ®ner une perturbation des tests hĆ©patiques, ALAT et ASAT, gĆ©nĆ©ralement rĆ©versible aprĆØs rĆ©duction de dose ou arrĆŖt. Le nintedanib est Ć  proscrire lors dā€™ā€Šatteinte hĆ©patique prĆ©existante (Child B, C) et la posologie rĆ©duite Ć  2 x 100 mg/j pour une atteinte Child A.

Traitements non-pharmacologiques

Si les anti-fibrotiques occupent une place essentielle dans le traitement de la FPI, dā€™ā€Šautres approches font Ć©galement partie de leur prise en charge.
Cā€™ā€Šest le cas de lā€™ā€ŠoxygĆ©nothĆ©rapie qui est clairement indiquĆ©e chez les patients hypoxĆ©miques au repos (8).
De mĆŖme, la rĆ©habilitation pulmonaire doit ĆŖtre envisagĆ©e pour amĆ©liorer la tolĆ©rance Ć  lā€™ā€Šeffort et la qualitĆ© de vie des patients. Elle permet Ć©galement dā€™ā€Šapporter conseils et soutien psychologique aux patients et Ć  leurs proches (8).
La transplantation pulmonaire (uni-pulmonaire, bi-pulmonaire, cœur-poumons) reprĆ©sente une option thĆ©rapeutique pour une minoritĆ© de patients en raison des frĆ©quentes comorbiditĆ©s et de lā€™ā€ŠĆ¢ge avancĆ© des patients. Elle doit nĆ©anmoins faire lā€™ā€Šobjet dā€™ā€Šune Ć©valuation au stade prĆ©coce de la maladie, avant mĆŖme la dĆ©tĆ©rioration spiromĆ©trique, afin de maximaliser les chances dā€™ā€ŠĆ©ligibilitĆ© chez les patients de moins de 65 ans (9). En Suisse, la fibrose pulmonaire reprĆ©sente le quart des transplantations, bi-pulmonaires le plus souvent.
La progression de la maladie et la frĆ©quence des exacerbations sont par ailleurs significativement rĆ©duites par lā€™ā€ŠarrĆŖt du tabac et la vaccination (grippe et pneumocoques).

Le traitement des comorbiditƩs et des exacerbations

Les comorbiditĆ©s, hypertension pulmonaire, reflux gastro-œsophagien (RGO), BPCO, diabĆØte et coronaropathie, sont responsables de 30-40 % des dĆ©cĆØs de la FPI, et sont associĆ©es Ć  un mauvais pronostic. Leur traitement fait donc partie intĆ©grante de la prise en charge de la FPI, et permet dā€™ā€ŠamĆ©liorer lā€™ā€ŠespĆ©rance de vie de la FPI.
Ainsi lors de comorbiditĆ©s cardio-vasculaires, les inhibiteurs de la thrombine, tel que le dabigatran, seront prĆ©fĆ©rĆ©s aux coumariniques qui peuvent pĆ©jorer le pronostic de la FPI. Les statines ayant une action anti-inflammatoire ont Ć©galement un effet protecteur dans lā€™ā€ŠĆ©volution de la FPI.
Lors de RGO, malgrĆ© le faible niveau dā€™ā€ŠĆ©vidence et le risque majorĆ© dā€™ā€Šinfection, les inhibiteurs de la pompe Ć  protons sont recommandĆ©s dans la FPI.
Les exacerbations aiguĆ«s peuvent survenir nā€™ā€Šimporte quand et sont associĆ©es Ć  une mortalitĆ© de 50 %. Si les corticoĆÆdes ne font plus partie des recommandations du traitement chronique de la FPI, leur place reste avĆ©rĆ©e, souvent en association avec des antibiotiques, lors dā€™ā€Šexacerbations aiguĆ«s malgrĆ© lā€™ā€Šabsence dā€™ā€ŠĆ©tudes contrĆ“lĆ©es. Par ailleurs les autres immunosuppresseurs (tacrolimus, cyclophosphamide) sont Ć©galement une option envisagĆ©e dans certaines recommandations cliniques (8).

Perspectives futures

Afin dā€™ā€ŠamĆ©liorer le diagnostic et le traitement de la FPI, les recherches actuelles portent sur le dĆ©veloppement de bio-marqueurs. Le diagnostic pourrait bĆ©nĆ©ficier de marqueurs sanguins des lĆ©sions Ć©pithĆ©liales et de la dĆ©gradation de la matrice (mĆ©talloprotĆ©inase MMP7, chitinase-like protĆ©ine) afin dā€™ā€ŠĆ©viter des biopsies Ć  risque. De mĆŖme des marqueurs pronostiques sont Ć©tudiĆ©s, telle que la C rĆ©active protĆ©ine. Des marqueurs gĆ©nĆ©tiques sont aussi Ć©tudiĆ©s dans le cadre de la mĆ©decine prĆ©dictive. Ces marqueurs nā€™ā€Šont cependant pas encore dā€™ā€Šapplication clinique (9).
Plusieurs Ć©vidences mettant en avant le rĆ“le dā€™ā€Šune altĆ©ration du microbiome dans la progression de la maladie, lā€™ā€Šutilisation dā€™ā€Šantibiotiques, tels que le co-trimoxazole, susceptibles de rĆ©duire la charge bactĆ©rienne des voies aĆ©riennes, est en cours dā€™ā€ŠĆ©tude (9).

