Le rƩgime alimentaire FODMAP

Le syndrome du cĆ“lon irritable (SCI) ou en anglais Ā«irritable bowel syndromeĀ» (IBS) est un trouble complexe du tractus gastro-intestinal qui se manifeste par des douleurs abdominales associĆ©es Ć  des changements dans la composition et/ou la frĆ©quence des selles et constitue un problĆØme trĆØs courant dans le cabinet du mĆ©decin de premier recours. Le rĆ©gime dit low-FODMAP, pauvre en oligo-, di- et monosaccharides fermentescibles et en polypoles, est une thĆ©rapie nutritionnelle fondĆ©e sur les preuves pour les patients souffrant de troubles intestinaux irritables. Dans cet article, les mĆ©canismes d’action possibles de cette forme d’alimentation et son application pratique sont prĆ©sentĆ©s.

On estime que le SCI est Ć  lā€™ā€Šā€Šorigine de 25 Ć  50 % des consultations externes dans un cabinet de gastroentĆ©rologie. Lā€™ā€Šā€Šincidence du SCI est similaire dans de nombreux pays malgrĆ© des modes de vie diffĆ©rents et se situe entre 5 et 20 %. Le SCI est plus frĆ©quent chez les femmes (surtout celles de moins de 50 ans). Selon la prĆ©dominance des symptĆ“mes, le SCI peut ĆŖtre divisĆ© en trois types principaux : DiarrhĆ©e accentuĆ©e (IBS-D), constipation accentuĆ©e (IBS-C) ou mixte (IBS-M) avec alternance entre diarrhĆ©e et constipation. Un autre symptĆ“me trĆØs courant est la flatulence et un ventre gonflĆ©.

Ɖtiologie

Lā€™ā€Šā€ŠĆ©tiologie du SCI est trĆØs probablement multifactorielle et nā€™ā€Šā€Šest pas encore entiĆØrement comprise. Un changement (sensibilisation/interruption) dans lā€™ā€Šā€Šā€Šā€Šaxe cerveau-intestinal entraĆ®ne des changements dans la motilitĆ© et la sĆ©crĆ©tion gastro-intestinales et provoque une hypersensibilitĆ© viscĆ©rale. En outre, des facteurs gĆ©nĆ©tiques, psychologiques, des infections et des modifications du microbiome intestinal, des inflammations et des intolĆ©rances alimentaires sont susceptibles de jouer un rĆ“le en modifiant la fonction de barriĆØre intestinale et en augmentant la permĆ©abilitĆ© intestinale.

Diagnostic

Il nā€™ā€Šā€Šexiste actuellement aucun test permettant de diagnostiquer clairement le SCI. Le diagnostic du syndrome du cĆ“lon irritable est basĆ© sur des critĆØres cliniques et peut ĆŖtre posĆ© aprĆØs exclusion de certains signaux dā€™ā€Šā€Šalarme et examens spĆ©cifiques. Les critĆØres de Rome (actuellement Rome IV) continuent de sā€™ā€Šā€Šappliquer et permettent dā€™ā€Šā€ŠĆ©tablir un diagnostic dans les conditions suivantes: Les douleurs abdominales doivent ĆŖtre survenues pendant au moins un jour de la semaine au cours des trois derniers mois et ĆŖtre associĆ©es Ć  au moins deux des trois critĆØres suivants : selles, changements dans la frĆ©quence des selles, changements dans la morphologie des selles. Les symptĆ“mes doivent avoir commencĆ© il y a au moins
6 mois (1). Il faut dĆ©cider individuellement de lā€™ā€Šā€Šimportance du diagnostic dans chaque cas, mais en rĆØgle gĆ©nĆ©rale, il est recommandĆ© de dĆ©terminer un taux de calprotectine dans les selles pour exclure une maladie inflammatoire chronique de lā€™ā€Šā€Šintestin ainsi quā€™ā€Šā€Šune sĆ©rologie de la maladie coeliaque dans le sang. Souvent, cependant, dā€™ā€Šā€Šautres tests, y compris une ilĆ©o-coloscopie et lā€™ā€Šā€ŠÅ“sophagogastroduodĆ©noscopie, sont effectuĆ©s (2).

ThƩrapie

Le traitement pharmacologique se limite habituellement Ć  lā€™ā€Šā€Šutilisation de mĆ©dicaments symptomatiques. Les analgĆ©siques, les anti-diarrhĆ©iques, les spasmolytiques, les laxatifs, les antidĆ©presseurs tricycliques, les antibiotiques et les probiotiques sont utilisĆ©s avec un succĆØs moyen. Outre les approches thĆ©rapeutiques pharmacologiques, les thĆ©rapies comportementales et les hypnothĆ©rapies jouent Ć©galement un rĆ“le.

