Cet article vise Ć survoler lāāactualitĆ© du cancer de la prostate, vu par lāāurologue, au travers de cinq questions permettant de ne couvrir que trĆØs partiellement cette thĆ©matique Ć©tendue. Ainsi la premiĆØre question traite de lāāincidence du cancer de la prostate et la deuxiĆØme passe en revue les diffĆ©rents facteurs de risques. La troisiĆØme question introduit le sujet trĆØs dĆ©battu du dĆ©pistage de ce cancer frĆ©quent. La quatriĆØme question fait le point sur la modalitĆ© dāāimagerie qui a rĆ©volutionnĆ© la stratification du risque et le diagnostic. Finalement, la cinquiĆØme question met en perspective lāāĆ©volution robotique en chirurgie oncologique de la prostate.
Le cancer de la prostate est le 2ĆØme cancer le plus frĆ©quent chez lāāāhomme dans le monde, aprĆØs le cancer du poumon. Toutefois, dans les pays Ć produit intĆ©rieur brut Ć©levĆ©, par exemple les Etats-Unis, lāāEurope de lāāouest et la Suisse, le cancer de la prostate est de loin le plus frĆ©quent. Il est estimĆ© que plus dāāun million de cancers de prostate sont diagnostiquĆ©s dans le monde chaque annĆ©e, ce qui reprĆ©sente plus de 15% de tous les cancers chez lāāhomme (1). Le risque de dĆ©velopper un cancer de la prostate augmente avec lāāĆ¢geā; lāāĆ¢ge moyen au moment du diagnostic est de 69 ans. Il est le plus souvent asymptomatique et de ce fait le dĆ©pistage prend tout son sens.
Existe-t-il une augmentation de lāāincidence du cancer de la prostateā?
En raison de lāāaugmentation de lāāespĆ©rance de vie et de lāāutilisation de moyens de dĆ©pistage et de diagnostic, de plus en plus de cancers sont dĆ©tectĆ©s. GrĆ¢ce aux diffĆ©rents traitements Ć disposition, lāāespĆ©rance de vie aprĆØs un diagnostic de cancer de la prostate augmente dans la plupart des pays.
Lāāincidence du cancer de la prostate varie Ć©normĆ©ment dāāune rĆ©gion Ć lāāautre, selon lāāutilisation dāāun dĆ©pistage (examen par toucher rectal et dosage du PSA dĆØs 50 ans) et selon le vieillissement et lāāespĆ©rance de vie moyenne de la population masculine. Les pays les plus touchĆ©s sont les Etats-Unis, lāāAustralie et lāāEurope (environ 100 cancers par 100ā000 habitants). Lāāincidence la plus faible est observĆ©e en Asie avec 5-10 cas de cancer de prostate par 100ā000 habitants (1, 2). En Suisse, plus de 6ā000 hommes sont nouvellement diagnostiquĆ©s dāāun cancer de la prostate chaque annĆ©e. Le cancer de la prostate reprĆ©sente donc de loin le cancer le plus frĆ©quent chez lāāhomme suisse, devant le cancer du poumon (2ā600 cas par an) et le cancer du cĆ“lon (2ā400 cas par an). Par comparaison, le cancer le plus frĆ©quemment diagnostiquĆ© chez la femme en Suisse est le cancer du sein (6ā000 nouveaux cas par an) (3). MalgrĆ© les disparitĆ©s dāāincidence entre pays, dĆ©pendamment des politiques de dĆ©pistage, nous assistons Ć une augmentation de 3-10% de lāāincidence du cancer de la prostate par an dans la majoritĆ© des pays europĆ©ens (4). Le vieillissement de la population et le dĆ©pistage expliquent en partie cette augmentation. Fort heureusement, la mortalitĆ© liĆ©e au cancer de la prostate diminue dans la plupart des pays europĆ©ens.
A-t-on dĆ©couvert des facteurs de risque modifiablesā?
Les causes et facteurs de risque du cancer de la prostate sont partiellement identifiƩs.
