Le syndrome dāāapnĆ©e obstructive du sommeil (SAOS) est une maladie trĆØs frĆ©quente qui a des consĆ©quences sur la santĆ© et la sociĆ©tĆ©. La sociĆ©tĆ© moderne nous impose des exigences de plus en plus grandesāāāla fatigue, la somnolence et mĆŖme lāāĆ©puisement professionnel ainsi que la dĆ©pression en sont souvent les consĆ©quences. Un traitement consĆ©quent et lāāobservance soutenue du traitement par les patients atteints de SAOS sont rapidement payants.
Le patient fatiguƩ et somnolent est un dƩfi frƩquent dans la pratique du mƩdecin gƩnƩraliste. Tout
dāāabord, il est important de distinguer la fatigue de la somnolence, car les diagnostics diffĆ©rentiels ainsi que les clarifications divergent. Parmi les nombreux diagnostics diffĆ©rentiels de somnolence
(cāāāest-Ć -dire le domaine de la mĆ©decine du sommeil), il faut dāāabord penser Ć la maladie la plus courante ayant des consĆ©quences sur la santĆ© et la sociĆ©tĆ©, Ć savoir le syndrome dāāapnĆ©e du sommeil. Une clarification adĆ©quate nāāest pas un dĆ©fi, mais il peut ĆŖtre difficile dāāĆ©tablir et de maintenir la meilleure thĆ©rapie, la CPAP. Les difficultĆ©s ne sont pas dāāordre technique, car les machines et les masques CPAP modernes offrent une thĆ©rapie trĆØs sophistiquĆ©e et douce. Souvent, les difficultĆ©s viennent plutĆ“t dāāun problĆØme de motivation et de comprĆ©hension du patient. Les thĆ©rapies alternatives ne sont adaptĆ©es et efficaces que pour les formes lĆ©gĆØres et ne sont souvent pas faciles Ć appliquer. Puisque lāāaffection chronique ne peut ĆŖtre corrigĆ©e et ne peut ĆŖtre guĆ©rie
(Ć lāāexception des mesures chirurgicales), le traitement doit Ć©galement ĆŖtre chronique. Il nāāest pas rare que les patients restent somnolents pendant le traitement. Lāāarticle ci-dessous traite briĆØvement de tous ces aspects.
Fatigue vs. somnolence
La fatigue Ć©quivaut Ć ĆŖtre Ā«āterne, Ć©puisĆ©, sans Ć©nergieāĀ», Ā«ācomme des muscles endolorisāĀ», le corps est fatiguĆ©, mais pas nĆ©cessairement la tĆŖte. La somnolence est Ā«ālāāĆ©tage supĆ©rieurāĀ» de la fatigue ā
Ā«āla tĆŖte est fatiguĆ©eāĀ», Ā«āles yeux sont lourdsāĀ», il faut se dĆ©fendre contre lāāenvie de dormir. Si le patient nāāāy parvient pas, nous pouvons parler dāāun micro-sommeil ou dāāun assoupissement. La somnolence est normale le soir, et, Ć certaines heures (postprandiales), Ć©galement pendant la journĆ©e. LāāĆ©tat peut Ć©galement varier dāāun jour Ć lāāautre en fonction de la durĆ©e de la nuit de sommeil. Ces fluctuations doivent ĆŖtre prises en compte lors des entretiens avec les patients. Lāāoutil Ć©tabli (et validĆ© en franƧais) pour mesurer la somnolence est lāāĆ©chelle de somnolence dāāEpworth (ESS). Cet outil est largement disponible et connu (voir tab.ā1.). Il sāāagit dāāune auto-Ć©valuation Ć remplir par le patient lui-mĆŖme (pas nĆ©cessairement en consultation avec le mĆ©decin). DāāaprĆØs mon expĆ©rience, il en vaut la peine de revoir lāāESS avec le patient. Souvent, le rĆ©sultat est corrigĆ© vers le bas (normalement jusquāāĆ 10 points), car le patient est souvent encore Ā«āfatiguĆ©āĀ» lors de lāāĆ©valuation. Deux autres explications importantes sontā: Ā«āVeuillez indiquer la moyenne des 4 Ć 6 derniĆØres semainesāĀ» et Ā«āne tenez compte que de lāāheure de la journĆ©e, cāāest-Ć -dire du moment où vous vous ĆŖtes levĆ© jusquāāĆ 2āheures avant de vous coucherāĀ».
