Intelligence artificielle et lettres de sortie

MalgrĆ© l’informatisation du dossier mĆ©dical, la lettre de sortie reste un Ć©lĆ©ment incontournable du parcours hospitalier d’un-e patient-e.

Son objectif principal reste de transmettre des informations (investigations, rĆ©flexions thĆ©rapeutiques, interventions et traitements) valides et exhaustives concernant le sĆ©jour hospitalier, ainsi que les propositions pour la suite de la prise en charge. Cet exercice exigeant permet (devrait permettre !) aussi de poursuivre un objectif pĆ©dagogique de formation Ć  la pensĆ©e synthĆ©tique, structurĆ©e et concise. Plus rĆ©cemment, un objectif purement financier est venu s’ajouter Ć  ces deux objectifs, allant parfois jusqu’à les supplanter au point de brouiller les prioritĆ©s. Cette Ć©volution a contribuĆ© sans aucun doute au sentiment de surcharge Ā«administrativeĀ» du corps mĆ©dical, mĆŖme si cette transmission d’informations reste une mission aussi importante que celle de soigner. L’intelligence artificielle (IA) pourra-t-elle nous aider? C’est ce que les rĆ©sultats d’une Ć©tude rĆ©cente nous font miroiter (1).

Les investigateurs ont extrait au hasard les dossiers de cent patients hospitalisĆ©s de 3 Ć  6 jours en mĆ©decine et demandĆ© Ć  un modĆØle d’IA de type Ā«large language modelsĀ» (LLM) de gĆ©nĆ©rer une lettre de sortie. Celle-ci et la lettre de sortie initiale produite par le mĆ©decin en charge ont ensuite Ć©tĆ© comparĆ©es et Ć©valuĆ©es Ć  l’aveugle par 22 mĆ©decins en termes d’exhaustivitĆ©, de clartĆ© et de concision, ainsi que d’éventuelles erreurs (imprĆ©cisions, omissions, et hallucinations = informations totalement erronĆ©es).

RĆ©sultat? Les lettres gĆ©nĆ©rĆ©es par AI Ć©taient jugĆ©es plus claires et plus concises, mais moins exhaustives. Elles contenaient aussi plus souvent une erreur, mais dont les consĆ©quences potentielles ne diffĆ©raient pas de celles contenues dans la lettre de sortie initiale. Globalement, les reviewers n’ont exprimĆ© aucune diffĆ©rence de prĆ©fĆ©rence pour l’un ou l’autre type de lettre.

Au total, la qualitĆ© des deux types de lettres de sortie Ć©taient similaires et, surtout, amĆ©liorables. Les auteurs proposent donc d’envisager une approche combinant un premier jet gĆ©nĆ©rĆ© par l’IA suivi d’une relecture par le mĆ©decin afin d’éliminer les erreurs et amĆ©liorer l’exhaustivitĆ©. MĆŖme si l’on peut craindre que ce soit dĆ©sormais l’IA qui rĆ©ponde Ć  l’objectif pĆ©dagogique de clartĆ© et concision, cela paraĆ®t ĆŖtre une excellente opportunitĆ© pour s’attaquer au problĆØme de la surcharge Ā«administrativeĀ». ƀ nous de garantir que l’exercice de relecture reste rigoureux!

Pr Christophe Büla

Service de GƩriatrie et rƩadaptation gƩriatrique,
Centre hospitalier universitaire vaudois
Ch. de Mont Paisible 16
1011 Lausanne

Journal Watch de nos experts

Un Nutri-Score défavorable augmente le risque de ­maladies cardiovasculaires

Les aliments dont le Nutri-Score est Ć©levĆ© ont un effet nĆ©gatif sur la santĆ© Ć  long terme. Le Nutri-Score fournit donc aux consommateurs une information simple sur les effets de leur alimentation sur leur santĆ©, grĆ¢ce Ć  un Ā­systĆØme de feux tricolores. Il convient toutefois de tenir compte des limites de ces auto-Ć©valuations, car les Ā­donnĆ©es prĆ©sentent Ć©galement des incohĆ©rences, comme un indice de masse corporelle (IMC) plus Ć©levĆ© dans le groupe ayant la meilleure alimentation selon le Nutri-Score par rapport au groupe ayant la pire alimentation. De plus, la qualitĆ© de l’alimentation n’a Ć©tĆ© Ć©valuĆ©e qu’au moment de l’inclusion dans l’étude.

Question
L’alimentation selon le Nutri-Score a-t-elle une influence sur le risque de maladies cardiovasculaires?

Lieu de l’étude
Vingt-trois centres de dix pays europĆ©ens ont participĆ© Ć  l’étude EPIC (European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition).

Contexte
DĆ©veloppĆ© par des scientifiques de l’universitĆ© de Paris, le Nutri-Score utilise les couleurs des feux de signalisation et une Ć©chelle de 5 niveaux (de A Ć  E) pour indiquer aux consommateurs si un aliment a des effets nĆ©fastes sur la santĆ© en raison de sa teneur Ć©levĆ©e en sucre, en acides gras saturĆ©s et en sel, ainsi que de sa valeur Ć©nergĆ©tique Ć©levĆ©e. En Suisse, certains fabricants ont rĆ©cemment annoncĆ© leur intention de ne plus apposer le Nutri-Score sur leurs produits, car il pourrait semer la confusion chez les consommateurs. Des Ć©tudes antĆ©rieures avaient dĆ©jĆ  montrĆ© les effets nĆ©fastes de la consommation de nombreux aliments ayant un mauvais Nutri-Score sur les maladies cardiovasculaires.

CritĆØres d’inclusion et d’exclusion
Des adultes Ć¢gĆ©s de 25 Ć  70 ans au dĆ©but de l’étude. Les personnes ayant des antĆ©cĆ©dents d’infarctus du myocarde ou d’accident vasculaire cĆ©rĆ©bral, ou ayant subi un tel Ć©vĆ©nement au cours des deux premiĆØres annĆ©es du suivi, ont Ć©tĆ© exclues.

MƩthode
Entre 1992 et 2010, l’étude EPIC a recueilli des donnĆ©es nutritionnelles auprĆØs de plus d’un demi-million de personnes, qu’elle a ensuite mises en relation avec des cancers ultĆ©rieurs, mais aussi avec des Ć©vĆ©nements cardiovasculaires.
Entre 1992 et 2010, l’étude EPIC a recueilli des donnĆ©es nutritionnelles auprĆØs de plus d’un demi-million de personnes, puis les a mises en relation avec des cancers et des Ć©vĆ©nements cardiovasculaires survenus par la suite. Dix pays europĆ©ens ont participĆ© Ć  l’étude et les donnĆ©es de sept d’entre eux ont Ć©tĆ© Ć©valuĆ©es pour la prĆ©sente Ć©tude. Le Nutri-Score, qui repose sur une version mise Ć  jour en 2023 du Ā«nutrient profiling system (NPS)Ā» sous-jacent, a Ć©tĆ© utilisĆ© pour analyser les donnĆ©es de 345 533 participants Ć  l’étude EPIC.

ParamĆØtres
Maladies cardiovasculaires, maladie coronarienne, infarctus du myocarde, maladie cƩrƩbrovasculaire et accident vasculaire cƩrƩbral.

RƩsultats
Au cours des 12.3 annĆ©es de suivi, 16 214 premiers Ć©vĆ©nements cardiovasculaires ont Ć©tĆ© enregistrĆ©s, dont:
• 11 009 Ć©vĆ©nements coronariens, dont 6565 infarctus du myocarde.
En outre, 6669 Ć©vĆ©nements cĆ©rĆ©brovasculaires, dont 6245 accidents vasculaires cĆ©rĆ©braux, ont Ć©tĆ© observĆ©s. Un Nutri-Score supĆ©rieur d’un Ć©cart-type augmentait le risque de maladie Ā­cardiovasculaire de 3 % (rapport de risque (HR): 1.03; intervalle de confiance Ć  95 % (IC): 1.01–1.05).
L’augmentation du risque s’est manifestĆ©e comme suit:
• infarctus du myocarde: 3 % (HR 1.03; IC 1.01–1.07);
• Ć©vĆ©nements cĆ©rĆ©brovasculaires: 4 % (HR 1.04; IC 1.01–1.07);
• risque d’accident vasculaire cĆ©rĆ©bral: 4 % (HR 1.04; IC 1.01–1.07). Seul le nombre total d’évĆ©nements coronariens n’a pas augmentĆ© de maniĆØre significative (HR: 1.01; IC: 0.99–1.03), car les angines de poitrine ont Ć©tĆ© prises en compte en plus des infarctus du myocarde. En comparant les participants ayant obtenu le Nutri-Score le plus bas (le plus favorable) Ć  ceux ayant obtenu le Nutri-Score le plus Ć©levĆ©, on a observĆ© 364 Ć©vĆ©nements pour 100 000 participants contre 490 en 12.3 ans.

