Pour une dĆ©finition pertinente des foyers naturels de la mĆ©ningo-encĆ©phalite Ć tiques ou verno-estivale (FSME), il faut considĆ©rer, Ć part les cas enregistrĆ©s cliniquement, aussi les infections dāāanimaux provenant de zones où lāāagent pathogĆØne nāāest pas encore apparu chez lāāhomme. Les rĆ©sultats dāāĆ©tudes sur le terrain (1), complĆ©tĆ©s par des donnĆ©es de cas cliniques, pourraient combler dāāimportantes lacunes dans les connaissances sur la propagation du virus FSME. Une approche interdisciplinaire (2) est nĆ©cessaire et devrait ĆŖtre mise en Åuvre au-delĆ des frontiĆØres dĆ©partementales et des disciplines scientifiques.
Cet article est consacré à la répartition géographique des zones endémiques de la FSME. Un autre article paru dans le numéro 04_2019 de « der informierte arzt » informe au sujet des pathogènes à tiques fréquents et moins fréquents (3).
Virus de lāāencĆ©phalite Ć tiques et zones dāāendĆ©mie
Le virus FSME a Ć©tĆ© dĆ©tectĆ© et isolĆ© pour la premiĆØre fois en SibĆ©rie orientale en 1937. DĆ©jĆ en 1931, le mĆ©decin Hans Schneider a dĆ©crit, dans sa publication Ā«āEpidemische akute <āMeningitis serosaā>āĀ», une accumulation de foyers de FSME en Basse Autriche (4). Le virus FSME circule dans un systĆØme complexe. Il est maintenu en cycle avec les tiques et les vertĆ©brĆ©s dans des foyers dits naturels. La circulation du virus dĆ©pend de la coĆÆncidence de certaines conditions botaniques, zoologiques, climatiques et Ć©co-gĆ©ologiques (4). La tique (Ixodes ricinus) joue un rĆ“le central dans le cycle naturel du virus FSME. Toutes les espĆØces animales ne sont pas des hĆ“tes sanguins appropriĆ©s pour les tiques (chevreuils, cerfs, sangliers) et seule une sĆ©lection de ces espĆØces (rongeurs, insectivores) est capable de servir de rĆ©servoir au virus FSME. Le rapport Ā«āhĆ“te sanguināĀ» sur Ā«āhĆ“te rĆ©servoirāĀ» dĆ©termine si le virus FSME circule ou non Ć un endroit donnĆ© (5).
Expansion de la FSME en Suisse
La premiĆØre dĆ©tection dāāanticorps anti-FSME a Ć©tĆ© rĆ©alisĆ©e en Suisse en 1969 dans le sĆ©rum de deux personnes malades. Ceci est dĆ©crit par Thomas Krech dans sa thĆØse de doctorat de 1980 (6). LāāOffice fĆ©dĆ©ral de la santĆ© publique (OFSP) enregistre lāāincidence des infections Ć FSME depuis 1984.
Les zones Ć risque ont Ć©tĆ© identifiĆ©es sur la base des cas cliniques de FSME en 2011 qui se situaient dans le nord-est de la Suisse (cantons TG, SH, SG, ZH), le Mittelland, lāāOberland bernois et lāāAlpenrheintalā/āFL (cf.āfig.ā1). Dans le cadre de la plus grande campagne suisse de surveillance de la FSME, lāāarmĆ©e a collectĆ© plus de 65ā000 tiques en 2009. Le laboratoire de Spiez a analysĆ© les tiques pour dĆ©tecter la prĆ©sence du virus FSME. Les rĆ©sultats uniques de cette Ć©tude sur le terrain (9) ont Ć©tĆ© intĆ©grĆ©s dans la carte actualisĆ©e des zones prĆ©sentant un risque accru de FSME en 2013 (cf.āfig.ā2) afin dāāamĆ©liorer lāāĆ©valuation de ce risque. ParallĆØlement, lāāOFSP et la Commission fĆ©dĆ©rale pour les questions de vaccination (CFV) ont dĆ©cidĆ© de ne plus considĆ©rer Ā«āla seule dĆ©tection des tiques infectĆ©esāĀ» dans leur prĆ©sentation des zones Ć risque de FSME et de publier deux cartes, lāāune visualisant les zones dāāaccumulation locale de la FSME, lāāautre montrant les zones pour lesquelles la vaccination contre la FSME est recommandĆ©e (8).