Le diagnostic diffĆ©rentiel de la fatigue est trĆØs largeā: les causes les plus frĆ©quentes sont les maladies physiques (insuffisance cardiaque, carence en fer avec ou sans anĆ©mie, hypothyroĆÆdie, maladie
dāāAddison, symptĆ“mes B dans les tumeurs ou maladies systĆ©miques) ou les maladies psychologiques telles que dĆ©pression, insomnie chronique, burn out.
Le diagnostic diffƩrentiel de somnolence comprend : Le manque de sommeil (syndrome
dāāinsuffisance de sommeil, perturbations du rythme circadien sommeil-Ć©veil telles que le travail par quarts, le dĆ©calage ou les changements de phase du sommeil) ; le syndrome des jambes sans repos et autres troubles du mouvement ; le sommeil inefficace tel que le syndrome dāāapnĆ©e du sommeil, lāāĆ©pilepsie ou les parasomniesā; les maladies neurologiques comme la narcolepsie ou les trĆØs rares hypersomnies idiopathiques.
ĆpidĆ©miologie, clinique et comorbiditĆ©s du SAOS
Un simple ronflement est courant, et ne vous rend pas somnolent. Avec le vieillissement (et une augmentation du poids), elle survient jusquāāĆ 45ā% chez les hommes de plus de 60 ans et jusquāāĆ 25ā% chez les femmes. Le SAOS est une maladie trĆØs courante, qui augmente avec lāāĆ¢ge et le poids. Pour les hommes, le SAOS survient gĆ©nĆ©ralement dans 4ā% de la population, pour les femmes, il reprĆ©sente 2ā% de la population totale (prĆ©valence). Le SAOS est dĆ©fini par un index dāapnĆ©e-hypopnĆ©e (IAH) >ā15/h en absence de symptĆ“mes ou de signes ou comorbiditĆ©s cliniques, ou par un IAH > ā5/h en prĆ©sence de tels symptĆ“mes (voir ci-dessous). Formellement, la subdivision en 3 degrĆ©s de sĆ©vĆ©ritĆ© sāāappliqueā: lĆ©ger Ć IAH 5-15/h, moyen Ć IAH 16-30/h et lourd Ć IAHā>ā30/h.
Les facteurs de risque sont le sexe masculin, lāāĆ¢ge, lāāobĆ©sitĆ© et les affections anatomiques comme
lāāobstruction de la respiration nasale et le pharynx Ć©troit. Le syndrome dāāapnĆ©e centrale du sommeil, la respiration de Cheyne-Stokes et les formes mixtes ne sont pas abordĆ©s ici.
La clinique comprend des symptÓmes diurnes (somnolence, fatigue, troubles de la concentration, capacité de réaction réduite, irritabilité, humeur dépressive, troubles de puissance, gorge sèche) et nocturnes (pauses anamnestiques étranges, ronflements cycliques forts, attaques de suffocation, réveil, sommeil superficiel et agité, palpitations, sueurs nocturnes, nycturie, soif).
Les comorbiditĆ©s comprennent Ć©galement des affections trĆØs frĆ©quentes qui se potentialisent mutuellement, telles que (la prĆ©valence des SAOS dans la maladie concernĆ©e) : hypertension artĆ©rielle rĆ©sistante au traitement (83ā%), obĆ©sitĆ© (77ā%), insuffisance cardiaque chronique (76ā%), diabĆØte de type 2 (72ā%), aprĆØs accident vasculaire cĆ©rĆ©bral (62ā%), fibrillation auriculaire (49ā%). Le SAOS est un facteur de risque indĆ©pendant de coronaropathie. Le risque cardiovasculaire sur 10 ans (morbiditĆ© et mortalitĆ©) augmente fortement Ć partir du SAOS modĆ©rĆ© (IAHā>ā15/h). De nos jours, il sāāagit dāāune faute professionnelle de ne pas penser Ć un SAOS avec ces comorbiditĆ©s. Un SAOS influence massivement le risque peropĆ©ratoire lors de toute intervention chirurgicale sous anesthĆ©sie dāāintubation, en particulier lors dāāun pontage gastrique.