Commentaire
• Les aliments ayant un Nutri-Score Ć©levĆ© ont un effet nĆ©gatif sur la santĆ© Ć  long terme.
• Le Nutri-Score fournit donc aux consommateurs une information simple sur les effets de leur alimentation sur la santĆ©, grĆ¢ce Ć  un systĆØme de feux tricolores.
• Il convient toutefois de tenir compte des limites de ces auto-Ć©valuations, car les donnĆ©es prĆ©sentent Ć©galement des incohĆ©rences, comme un IMC plus Ā­Ć©levĆ© dans le groupe ayant la meilleure alimentation par rapport au groupe ayant la pire selon le Nutri-Score. De plus, la qualitĆ© de l’alimentation n’a Ć©tĆ© Ć©valuĆ©e qu’au moment de l’inclusion dans l’étude.

Pr Thomas Rosemann

Source
Deschasaux-Tanguy, M. Huybrechts, I. Chantal, J. et al. Nutritional quality of diet characterized by the Nutri-Score profiling system and cardiovascular disease risk: a prospective study in 7 European countries. Lancet Reg Health Europe. 2024; 46:101006
https://www.thelancet.com/journals/lanepe/article/PIIS2666-7762(24)00173-X/fulltext

Anticipation neurale et immunitƩ: le cerveau se prƩpare aux infections virtuelles

Dans le Journal Nature Neuroscience, Sara Trabanelli (universitĆ© de Lausanne, universitĆ© de GenĆØve) et Andrea Ā­Serino (universitĆ© de Lausanne) ont rĆ©sumĆ© des rĆ©sultats Ć©tonnants. PubliĆ©e en juillet 2025, leur Ć©tude dĆ©montre que le cerveau humain peut anticiper la menace d’une infection, mĆŖme lorsqu’elle est uniquement reprĆ©sentĆ©e en rĆ©alitĆ© virtuelle, et dĆ©clencher une rĆ©ponse immunitaire mesurable.

Anticipation cĆ©rĆ©brale dans l’espace pĆ©ripersonnel
Le systĆØme immunitaire rĆ©agit gĆ©nĆ©ralement aprĆØs l’entrĆ©e d’un agent pathogĆØne dans l’organisme. Toutefois, l’étude explore une hypothĆØse diffĆ©rente: le cerveau serait capable de signaler un danger infectieux avant tout contact physique.
Pour ce faire, les chercheurs ont utilisĆ© des avatars en rĆ©alitĆ© virtuelle prĆ©sentant des signes visibles de maladie. Lorsque ces avatars pĆ©nĆ©traient dans l’espace pĆ©ripersonnel (la zone immĆ©diate qui entoure le corps), les participants prĆ©sentaient une activation prĆ©coce de rĆ©gions multisensorielles fronto-pariĆ©tales et du rĆ©seau de saillance. SpĆ©cialisĆ©es dans la dĆ©tection des stimuli menaƧants, ces zones du cerveau rĆ©agissaient dĆ©jĆ  lorsque l’avatar infectieux Ć©tait encore Ć©loignĆ©.

Les réponses immunitaires étaient comparables à celles observées après une vaccination.
Au-delĆ  des mesures neurophysiologiques, l’équipe a analysĆ© le sang des participants. AprĆØs exposition Ć  des avatars infectieux, les cellules lymphoĆÆdes innĆ©es (ILC) et les cellules NK prĆ©sentaient des modifications comparables Ć  celles observĆ©es aprĆØs une vaccination contre la grippe. Les ILC2 et les prĆ©curseurs des ILC augmentaient, tandis que les ILC1 diminuaient, signe d’une mobilisation rapide du systĆØme immunitaire. Cette modulation Ć©tait spĆ©cifique aux stimuli infectieux et ne se produisait pas avec des stimuli neutres ou effrayants.

Un dialogue neuro-immunitaire
Les chercheurs ont ensuite eu recours Ć  l’IRM fonctionnelle et Ć  la modĆ©lisation de la connectivitĆ©. Ils ont ainsi dĆ©montrĆ© que l’anticipation d’une infection virtuelle augmentait les Ć©changes entre le cortex et l’hypothalamus, centre clĆ© de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrĆ©nalien (HPA).

Ce circuit neuro-immunitaire s’accompagnait d’une libĆ©ration de mĆ©diateurs hormonaux et de lipides inflammatoires. Un rĆ©seau neuronal artificiel, entraĆ®nĆ© sur ces donnĆ©es, a permis de prĆ©dire l’activation immunitaire en fonction des taux d’hormones et de mĆ©diateurs lipidiques mesurĆ©s dans le sang.

PortĆ©e et limites de l’étude
Ces rĆ©sultats suggĆØrent que l’organisme ne se contente pas de rĆ©agir aprĆØs une infection, mais qu’il dispose d’une stratĆ©gie anticipatoire: le cerveau prĆ©pare l’immunitĆ© dĆØs qu’il perƧoit une menace dans l’environnement.

Cette dĆ©couverte ouvre la voie Ć  de Ā­nouvelles pistes, notamment dans l’utilisation de la rĆ©alitĆ© virtuelle pour moduler l’immunitĆ©. Toutefois, les auteurs soulignent plusieurs limites:
• Ć©tude exploratoire chez de jeunes adultes en bonne santĆ©,
• comparaison restreinte Ć  une seule vaccination,
• inconnue quant Ć  la gĆ©nĆ©ralisation des rĆ©sultats Ć  d’autres contextes ou populations.

Conclusion
L’étude rĆ©vĆØle une intĆ©gration neuro-immunitaire inĆ©dite: l’anticipation d’une infection, mĆŖme simulĆ©e en rĆ©alitĆ© virtuelle, suffit Ć  dĆ©clencher une activation des dĆ©fenses immunitaires.

Ces donnĆ©es confirment que la barriĆØre entre le systĆØme comportemental et le systĆØme biologique de l’immunitĆ© est plus permĆ©able qu’on ne le pensait. Le cerveau joue un rĆ“le central non seulement pour Ć©viter le danger, mais aussi pour prĆ©parer activement la rĆ©ponse immunitaire.

Pr Walter F. Riesen

Source
Trabanelli, S., Akselrod, M., Fellrath, J. et al. Neural anticipation of virtual infection triggers an immune response. Nat Neurosci (2025).
https://doi.org/10.1038/s41593-025-02008-y

Prophylaxie efficace contre les infections urinaires rƩcurrentes chez la femme

Les infections urinaires (IU) font partie des infections bactĆ©riennes les plus frĆ©quentes chez les femmes et constituent un dĆ©fi croissant en raison de la rĆ©sistance antimicrobienne (RAM) croissante. Bien que les antibiotiques constituent un traitement efficace, ils sont associĆ©s Ć  des risques tels que le dĆ©veloppement d’une rĆ©sistance, des effets secondaires et des perturbations du microbiome. C’est pourquoi les stratĆ©gies de prĆ©vention non antibiotiques pour les IU non compliquĆ©es et rĆ©currentes chez les femmes non enceintes font l’objet d’une attention croissante. L’article met en lumiĆØre le contexte Ć©pidĆ©miologique, les facteurs de risque Ć  diffĆ©rentes Ć©tapes de la vie ainsi que les aspects du diagnostic diffĆ©rentiel, et prĆ©sente des mesures non antibiotiques fondĆ©es sur des preuves, telles que les changements du comportement, l’œstrogĆ©nothĆ©rapie locale ou les phytothĆ©rapies.

Urinary tract infections (UTIs) are among the most common bacterial infections in women and represent a growing challenge due to increasing antimicrobial resistance (AMR). Although antibiotics are an effective therapy, they are associated with risks such as development of resistance, side effects and disruption of the microbiome. Therefore, non-antibiotic prevention strategies for non-complicated, recurrent UTIs in non-pregnant women are increasingly coming into focus. The article highlights the epidemiological background, risk factors in different life stages as well as differential diagnostic aspects and presents evidence-based non-antibiotic measures such as behavioral changes, local estrogen therapy or phytotherapeutics.
Keywords: Infections urinaires, prophylaxie non antibiotique, rƩsistances antimicrobiennes, microbiome urogƩnital

Ā«Il est impossible pour un ĆŖtre humain d’apprendre ce qu’il croit dĆ©jĆ  savoir.Ā»
ƉpictĆØte, philosophe grec (env. 50–138 apr. J.-C.)

Introduction

Les antibiotiques sont efficaces tant dans le traitement des infections urinaires (IU) aiguĆ«s que dans la prophylaxie des IU rĆ©currentes. Cependant, compte tenu de l’augmentation de la rĆ©sistance aux antimicrobiens (RAM) et des complications qui y sont associĆ©es, des traitements alternatifs efficaces et une prophylaxie non antibiotique sont nĆ©cessaires. Dans cet article, nous nous intĆ©resserons, dans la lignĆ©e de la pensĆ©e d’ÉpictĆØte, aux approches prĆ©ventives alternatives efficaces et non antibiotiques actuellement disponibles en Suisse pour les femmes non enceintes souffrant d’infections urinaires rĆ©currentes non compliquĆ©es. Nous apportons ainsi une contribution importante Ć  la prĆ©vention de la rĆ©sistance aux antibiotiques.