Soins palliatifs

Bien que la qualitĆ© de vie et lā€™ā€ŠespĆ©rance de survie soient souvent infĆ©rieures Ć  de nombreux cancers, plusieurs Ć©tudes montrent que le recours Ć  une approche palliative est souvent oubliĆ© dans la FPI (10-12). Or, lā€™ā€ŠintolĆ©rance Ć  lā€™ā€Šeffort, la dyspnĆ©e progressive, les hospitalisations, et les exacerbations pĆ©jorent la qualitĆ© de vie des patients souffrant de FPI.
Si les besoins dā€™ā€Šune approche palliative augmentent avec la progression de la maladie, il est essentiel dā€™ā€Šy recourir dĆØs la confirmation du diagnostic afin de minimiser lā€™ā€Šangoisse engendrĆ©e par lā€™ā€Šincertitude du pronostic. Un accompagnement individualisĆ© permet de prendre en compte les aspects psycho-sociaux des patients et de leurs proches, ainsi que leurs besoins, tout en leur apportant informations et soutien du diagnostic au dĆ©cĆØs. Lā€™ā€Šaccompagnement dans la rĆ©daction de directives anticipĆ©es permet de sā€™ā€Šassurer que les traitements entrepris sont conformes aux souhaits du patient et Ć©vite des traitements futiles, tels quā€™ā€Šune intubation ou la mise en place dā€™ā€Šune circulation extracorporelle non dĆ©sirĆ©es.
Des outils tels que le NECPAL (13) peuvent aider les mĆ©decins Ć  Ć©valuer de maniĆØre qualitative et quantitative les patients susceptibles de bĆ©nĆ©ficier dā€™ā€Šune approche palliative et du moment le plus appropriĆ© dā€™ā€Šintervention.
La gestion des symptĆ“mes, dyspnĆ©e, toux, fatigue, dĆ©pression et anxiĆ©tĆ©, qui ne doit pas ĆŖtre nĆ©gligĆ©e dans la prise en charge de la FPI, est rĆ©sumĆ©e dans le tableau 1 (10). La plupart des traitements symptomatiques proposĆ©s le sont cependant avec un faible niveau dā€™ā€ŠĆ©vidence.

Conclusion

On estime quā€™ā€Šen Suisse 2000 personnes souffrent de FPI, une maladie mortelle, dont la mĆ©diane de survie est de 3-5ans. De nombreux patients ne bĆ©nĆ©ficient pas dā€™ā€Šun diagnostic et dā€™ā€Šun traitement initiĆ© prĆ©cocement.
Lā€™ā€ŠĆ©volution imprĆ©visible de la FPI relĆØve dā€™ā€Šune Ć©valuation initiale interdisciplinaire et holistique dans des centres spĆ©cialisĆ©s.
Lā€™ā€Šinstauration dā€™ā€Šun traitement anti-fibrotique, un bilan prĆ©-greffe chez les moins de 65 ans, le traitement des comorbiditĆ©s, les mesures prĆ©ventives ainsi quā€™ā€Šune approche palliative prĆ©coce, reprĆ©sentent actuellement la meilleure attitude susceptible dā€™ā€ŠamĆ©liorer le pronostic et la qualitĆ© de vie des patients souffrant de fibrose pulmonaire idiopathique.

Dr GƩrard Pralong, MD, MSc

HƓpital de Lavaux, service de mƩdecine et rƩadaptation
Colombaires 31
1096 Cully

gerard.pralong@hopitaldelavaux.ch

L’auteur n’a dĆ©clarĆ© aucun conflit d’intĆ©rĆŖts en relation avec cet article.

  • Un diagnostic prĆ©cis et prĆ©coce permet lā€™ā€Šinstauration dā€™ā€Šun traitement anti-fibrotique, pirfenidone ou nintedanib, lequel a changĆ© le pronostic de la FPI en ralentissant le dĆ©clin de la CVF.
  • Lā€™ā€ŠarrĆŖt du tabac, la vaccination contre lā€™ā€Šinfluenza et le pneumocoque, la rĆ©habilitation pulmonaire, ainsi que le traitement des comorbiditĆ©s peuvent contribuer Ć  ralentir la progression de la maladie.
  • La transplantation pulmonaire doit ĆŖtre Ć©voquĆ©e chez tous les patients de moins de 65 ans.
  • Les soins palliatifs et les directives anticipĆ©es font partie de la prise en charge de la FPI.

1. Glassberg MK. Overview of idiopathic pulmonary fibrosis, evidence-based guidelines, and recent developments in the treatment landscape. Am J Manag Care 2019 ; S195-S203
2. Pleasants R and Tighe RM. Management of idiopathic pulmonary fibrosis. Annals of pharmacotherapy 2019 ; 1-11
3. Hostettler K. Fibrose pulmonaire idiopathique. Swiss medical forum 2017 ; 17(50) :1115-1123
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9. Somogyi V, Chaudhuri N, Torrisi SE, et al. The therapy of idiopathic pulmonary fibrosis : what is next ? Eur Respir Rev 2019; 28: 190021
10. Kreuter M, Bendstrup E, Russell AM, et al. Palliative care in interstitial lung disease: living well.Lancet Respi Med 2017; 5 : 968-80.
11. Faverio P, et al. Early referral to palliative care services in patients with IPF : a tool to take a step forward. BMJ Supportive & Palliative Care 2019 ; Aug 29.
12. Ferrara G, Luppi F, Birring SS, et al. Best supportive care for idiopathis pulmonary fibrosis : current gaps and future directions. Eur Respir Rev 2018 ; 27 : 170076
13. Gómez-Batiste X, Martínez-Muñoz M, Blay C, et al. Identifying patients with chronic conditions in need of palliative care in the general population : development of the NECPAL tool and preliminary prevalence rates in Catalonia. BMJ Support Palliat Care 213 ; 3 : 300-8

