Les maladies cardiovasculaires, rĆ©nales et mĆ©taboliques coexistent souvent et reprĆ©sentent une charge de morbiditĆ© considĆ©rable Ć lāĆ©chelle mondiale. Le diabĆØte de type 2, lāobĆ©sitĆ© et les maladies rĆ©nales chroniques sont Ć©troitement liĆ©s et augmentent le risque dāinfarctus du myocarde, dāaccident vasculaire cĆ©rĆ©bral, dāinsuffisance cardiaque et de mortalitĆ©. De grandes Ć©tudes cliniques (Ā«outcome trialsĀ») ont montrĆ© que les agonistes des rĆ©cepteurs du GLP-1 et les inhibiteurs du SGLT2 offrent des bĆ©nĆ©fices significatifs sur les critĆØres dāĆ©valuation (Ā«endpointsĀ») cardiovasculaires et rĆ©naux. Leurs effets protecteurs reposent sur des mĆ©canismes dāaction complĆ©mentaires qui vont audelĆ de la simple rĆ©duction de la glycĆ©mie. UtilisĆ©s en association, et complĆ©tĆ©s par la finĆ©rĆ©none, ils ouvrent la voie Ć une approche thĆ©rapeutique holistique qui peut amĆ©liorer durablement le pronostic des patients atteints de diabĆØte de type 2 avec des comorbiditĆ©s cardiomĆ©taboliques. Ceci marque un changement de paradigme dans la prĆ©vention et le traitement.
Cardiovascular, renal, and metabolic diseases often coexist and account for a major global health burden. Type 2 diabetes, obesity, and chronic kidney disease are closely interrelated and increase the risk of myocardial infarction, stroke, heart failure, and mortality. Large outcome trials have demonstrated that GLP-1 receptor agonists and SGLT2 inhibitors provide significant cardiovascular and renal benefits. These protective effects result from complementary mechanisms that extend beyond glycemic control. In combination with finerenone, they enable a comprehensive treatment strategy that improves outcomes in patients with type 2 diabetes and cardiometabolic comorbidities, representing a paradigm shift in prevention and therapy.
Keywords: GLP-1 Receptor Agonists, Cardiometabolic Health, Type 2 Diabetes, Heart Failure
Introduction
Les maladies cardiovasculaires, rĆ©nales et mĆ©taboliques comptent parmi les pathologies chroniques les plus frĆ©quentes dans le monde. Elles surviennent rarement de maniĆØre isolĆ©e, mais sont Ć©troitement liĆ©es les unes aux autres. On estime quā environ 850 millions de personnes souffrent dāune maladie rĆ©nale chronique (MRC), ce qui correspond Ć une prĆ©valence de plus de 11ā%. La MRC Ć©tant souvent asymptomatique Ć ses dĆ©buts, elle passe souvent inaperƧue. Environ 523 millions de personnes dans le monde sont atteintes dāune maladie coronarienne (MC), plus de 60 millions souffrent dāinsuffisance cardiaque et environ la moitiĆ© de ces patient/es dĆ©cĆØdent dans les cinq ans suivant le diagnostic. Le diabĆØte sucrĆ© de type 2 (DT2) touche dĆ©sormais plus de 530 millions de personnes et sa prĆ©valence continue dāaugmenter.
ComorbiditƩs et facteurs de risque
Les maladies cardiomĆ©taboliques chroniques partagent des facteurs de risque pertinents tels que lāhypertension artĆ©rielle, la dyslipidĆ©mie, lāhyperglycĆ©mie, lāobĆ©sitĆ© abdominale et lāinflammation chronique. Si celles-ci ne sont pas traitĆ©es de maniĆØre adĆ©quate, elles peuvent entraĆ®ner des complications graves telles quāun infarctus du myocarde, un accident vasculaire cĆ©rĆ©bral, une insuffisance cardiaque avec fraction dāĆ©jection prĆ©servĆ©e (HFpEF), une stĆ©atohĆ©patite associĆ©e Ć un dysfonctionnement mĆ©tabolique (MASH), une artĆ©riopathie oblitĆ©rante des membres infĆ©rieurs (AOMI) ou une progression de la MRC.