DƩfinition

Une infection urinaire est une infection du tractus urogĆ©nital prĆ©sentant les symptĆ“mes typiques d’une cystite, tels que dys-urie, envie frĆ©quente d’uriner, pollakiurie, douleur sus-pubienne ou hĆ©maturie. Dans le cas d’une infection ascendante telle que la pyĆ©lonĆ©phrite, s’ajoutent des douleurs aux flancs, de la fiĆØvre, des nausĆ©es ou des vomissements. La pyurie et une culture d’urine positive avec dĆ©tection d’un uropathogĆØne spĆ©cifique sont dĆ©terminantes pour le diagnostic. Une IU est considĆ©rĆ©e comme compliquĆ©e en cas d’anomalies anatomiques ou fonctionnelles, de cathĆ©tĆ©risme permanent, de grossesse ou de transplantation rĆ©nale. Les IU rĆ©currentes sont au moins 2 infections en 6 mois ou au moins 3 en 12 mois. Une nouvelle infection par le mĆŖme agent pathogĆØne dans les deux semaines suivant la fin du traitement est en revanche considĆ©rĆ©e comme une rechute. Les symptĆ“mes d’une vessie hyperactive idiopathique ou d’un syndrome de douleur vĆ©sical ressemblent parfois Ć  ceux d’une infection urinaire, ce dont il faut tenir compte en l’absence d’amĆ©lioration malgrĆ© la prise d’antibiotiques et une analyse d’urine normale.

ƉpidĆ©miologie

Les infections urinaires comptent parmi les infections bactĆ©riennes les plus frĆ©quentes dans le monde et les plus frĆ©quentes chez les femmes: une femme sur deux souffre d’une infection urinaire au cours de sa vie et une sur quatre en souffre plusieurs fois (1). La premiĆØre recrudescence coĆÆncide avec le dĆ©but de l’activitĆ© sexuelle, les suivantes sont liĆ©es Ć  la grossesse et Ć  la mĆ©nopause. 20 % de tous les antibiotiques utilisĆ©s dans la pratique clinique quotidienne sont prescrits pour traiter des infections urinaires (2, 3). Les IU aiguĆ«s et rĆ©currentes peuvent ainsi ĆŖtre traitĆ©es efficacement lorsque les traitements non antibiotiques Ć©chouent (4–7). ƀ l’échelle mondiale, l’un des plus grands dĆ©fis mĆ©dicaux est toutefois l’augmentation de la rĆ©sistance aux antimicrobiens (RAM) (Fig. 1) avec des agents pathogĆØnes multirĆ©sistants et, par consĆ©quent, une augmentation substantielle de la morbiditĆ© et de la mortalitĆ© (8). Cette question prĆ©occupe Ć©galement l’Organisation mondiale de la santĆ© (OMS) (https://www.who.int/fr/health-topics/antimicrobial-resistance). La RAM est dĆ©sormais l’une des causes de dĆ©cĆØs les plus frĆ©quentes dans le monde, dĆ©passant le VIH/SIDA ou le paludisme. En 2019, une Ć©tude a estimĆ© que la RAM avait directement causĆ© 1.27 million de dĆ©cĆØs et jouĆ© un rĆ“le dans 4.95 millions d’autres (9). Il est donc urgent de trouver de nouveaux antibiotiques, mais les nouvelles autorisations sont rares.

RƩsistance aux antimicrobiens

Ce n’est que depuis peu qu’un nouvel antibiotique, la gĆ©potidacin (autorisĆ© par la FDA le 25 mars 2025), est disponible pour le traitement des infections urinaires non compliquĆ©es et de la gonorrhĆ©e (10). Son double mĆ©canisme d’action inhibe l’ADN-gyrase bactĆ©rienne et la topoisomĆ©rase IV, ce qui pourrait rĆ©duire le dĆ©veloppement de rĆ©sistances. Reste Ć  voir si cela fonctionnera in vivo. La vie trouve toujours un chemin – et les bactĆ©ries aussi. Investir ou non dans de nouveaux antibiotiques est avant tout une dĆ©cision Ć©conomique. Mais une utilisation rationnelle permet de rĆ©duire la RAM et de protĆ©ger nos systĆØmes de santĆ© (11). C’est pourquoi le Conseil fĆ©dĆ©ral a lancĆ© le 26 juin 2024 le plan d’action Ā« One Health Ā» dans le cadre de sa Ā« stratĆ©gie AntibiorĆ©sistance Ā» (StAR) 2024–2027 (12). L’objectif est le renforcement de mesures efficaces et de mettre en œuvre la StAR Ć  l’aide de mesures contraignantes, innovantes et durables, en collaboration avec les offices fĆ©dĆ©raux de la santĆ© publique, de la sĆ©curitĆ© alimentaire et des affaires vĆ©tĆ©rinaires, de l’agriculture et de l’environnement, ainsi qu’avec les cantons et d’autres acteurs. DĆØs lors, des mesures prĆ©ventives contre les infections urinaires sont utiles pour rĆ©duire la consommation d’antibiotiques et le dĆ©veloppement de rĆ©sistances. En outre, l’utilisation d’antibiotiques est Ć©galement nĆ©faste en raison des effets secondaires suivants: Apparition frĆ©quente de troubles gastro-intestinaux ou de mycoses vaginales, et plus rarement de rĆ©actions allergiques ou, comme dans le cas de la nitrofurantoĆÆne, d’une fibrose pulmonaire induite. De plus, l’altĆ©ration du microbiome de la vessie, du vagin et de l’intestin peut augmenter le risque pour de nouvelles IU et d’autres infections, comme p.ex. par Clostridioides difficile (4–7, 10, 13, 14). La fonction rĆ©nale et hĆ©patique des patientes doit Ć©galement ĆŖtre considĆ©rĆ©e lors d’un traitement antibiotique, tout comme les interactions possibles avec d’autres mĆ©dicaments, en particulier chez les patientes Ć¢gĆ©es sous polypharmacie. Par ailleurs, l’expĆ©rience montre que la protection antibiotique prend fin Ć  la fin du traitement.

Peut-on se passer d’antibiotiques?

Mais quand l’utilisation d’antibiotiques est-elle judicieuse? La dĆ©tection de germes uropathogĆØnes dans la culture d’urine, sans symptĆ“mes d’infection urinaire ( = bactĆ©riurie asymptomatique), ne nĆ©cessite en tout cas pas l’administration d’antibiotiques sauf en cas de grossesse ou d’intervention urologique. MĆŖme en cas d’infection urinaire non compliquĆ©e, du moins chez certaines patientes sans antĆ©cĆ©dents de pyĆ©lonĆ©phrite et dont les symptĆ“mes ne durent que depuis 5 jours au maximum, un traitement non antibiotique avec hydratation accrue et anti-inflammatoires non stĆ©roĆÆdiens peut ĆŖtre tentĆ© pendant 48 heures, (directive SSI).

Facteurs de risque d’infections urinaires rĆ©currentes

En 2012, un changement de paradigme s’est produit: l’urine n’est pas stĆ©rile, mĆŖme chez les femmes en bonne santĆ© (15, 16). Certaines bactĆ©ries E. coli et entĆ©rocoques semblent mĆŖme avoir un effet protecteur (17). Donc, si le traitement antibiotique n’est pas toujours efficace et parfois mĆŖme contre-productif, des options non antibiotiques deviendraient alors judicieuses. Ainsi, la rĆ©duction des facteurs de risque reprĆ©sente une approche importante. Ceux-ci varient pour les femmes avant et aprĆØs la mĆ©nopause (Fig. 2). Parmi les facteurs de risque anatomiques, on compte les muqueuses pĆ©riurĆ©trales, l’urĆØtre court et les distances entre son ouverture externe et le vagin et l’anus, ce qui favorise l’exposition aux germes uropathogĆØnes provenant principalement de la flore intestinale et leur remontĆ©e dans les voies urinaires, et donc les IU (18, 19). Plus ces distances sont courtes, plus les rĆ©cidives sont frĆ©quentes. Les facteurs de risque prĆ©mĆ©nopausiques sont principalement les rapports sexuels, l’utilisation de spermicides, un nouveau partenaire sexuel, des antĆ©cĆ©dents d’infections urinaires rĆ©currentes chez la mĆØre, des infections urinaires dans l’enfance et le traitement d’une bactĆ©riurie asymptomatique. Les facteurs de risque post-mĆ©nopausiques sont la colpite atrophique due Ć  une carence en œstrogĆØnes, une cystocĆØle et un volume rĆ©siduel urinaire augmentĆ© (20). La carence en œstrogĆØnes et la modification de l’urothĆ©lium qui en rĆ©sulte, avec une altĆ©ration du microbiome urogĆ©nital ou Ā« urobiome Ā», augmentent le risque d’IU (21, 22). Les femmes mĆ©nopausĆ©es souffrant d’infections urinaires rĆ©currentes et prenant quotidiennement des antibiotiques prĆ©sentent un urobiome modifiĆ© avec une augmentation des bactĆ©ries anaĆ©robies par rapport aux femmes sans IU (23). Cependant, ce n’est probablement pas un micro-organisme spĆ©cifique de l’urobiome qui est associĆ© aux infections urinaires rĆ©currentes, mais plutĆ“t un dĆ©sĆ©quilibre et un rapport modifiĆ© entre certaines espĆØces de lactobacilles et les bactĆ©ries anaĆ©robies. Les antibiotiques ont un effet nĆ©gatif sur le microbiome et augmentent ainsi le risque d’infections urinaires. Les futures stratĆ©gies thĆ©rapeutiques pourraient viser Ć  influencer l’urobiome.