Nutrition

Jusquā€™ā€Šā€ŠĆ  70 % des patients atteints de SCI signalent une aggravation des symptĆ“mes aprĆØs avoir consommĆ© certains aliments comme le lait et les produits laitiers, le blĆ©, les oignons, les haricots, les Ć©pices, le chou et autres. Les mĆ©canismes potentiels par lesquels les aliments peuvent entraĆ®ner des symptĆ“mes de SCI sont un rĆ©flexe gastrocolique excessif, une influence accrue de lā€™ā€Šā€Šeau dans lā€™ā€Šā€Šintestin grĆŖle dans les composants alimentaires osmotiquement actifs (par exemple les sucres non absorbables) et la fermentation bac-tĆ©rienne de polysaccharides et polyols Ć  chaĆ®ne courte mal absorbables dans le colon. Seule une fraction des patients atteints de SCI souffrent dā€™ā€Šā€ŠintolĆ©rances ou dā€™ā€Šā€Šallergies alimentaires rĆ©elles. Cā€™ā€Šā€Šest pourquoi on essaie depuis de nombreuses annĆ©es de trouver une option thĆ©rapeutique pour les patients atteints du SCI par le biais de la nutrition. Une approche thĆ©rapeutique trĆØs efficace, Ć©prouvĆ©e dans de multiples Ć©tudes randomisĆ©es, est maintenant disponible depuis plusieurs annĆ©es grĆ¢ce Ć  une intervention mĆ©dicale nutritionnelle : La rĆ©-duction des aliments contenant du FODMAP dans le rĆ©gime alimentaire ou Ā«rĆ©gime pauvre en FODMAPĀ». Une mĆ©ta-analyse rĆ©cente a montrĆ© 9 essais comparatifs randomisĆ©s qui ont dĆ©montrĆ© lā€™ā€Šā€ŠefficacitĆ© de ce rĆ©gime (3).

FODMAP

La majoritĆ© des patients souffrant de troubles du cĆ“lon irritable signalent une aggravation des symptĆ“mes aprĆØs avoir mangĆ©. La langue vernaculaire sait depuis longtemps que Ā«chaque petit haricot donne un petit sonĀ» mais ces derniĆØres annĆ©es, des recherches approfondies, menĆ©es notamment par le groupe de recherche du professeur Peter Gibson Ć  Melbourne/Australie, ont permis de diffĆ©rencier plus prĆ©cisĆ©ment les composants alimentaires qui peuvent entraĆ®ner une aggravation des symptĆ“mes chez les patients souffrant de troubles du colon irritable (par exemple les oligosaccharides dans les haricots). Ce groupe dā€™ā€Šā€Šaliments a Ć©tĆ© rĆ©sumĆ© sous lā€™ā€Šā€Šacronyme Ā«FODMAPĀ» qui signifie Ā«fermentable oligo-, di-, monosaccharides and polyolsĀ». Selon leur degrĆ© de polymĆ©risation, les glucides peuvent ĆŖtre divisĆ©s en mono-, di-, oligo- et polysaccharides. Certains glucides peuvent ĆŖtre fermentĆ©s, cā€™ā€Šā€Šest-Ć -dire quā€™ā€Šā€Šils fermentent dans le cĆ“lon en raison de lā€™ā€Šā€Šabsence ou de la concentration rĆ©duite dā€™ā€Šā€Šenzymes hydrolysantes (p. ex. lactase) ou, dans le cas des monosaccharides, par absorption incomplĆØte dans le petit et le gros intestin. Au cours de ce processus, des gaz bactĆ©riens (en particulier de lā€™ā€Šā€ŠhydrogĆØne et du mĆ©thane) sont produits, ce qui peut donner lieu Ć  diverses plaintes. Habituellement, la dilatation des parties de lā€™ā€Šā€Šintestin grĆŖle ainsi que lā€™ā€Šā€ŠhypersensibilitĆ© viscĆ©rale provoquent une sensation de flatulence.

Tous les FODMAP sont identifiés par les critères suivants

1. Une mauvaise absorption dans lā€™ā€Šā€Šintestin grĆŖle rĆ©sulte soit dā€™ā€Šā€Šune faible capacitĆ© de transport de lā€™ā€Šā€ŠĆ©pithĆ©lium (fructose), dā€™ā€Šā€Šune activitĆ© rĆ©duite des hydrolases dans les villositĆ©s (lactose), de lā€™ā€Šā€Šabsence dā€™ā€Šā€Šhydrolases spĆ©cifiques (fructanes, galactanes) ou de la prĆ©sence de molĆ©cules trop grandes pour la diffusion (polyols).
2. De petites molécules et donc osmotiquement actives. Cet effet peut être observé, par exemple, dans un FODMAP synthétique, le lactulose, qui a un effet laxatif en augmentant le liquide dans le contenu luminal et en modifiant la motilité intestinale.
3. Une fermentation rapide par les bactĆ©ries. La vitesse de fermentation des glucides par les bactĆ©ries est dĆ©terminĆ©e par la longueur de leur chaĆ®ne: les oligo- et disaccharides (sucre mĆ©nager = saccharose, sucre lactique = lactose) sont fermentĆ©s trĆØs rapidement par rapport aux polysaccharides comme les fibres hydrosolubles. Les saccharides non rĆ©sorbĆ©s dĆ©clenchent un effet osmotique qui entraĆ®ne un afflux dā€™ā€Šā€Šeau dans lā€™ā€Šā€ŠilĆ©on et le colon. De plus, ils sont mĆ©tabolisĆ©s dans le cĆ“lon par dĆ©composition bactĆ©rienne en acides gras Ć  chaĆ®ne courte, mĆ©thane, dioxyde de carbone et hydrogĆØne, ce qui entraĆ®ne la formation de gaz qui provoque des flatulences et – en raison de la pression accrue sur la paroi intestinale – une douleur abdominale.
Les diffƩrents FODMAP, illustrƩs avec des exemples, sont disposƩs dans la (fig. 1).