Les consĆ©quences sociales vont dāāĀ«āinoffensivesāĀ» ā un travail de mauvaise qualitĆ© Ć cause de la somnolence ā Ć Ā«āgravesāĀ» ā accidents du travail et de la circulation. La question de lāāinaptitude Ć conduire doit ĆŖtre abordĆ©e dĆØs la premiĆØre suspicion de SAOS avec somnolence chez le patient.
Options thƩrapeutiques
Les mesures gĆ©nĆ©rales telles que le respect des rĆØgles dāāhygiĆØne du sommeil (en particulier la durĆ©e du sommeil supĆ©rieure Ć 7 āheuresā!), Ć©viter de boire de lāāalcool le soir, les sĆ©datifs, les hypnotiques et les opiacĆ©s, Ć©viter la conduite en cas de somnolence sont toujours recommandĆ©s en premier. Les Ā«āmesures simplesĀ» comprennent Ć©galement ce quāāon appelle la thĆ©rapie de position (Ć©viter la position couchĆ©e sensible). Ceci nāāest indiquĆ© que pour un degrĆ© de sĆ©vĆ©ritĆ© lĆ©ger Ć moyen, si lāāaccentuation en position couchĆ©e ne dĆ©passe pas IAHā>ā30ā/āh.
La meilleure thĆ©rapie (de loin) est la thĆ©rapie CPAP, aujourdāāhui conƧue de maniĆØre flexible avec une pression auto-adaptative (AutoCPAP ou thĆ©rapie APAP). Elle fonctionne du SAOS le plus lĆ©ger au SAOS le plus sĆ©vĆØre et doit toujours ĆŖtre suggĆ©rĆ©e comme premier choix. Ce nāāest que lorsquāāelle ne sāāest pas Ć©tablie aprĆØs 3 mois avec tous les Ā«ātrucsĀ» (voir ci-dessous) (essai CPAP), que le deuxiĆØme choix entre en jeu, Ć savoir lāāattelle de mĆ¢choire. Les mesures chirurgicales ORL (plus frĆ©quemment indiquĆ©es) et maxillo-faciales (beaucoup moins frĆ©quemment indiquĆ©es) suivent. MĆŖme dans le cas dāāune intervention chirurgicale agressive Ć plusieurs niveaux, la rĆ©duction maximale de lāāILA initiale dans les mesures ORL est de 50ā%, le risque de complications peropĆ©ratoires est accru (comme pour toute opĆ©ration) et les rĆ©sultats ne peuvent ĆŖtre inversĆ©s en cas dāāĆ©chec. Une chirurgie nasale Ā«āsimpleāĀ» peut amĆ©liorer lāāobservance du traitement CPAP en amĆ©liorant la respiration nasale. Une chirurgie maxillo-faciale peut ĆŖtre curative si elle est indiquĆ©e avec soin. Elle est cependant beaucoup plus complexe.
Il convient de mentionner ici qu’un SAOS sĆ©vĆØre dĆ» Ć une obĆ©sitĆ© morbide n’est pas guĆ©ri par un pontage gastrique, mĆŖme s’il est rĆ©alisĆ© avec succĆØs. MĆŖme en cas de perte de poids massive, les rĆ©sultats initiaux de lāāIAH sont diminuĆ©s Ć un maximum de 50ā%. Une approche pragmatique consiste Ć poursuivre une thĆ©rapie CPAP Ć©tablie. Une fois que le nouveau poids dĆ©finitif est atteint et reste stable, une polygraphie respiratoire native peut ĆŖtre effectuĆ©e aprĆØs une pause de 2 semaines de CPAP pour dĆ©terminer la position. Si lāāIAH resteā>ā15/h, il existe toujours une indication thĆ©rapeutique.