Le patient se plaignant de raclement de gorge chronique

Un toussotement ou raclement de gorge compulsif est un motif frĆ©quent de consultation en pneumologie, ORL et mĆ©decine gĆ©nĆ©rale, les plaintes pouvant ĆŖtre basĆ©es sur diffĆ©rents tableaux cliniques. Le symptĆ“me principal est une sensation de corps Ć©tranger dans la gorge (Ā«ā€Šā€Šun chat dans la gorgeā€ŠĀ»)
accompagnĆ©e dā€™ā€Šun raclement de gorge compulsif, parfois associĆ© Ć  une toux chronique, un enrouement ou une sensation de sĆ©cheresse dans la bouche et la gorge. Dans cet article, les causes typiques sont prĆ©sentĆ©es ainsi qu’un diagnostic diffĆ©rentiel et des propositions thĆ©rapeutiques.

Lors dā€™ā€Šun raclement de gorge ou dā€™ā€Šā€Šune toux, de lā€™ā€Šā€Šair est expulsĆ© de maniĆØre volontaire ou par reflexe Ć  travers les cordes vocales. Si, par exemple, des corps Ć©trangers pĆ©nĆØtrent dans les voies respiratoires, un effort expiratoire est dā€™ā€Šā€Šā€Šabord exercĆ© contre les cordes vocales fermĆ©es, ce qui permet dā€™ā€Šā€ŠĆ©jecter ces corps Ć©trangers aprĆØs lā€™ā€Šouverture de la glotte, ce qui correspond au raclement de gorge ou Ć  la toux. Ce mĆ©canisme peut lui-mĆŖme irriter les cordes vocales et les muqueuses et favoriser ainsi un toussotement
chronique de la gorge dans le sens dā€™ā€Šā€Šun cercle vicieux.

Motifs

Au centre de la physiopathologie se trouve une muqueuse laryngĆ©e trop sĆØche. Chaque jour, environ 1,5 l de mucus se forme physiologiquement dans les voies respiratoires supĆ©rieures et les voies dā€™ā€Šā€Šalimentation. Ce mucus forme un film fin sur la muqueuse qui, en plus de son effet protecteur, assure Ć©galement la capacitĆ© de glissement de la muqueuse pendant la dĆ©glutition. Si trop peu de mucus se forme, sa viscositĆ© augmente. Le film de mucus devient Ć©pais et adhĆØre Ć  la muqueuse, ce qui provoque la sensation de corps Ć©trangers et la contrainte dā€™ā€Šā€ŠĆ©claircir la gorge. Par ce mĆ©canisme du mucus Ć©paissi et plus ou moins incolore, peut ĆŖtre expulsĆ©. Une surproduction de mucus peut Ć©galement provoquer les symptĆ“mes, car ce mucus peut Ć©galement irriter localement en tant que Ā«ā€Šcorps Ć©trangerā€ŠĀ»ā€Š et doit ĆŖtre Ć©vacuĆ©. En plus des modifications laryngĆ©es locales, les maladies inflammatoires et non inflammatoires des organes voisins (amygdales, nez, sinus paranasaux, reflux gastro-œsophagien, diverticule de Zenker, syndrome dā€™ā€Šā€ŠapnĆ©e nocturne) doivent ĆŖtre considĆ©rĆ©es comme une possible Ć©tiologie possible. Lā€™ā€Šā€Šune des causes les plus frĆ©quentes dā€™ā€Šun raclement de gorge chronique est le Ā«ā€Šsyndrome descendantā€ŠĀ» ou Ā«ā€ŠPost-nasal Drip Syndromā€ŠĀ» (PNDS) dans lequel une sensation persistante de corps Ć©tranger se dĆ©veloppe dans la gorge en raison du mucus particuliĆØrement visqueux. Le PNDS survient souvent pendant ou aprĆØs une infection virale des voies respiratoires supĆ©rieures. Une inflammation permanente des voies respiratoires, comme dans lā€™ā€Šā€Šasthme bronchique, peut entraĆ®ner une hypersensibilitĆ© et un gonflement des muqueuses ainsi quā€™ā€Šune une surproduction de mucus qui entraĆ®ne frĆ©quemment un raclement de gorge et une toux chronique, une respiration sifflante, voire une image obstructive avec expiration prolongĆ©e et, dans les cas plus prononcĆ©s, une dyspnĆ©e et une oppression thoracique. Dā€™ā€Šautres causes possibles de raclement chronique de la gorge comprennent le reflux gastro-œsophagien ou laryngo-pharyngĆ©, dans lequel la muqueuse bronchique est irritĆ© par lā€™ā€ŠaciditĆ© gastrique refluant Ć  travers la glotte, des allergies ou des pathologies avec compression du larynx, par exemple un goitre. Un rĆ©sumĆ© des diffĆ©rentes causes est prĆ©sentĆ© dans le tableau 1. 40ā€Š% de tous les patients atteints de toux chronique ou forcĆ©e souffrent de PNDS, dā€™ā€Šune maladie de reflux ou dā€™ā€Šā€Šun asthme bronchique, ou alors dā€™ā€Šā€Šune combinaison de diffĆ©rentes pathologies, qui peuvent avoir Ć©tĆ© asymptomatiques en elles-mĆŖmes, mais qui ensemble entraĆ®nent une irritation laryngĆ©e chronique importante. Ces symptĆ“mes peuvent ĆŖtre favorisĆ©s par une atmosphĆØre trop sĆØche, une hydratation insuffisante, lā€™ā€Šingestion de substances nocives telles que la nicotine, lā€™ā€Šā€Šalcool, certains produits chimiques, la poussiĆØre, certains mĆ©dicaments et une respiration par la bouche en cas dā€™ā€Šobstruction nasale.