Il existe clairement une prĆ©disposition gĆ©nĆ©tique puisquāāun homme dont le pĆØre a prĆ©sentĆ© un cancer de la prostate a deux fois plus de risque de dĆ©velopper un cancer quāāun homme sans histoire familiale de cancer. Si le pĆØre et un frĆØre ont Ć©tĆ© diagnostiquĆ©s, ce risque est cinq fois supĆ©rieur Ć la population sans histoire familiale. Si le pĆØre et deux frĆØres ont prĆ©sentĆ© un cancer de prostate, le risque est dix fois supĆ©rieur (5, 6). Les hommes dāāAfrique ou de descendance africaine sont plus Ć risque de dĆ©velopper un cancer de la prostate, souvent aussi Ć un Ć¢ge plus jeune et de progression plus agressive (7). Les Ć©tudes gĆ©nĆ©tiques ont identifiĆ© plus dāāune centaine de gĆØnes (par exemple GSTP1, TMPRSS2, HOXB13, BRCA1/2) jouant un rĆ“le probable dans la survenue du cancer de la prostate (8). Suite Ć lāāobservation dāāune augmentation du risque de cancer de prostate chez les Ć©migrĆ©s japonais (faible risque de cancer de prostate) vivant aux Etats-Unis (9), une multitude de facteurs diĆ©tĆ©tiques et environnementaux ont Ć©tĆ© suspectĆ©s. Toutefois, Ć ce jour, aucun facteur nāāest clairement Ć©tabli. Le tableau 1 ci-dessous rĆ©sume les diffĆ©rents facteurs de risque Ć©tudiĆ©s et les conclusions des Ć©tudes (10). Toutefois, ces Ć©tudes peinent Ć Ć©tablir tout lien de causalitĆ©. De ce fait, aucune stratĆ©gie prĆ©ventive nāāest recommandĆ©e.
Quel est le rĆ“le du dĆ©pistage par le PSA en 2020ā?
Le dĆ©pistage du cancer de la prostate est lāāun des sujets les plus controversĆ©s de lāāhistoire mĆ©dicale. Inutile donc de tenter de mettre fin au dĆ©bat en quelque lignes dans cet article. La littĆ©rature rĆ©cente dĆ©montre toutefois les aspects suivants :
- Le dépistage permet de détecter plus de cancers à un stade localisé (11).
- Depuis que la US Preventive Services Task Force a dĆ©couragĆ© le dĆ©pistage (12), une augmentation des cas de cancer de prostate mĆ©tastatique continue dāāĆŖtre observĆ©e au Ćtats-Unis (13).
- La mise Ć jour de lāāĆ©tude ERSPC avec un suivi Ć 16 ans montre des Ā« number needed to screen Ā» et Ā« number needed to treat Ā» intĆ©ressants, de 570 et 18 patients, respectivement (14), en dessous des mĆŖmes indices pour le cancer du sein. Sur la base de ces observations, lāāEuropean Association of Urology recommande un dĆ©pistage individualisĆ© chez des patients informĆ©s Ć risque de cancer de la prostate (tab. 2) ayant une espĆ©rance de vie de >10-15 ans (15). Bien quāāune multitude dāāautres marqueurs biologiques (sanguins et urinaires, tab. 3) soient disponibles, aucun nāāa pour lāāinstant surpassĆ© le PSA en pratique courante (15). NĆ©anmoins, ces derniers permettent souvent une meilleure stratification du risque et pourraient Ć©viter un certain nombre de biopsies (16).
LāāIRM reprĆ©sente-t-elle lāāoutil diagnostic ultimeā?