Diagnostic

En cas d’infections urinaires rĆ©currentes, un examen gynĆ©colo- gique ou urogynĆ©cologique est indiquĆ©. L’examen de base com- prend l’anamnĆØse (dĆ©but des infections urinaires, facteurs dĆ©clen- chants, comorbiditĆ©s et facteurs de risque), l’analyse d’urine (bandelettes rĆ©actives, sĆ©diment urinaire et culture d’urine avec test de rĆ©sistance), le status gynĆ©cologique (Ć©valuation d’un Ć©ventuel prolapsus gĆ©nital, trophicitĆ© des tissus, frottis direct) et la dĆ©termination par Ć©chographie (US) du rĆ©sidu urinaire. L’US des voies urinaires sert Ć  exclure des anomalies anatomiques (diverticules urĆ©traux, urolithiase). En cas de facteurs de risque ou d’hĆ©maturie indolore, une cystoscopie est indiquĆ©e dans l’intervalle. L’examen urodynamique et la mesure du flux urinaire permettent de distinguer une vessie hyperactive, un syndrome douloureux vĆ©sical ou une cystite interstitielle.

Options thƩrapeutiques et prophylactiques

Dans la mesure du possible, les IU aiguĆ«s peuvent se traiter de maniĆØre symptomatique et sans antibiotiques dans les premiers jours (24). Jusqu’à 50 % des IU non compliquĆ©es guĆ©rissent ainsi, mais cela prend quelques jours de plus (25, 26). Toutefois, on ne doit pas craindre une infection ascendante: seuls 0.4 Ć  2.6 % des IU non compliquĆ©es non traitĆ©es Ć©voluent vers une pyĆ©lonĆ©phrite (27), qui se manifeste gĆ©nĆ©ralement par de la fiĆØvre ou des douleurs aux flancs. Pour soulager les symptĆ“mes de gĆŖne vĆ©sicale et favoriser la guĆ©rison, il est recommandĆ© de boire suffisamment, ce qui favorise l’élimination des bactĆ©ries. En outre, les anti-inflammatoires non stĆ©roĆÆdiens (AINS) tels que l’ibuprofĆØne ou les phytothĆ©rapies peuvent Ć©galement aider (26, 28). En fin de compte, les antibiotiques sont plus efficaces que les AINS dans le traitement des infections urinaires non compliquĆ©es, car ils permettent une meilleure Ć©radication bactĆ©rienne. En cas d’infections urinaires rĆ©currentes, la prophylaxie et l’identification et la rĆ©duction des facteurs de risque sont prioritaires. Une sĆ©lection de mesures prophylactiques fondĆ©es sur des preuves est rĆ©sumĆ©e dans le Tab 1.

PD Dr David Scheiner, 1, 2, 3
PD Dr Daniele Perucchini 1
Dr Olivia Ziviello 1
Dr Rebecca Zachariah 2, 3
Dr Sƶren Lange 2, 3
Dr Nicole Keller 2, 3, 4
Prof. Dr Cornelia Betschart 2, 3

1 Centre de la vessie de Zurich, Gottfried Keller-Strasse 7, 8001 Zurich
2 Clinique de gynƩcologie, HƓpital universitaire de Zurich, Frauenklinikstrasse 10, 8091 Zurich
3 UniversitƩ de Zurich, RƤmistrasse 71, 8006 Zurich
4 GynƩcologie et obstƩtrique, HƓpital de Grabs, Spitalstrasse 44, 9472 Grabs

Copyright
Aerzteverlag medinfo AG

Cet article est une traduction de «info@gynäkologie» 04_25.

PD Dr David Scheiner

– Centre de la vessie de Zurich
Gottfried Keller-Strasse 7
8001 Zurich

– Clinique de gynĆ©cologie, HĆ“pital universitaire de Zurich
Frauenklinikstrasse 10
8091 Zurich

– UniversitĆ© de Zurich
RƤmistrasse 71
8006 Zurich

Les auteurs n’ont pas dĆ©clarĆ© de conflit d’intĆ©rĆŖts en rapport avec cet article.

  • Le problĆØme croissant de la rĆ©sistance aux antibiotiques nĆ©cessite l’utilisation et le dĆ©veloppement d’approches alternatives non Ā­antibiotiques pour la prĆ©vention des infections urinaires rĆ©currentes.
  • Les infections rĆ©currentes des voies urinaires sont dĆ©finies comme au moins deux infections en six mois ou trois en douze mois.
  • Les facteurs de risque anatomiques et fonctionnels diffĆØrent chez
    les femmes prƩ- et postmƩnopausƩes. Ils influencent la prƩdisposition aux infections urinaires ainsi que les mesures thƩrapeutiques.
  • En cas d’infections urinaires aiguĆ«s, on peut d’abord essayer un Ā­traitement symptomatique sans antibiotiques.

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ImmunothƩrapie du cancer

Les inhibiteurs de points de contrĆ“le immunitaires ont transformĆ© la prise en charge de nombreux cancers. Cette immunothĆ©rapie permet potentiellement un contrĆ“le prolongĆ©, voire la guĆ©rison, chez certains patients atteints de cancer avancĆ©. Toutefois, malgrĆ© ces avancĆ©es notables, seuls environ 20 % des patients avec maladie avancĆ©e en bĆ©nĆ©ficient, et moins encore sur le long terme. Les effets indĆ©sirables, parfois tardifs, et potentiellement sĆ©vĆØres, exigent vigilance, et une prise en charge rapide en centre expert. Transformer des tumeurs rĆ©sistantes plus sensible Ć  l’immunothĆ©rapie est un des dĆ©fis majeurs. Optimiser l’administration – en termes de dose, durĆ©e, etc. – en est un autre.

Immune checkpoint inhibitors have transformed the management of many cancers. Immunotherapy can lead to prolonged disease control, and even cure, in some patients with advanced cancer. However, despite these notable advances, only about 20 % benefit from immunotherapy in the advanced setting, and even fewer in the long term. Adverse events, sometimes occurring late and potentially severe, require close monitoring and rapid management in expert centers. Among future challenges is the need to make resistant tumors more sensitive to immunotherapy. Optimizing its use – in terms of dose, duration, etc. – is another important goal.
Keywords: Immune checkpoint inhibitors; anti-tumoral immunity; oncology; PD1; CTLA-4

Introduction

Bien que le terme immunothĆ©rapie englobe diverses approches, ce terme fait le plus souvent rĆ©fĆ©rence aux inhibiteurs de points de contrĆ“le immunitaires (checkpoint inhibitors), que nous allons dĆ©crire ici. Ces inhibiteurs de points de contrĆ“le immunitaires constituent certainement l’avancĆ©e la plus importante en oncologie de ces deux derniĆØres dĆ©cennies. Pour certains patients – par exemple ceux atteints de cancer du poumon ou de mĆ©lanome – elle a permis de transformer des maladies mĆ©tastatiques autrefois incurables en affections contrĆ“lĆ©es Ć  long terme, permettant mĆŖme parfois de parler de guĆ©rison, y compris dans des stades initialement extrĆŖmement avancĆ©s. Toutefois, ces situations favorables, bien qu’elles fassent dĆ©sormais partie de la pratique quotidienne, restent limitĆ©es Ć  un nombre restreint de types tumoraux. En situation de maladie avancĆ©e, seule une minoritĆ© de patients bĆ©nĆ©ficie rĆ©ellement de l’immunothĆ©rapie. Par ailleurs, les effets secondaires, pouvant concerner pratiquement n’importe quel organe par des mĆ©canismes immuno-mĆ©diĆ©s, ne doivent pas ĆŖtre minimisĆ©es. Savoir les reconnaĆ®tre et les prendre en charge est d’une importance capitale pour le praticien. Dans ce travail, nous revenons sur le rationnel biologique, les donnĆ©es cliniques d’efficacitĆ© et de tolĆ©rance de l’immunothĆ©rapie, ainsi que les directions envisagĆ©es pour le futur de l’immunothĆ©rapie.

Rationnel biologique

Toute personne possĆØde une immunitĆ© naturelle anti-tumorale, dont l’objectif est d’éliminer les cellules anormales. Cette immunitĆ© est finement rĆ©gulĆ©e afin qu’elle ne soit ni excessive, ni insuffisante, notamment grĆ¢ce Ć  ce que l’on appelle des points de contrĆ“le immunitaires (immune checkpoints). Il s’avĆØre que ces points de contrĆ“le peuvent ĆŖtre dĆ©tournĆ©s par les cellules cancĆ©reuses pour Ć©chapper Ć  la surveillance immunitaire (1).


Parmi ces points de contrĆ“le, ceux qui ont rĆ©volutionnĆ© l’oncologie sont principalement l’interaction entre PD-1 et PD-L1, ainsi que celle entre CTLA-4 et les cellules prĆ©sentatrices d’antigĆØnes (2). D’autres points de contrĆ“le, comme LAG-3, TIGIT ou TIM-3, font l’objet de dĆ©veloppements rĆ©cents, mais ne seront pas abordĆ©s dans ce manuscrit (3). La Tab. 1 dĆ©crit le nom des molĆ©cules, et leur cible, disponibles en Suisse.

Prenons l’exemple de l’interaction entre PD-1, exprimĆ© Ć  la surface des lymphocytes T, et PD-L1, exprimĆ© par les cellules tumorales: cette interaction inhibe le lymphocyte, l’empĆŖchant d’exercer son effet cytotoxique anti-tumoral. Le cancer, notamment via une surexpression de PD-L1, parvient ainsi Ć  Ć©chapper Ć  la rĆ©ponse immunitaire et Ć  poursuivre sa progression. Ce mĆ©canisme est illustrĆ© dans la Fig. 1.