Il faut souligner que seule la thƩrapie CPAP fonctionne dans toute la gamme des sƩvƩritƩs, alors que toutes les autres thƩrapies Ʃchouent dans les SAOS graves.
LāāadhĆ©rence thĆ©rapeutique est primordiale
La conformitĆ© du traitement commence par une bonne relation mĆ©decin-patient et exige une persĆ©vĆ©rance Ć long terme des deux parties. Elle dĆ©bute par une explication des consĆ©quences sur la santĆ© (chez les hommes, il faut parler de lāāimpuissance), avec une indication sĆ©rieuse de lāāinaptitude Ć conduire en prĆ©sence dāāun SAOS non traitĆ© (mĆŖme si la somnolence est niĆ©e).
Toutes les craintes et les prĆ©jugĆ©s Ć lāāencontre de la thĆ©rapie CPAP doivent alors ĆŖtre surmontĆ©s. Ce nāāest que si la thĆ©rapie est abordĆ©e avec empathie par le mĆ©decin et avec patience/motivation par le patient quāāelle porte ses fruits.
Les Ā«āastucesāĀ» du mĆ©decin consistent Ć choisir le bon rĆ©glage CPAP et surtout le bon masque. Les masques faciaux complets sont rarement utilisĆ©s (<ā10ā%). Il est trĆØs important de respirer le plus librement possible afin dāāĆ©viter un problĆØme au Ā«āportail dāāentrĆ©eāĀ». En plus de lāāutilisation Ć long terme des sprays nasaux NaCl, de lāāutilisation temporaire de dĆ©congestionnants (Ć©ventuellement encore des sprays de cortisone), il faut pratiquement toujours travailler gĆ©nĆ©reusement avec un humidificateur dāāair chaud. La petite dĆ©pense supplĆ©mentaire en vaut toujours la peine – la peur de suffocation, typique dāāune respiration nasale obstruĆ©e, est absente.
Lāāensemble de la thĆ©rapie est au dĆ©but une Ā«ādĆ©sensibilisationāĀ» ā elle doit donc ĆŖtre abordĆ©e lentement. Certains patients sont dĆ©jĆ enthousiastes le lendemain matin, alors que dāāautres ont besoin de jusquāāĆ 2 semaines pour bien dormir et en profiter.
Les premiers contrĆ“les de suivi sont toujours utiles Ć la demande du patient. Le mĆ©decin doit contacter le patient par tĆ©lĆ©phone au plus tard au bout de 2 Ć 3 semaines en cas de suspicion de difficultĆ©s au dĆ©marrage. Souvent, de petits rĆ©glages de la pression, du niveau dāāhumidification ou un changement de masque sāāavĆØrent cruciaux.
Le patient, en tant que principal malade et bĆ©nĆ©ficiaire de la thĆ©rapie, doit faire sa part du travail. En effet, la somnolenceā/āla tension psychologiqueā/āle risque pour la santĆ© ne se rĆ©tablira que si le masque est portĆ© rĆ©guliĆØrement (au moins 80ā% des nuits Ć long terme) pendant >ā4 heures/nuit. Pour lāāaptitude Ć la conduite, il faut mĆŖme >ā5 heures/nuit. GrĆ¢ce au logiciel moderne intĆ©grĆ© dans les appareils, tous les dĆ©tails peuvent ĆŖtre enregistrĆ©s et mĆŖme lus Ć distance (pour le confort du patient, pas pour sa surveillance). De cette faƧon, vous pouvez savoir immĆ©diatement si le problĆØme est dĆ» au rĆ©glage de la pression, au masque (fuite) ou Ć une mauvaise observance. En outre, vous pouvez aussi confirmer le succĆØs du traitement et cela augmente la motivation du patient.
Toutes les autres thĆ©rapies nāāoffrent pas ces options de surveillance.
LungenZentrum Hirslanden
Witellikerstrasse 40
8032 Zürich
v.popov@lungenzentrum.ch
Lāāauteur nāāa dĆ©clarĆ© aucun conflit dāāintĆ©rĆŖts en rapport avec cet article.



