Recommandation de vaccination contre la FSME 2019 ā extension spatiale
La figure 3 montre lāāexpansion spatiale des zones Ć risque de FSME entre 2009 et 2018 avec les sites où lāāon soupƧonne des piqĆ»res de tiques (rouge) et, si cette information fait dĆ©faut, la commune de rĆ©sidence (rose) des personnes atteintes de FSME. La figure 4 prĆ©sente les zones pour lesquelles la recommandation de vaccination contre la FSME est en vigueur depuis fĆ©vrier 2019 (10) comme rĆ©sultat de la gestion pragmatique, par la politique de santĆ©, du nombre croissant des cas de FSME. La vaccination protĆØge contre lāāinfection Ć FSME, mais pas contre la maladie de Lyme. LāāexpĆ©rience de plus de 40 exposĆ©s sur la prĆ©vention montre que plus de la moitiĆ© du public intĆ©ressĆ© ne connaĆ®t pas cette distinction (11). La conclusion inverse signifie quāāune grande partie de la population interprĆØte mal la carte des zones Ć risque de FSME et estime quāāil nāāy a aucun risque de tiques en dehors des zones rouges. Lāāune des raisons pourrait ĆŖtre lāāutilisation imprĆ©cise du terme Ā« vaccination contre les tiques Ā» pour dĆ©signer la protection vaccinale contre la FSME.
Zones avec recommandation dāāimmunisation contre la FSME ā ā Foyers naturels
Les zones cartographiĆ©es où la vaccination contre la FSME est recommandĆ©e ne prennent en compte que les cas cliniques. Cette approche mĆ©dicale prĆ©sente deux lacunes majeures. PremiĆØrement, la mĆ©thode de prendre les cantons comme entitĆ© la plus petite pour identifier des foyers naturels de trĆØs petite taille est insuffisante. Les foyers naturels sont aussi grands quāāun demi-terrain de football et ne peuvent ĆŖtre identifiĆ©s quāāĆ lāāissue de recherches approfondies sur le terrain (12) (13). DeuxiĆØmement, pour le virus FSME, lāāhomme est un hĆ“te sans issue qui ne joue aucun rĆ“le dans la propagation du virus. Lāāenregistrement des seuls cas humains de FSME donne une image dĆ©formĆ©e de la propagation spatiale de la FSME (2).
RƩsultats de la recherche sur la FSME datant de septembre 2019
Le collĆØgue allemand Dobler est internationalement considĆ©rĆ© comme une rĆ©fĆ©rence dans la recherche sur les tiques (4). Au bout de quarante ans, il a Ć©tĆ© en mesure dāāidentifier des sous-types identiques de FMSE dans les foyers naturels en balisant les sites connus. Ceci est une indication claire de la stabilitĆ© du cycle naturel de lāāencĆ©phalite Ć tiques. Dāāautre part, lāāĆ©tendue spatiale prouve que les zones endĆ©miques Ā«ālocalisĆ©esāĀ» de la FSME rĆ©agissent aux influences de la nature et de lāāhomme.
Paysage, environnement et hƓtes
Lāāinclusion du paysage dans lāāĆ©pidĆ©miologie de la FSME est plus marquĆ©e en Europe de lāāEst quāāen Europe occidentale. La mĆ©thode dāāobservation de Pavlovsky pour dĆ©crire les foyers naturels de FSME (Nidus) nāāest pas moins pertinente aujourdāāhui quāāen 1939 (14). Les Ć©lĆ©ments du paysage tels que les vallĆ©es fluviales ont une influence sur la propagation du virus (Dobler, donnĆ©es non publiĆ©es). Des Ć©tudes sur des animaux sauvages et domestiques montrent que le virus de lāāencĆ©phalite Ć tiques est plus rĆ©pandu quāāon ne le pensait auparavant et quāāil est prĆ©sent dans les rĆ©gions où aucune maladie humaine nāāest apparue (2). Au Kazakhstan et au Kirghizistan, on connaĆ®t des rĆ©gions endĆ©miques situĆ©es entre 1ā000 et 2ā100 mĆØtres dāāaltitude (15). Des Ć©tudes menĆ©es en RĆ©publique tchĆØque (16) et en Autriche (17) indiquent que la distribution du vecteur Ā« tique Ā» ā parfois infectĆ© par le virus FSME ā augmente Ć des altitudes supĆ©rieures Ć 1000 m. Le changement climatique avec des tempĆ©ratures annuelles moyennes plus Ć©levĆ©es affecte les tiques et les agents pathogĆØnes. La tendance du taux dāāinfection Ć FSME sous lāāinfluence du changement climatique est Ć la hausse (18).
ActivitƩs de plein air et de voyage
La FSME est importante dans la mĆ©decine de voyage car de plus en plus de cas cliniques surviennent dans des rĆ©gions non endĆ©miques (ex-Benelux, actuellement Etats-Unis) (4). Plusieurs vaccins bien tolĆ©rĆ©s sont recommandĆ©s pour la protection des voyageurs contre les infections dans les destinations hautement endĆ©miques en Europe, en Russie et en Asie (19). Les destinations touristiques alpines seraient bien avisĆ©es de sāāattaquer (pro-)activement au problĆØme des tiques. Lāāinformation sur lāāĆ©volution de la situation de la FSME Ć haute altitude devrait ĆŖtre inclue dans les informations aux clients. LāāhĆ“te prudent doit fournir des informations sur les risques potentiels existants et les mesures de protection prĆ©ventive qui contribueront Ć des vacances actives sans soucis en montagne.