C’est prĆ©cisĆ©ment Ć  ce niveau que l’immunothĆ©rapie intervient: des anticorps monoclonaux (monoclonal antibodies – Ā«mabĀ») bloquent cette interaction, restaurant la capacitĆ© des lymphocytes T Ć  reconnaĆ®tre et Ć  dĆ©truire les cellules cancĆ©reuses. L’immunothĆ©rapie n’agit donc pas directement contre la tumeur, mais indirectement, en levant les freins exercĆ©s sur la rĆ©ponse immunitaire (immune checkpoint inhibitors).

DonnƩes en situations mƩtastatiques

Une revue exhaustive des donnĆ©es d’immunothĆ©rapie des vingt derniĆØres annĆ©es dĆ©passerait le cadre de ce travail. Toutefois, des exemples marquants illustrent le potentiel de cette nouvelle approche thĆ©rapeutique.

Le mĆ©lanome Ć©tait autrefois associĆ© Ć  un pronostic trĆØs rĆ©servĆ©, avec une espĆ©rance de vie de quelques mois dans beaucoup des situations mĆ©tastatiques. C’est dans ce contexte que l’immunothĆ©rapie a Ć©tĆ© la plus rĆ©volutionnaire. Nous disposons dĆ©sormais des rĆ©sultats Ć  10 ans de l’étude CheckMate 067, qui a comparĆ© une combinaison d’immunothĆ©rapie (anti-CTLA-4 et anti-PD-1), les anti-PD-1 seuls, et les anti-CTLA-4 seuls, en 1ĆØre ligne de traitement pour des patients avec maladie avancĆ©e ou mĆ©tastatique (4). Avec les stratĆ©gies contenant un anti-PD-1 (seul ou en combinaison), environ 40 % des patients sont encore en vie Ć  10 ans. Chez ces patients, on peut vĆ©ritablement parler de guĆ©rison.

D’autres cancers ont vu leur prise en charge radicalement transformĆ©e par l’immunothĆ©rapie. Par exemple, le cancer du poumon, qui, en dehors de cas particuliers, est aujourd’hui traitĆ© par immunothĆ©rapie dĆØs la premiĆØre ligne en situation mĆ©tastatique, avec lĆ  aussi un potentiel de bĆ©nĆ©fice Ć  trĆØs long terme en cas de rĆ©ponse tumorale (5, 6, 7).

L’exemple du mĆ©lanome illustre Ć©galement les limites de l’immunothĆ©rapie: il s’agit d’un cancer relativement rare, en situation avancĆ©e, comparĆ© Ć  d’autres. Cela explique qu’à ce jour, si l’on tient compte de la frĆ©quence de chaque type de cancer, seulement environ 20 % des patients atteints de maladie avancĆ©e bĆ©nĆ©ficient d’une rĆ©ponse tumorale Ć  l’immunothĆ©rapie (8). De plus, seule une fraction de ces patients va avoir un bĆ©nĆ©fice durable dans le temps. L’évolution au cours du temps du nombre de patients avec maladie avancĆ©e ou mĆ©tastatique Ć©tant Ć©ligible, c’est Ć  dire avec une indication Ć  recevoir la thĆ©rapie, et ceux prĆ©sentant une rĆ©ponse tumorale, est reprĆ©sentĆ© dans la Fig. 2. En d’autres termes, bien que l’immunothĆ©rapie reprĆ©sente une rĆ©volution pour certains patients, elle ne bĆ©nĆ©ficie encore qu’à une minoritĆ© des personnes atteintes de maladie avancĆ©e.

Et en situation nƩoadjuvante et adjuvante?

AprĆØs les rĆ©sultats impressionnants observĆ©s dans certaines situations de maladie avancĆ©e, il a Ć©tĆ© logique d’étudier l’impact de l’immunothĆ©rapie dans des contextes plus prĆ©coces, notamment en situation nĆ©oadjuvante (avant chirurgie) et/ou adjuvante (aprĆØs chirurgie) (9, 10).

Dans le cancer du poumon par exemple, un nombre considĆ©rable d’études de phase 3 a montrĆ© un bĆ©nĆ©fice en survie sans maladie, et plusieurs d’entre elles ont Ć©galement mis en Ć©vidence un bĆ©nĆ©fice en survie globale, liĆ© Ć  l’adjonction d’immunothĆ©rapie aux traitements conventionnels de chimiothĆ©rapie pĆ©ri-opĆ©ratoire (11, 12 13). Aujourd’hui, l’immunothĆ©rapie peut ĆŖtre proposĆ©e en situation pĆ©ri-opĆ©ratoire dans de nombreux types tumoraux.

Il convient toutefois d’apporter certaines nuances : en effet, plusieurs Ć©tudes soutenant l’utilisation prĆ©coce de l’immunothĆ©rapie ont Ć©tĆ© menĆ©es y compris dans certains pays Ć  ressources limitĆ©es. Dans ces pays, les patients du groupe contrĆ“le qui rĆ©cidivaient n’avaient pas un accĆØs optimal aux traitements aprĆØs l’essai clinique (10). Dans ces cas, il est difficile de savoir si le bĆ©nĆ©fice observĆ© en survie est rĆ©ellement dĆ» Ć  l’administration prĆ©coce de l’immunothĆ©rapie, ou s’il rĆ©sulte d’un traitement sous-optimal dans le groupe contrĆ“le lors de la rechute. Un autre point important concerne la toxicitĆ©, qui, dans une situation où les patients sont potentiellement dĆ©jĆ  guĆ©ris de leur maladie, doit ĆŖtre Ć©valuĆ©e avec encore plus d’attention dans le cadre d’une vĆ©ritable dĆ©cision mĆ©dicale partagĆ©e.

ToxicitƩ et qualitƩ de vie: savoir repƩrer et ne pas minimiser

Les toxicitĆ©s potentielles de l’immunothĆ©rapie ne doivent pas ĆŖtre sous-estimĆ©es. Bien que sĆ©vĆØres dans une minoritĆ© de cas, et souvent contrĆ“lables mĆ©dicalement, certaines toxicitĆ©s peuvent entraĆ®ner des dommages Ć  long terme (14), avec un impact potentiel sur la qualitĆ© de vie (15), voire des effets secondaires fatals (16).

Pour le praticien, les messages clƩs sont les suivants:

1. Les toxicitĆ©s immuno-induites sont des atteintes d’organes qui peuvent mimer d’autres pathologies, rendant leur diagnostic parfois piĆ©geux. Par exemple, une pneumonite immuno-mĆ©diĆ©e peut se prĆ©senter comme une pneumonie infectieuse. Les atteintes les plus frĆ©quentes concernent les glandes endocrines (thyroĆÆdites) poumons (pneumonites), le cĆ“lon (colites), le foie (hĆ©patites), la peau, ainsi qu’une asthĆ©nie marquĆ©e. Des atteintes plus rares mais sĆ©vĆØres, telles que des myosites cardiaques ou des atteintes neurologiques, peuvent Ć©galement survenir (17).
2. Contrairement Ć  la chimiothĆ©rapie, les effets indĆ©sirables de l’immunothĆ©rapie peuvent apparaĆ®tre tardivement, plusieurs semaines voire plusieurs mois aprĆØs le dĆ©but, ou mĆŖme l’arrĆŖt, du traitement (18).
3. La corticothĆ©rapie Ć  forte dose, initiĆ©e rapidement, constitue la base du traitement de premiĆØre intention, en visant Ć  freiner une rĆ©ponse immunitaire devenue excessive. En cas de rĆ©sistance, d’autres immunosuppresseurs peuvent ĆŖtre nĆ©cessaires, comme les anti-IL6, anti-TNF alpha, ou d’autres molĆ©cules (19) (20).
4. La gestion optimale de ces toxicitĆ©s repose sur une expertise spĆ©cialisĆ©e. L’implication prĆ©coce de l’oncologue rĆ©fĆ©rent est essentielle pour Ć©viter des retards de diagnostic ou de traitement.
En conclusion, bien que gĆ©nĆ©ralement bien tolĆ©rĆ©e, l’immunothĆ©rapie peut provoquer des effets indĆ©sirables sĆ©vĆØres. Leur reconnaissance rapide, leur prise en charge en centre expert, et une information claire au patient comme Ć  son entourage sont des Ć©lĆ©ments clĆ©s pour assurer la sĆ©curitĆ© et l’efficacitĆ© du traitement.

DƩfis pour le futur

Sur le plan de l’efficacitĆ©, une question centrale demeure: est-il possible que l’immunothĆ©rapie ne bĆ©nĆ©ficie plus seulement Ć  une minoritĆ©, mais Ć  une majoritĆ© de patients? DiffĆ©rentes stratĆ©gies sont actuellement explorĆ©es pour atteindre cet objectif, notamment en ciblant d’autres points de contrĆ“le immunitaires, ou en cherchant Ć  transformer des cancers dits Ā«froidsĀ» (rĆ©sistants Ć  l’immunothĆ©rapie) en cancers Ā«chaudsĀ», c’est-Ć -dire plus sensibles.