ImplƩmentation du rƩgime Low FODMAP

Si un diagnostic de syndrome du cĆ“lon irritable a Ć©tĆ© posĆ©, un test facultatif pour le lactose et/ou le fructose peut ĆŖtre effectuĆ© en utilisant un test respiratoire H2. Toutefois, ce test nā€™ā€Šā€Šest pas obligatoire et certains auteurs recommandent de sā€™ā€Šā€Šen passer car, dans la phase initiale de rĆ©duction du FODMAP, le lactose et le fructose sont Ć©galement rĆ©duits de maniĆØre significative et, selon la tolĆ©rance, sont rĆ©introduits ultĆ©rieurement. En gĆ©nĆ©ral, il est recommandĆ© que la thĆ©rapie soit accompagnĆ©e par une diĆ©ticienne qualifiĆ©e. Le concept du rĆ©gime FODMAP est expliquĆ© au dĆ©but de la consultation nutritionnelle et les aspects individuels sont pris en compte (par ex. intolĆ©rances connues, habitudes alimentaires). Des listes positives et nĆ©gatives sont remises aux patients afin de faciliter le choix de lā€™ā€Šā€Šaliment correct. Monash University a lancĆ© la premiĆØre application pour smartphone en 2012 pour aider les patients Ć  adhĆ©rer au rĆ©gime FODMAP. AprĆØs une premiĆØre analyse nutritionnelle, une rĆ©duction ou une omission complĆØte de tous les aliments contenant du FODMAP est gĆ©nĆ©ralement effectuĆ©e sur une pĆ©riode de six Ć  huit semaines (phase dā€™ā€Šā€ŠĆ©limination). Si les symptĆ“mes du patient sā€™ā€Šā€ŠamĆ©liorent, une rĆ©ponse est prĆ©sumĆ©e. Par la suite, il est possible de rĆ©introduire lā€™ā€Šā€Šun aprĆØs lā€™ā€Šā€Šautre des aliments des groupes FODMAP respectifs (phase de rĆ©exposition) pour tester la tolĆ©rance individuelle (par ex. miel ou pomme pour le fructose). Chaque FODMAP supplĆ©mentaire doit ĆŖtre testĆ© pendant quelques jours avant dā€™ā€Šā€ŠĆŖtre Ć©liminĆ© ou complĆ©tĆ© par dā€™ā€Šā€Šautres aliments, et il est utile de tenir un journal des symptĆ“mes. Il est ainsi possible dā€™ā€Šā€ŠĆ©laborer un rĆ©gime alimentaire adaptĆ© aux intolĆ©rances individuelles, plus Ć©quilibrĆ© quā€™ā€Šā€Šun rĆ©gime strictement pauvre en FODMAP. Sā€™ā€Šā€Šil nā€™ā€Šā€Šy a pas dā€™ā€Šā€ŠamĆ©lioration, la phase de restriction peut ĆŖtre prolongĆ©e et/ou des facteurs nutritionnels supplĆ©mentaires (par ex. gluten, alcool, etc.) peuvent ĆŖtre discutĆ©s. Il est important dā€™ā€Šā€Šavoir des attentes rĆ©alistes Ć  lā€™ā€Šā€ŠĆ©gard de la thĆ©rapie et de savoir que malgrĆ© un changement de rĆ©gime alimentaire, il peut toujours y avoir des plaintes. Tout le monde ne peut pas ĆŖtre Ć  lā€™ā€Šā€Šabri des symptĆ“mes, mais le rĆ©gime Ć  faible teneur en FODMAP est actuellement la mĆ©thode de traitement nutritionnel la mieux Ć©prouvĆ©e pour le syndrome du cĆ“lon irritable.