La charge des comorbiditĆ©s est particuliĆØrement Ć©levĆ©e chez les personnes atteintes de DT2. En Suisse, 6.4ā% de la population est touchĆ©e, dont 60 Ć 90ā% souffrent dāobĆ©sitĆ©, alors que ce nāest quāenviron 12ā% dans la population gĆ©nĆ©rale. Environ un quart des patient/es atteints de diabĆØte de type 2 prĆ©sentent une maladie cardiovasculaire, et autant souffrent dāun dĆ©ficit en insuline. De 50 et 70ā% dĆ©veloppent une stĆ©atose hĆ©patique associĆ©e Ć un dysfonctionnement mĆ©tabolique (MASLD),et 30ā40ā% une MASH, et environ 25ā% souffrent dāinsuffisance cardiaque. LāobĆ©sitĆ© sans diabĆØte sāaccompagne Ć©galement dāune charge de morbiditĆ© Ć©levĆ©e. Plus de 1.1 milliards de personnes sont touchĆ©es dans le monde, dont jusquāĆ 25ā% dĆ©veloppent en plus un DT2, prĆØs de la moitiĆ© une apnĆ©e du sommeil, plus de la moitiĆ© une hypertension et plus des deux tiers une dyslipidĆ©mie (Fig.ā1).
IncrĆ©tines et mĆ©canismes dāaction
La dĆ©couverte des hormones incrĆ©tines GIP (glucose-dependent insulinotropic polypeptide) dans les annĆ©es 1970 et GLP-1 (glucagon-like peptide 1) dans les annĆ©es 1980 a ouvert de nouvelles perspectives thĆ©rapeutiques. Le GLP-1 est libĆ©rĆ© aprĆØs lāingestion dāaliments par les cellules L dans lāilĆ©on distal, tandis que le GIP est sĆ©crĆ©tĆ© par les cellules K dans le duodĆ©num. Les agonistes des rĆ©cepteurs du GLP-1 (GLP-1 RA) ont de nombreux effets directs et indirects. Ils amĆ©liorent la fonction endothĆ©liale, augmentent la biodisponibilitĆ© de lāoxyde nitrique, inhibent les molĆ©cules dāadhĆ©sion telles que lāICAM-1 et la VCAM-1 ainsi que la prolifĆ©ration des cellules musculaires lisses, et rĆ©duisent les dĆ©pĆ“ts lipidiques et lāinflammation vasculaire. Indirectement, ils contribuent Ć la rĆ©duction de la pression artĆ©rielle, du poids corporel et de lāHbA1c.
Ćtudes avec des Ā«endpointsĀ» cardiovasculaires
Depuis 2008, la FDA amĆ©ricaine impose des Ć©tudes avec des critĆØres dāĆ©valuation (endpoints) cardiovasculaires pour les nouveaux antidiabĆ©tiques afin de prouver leur innocuitĆ© au-delĆ du contrĆ“le glycĆ©mique. Ā«Le MACE Ć 3 pointsĀ» est un critĆØre dāĆ©valuation standard. Il comprend lāinfarctus du myocarde non mortel, lāaccident vasculaire cĆ©rĆ©bral non mortel et la mort cardiovasculaire.
