Le 15th Swiss Forum for Mood and Anxiety Disorders (SFMAD) de la SociĆ©tĆ© suisse pour lāāanxiĆ©tĆ© et la dĆ©pression (SSAD) cette annĆ©e Ć GenĆØve Ć©tait placĆ© sous le signe de la dĆ©pression, qui continue Ć poser de nombreux dĆ©fis et questions en matiĆØre de diagnostic, de diagnostic diffĆ©rentiel et de traitement.
Le point fort de la manifestation a Ć©tĆ© la prĆ©sentation des recom- mandations actualisĆ©es de la SSAD, de la SGBP et de la SSGP sur la dĆ©pression unipolaire par le Dr med Joe HƤttenschwiler (1). La dĆ©pression unipolaire, avec une prĆ©valence vie-entiĆØre de jusquāāĆ 21ā%, est une maladie frĆ©quente qui reste trĆØs difficile Ć traiter. Elle Ć©volue dans jusquāāĆ 85ā% des cas avec des Ć©pisodes rĆ©cidivants et est souvent chronique. JusquāāĆ 46ā% des patient/es nāāenregistrent aucune ou une rĆ©ponse seulement partielle, et 60 Ć 70ā% nāāobtiennent pas de rĆ©mission. La souffrance est souvent aggravĆ©e par une durĆ©e longue des Ć©pisodes, une comorbiditĆ© psychique et somatique frĆ©quente et une mortalitĆ© Ć©levĆ©e. La clĆ© dāāun meilleur succĆØs thĆ©rapeutique est un traitement basĆ© sur les lignes directrices. Les recommandations suisses de traitement de la dĆ©pression unipolaire ont Ć©tĆ© actualisĆ©es en 2024, basĆ©es sur les derniĆØres versions des directives internationales. Parmi les nouveautĆ©s figurent le diagnostic selon la CIM-11, les principes thĆ©rapeutiques de la psychothĆ©rapie analogues Ć des contenus existants dans la pharmacothĆ©rapie, les diffĆ©rentes mesures Ć prendre en cas de non-rĆ©ponse ainsi que les recommandations sur lāāutilisation des interventions via Internet et des applications mobiles. Sont Ć©galement nouvelles la prise de position sur le testing pharmacogĆ©nĆ©tique, les recommandations pour lāāarrĆŖt des antidĆ©presseurs, les dĆ©cisions concernant lāāaptitude au travail et les recommandations sur le traitement par eskĆ©tamine (intranasal) et kĆ©tamine (i.v.). En outre, certains principes nutritionnels ont Ć©tĆ© ajoutĆ©s aux recommandations. De mĆŖme, le contenu de recommandations existantes a Ć©tĆ© modifiĆ©: a) Les niveaux de recommandation pour certaines stratĆ©gies de traitement connues ont Ć©tĆ© mis Ć jour, b) en cas de non-rĆ©ponse aux antidĆ©presseurs, une combinaison avec une psychothĆ©rapie est dĆ©sormais recommandĆ©e, en plus des mesures existantes, c) la stimulation magnĆ©tique rĆ©pĆ©titive (rTMS) a bĆ©nĆ©ficiĆ© dāāun up-grade du degrĆ© de recommandation en cas de rĆ©sistance au traitement. Elle est dĆ©sormais recommandĆ©e comme add-on au traitement existant. d) La luminothĆ©rapie a Ć©galement reƧu une nouvelle recommandation en cas de dĆ©pression qui ne suit pas un modĆØle saisonnier.
Dans la deuxiĆØme partie de son exposĆ©, le Dr HƤttenschwiler a parlĆ© en dĆ©tail sur les traitements aigus de la dĆ©pression unipolaire conformes aux directives. Il a soulignĆ© lāāimportance dāāune Ć©valuation approfondie. Dans ce contexte, le questionnaire BDI (inventaire de Beck pour la dĆ©pression) est un instrument important de base tout comme pour le suivi de lāāĆ©volution. Lāāobjectif Ć court terme dāāun traitement antidĆ©presseur aigu est la rĆ©mission, quāāon espĆØre obtenir par les quatre Ć©lĆ©ments fondamentaux du traitement psychiatrique: lāāaccompagnement actif-attentif ou les mesures de faible intensitĆ©, le traitement psychothĆ©rapeutique, le traitement mĆ©dicamenteux ainsi que des mesures complĆ©mentaires non mĆ©dicamenteuses. Parmi ces derniĆØres, on trouve la thĆ©rapie corporelle et la thĆ©rapie par le mouvement, la sociothĆ©rapie et lāāergothĆ©rapie, les principes basĆ©s sur lāāalimentation, les thĆ©rapies artistiques ainsi que des interventions de la mĆ©decine complĆ©mentaire et alternative.