Les chances de succès et les risques de la thérapie FODMAP

Les critiques Ć  lā€™ā€Šā€ŠĆ©gard dā€™ā€Šā€Šun rĆ©gime alimentaire pauvre en FODMAP tiennent surtout au fait que la plupart des Ć©tudes ont tendance Ć  ĆŖtre Ć  court terme et quā€™ā€Šā€Šaucun effet Ć  long terme nā€™ā€Šā€Šest donc garanti. Un autre point important de la critique est quā€™ā€Šā€Šen rĆ©duisant les prĆ©biotiques tels que les fructanes ou les GOS (galacto-oligosaccharides), les substrats du microbiome intestinal sont rĆ©duits et peuvent causer un changement dans la composition et la fonction du microbiome, en particulier des bifidobactĆ©ries. Les effets des changements Ć  long terme dans le microbiome ne sont pas clairs. Cependant, il est rare qu’ un rĆ©gime trop strict entraĆ®ne des symptĆ“mes de carence, surtout lorsquā€™ā€Šil y a un suivi par ā€Šā€Šune diĆ©ticienne expĆ©rimentĆ©e. Bien que les recommandations diĆ©tĆ©tiques gĆ©nĆ©rales chez les patients atteints du SCI puissent amĆ©liorer les symptĆ“mes, le rĆ©gime Ć  faible teneur en FODMAP prĆ©sente une rĆ©ponse chez jusquā€™ā€Šā€ŠĆ  75 % des patients atteints du SCI(4) et peut donc ĆŖtre utilisĆ© comme traitement de premiĆØre ligne chez les patients atteints du SCI.

Dr Martin Wilhelmi

Gastroenterologie Praxis
8032 Zürich

martin.wilhelmi@bluewin.ch

Pr Stephan Vavricka

Zentrum für Gastroenterologie und Hepatologie
Vulkanplatz 8
8048 Zürich

Les auteurs nā€™ā€Šont dĆ©clarĆ© aucun conflit d’intĆ©rĆŖts en relation avec cet article.

  • Le rĆ©gime Ć  faible teneur en FODMAP est une thĆ©rapie nutritionnelle fondĆ©e sur des donnĆ©es probantes pour les patients atteints du syndrome du cĆ“lon irritable. Il existe au moins 10 Ć©tudes randomisĆ©es et contrĆ“lĆ©es qui en confirment lā€™ā€Šā€ŠefficacitĆ©.
  • Jusquā€™ā€Šā€ŠĆ  75 % des patients qui sont disposĆ©s Ć  modifier leur rĆ©gime alimentaire y rĆ©agissent.
  • Le rĆ©gime Ć  faible teneur en FODMAP doit ĆŖtre supervisĆ© par une diĆ©tĆ©ticienne expĆ©rimentĆ©e.
  • Le app Monash-University est utile dans la mise en œuvre pratique (FODMAP-App : https://www.monashfodmap.com/i-have-ibs/get-the-app/)
  • Les limites du rĆ©gime alimentaire sont lā€™ā€Šā€Šabsence de donnĆ©es Ć  long terme et les changements possibles dans le microbiome intestinal.

1. Lovell RM, Ford AC. Global prevalence of and risk factors for irritable bowel syndrome: a meta-analysis. Clin Gastroenterol Hepatol. 2012;10(7):712-72 doi: 10.1016/j.cgh.2012.02.029.
2. Ford AC, Lacy BE, Talley NJ. Irritable bowel syndrome. N Engl J Med. 2017;376(26):2566-2578.
3. Low fermentable, oligo-, di-, mono-saccharides and polyol diet in the treatment of irritable bowel syndrome: A systematic review and meta-analysis. Schumann D, Klose P, Lauche R, Dobos G, Langhorst J, Cramer H. Nutrition. 2018 Jan; 45:24-31.
4. Wilhelmi et al., FODMAP – eine hƤufige Ursache unklarer abdomineller Beschwerden. Schweiz Med Forum 2014;14(48):909–914 911

Syndrome du cƓlon irritable

La prĆ©valence du syndrome du cĆ“lon irritable (SCI) est estimĆ©e Ć  environ 11 % Ć  l’ā€ŠĆ©chelle mondiale et 5 Ć  10 % en Europe (1, 2). Le SCI est l’ā€Šun des dysfonctionnements gastro-intestinaux les plus courants, il est mĆŖme responsable de 50 % des visites chez le mĆ©decin de famille et de 25 % des visites chez le gastro-entĆ©rologue (3, 4). Les principaux symptĆ“mes du SCI sont des douleurs abdominales, des irrĆ©gularitĆ©s des selles et des flatulences, souvent associĆ©es Ć  d’ā€Šautres troubles fonctionnels, somatiques et psychiatriques. La qualitĆ© de vie des pa-tients atteints du SCI est aussi sĆ©vĆØrement rĆ©duite que celle des patients ayant une maladie cardiovasculaire. Ce syndrome a une influence considĆ©rable sur la capacitĆ© de travail et de la santĆ© publique (5, 6).