La premiĆØre Ć©tude ayant dĆ©montrĆ© un bĆ©nĆ©fice clair Ć©tait EMPA-REG OUTCOME: lāempagliflozine a rĆ©duit le risque de MACE Ć 3 points de 14ā%, la mortalitĆ© cardiovasculaire de 38ā%, les hospitalisations pour insuffisance cardiaque de 35ā% et la mortalitĆ© globale de 32ā%. LāĆ©tude LEADER a fourni la premiĆØre preuve dāefficacitĆ© dāun agoniste du rĆ©cepteur du GLP-1. Le liraglutide a rĆ©duit la mortalitĆ© cardiovasculaire de 22ā% et la mortalitĆ© globale de 15ā%. Dāautres Ć©tudes, telles que SUSTAIN-6 (semaglutide) et REWIND (dulaglutide), ont confirmĆ© ces rĆ©sultats (Fig.ā2). Des Ć©tudes plus rĆ©centes ont Ć©largi le spectre. LāĆ©tude SELECT a montrĆ© une rĆ©duction relative de 20ā% du risque du MACE Ć 3 points sous semaglutide chez les patients en surpoids atteints dāune maladie cardiovasculaire, mais sans diabĆØte. LāĆ©tude SOUL avec le semaglutide par voie orale a montrĆ© une rĆ©duction significative de 14ā% du MACE chez plus de 9600 patients atteints de diabĆØte de type 2 et de maladies cardiovasculaires ou de MRC. Lāessai FLOW a dĆ©montrĆ© pour la premiĆØre fois un avantage pour un agoniste des rĆ©cepteurs du GLP-1 chez les patients atteints de diabĆØte de type 2 et dāinsuffisance rĆ©nale chronique, avec une rĆ©duction de 27ā% des Ć©vĆ©nements dāinsuffisance cardiaque et de mortalitĆ© cardiovasculaire.
Approches thƩrapeutiques synergiques
Les mĆ©canismes dāaction diffĆ©rents des agonistes des rĆ©cepteurs du GLP-1 et des inhibiteurs du SGLT2 expliquent leurs effets complĆ©mentaires. Alors que les GLP-1 RA ont principalement des effets anti-inflammatoires, antiathĆ©rogĆØnes et mĆ©taboliques, les inhibiteurs du SGLT2 ont des effets hĆ©modynamiques, anti-fibrotiques et antiarythmiques. De plus, ils rĆ©duisent la prĆ©charge et la postcharge, diminuent le stress oxydatif et amĆ©liorent lāhĆ©modynamique rĆ©nale. Lāinteraction de ces mĆ©canismes justifie la thĆ©rapie combinĆ©e, qui est de plus en plus considĆ©rĆ©e comme le standard dans la pratique clinique. Lāajout de la finĆ©rĆ©none, un antagoniste non stĆ©roĆÆdien des rĆ©cepteurs minĆ©ralocorticoĆÆdes, renforce encore les effets protecteurs cardiovasculaires et rĆ©naux. La finĆ©rĆ©none sāest rĆ©vĆ©lĆ©e efficace dans des essais cliniques chez des patients atteints de diabĆØte de type 2 et dāinsuffisance rĆ©nale chronique. Il a Ć©tĆ© dĆ©montrĆ© quāelle rĆ©duit significativement le risque de survenue dāĆ©vĆ©nements combinĆ©s cardiovasculaires et rĆ©naux, de 14ā% avec un nombre de patients Ć traiter (NNT) de 46 et de 23ā% avec un NNT de 60, aprĆØs trois ans. Chez les patients atteints dāinsuffisance cardiaque avec HFpEF, la finĆ©rĆ©none a Ć©galement rĆ©duit de 16ā% le risque de pĆ©joration de lāinsuffisance cardiaque ou de dĆ©cĆØs.