LāāintensitĆ© des Ć©pisodes dĆ©pressifs dĆ©termine lāāintensitĆ© des mesures: En cas dāāĆ©pisodes dĆ©pressifs lĆ©gers, les mesures appropriĆ©es sont de faible intensitĆ©, en intĆ©grant le cas Ć©chĆ©ant des interventions via Internet et des applications mobiles dans le concept thĆ©rapeutique global. En cas dāāabsence dāāamĆ©lioration, dāāaggravation de la symptomatologie ainsi que de rĆ©cidive dāāĆ©pisodes aigus de faible gravitĆ©, une psychothĆ©rapie doit ĆŖtre envisagĆ©e en premier lieu. Les antidĆ©presseurs sont utilisĆ©s en deuxiĆØme intention.
Dans le traitement des dĆ©pressions aiguĆ«s modĆ©rĆ©es et sĆ©vĆØres, il est conseillĆ© de proposer Ć titre Ć©quivalent une psychothĆ©rapie ou un traitement mĆ©dicamenteux. En cas dāāĆ©pisodes aigus graves, il convient de prescrire un traitement combinant la pharmacothĆ©rapie et la psychothĆ©rapie. Lāāadjonction de benzodiazĆ©pines et de substances Z est Ć©galement possible.
En cas de dĆ©pression psychotique, un traitement mĆ©dicamenteux associant un antidĆ©presseur et un antipsychotique est indiquĆ©e. Dans ces cas, en tant quāāadd-on, des interventions via Internet et des applications mobiles peuvent ĆŖtre proposĆ©es. Au dĆ©but de la psychothĆ©rapie, les patient/es doivent ĆŖtre informĆ©s des effets secondaires possibles, et un monitoring rĆ©gulier de lāāāadhĆ©sion et de lāāāefficacitĆ© doit ĆŖtre effectuĆ©. En cas de non-rĆ©ponse aprĆØs 6 Ć 10 sĆ©ances une recherche des causes devrait suivre.
«Aiguiser son regard diagnostique»
Dans un cours accĆ©lĆ©rĆ© sur le diagnostic diffĆ©rentiel de la dĆ©pression, le Professeur Annette Brühl a montrĆ© lāāāimportance des diagnostics diffĆ©rentiels psychiatriques. En effet, les comorbiditĆ©s ne sont pas seulement frĆ©quentes dans les maladies dĆ©pressives, elles sont souvent la rĆØgle. Ainsi, 59ā% des patients ayant un dia- gnostic de dĆ©pression Ć vie dĆ©veloppent au moins une maladie anxieuse comorbide au cours de leur vie. Les maladies anxieuses prĆ©cĆØdent gĆ©nĆ©ralement la dĆ©pression. Elles sont Ć©galement considĆ©rĆ©es des facteurs de risque de rĆ©currence de la dĆ©pression. La recommandation du professeur Brühl concernant le diagnostic de lāāāĆ©volution concordent avec les lignes directrices S3 actuelles de la DGPPN: Au cours du traitement, il faut observer les patient/es et ne pas sāāāarrĆŖter au premier diagnostic, donc aiguiser le Ā«regard diagnostiqueĀ». En particulier en cas de non-rĆ©ponse aux antidĆ©presseurs et Ć la psychothĆ©rapie, il convient de vĆ©rifier le diagnostic et de rechercher de maniĆØre ciblĆ©e des symptĆ“mes supplĆ©mentaires qui pourraient indiquer des comorbiditĆ©s (2). Le professeur Brühl a soulignĆ© en outre lāāāimportance dāāāun travail diagnostique consciencieux dĆ©jĆ au premier diagnostic, et a fait rĆ©fĆ©rence Ć lāāāoutil Ā«MINIĀ» (mini international neuropsychiatric interview) disponible gratuitement qui permet dāāāexaminer en peu de temps un large Ć©ventail de troubles possibles (3). Ćtant donnĆ© quāāāoutre les comorbiditĆ©s psychiatriques, de nombreuses comorbiditĆ©s (chroniques) somatiques (endocriniennes, cardiovasculaires, neurologiques, etc.) existent, des mĆ©thodes diagnostiques telles que des analyses de sang ou dāāāimagerie (si indiquĆ©es!) seraient bĆ©nĆ©fiques.