CritĆØres diagnostiques

Les nouveaux critĆØres de la classification ROME IV ont entraĆ®nĆ© un changement de paradigme. Les maladies gastro-intestinales associĆ©es Ć  l’absence de causes somatiques dĆ©celables sont maintenant appelĆ©es troubles de l’interaction entre le systĆØme nerveux central et le tractus gastro-intestinal. Cette appellation et basĆ©e sur les rĆ©sultats de recherches actuelles qui montrent une interaction complexe des processus pathophysiologiques au cours du dĆ©veloppement des symptĆ“mes (7). Les critĆØres actuels de ROME IV pour le diagnostic fondĆ© sur les symptĆ“mes du SCI sont prĆ©sentĆ©s au tableau 1.
Les changements les plus importants par rapport aux prĆ©cĆ©dents critĆØres de ROME III sont la prĆ©sence obligatoire de douleurs abdominales pendant la dĆ©fĆ©cation et une modification des habitudes fĆ©cales. L’ā€Šexpression Ā«malaise abdominalĀ» a Ć©tĆ© jugĆ©e trop gĆ©nĆ©rale.
De plus, l’ā€ŠamĆ©lioration des symptĆ“mes du SCI aprĆØs dĆ©fĆ©cation a Ć©tĆ© abandonnĆ©e au profit d’ā€Šun changement des symptĆ“mes associĆ©s Ć  la dĆ©fĆ©cation dans les critĆØres de ROME IV, car de nombreux patients atteints de SCI avaient Ć©galement Ć©prouvĆ© des douleurs pendant ou aprĆØs la dĆ©fĆ©cation et signalĆ© une aggravation des symptĆ“mes aprĆØs dĆ©fĆ©cation (8).
Tandis que les critères de ROME III exigeaient des «douleurs abdominales» au moins 3 jours par mois, les critères de ROME IV exigent la présence de «douleurs abdominales» au moins un jour par semaine au cours du dernier mois. La sensibilité des critères de ROME IV diminue par rapport à ROME III (0,637 vs. 0,731), mais la spécificité augmente (0,971 vs. 0,931), ce qui signifie un nombre inférieur de patients atteints du SCI qui sont mal diagnostiqués (9). Les sous-types du SCI, atteints de diarrhée (SCI-D), de constipation (SCI-C) et le type mixte (SCI-M) ou indéterminé (SCI-I) restent inchangés dans les nouveaux critères de ROME IV (10).

Analyses cliniques et diagnostiques

Le diagnostic du SCI demeure un dĆ©fi malgrĆ© la recommandation de renoncer aux outils diagnostiques de laboratoire et d’imagerie en l’ā€Šabsence de signes d’ā€Šalarme (11). Les rĆ©sultats des recherches actuelles indiquent une interaction complexe entre processus inflammatoires, permĆ©abilitĆ© intestinale accrue, hypersensibilitĆ© viscĆ©rale, dysbiose, Ā«joint hypermobilityĀ», facteurs gĆ©nĆ©tiques et modification de l’ā€Šaxe cerveau-intestin, mais il manque encore des biomarqueurs qui permettent de poser le diagnostic du SCI (2).
L’ā€Šidentification des symptĆ“mes d’ā€Šalarme (Ć¢ge > 50 ans, perte de poids importante, sang provenant de l’ā€Šanus, fiĆØvre, anĆ©mie ferriprive peu claire et antĆ©cĆ©dents familiaux de carcinome du cĆ“lon, de maladie coeliaque ou de maladie inflammatoire chronique de l’ā€Šintestin (MICI)) est importante dans le diagnostic en raison de sa valeur prĆ©dictive nĆ©gative. Ainsi, la combinaison des critĆØres de ROME remplis et de l’ā€Šabsence de signes d’ā€Šalarme permet un diagnostic de SCI fiable (9, 12, 13). NĆ©anmoins, tant les mĆ©decins que les patients sont souvent trĆØs dĆ©sĆ©curisĆ©s, ce qui conduit souvent Ć  de nouveaux tests diagnostiques inutiles (14-17).
La premiĆØre annĆ©e au cours de laquelle les symptĆ“mes du SCI se manifestent est cruciale : l’ā€Šexclusion de maladies systĆ©miques pertinentes est importante Ć  ce moment lĆ , car l’ā€Šincidence du cancer du cĆ“lon, des MICI ou de la colite microscopique augmente dĆØs la premiĆØre apparition de symptĆ“mes du SCI (11, 18) (tab. 2).
L’ā€Šexclusion de la maladie coeliaque est particuliĆØrement recommandĆ©e chez les patients atteints de SCI-D, car une grande mĆ©ta-analyse y a montrĆ© une probabilitĆ© 4 fois plus Ć©levĆ©e d’ā€Šune prĆ©sence de maladie coeliaque (19).
L’ā€Šanalyse non invasive et rentable de la calprotectine dans les selles peut ĆŖtre utile pour distinguer le SCI d’ā€Šune MICI, car le risque de MICI lors de taux de calprotectine infĆ©rieurs Ć  40ug/g est extrĆŖmement faible (< 1 %) (20, 21).
Il existe des diffĆ©rences significatives entre les recommandations europĆ©ennes et amĆ©ricaines pour la coloscopie. Pour le cancer du cĆ“lon et les MICI, de vastes Ć©tudes, en partie non prospectives, montrent que seulement 1 % des patients prĆ©sentant des symptĆ“mes typiques du SCI sans signe d’ā€Šalarme prĆ©sentent en fait des nĆ©oplasies du cĆ“lon ou une MICI (22-24). Sur la base de ces Ć©tudes, la coloscopie aux Etats-Unis n’ā€Šest effectuĆ©e que sur des patients de plus de 50 ans, en rĆØgle gĆ©nĆ©rale pour un dĆ©pistage. Dans les recommandations europĆ©ennes, une coloscopie avec biopsies pour exclure la colite microscopique ou une MICI est dĆ©jĆ  recommandĆ©e pour les patients plus jeunes avec un diagnostic initial de SCI-D (11, 17, 18).
Chez les femmes prĆ©sentant des symptĆ“mes de SCI, un examen gynĆ©cologique, y compris une Ć©chographie vaginale, est indiquĆ© (18). Bien qu’ā€Šil n’ā€Šexiste aucune preuve concernant l’ā€Šutilisation de l’ā€ŠĆ©chographie abdominale dans le diagnostic du SCI, il s’ā€Šagit d’ā€Šune mĆ©thode rapide et rentable pour exclure les pathologies abdominales grossiĆØres. Si l’examen de base reste nĆ©gatif, il convient de renoncer Ć  d’ā€Šautres diagnostics et de communiquer et expliquer en dĆ©tail au patient le diagnostic du SCI. Une rƩƩvaluation anamnestique soigneuse Ć  la recherche de signes d’aggravation ou de modifications importantes des symptĆ“mes aggravĆ©s ou sĆ©vĆØrement modifiĆ©s, un examen physique ciblĆ© et un suivi rĆ©gulier Ć  long terme sont des Ć©lĆ©ments clĆ©s d’ā€Šune prise en charge pertinente du SCI.