ParallĆØlement, un autre dĆ©fi majeur rĆ©side dans l’optimisation des traitements dĆ©jĆ  approuvĆ©s, avec une approche centrĆ©e sur le patient (21). Par exemple:
– Les doses actuellement utilisĆ©es sont-elles rĆ©ellement optimales? Certaines Ć©tudes suggĆØrent qu’une efficacitĆ© comparable pourrait ĆŖtre obtenue avec des doses significativement plus faibles (22).
– Le moment d’administration joue-t-il un rĆ“le? Plusieurs donnĆ©es prĆ©liminaires indiquent que l’administration le matin pourrait ĆŖtre plus efficace que l’aprĆØs-midi, mais cette hypothĆØse mĆ©rite d’être validĆ©e par des essais randomisĆ©s rigoureux (23).
– La durĆ©e du traitement est-elle justifiĆ©e? Beaucoup de protocoles prĆ©voient une immunothĆ©rapie sur un ou deux ans. Or, Ć©valuer si des durĆ©es plus courtes peuvent offrir une efficacitĆ© Ć©quivalente permettrait de limiter les toxicitĆ©s, mais aussi de rĆ©duire considĆ©rablement les coĆ»ts pour la sociĆ©tĆ© (24).

Conclusion

Les inhibiteurs de points de contrĆ“le immunitaires ont reprĆ©sentĆ© une vĆ©ritable rĆ©volution en oncologie, permettant Ć  certains patients d’obtenir un contrĆ“le durable de la maladie, voire une guĆ©rison, alors que leur pronostic aurait Ć©tĆ© rapidement lĆ©tal en l’absence de ce traitement. MalgrĆ© tout, cela ne concerne encore qu’une minoritĆ© de patients atteints de maladie avancĆ©e. Comprendre comment Ć©largir le bĆ©nĆ©fice de l’immunothĆ©rapie Ć  un plus grand nombre de patients reste un dĆ©fi majeur. Les toxicitĆ©s, des atteintes d’organes immuno-mĆ©diĆ©es pouvant survenir plusieurs semaines, voire plusieurs mois aprĆØs le dĆ©but du traitement, doivent ĆŖtre repĆ©rĆ©es prĆ©cocement et traitĆ©es sans dĆ©lai (la corticothĆ©rapie Ć©tant le traitement de premiĆØre intention), avec une implication rapide de l’oncologue. En situation nĆ©oadjuvante ou adjuvante, ces toxicitĆ©s, ainsi que certains biais mĆ©thodologiques parfois prĆ©sents dans les essais cliniques, doivent ĆŖtre pleinement pris en compte dans le cadre d’une dĆ©cision mĆ©dicale partagĆ©e optimale.

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PD Dr TimothƩe Olivier

Service d’oncologie
HÓpitaux Universitaires Genève
Rue Gabrielle-Perret-Gentil 4
1205 GenĆØve

Pr Alfredo Addeo

Service d’oncologie
HÓpitaux Universitaires Genève
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TimothĆ©e Olivier n’a pas de conflits d’intĆ©rĆŖt Ć  dĆ©clarer. Alfredo Addeo: Consulting or Advisory Role: BMS, Astrazeneca, Boehringer-Ingelheim, Roche, MSD, Pfizer, Eli Lilly, Astellas. Speaker Bureau: Eli Lilly, Astrazeneca, Regeneron

  • L’immunothĆ©rapie permet, dans certains types de cancers y compris en situations trĆØs avancĆ©s ou mĆ©tastatiques, un contrĆ“le durable, voire une guĆ©rison – mais cela reste limitĆ© Ć  une minoritĆ© de patients.
  • Les effets indĆ©sirables immuno-mĆ©diĆ©s peuvent survenir tardivement et toucher divers organes ; ils doivent ĆŖtre identifiĆ©s et pris en charge rapidement, en centre expert, avec une corticothĆ©rapie en premiĆØre intention.
  • En situation nĆ©oadjuvante ou adjuvante, l’immunothĆ©rapie est de plus en plus proposĆ©e, mais impose une Ć©valuation rigoureuse du rapport bĆ©nĆ©fice-risque dans une vĆ©ritable dĆ©cision mĆ©dicale Ā­partagĆ©e.
  • Pour Ć©largir le bĆ©nĆ©fice Ć  plus de patients, des pistes sont explorĆ©es pour transformer des tumeurs rĆ©sistantes en maladies plus sensibles Ć  l’immunothĆ©rapie.
  • Optimiser la dose, la durĆ©e d’administration, et d’autres Ć©lĆ©ments
    en lien avec l’administration d’immunothĆ©rapie dĆ©jĆ  utilisĆ©e, pourrait potentiellement en rĆ©duire la toxicitĆ© et les coĆ»ts.

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Traitement de la carence en fer durant la grossesse

La carence en fer, avec ou sans anĆ©mie, est un facteur de risque Ć©levĆ© de morbiditĆ© maternelle et infantile durant la grossesse. En raison de sa prĆ©valence Ć©levĆ©e et de la possibilitĆ© dā€™ā€Šintervenir, une carence en fer vaut la peine dā€™ā€ŠĆŖtre dĆ©pistĆ©e et traitĆ©e. La plupart des femmes ne disposent pas de rĆ©serves de fer suffisantes lors dā€™ā€Šune grossesse pour couvrir les besoins pĆ©rinataux en fer de la mĆØre et du fœtus. Le traitement martial permet de traiter de nombreux symptĆ“mes chez la mĆØre et de protĆ©ger dĆ©jĆ  in utero lā€™ā€Šenfant de consĆ©quences graves. Lā€™ā€Šintervention primaire en cas de carence en fer isolĆ©e est le fer oral, qui prĆ©sente toutefois une forte intolĆ©rance pour une faible efficacitĆ©. Le fer parentĆ©ral se caractĆ©rise par une efficacitĆ© Ć©levĆ©e et une bonne tolĆ©rance en gĆ©nĆ©ral. Dans le diagnostic de la carence en fer, une valeur limite de ferritine de < 30 μg/L sā€™ā€Šest imposĆ©e comme un bon seuil pour dĆ©finir la carence en fer. Un taux dā€™ā€ŠhĆ©moglobine < 110 G/L au premier et au troisiĆØme trimestre et < 105 G/L au deuxiĆØme trimestre est Ć  considĆ©rer comme une anĆ©mie.

Iron deficiency and/or iron deficiency anemia complicate nearly 50 % of pregnancies globally, negatively impacting both maternal and fetal outcomes. Iron deficiency can cause a range of symptoms that range from aggravating to debilitating including fatigue, poor quality of life, pagophagia and restless legs syndrome. Iron deficiency and iron deficiency anemia are also associated with maternal complications including preterm labor, increased rates of cesarean delivery, postpartum hemorrhage and maternal death. Fetal complications include increased rates of low birth weight and small for gestational age newborns. Prenatal maternal anemia has also been associated with autism spectrum disorders in the neonate, although causality is not established. Iron deficiency in the newborn is associated with compromised memory, processing, and bonding, with some of these deficits persisting into adulthood. Despite the prevalence and consequences associated with iron deficiency in pregnancy, data show that it is routinely undertreated. Due to the physiologic changes of pregnancy, all pregnant individuals should receive oral iron supplementation. However, the bioavailability of oral iron is poor and it is often ineffective in preventing and treating iron deficiency. Likewise, it frequently causes gastrointestinal symptoms that can worsen quality of life in pregnancy. Intravenous iron formulations administered in a single or multiple dose series are now available. There is increasing data suggesting that newer intravenous formulations are safe and effective in the second and third trimesters and should be strongly considered in pregnant individuals without optimal response to oral iron repletion.
Keywords: Iron, Iron Deficiency, Anemia (Anaemia), symptoms, pregnancy, iron treatment, iron therapy

Introduction

La carence en fer est la carence en micronutriments la plus rĆ©pandue dans le monde et, par consĆ©quent, lā€™ā€ŠanĆ©mie durant la grossesse est principalement due Ć  une carence en fer. Selon les donnĆ©es de lā€™ā€ŠOMS, la carence en fer et lā€™ā€ŠanĆ©mie entraĆ®nent des complications dans environ 30 Ć  60 % des grossesses dans le monde. Durant la grossesse, prĆØs de 75 % des femmes enceintes souffrent dā€™ā€Šune carence en fer au troisiĆØme trimestre, si l’on se base sur une valeur seuil de ferritine de < 30 µg/L. MalgrĆ© la prĆ©valence Ć©levĆ©e et les effets nĆ©gatifs de la carence en fer et de lā€™ā€ŠanĆ©mie sur la morbiditĆ© maternelle et fœtale, la carence en fer est souvent sous-diagnostiquĆ©e et sous-traitĆ©e (1–3).

