AbcĆØs et fistules anales

Les abcĆØs et les fistules ano-rectales entrent dans le groupe des pathologies proctologiques frĆ©quemment rencontrĆ©es. Leur incidence est de 2 cas sur 10 000 habitants. Elles doivent ĆŖtre connues du praticien qui est en mesure d’en faire le diagnostic et d’initier la prise en charge sans dĆ©lais. Cet article aborde le traitement des abcĆØs anaux et des fistules ano-rectales.

Pour la petite histoire

Le roi-soleil Louis XIV souffrait de crises rĆ©cidivantes de maladie fistuleuse ano-rectale. Les mĆ©decins du Roy, Ć  leur tĆŖte Antoine Daquin, impuissants Ć  le traiter firent appel au barbier Charles FranƧois FĆ©lix. Ils Ć©tudiĆØrent et planifiĆØrent une section directe de la fistule Ć  lā€™ā€Šā€Šaide dā€™ā€Šun fistulotome inspirĆ© de mĆ©thodes italiennes. AprĆØs une pĆ©riode dā€™ā€Šessais Ā«ā€ŠcliniquesĀ» auprĆØs de condamnĆ©s de la Bastille et de volontaires, lā€™ā€Šintervention de la fistule royale eut lieu le 18 novembre 1696 et le roi soleil fut dĆ©barrassĆ© dĆ©finitivement de sa maladie fistuleuse. En guise de rĆ©compense, outre de riches prĆ©sents octroyĆ©s par Louis XIV, Louis XV son petit fils crĆ©a Ā«ā€Šla royale acadĆ©mie chirurgicaleĀ» et donna ainsi ses lettres de noblesse Ć  la confrĆ©rie des barbiers, tant dĆ©criĆ©s par les MĆ©decins du Roy. Pour rendre grĆ¢ce Ć  cette guĆ©rison Lulli composa un hymne Ā«ā€ŠGrand Dieu sauve le Royā€ŠĀ» qui fut repris 28 ans plus tard par Haendel et devint le God save the King (Queen) hymne national Anglais actuel.

La frĆ©quence des abcĆØs anaux et des fistules est Ć©levĆ©e. Ils surviennent de prĆ©fĆ©rence chez lā€™ā€Šhomme jeune. Ces pathologies trouvent leur origine au niveau des glandes anales situĆ©es dans lā€™ā€Šespace inter-sphinctĆ©rien. Leur classification dĆ©pend de leur localisation par rapport aux sphincters de lā€™ā€Šanus. Lā€™ā€Šhistoire de la maladie et lā€™ā€Šexamen clinique du patient suffisent en gĆ©nĆ©ral Ć  poser le diagnostic et Ć©laborer le traitement chirurgical. Des investigations complĆ©mentaires (endoscopie, endosonographie, rĆ©sonance magnĆ©tique) sont utiles en cas dā€™ā€ŠabcĆØs ou de fistules complexes. Le but de la chirurgie lors dā€™ā€ŠabcĆØs est de drainer lā€™ā€Šinfection tout en prĆ©servant lā€™ā€ŠintĆ©gritĆ© anatomique des sphincters. Le risque de rĆ©cidive de lā€™ā€ŠabcĆØs ou son Ć©volution vers une fistule est limitĆ©. Il peut rĆ©sulter dā€™ā€Šun drainage insuffisant. Le traitement de la fistule dans le mĆŖme temps du drainage de lā€™ā€ŠabcĆØs est rĆ©servĆ© aux fistules superficielles qui nā€™ā€ŠinterfĆ©rent pas avec le sphincter. Il doit ĆŖtre rĆ©alisĆ© par un chirurgien expĆ©rimentĆ©. Tous les autres types de fistules doivent ĆŖtre traitĆ©s en un second temps. Le traitement de la fistule est chirurgical il peut ĆŖtre rĆ©alisĆ©, en fonction du type de la fistule par les techniques suivantes :

  • Drainage par fil de sĆ©ton, fistulotomie, fistulectomie
  • Plastie et reconstruction du sphincter (sphinctĆ©roplastie, lambeau muqueux, LIFT), techniques endo luminales (VAAFT)
  • Techniques dā€™ā€Šocclusion (fibrine, plug, clip, laser…).
    Seules les fistules dont le trajet est distal peuvent ĆŖtre traitĆ©es par fistulotomie ou fistulectomie. Toutes les fistules hautes doivent bĆ©nĆ©ficier dā€™ā€Šune technique protĆ©geant le sphincter et par la mĆŖme la continence du patient. Les rĆ©sultats des diffĆ©rentes techniques de reconstruction et de plastie du sphincter sont superposables. Les techniques dā€™ā€Šocclusions sont grevĆ©es dā€™ā€Šun taux de rĆ©cidive plus Ć©levĆ©. Notre propos sā€™ā€Šattachera Ć  donner les clĆ©s du diagnostic et du traitement des abcĆØs et des fistules basĆ© sur notre expĆ©rience et la revue de la littĆ©rature.

Les abcĆØs ano-rectaux et les fistules anales sont parmi les pathologies les plus frĆ©quemment rencontrĆ©es en pratique proctologique. Leur incidence est de 2 cas par 10 000 habitants. Elles doivent ĆŖtre connues du praticien qui est parfaitement Ć  mĆŖme dā€™ā€Šen initier le traitement (1).
Lā€™ā€ŠabcĆØs ano-rectal et la fistule anale sont deux entitĆ©s mentionnĆ©es souvent sĆ©parĆ©ment. Elles reprĆ©sentent en fait les phases successives dā€™ā€Šune mĆŖme pathologie, la maladie fistuleuse ano-rectale (2).

Etiologie

La majoritĆ© des abcĆØs et des fistules anales (90  %) sont dā€™ā€Šorigine crypto-glandulaire. La maladie dĆ©bute dans une des glandes lubrificatrices dā€™ā€ŠHermann et DesfossĆ©s situĆ©es dans lā€™ā€Šespace inter-sphinctĆ©rien de lā€™ā€Šappareil sphinctĆ©rien, suite Ć  la diminution ou lā€™ā€Šabolition du drainage glandulaire (Fig. 1) (3).
Lā€™ā€Šinfection glandulaire Ć©volue rapidement en abcĆØs Ć  germes intestinaux et se draine dans les espaces pĆ©rianaux et pĆ©rinĆ©aux de moindre rĆ©sistance. Comme lā€™ā€Šhomme a plus de glandes lubrificatrices que la femme la maladie fistulaire est plus frĆ©quente chez lā€™ā€Šhomme entre 30 et 50 ans dans un ratio 2/3 – 1/3 (1, 4).
Certains facteurs favorisants la venue de ces abcĆØs ont Ć©tĆ© dĆ©crits comme le diabĆØte, lā€™ā€ŠobĆ©sitĆ©, lā€™ā€Šalcoolisme et le tabagisme (5, 6). De mĆŖme la station assise prolongĆ©e, le sĆ©dentarisme, les poussĆ©es lors de la dĆ©fĆ©cation et le stress psychosocial sont considĆ©rĆ©s comme facteur de risques par certains auteurs (7, 8).
Cette phase aiguĆ« de la maladie fistuleuse crypto-glandulaire doit ĆŖtre diffĆ©renciĆ©e dā€™ā€Šun abcĆØs compliquant une maladie sous-jacente. Parmi ces abcĆ©dations dites secondaires, il faut mentionner les abcĆØs liĆ©s Ć  une fissure, Ć  une hidrosadĆ©nite suppurĆ©e (maladie des glandes apocrines), Ć  lā€™ā€Šinfection dā€™ā€Šune glande sĆ©bacĆ©e, Ć  un sinus pilonidal proche de lā€™ā€Šanus ou Ć  une infection sexuellement transmise ano-rectale. En prĆ©sence de rĆ©cidive ou de trajets fistuleux multiples, la question dā€™ā€Šune maladie de Crohn sous-jacente doit ĆŖtre posĆ©e et la maladie inflammatoire recherchĆ©e. Finalement, les abcĆØs compliquent frĆ©quemment les plaies traumatiques ano-rectales (lĆ©sion sur corps Ć©tranger, plaie pĆ©nĆ©trante, lĆ©sion iatrogĆØne chirurgicale, obstĆ©tricale ou endoscopique) et peuvent ĆŖtre difficiles Ć  relier Ć  leur cause, en particulier si celles-ci sont ignorĆ©es ou occultĆ©es volontairement par le patient Ć  son mĆ©decin (Tab. 1).

Voies de dissƩmination

Lā€™ā€Šextension et les voies de drainage spontanĆ© des abcĆØs de la rĆ©gion ano-rectale sont rĆ©gies par les lois des pressions. Aux structures fermes sā€™ā€Šopposent des zones de moindre rĆ©sistance, crĆ©ant ainsi des voies de facilitation de la dissĆ©mination de lā€™ā€Šinfection. Pour mieux le comprendre, lā€™ā€Šimage dā€™ā€Šun labyrinthe peut ĆŖtre empruntĆ©e. Les cloisons sont le muscle sphincter interne, le muscle sphincter externe, le raphĆ© ano-coccygien et le muscle releveur de lā€™ā€Šanus.
Lā€™ā€ŠabcĆØs situĆ© Ć  lā€™ā€Šorigine dans lā€™ā€Šespace inter-sphinctĆ©rien est guidĆ© par les structures Ć  haute rĆ©sistance et peut diffuser soit distalement dans la rĆ©gion para-anale, soit proximalement dans lā€™ā€Šespace pelvi-rectal, au-dessus des muscles Ć©lĆ©vateurs de lā€™ā€Šanus, soit Ć  travers le muscle sphinctĆ©rien externe en direction de la fosse ischio-rectale ou plus superficiellement vers le pĆ©rinĆ©e (Fig. 2.)
Lā€™ā€ŠabcĆØs tout dā€™ā€Šabord inter-sphinctĆ©rien Ć©volue ainsi respectivement en abcĆØs para-anal, pelvi-rectal, ischio-rectal ou pĆ©rinĆ©al (Fig. 3).
Lā€™ā€ŠabcĆØs en fer Ć  cheval se dĆ©veloppe postĆ©rieurement au-dessus du raphĆ© ano-coccygien. Il diffuse bilatĆ©ralement en direction des deux fosses ischio-rectales (9). Les abcĆØs para-anaux et pĆ©rinĆ©aux reprĆ©sentent environ 50 % des cas, les abcĆØs ischio-rectaux 25 %.

Tableau clinique des abcĆØs ano-rectaux

Les symptĆ“mes cardinaux classiques des abcĆØs ano-rectaux sont les mĆŖmes que ceux de toute pathologie infectieuse abcĆ©dĆ©e. Ils associent douleur, rougeur, tumĆ©faction et chaleur. Les douleurs sont intenses et pulsatiles, stimulĆ©es par la position assise, la marche ou la dĆ©fĆ©cation. Lorsque la collection est pĆ©rinĆ©ale ou pĆ©ri-anale, une induration palpable de la fesse apparaĆ®t. Un certain degrĆ© de cellulite dā€™ā€Šaccompagnement peut exister. La prise en charge de ces abcĆØs est une urgence chirurgicale.
La fiĆØvre, parfois associĆ©e Ć  des frissons est souvent retrouvĆ©e et ceci dā€™ā€Šautant plus que la lĆ©sion est haut situĆ©e et donc de diagnostic plus difficile. Lā€™ā€Šexamen clinique et lā€™ā€Šanuscopie ne permettent dā€™ā€Šidentifier lā€™ā€Šorifice interne primaire que dans 30 Ć  40 % des cas (2).
Lā€™ā€ŠabcĆØs inter-sphinctĆ©rien reste un dĆ©fi diagnostique du fait de lā€™ā€Šabsence de signes cliniques extĆ©rieurs associĆ© Ć  des douleurs aiguĆ«s rendant tout examen anuscopique impossible. Celui-ci peut ĆŖtre rĆ©alisĆ© sous anesthĆ©sie gĆ©nĆ©rale et laissera palper une petite voussure de la taille dā€™ā€Šun grain de riz dans lā€™ā€Šespace inter-sphinctĆ©rien. Lā€™ā€ŠĆ©chographie endoanale est une aide diagnostique apprĆ©ciable dans ces situations, elle permet Ć©galement de diriger lā€™ā€Šincision de drainage (Fig. 4) (10).
Si lā€™ā€ŠabcĆ©dation nā€™ā€Šest pas prise en charge rapidement, le tableau clinique peut se compliquer et Ć©voluer vers un sepsis sĆ©vĆØre, dont il faut se rappeler lā€™ā€Šimportante mortalitĆ© chez les patients fragiles (11). Une cellulo-fascĆ©ite anaĆ©robie du pĆ©rinĆ©e ou des bourses, nommĆ©e alors gangrĆØne de Fournier (12, 13) reprĆ©sente un autre mode de complication septique gravissime, qui nĆ©cessitera un dĆ©bridement agressif en extrĆŖme urgence avec parfois nĆ©cessitĆ© Ć  confectionner une colostomie de dĆ©charge temporaire (14). Le spectre de telles complications nous rappelle la nĆ©cessitĆ© de traiter adĆ©quatement et dans lā€™ā€Šurgence non diffĆ©rĆ©e tout abcĆØs de la rĆ©gion ano-rectale.