Les rĆ©sultats de la thĆ©rapie combinĆ©e sont particuliĆØrement prometteurs. Des analyses approfondies dāĆ©tudes (notamment CANVAS, CREDENCE, FIDELIO-DKD, FIGARO-DKD) ont montrĆ© que la triple combinaison avec des GLP-1 RA, inhibiteurs du SGLT2 et finĆ©rĆ©none offre le plus grand potentiel pour obtenir des amĆ©liorations significatives en termes dāĆ©vĆ©nements cardio-vasculaires et rĆ©naux, dāinsuffisance cardiaque et de survie globale chez les patients atteints de DT2 avec albuminurie modĆ©rĆ©ment Ć©levĆ©e. La double combinaison sāest Ć©galement rĆ©vĆ©lĆ©e supĆ©rieure aux substances individuelles. Dans ce contexte, les donnĆ©es actuelles plaident clairement en faveur de lāutilisation de la finĆ©rĆ©none en association avec des agonistes du rĆ©cepteur du GLP-1 et des inhibiteurs du SGLT2 afin dāoptimiser la protection cardio-rĆ©nale chez cette population Ć haut risque.
Objectifs thérapeutiques et critères cliniques
Le choix du traitement antidiabĆ©tique dĆ©pend Ć la fois des prĆ©fĆ©rences du patient et des objectifs mĆ©dicaux. Alors que les patients prĆ©fĆØrent gĆ©nĆ©ralement un traitement sans hypoglycĆ©mies, avec une perte de poids et une administration aussi simple que possible, les mĆ©decins mettent le focus davantage sur la rĆ©duction de la mortalitĆ©, la prĆ©vention des complications micro- et macrovasculaires, ainsi que sur la prise en compte de lāĆ¢ge, de la durĆ©e du diabĆØte, de la fonction rĆ©nale, des comorbiditĆ©s, des effets secondaires et des coĆ»ts.
Les recommandations suisses actuelles prĆ©voient un traitement combinĆ© initial associant la metformine et un inhibiteur du SGLT2 ou un agoniste des rĆ©cepteurs du GLP-1. En cas de rĆ©sultat insuffisant, une triple combinaison doit ĆŖtre mise en place. Les sulfonylurĆ©es ne sont plus considĆ©rĆ©es comme un traitement standard en raison du risque Ć©levĆ© dāhypoglycĆ©mie et de prise de poids. Ce nāest que lorsque ces stratĆ©gies sāavĆØrent insuffisantes quāun traitement Ć lāinsuline devient nĆ©cessaire.
Il convient Ć©galement de tenir compte dāaspects pratiques. En cas de maladies aiguĆ«s telles que vomissements, diarrhĆ©es, infections graves, hospitalisations ou opĆ©rations, il est recommandĆ© dāarrĆŖter temporairement la metformine et les inhibiteurs du SGLT2 et dāutiliser de lāinsuline selon besoin afin dāĆ©viter des risques tels que lāacidocĆ©tose ou lāacidose lactique. Le traitement combinĆ© doit ĆŖtre choisi avec soin: alors que lāutilisation simultanĆ©e dāagonistes des rĆ©cepteurs du GLP-1 et dāinhibiteurs de la DPP-4 nāest pas trĆØs judicieuse en raison de leur mĆ©canisme dāaction identique, la combinaison dāinsuline et de sulfonylurĆ©es doit ĆŖtre strictement Ć©vitĆ©e, car elle augmente considĆ©rablement le risque dāhypoglycĆ©mie.
Les valeurs cibles individuelles dāHbA1c constituent un autre aspect important. Chez les patient/es jeunes sans risque dāhypoglycĆ©mie, lāobjectif est une valeur cible infĆ©rieure Ć 6.5ā%, chez les patients dāĆ¢ge moyen une valeur entre 6.5 et 7.0ā%, et chez les patients de plus de 80 ans une valeur entre 7.5 et 8.0ā%. En cas de traitements prĆ©sentant un risque dāhypoglycĆ©mie, une valeur cible < 8.0ā% est considĆ©rĆ©e comme suffisante. Ć noter que dĆ©jĆ Ć partir dāun taux dāHbA1c de 5.5ā%, le risque de maladie coronarienne et dāaccident vasculaire cĆ©rĆ©bral augmente considĆ©rablement. Chaque point de pourcentage supplĆ©mentaire augmente le risque de maladie coronarienne de 50ā% et celui dāaccident vasculaire cĆ©rĆ©bral de 55ā%. Cāest pourquoi lāHbA1c doit ĆŖtre maintenue aussi proche que possible de la valeur normale Ć lāaide de mĆ©dicaments sĆ»rs.