Bien que le diagnostic et le traitement de lā€™ā€ŠanĆ©mie ferriprive durant la grossesse soient relativement simples, ils sont souvent nĆ©gligĆ©s et/ou ne sont pas gĆ©rĆ©s de maniĆØre optimale par les gynĆ©cologues traitants. Lā€™ā€Šun des problĆØmes liĆ©s au diagnostic de laboratoire de la carence en fer durant la grossesse est lā€™ā€Šabsence de consensus dans la littĆ©rature, car les Ć©tudes disponibles utilisent des valeurs limites de ferritine non uniformes pour dĆ©terminer la carence en fer. Lā€™ā€ŠanĆ©mie ferriprive durant la grossesse est gĆ©nĆ©ralement dĆ©finie comme une ferritine sĆ©rique < 15–30 µg/L et une hĆ©moglobine < 110 G/L, la valeur < 110 G/L ne tenant pas compte de la valeur seuil infĆ©rieure physiologique de lā€™ā€ŠhĆ©moglobine au deuxiĆØme trimestre de 105 G/L. Lā€™ā€Šutilisation dā€™ā€Šune valeur limite de ferritine < 30 µg/L augmente la sensibilitĆ© de la dĆ©tection de la carence en fer, mais il manque des Ć©tudes sur les valeurs limites spĆ©cifiques Ć  la grossesse (5, 10, 11).

On sait que les causes de la carence en fer sont multiples et dĆ©pendent de facteurs socio-Ć©conomiques, des habitudes alimentaires, de lā€™ā€ŠĆ¢ge et de lā€™ā€Šorigine de la femme enceinte, dā€™ā€Šune carence en fer prĆ©-existante et de comorbiditĆ©s, en particulier de maladies gastro-intestinales comme la maladie cœliaque ou la maladie de Crohn. 30 Ć  50 % des femmes prĆ©sentent dĆ©jĆ  une carence en fer avant la conception (6–8).

ConsĆ©quences de la carence en fer et de lā€™ā€ŠanĆ©mie pour la femme enceinte et le fœtus

La carence en fer peut ĆŖtre asymptomatique ou provoquer des symptĆ“mes pĆ©nibles. Il sā€™ā€Šagit notamment de la fatigue, de lā€™ā€ŠirritabilitĆ© (Ā«brain fogĀ»), de lā€™ā€Šessoufflement, des maux de tĆŖte, de la chute des cheveux, de la baisse de la concentration, de la diminution des performances physiques et du syndrome des jambes sans repos. Ces symptĆ“mes sont souvent considĆ©rĆ©s comme normaux, tant par les femmes enceintes que par les gynĆ©cologues, car ils peuvent ĆŖtre attribuĆ©s Ć  des changements physiologiques survenus durant la grossesse. La carence en fer isolĆ©e ou latente (sans anĆ©mie) peut augmenter la morbiditĆ© maternelle en raison des risques d’anĆ©mie, d’hypertrophie placentaire et d’hypothyroĆÆdie qui sont augmentĆ©s (13, 16, 17, 19, 23, 26).

En outre, le risque de travail prĆ©maturĆ© et dā€™ā€Šaccouchement prĆ©maturĆ© est accru (9). Lā€™ā€ŠanĆ©mie ferriprive pĆ©ri-partum est associĆ©e Ć  un risque accru de dĆ©pression post-partum, de baisse de la qualitĆ© de vie, dā€™ā€ŠanĆ©mie post-partum et de transfusion sanguine (21). Il est prouvĆ© quā€™ā€Šune carence en fer sĆ©vĆØre augmente la morbiditĆ© fœtale et nĆ©onatale. Les connaissances issues de modĆØles animaux indiquent que la carence en fer pendant les phases critiques du dĆ©veloppement fœtal entraĆ®ne des modifications du mĆ©tabolisme cĆ©rĆ©bral, de la neurotransmission, de lā€™ā€ŠĆ©pigĆ©nĆ©tique et de la myĆ©linisation pendant les phases critiques du dĆ©veloppement fœtal, qui se rĆ©percutent chez le nouveau-nĆ©. Des Ć©tudes cliniques rĆ©centes montrent que ces consĆ©quences se produisent Ć©galement chez lā€™ā€Šhomme et quā€™ā€Šil existe par exemple un lien entre la carence en fer et les troubles du spectre autistique et le dĆ©ficit dā€™ā€Šattention chez les adolescents. La carence en fer maternelle entraĆ®ne de faibles rĆ©serves de fer fœtal et nĆ©onatal, avec les consĆ©quences que cela implique (14, 15, 18, 27–31) (Fig. 1).

Screening de la carence en fer

Il nā€™ā€Šexiste pas de consensus sur les protocoles de dĆ©pistage ou sur la rĆ©alisation systĆ©matique dā€™ā€Šun dĆ©pistage de la carence en fer durant la grossesse. Seules quelques organisations soutiennent le dĆ©pistage de la carence en fer isolĆ©e, car il existe peu dā€™ā€ŠĆ©tudes dĆ©montrant une amĆ©lioration du risque par un traitement. En Angleterre, on recommande depuis peu un dĆ©pistage basĆ© sur les risques, chez les femmes ayant des antĆ©cĆ©dents dā€™ā€ŠanĆ©mie, les multipares, les grossesses multiples, les intervalles de grossesse courts, les vĆ©gĆ©tariennes, les femmes prĆ©sentant un risque Ć©levĆ© dā€™ā€ŠhĆ©morragie Ć  la naissance et les femmes qui refusent les transfusions sanguines. Lā€™ā€ŠAmerican College of OBGYN (ACOG) recommande un dĆ©pistage de lā€™ā€ŠanĆ©mie et une supplĆ©mentation gĆ©nĆ©rale en fer chez les femmes enceintes. Selon lā€™ā€ŠACOG, le test de ferritine ne doit ĆŖtre effectuĆ© quā€™ā€Šen cas dā€™ā€ŠanĆ©mie, avec une valeur seuil de < 30 µg/L (OMS < 15 µg/L!) (Practice Bulletin 233, aoĆ»t 2021). Dans la lettre dā€™ā€Šexperts de la SSGO (n° 77), nous recommandons le dosage de lā€™ā€ŠhĆ©moglobine et de la ferritine au cours du premier trimestre et aux alentours de 24–28 semaines de grossesse pour dĆ©tecter les carences en fer et lā€™ā€ŠanĆ©mie chez les femmes enceintes.

Traitement

Plusieurs lignes directrices nationales recommandent une supplĆ©mentation orale gĆ©nĆ©rale en fer chez les femmes enceintes (ACOG, Centers of Disease Control, OMS). Celle-ci peut se faire quotidiennement ou en alternance tous les deux jours. Il a Ć©tĆ© dĆ©montrĆ© quā€™ā€Šune prise orale de fer tous les deux jours augmente lā€™ā€Šabsorption du fer tout en rĆ©duisant le taux dā€™ā€Šeffets secondaires indĆ©sirables (4, 22). Il convient de choisir la dose de fer la plus faible possible par voie orale (environ 30 mg de fer Ć©lĆ©mentaire/dose), car les doses Ć©levĆ©es entraĆ®nent lā€™ā€ŠarrĆŖt du traitement chez jusquā€™ā€ŠĆ  70 % des femmes, en raison des effets secondaires gastro-intestinaux. Il convient de noter que le fer oral constitue la seule option de traitement au premier trimestre. Il existe de nombreuses prĆ©parations orales Ć  base de fer; en rĆØgle gĆ©nĆ©rale, les sels de fer II prĆ©sentent un taux d’EI (effets indĆ©sirables) plus Ć©levĆ© que les complexes de fer III, par exemple. Selon des Ć©tudes, les bisglycinates de fer (composĆ© amino-ferrique) prĆ©sentent une bonne absorption et une bonne efficacitĆ© avec un faible taux d’EI (16, 25). ƀ partir du deuxiĆØme trimestre, il existe des prĆ©parations intraveineuses Ć  base de fer pour le traitement de l’anĆ©mie ferriprive, qui se sont avĆ©rĆ©es sĆ»res et efficaces durant la grossesse. Contrairement au fer oral, seul le fer intraveineux convient au traitement des carences en fer et des anĆ©mies graves, en particulier lorsque nous souhaitons une efficacitĆ© Ć  court terme (24, 25, 42–49). Les doses correspondent Ć  celles utilisĆ©es chez les femmes non enceintes. Dans la plupart des cas, en Suisse, il est aujourd’hui possible d’utiliser des doses unitaires Ć©levĆ©es, ce qui, en raison de la simplicitĆ© d’utilisation et de l’efficacitĆ©, entraĆ®ne Ć©galement une grande satisfaction des patientes. Les prĆ©parations parentĆ©rales Ć  base de fer les plus utilisĆ©es dans le monde sont le saccharate de fer, le dextran de fer de faible poids molĆ©culaire (LMWD, Cave: PAS le dextran de poids molĆ©culaire Ć©levĆ©!), le fer-carboxy-maltose (FCM), le ferumoxytol et le fer-III-dĆ©risomaltose (24, 25). En ce qui concerne les rĆ©actions allergiques et les autres effets indĆ©sirables, les prĆ©parations sont comparables. Dans les Ć©tudes comparatives entre le fer parentĆ©ral et le fer oral, le taux d’EI est gĆ©nĆ©ralement plus Ć©levĆ© pour les prĆ©parations orales, principalement en raison des effets secondaires gastro-intestinaux. Selon les Ć©tudes disponibles, le fer-carboxymaltose prĆ©sente le taux le plus Ć©levĆ© d’hypophosphatĆ©mie induite aprĆØs perfusion, bien que les hypophosphatĆ©mies graves soient rares aprĆØs des doses uniques. Dans une Ć©tude rĆ©cemment publiĆ©e par le service d’obstĆ©trique de l’UniversitĆ© de GenĆØve, 3/22 femmes enceintes ont prĆ©sentĆ© une hypophosphatĆ©mie aprĆØs carboxymaltose ferrique contre 1/22 femmes enceintes sous fer oral (13 contre 4 %). La diffĆ©rence nā€™ā€ŠĆ©tait pas significative et les nouveau-nĆ©s nā€™ā€Šont pas prĆ©sentĆ© dā€™ā€ŠhypophosphatĆ©mie dans le groupe carboxymaltose ferrique (49). Les prĆ©parations recommandĆ©es et les plus utilisĆ©es en Suisse sont prĆ©sentĆ©es dans le Tab. 1. En cas de thĆ©rapie ferrique i.v., les directives recommandĆ©es par SWISSMEDIC doivent ĆŖtre respectĆ©es en gĆ©nĆ©ral et en particulier durant la grossesse. De mĆŖme, il convient de tenir compte des contre-indications telles que le premier trimestre, une infection bactĆ©rienne aiguĆ« et un status aprĆØs une anaphylaxie ou une rĆ©action allergique grave aprĆØs lā€™ā€Šadministration de fer i.v. On estime que le risque de rĆ©action anaphylactique est infĆ©rieur Ć  1 : 1000 avec les nouvelles prĆ©parations Ć  base de fer.