Traitement de la maladie fistuleuse abcƩdƩe

Les abcĆØs de la rĆ©gion pĆ©rinĆ©ale et ano-rectale Ć©voluent lentement et difficilement vers un drainage spontanĆ© Ć  lā€™ā€Šissue dā€™ā€Šun trajet plus ou moins complexe. En rĆØgle gĆ©nĆ©rale, ils ne peuvent pas se rĆ©soudre dā€™ā€Šeux-mĆŖmes spontanĆ©ment. La base du traitement est le drainage chirurgical dirigĆ© de la cavitĆ© abcĆ©dĆ©e. La recherche du trajet fistuleux dā€™ā€Šamont ne doit se faire que dans la deuxiĆØme phase lors du traitement de la fistule ano-rectale.
Une antibiothĆ©rapie seule est insuffisante Ć  la guĆ©rison de lā€™ā€ŠabcĆØs, toujours prĆ©sent dans la maladie fistulaire. Elle tend Ć  chroniciser lā€™ā€Šinfection et de ce fait Ć  rendre plus complexe le drainage chirurgical (15).

Principe du drainage de lā€™ā€ŠabcĆØs

Lā€™ā€Šincision est menĆ©e assez largement pour assurer un bon drainage et Ć©viter une rĆ©tention du pus dans la poche abcĆ©dĆ©e (principe du sablier). Ceci aboutirait Ć  un retard de la guĆ©rison, une fermeture prĆ©coce de la plaie opĆ©ratoire, une persistance de lā€™ā€ŠabcĆØs. Elle est radiaire dans tous les cas. La recherche de tractus fistuleux et de lā€™ā€Šorifice primaire doit ĆŖtre Ć©vitĆ©e Ć  la phase aiguĆ« en raison du risque de fausses routes, dues Ć  la dĆ©liquescence des tissus. MĆŖme lā€™ā€Šeffondrement des cloisons et le curetage ne sont pas recommandĆ©s. Un lavage au sĆ©rum physiologique Ć  la seringue est amplement suffisant. Une mĆØche Ć  but hĆ©mostatique sera mise en place pour les premiĆØres 12 Ć  24 heures. Le traitement des abcĆØs ano-rectaux a la particularitĆ© de pouvoir ĆŖtre pratiquĆ© en anesthĆ©sie locale, sans couverture antibiotique et sans mise en culture du pus.
Nous avons lā€™ā€Šhabitude dā€™ā€Šinciser les abcĆØs para-anaux et pĆ©rinĆ©aux, qui sont les plus frĆ©quents, en anesthĆ©sie locale et selon un mode ambulatoire. Une infiltration douce du derme qui contient les terminaisons nerveuses, par un anesthĆ©sique local tamponnĆ© par du bicarbonate (lidocaĆÆne 0.5 % 10ml plus NaBic 0.8 mmol 1ml) en regard de lā€™ā€ŠabcĆØs et une incision radiaire sans pression assurent une antalgie suffisante (Fig. 5).
Lā€™ā€Šincision dā€™ā€Šun abcĆØs intersphinctĆ©rien sera menĆ©e avec prudence et avec le plus grand respect des sphincters. Les abcĆØs sus-lĆ©vatoriens, ischio-rectaux haut placĆ©s et les abcĆØs en fer Ć  cheval requiĆØrent une anesthĆ©sie gĆ©nĆ©rale ou pĆ©ridurale.
Lā€™ā€Šutilisation systĆ©matique dā€™ā€Šan-tibiotiques nā€™ā€Šest pas recommandĆ©e, puisquā€™ā€Šil ne sā€™ā€Šagit pas dā€™ā€Šun traitement causal, celui-ci reposant sur le vieil adage Ā«ā€Šubi pus ibi evacuaĀ». Lā€™ā€Šintroduction dā€™ā€Šun traitement antibactĆ©rien doit ĆŖtre discutĆ©e cependant, dans les contextes de patients fragilisĆ©s, immuno supprimĆ©s ou porteurs de valve cardiaque. Les germes habituellement retrouvĆ©s en culture sont des souches intestinales classiques. La mise en culture du pus nā€™ā€Šest donc pas utile de routine, elle sera impĆ©rative et dirigĆ©e lors de suspicion dā€™ā€Šinfections sexuellement transmissible.

Les soins locaux

Ils doivent ĆŖtre facilitĆ©s. La mĆØche est retirĆ©e par le malade lui-mĆŖme le lendemain de lā€™ā€Šintervention et un rinƧage de la plaie opĆ©ratoire par douche anale pluriquotidienne est prescrit. Des antalgiques Ć  base de paracĆ©tamol et dā€™ā€Šanti-inflammatoires Ć  dose dĆ©gressive sont prescrits. La plaie est contrĆ“lĆ©e Ć  24-48 heures puis de maniĆØre hebdomadaire.

Le bilan intermƩdiaire

4 Ć  6 semaines aprĆØs lā€™ā€Šincision et aprĆØs guĆ©rison de la maladie abcĆ©dĆ©e, Ć  distance de la phase aiguĆ« sensible, il est important de faire un bilan de la maladie fistuleuse rĆ©siduelle. Dans 25 % des cas environ, on constate la fermeture de lā€™ā€Šorifice secondaire, la disparition de la fistule et lā€™ā€Šabsence dā€™ā€Šorifice primaire rĆ©siduel (16, 17). Dans les autres cas, lā€™ā€Šexamen anal et rectal soigneux retrouvent lā€™ā€Šorifice glandulaire primaire, sous la forme dā€™ā€Šune caroncule palpable, de la taille dā€™ā€Šun grain de riz. Lā€™ā€Šanuscopie en permettra souvent le repĆ©rage visuel. Il est important dā€™ā€Šexclure Ć  ce stade toute autre pathologie du canal anal, en particulier un cancer ano-rectal abcĆ©dĆ©.

Tableau clinique des fistules ano-rectales constituƩes

Les plaintes principales du patient porteur dā€™ā€Šune fistule anale constituĆ©e sont des Ć©coulements para-anaux ou mal localisĆ©s du siĆØge, salissant rĆ©guliĆØrement les sous-vĆŖtements. Un prurit dā€™ā€Širritation pĆ©ri-anal est parfois associĆ©. Les Ć©coulements sont classiquement intermittents. Ils sont rythmĆ©s par la sĆ©quence : occlusion du tractus fistulaire – micro-abcĆ©dation douloureuse – libĆ©ration purulente Ć  lā€™ā€Šorifice secondaire – Ć©coulements et disparition des douleurs. Les problĆØmes dā€™ā€ŠhygiĆØne peuvent devenir handicapants, en particulier lorsque les orifices secondaires se multiplient au cours dā€™ā€Šune maladie fistulaire non traitĆ©e ou dā€™ā€Šune maladie de Crohn.
En cas de trajet fistuleux persistant, et Ć  la seule inspection, la rĆØgle de Goodsall garde toute sa valeur dans la prĆ©diction de la localisation de lā€™ā€Šorifice primaire situĆ© Ć  la ligne pectinĆ©e en fonction de lā€™ā€Šendroit de drainage cutanĆ© secondaire. Les tractus fistuleux drainĆ©s antĆ©rieurement sont plutĆ“t linĆ©aires, tandis que les trajets postĆ©rieurs sont curvilignes. Un trajet antĆ©rieur Ć  plus de 3 cm de la marge anale peut trouver son origine dans la portion postĆ©rieure du canal anal (Fig. 6).
La palpation retrouve souvent un cordon fistuleux entre pouce et index. Lā€™ā€Šanuscopie recherche lā€™ā€Šorifice primaire sous forme dā€™ā€Šune ombilication muqueuse ou de la prĆ©sence de tissu de granulation.
Toute fistule constituĆ©e fera lā€™ā€Šobjet dā€™ā€Šune tentative de mise en place dā€™ā€Šun drainage de sĆ©ton constituĆ© dā€™ā€Šun double monofilament de 4.0 ou 5.0.
Une aiguille boutonnĆ©e sera conduite dans le canal anal depuis lā€™ā€Šorifice secondaire avec prĆ©caution et sans pression afin dā€™ā€ŠĆ©viter toute fausse route.
Nous utilisons de lā€™ā€Šair pulsĆ© Ć  la seringue pour ouvrir le trajet et en repĆ©rer la permĆ©abilitĆ© sous forme de bulles apparaissant Ć  lā€™ā€Šorifice primaire. Les fils de sĆ©ton lĆ¢ches permettent un drainage prolongĆ© et renforcent ainsi la fibrose pĆ©ri-fistulaire. Ils peuvent ĆŖtre laissĆ©s en place de maniĆØre prolongĆ©e de plusieurs mois Ć  plusieurs annĆ©es, comme dans le cas particulier de la maladie de Crohn (Fig. 7).
Le repĆ©rage ultra-sonographique des trajets fistuleux aidĆ© de lā€™ā€Šexamen 3D, peut ĆŖtre utile dans le cas particulier des fistules complexes ou rĆ©cidivantes (18, 19). Il peut Ć©ventuellement ĆŖtre associĆ© Ć  une IRM du petit bassin, Ć  la recherche dā€™ā€Šune lĆ©sion pelvienne.
Dans des mains expertes, ces 2 examens ont une prĆ©cision diagnostique comparable (20). Notre prĆ©fĆ©rence va Ć  lā€™ā€ŠĆ©chographie endoanale 3D que nous considĆ©rons comme partie intĆ©grante de lā€™ā€Šexamen dā€™ā€Šune fistule avec pour avantage une rĆ©ponse pendant la consultation et un coĆ»t infĆ©rieur.
Lā€™ā€Šexamen clinique aidĆ© de lā€™ā€Šendosonographie 3D ou de lā€™ā€ŠIRM permet de classifier les fistules. La classification la plus utile et la plus utilisĆ©e est celle de Parks (21) (Fig. 8).
Elle permet dā€™ā€Šassocier le type de fistule Ć  un choix de traitement chirurgical en fonction de la quantitĆ© de sphincter inclus dans le trajet. Pour lā€™ā€ŠĆ©cole genevoise, les trajets distaux peuvent ĆŖtre traitĆ©s par lā€™ā€Šablation de la fistule avec section du sphincter. Les trajets hauts doivent ĆŖtre traitĆ©s par des techniques respectant le sphincter. Les fistules inter-sphinctĆ©riennes et trans-sphinctĆ©riennes distales re-
prĆ©sentent entre 50 et 60  % des cas et les fistules trans-sphinc-tĆ©riennes hautes 25 %.

Traitement des fistules ano-rectales

Le but du traitement de la fistule ano-rectale est lā€™ā€Šexcision du tractus fistuleux fibreux qui emporte la glande responsable de la fistule, des tractus fistuleux accessoires, la suppression de lā€™ā€Šorifice primaire, la prĆ©servation de la fonction anale par protection du capital sensitif et musculaire.
On peut considƩrer trois groupes de traitement chirurgicaux
Les chirurgies avec section du sphincter
SƩton tracteur, sƩton chimique, Fistulotomie, Fistulectomie
Les chirurgies avec respect des sphincters avec ablation du trajet fistuleux
Fistulectomie et reconstruction du sphincter, Lambeau dā€™ā€Šavancement, LIFT technique
Nouvelles mƩthodes par occlusion du trajet fistuleux
Laser, VAAFT, OTSC clip, Colle de fibrine, Injection de collagĆØne, Injection de cellules germinale autologues, plug.

Les rĆ©cidives restent cependant nombreuses malgrĆ© le dĆ©veloppement rĆ©cent de nouvelles techniques chirurgicales. Les traitements les plus pratiquĆ©s dans notre clinique sont la fistulotomie, la fistulectomie, le lambeau dā€™ā€Šavancement et lā€™ā€Šencollage fistulaire en fonction du type de fistule rencontrĆ©.

Les traitements classiques

SƩton tracteur ou chimique

Cette technique dĆ©jĆ  connue de lā€™ā€ŠantiquitĆ© et rapportĆ©e par Hippocrate (22) a pour but la section progressive du sphincter compris entre la fistule et la peau. Cette section est due soit Ć  la pression du fil soit Ć  une destruction chimique par les composants phytothĆ©rapiques du sĆ©ton (Kshara Sutra).
Si on observe une guĆ©rison de la fistule dans 80 Ć  100 % des cas, le taux dā€™ā€Šincontinence anale rapportĆ©e varie de 0 Ć  92 % ce qui est largement inacceptable (23, 24). Pour cette raison Ć©vidente le traitement de fistule par section progressive est abandonnĆ©e dans notre service.