Diagnostic diffƩrentiel

Dans la plupart des cas, le diagnostic est principalement basĆ© sur lā€™ā€Šā€ŠanamnĆØse et lā€™ā€Šobservation dā€™ā€Šā€Šā€Šune muqueuse laryngĆ©e sĆØche et/ou surchargĆ©e en mucus. Lā€™ā€Šā€Šexamen clinique et, si nĆ©cessaire, des examens spĆ©cialisĆ©s complĆ©mentaires Ć  la recherche dā€™ā€Šun diagnostic causal ou associĆ© comme l’asthme, le PNDS ou le reflux gastro-œsophagien sont importants pour dĆ©terminer un traitement adĆ©quat. La rĆØgle No 1 est de ne pas manquer un processus malin dans la gorge. En ce sens, un statut ORL complet spĆ©cialisĆ© est recommandĆ© pour les patients Ć  risque ou avec des symptĆ“mes persistants. TrĆØs suspects Ć  cet Ć©gard sont une dysphagie ou odynophagie ainsi que des maux de gorge diffus, qui ne font gĆ©nĆ©ralement pas partie du tableau dā€™ā€Šun raclement de gorge Ā«ā€ŠbĆ©ninā€ŠĀ». En plus des mĆ©canismes organiques, un stress psychosocial peut aussi jouer un rĆ“le dans lā€™ā€ŠĆ©tiologie ou renforcer les plaintes.

ThƩrapie

Toute maladie sous-jacente doit ĆŖtre traitĆ©e de maniĆØre consĆ©quente. Des mesures de soutien comme lā€™ā€Šaugmentation de la quantitĆ© de boisson, lā€™ā€Šabstention de substances nocives ainsi que des mesures visant une meilleure hydratation des muqueuses, par exemple lā€™ā€Šadministration de pommades nasales, de sprays nasaux/pharyngiens, de sprays dā€™ā€Šeau saline ou de pastilles anesthĆ©siques locales peuvent ĆŖtre tentĆ©es. Un stress psychosocial doit ĆŖtre pris au sĆ©rieux et abordĆ©. Il faut gĆ©nĆ©ralement attendre au moins deux semaines pour observer les premiers rĆ©sultats thĆ©rapeutiques des mesures locales.

RƩsumƩ

Le raclement de gorge ou un toussotement chronique sont des symptĆ“mes frĆ©quents. Au centre de la pathophysiologie se trouve un assĆØchement de la muqueuse et du pharynx avec gĆ©nĆ©ralement une production anormale de mucus. Le symptĆ“me peut ĆŖtre causĆ© par des pathologies concernant diffĆ©rentes sous-spĆ©cialitĆ©s et nĆ©cessite par consĆ©quent une approche pluridisciplinaire. Le traitement sā€™ā€Šappuie sur lā€™ā€Šidentification dā€™ā€Šune cause et peut ĆŖtre soutenu par des mesures locales favorisant lā€™ā€Šhydratation.

Article traduit de Ā«ā€Šder informierte arztā€ŠĀ»ā€Š 11_2019

Dr. med. Nicole Mosca

LungenZentrum Hirslanden
Witellikerstrasse 40
8032 Zürich

n.mosca@lungenzentrum.ch

Prof. Dr. med. Peter M. Ott

2im Grund 21
8123 Ebmatingen

Dr. med. Jürg Barandun

LungenZentrum Hirslanden
Witellikerstrasse 40
8032 Zürich

Les auteurs nā€™ā€Šont dĆ©clarĆ© aucun conflit dā€™ā€ŠintĆ©rĆŖts en relation avec cet article.

  • Les compulsions chroniques de la gorge sont souvent dues Ć  la sĆ©cheresse des muqueuses locales. L’Ć©claircissement de la gorge elle-mĆŖme provoque d’autres irritations locales.
  • Les maladies des organes voisins sont des (co)causes frĆ©quentes de l’Ć©claircissement chronique de la gorge et devraient ĆŖtre exclues ou traitĆ©es, comme le syndrome descendant (PNDS), le reflux ou l’asthme bronchique.
  • Les maux de gorge diffus, la dysphagie ou l’odynophagie sont des signes prĆ©curseurs de la prĆ©sence dā€™ā€Šune tumeur maligne et doivent ĆŖtre clarifiĆ©s par un mĆ©decin ORL.