Prise en charge du SCI – Ć©viter le Ā«furor medicusĀ»

Un grand nombre de patients souffrant de problĆØmes gastro-intestinaux fonctionnels peuvent ĆŖtre examinĆ©s et traitĆ©s avec succĆØs par leur mĆ©decin de famille (25). La prise en charge dans des consultations gastro-entĆ©rologiques spĆ©cialisĆ©es est gĆ©nĆ©ralement assurĆ©e pour les cas difficiles, prĆ©sentant des facteurs psychologiques et psychosociaux supplĆ©mentaires et des manifestations extra-intestinales (maux de tĆŖte et de dos, symptĆ“mes urogĆ©nitaux, troubles du sommeil, fibromyalgie, dĆ©pression). Ces facteurs sont de plus en plus souvent considĆ©rĆ©s dans la littĆ©rature comme des indicateurs d’ā€Šune Ć©volution plus grave de la maladie (26, 27).
Les patients atteints du SCI se plaignent souvent d’ā€Šun manque d’ā€Šempathie, de temps et de comprĆ©hension des symptĆ“mes dĆ©crits ci-dessus de la part de leur mĆ©decin traitant. En retour, les mĆ©decins sont frustrĆ©s par des plaintes persistantes, des consultations d’ā€Šurgence frĆ©quentes et la demande d’ā€Šautres tests diagnostiques de la part du patient. En l’ā€Šabsence d’ā€ŠexpĆ©rience dans le traitement du SCI, les tests diagnostiques rĆ©pĆ©titifs et, dans le pire des cas, la chirurgie non indiquĆ©e peut entamer un cercle vicieux qui peut conduire Ć  un traitement inadĆ©quat, voire nuisible pour les patients atteints du SCI (28-30). Dans la prise en charge du SCI, il est donc recommandĆ© d’ā€Šappliquer un schĆ©ma Ć©chelonnĆ©, qui tient compte Ć  la fois des symptĆ“mes et de la gravitĆ© du SCI (tab. 3).
Le fondement d’ā€Šun traitement efficace du SCI est une relation mĆ©decin-patient stable. La mĆ©diation et l’ā€Šexplication (verbale et non verbale) convainquante du diagnostic par le mĆ©decin traitant ont une influence dĆ©cisive sur l’ā€ŠĆ©volution de la maladie. Une attitude nihiliste Ć  l’ā€ŠĆ©gard des possibilitĆ©s thĆ©rapeutiques doit ĆŖtre Ć©vitĆ©e Ć  tout prix.
Une communication empathique, centrĆ©e sur le patient avec une explication claire du diagnostic et de la pathophysiologie, l’ā€Šapplication de questions ouvertes dans l’ā€ŠanamnĆØse, l’ā€Šexploration de la comprĆ©hension de la maladie de la part du patient et l’ā€Šinclusion de celui-ci dans les dĆ©cisions thĆ©rapeutiques servent d’ā€Šoutil efficace pour amĆ©liorer la satisfaction du patient et le succĆØs thĆ©rapeutique du SCI (31-34).
L’ā€ŠĆ©tape suivante, en cas de symptĆ“mes persistants, est l’ā€Šidentification de facteurs dĆ©clenchants dans les aliments, l’ā€Šexclusion des intolĆ©rances alimentaires (intolĆ©rance au lactose et au fructose) et la recommandation d’un rĆ©gime riche en fibres alimentaires. De plus, des conseils nutritionnels peuvent ĆŖtre ajoutĆ©s pour Ć©tablir un rĆ©gime transitoire FODMAP (oligo-, di- et monosaccharides fermentables ; voir aussi l’article de Whilelmi et al. publiĆ© dans ce numĆ©ro), ce qui peut contribuer Ć  l’ā€ŠamĆ©lioration des symptĆ“mes chez certains patients atteints du SCI. Selon les donnĆ©es actuelles, un rĆ©gime probatoire sans gluten n’ā€Šest pas recommandĆ© (35).
Dans le cas de troubles persistants et plus graves, il est recommandĆ© d’ā€Šadopter une stratĆ©gie de traitement qui soit adaptĆ©e au symptĆ“me principal du SCI et Ć©ventuellement Ć  tout trouble extra-intestinal existant, y compris les stratĆ©gies de traitement psychopharmacologique et interdisciplinaire (tab. 3). Dans la littĆ©rature, le succĆØs thĆ©rapeutique gĆ©nĆ©ral de la pharmacothĆ©rapie du SCI est estimĆ© entre 8 et 22 % par rapport au placebo (35).