Fistulotomie

La fistulotomie consiste en la mise Ć  plat et au curetage du Ā«ā€Štunnel fistuleuxĀ». Cette technique est rĆ©servĆ©e aux trajets muco-cutanĆ©s ou trĆØs distaux qui ne touchent pas les fibres musculaires sphinctĆ©riennes. Dans ce cas, la guĆ©rison est obtenue dans pratiquement 84 % des cas avec un taux de continence et une qualitĆ© de vie comparables Ć  celui de la population gĆ©nĆ©rale (25).

Fistulectomie avec ou sans reconstruction du sphincter

Par fistulectomie, on entend lā€™ā€Šexcision complĆØte de lā€™ā€Šensemble du trajet fistuleux et de son orifice primaire. Le revĆŖtement cutanĆ© qui couvre la fistule est excisĆ© avec le cordon fistuleux et la guĆ©rison se fait per secundam. Le muscle sphincter est sectionnĆ© Ć  minima et peut ĆŖtre reconstruit par suture directe en cas de nĆ©cessitĆ© (26). Cette technique sā€™ā€Šapplique aux fistules les plus distales, et de prĆ©fĆ©rence postĆ©rieures. Cā€™ā€Šest Ć  dire les fistules pĆ©rinĆ©ales, inter-sphinctĆ©riennes ou trans-sphinctĆ©riennes distales. Cette intervention peut ĆŖtre pratiquĆ©e en anesthĆ©sie locale parfois sur un mode ambulatoire. Dans notre expĆ©rience de 983 cas consĆ©cutifs revus de 2010 Ć  2018, 5.2 % des patients ont rĆ©cidivĆ© et aucun cas dā€™ā€Šincontinence majeure nā€™ā€Šest Ć  signaler. Notre expĆ©rience est superposable aux rĆ©sultats de la littĆ©rature qui dĆ©montrent un succĆØs dans 93 % des cas avec 12 % de troubles de la continence mineurs aux gaz occasionnellement (27).

Lambeau dā€™ā€Šabaissement rectal (LAR)

Le traitement des fistules ano-rectales hautes ou antĆ©rieures chez la femme reprĆ©sente un risque pour les structures sphinctĆ©riennes et par voie de consĆ©quence peut ĆŖtre grevĆ© dā€™ā€Šun taux non nĆ©gligeable dā€™ā€Šincontinence anale postopĆ©ratoire.
La technique du lambeau dā€™ā€Šabaissement muqueux est une approche chirurgicale Ć©lĆ©gante pour les cures de fistules hautes situĆ©es dans le canal anal. Elle permet de prĆ©server un maximum de tissu de lā€™ā€Šappareil sphinctĆ©rien. Elle sā€™ā€Šadresse donc aux fistules trans sphinctĆ©riennes hautes et aux fistules supra ou extra-sphinctĆ©riennes.
Lā€™ā€Šexcision des fistules nā€™ā€Šest possible quā€™ā€Šen terrain calme, en prĆ©sence de tractus devenus fibreux et si possible drainĆ©s par un fil de sĆ©ton. Lā€™ā€Šabaissement muqueux nĆ©cessite Ć©galement un tissu parfaitement sain. AprĆØs libĆ©ration dā€™ā€Šun lambeau de muqueuse, cette derniĆØre est suturĆ©e sans tension et sans risque dā€™ā€ŠischĆ©mie. Une inflammation aiguĆ«, un terrain post-radique, une maladie de Crohn ou nĆ©oplasique, ainsi que des forces de tension sur la ligne de suture sont vouĆ©s Ć  lā€™ā€ŠĆ©chec de la technique.
Cette intervention est menĆ©e sous antibioprophylaxie sans prĆ©paration intestinale, ni rasage prĆ©opĆ©ratoire. Une stomie dā€™ā€Šamont nā€™ā€Šest jamais rĆ©alisĆ©e.
Le premier temps opĆ©ratoire consiste en lā€™ā€Šexcision complĆØte du trajet fistuleux qui est menĆ©e progressivement Ć  partir de lā€™ā€Šorifice secondaire par une dissection au contact du tractus fibreux jusquā€™ā€ŠĆ  lā€™ā€Šorifice interne. Cette dissection rĆ©alise alors un Ā«ā€ŠcarottageĀ» trans sphinctĆ©rien qui vise Ć  nā€™ā€Šemporter idĆ©alement que le tractus fibreux en respectant le tissu musculaire. Une collerette de muqueuse anale autour de lā€™ā€Šorifice primaire est Ć©galement excisĆ©e. Le deuxiĆØme temps rĆ©alise la fermeture musculaire, par des points sĆ©parĆ©s dā€™ā€Šun mono filament rĆ©sorbable. La mobilisation du lambeau proximal muqueux reprĆ©sente le dernier temps opĆ©ratoire. Celui-ci est abaissĆ© ensuite au-delĆ  de la suture musculaire, telle une persienne protĆ©geant une fenĆŖtre sans chevauchement direct des zones suturĆ©es (Fig. 9).
La plaie de lā€™ā€Šorifice secondaire est laissĆ©e ouverte afin dā€™ā€Šen assurer le drainage et recouverte dā€™ā€Šune mĆØche grasse pour 24 Ć  48 heures (28).
En phase postopĆ©ratoire, on doit Ć©viter toute constipation, ou diarrhĆ©e dĆ©lĆ©tĆØre pour le lambeau abaissĆ©. Les douches pluriquotidiennes, six fois minimum de la plaie cutanĆ©e secondaire sont de rigueur. Un contrĆ“le mĆ©dical hebdomadaire jusquā€™ā€ŠĆ  guĆ©rison complĆØte par lā€™ā€ŠopĆ©rateur, sans examen endo-anal jusquā€™ā€ŠĆ  la 3ĆØme semaine est recommandĆ©. Le taux de rĆ©cidive de ces fistules en fistules complexes dans notre expĆ©rience est de 25 % (29). Chez les patients fumeurs, ce taux peut doubler. Le tabagisme est donc un facteur important Ć  la rĆ©cidive des fistules anales aprĆØs traitement chirurgical. Une des grandes questions est que faire en cas de rĆ©cidive ?
Le lambeau d’avancement rectal (LAR) est une solution thĆ©rapeutique reconnue pour traiter des fistules anales complexes. Peu de donnĆ©es existent sur les rĆ©sultats d’un nouveau lambeau d’avancement sur une fistule rĆ©cidivante dĆ©jĆ  opĆ©rĆ©e par cette procĆ©dure. Nous avons rĆ©alisĆ© une Ć©tude afin d’Ć©valuer les rĆ©sultats d’un second lambeau d’avancement comme traitement de la fistule anale complexe rĆ©cidivante aprĆØs un premier lambeau.
Cette Ć©tude rĆ©trospective, mono centrique porte sur 120 patients opĆ©rĆ©s par LAR d’une fistule anale crypto-glandulaire. 38 patients ont prĆ©sentĆ© une rĆ©cidive de fistule (31,6 %). La rĆ©cidive Ć©tait complexe chez 29 patients (24.1 %) et simple chez 9 (7.5 %). Un second LAR a Ć©tĆ© rĆ©alisĆ© chez les 29 ayant une rĆ©cidive complexe. 83 % (24) de ces patients ont fermĆ© leur fistule, alors que 17 % (5) ont prĆ©sentĆ© une seconde rĆ©cidive.
Le LAR est une option intĆ©ressante pour la prise en charge d’une rĆ©cidive de fistule anale complexe. Un premier lambeau n’altĆØre pas les chances de guĆ©rison et n’augmente pas la morbiditĆ©. Un effet « down-staging », avec en particulier 24 % de fistules simples aprĆØs un premier LAR, et une transformation des fistules complexes hautes (supra-sphinctĆ©riennes ou trans-sphinctĆ©riennes hautes) en basses de 16 %, permettent une prise en charge plus aisĆ©e de ces rĆ©cidives (30).

NouveautƩs thƩrapeutiques des fistules anales

LIFT (Ligation inter-sphincterial of fistula tract)

Cette technique LIFT, dĆ©crite en 2007 par Rojanasakul (31), a gagnĆ© en popularitĆ© en raison de sa facilitĆ© dā€™ā€ŠexĆ©cution et de la prĆ©servation de la continence. Cette technique consiste Ć  dĆ©connecter lā€™ā€Šorifice primaire de la fistule du trajet au travers de lā€™ā€Šespace inter- sphinctĆ©rien en rĆ©sĆ©quant la zone de la glande infectĆ©e. Le taux de succĆØs varie de 40 Ć  90 %. Les rĆ©cidives semblent dues au rĆ©sidu fistuleux laissĆ© en place. Cette technique garanti un succĆØs de 50 % et aucune lĆ©sion du sphincter avec seulement 5.5 % de complications post opĆ©ratoires (32). Contrairement au LAR, le nombre de rĆ©cidive augmente avec les rĆ©interventions par LIFT (33).
Le grand avantage du LIFT, par rapport Ơ toutes ces nouvelles techniques, est son coƻt limitƩ.

VAAFT (Video Assisted Anal Fistula Treatment)

Le trajet de la fistule est visionnĆ© par un endoscope pĆ©diatrique. Il est rincĆ©, curetĆ© puis, soit brĆ»lĆ©, soit rempli de colle de fibrine. Lā€™ā€Šorifice interne est fermĆ© par des fils ou une agrafeuse, ce qui augmente drastiquement le coĆ»t. Le taux de guĆ©rison se situe entre 58 et 87 % (34, 35).

Techniques dā€™ā€Šocclusion endo luminales

Injection de fibrine et de collagĆØne

Lā€™ā€Šutilisation de la colle de fibrine dans le traitement des fistules a Ć©tĆ© proposĆ©e en 1982 (36). Les premiers rĆ©sultats Ć©taient encourageants. La technique consiste Ć  repĆ©rer le trajet fistuleux, le laver, le cureter. Lā€™ā€Šencollage se fait ensuite Ć  lā€™ā€Šaide de colle de fibrine, de collagĆØne de colle biologique (37) ou synthĆ©tique par canulation du trajet de la fistule. La colle de fibrine, outre son effet occlusif, stimulerait selon les auteurs la cicatrisation du trajet fistuleux. Une Ć©tude prospective de Buchana (38) dĆ©montre un taux de succĆØs de 14 %, 14 mois aprĆØs le traitement. Nous avons appliquĆ© la technique de lā€™ā€Šencollage en cas de fistules complexes comme les fistules urĆ©tro-rectales ou les fistules de Crohn. Dans ces conditions le taux de rĆ©cidive est de 60 %, comparable Ć  celui de la chirurgie avec lā€™ā€Šavantage dā€™ā€ŠĆŖtre moins dĆ©lĆ©tĆØre (16).

Injection de cellules germinales autologues

Les cellules mĆ©senchymateuses adultes ont la capacitĆ© de se diffĆ©rencier. On peut les utiliser dans la rĆ©gĆ©nĆ©ration des tissus endommagĆ©s et donc dans les fistules. Quelques Ć©tudes toutes issues dā€™ā€ŠEspagne prĆ©lĆØvent ces cellules par lipoaspiration du tissu adipeux. AprĆØs curetage de la fistule elles sont injectĆ©es dans le trajet et lā€™ā€Šorifice primaire est suturĆ©.
Si les rĆ©sultats sont mĆ©diocres (35 % de succĆØs) pour les fistules crypto glandulaires, ils semblent encourageants pour les fistules de Crohn (39, 40). Le facteur limitant reste le coĆ»t important de ces techniques.

Plug anal

Le plug anal est un composĆ© lyophilisĆ© issu de tissu porcin dĆ©nuĆ© de cellules. Ce tissu est placĆ© dans le trajet de la fistule aprĆØs avoir nettoyĆ© et dĆ©bridĆ© cette derniĆØre en le tractant Ć  lā€™ā€Šaide dā€™ā€Šun fil. Son extrĆ©mitĆ© proximale de diamĆØtre supĆ©rieur est nouĆ©e au sphincter par un nœud en 8. Lā€™ā€ŠextrĆ©mitĆ© distale plus fine est sectionnĆ©e au niveau de la peau Ć  lā€™ā€Šorifice externe. Les rĆ©sultats encourageants des premiĆØres Ć©tudes nā€™ā€Šont malheureusement pas pu ĆŖtre reproduits, le taux de succĆØs est de 24 % dans une Ć©tude randomisĆ©e comparant plug et LAR (29). Notre expĆ©rience reflĆØte parfaitement ces rĆ©sultats puisque nous avons placĆ©s 20 plugs avec 1 seul succĆØs.