Ā«Les maladies dĆ©pressives sont frĆ©quentes, rĆ©elles, non impu- tables Ć lāāāindividu, et surtout: elles sont traitablesĀ». Cāāāest par cette dĆ©cla- ration importante que le Professeur Dr Dr h. c. Siegfried Kasper commenƧait son exposĆ© sur le traitement de la dĆ©pression rĆ©sistante au traitement. Un tiers des patient/es ne rĆ©pond malheureusement pas de maniĆØre suffisante Ć la pharmacothĆ©rapie administrĆ©e. En cas de deux ou plusieurs thĆ©rapies sans succĆØs ā malgrĆ© un dosage et un temps appropriĆ©s ā, on parle de dĆ©pression rĆ©fractaire Ć la thĆ©rapie (DRT). En consĆ©quence, le risque de comorbiditĆ©s, dāāāhospitalisations, de durĆ©e dāāāhospitalisation et le taux de suicide augmentent. Bien que le lien entre plusieurs facteurs cliniques et la DRT est connue, le corps mĆ©dical nāāa pas rĆ©ussi Ć ce jour dāāidentifier de faƧon fiable les groupes Ć risque et de prĆ©dire la rĆ©sistance au traitement.
AprĆØs un bref aperƧu sur les antidĆ©presseurs disponibles, le Prof Kasper a donnĆ© une vue dāāensemble sur les mĆ©dicaments add-on actuellement les plus utilisĆ©s. En particulier il a mis en lumiĆØre la thĆ©rapie augmentĆ©e par lāāeskĆ©tamine et la quĆ©tiapine pour conclure que lāāĆ©vidence parle pour lāāeskĆ©tamine en comparaison avec les antipsychotiques de deuxiĆØme gĆ©nĆ©ration ou des approches alternatives. En consĆ©quence, lāāeskĆ©tamine dans le consensus dāāexperts de lāāAPE sur la prise en charge de la DRT a Ć©tĆ© particuliĆØrement mis en Ć©vidence et intĆ©grĆ© comme traitement de troisiĆØme intention dans lāāalgorithme du traitement de la DRT (Fig. 1) (4). Cependant, le Prof Kasper a soulignĆ© que dāāautres donnĆ©es issues de la pratique clinique sont nĆ©cessaires pour Ć©tayer lāāĆ©tat des connaissances dans la pratique.
Le Prof Kasper a consacrĆ© la deuxiĆØme partie de son exposĆ© Ć la schizophrĆ©nie, qui touche environ 1ā% de la population. Il a passĆ© en revue les principaux traits caractĆ©ristiques de la schi- zophrĆ©nie ainsi que les 5 domaines de symptĆ“mes et les cibles thĆ©rapeutiques des neuroleptiques et des antipsychotiques.
Concernant lāāĆ©volution de la maladie, il est important de sou- ligner que la phase de lāāĆ©volution prĆ©coce se caractĆ©rise surtout par des symptĆ“mes non spĆ©cifiques puis des symptĆ“mes nĆ©gatifs. Le temps qui sāāĆ©coule jusquāāau diagnostic joue un rĆ“le essen- tiel, a soulignĆ© le Prof Kasper, car plus longtemps un Ć©pisode reste sans diagnostic, plus les symptĆ“mes nĆ©gatifs et dĆ©ficitaires sāāexpriment. La morphologie et le volume du cerveau sont influencĆ©s par les thĆ©rapies mĆ©dicamenteuses et peuvent donc ĆŖtre utilisĆ©s comme prĆ©dicteurs de lāāissue clinique. En ce qui concerne les traitements mĆ©dicamenteux de la schizophrĆ©nie le Prof Kasper a fait rĆ©fĆ©rence Ć la dĆ©claration de consensus actuelle (5) et a donnĆ© un aperƧu complet du traitement des diffĆ©rents domaines de symptĆ“mes, notamment des symptĆ“mes affectifs.