Au cours des 10 derniĆØres annĆ©es, lāāIRM multiparamĆ©trique de la prostate sāāest progressivement imposĆ©e comme un outil de stratification du risque et dāāaide au diagnostic. Elle permet de diagnostiquer et localiser plus de cancers significatifs (ISUP grade ā„2) et moins de cancer non-significatifs (ISUP grade 1 ou cancer de <5mm) (17). Ainsi, le schĆ©ma toucher rectal ā PSA ā biopsies transrectales systĆ©matiques (12 biopsies permettant lāāĆ©chantillonnage des 6 rĆ©gions prostatiques) a Ć©tĆ© modifiĆ© par lāāIRM (fig.ā1). Avec une sensibilitĆ© de plus de 90% pour la dĆ©tection des cancers significatifs, la question se pose de savoir si les biopsies ciblĆ©s (gĆ©nĆ©ralement 1-3 biopsies dans la lĆ©sion cible visualisĆ©e par lāāIRM) seules pourraient ĆŖtre entreprises, en omettant les biopsies systĆ©matiques. Le tableau 4 rĆ©sume les rĆ©sultats des diffĆ©rentes Ć©tudes (15). Au final, pour lāāinstant en pratique courante, les biopsies systĆ©matiques et ciblĆ©es sont rĆ©alisĆ©es en complĆ©mentaritĆ©.
LāāIRM reprĆ©sente donc un outil puissant permettant dāāamĆ©liorer la prĆ©cision du diagnostic et permet une meilleure stratification du risque. Toutefois, la variabilitĆ© inter-observateurs nāāest pas encore rĆ©solue et limite donc son utilisation Ć des centres experts. De plus, la mĆ©thode de ciblage (tab. 5) peut faire dĆ©faut et ainsi aboutir Ć une biopsie faussement nĆ©gative.
La chirurgie robotique a-t-elle dĆ©montrĆ© sa supĆ©rioritĆ©ā?
La chirurgie, comme la radiothĆ©rapie, reprĆ©sente le traitement curatif de choix du cancer de la prostate localisĆ© de risque intermĆ©diaire. Elle peut ĆŖtre rĆ©alisĆ©e par voie ouverte, par laparoscopie standard ou par laparoscopie robot-assistĆ©e. LāāĆ©volution robotique combine les avantages de la chirurgie ouverte (manipulation intuitive des instruments simulant le geste de la main du chirurgien, vision 3D) Ć ceux de la chirurgie laparoscopique (meilleure visualisation du pelvis, diminution des saignements et des infections, rĆ©duction de la douleur). Plusieurs Ć©tudes comparant ces diffĆ©rentes techniques nāāont pas permis dāāasseoir la supĆ©rioritĆ© de lāāune des techniques sur les autres. Bien que la plupart des Ć©tudes sāāaccordent sur une durĆ©e de sĆ©jour et des pertes sanguines rĆ©duites ainsi quāāune rĆ©cupĆ©ration fonctionnelle plus rapide par lāāapproche robotique, les rĆ©sultats oncologiques et fonctionnels Ć moyen terme semblent comparables (18, 19). NĆ©anmoins, la plupart de ces Ć©tudes sont issues de centres experts ; de ce fait les diffĆ©rences sont certainement marginales et lissĆ©es par lāāexpĆ©rience des chirurgiens et le volume opĆ©ratoire de ces centres. En pratique, la grande majoritĆ© des prostatectomies en Suisse sont rĆ©alisĆ©es par voie robot-assistĆ©e ; la laparoscopie standard a Ć©tĆ© totalement abandonnĆ©e et la chirurgie ouverte est rĆ©servĆ©e aux rares contre-indications Ć la chirurgie robotique, aux complications ou aux Ć©quipes nāāayant pas dāāaccĆØs au robot.

En dĆ©finitive, malgrĆ© lāāabsence de preuves scientifiques formelles de supĆ©rioritĆ©, la chirurgie robotique sāāimpose dans les pays dont le systĆØme de santĆ© permet dāāy recourir. Cet outil puissant nĆ©cessite toutefois une courbe dāāapprentissage et une maitrise de son environnement afin de parvenir Ć dāāexcellents rĆ©sultats.
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SpƩcialiste FMH urologie et urologie opƩratoire
Urolife
Avenue des BergiĆØres 2
1004 Lausanne
yannick.cerantola@urolife.ch
Lāāauteur affirme quāāil nāāy a pas de conflit dāāintĆ©rĆŖts en rapport avec cet article.
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