Laser

Lā€™ā€Šapplication de laser endoluminal a pour but de dĆ©truire lā€™ā€ŠĆ©pithĆ©lium rĆ©siduel responsable dā€™ā€Šune partie des rĆ©cidives. Ce laser devrait permettre une oblitĆ©ration thermique de la fistule Le succĆØs initial reportĆ© chez 11 patient est de 81 % avec un suivi court de
7 mois (41). Une Ć©tude menĆ©e sur 35 patients porteurs de fistules de Crohn montre une guĆ©rison dans 71 % des cas ce qui est trĆØs surprenant (42). Le guideline allemand sur les abcĆØs et fistules conclut dā€™ā€Šailleurs au sujet de ce traitement : Aucune recommandation ne peut ĆŖtre donnĆ©e en raison des rĆ©sultats actuels (15).
A ce jour, il est difficile de se faire une opinion objective sur ces nouvelles techniques. Beaucoup de questions restent sans rĆ©ponse incluant le bien fondĆ© et surtout les conflits dā€™ā€ŠintĆ©rĆŖts Ć©vidents que gĆ©nĆØrent les coĆ»ts liĆ©s Ć  ces traitements (43).
De toutes ces nouvelles techniques la seule qui Ʃchappe Ơ ce raisonnement est le LIFT.

Conclusions

La pathologie abcédée de la région ano-rectale est extrêmement fréquente et doit être prise en charge sans délai. Son traitement consiste en un drainage chirurgical en urgence sous éventuelle couverture antibiotique. Il peut être réalisé dans la majorité des cas sous anesthésie locale.
Lorsque la phase aiguĆ« est passĆ©e, le ou les trajets fistuleux sont recherchĆ©s. La mise en place dā€™ā€Šun fil de sĆ©ton permet le drainage et gĆ©nĆØre la sclĆ©rose des fistules.
AprĆØs exclusion dā€™ā€Šune maladie sous-jacente ou fistulisante, il est procĆ©dĆ© au traitement chirurgical de la fistule. La technique est adaptĆ©e Ć  la quantitĆ© de muscle sphincter mise en danger par lā€™ā€Šincision chirurgicale. De nombreuses techniques existent pour le traitement des fistules, ce qui dĆ©montre la complexitĆ© de cette maladie et la non reproductibilitĆ© des rĆ©sultats de ces traitements.
Dans ces conditions, les techniques classiques gardent toute leur valeur. Le LAR reste lā€™ā€Šintervention de rĆ©fĆ©rence pour traiter les fistules complexes. Le LIFT de par sa simplicitĆ©, son coĆ»t limitĆ© et ses rĆ©sultats encourageants pourrait jouer un rĆ“le important dans le futur du traitement des fistules. Les techniques dā€™ā€Šocclusions sont sĆ©duisantes mais pour lā€™ā€Šinstant les rĆ©sultats sont insuffisants, surtout si on considĆØre le rapport coĆ»t qualitĆ©.
Pour toutes ces raisons, il reste important dā€™ā€Šadapter la technique chirurgicale au type de fistule Ć  traiter et non la fistule Ć  la technique chirurgicale.

Dr Karel Skala
Pr Roland Chautems
Dr Guillaume Zufferey

Pr Bruno Roche

Centre de proctopƩrinƩologie Clinique des Grangettes
chemin des Grangettes 7
1224 ChĆŖne-Bougeries

bruno.roche@grangettes.ch

Les auteurs n’ont dĆ©clarĆ© aucun conflit d’intĆ©rĆŖts en relation avec cet article.

  • La plupart des abcĆØs para-anaux sont primaires et proviennent de lā€™ā€Šinfection dā€™ā€Šune glande inter-sphinctĆ©rienne. Lā€™ā€ŠabcĆØs situĆ© Ć  lā€™ā€Šorigine dans lā€™ā€Šespace inter-sphinctĆ©rien se draine en suivant les voies de moindre rĆ©sistance et constitue ainsi un abcĆØs para-anal, ischio-rectal, en fer Ć  cheval, pelvi-rectal ou inter-sphinctĆ©rien. Le diagnostic est plutĆ“t aisĆ© dans les prĆ©sentations classiques dā€™ā€ŠabcĆØs para-anal. Il devient plus difficile lors dā€™ā€ŠabcĆØs inter-sphinctĆ©rien ou de la fosse ischio-rectale. Le diagnostic peut ĆŖtre prĆ©cisĆ© par un examen endoscopique, une Ć©chographie endo-anale ou IRM du pelvis.
  • La pierre angulaire du traitement de lā€™ā€ŠabcĆØs ano-rectal est le drainage chirurgical. Il peut ĆŖtre assurĆ© par le praticien formĆ©. Celui-ci peut le rĆ©aliser souvent en anesthĆ©sie locale, sans couverture antibiotique et les cultures de germes ne sā€™ā€Šimposent pas.
  • Le traitement chirurgical est une urgence et ce geste ne doit pas ĆŖtre repoussĆ©. Cette attitude est motivĆ©e par le spectre dramatique dā€™ā€Šune Ć©volution vers un sepsis sĆ©vĆØre ou une gangrĆØne de Fournier. Lā€™ā€Šorifice fistulaire primaire endoanal nā€™ā€Šest pas recherchĆ© Ć  la phase aiguĆ«.
  • 25% des cas ferment dĆ©finitivement et spontanĆ©ment leur trajet fistuleux. Dans les autres cas de figure, on place un drainage prĆ©opĆ©ratoire en sĆ©ton et lā€™ā€Šoption thĆ©rapeutique chirurgicale est choisie en fonction de la localisation et de la complexitĆ© de la maladie fistulaire.

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Diabète sucré de type 2 et insuffisance rénale

Un dentiste retraitĆ© de 72 ans souffre de diabĆØte sucrĆ© de type 2 depuis au moins 15 ans dans le cadre dā€™ā€Šun syndrome mĆ©tabolique. Lors de lā€™ā€Šexamen, vous constatez une insuffisance rĆ©nale progressive. Quelles sont les considĆ©rations thĆ©rapeutiques appropriĆ©es ? Cet article prĆ©sente des suggestions bien fondĆ©es.

Lā€™ā€Šhomme de 72 ans atteint de diabĆØte sucrĆ© de type 2 de longue date a bĆ©nĆ©ficiĆ© pendant de nombreuses annĆ©es dā€™ā€Šun bon contrĆ“le glycĆ©mique avec la metformine et JardianceĀ® 10 mg par jour pendant environ 2 ans. Il a bien rĆ©pondu aux deux mĆ©dicaments et a atteint des valeurs dā€™ā€ŠHbA1c de 6,5-7 %. Le patient se rĆ©jouit de recevoir la plus moderne et meilleure thĆ©rapie existante. Il
vient dans votre cabinet de mĆ©decin gĆ©nĆ©raliste pour en discuter. Il sā€™ā€Šest achetĆ© un glucomĆØtre capillaire et mesure de temps en temps sa glycĆ©mie Ć  jeun, le plus souvent autour de 8 mmol / l avec des valeurs prĆ©prandiales dā€™ā€Šenviron 8-10 mmol / l.

AnamnĆØse personnelle

lDiabète sucré de type 2, diagnostiqué pour la première fois il y a 15 ans avec les lésions secondaires des organes suivantes : coronaropathie coronarienne stable et AOMI de stade IIa, polyneuropathie périphérique, insuffisance rénale chronique avec microalbuminurie.
lCardiopathie coronarienne, premier diagnostic il y a 5 ans avec une fraction dā€™ā€ŠĆ©jection ventriculaire gauche dā€™ā€Šenviron 45 %.

MƩdicaments actuels

Metformine 1000mg p.o. 1-0-0
Jardiance 10mg p.o. 1-0-0
Atorvastatine 40 mg p.o. 1-0-0
Aspirine 100mg p.o. 1-0-0
PƩrindopril 5mg p.o. 1-0-0
Amlodipine 5mg p.o. 0-0-1-1

Ɖtat clinique

Taille 168 cm, 78 kg, IMC 27,6 kg / m2, tension artĆ©rielle 144 / 75, pouls 64 / min, rĆ©flexes rotulien et achillĆ©en non dĆ©clenchables, monofilament 10 / 10 des deux cĆ“tĆ©s, sens de vibration 4 / 8 des deux cĆ“tĆ©s.

Laboratoire

HbA1c 7,6 %,
eGFR selon CKD-EPI 28 ml / min (il y a 2 ans : 45 ml / min)
LDL 2,5 mmol / l
HĆ©moglobine 105 g / l
Vitamine B12 175 ng / l (norme > 190 ng / l)
Ferritin 64 μg / l (norme 30 – 400 μg / l
CRP 1,5 mg / l (norme < 5 mg / l)

La thĆ©rapie doit-elle ĆŖtre laissĆ©e telle quelle ?

Si la fonction rĆ©nale est altĆ©rĆ©e (eGFR < 30 ml / min), il faut arrĆŖter dā€™ā€Šadministrer la metformine et lā€™ā€Šinhibiteur de SGLT-2. Bien que lā€™ā€Šeffet hypoglycĆ©miant des inhibiteurs de la SGLT-2 diminue avec la diminution de la fonction rĆ©nale, les propriĆ©tĆ©s rĆ©noprotectrices et cardioprotectrices demeurent intactes, ce qui est particuliĆØrement important avec une FEVG de 45 %. Dans les Ć©tudes portant sur les paramĆØtres cardiovasculaires, lā€™ā€Šempagliflozine (JardianceĀ®) et, plus particuliĆØrement la canagliflozine (InvokanaĀ®), ont dĆ©montrĆ© un bĆ©nĆ©fice cardiovasculaire et rĆ©nal pouvant atteindre 30 ml/min eGFR.
Cā€™ā€Šest pour ces raisons que le traitement par Jardiance pourrait ĆŖtre interrompu si la fonction rĆ©nale ne se dĆ©tĆ©riore pas davantage. Toutefois, en cas de maladie aiguĆ«, de chirurgie, etc., la Jardiance doit ĆŖtre arrĆŖtĆ©e immĆ©diatement (risque dā€™ā€ŠacidocĆ©tose).
La metformine pourrait ĆŖtre remplacĆ©e par un inhibiteur de la DPP-4, TrajentaĀ® (linagliptine) 5 mg. Cā€™ā€Šest un traitement sĆ»r pour abaisser la glycĆ©mie, mais il nā€™ā€Ša pas dā€™ā€Šeffet positif sur les critĆØres dā€™ā€ŠĆ©valuation rĆ©novasculaires et cardiovasculaires.
Si lā€™ā€ŠIMC Ć©tait de ≄ 28 kg / m2, nous pourrions aussi envisager un traitement avec un agoniste des rĆ©cepteurs GLP1, par exemple lā€™ā€ŠOzempicĀ® hebdomadaire (semaglutide), qui peut ĆŖtre administrĆ© jusquā€™ā€ŠĆ  un eGFR de 10 ml / min. Il a Ć©tĆ© dĆ©montrĆ© que les GLP1-RA ont un effet positif sur les paramĆØtres cardiovasculaires et rĆ©naux.
Une autre possibilitĆ© serait lā€™ā€ŠinsulinothĆ©rapie (insuline de base (par exemple TresibaĀ® ou Glargine 300 ToujeoĀ®) ou RyzodegĀ® co-formulĆ© (70 % dā€™ā€Šinsuline Tresiba et 30 % de NovoRapid)), ou une sulfonylurĆ©e Ć  action rapide sans mĆ©tabolites actifs (par exemple gliclazide 30-60 mg/jour). Les deux alternatives prĆ©sentent un risque dā€™ā€ŠhypoglycĆ©mie. Les insulines ultra-longues TresibaĀ® et ToujeoĀ® prĆ©sentant un risque dā€™ā€ŠhypoglycĆ©mie considĆ©rablement plus faible que les insulines NPH, les insulines mixtes (Mixtard, HumalogĀ® Mix) ou LantusĀ® et LevemirĀ®.

Le diabĆØte sucrĆ© de type 2 est-il bien ajustĆ© avec une HbA1c de 7,6 % ?

Tout dā€™ā€Šabord, la crĆ©dibilitĆ© de la valeur de lā€™ā€ŠHbA1c doit ĆŖtre remise en question, car divers facteurs affectant lā€™ā€ŠĆ©rythropoĆÆĆØse peuvent rendre la valeur de lā€™ā€ŠHbA1c erronĆ©ment Ć©levĆ©e ou faible. Dans le cas dā€™ā€Šune carence en vitamine B12, les valeurs dā€™ā€ŠHbA1c sont plutĆ“t surestimĆ©es. Dans le cas dā€™ā€Šinsuffisance rĆ©nale chronique, elles sont plutĆ“t faussement faibles. Les valeurs de glycĆ©mie mesurĆ©es par voie capillaire donnent une moyenne dā€™ā€Šenviron 9 mmol / l, ce qui correspond bien Ć  lā€™ā€ŠHbA1c de 7,6 % et dĆ©montre que lā€™ā€Šeffet changeant de la carence en vitamine B12 et lā€™ā€Šinsuffisance rĆ©nale sā€™ā€Šannulent approximativement.
Chez les patients de 72 ans atteints de divers dommages secondaires aux organes, lā€™ā€Šobjectif thĆ©rapeutique principal est lā€™ā€Šabsence dā€™ā€ŠhypoglycĆ©mie et un taux dā€™ā€ŠHbA1c acceptable de 7,6 % (taux cible dā€™ā€ŠHbA1c 7,5 %). Si un traitement sans risque dā€™ā€ŠhypoglycĆ©mie est utilisĆ©, par exemple un inhibiteur de la SGLT-2, de la GLP-1 RA ou de la DPP-4, il faudrait que le patient ait une HbA1c aussi normale que possible (< 7,0 %).
La tension artĆ©rielle systolique est lĆ©gĆØrement trop Ć©levĆ©e. Cependant, il ne faudrait pas non plus que la pression artĆ©rielle diastolique soit infĆ©rieure Ć  70 mm Hg. La grande diffĆ©rence entre la tension artĆ©rielle systolique et diastolique peut probablement sā€™ā€Šexpliquer par la mĆ©diasclĆ©rose typique. Ɖventuellement, la dose de lā€™ā€Šinhibiteur de lā€™ā€ŠECA et/ou de lā€™ā€Šantagoniste du calcium pourrait ĆŖtre lĆ©gĆØrement augmentĆ©e.