1. Diagnosis and management of laryngopharyngeal reflux disease; Remacle M, Lawson G; Curr Opin Otolaryngol Head Neck Surg, Vol. 14, 2006
2. Laryngitis; Wood JM, Athanasiadis T, Allen J; BMJ, Vol. 349, 2014
3. Postnasal drip and postnasal drip-related cough; Yu JL, Becker SS; Curr Opin Otolaryngol Head Neck Surg, Vol. 24, 2016
4. Praxis der Stimmtherapie: Logopädische Diagnostik, Behandlungsvorschläge und Übungsmaterialien; Bergauer, U, Janknecht, S; Springer, 2011
5. The acoustic cough monitoring and manometric profile of cough and throat clearing; Y. Xiao, D. Carson, L. Boris, J. Mabary, Z. Lin, F. NicodĆØme, M. Cuttica, P. J. Kahrilas, J. E. Pandolfino; Diseases of the Esophagus, Vol. 27, 2014
6. The larynx in cough; Sandhu GS, Kuchai R; Cough, Vol. 9, 2013
7. Utility of Allergy Testing in Patients with Chronic Laryngopharyngeal Symptoms: Is It Allergic Laryngitis? Brook CD, Platt MP, Reese S, Noordzij JP; Otolaryngol Head w

PlƩthore

Lā€™ā€Šorigine de la vie ne sā€™ā€Šexplique pas par la science, Ć©ventuellement aidĆ©e du hasard. Ā«ā€ŠLa dynamique du cosmos et son Ć©volution sont fondĆ©es sur la physique quantique (la matiĆØre est Ć  la fois onde et corpuscule) : trou noir, naissance des Ć©toiles et expansion de lā€™ā€ŠUnivers. Par contre elle nā€™ā€Ša pas encore contribuĆ© Ć  la comprĆ©hension de la conscience et de la vieā€ŠĀ» (1).

La source de la vie ne se comprend pas davantage par les Ć©crits religieux Ā«ā€Šrelatant des phĆ©nomĆØnes proches de la science-fiction, Ć  lā€™ā€Šā€Šexemple de la Bible qui dĆ©crit la rĆ©surrection de JĆ©sus ou le rĆ©veil de Lazare du monde des mortsā€ŠĀ» (2).
Certes, la crĆ©ation de la Terre et de lā€™ā€ŠHomme rapportĆ©e dans le livre de la GenĆØse ne convainc aucun esprit rationnel mais un prĆ©cepte Ā«ā€Šā€Šcroissez et multipliez, remplissez la terreā€Šā€ŠĀ» a Ć©tĆ© suivi au-delĆ  de toute espĆ©rance : environ 250 millions dā€™ā€ŠĆŖtres humains peuplent la Terre Ć  la naissance du Christ, 7,6 milliards en 2019 et probablement 10 milliards en 2050 (ONU). Leur augmentation quotidienne est estimĆ©e Ć  250 000 unitĆ©s en dĆ©pit des catastrophes naturelles, des Ć©pidĆ©mies et de nombreux foyers de guerre et des famines qui en rĆ©sultent.

Quo usque tandem ?

Un diagnostic mĆ©dical ne relĆØve dā€™ā€Šaucune appartenance politique ou religieuse. Dans le mĆŖme esprit de neutralitĆ©, certains signes autorisent Ć  poser un autre diagnostic, plus global celui-ci : notre planĆØte souffre de surpopulation.
En de nombreux endroits croissent des mĆ©gapoles, souvent bordĆ©es de bidonvilles dont les habitants luttent pour la survie. Les logements manquent, les parcs de stationnement aussi. Le transport routier, ferroviaire, aĆ©rien et maritime sā€™ā€ŠaccroĆ®t de faƧon exponentielle, nĆ©cessitant dā€™ā€Šagrandir autoroutes, gares, aĆ©roports et bateaux. Les paquebots dā€™ā€Šaujourdā€™ā€Šhui tiennent davantage dā€™ā€Šun immeuble locatif flottant (fig. 1) en comparaison de nos Ć©lĆ©gants vieux transatlantiques (fig. 2).
Des Ā«ā€ŠmĆ©gaconcertsā€ŠĀ» rassemblent une plĆ©iade de jeunes incultes que la Ā«ā€Šmusiqueā€ŠĀ» vĆ©hiculĆ©e par des acteurs agitĆ©s fait basculer dans lā€™ā€ŠhystĆ©rie collective. Ā«ā€ŠLa preuve du pire cā€™ā€Šest la fouleā€ŠĀ» (SĆ©nĆØque, entre 4 av. J.-C. et 1 aprĆØs J.-C. - 65). De gigantesques stades de tous sports rĆ©sonnent dā€™ā€Šune bruyante multitude venue encourager des joueurs aux Ć©normes revenus : panem et circenses depuis plus de 2000 ans. Aujourdā€™ā€Šhui, les jeux rapportent assurĆ©ment plus que le pain ne coĆ»te !