SCI-D

Dans le traitement du SCI-D, le lopĆ©ramide est souvent utilisĆ© comme thĆ©rapie Ć  court terme. Il n’ā€Ša cependant aucun effet sur les douleurs abdominales (36).
Les antagonistes de 5HT3 tels que l’ā€ŠodansĆ©tron montrent une bonne efficacitĆ© dans l’ā€ŠamĆ©lioration de la diarrhĆ©e, mais pas dans les douleurs abdominales et les ballonnements (35, 36).
Bien que la rifaximine soit un traitement efficace, sĆ»r et Ć  faibles effets secondaires pour la surcroissance bactĆ©rienne soupƧonnĆ©e dans le SCI-D, son efficacitĆ© est limitĆ©e en raison d’ā€Šun taux de rĆ©cidive Ć©levĆ© et de la nĆ©cessitĆ© d’ā€Šune nouvelle thĆ©rapie (37).
Les liants d’acides biliaires (p. ex. la cholestyramine) sont souvent utilisĆ©s de faƧon empirique. Jusqu’ā€ŠĆ  prĆ©sent, leur efficacitĆ© n’ā€Ša Ć©tĆ© dĆ©montrĆ©e que dans de petites Ć©tudes non contrĆ“lĆ©es (35). Dans la pratique quotidienne, l’ā€Šutilisation d’ā€Šun agent de gonflement (caoutchouc Sterculia) comme Ć©lĆ©ment de base prouve souvent sa valeur dans le traitement du SCI-D.

SCI-C

Augmenter la teneur en fibres en utilisant par exemple du psyllium ou des laxatifs osmotiques est une option thƩrapeutique efficace et Ʃconomique pour amƩliorer la consistance et la frƩquence des selles, bien que les ballonnements et les douleurs ne soient souvent pas amƩliorƩs.
Les nouveaux mĆ©dicaments tels que la lubiprostone, le linaclotide ou du plĆ©canatide montrent une bonne efficacitĆ© en ce qui concerne les plaintes de constipation, la douleur et les ballonnements. Cependant, la diarrhĆ©e et la nausĆ©e sont des effets secondaires courants. Le prucalopride en tant que reprĆ©sentant des agonistes de 5HT4 n’ā€Šest approuvĆ© que pour le traitement de la constipation chronique. NĆ©anmoins, il a Ć©galement des effets positifs sur les douleurs abdominales et les ballonnements dans le SCI-C (35, 37).

ThƩrapie psychopharmacologique du SCI

Les symptĆ“mes SCI graves, rĆ©fractaires au traitement et prĆ©sentant des troubles psychiatriques et extra-intestinaux devraient mener Ć  orienter le patient vers un spĆ©cialiste et Ć  le soutenir dans le cadre d’ā€Šune consultation spĆ©cialisĆ©e. L’ā€Šutilisation de psychotropes est souvent nĆ©cessaire. Les antidĆ©presseurs tricycliques ou les ISRS ont un effet bĆ©nĆ©fique non seulement sur les symptĆ“mes dĆ©pressifs, mais aussi sur l’ā€Šinsomnie et la douleur (11). L’ā€ŠefficacitĆ© de la gabapentine et de la prĆ©gabaline n’ā€Ša pas Ć©tĆ© prouvĆ©e dans le SCI, mais elles sont souvent utilisĆ©es chez les patients prĆ©sentant des symptĆ“mes d’ā€ŠanxiĆ©tĆ© (38).