En conclusion de son exposĆ©, le Prof Kasper a soulignĆ© une nouvelle fois lāāimportance de la pharmacodynamie, car la mĆ©tabolisation des substances diffĆØre dāāun individu Ć lāāautre. Cāāest pourquoi il faudrait idĆ©alement dĆ©terminer la non-rĆ©ponse par la dĆ©termination des cytochromes concernĆ©s et il faudrait Ć©galement sāāassurer de la compliance des patients, car Ā«les mĆ©di- caments nāāagissent que chez les patient/es, qui les prennentĀ».
«Nous avons déjà beaucoup gagné si nous ne faisons pas de mal à nos patient/es avec la thérapie»
Outre la résistance à la thérapie, les effets secondaires de la psy- chothérapie sont également un sujet à prendre au sérieux. Ces effets secondaires peuvent être considérables discutait dans son exposé le Professeur Dr med Michael Linden, psychologue diplÓmé.
Globalement, la psychothĆ©rapie entraĆ®ne des effets secondaires graves chez environ 5 Ć 10ā% des patient/es, et un autre 5 Ć 10ā% subissent des effets secondaires permanents. Ce taux est donc considĆ©rable, Ć©galement par rapport Ć la pharmacothĆ©rapie. Avec un exemple tirĆ© de la chirurgie le Prof Linden souligne que les effets secondaires Ā«intentionnelsĀ» doivent Ć©galement ĆŖtre reconnus comme tels. Auparavant lāāablation radicale dāāun carcinome mammaire Ć©tait considĆ©rĆ©e comme nĆ©cessaire, cāāest pourquoi la mutilation Ć©tait consciemment acceptĆ©e. Il sāāagissait nĆ©anmoins dāāun effet secondaire grave chez les patientes. En psychothĆ©rapie, il existe de mĆŖmes problĆØmes: par exemple, le divorce dans une relation toxique en raison de la thĆ©rapie nāāest pas considĆ©rĆ© comme un effet secondaire, mais comme une intention. Pourtant, avec la bonne thĆ©rapie, le cas Ć©chĆ©ant, la situation aurait Ć©tĆ© gĆ©rable. Selon le Prof Linden, la recherche sur les effets secondaires est compliquĆ©e, car il nāāexiste que peu de directives internationa-les. De plus, il nāāexiste guĆØre dāāĆ©tudes permettant dāāĆ©valuer les effets secondaires de la psychothĆ©rapie. Les thĆ©rapeutes (m/f) sont souvent victimes dāāun Ā«biais positifĀ»: Si les patient/es Ć©voluent bien, cāāest que le travail a Ć©tĆ© bien fait. Si ce nāāest pas le cas, cāāest probablement la faute aux patient/es. En plus de leur Ā«biais positifĀ», les thĆ©rapeutes (m/f) doivent aussi ĆŖtre conscients du Ā«biais nĆ©gatifĀ» des patient/es. DĆ©jĆ lors de lāāanamnĆØse, il faut tenir compte du fait que la mĆ©moire des patient/es dĆ©pend de leur Ć©tat actuel. LāāanamnĆØse Ć elle seule peut, par exemple, induire des souvenirs eronnĆ©s, conduire Ć une aggravation des problĆØmes et une dĆ©moralisation. Enfin, une relation particuliĆØrement bonne entre le thĆ©rapeute et le patient peut ĆŖtre un signe dāāun effet secondaire, car cela peut entraĆ®ner une dĆ©pendance du patient.
Le Prof Linden rĆ©sume que toute thĆ©rapie qui fonctionne, a aussi des effets secondaires ce dont nous devons ĆŖtre conscients. Pour conclure, il prĆ©sente encore son livre Ā«Recensement des effets secondaires de la psychothĆ©rapieĀ». Ā«Cāāest un livre mince. A son Ć©paisseur vous reconnaĆ®trez quāāil reste encore beaucoup de recherches Ć faireĀ».
«Lost in Transition»
La Prof Dr med Kerstin von Plessen a mis en lumiĆØre les questions centrales de la Ā«Transition-age-youthĀ» (TAY), le passage de lāāadolescence Ć lāāĆ¢ge adulte, et a traitĆ© le changement de prise en charge de la psychiatrie pour enfants et adolescents vers la psychiatrie pour adultes. Cette pĆ©riode critique entre 16 et 25 ans est marquĆ©e par divers dĆ©fis psychiques, et de nombreux troubles apparaissent ou sāāaggravent de maniĆØre accrue durant cette phase. TAY a Ć©galement une grande importance sur le plan international/global : dans lāāhĆ©misphĆØre sud jusquāāĆ 30ā% de la population a moins de 24 ans et se trouve donc dans la phase de transition.