Le tourisme de masse pollue des endroits autrefois prĆ©servĆ©s et dā€™ā€Šinnombrables dĆ©chets non dĆ©gradables encombrent la surface terrestre et les ocĆ©ans. Dans nos contrĆ©es dites riches et pourtant fortement endettĆ©es, chaque pĆ©riode de congĆ©s ou de vacances voit des centaines de milliers de quidams, tels les saumons remontant les riviĆØres pour se reproduire, se bousculer sur terre ou dans les airs vers la destination de leurs loisirs auxquels ils ont droit, ou du moins le pensent-ils. La rĆ©flexion de Blaise Pascal (1623-1662) prend alors un caractĆØre prophĆ©tique : Ā«ā€ŠTout le malheur des hommes vient dā€™ā€Šune seule chose, qui est de ne savoir pas se tenir en repos dans une chambreā€ŠĀ» (3).
La transition dĆ©mographique (les taux de natalitĆ© et de mortalitĆ© Ć©levĆ©s dā€™ā€Šune nation deviennent progressivement faibles), dont il est attendu quā€™ā€Šelle finisse par atteindre tous les pays de la planĆØte, ne devrait toutefois pas empĆŖcher lā€™ā€Šaugmentation de la population mondiale Ć  lā€™ā€Šavenir en raison du phĆ©nomĆØne de lā€™ā€ŠhĆ©ritabilitĆ© de la fĆ©conditĆ© (4). A lā€™ā€Šappui de cette projection, lā€™ā€ŠAfrique, empreinte de polygamie, qui exporte des migrants et dont le peuplement devrait doubler dā€™ā€Šici 30 ans. Lā€™ā€ŠInde nā€™ā€Šest pas en reste et la Chine vient dā€™ā€Šautoriser 2 enfants par couple au lieu de 1 prĆ©cĆ©demment.
La limite vient, non pas de lā€™ā€ŠHomme, mais de notre globe qui Ć  la fois souffre et se rebelle contre le trop plein et le pillage dont il est lā€™ā€Šobjet. Arrive le rĆ©chauffement climatique avec ses potentielles dramatiques consĆ©quences, rĆ©alitĆ© sacrifiĆ©e par certains sur lā€™ā€Šautel de la prospĆ©ritĆ© Ć©conomique : Ā«ā€Š… il se pourrait tout Ć  fait quā€™ā€Šil soit trop tard demain et que les Ć©cosystĆØmes sā€™ā€Šeffondrent, entraĆ®nant la disparition de la plupart des ĆŖtres vivants. Lā€™ā€ŠhumanitĆ© dans son ensemble est aujourdā€™ā€Šhui confrontĆ©e Ć  lā€™ā€Šune des dĆ©cisions les plus difficiles de son histoireā€ŠĀ» (5).
Une analyse de 148 propositions de rĆ©duction de lā€™ā€Šempreinte carbone individuelle dans les pays dĆ©veloppĆ©s (UE, USA, Canada, Australie) identifie de nombreuses mesures peu efficaces mais gĆ©nĆ©ralement encouragĆ©es tandis que 4 actions Ć  fort potentiel de diminution dā€™ā€ŠĆ©mission de CO2  – rĆ©gime vĆ©gĆ©tarien, Ć©viter les voyages en avion, vivre sans voiture, avoir un enfant de moins
(en ordre dā€™ā€Šimpact croissant) – ne font que rarement lā€™ā€Šobjet de recommandations gouvernementales ou de messages Ć©ducatifs pour les adolescents. Avoir un enfant de moins diminuerait environ 20 fois plus lā€™ā€Šempreinte carbone Ć  lā€™ā€Šorigine du rĆ©chauffement climatique que vivre sans voiture (6, 7). Ā«ā€ŠLa mesure de loin la plus efficace, Ć  savoir se restreindre en matiĆØre de procrĆ©ation, celle-lĆ  est exemptĆ©e de tout appel Ć  la responsabilitĆ© individuelle, au nom dā€™ā€Šun droit illimitĆ© Ć  procrĆ©erā€ŠĀ» (8).
Entre autres dĆ©fenses de ce droit, on ne peut ignorer la position de lā€™ā€ŠEglise, opposĆ©e Ć  la contraception et Ć  lā€™ā€ŠIVG (cette derniĆØre interdite en mai 2019 par lā€™ā€ŠEtat de lā€™ā€ŠAlabama !), comme dā€™ā€Šailleurs le sont, Ć  quelques nuances prĆØs, les religions musulmane et judaĆÆque. Le pape et ses homologues dā€™ā€Šautres obĆ©diences porteraient-ils une once (apostolique !) de responsabilitĆ© dans le dĆ©rĆØglement du climat ?
VoilĆ  qui jette un certain Ć©clairage sur la PMA et, a fortiori, sur la GPA, tandis que tant dā€™ā€Šenfants abandonnĆ©s ou orphelins seraient comblĆ©s par un foyer quā€™ā€Šils ne peuvent mĆŖme pas imaginer.
Tout le rĆØgne animal est marquĆ© par lā€™ā€Šinstinct de conservation de lā€™ā€ŠespĆØce qui pousse Ć  la reproduction. Lā€™ā€ŠHomme nā€™ā€Šy Ć©chappe pas mais, par un dramatique paradoxe, plus il se reproduit et plus sont en voie de disparition de nombreuses espĆØces animales et peut-ĆŖtre, in fine, la sienne. La Nature (ou Dieu ou le hasard) a liĆ©, non sans une certaine perversitĆ©, la procrĆ©ation au plaisir. Dans son incommensurable imagination, elle eĆ»t pu dissocier lā€™ā€Šune de lā€™ā€Šautre avec comme possible consĆ©quence une natalitĆ© moindre voire une extinction de lā€™ā€ŠHumanitĆ©. Il nā€™ā€Šen fut rien. Ā«ā€ŠA la cadence supposĆ©e de deux rapports sexuels par semaine, il en a fallu 2399200000000 pour obtenir 7,5 milliards dā€™ā€ŠĆŖtres humainsā€ŠĀ» (9).
Cā€™ā€Šest un lieu commun dā€™ā€Šaffirmer que chaque vie est unique et quā€™ā€Šelle a, parmi toutes les autres, sa valeur. Est-ce une raison de mettre au monde tant et tant dā€™ā€Šindividus auxquels la banalitĆ© et la ressemblance vont servir de dĆ©nominateur commun ? Quel est le sens de cet incontrĆ“lable emballement qui forcĆ©ment fait prĆ©valoir la quantitĆ© sur la qualitĆ© ? En quoi est-il nĆ©cessaire ? La vie est un bien trop prĆ©cieux pour quā€™ā€Šon la donne sans rĆ©flexion ni retenue parce que les humains le veulent, la nature le permet et la religion lā€™ā€Šencourage.