Pr Roger Lehmann

Clinique d’endocrinologie, de diabĆ©tologie et nutrition clinique
HƓpital universitaire de Zurich
RƤmistrasse 100
8091 Zurich

Roger.Lehmann@usz.ch

Dr Matthias Ernst

UniversitätsSpital Zürich
RƤmistrasse 100
8091 Zurich

matthias.ernst@usz.ch

RL: Participation Ơ des Advisory Boards et honoraires de confƩrencier avec Novo, Nordisk, Sanofi, MSD, Boehringer Ingelheim, Servier et Astra Zeneca.
ME: Frais de voyage et de congrĆØs dā€™ā€ŠEli Lilly et Ipsen.

  • Traitement du diabĆØte sucrĆ© de type 2 Ć  eGFR < 30 ml / min
    – Pas de metformine (danger dā€™ā€Šacidose lactate)
    – AmĆ©lioration prouvĆ©e du risque cardiovasculaire et rĆ©nal :
    – Inhibiteurs de SGLT2 jusquā€™ā€ŠĆ  un eGFR de 30 ml/min avec effet cardioprotecteur et renoprotecteur prouvĆ© (baisse de lā€™ā€ŠhypoglycĆ©mie)
    – Agonistes des rĆ©cepteurs GLP1 (p. ex. Ozempic Ć  eGFR 10 ml/min approuvĆ©) si IMC ≄ 28 kg / m2.
  • Inhibiteurs de la DPP4 (p. ex. Trajenta 5 mg / jour) sĆ»rs, mais sans effet bĆ©nĆ©fique pour les paramĆØtres cardiovasculaires et rĆ©naux. Insuline ou sulfonylurĆ©es Ć  action rapide sans mĆ©tabolites actifs (p. ex. gliclazide)
  • « Sick day rules » : ArrĆŖter la metformine et les inhibiteurs de la SGLT2 dans les cas de maladie aiguĆ«, vomissements, diarrhĆ©e, chirurgie, etc.
  • Toujours remettre en question la valeur de lā€™ā€ŠHbA1c et, en cas de doute ou de difficultĆ© dā€™ā€ŠinterprĆ©tation dans des situations particuliĆØres, la comparer avec les mesures de glycĆ©mie capillaire.
    – Principales causes de fausses valeurs Ć©levĆ©es dā€™ā€ŠHbA1c : anĆ©mie ferriprive et carence en vitamine B12.
    – Principales causes de fausses valeurs faibles dā€™ā€ŠHbA1c : insuffisance rĆ©nale chronique, nĆ©osynthĆØse dā€™ā€Šā€‰Ć©rythrocytes (par ex. carence en fer fraĆ®chement supplĆ©mentĆ©e), anĆ©mie hĆ©molytique et cirrhose du foie.

Pneumonie acquise en CommunautƩ

La pneumonie acquise en communautĆ© est dĆ©finie comme Ć©tant une pneumonie survenant Ć  lā€™ā€ŠextĆ©rieur de lā€™ā€ŠhĆ“pital chez un patient qui nā€™ā€Šest pas immunodĆ©primĆ©. Il ne faut pas sous-estimer le taux de lĆ©talitĆ© allant jusquā€™ā€ŠĆ  10 % chez les patients hospitalisĆ©s en raison dā€™ā€Šune progression grave. Pour de nombreuses personnes Ć¢gĆ©es malades, la polymorbiditĆ© est un facteur de complication. Si, et tant quā€™ā€Šun objectif thĆ©rapeutique curatif existe, la sĆ©vĆ©ritĆ© et le spectre bactĆ©rien attendu ainsi que la prĆ©sence ou non dā€™ā€Šune polymorbiditĆ© dĆ©termine la thĆ©rapie Ć  suivre.

La pneumonie est classĆ©e selon les critĆØres du tableau 1. La pneumonie acquise en communautĆ© (PAC) est dĆ©finie comme une pneumonie dĆ©terminĆ©e par le lieu de survenue (en dehors de lā€™ā€ŠhĆ“pital) et lā€™ā€ŠimmunitĆ© du patient (compĆ©tence immunitaire). Elle contraste avec la pneumonie nosocomiale, qui est dĆ©finie comme une pneumonie qui survient > 48 heures aprĆØs lā€™ā€Šadmission Ć  lā€™ā€Šā€ŠhĆ“pital ou chez les patients ayant dĆ©jĆ  Ć©tĆ© hospitalisĆ©s au maximum il y a trois mois. En cas de pneumonie chez lā€™ā€ŠimmunodĆ©primĆ© sĆ©vĆØre, des germes opportunistes sont Ć  prĆ©voir.
Les patients polymorbides sont des patients atteints de maladies pulmonaires chroniques comme la BPCO, la mucoviscidose et les maladies pulmonaires interstitielles ainsi que le diabète sucré, une hépatopathie et les maladies tumorales sans neutropénie (1).
Lā€™ā€Šincidence de la PAC augmente avec lā€™ā€ŠĆ¢ge. La pneumonie chez les personnes Ć¢gĆ©es (≄ 65 ans) est associĆ©e Ć  une mortalitĆ© accrue. La pneumonie contractĆ©e dans les EMS reprĆ©sente le sous-groupe le plus important de la PAC. La lĆ©talitĆ© la plus Ć©levĆ©e se produit chez les patients alitĆ©s depuis un certain temps.
La PAC des personnes de moins de 65 ans, sans maladie sous-jacente est gĆ©nĆ©ralement plus lĆ©gĆØre et le pronostic est nettement meilleur. Elles sont en gĆ©nĆ©ral dues Ć  dā€™ā€Šautres types de germes pathogĆØnes.

Classification de PAC

La PAC est divisĆ©e en groupes (1a, 1b et 2) qui dĆ©finissent les critĆØres dā€™ā€Šhospitalisation ainsi que la portĆ©e du diagnostic microbiologique et les stratĆ©gies thĆ©rapeutiques, y compris la thĆ©rapie antimicrobienne initiale. Les groupes 1a, 1b et 2 se distinguent par les critĆØres de lā€™ā€ŠĆ©tat de santĆ© gĆ©nĆ©ral et de la gravitĆ© de la PAC. Lā€™ā€Šappartenance au groupe 1a rĆ©sulte dā€™ā€Šun bon Ć©tat de santĆ© gĆ©nĆ©ral, dĆ©fini comme un repos au lit < 50 % de la journĆ©e. Le groupe 1b Ć  un mauvais Ć©tat gĆ©nĆ©ral, dĆ©fini comme un repos au lit > 50 % de la journĆ©e. Lā€™ā€Šappartenance au groupe 2 rĆ©sulte dā€™ā€Šune comorbiditĆ© sĆ©vĆØre avec un pronostic dĆ©favorable. Souvent, la palliation est lā€™ā€Šobjectif thĆ©rapeutique prĆ©dominant dans ce dernier groupe. Les formes particuliĆØres de PAC sont la pneumonie dā€™ā€Šaspiration acquise en communautĆ©, celle contractĆ©e dans le cadre dā€™ā€Šun voyage Ć  lā€™ā€ŠĆ©tranger, causĆ©e par une Ć©pidĆ©mie (p. ex. pneumonie grippale) ou par un foyer (p. ex. Legionella). La pneumonie par aspiration est associĆ©e Ć  une modification du spectre pathogĆØne. Elle nĆ©cessite une clarification des causes sous-jacentes. Dans le cas dā€™ā€Šune pneumonie Ć  la suite dā€™ā€Šun voyage tropical, les causes rares doivent ĆŖtre recherchĆ©es et Ć©cartĆ©es. En pĆ©riode dā€™ā€ŠĆ©pidĆ©mie de grippe, il faut aussi penser Ć  la pneumonie grippale.

Diagnostic dā€™ā€Šune pneumonie suspectĆ©e

Les symptƓmes cliniques de la pneumonie comprennent :
1. symptƓmes respiratoires tels que la toux avec ou sans expectorations, dyspnƩe, et Ʃventuellement douleurs thoraciques respiratoires.
2. symptÓmes généraux tels que la fièvre ou hypothermie, sensation générale de maladie («malaise»), symptÓmes «grippaux» tels que myalgie, arthralgie, céphalées, palpitations, troubles circulatoires, diarrhées.
3. symptĆ“mes neurologiques, en gĆ©nĆ©ral un Ć©tat confusionnel aigu qui est la forme de prĆ©sentation la plus frĆ©quente chez les rĆ©sidents de long sĆ©jour comme par exemple un changement brutal de lā€™ā€ŠĆ©tat cognitif, des troubles attentionnels ou une dĆ©sorientation.
Lā€™ā€Šexamen clinique comprend lā€™ā€ŠĆ©valuation de lā€™ā€ŠĆ©tat gĆ©nĆ©ral, y compris lā€™ā€ŠĆ©tat fonctionnel (indĆ©pendance dans les activitĆ©s de la vie quotidienne) et la mobilitĆ©, en particulier lā€™ā€Šimportance dā€™ā€Šun Ć©ventuel alitement prĆ©existant qui indique un moins bon pronostic. Il comprend en outre une Ć©valuation des comorbiditĆ©s potentiellement instables (pronostic moins bon). Puis, les rĆ©sultats suivants sont examinĆ©s en dĆ©tail : augmentation de la frĆ©quence respiratoire, tachycardie, hypotension artĆ©rielle possible, matitĆ© Ć  la percussion lors de foyers consolidĆ©s et/ou dā€™ā€ŠĆ©panchement pleural parapneumonique, rĆ¢les crĆ©pitants fins auscultatoire et souffle tubaire dans les cas de bronchopneumonie lobaire. Ces symptĆ“mes ne sont pas spĆ©cifiques pour distinguer une PAC dā€™ā€Šautres infections des voies respiratoires infĆ©rieures. Toutefois, lā€™ā€Šexamen clinique a une valeur prĆ©dictive nĆ©gative Ć©levĆ©e (4). Avec lā€™ā€ŠĆ¢ge, les patients atteints de pneumonie deviennent de plus en plus oligosymptomatiques (5). Ainsi, la prĆ©sence de fiĆØvre ou de toux avec expectorations est significativement plus rare. Plus frĆ©quemment, des symptĆ“mes tels quā€™ā€Šun Ć©tat confusionnel ou des diarrhĆ©es (bronchopneumonie de la base) peuvent ĆŖtre les seuls signes prĆ©sents.
Une radiographie du thorax doit ĆŖtre faite lors dā€™ā€Šexamens complĆ©mentaires. Lā€™ā€ŠĆ©chographie thoracique peut ĆŖtre utilisĆ©e pour la dĆ©tection des infiltrations pulmonaires lorsque la radiologie nā€™ā€Šest pas disponible en temps opportun. Les rĆ©sultats radiologiques servent Ć  dĆ©terminer lā€™ā€ŠĆ©tendue des pathologies ainsi que les maladies concomitantes (ex. insuffisance cardiaque) et les complications (Ć©panchement pleural, abcĆØs). En outre, lā€™ā€Šexamen radiologique fournit une aide pour le diagnostic diffĆ©rentiel (tuberculose pulmonaire, carcinome bronchique) ainsi quā€™ā€Šune premiĆØre indication pour dĆ©terminer si un contrĆ“le est indiquĆ© dans lā€™ā€ŠĆ©volution de la maladie. Cependant, la sensibilitĆ©, la spĆ©cificitĆ© ainsi que la fiabilitĆ© de la dĆ©tection dā€™ā€Šun infiltrat dans lā€™ā€Šimage radiographique du thorax sont limitĆ©es.
Des infiltrats se forment parfois au cours de la maladie. Dans une Ć©tude, 21 % des patients qui ont Ć©tĆ© diagnostiquĆ©s avec une pneumonie nā€™ā€Šavaient aucun infiltrat radiologique initialement (6). De plus, dans le cas dā€™ā€Šune pneumonie lĆ©gĆØre Ć  modĆ©rĆ©e, lā€™ā€ŠĆ©valuation des infiltrats dĆ©pend considĆ©rablement de lā€™ā€Šinvestigateur concernĆ©. En effet, la mortalitĆ© augmente chez les patients hospitalisĆ©s atteints dā€™ā€Šune pneumonie confirmĆ©e qui nā€™ā€Šavaient initialement pas de corrĆ©lation radiologique.
Les paramĆØtres dā€™ā€Šinflammation peuvent aider dans cette situation. Le CRP en tant que paramĆØtre unique nā€™ā€Šest pas spĆ©cifique et peut augmenter avec un retard. La procalcitonine (PCT) est un biomarqueur sĆ©rique qui augmente en rĆ©ponse aux infections bactĆ©riennes. Ɖtant donnĆ© que lā€™ā€Šexactitude diagnostique de la procalcitonine est seulement modĆ©rĆ©e, elle nā€™ā€Šest pas utilisĆ©e de faƧon systĆ©matique pour faciliter le diagnostic de la PAC. Cependant, il est recommandĆ© dā€™ā€Šobtenir un taux de procalcitonine au moment du diagnostic de PAC, et en sĆ©rie par la suite, pour aider Ć  dĆ©terminer la durĆ©e appropriĆ©e des antibiotiques.
Mesure de la saturation en O2 pƩriphƩrique, analyse Ʃventuelle des gaz du sang artƩriel (hypoxƩmie indique un mauvais pronostic).