PrƩsentation alternative du risque potentiel associƩ aux tiques
Les informations actuelles sur la distribution des piqĆ»res de tiques sont publiĆ©es sur le gĆ©oportail fĆ©dĆ©ral sous le nom de Ā«āModĆØle de piqĆ»res de tique 2018āĀ» (20). Le modĆØle reprĆ©sente le risque dāāattraper une piqĆ»re de tique par temps doux et humide au dĆ©but de lāāĆ©tĆ©ā: zones Ć forte, moyenne et faible activitĆ© des tiques (zones rouges, jaunes et bleues respectives). Il nāāest pas possible de dĆ©terminer si les tiques des zones indiquĆ©es sont vecteurs dāāagents pathogĆØnes. Les donnĆ©es anonymes relevĆ©es de piqĆ»res de tiques (cf.āfig.ā5, points noirs) de lāāApp de prĆ©vention Ā«āZecke ā Tique ā TickāĀ» (21) servent Ć valider le modĆØle.
Le projet de recherche de la ZHAW, Ā« Fighting bites with bytes Ā», utilise ces points de donnĆ©es pour dĆ©velopper un modĆØle dynamique du risque potentiel associĆ© aux tiques (22). Les premiers rĆ©sultats sont attendus au dĆ©but de lāāĆ©tĆ© 2020.
La FSME en Autriche / en Suisse
La population autrichienne est vaccinĆ©e entre 82ā% et 90ā% (23). En Suisse, le taux de vaccination contre lāāencĆ©phalite Ć tiques chez les enfants de 2, 8 et 16 ans se situe entre 22ā% et 75ā% (24). La moyenne suisse pour les adultes est de 32,9ā% (25).
Entre 2010 et 2017, de nouvelles infections Ć FSME ont Ć©tĆ© enregistrĆ©es en Autriche, principalement dans lāāOuest (Tyrol et Vorarlberg) et en partie Ć des altitudes supĆ©rieures Ć 1000 m. En Suisse, les cas cliniques se sont Ć©galement propagĆ©s dans le sens est-ouest. On peut supposer que le virus FSME circule en Suisse Ć plus de 1000 m dāāaltitude. La dĆ©tection est une question de temps.
Umweltingenieur FH ZHAW
A&K Strategy GmbH
ZHAW WƤdenswil
Grüental
8820 WƤdenswil
tischhauser@ak-strategy.ch
Co-Leiterin Molekulare Analytik
Institut für Infektionskrankheiten der Universität Bern
Friedbühlstrasse 51
3010 Bern
En tant que co-fondateur et directeur de la spin-off de la ZHAW Ā« A&K Strategy GmbH Ā», Werner Tischhauser est responsable avec Jürg Grunder de lāāexploitation et du dĆ©veloppement de lāāApp de prĆ©vention Ā«āZeckeāāāTique ā Tick PreventionāĀ», qui est soutenue financiĆØrement par lāāOFSP. Lāāauteur est impliquĆ© dans le projet de la ZHAW Ā«āFighting bites with bytes ā promoting public health with crowdsourced tick preventionāĀ». La Dre Rahel Ackermann nāāa dĆ©clarĆ© aucun conflit dāāintĆ©rĆŖts en rapport avec cet article.
1. C. Bregnard, O. Rais, L. Gern, und M. J. Voordouw, «Increase of tick density over a 15-year period on Chaumont Mountain in Switzerland», University of Neuchâtel, Laboratory of Ecology and Evolution of Parasites, Neuchâtel, 2019.
2. G. Dobler, D. Gniel, R. Petermann, und M. Pfeffer, Ā«Epidemiology and distribution of tick-borne encephalitisĀ», Wien. Med. Wochenschr., Bd. 162, Nr. 11ā12, S. 230-238, Juni 2012.
3. R. Ackermann-Gäumann und G. Greub, «Der informierte Arzt», Medinfo Arztverlag, 04.2019, Apr. 2019.
4. G. Dobler, W. Erber, und H.-J. Schmitt, The TBE book, Bd. 2nd Edition. 2019.
5. G. T. Stewart, Ā«Natural Nidality of Transmissible Diseases: by Evegeny N. Pavlovsky, edited by Norman D. Levine, translated by Frederick K. Plous. University of Illinois Press, Urbana and London, 1966. x + 227 pages with index, glossary, references and 126 figures or photographs. $8.00Ā», Am. J. Trop. Med. Hyg., Bd. 16, Nr. 1, S. 120ā121, Jan. 1967.