Voici ce quā€™ā€ŠĆ©crivaient il y a 50 ans dĆ©jĆ , dans leur satirique analyse de notre civilisation, Laurence Peter (1919-1990) et Raymond Hull (1919-1985) : Ā«ā€ŠLā€™ā€Šhomme sā€™ā€Šest Ć©levĆ© dans la hiĆ©rarchie thĆ©rapeutique … jusquā€™ā€ŠĆ  la mĆ©decine et la chirurgie modernes. Il fabrique maintenant des piĆØces dĆ©tachĆ©es humaines, naturelles ou synthĆ©tiques. Ce pas en avant est une promotion qui le fait passer de guĆ©risseur Ć  crĆ©ateur. Mais, devant la menace dā€™ā€Šune explosion dĆ©mographique et dā€™ā€Šune famine gĆ©nĆ©rale, lā€™ā€Šhomme a-t-il vraiment besoin de cette promotion ? » (10).
De cette croissance populationnelle on parle moins que de la croissance économique qui obsède Etats et particuliers.
Une Ć©norme disparitĆ© frappe les habitants de notre Terre dont 1 % possĆØdent plus que les 99 % restant (11). 2018 bat le record mondial de rĆ©fugiĆ©s : 78 millions dont la moitiĆ© sont des enfants. Pendant que les armes ou la faim tuent nombre dā€™ā€Šentre eux, dā€™ā€ŠindĆ©cents milliardaires Ć©talent leur Ā«ā€Š rĆ©ussite ā€ŠĀ» matĆ©rielle. Le Ā«ā€ŠRabbitā€ŠĀ» de Jeff Koons (nĆ© en 1955), moulage en acier dā€™ā€Šun lapin gonflable, vendu pour 91,1 millions de dollars Ć  New-York le 15 mai 2019, illustre le niveau de bĆŖtise et la perte de repĆØre affectant certains milieux.
Le montant de la dette publique et privĆ©e globale est passĆ© de 115 900 milliards de dollars en 2007 Ć  184 000 milliards de
dollars en 2017 (12). La dette des pays riches est colossale et ne sera Ć  lā€™ā€ŠĆ©vidence jamais remboursĆ©e. Lā€™ā€ŠĆ©quation semble simple : plus les taux sont bas, plus la dette augmente et plus elle sā€™ā€ŠaccroĆ®t, moins les taux peuvent remonter (13). En dĆ©pit des multiples dĆ©clarations de politiques ou de prĆ©tendus experts, plus personne ne contrĆ“le la situation dont profite une minoritĆ©. Le chĆ“mage plombe la jeunesse croissante dā€™ā€ŠEtats qui, paradoxalement, font appel Ć  des
travailleurs Ʃtrangers.
Dans les pays dĆ©veloppĆ©s, le vieillissement de la population, Ć  la fois victoire et menace, inquiĆØte lā€™ā€ŠĆ©conomie : trop de retraitĆ©s Ā«ā€ŠcoĆ»teuxā€ŠĀ» par rapport aux actifs. On encourage donc la natalitĆ© et on se rĆ©jouit de lā€™ā€Šapport de forces vives venues de lā€™ā€ŠextĆ©rieur. Mais quā€™ā€Šon ne sā€™ā€Šy trompe pas : lā€™ā€Šexpansion dĆ©mographique, bien que moindre, y est rĆ©elle et les jeunes productifs dā€™ā€Šaujourdā€™ā€Šhui devenant vieux Ć  leur tour, il en faudra de nouveaux pour les assumer demain. Sauf un cataclysme imprĆ©vu mais toujours possible, il nā€™ā€Šy a aucune raison que le phĆ©nomĆØne sā€™ā€ŠarrĆŖte.
Et voilĆ  que lā€™ā€ŠHomme, mĆ» par une alchimie de savoir scientifique, de curiositĆ© et de vanitĆ©, envisage de sā€™ā€Šexporter sur dā€™ā€Šautres astres, longs voyages pourtant dĆ©risoires en regard de lā€™ā€ŠimmensitĆ© de lā€™ā€ŠUnivers.
Le philosophe franƧais Luc Ferry (nĆ© en 1951) distingue une premiĆØre mondialisation (16iĆØme – 18iĆØme siĆØcle), celle de la rĆ©volution scientifique, portĆ©e par un Ā«ā€Šgigantesque projet de civilisation », dā€™ā€Šune deuxiĆØme mondialisation (19iĆØme – 21iĆØme siĆØcle), Ā«ā€Šessentiellement compĆ©titiveā€ŠĀ». Ā«ā€ŠPour des raisons essentielles, structurelles, lā€™ā€Šhistoire nĆ©e de la deuxiĆØme mondialisation Ć©chappe presque intĆ©gralement Ć  lā€™ā€Šemprise des politiques nationales. Jamais sans doute le monde nā€™ā€Šaura Ć©tĆ© aussi opaque, aussi imprĆ©visible quā€™ā€Šaujourdā€™ā€Šhui, parce que nous ne savons ni où nous allons, ni pourquoi nous y allons Ā» (14).
En 1919, au sortir de la premiĆØre guerre mondiale, Paul ValĆ©ry (1871-1945) fait dĆ©jĆ  un diagnostic aussi saisissant que lucide : Ā«ā€ŠNous autres civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. Nous avions entendu parler de mondes disparus tout entiers, dā€™ā€Šempires coulĆ©s Ć  pic avec tous leurs hommes et tous leurs engins ; descendus au fond inexplorable des siĆØcles, avec leurs dieux et leurs lois, leurs acadĆ©mies et … leurs dictionnaires. … Et nous voyons maintenant que lā€™ā€ŠabĆ®me de lā€™ā€Šhistoire est assez grand pour tout le monde. Nous sentons quā€™ā€Šune civilisation a la mĆŖme fragilitĆ© quā€™ā€Šune vieā€ŠĀ» (15). Cā€™ā€ŠĆ©tait il y a 100 ans et la population mondiale nā€™ā€ŠĆ©tait Ā«ā€Šqueā€ŠĀ» dā€™ā€Šenviron 1,7 milliard dā€™ā€Šindividus.
Les astrophysiciens prĆ©disent, dans un avenir lointain mais de faƧon certaine, lā€™ā€Šextinction du soleil et avec lui celle de lā€™ā€ŠHumanitĆ©. Il se pourrait cependant que cette derniĆØre se soit auto-dĆ©truite avant, comme si le gĆ©nome humain contenait un gĆØne encore non identifiĆ©, celui de sa Ā«ā€Š disparition programmĆ©e ā€ŠĀ» !
Ā«ā€ŠNotre court passage sur une planĆØte banale tournant autour dā€™ā€Šune Ć©toile ordinaire ne sera quā€™ā€Šun Ć©pisode insignifiant au sein dā€™ā€Šune immense histoire ; il ne laissera guĆØre de trace. Lā€™ā€Šunivers nous ignore Ā» (16).
Mais lā€™ā€ŠUnivers ne sait pas quā€™ā€Šil existe, contrairement Ć  lā€™ā€ŠHomme, Ć  ce jour seul et pĆ©rissable tĆ©moin de son existence.