Examen microbiologique dā€™ā€Šun patient atteint de pneumonie ?

Un diagnostic microbiologique nā€™ā€Šest normalement pas nĆ©cessaire pour les patients atteints dā€™ā€Šune pneumonie lĆ©gĆØre. En effet, ils peuvent ĆŖtre traitĆ©s en ambulatoire.
Tous les patients des groupes 1a et 1b hospitalisĆ©s pour une pneumonie modĆ©rĆ©e Ć  grave doivent recevoir un diagnostic de lā€™ā€Šagent pathogĆØne. Il sā€™ā€Šagit notamment de :
1. au moins deux hƩmocultures, aƩrobie et anaƩrobie, respectivement.
2. test dā€™ā€ŠantigĆØne urinaire pour les lĆ©gionelles.
3. test dā€™ā€ŠantigĆØne urinaire pour pneumocoques pour la dĆ©tection de la pneumonie par pneumocoques.
4. lā€™ā€Šexpectoration adĆ©quate doit ĆŖtre traitĆ©e dans les 2 Ć  4 heures pour la coloration de Gram ainsi que pour la culture. Si cela est impossible, un examen des expectorations ne devrait pas ĆŖtre fait.
5. le diagnostic molƩculaire pour la dƩtection simultanƩe de plusieurs bactƩries (par exemple S. pneumoniae, M. pneumoniae,
C. pneumoniae, L. pneumophila) ou agents pathogĆØnes viraux (par exemple influenza A/B, parainfluenza, rhinovirus, adĆ©novirus), c’est-Ć -dire les tests dits multiplex ne devraient pas ĆŖtre utilisĆ©s systĆ©matiquement.
6. une recherche sur frottis nasal par amplification de lā€™ā€Šacide nuclĆ©aire pour la grippe A/B doit ĆŖtre effectuĆ©e sā€™ā€Šil y a des indices dā€™ā€Šune Ć©pidĆ©mie de grippe (saison, Ć©pidĆ©mie et pandĆ©mie).
Dans lā€™ā€Šensemble, les hĆ©mocultures ne sont positives que chez environ 10 % des patients hospitalisĆ©s pour une PAC. Dans le cas dā€™ā€Šune pneumonie Ć  pneumocoques, ces taux sont un peu plus Ć©levĆ©s, selon diverses Ć©tudes, dans une fourchette de 27 Ć  38 % (15, 16). En outre, la pneumonie bactĆ©rienne peut ĆŖtre associĆ©e Ć  un pronostic plus dĆ©favorable, de sorte quā€™ā€Šune hĆ©moculture positive peut ĆŖtre une raison pour intensifier la surveillance. Lā€™ā€ŠhĆ©moculture est Ć©galement plus frĆ©quemment positive chez les patients Ć¢gĆ©s et dans les cas de pneumonie causĆ©e par des entĆ©robactĆ©ries. En outre, la dĆ©tection des agents pathogĆØnes dans les hĆ©mocultures constitue la preuve Ć©tiologique la plus sĆ»re.
Le test dā€™ā€ŠantigĆØne urinaire pour Legionella dĆ©tecte lā€™ā€Šinfection Ć  Legionella par Legionella pneumophila des sĆ©rogroupes communs avec une sensibilitĆ© dā€™ā€Šenviron 75 % et une spĆ©cificitĆ© de 99-100 %. Si dā€™ā€Šautres espĆØces ou sĆ©rogroupes sont Ć©galement attendus en raison de la situation Ć©pidĆ©miologique, un test dā€™ā€Šamplification de lā€™ā€Šacide nuclĆ©ique Ć  partir de matĆ©riel respiratoire doit ĆŖtre effectuĆ© et des preuves culturelles doivent ĆŖtre fournies.
Le test dā€™ā€ŠantigĆØne urinaire pour les pneumocoques dĆ©tecte une infection par ces micro-organismes avec une sensibilitĆ© de 67-82% et une spĆ©cificitĆ© dā€™ā€Šenviron 97 %. Les facteurs de risque pour un rĆ©sultat faussement positif (en particulier la BPCO) doivent cependant ĆŖtre considĆ©rĆ©s. Le test peut donc servir de base Ć  la focalisation de la thĆ©rapie.
Bien que la valeur de lā€™ā€Šexamen microscopique et la culture des expectorations aient Ć©tĆ© plus souvent Ć©valuĆ©es de faƧon critique, dā€™ā€Šautres Ć©tudes montrent que, si tous les critĆØres de qualitĆ© (prĆ©dominance de granulocytes, peu ou pas dā€™ā€ŠĆ©pithĆ©liums pavimenteux) sont respectĆ©s, les rĆ©sultats de lā€™ā€Šexamen peuvent servir de guide pour la thĆ©rapie ciblĆ©e. En effet, Streptococcus pneumoniae, Haemophilus influenzae et Staphylococcus aureus sont notamment bien identifiĆ©s.

Diagnostic diffƩrentiel de la pneumonie

Chez tous les patients atteints dā€™ā€Šune PAC, un diagnostic diffĆ©rentiel ou additionnel doit ĆŖtre envisagĆ©. ParticuliĆØrement en cas de surhydratation (maladie rĆ©nale), dā€™ā€Šaspiration et dā€™ā€Šinfiltrats non infectieux (embolie pulmonaire, maladie pulmonaire interstitielle, cancer du poumon) ainsi que de BPCO et dā€™ā€ŠemphysĆØme pulmonaire.
La prĆ©sentation clinique non spĆ©cifique, avec souvent aussi des patients oligosymptomatiques, rendent nĆ©cessaire dā€™ā€ŠĆ©tablir une distinction diagnostique diffĆ©rentielle avec dā€™ā€Šautres maladies dont les symptĆ“mes se chevauchent.

Estimation de la sƩvƩritƩ de la PAC

Lā€™ā€Šindice CRB 65 (tabl. 2) sā€™ā€Šest imposĆ© comme un score simple ayant une bonne prĆ©diction du risque de lĆ©talitĆ©. Avec un score de 0, la lĆ©talitĆ© est de 0%, avec 1 : 3,3 %, avec 2 : 10% et avec 3 / 4 : 20,3 % (2). Il est formĆ© par la dĆ©termination de trois simples paramĆØtres cliniques et dā€™ā€Šun paramĆØtre anamnestique. Il peut Ć©galement ĆŖtre facilement appliquĆ© sur une base ambulatoire. Le score est calculĆ© en ajoutant un point pour chacun des critĆØres Ć©numĆ©rĆ©s au tabl. 2. A partir dā€™ā€Šun score de 1, une hospitalisation doit ĆŖtre envisagĆ©e. L’indice CRB-65 a Ć©tĆ© validĆ© dans de nombreuses Ć©tudes et plusieurs mĆ©ta-analyses actuelles.

Traitement de la PAC

Traitement antimicrobien initial

Les patients de moins de 65 ans atteints de pneumonie légère sans comorbidité devraient recevoir une monothérapie avec un macrolide (azithromycine, clarithromycine) comme traitement initial de choix.
Les patients atteints de pneumonie lĆ©gĆØre et de comorbiditĆ©s dĆ©finies doivent recevoir un traitement initial par un aminopĆ©nicilline / β-lactamine. Alternativement, une fluoroquinolone (Moxifloxacine, LĆ©vofloxacine) peut ĆŖtre utilisĆ©e pour les allergies ou intolĆ©rances Ć  la pĆ©nicilline. Dans les cas graves de BPCO et/ou de bronchectasie, un traitement par lā€™ā€Šamoxicilline/ciprofloxacine ou la lĆ©vofloxacine peut ĆŖtre administrĆ©.
Les patients atteints dā€™ā€Šune pneumonie modĆ©rĆ©e devraient recevoir comme traitement antimicrobien initial une aminopĆ©nicilline ou une cĆ©phalosporine de classe 2 ou 3a (cefpodoxime, cĆ©furoxime) ainsi quā€™ā€Šun macrolide. Si aucun agent pathogĆØne bactĆ©rien atypique nā€™ā€Šest dĆ©tectĆ© pendant la stabilisation clinique, le traitement aux macrolides doit ĆŖtre interrompu aprĆØs 3 jours. Par ailleurs, les patients atteints d’une PAC peuvent ĆŖtre traitĆ©s avec une fluoroquinolone (moxifloxacine, lĆ©vofloxacine).
Chez les patients hospitalisĆ©s atteints dā€™ā€Šune pneumonie modĆ©rĆ©e, un traitement antimicrobien doit ĆŖtre administrĆ© par voie parentĆ©rale au cours des premiers jours. Les patients atteints dā€™ā€Šune pneumonie grave doivent dā€™ā€Šabord recevoir une thĆ©rapie combinĆ©e intraveineuse Ć  large spectre Ć  base de ß-lactamine (pipĆ©racilline/tazobactam, cĆ©fotaxime ou ceftriaxone) ainsi quā€™ā€Šun macrolide. En cas de stabilisation clinique et de dĆ©tection manquante dā€™ā€Šun agent pathogĆØne bactĆ©rien atypique, le traitement aux macrolides doit ĆŖtre interrompu aprĆØs 3 jours. La monothĆ©rapie avec une fluoroquinolone (Moxifloxacine, LĆ©vofloxacine) est une alternative possible, mais uniquement pour les patients sans choc septique.
En cas de pandĆ©mie de grippe ou dā€™ā€ŠactivitĆ© grippale saisonniĆØre Ć©levĆ©e, lā€™ā€Šoseltamivir (inhibiteur de la neuraminidase) peut ĆŖtre administrĆ©e prĆ©cocement en plus du traitement antibactĆ©rien surtout chez les patients hospitalisĆ©s atteints de pneumonie modĆ©rĆ©e ou grave. Si la dĆ©tection par PCR de lā€™ā€Šinfluenza demeure nĆ©gative, il faut interrompre le traitement dā€™ā€Šoseltamivir.

ThƩrapie contrƓlƩe par des biomarqueurs

Lā€™ā€Šindication dā€™ā€Šun traitement et le contrĆ“le de sa durĆ©e Ć  lā€™ā€Šaide du biomarqueurs procalcitonine (PCT) a fait lā€™ā€Šobjet de plusieurs Ć©tudes, en particulier dā€™ā€Šune Ć©tude Cochrane. Une condition prĆ©alable Ć  une telle stratĆ©gie est que le PCT soit dĆ©terminĆ© sĆ©quentiellement dans le cadre dā€™ā€Šun protocole. De plus, des recommandations dā€™ā€ŠarrĆŖt non ambiguĆ«s doivent ĆŖtre dĆ©finies en fonction de seuils prĆ©dĆ©terminĆ©s. Dans toutes les Ć©tudes, le clinicien Ć©tait Ć©galement ouvert Ć  une Ā«abrogationĀ», cā€™ā€Šest-Ć -dire lā€™ā€Šabrogation des recommandations dā€™ā€ŠarrĆŖt en fonction de son jugement clinique.
Toutes les Ć©tudes ont montrĆ© que le traitement antimicrobien guidĆ© par PCT permettait de raccourcir la durĆ©e du traitement (13), tant chez les patients hospitalisĆ©s que chez les patients en soins intensifs, sans et avec septicĆ©mie grave. Il nā€™ā€Šy avait aucune diffĆ©rence en ce qui concerne lā€™ā€ŠĆ©chec du traitement ou la mortalitĆ©. Ce rĆ©sultat a Ć©tĆ© confirmĆ© dans une mĆ©ta-analyse, particuliĆØrement chez les patients atteints de PAC (13, 14).