Cette phase de vie dĆ©clenchĆ©e par le dĆ©but de la pubertĆ© prĆ©sente de nombreux dĆ©fis, comme le dĆ©tachement de lāāadolescent de la famille, la dĆ©couverte de sa propre identitĆ© ou la dĆ©pendance vis- Ć -vis des pairs. Aussi des facteurs biologiques jouent un rĆ“le, car des changements hormonaux et une sensibilitĆ© accrue pour des stimuli Ć©motionnels se produisent. Il est intĆ©ressant de noter que la plupart des maladies psychiques se manifestent avant lāāĆ¢ge de 24 ans, avec un pic autour de 14 ans.
Pourtant, selon la Prof von Plessen, cāāest prĆ©cisĆ©ment Ć lāāĆ¢ge TAY que se situe le dĆ©ficit de traitement. Seuls environ 10ā% des jeunes adultes connaissent une transition en douceur entre la psychiatrie pour enfants Ć la psychiatrie pour adultes ā les autres se trouvant donc Ā«lost in transitionĀ». Dans ce domaine une approche commune du problĆØme doit avoir lieu. Un manque de continuitĆ© thĆ©rapeutique et le manque de collaboration entre les diffĆ©rents spĆ©cialistes sont les principaux problĆØmes lors de la transition vers la psychiatrie adulte. La transition optimale nĆ©cessite une planification, lāāintĆ©gration des familles, une communication claire et un suivi continu. Il est surtout important dāāatteindre les personnes qui ne rĆ©ussissent pas cette transition a soulignĆ© la Prof von Plessen. Des modĆØles de transition variĆ©es, dont des Ć©quipes de transition et des programmes intĆ©grĆ©s, peuvent faciliter cette phase. Il ne faut non plus se baser uniquement sur le systĆØme de santĆ©, dāāautres facteurs tels que les mĆ©dias, les pairs, lāāĆ©ducation et la famille jouent un rĆ“le important. Un concept de soins pour cette phase psychiatrique de transition doit toujours tenir compte du fait que les jeunes ont tendance Ć ne recourir que trĆØs peu aux services psychiatriques traditionnels. Il est donc prĆ©fĆ©rable de recourir Ć des settings et services spĆ©cifiques, adaptĆ©s Ć ce groupe dāāĆ¢ge pour atteindre les jeunes. Dans lāāensemble, pendant la phase de transition, des compĆ©tences combinĆ©es ou complĆ©mentaires de la pĆ©dopsychiatrie et de la psychiatrie pour adultes sont nĆ©cessaires pour traiter les adolescents de maniĆØre optimale dans les Ć©tablissements cliniques. La Prof von Plessen le rĆ©sume ainsi: Ā«Il nous faut quelquāāun qui comprenne Ć la fois les grands et les petitsĀ».
«La dépression est un problème mondial»
Avec son intĆ©ressant dĆ©tour vers lāāAfrique, la Prof Dr med Kristina Adorjan, de lāāUniversitĆ© de Berne, a Ć©clairĆ© le public sur la problĆ©matique globale de la dĆ©pression: 4.4ā% de la population mondiale est touchĆ©e par la dĆ©pression, et lāāAfrique est mĆŖme au-dessus de la moyenne mondiale avec une prĆ©valence de 6ā% chez les femmes. Dans son travail la Prof Adorjan se concentre sur lāāĆthiopie, où environ 15ā% des adultes souffrent dāāune maladie mentale. Alors quāāon observe Ć bien dāāendroits une tendance Ć une plus grande prise de conscience des maladies psychiatriques, il reste en Afrique encore beaucoup de travail dāāinformation et de dĆ©stigmatisation Ć faire. Une campagne contre la stigmatisation et pour la crĆ©ation dāāoptions de traitement a Ć©tĆ© initiĆ©e, passant par la formation ciblĆ©e du personnel mĆ©dical. Ć cette fin, la Pre Adorjan et ses collĆØgues ont crƩƩ un programme de master spĆ©cial, qui a dĆ©jĆ Ć©tĆ© suivi par plus de 100 Ć©tudiants desquels beaucoup sont restĆ©s en Ćthiopie aprĆØs lāāobtention de leur diplĆ“me (6). Par son travail, la Prof Adorjan souhaite promouvoir un dĆ©veloppement durable qui renforce lāāinfrastructure universitaire afin que plus de personnes voient des opportunitĆ©s dans leur pays dāāorigine.