 

Pr Jean Jacques Perrenoud

Cardiologue FMH
Chemin Thury 12
1206 GenĆØve

jean-jacques.perrenoud@unige.ch

Lungenembolie korrekt ausschliessen

Die Diagnose einer Lungenembolie gilt weiterhin als hervorragende Ƥrztliche Leistung, die Anerkennung und Ehre einbringt. Der in der klinischen Routine dazu notwendige ā€žhigh level of suspicionā€œ bringt es mit sich, dass die Verdachtsdiagnose hƤufig gestellt werden muss und die Differentialdiagnose entsprechend oft verworfen werden muss.

Bei Patienten mit tiefer Vortestwahscheinlichkeit (VTW) für eine Lungenembolie (LE) und einem D-Dimer < 500 ng/ml gilt eine LE nach bisheriger Praxis als ausgeschlossen. In einer kanadischen Studie an 2017 ambulanten Patienten mit klinischem Verdacht auf LE wurde nun eine Strategie überprüft, bei welcher eine LE als ausgeschlossen angenommen wurde bei Patienten mit tiefer VTW und einem D-Dimer < 1000 ng/ml oder mittlerer VTW und D-Dimer < 500 ng/ml. Die VTW wurde mit dem Wells Score abgeschƤtzt, 0 bis 4 Punkte kategorisierten als tiefe, 4.5 bis 6 Punkte als mittlere VTW. Insgesamt wurde in dieser Population eine LE bei 7.4% diagnostiziert. Von den 1325 Patienten mit tiefer VTW und den 40 Patienten mit mittlerer VTW und negativem D-Dimer gemƤss diesen Kriterien hatte im Follow-up keiner eine LE. In dieser Gruppe konnten bildgebende AbklƤrungen um 17.6% reduziert werden, ohne dass Diagnosen verpasst worden wƤren. Umgekehrt trat bei einem Patienten mit erhƶhtem D-Dimer aber negativer CT-Pulmonalisangiographie im Verlauf eine LE auf.
Diese Studie zeigt einmal mehr, wie wichtig es in der klinischen Praxis ist, vor der Interpretation von Laborresultaten eine VTW für das Vorhandensein einer Diagnose abzuschƤtzen. GemƤss Bayes-Rule bekommt ein Laborresultat je nach VTW ein anderes Gewicht. Der 2000 zur AbschƤtzung von tiefen Venenthrombosen (VTV) publizierte Wells Score enthƤlt die Kriterien: Klinische Symptome der TVT (3.0), keine alternative Diagnose (3.0), Herzfrequenz > 100  (1.5), Ruhigstellung oder Operation in den letzten vier Wochen (1.5), frühere TVT/PE (1.5), HƤmoptyse (1.0) und MalignitƤt (1.0).
Eine tiefe VTW und ein D-Dimer < 1000 ng/ml und eine mittlere VTW und ein D-Dimer < 500 ng/ml schliessen eine LE mit über 99,5%-iger Wahrscheinlichkeit aus.

Dr. med. Hans-Kaspar Schulthess

Facharzt FMF Innere Medizin und Gastroenterologie
Neuhausstrasse 18
8044 Zürich

Schulthess_hk@swissonline.ch