Les indications pour lā€™ā€Šutilisation de fer parentĆ©ral sont lā€™ā€Šabsence de rĆ©ponse ou une rĆ©ponse insuffisante au fer oral (augmentation de lā€™ā€ŠHb < 10G/L dans les 14 jours), lā€™ā€ŠintolĆ©rance et la non-compliance Ć  la prise de fer par voie orale, lā€™ā€Šabsorption perturbĆ©e du fer (interventions bariatriques, maladies intestinales chroniques, maladie cœliaque), lā€™ā€ŠanĆ©mie sĆ©vĆØre prĆ©-existante ou Ć©volutive (surtout < < 90 G/L), la nĆ©cessitĆ© de corriger rapidement et efficacement lā€™ā€ŠanĆ©mie en cas de facteurs de risque chez la femme enceinte (placenta praevia, risque hĆ©morragique Ć©levĆ©, troubles de la coagulation, refus de sang Ć©tranger, status aprĆØs atonie, etc.) (42, 43, 48).

Les prĆ©parations parentĆ©rales Ć  base de fer sont Ć©galement utilisĆ©es de maniĆØre standard en Suisse dans le post-partum, principalement pour traiter lā€™ā€ŠanĆ©mie post-partum (Hb < 100G/L).

Copyright
Aerzteverlag medinfo AG

Traduction de info@gynƩcologie 01/2025

Pr Christian Breymann

Gyn & PƩrinatal Zurich
Centre mƩdical Hirslanden
Seefeldstrasse 214
8008 Zurich

C. Breymann donne des confƩrences et des formations pour CLS-Vifor Suisse et CLS-Vifor International et Pierre Fabre/ Robapharm Suisse. Il participe Ʃgalement Ơ des publications sur les prƩparations Ơ base de fer concernƩes

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OstĆ©oporose 2025 – Diagnostic et traitement

Présentation lors du 27e colloque de formation continue du Collège de Médecine de Premier Recours (CMPR) en collaboration avec la Clinical Skills Academy (CSA)

L’ostĆ©oporose reste une maladie chronique majeure qui entraĆ®ne des fractures de fragilitĆ© aux consĆ©quences mĆ©dicales, sociales et Ć©conomiques considĆ©rables.

Pr Serge Ferrari

Pr Serge Ferrari, médecin-chef du service des maladies osseuses, HÓpitaux universitaires de Genève (HUG).

ƉpidĆ©miologie

• 82 000 nouvelles fractures de fragilitĆ© en Suisse en 2019.
• Cela correspond Ć :
– 226 fractures par jour
– 9.4 fractures par heure
• CoĆ»ts
– InvaliditĆ© due aux sĆ©quelles Ć  long terme: 746 millions d’euros
– CoĆ»ts directs liĆ©s aux fractures: 2.62 milliards d’euros
• PrĆ©visions: augmentation de 37.5 % des fractures d’ici 2034.

Diagnostic: au-delƠ de la densitƩ osseuse

La densitomĆ©trie osseuse par DXA, rĆ©alisĆ©e au rachis lombaire et Ć  la hanche, demeure l’examen de rĆ©fĆ©rence. Un T-score ≤ –2.5 dĆ©finit une ostĆ©oporose manifeste. Toutefois, le Pr Ferrari souligne que la densitĆ© minĆ©rale osseuse (DMO) ne suffit pas Ć  elle seule pour Ć©valuer le risque de fracture.

L’outil FRAX, adaptĆ© au contexte suisse, permet d’estimer la probabilitĆ© de fracture Ć  dix ans, en intĆ©grant des facteurs tels que la corticothĆ©rapie prolongĆ©e, les antĆ©cĆ©dents de chute, le diabĆØte de type 2 ou la longueur du col fĆ©moral. ƀ cĆ“tĆ© de ces paramĆØtres, d’autres facteurs de risque demeurent dĆ©terminants: Ć¢ge avancĆ©, sexe fĆ©minin, faible indice de masse corporelle, antĆ©cĆ©dents familiaux de fracture de hanche, consommation d’alcool et tabac, ainsi que certaines pathologies chroniques (polyarthrite rhumatoĆÆde, hyperthyroĆÆdie, maladies inflammatoires de l’intestin).

Cette approche combinĆ©e permet une stratification du risque plus fine et conditionne l’indication thĆ©rapeutique.

Test de DensitƩ Osseuse

Cas clinique

Patiente: assistante de direction Ć¢gĆ©e de 55 ans – AntĆ©cĆ©dents familiaux: mĆØre victime d’une fracture du col du fĆ©mur Ć  l’âge de 66 ans aprĆØs un traumatisme mineur. – MĆ©nopause: depuis 4 ans, pas de traitement hormonal substitutif (THS). – IMC: 48 kg pour 1.56 m → insuffisance pondĆ©rale. – Tabagisme: environ 10 cigarettes/jour. – Clinique: aucune autre maladie ou traitement antĆ©rieur.

DensitomƩtrie (DXA)

• T-score LOM: –2.1
• T-score hanche totale: –2.0
• T-score col du fĆ©mur: –2.8

Diagnostic en laboratoire

• CrĆ©atinine: 79 µmol/L
• Calcium corrigĆ©: 2.31 mmol/L
• 25-OH-vitamine D: 57 nmol/L
• PTH: 4.0 pmol/L
• Phosphatase alcaline: 50 IU/L
• TSH: normale
• CTX: 0.570 µg/ml (valeurs normales: prĆ©mĆ©nopause 160–430 ng/ml ; postmĆ©nopause 350–700 ng/ml)

Ɖvaluation

• Diagnostic: ostĆ©oporose manifeste (score T ≤ –2.5)
• Risque de fracture: Ć©levĆ©

Vous traitez?

La SociĆ©tĆ© suisse contre l’ostĆ©oporose recommande de commencer dĆØs que possible un traitement contre l’ostĆ©oporose chez les personnes Ć¢gĆ©es ayant rĆ©cemment subi une fracture de fragilitĆ©, l’évaluation clinique dĆ©terminant la meilleure faƧon d’appliquer les directives de traitement dans chaque cas.

Avec les anti-rĆ©sorbeurs on obtient un gain de DMO Ć  long terme. Le denosumab est plus efficace que l’acide zolĆ©dronique et ce dernier est plus efficace que l’alendronate.

La durƩe du traitement est dƩterminƩe en fonction de la DMO de base et de la prƩsence (absence) de fractures et selon Ʃvaluation DMO (tous les 2 ans):
RLX jusqu’ Ć  10 ans, CAVE: perte accĆ©lĆ©rĆ©e DMO Ć  l’arrĆŖt
BPs: jusqu’à 5 ans, avec l’effet rĆ©siduel de maintien partiel DMO Ć  l’arrĆŖt
Denosumab: jusqu’à 10 ans et + selon le cas. CAVE perte accĆ©lĆ©rĆ©e DMO Ć  l’arrĆŖt.
Un traitement Ć  long terme par le dĆ©nosumab peut ĆŖtre envisagĆ© pour les patients Ć  haut risque de fracture dĆ©jĆ  traitĆ©s par le dĆ©nosumab, compte tenu du profil favorable d’efficacitĆ© et de sĆ©curitĆ©. En cas d’arrĆŖt du dĆ©nosumab, un traitement antirĆ©sorptif alternatif (zolendronate) doit ĆŖtre initiĆ© 6 mois aprĆØs la derniĆØre injection de dĆ©nosumab. L’évaluation des marqueurs du renouvellement osseux peut aider Ć  dĆ©finir le rĆ©gime optimal. Dix ans aprĆØs le dĆ©but d’une Ć©tude Bolland MJ et al NEJM 2025), le zolĆ©dronate administrĆ© au dĆ©but de l’étude et aprĆØs 5 ans s’est avĆ©rĆ© efficace pour prĆ©venir les fractures vertĆ©brales morphomĆ©triques chez les femmes mĆ©nopausĆ©es prĆ©coces.

Pr Walter F. Riesen

riesen@medinfo-verlag.ch