La physiopathologie et la perspective des patient/es
De nouvelles dĆ©couvertes sur la pathogenĆØse du diabĆØte de type 2 soulignent le rĆ“le de la rĆ©partition des graisses et des facteurs gĆ©nĆ©tiques. MĆŖme de faibles quantitĆ©s de graisse hĆ©patique peuvent ĆŖtre pertinentes sur le plan physiopathologique. Des valeurs supĆ©rieures Ć 5ā% favorisent la progression vers la fibrose et la cirrhose. La capacitĆ© de stockage de graisse sous-cutanĆ©e est dĆ©terminĆ©e par plus de 50 loci gĆ©nĆ©tiques. Si des dĆ©pĆ“ts ectopiques de graisse se produisent dans le foie ou le pancrĆ©as, le diabĆØte ne se dĆ©veloppe que chez les personnes gĆ©nĆ©tiquement prĆ©disposĆ©es. Le fait que lāobĆ©sitĆ© ne conduit pas nĆ©cessairement au diabĆØte est illustrĆ© par le constat que 73ā% des personnes ayant un IMC supĆ©rieur Ć 40 kg/m² ne dĆ©veloppent pas de diabĆØte. Dans le mĆŖme temps, jusquāĆ 90ā% des patient/es nouvellement diagnostiquĆ©s avec un DT2 peuvent obtenir une rĆ©mission grĆ¢ce Ć une perte de poids (Ć©tude DiRECT).
La perspective des patient/es et des considĆ©rations Ć©conomiques sont Ć©galement pertinents. Beaucoup prĆ©fĆØrent les traitements sans hypoglycĆ©mie, qui permettent une perte de poids et sont faciles Ć utiliser. Les agonistes du rĆ©cepteur du GLP-1 rĆ©pondent largement Ć ces critĆØres, en particulier sous forme dāapplications hebdomadaires. De plus, ils rĆ©duisent lāappĆ©tit, ce qui entraĆ®ne souvent une diminution des dĆ©penses alimentaires. Ces Ć©conomies peuvent compenser au moins en partie les coĆ»ts du traitement et faciliter ainsi la participation financiĆØre individuelle Ć long terme.
Nouveaux dƩveloppements
Des Ć©tudes rĆ©centes ont mis en Ć©vidence le potentiel des GLP-1 RA qui vont au-delĆ des indications classiques. Dans lāessai ESSENCE, le semaglutide a amĆ©liorĆ© lāhistologie hĆ©patique chez les patients atteints de MASH. Le tirzepatide, un agoniste double GLP-1/GIP, ainsi que le retatrutide, un agoniste triple, ont montrĆ© des effets significatifs sur la perte de poids, la graisse hĆ©patique et des paramĆØtres mĆ©taboliques. Ces substances rapprochent la perspective dāoffrir une alternative mĆ©dicamenteuse Ć la chirurgie bariatrique. De plus, des Ć©tudes indiquent que les GLP-1 RA peuvent rĆ©duire le risque de dĆ©mence de plus de 50ā%.
Copyright
Aerzteverlag medinfo AG
Cet article est une traduction de Ā«der informierte arzt ā die informierte ƤrztinĀ» 10_2025.
Clinique dāendocrinologie, de diabĆ©tologie et nutrition clinique
HƓpital universitaire de Zurich
RƤmistrasse 100
8091 Zurich
Roger.Lehmann@usz.ch
Lāauteur nāa dĆ©clarĆ© aucun conflit dāintĆ©rĆŖts en rapport avec cet article.
Sur demande auprĆØs de lāauteur