Elle a elle-mĆŖme menĆ© des Ć©tudes biologiques en Ćthiopie, en mettant lāāaccent sur le lien entre des expĆ©riences traumatiques, la consommation de la plante amphĆ©taminique khat et lāāapparition de psychoses (7). Le khat est largement cultivĆ© en Ćthiopie et consommĆ© quotidiennement par de nombreuses personnes. Pour tester les alcaloĆÆdes du khat dans lāāurine, la Prof Adorjan a mis en place une mĆ©thode HPLC dans le pays. Avec son Ć©quipe, ils ont pu constater que la consommation de khat, en cas dāāĆ©vĆ©nement traumatique, peut augmenter la probabilitĆ© dāāapparition de symptĆ“mes psychotiques.
En quittant rĆ©cemment lāāuniversitĆ© LMU de Munich Ć lāāUniver- sitĆ© de Berne, la Prof Adorjan veut garder son focus de travail Ā«Global Mental HealthĀ» et crĆ©er de nouvelles collaborations aussi en Suisse. Sa vision est de dĆ©velopper des coopĆ©rations et infrastructures, afin de pouvoir intĆ©grer Ć lāāavenir des pays africains dans des consortiums et congrĆØs internationaux. Dans lāāensemble, il sāāagit de dĆ©stigmatiser les maladies psychiatriques.
red
AbbrƩviations
DGPPN: Deutsche Gesellschaft für Psychiatrie, Psychotherapie und Nervenheilkunde
SGAD: Schweizerische Gesellschaft für Angst und Depression / SOCIĆTĆ SUISSE POUR LāANXIĆTĆ ET LA DĆPRESSION
SGBP: Schweizerische Gesellschaft für Biologische Psychiatrie / SSBP Société Suisse de Psychiatrie Biologique
SGPP: Schweizerische Gesellschaft für Psychiatrie und Psychotherapie / Société Suisse de psychiatrie et psychothérapie
WPA: World Psychiatric Association
HPLC: Chromatographie en phase liquide Ć haute performance
1. Die Behandlung der unipolaren depressiven Stƶrungen: Update 2024 der schweizerischen Gesellschaften fuĢr Angst und Depression (SGAD), fuĢr biologische Psychiatrie (SGBP) und fuĢr Psychiatrie und Psychotherapie (SGPP). In Bearbeitung.
2. S3-Leitlinie/Nationale Versorgungsleitlinie Ā«Unipolare DepressionĀ» der Deutschen Gesellschaft fuĢr Psychiatrie, Psychotherapie und Nervenheilkunde (DGPPN). 3. Auflage, Version 3.2, Juli 2023. www.versorgungsleitlinien.de.
3. Sheehan DV, et al. The Mini-International Neuropsychiatric Interview (M.I.N.I.): the development and validation of a structured diagnostic psychiatric interview for DSM-IV and ICD-10. J Clin Psychiatry. 1998;59 Suppl 20:22ā57.
4. Kasper S, et al. Practical recommendations for the management of treatment-resistant depression with esketamine nasal spray therapy: Basic science, evidence-based knowledge and expert guidance. World J Biol Psychiatry. 2021;22(6):468-482.
5. Rujescu D, et al. Schizophrenie: Medikamentƶse Therapie. Konsensus-Statement ā State-of-the-Art 2023. Sonderheft JATROS Neurologie & Psychiatrie, November 2023
6. Soboka M, et al. Evaluation of a Master of Science in Integrated Clinical and Community Mental Health (MSc ICCMH) program in Ethiopia. Ger Med Sci. 2018;16:Doc04.
7. Adorjan K, et al. Khat use and occurrence of psychotic symptoms in the general male population in Southwestern Ethiopia: evidence for sensitization by traumatic experiences. World Psychiatry. 2017;16(3):323. doi:10.1002/wps.20470