6. T. Krech, «Die Frühsommer-Meningoenzephalitis (FSME) in der Schweiz», Institut für Medizinische Mikrobiologie des Kantons St.Gallen, Arbeit unter der Leitung von prof. Dr. u. Krech, 1980.
7. Ā«Zecken: Neue Gefahr – BeobachterĀ», 2011. (Online). Disponible Ć : https://www.beobachter.ch/gesundheit/medizin-krankheit/zecken-neue-gefahr. (ConsultĆ© le 25-Sep-2019).
8. BAG Bulletin, «Aktualisierung und neue Darstellung der Karte mit Impfempfehlung für Frühsommer-Meningoenzepahlitis per April 2013», 18/2013, Apr. 2013.
9. R. Ackermann-Gäumann, «Molecular epidemiology of tick-borne encephalitis viruses in Switzerland», Bern, 2010.
10. BAG, Ā«BAG Bulletin 06/19, Revision FSME-ImpfempfehlungĀ», S. 12ā14, Feb. 2019.
11. Liga für Zeckenkranke Schweiz, Sandra Werth, «Liga für Zeckenkranke Schewiz, Kontakt». (Online). Verfügbar unter: http://www.zeckenliga.ch/kontakt.html. (Consulté le 04-Okt-2019).
12. G. Dobler u. a., Ā«Gefahren der Ćbertragung von Krankheitserregern durch Schildzecken in DeutschlandĀ», Bundesgesundheitsblatt Gesundheitsforschung Gesundheitsschutz, Bd. 57, Nr. 5, S. 541ā548, 2014.
13. T. Krech, Ā«TBE foci in SwitzerlandĀ», Int. J. Med. Microbiol., Bd. 291, S. 30ā33, Juni 2002.
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16. V. DanielovĆ”, S. KliegrovĆ”, D. Milan, und B. ÄestmĆr, Ā«Influence of Climate Warming on Tick-borne Encephalitis Expansion to Higher Altitudes during the Last Decade (1997-2006) in the Highland Region (Czech Republic)Ā», S. 8.
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18. M. Daniel, V. DanielovĆ”, A. FialovĆ”, M. Malý, B. KÅĆž, und P. A. Nuttall, Ā«Increased Relative Risk of Tick-Borne Encephalitis in Warmer WeatherĀ», Front. Cell. Infect. Microbiol., Bd. 8, MƤrz 2018.
19. R. Steffen, Ā«Tick-borne EncephalitisāNeed to know for Professionals outside Endemic AreasĀ», Dr Sulaiman Al Habib Med. J., 2019.
20. Bundesamt für Gesundheit, BAG und A&K Strategy GmbH, Werner Tischhauser, Ā«Swiss Geoportal – Zeckenstichmodell 2018Ā», geo.admin.ch. (Online). Verfügbar unter: https://map.geo.admin.ch. (ConsultĆ© le 02-Okt-2019).
21. Ā«Startseite PrƤventions-App āāZecke – Tick PreventionāāĀ», zecke-tique-tick.ch. .
22. «Fighting bites with bytes: Promoting public health with crowdsourced tick prevention», ZHAW Zürcher Hochschule für Angewandte Wissenschaften. (Online). Verfügbar unter: https://www.zhaw.ch/no_cache/de/forschung/forschungsdatenbank/projektdetail/projektid/2966/. (Consulté le 02-Okt-2019).
23. Ā«The Austrian Vaccination Paradox: Tick-borne Encephalitis Vaccination Versus Influenza VaccinationĀ», Cent. Eur. J. Public Health, Bd. 23, Nr. 3, S. 223ā226, Sep. 2015.
24. BAG, «Kantonales Durchimpfungsmonitoring Schweiz». (Online). Disponible à : https://www.bag.admin.ch/bag/de/home/gesund-leben/gesundheitsfoerderung-und-praevention/impfungen-prophylaxe/informationen-fachleute-gesundheitspersonal/durchimpfung.html. (Consulté le 30-Okt-2019).
25. P. Sinniger, J. Fehr, und P. Lang, «Analysis of TBE vaccination coverage and compliance in adults in Switzerland, 2018», University of Zurich, Department of Public Health, Epidemiology, Biostatistics and Prevention Insitute, Vienna, 21st ISW-TBE Meeting, May 16-17, 2019.
26. R. Ackermann-Gäumann, «Zecken. Die Zecken in der Schweiz. Die durch Zecken übertragenen Krankheiten. Schutz vor Zecken.», Bundesamt für Bevölkerungsschutz BABS, Labor Spiez, Aug. 2019.




