Examens de suivi

Laboratoire

La dĆ©termination dā€™ā€Šun paramĆØtre inflammatoire (CRP ou PCT) doit ĆŖtre effectuĆ©e dans le sĆ©rum Ć  lā€™ā€Šadmission ainsi quā€™ā€ŠaprĆØs 3-4 jours. A la suite du traitement, les valeurs dā€™ā€Šinflammation doivent diminuer normalement (7). En lā€™ā€Šabsence dā€™ā€Šune diminution de la CRP (< 25-50 % de la valeur de rĆ©fĆ©rence) ou du PCT, lā€™ā€ŠĆ©chec du traitement devrait ĆŖtre ciblĆ© (8). Cependant, les paramĆØtres de lā€™ā€Šinflammation doivent toujours ĆŖtre interprĆ©tĆ©s en tenant compte du tableau clinique et de lā€™ā€ŠĆ©tat du patient. Sā€™ā€Šil y a des signes de dysfonctionnement dā€™ā€Šun organe, son fonctionnement doit ĆŖtre vĆ©rifiĆ© au cours de la maladie, habituellement en vĆ©rifiant les paramĆØtres de laboratoire comme p. ex. crĆ©atinine, transaminases ou cholestase, lactate, BNP, troponine, Ć©lectrolytes, etc..

Ɖchographie de la plĆØvre

Chez les patients hospitalisĆ©s atteints dā€™ā€Šune PAC avec Ć©panchement pleural, un suivi Ć©chographique doit ĆŖtre effectuĆ© pour dĆ©tecter le dĆ©veloppement dā€™ā€Šun Ć©panchement compliquĆ© ou dā€™ā€Šun empyĆØme pleural. Si une telle suspicion existe, une ponction pleurale diagnostique doit ĆŖtre effectuĆ©e.

Examen radiologique

Une radiographie pulmonaire de suivi nā€™ā€Šest pas systĆ©matiquement indiquĆ©e sā€™ā€Šil y a une rĆ©ponse clinique adĆ©quate au traitement. Chez les patients ayant des facteurs de risque pour une maladie tumorale, chez les fumeurs actifs, les anciens fumeurs, chez les patients de plus de 65 ans ou des patients atteints de maladies concomitantes graves, une tomodensitomĆ©trie doit ĆŖtre effectuĆ©e pour exclure une tumeur ou des infiltrats pulmonaires non infectieux. Chez les patients plus Ć¢gĆ©s ayant des antĆ©cĆ©dents de tabagisme, il y a un risque accru de cancer du poumon, qui peut soit imiter la pneumonie, soit causer une pneumonie poststenotique. Chez les patients ≄ 65 annĆ©es, une malignitĆ© pulmonaire nouvellement diagnostiquĆ©e est trouvĆ©e au cours dā€™ā€Šune moyenne de moins dā€™ā€Šun an avec une incidence de 9, 2 %, et seulement 27 % de ce nombre dans les 90 jours suivant la sortie de lā€™ā€ŠhĆ“pital (9). La normalisation de lā€™ā€Šimage radiographique du thorax peut durer des semaines, voire des mois. Par consĆ©quent, si le patient rĆ©pond cliniquement, une radiographie thoracique de contrĆ“le doit ĆŖtre effectuĆ©e au plus tĆ“t 2 semaines aprĆØs la fin de lā€™ā€ŠantibiothĆ©rapie.

Dr. med. Jürg Barandun

LungenZentrum Hirslanden
Witellikerstrasse 40
8032 Zürich

Lā€™ā€Šā€Šā€Šā€Šauteur nā€™ā€Šā€Šā€Šā€Ša dĆ©clarĆ© aucun conflit dā€™ā€Šā€Šā€Šā€ŠintĆ©rĆŖts en rapport avec cet article.

  • La PAC reprĆ©sente une lĆ©talitĆ© non-nĆ©gligeable, en particulier chez les personnes Ć¢gĆ©es de plus de 65 ans prĆ©sentant une polymorbiditĆ©
  • Les investigations et le traitement sont basĆ©s sur lā€™ā€Šā€ŠĆ¢ge, lā€™ā€Šā€ŠĆ©tat gĆ©nĆ©ral, les paramĆØtres cliniques, la comorbiditĆ© ainsi que le spectre des pathogĆØnes attendus
  • Lā€™ā€Šā€Šindice CRB-65 permet une Ć©valuation des risques et aide Ć  dĆ©cider si un traitement ambulatoire ou hospitalier est appropriĆ©
  • Lā€™ā€Šā€ŠĆ©lucidation des diagnostics diffĆ©rentiels et la dĆ©tection prĆ©coce des complications potentielles dā€™ā€Šā€Šune pneumonie sont importantes.

Plantes mƩdicinales et plantes toxiques des Alpes

La flore alpine est lā€™ā€Šune des plus fascinantes et compte une grande diversitĆ© dā€™ā€ŠespĆØces. Les fleurs, souvent de couleurs intenses et trĆØs lumineuses, ne nous laissent pas indiffĆ©rents : elles nous attirent par leur beautĆ©.

Les plantes des Alpes poussent dans des conditions climatiques extrĆŖmes selon lā€™ā€Šā€Šaltitude : grands froids avec sols gelĆ©s pendant plusieurs mois, neige, vents violents et exposition Ć  une lumiĆØre UV trĆØs intense. Elles ont su sā€™ā€Šadapter Ć  ces conditions en synthĆ©tisant des constituants pour se protĆ©ger. Par exemple, ces espĆØces contiennent beaucoup dā€™ā€Šantioxydants et des capteurs de radicaux libres pour rĆ©sister Ć  la radiation UV intense. Ces substances peuvent aussi servir Ć  lā€™ā€Šhomme. Ainsi, par exemple, lā€™ā€Šedelweiss riche en antioxydants sert Ć  la prĆ©paration de produits cosmĆ©tiques et dermatologiques pour ralentir le vieillissement de la peau.

Dans le prĆ©sent ouvrage, les principales plantes des Alpes utilisĆ©es en mĆ©decine traditionnelle ou ayant conduits dĆ©jĆ  Ć  des mĆ©dicaments enregistrĆ©s, sont prĆ©sentĆ©es par leurs aspects botaniques, phytochimiques et pharmacologiques. Des conseils pratiques sont donnĆ©s afin de ne pas les confondre avec dā€™ā€Šautres espĆØces toxiques ou non toxiques. Il faut aussi savoir les utiliser correctement pour traiter une pathologie donnĆ©e, soit en usage interne ou externe. Des recettes pour prĆ©parer des tisanes, dĆ©coctions, huiles, teintures-mĆØres et autres seront expliquĆ©es avec leurs modes dā€™ā€Šutilisations. Des effets secondaires Ć©ventuels ou des interractions avec dā€™ā€Šautres mĆ©dicaments seront indiquĆ©s.
Les plantes bĆ©nĆ©fiques pour la santĆ© sont nombreuses. Cependant, les Alpes recĆØlent aussi passablement dā€™ā€ŠespĆØces toxiques qui causent surtout des troubles gastro-intestinaux et autres dĆ©sagrĆ©ments, mais un nombre restreint de plantes peuvent induire une intoxication mortelle ! Gare aux piĆØges : les trĆØs belles plantes sont souvent les plus dangereuses ! Lā€™ā€Šanonit de Napel avec ses superbes fleurs bleues en forme de casque de Jupiter peut conduire Ć  la mort ! Mais, en trĆØs faibles doses (homĆ©opathie, spagyrie), elle devient un mĆ©dicament pour lutter contre les troubles circulatoires. Les principales plantes toxiques des Alpes sont dĆ©crites avec des indications pour les reconnaĆ®tre facilement. Les circonstances dā€™ā€Šune intoxication, les symptĆ“mes, les mesures Ć  prendre et les premiers secours seront clairement indiquĆ©s.
Ce guide pratique, illustrĆ© par des photographies en couleur, sā€™ā€Šadresse au grand public et aussi aux professionnels de la santĆ©. Un outil utile pour toutes les personnes dĆ©sireuses de connaĆ®tre les plantes quā€™ā€Šelles rencontrent lors de promenades et dā€™ā€Šexcursions dans le massif alpin.

Dr. Kurt Hostettmann

Lungenkrebs-Screening

Luo YH et al. 5-year overall survival in patients with lung cancer eligible or ineligible for screening according to US Preventive Services Task Force criteria: a prospective, observational cohort study. Lancet Oncol 2019; 26: June 26, 2019 http://dx.doi.org /10.1016/ S1470-2045

The National Lung Screening Trial (NLST) randomisierte Patienten mit hohem Lungenkrebsrisiko (55- 74j., aktive Raucher mit > 30 pack years, oder ehemalige Raucher, die vor < 15 Jahren mit dem Rauchen aufgehƶrt hatten) in eine Gruppe mit regelmƤssigen Thorax-Rƶntgenbildern (deren Ā«UnwirksamkeitĀ» für diesen Zweck bereits bekannt war) und eine zweite Gruppe mit regelmƤssigem Thorax-CT Screening (NEJM 2011; 365: 395). Die Studie suggerierte, dass CT Screening eine relative MortalitƤtssenkung an Lungenkrebs von 20% erziele. Die Interpretation der Daten ergab (nicht zum ersten Mal in der medizinischen Fachliteratur) eine transatlantische Differenz. Die American Cancer Society war beeindruckt und empfahl den Risikopersonen ein Lungenkarzinom CT-Screening (trotz der vielen falsch positiven Befunde) (CA CANCER J CLIN 2017;67:100–121).
Die Verfasser der deutschen S3 Leitlinie und die Schweizerische Lungenliga waren nicht beeindruckt, und sie empfehlen bis auf den heutigen Tag kein Routine CT-Screening bei schweren Rauchern.

Und jetzt diese Studie, aufgrund der die US Preventive Services Task Force nun CT Screening sogar bei Patienten empfiehlt, die vor mehr als 15 Jahren mit dem Rauchen aufgehƶrt hatten, oder die jünger sind als die Patienten in der NLST Studie. Die Studie zeigt einen ganz anderen Aufbau, und deshalb klare SchwƤchen im Vergleich zum NLST. Sie ist eine reine Beobachtungsstudie, die Patienten aufnahm, bei denen bereits ein Lungenkarzinom diagnostiziert worden war (nicht etwa Risikopersonen wie in der NLST) mit Charakteristika (Alter, Rauchergewohnheiten), die jedoch die Einschlusskriterien der NLST ausweiteten. Die eine Kohorte setzte sich aus hospitalisierten Lungenkarzinom-Patienten der Mayo-Klinik, Rochester, zusammen, die andere Patientenkohorte war eine Community Cohort aus Olmsted County (beide aus dem US-Bundesstaat Minnesota, Land of 10 000 Lakes, bisher in den HƤnden der Demokraten, aber ein potentieller Ā«swing StateĀ» für die PrƤsidentschaftswahlen im Jahre 2020 – so watch it guys, and just behave yourselves, will ye!). Die Studie fand, dass die Lungenkrebs-Patienten, die für das NLST nicht qualifiziert hƤtten, dennoch eine vergleichbare (vergleichbar schlechte) Prognose hatten wie die NLST Studienpatienten. Leider wird, nicht klar, wie viele dieser rauchenden Minnesotans ihre Karzinom-Diagnose via CT Screening erhalten hatten.
Die Schlussfolgerung, auch diesen Risikopatienten müsse ein Lungenkarzinom CT Screening angeboten werden, scheint mir etwas abenteuerlich. Die vorliegende Studie prüfte den Wert der Frühdiagnostik von Lungenkarzinom nicht im mindesten. Logischerweise müsste das NLST mit diesen erweiterten Einschlusskriterien wiederholt werden, bevor ausgeweitete Empfehlungen vorgelegt werden können. Eine neue grosse randomisierte Studie ist allerdings Wunschdenken. Wenn aus europäischer Sicht Risikopersonen, die der NLST-Population entsprechen, nicht zwingend ein CT Screening erhalten sollen, dann gilt das erst recht für die ausgeweitete Population der vorliegenden Kohorten-Studie.
Es ist in summa wohl besser, schlicht und einfach nicht zu rauchen, und zu diesem Thema politische Signale auszusenden. So hƤtte Bundesrat Dr. med. Ignazio Cassis (MPH!) von vorneherein gar nicht in Betracht ziehen sollen, den Schweizer Auftritt an der EXPO 2020 in Dubai durch die Tabakindustrie zu Reklamezwecken finanzieren zu lassen.

Bevacizumab bei Ovarial- und Mammakarzinom

Tewari KS et al. Final overall survival of a randomized trial of bevacizumab for primary treatment of ovarian cancer. J Clin Oncol 2019; 37: DOI https://doi. org/10.1200/JCO.19. 01009.

Zusammenfassung: GOG-0218 untersuchte bei Frauen mit Ovarialkarzinom (Stadien III und IV) Chemotherapie alleine, Chemotherapie zuzüglich Bevacizumab, und die Kombination zuzüglich Bevacizumab-Erhaltung. Die wichtigsten Schlussfolgerungen dieses Artikels, der die Daten der abschliessenden Studienanalyse vorlegt, sind (im copy paste aus dem Abstract gezogen): «No survival differences were observed for patients who received bevacizumab compared with chemotherapy alone. Disease-specific survival was not improved in any arm. No survival advantage was observed after censoring patients who received bevacizumab at crossover or as second line.» Das tönt sec und abschliessend negativ. Die Diskussion ist jedoch interessant und ausgewogen geschrieben, so dass ich statt einer Würdigung des Papiers aus meiner Feder lieber ein paar allgemeine persönliche Bemerkungen zum Stellenwert von Bevacizumab formuliere.

Pivot X et al. 6 months versus 12 months of adjuvant trastuzumab in early breast cancer (PHARE): final analysis of a multicentre, open-label, phase 3 randomised trial. Lancet 2019; 393: 2591–98

Earl HM et al: 6 versus 12 months of adjuvant trastuzumab for HER2-positive early breast cancer (PERSEPHONE): 4-year disease-free survival results of a randomised phase 3 non-inferiority trial. Lancet 2019; 393: 2599–612

Zusammenfassung: Zwei Studien, praktisch gleich aufgegleist, im selben LANCET-Heft publiziert, und doch mit diametral verschiedenen Schlussfolgerungen. Sowohl die franzƶsische (PHARE) als auch die britische Studiengruppe (PERSEPHONE) fragten, ob bei der adjuvanten Therapie des HER2 POS Mammakarzinoms eine Behandlung mit nur 6 Monaten Trastuzumab nicht wirklich schlechter wƤre als die Therapie mit der heutigen Standarddauer von 12 Monaten. Die frankophone PHARE Studie folgert, 12 Monate Verabreichungsdauer des Antikƶrpers bleibe Standard, die anglophile PERSEPHONE Studie kommt genau zum gegenteiligen Schluss. Wer hat Recht? La haute cuisine des essais cliniques de France (PHARE), oder Fish & Chips (PERSEPHONE)? L’ÉlysĆ©e, oder 10 Downing Street?

Milchprodukte, Prostata- und Blasenkarzimon

Preble I et al. Dairy Product Consumption and Prostate Cancer Risk in the United States. Nutrients 2019; 11: 161. doi:10.3390/nu11071615

Acham M et al. Intake of milk and other dairy products and the risk of bladder cancer: a pooled analysis of 13 cohort studies. Eur J Clin Nutr 2019; https://doi.org/10.1038/s41430-019-0453-6.
Vasconcelos A, et al. Dairy Products: Is there an impact on promotion of prostate cancer? A Review of the Literature. Front. Nutr. 2019; 6: 62. doi: 10.3389/fnut.2019.00062Aune D et al. Dairy products, calcium, and prostate cancer risk: a systematic review and meta-analysis of cohort studies.
Am J Clin Nutr. 2015; 101: 87-117. doi: 10.3945/ajcn.113.067157

Prof. em. Dr. med. Martin Fey

Bern

martin.fey@insel.ch

Beratungsmandat bei NestlƩ Health Sciences, Epalinges. Aktien bei Novartis Roche und Johnson&Johnson.

Ibrutinib–Rituximab oder Immunchemotherapie bei chronischer lymphatischer LeukƤmie

Quelle: Shanafelt T D, et al. Ibrutinib–Rituximab or Chemoimmunotherapyfor Chronic Lymphocytic Leukemia. N Engl J Med 2019;381:432-43

Daten zur Wirksamkeit der Behandlung mit Ibrutinib-Rituximab im Vergleich zur Standard-Immunchemotherapie mit Fludarabin, Cyclophosphamid und Rituximab bei Patienten mit bisher unbehandelter chronischer lymphatischer LeukƤmie (CLL) sind begrenzt.
In einer Phase-3-Studie wurden nach dem Zufallsprinzip (im Verhältnis 2:1) Patienten im Alter von 70 Jahren oder jünger mit zuvor unbehandelter CLL entweder zu Ibrutinib und Rituximab für sechs Zyklen (erster Zyklus mit Ibrutinib allein), gefolgt von Ibrutinib bis zum Fortschreiten der Erkrankung, oder sechs Zyklen Immunchemotherapie mit Fludarabin, Cyclophosphamid und Rituximab (FCR) zugewiesen. Der primäre Endpunkt war das progressionsfreie Überleben. Das Gesamtüberleben war ein sekundärer Endpunkt. Es wird über die Ergebnisse einer geplanten Zwischenanalyse berichtet.
Insgesamt wurden 529 Patienten randomisiert (354 Patienten in die Ibrutinib-Rituximab-Gruppe und 175 in die FCR-Gruppe), bei einem medianen Follow-up von 33,6 Monaten.
Das progressionsfreie Überleben (PFS) begünstigte Ibrutinib-Rituximab gegenüber FCR (89,4% vs. 72,9% nach 3 Jahren; Hazard Ratio für Progression oder Tod, 0,35 (95% Konfidenzintervall [CI], 0,22 bis 0,56; P< 0,001). Die Ergebnisse entsprachen dem protokolldefinierten Endpunkt für die Zwischenanalyse. Auch die Anaylse des Gesamtüberlebensbevorzugte Ibrutinib-Rituximab gegenüber FCR (98,8% vs. 91,5% nach 3 Jahren; Todesfallrate 0,17; 95% CI, 0,05 bis 0,54; P < 0,001). In einer Untergruppenanalyse von Patienten ohne IGHV-Mutation führte Ibrutinib-Rituximab zu einem besseren PFS als FCR (90,7% gegenüber 62,5% nach 3 Jahren; Hazard Ratio für Progression oder Tod, 0,26; 95% CI, 0,14 bis 0,50). Das progressionsfreie 3-Jahres-Überleben bei Patienten mit IGHV-Mutation betrug 87,7% in der Ibrutinib-Rituximab-Gruppe und 88,0% in der FCR-Gruppe (Hazard Ratio für Progression oder Tod, 0,44; 95% CI, 0,14 bis 1,36). Die HƤufigkeit Grad 3 oder hƶher Nebenwirkungen (unabhƤngig von der Zuordnung) war in den beiden Gruppen Ƥhnlich (bei 282 von 352 Patienten [80,1%], die Ibrutinib-Rituximab erhielten und bei 126 von 158 [79,7%], die FCR erhielten), wƤhrend infektiƶse Komplikationen Grad 3 oder hƶher bei der Ibrutinib-Rituximab-Therapie weniger hƤufig waren als bei der FCR-Therapie (bei 37 Patienten[10,5%] vs. 32[20,3%], P < 0.001).

Schlussfolgerungen

Das Ibrutinib-Rituximab-Regime führte zu einem besseren progressionsfreien Überleben und Gesamtüberleben als FCR bei unbehandelten CLL-Patienten, die 70 Jahre oder jünger waren.

Tagraxofusp bei blastischer plasmazytoider dendritische Zellneoplasie

Quelle: Pemmaraju N et al. Tagraxofusp in blastic plasmacytoid dendritic-cell neoplasm. N Engl J Med 2019 ;380 :1628-1637

Die blastische plasmazytoide dendritische Zellneoplasie (Blastic Plasmacytoid Dendritic Cell Neoplasm, BPDCN) ist eine aggressive hämatologische Neoplasie, die durch transformierte plasmazytoide dendritische Zellen verursacht wird, die die Alpha Untereinheit des Interleukin-3 Rezeptors (IL3RA oder CD123) überexprimieren. Tagraxofusp (SL-401) ist ein gegen CD123 gerichtetes Zytotoxin, bestehend aus humanem Interleukin-3, das mit einem trunkierten Diphtherietoxin fusioniert ist.
In einer Multikohorten-Studie wurden 47 Patienten mit unbehandelter oder rezidivierter BPDCN mit einer intravenösen Infusion von Tagraxofusp in einer Dosis von 7μg oder 12 μg pro Kilogramm Körpergewicht an den Tagen 1 bis 5 eines jeden 21-Tage-Zyklus behandelt. Die Behandlung wurde bis zum Fortschreiten der Erkrankung oder bis zu unannehmbaren toxischen Nebenwirkungen fortgesetzt. Der primäre Endpunkt war die Kombination aus kompletter Remission und klinischer kompletter Remission bei Patienten ohne vorbehandelte BPDCN. Der sekundäre Endpunkt war die Dauer des Ansprechens.
Von den 47 Patienten erhielten 32 Tagraxofusp als Erstlinientherapie, 15 Patienten hatten eine Behandlung davor erhalten. Das mittlere Alter der Patienten betrug 70 Jahre (22 bis 84 Jahre). Unter den 29 bisher unbehandelten Patienten, die Tagraxofusp in einer Dosis von 12 μg pro Kilogramm erhielten, wurde der primƤre Endpunkt in 21 FƤllen (72%) erreicht, die Gesamtansprechrate betrug 90%. Von diesen Patienten wurden 45% mit einer Stammzelltransplantation konsolidiert. Die Überlebensrate nach 18 und 24 Monaten betrug 59% bzw. 52%. Unter den 15 zuvor behandelten Patienten war die Ansprechrate 67%, und das mediane Gesamtüberleben betrug 8,5 Monate. Die hƤufigsten Nebenwirkungen waren erhƶhte Alanin-Aminotransferase (64%) und Aspartat-Aminotransferase (60%), HypalbuminƤmie (55%), periphere Ɩdem (51%), und Thrombozytopenie (49%). Ein Ā«Capillary leak syndromeĀ» trat in 19% der FƤlle auf. In jeder Dosisgruppe trat ein Todesfall auf.

Schlussfolgerungen

Bei erwachsenen Patienten mit unbehandelter oder rezidivierter BPDCN führte die Behandlung mit Tagraxofusp zu einem klinischem Ansprechen. Eine schwerwiegende Nebenwirkungen war das «Capillary leak syndrome»; Hepatische Dysfunktion und Thrombozytopenie waren häufig.

Multizenter-Analyse bei blastischer plasmazytoider dendritische Zellneoplasie als Benchmark für zielgerichteten Therapie.

Quelle: Taylor J et al. Multicenter Analysis of Outcomes in Blastic Plasmacytoid Dendritic Cell Neoplasm Offers a PreTargeted Therapy Benchmark. Blood First Edition Paper, prepublished online July 2, 2019; DOI 10.1182/blood.2019001144

Das blastische plasmazytoide dendritische Zellneoplasie (blastic plasmacytoid denritic cell neoplasm, BPDCN) ist eine seltene hämatologische Malignität mit ungünstiger Prognose. Daten zum klinischen Verhalten von BPDCN sind limitiert, da die berichteten Ergebnisse aus kleinen retrospektiven Serien stammen und keine standardisierten Behandlungsrichtlinien vorliegen.
Das IL-3-Zytotoxinkonjugat Tagraxofusp wurde kürzlich in Phase-1/2-Studien getestet, die zur Zulassung durch die U.S. Food and Drug Administration führten; Die erste Zulassung für BPDCN überhaupt. Da es jedoch weder in dieser oder noch in einer anderen klinischen Studie bisher einen passenden internen Vergleich gab, sind die Ergebnisse von BPDCN-Studien, in denen neue Medikamente getestet werden, schwer mit alternativen Therapien vergleichbar. Es wurden deshalb die klinischen Merkmale und Outcome einer Gruppe von Patienten mit BPCDN zusammengefasst, die an 3 US-Krebszentren in der modernen Ƅra (vor Tagraxofusp-Zulassung) behandelt wurden.
Bei 59 Patienten mit BPDCN betrug das mediane Gesamtüberleben ab Diagnose 24 Monate und das Outcome war Ƥhnlich bei Patienten mit rein kutaner Manifestation der BPDCN oder mit systemischer Erkrankung. Eine intensive Erstlinientherapie und eine Chemotherapie vom Ā«lymphoidenĀ» Typ waren mit einem besseren Outcome verbunden. Nur 55% der Patienten erhielten eine intensive Chemotherapie und 42% wurden mit einer Stammzelltransplantaton konsolidiert. Ungünstige prognostische Parameter waren: Alter über 60 Jahre, abnormaler Karyotyp und TdT-NegativitƤt in den BPDCN-Zellen. Ein Ansprechen auf Pralatrexat und Enasidenib wurde bei einzelnen Patienten festgestellt. Diese Studie zeigt, dass das Outcome für BPDCN-Patienten in der modernen Ƅra ungünstig ist und dass neue TherapieansƤtze notwendig sind. Die Ergebnisse laufender klinischen Studien bei BPDCN kƶnnen im Kontext dieser kontemporƤren Kohorte interpretiert werden.

Prof. Dr. med.Markus G. Manz

Zentrum für Hämatologie und Onkologie
UniversitätsSpital Zürich

PD Dr. med. Alexandre Theocharides

Zentrum für Hämatologie und Onkologie
UniversitätsSpital Zürich

Alexandre.Theocharides@usz.ch