Options de traitement non pharmacologique en cas de SCI sévère

La thĆ©rapie cognitivo-comportementale est l’ā€Šoption thĆ©rapeutique non pharmacologique la plus validĆ©e pour une amĆ©lioration globale et Ć  long terme des symptĆ“mes du SCI avec un Ā«nombre nĆ©cessaire Ć  traiterĀ» de (NNR) = 3. L’ā€ŠhypnothĆ©rapie est Ć©galement efficace pour l’ā€ŠamĆ©lioration globale des symptĆ“mes du SCI avec un NNR = 4. Le manque de thĆ©rapeutes spĆ©cialisĆ©s (39) est un facteur limitant dans l’ā€Šapplication de ces thĆ©rapies prometteuses.

Dr Henriette Heinrich

Gastroenterologie et HƩpatologie UniversitƤtsSpital
8091 Zurich

Pr Werner Schwizer

Gastroenterologie et HƩpatologie UniversitƤtsSpital
8091 Zurich
Gastroenterologie-Zentrum
Klinik Stephanshorn
Brauerstrasse 95
9016 St-Gall

werner.schwizer@hin.ch

Les auteurs n’ont dĆ©clarĆ© aucun conflit dā€˜intĆ©rĆŖts en relation avec cet article.
Cet article est une traduction de l’article publiĆ© dans Ā« der informierte arzt Ā» 8/2017

  • Le respect des critĆØres de ROME et l’ā€Šabsence de signes d’ā€Šalarme permettent un diagnostic fiable d’ā€Šun SCI.
  • AprĆØs un examen de base aucun autre examen diagnostique des
    symptÓmes du SCI ne devrait être effectué.
  • Une relation mĆ©decin-patient stable et une communication centrĆ©e sur le patient amĆ©liorent la satisfaction du patient et l’ā€ŠĆ©volution de la maladie.
  • Dans la thĆ©rapie du SCI, un schĆ©ma Ć©chelonnĆ© devrait ĆŖtre utilisĆ© avec rĆ©assurance, pharmacothĆ©rapie selon les symptĆ“mes et en cas de progressions sĆ©vĆØres, le recours aux psychotropes.
  • La thĆ©rapie cognitivo-comportementale et l’ā€ŠhypnothĆ©rapie sont des mesures efficaces pour amĆ©liorer les symptĆ“mes sĆ©vĆØres du SCI.

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Insuffisance rƩnale chronique

Lā€™ā€Šinsuffisance rĆ©nale chronique est une maladie longtemps silencieuse, dont le diagnostic prĆ©coce est primordial afin dā€™ā€ŠĆ©tablir une prise en charge et des traitements permettant dā€™ā€Šen ralentir la progression et de diminuer la morbi-mortalitĆ© associĆ©e. Une approche multidisciplinaire est indispensable.

Lā€™ā€Šā€Šinsuffisance rĆ©nale chronique (IRC) est une maladie trĆØs prĆ©valente et grevĆ©e dā€™ā€Šun haut taux de morbi-mortalitĆ©, particuliĆØrement cardiovasculaire(1). La dĆ©tection des patients qui en souffrent nā€™ā€Šest toutefois pas aisĆ©e, puisque la maladie rĆ©nale chronique reste silencieuse jusque dans les stades avancĆ©s. Il existe nĆ©anmoins plusieurs mesures permettant de ralentir sa progression, raison pour laquelle il est important de la rechercher activement, surtout chez les patients Ć  risque. Par ailleurs, mĆŖme si cette prise en charge prĆ©coce ne permet pas dā€™ā€ŠĆ©viter lā€™ā€ŠĆ©volution vers lā€™ā€Šinsuffisance rĆ©nale dite terminale, cā€™ā€Šest-Ć -dire nĆ©cessitant le recours Ć  la dialyse ou/et Ć  la transplantation rĆ©nale, elle diminue la morbi-mortalitĆ© associĆ©e Ć  lā€™ā€ŠIRC.

Classification de lā€™ā€ŠInsuffisance RĆ©nale Chronique

Afin dā€™ā€Šaider le mĆ©decin dans sa prise en charge des patients insuffisants rĆ©naux chroniques, une classification tenant compte Ć  la fois de la valeur du dĆ©bit de filtration glomĆ©rulaire (DFG) mais Ć©galement de lā€™ā€Šalbuminurie, a Ć©tĆ© dĆ©veloppĆ©e. Cette classification caractĆ©rise la maladie rĆ©nale en 5 stades de sĆ©vĆ©ritĆ© croissante, indĆ©pendamment de la nĆ©phropathie sous-jacente (Table 1)(2).
Lā€™ā€ŠIRC est dĆ©finit par la sociĆ©tĆ© internationale de nĆ©phrologie- KDIGO (Kidney Disease Improving Global Outcomes) comme une altĆ©ration de la fonction rĆ©nale avec un DFG < 60 ml / min/1.73 m2 et/ou de la structure rĆ©nale depuis au moins 3 mois, une albuminurie > 30 mg / j, des anomalies du sĆ©diment urinaire, une dysfonction tubulaire, des anomalies structurelles Ć  lā€™ā€Šimagerie rĆ©nale, ou la transplantation rĆ©nale.
Le DFG est le meilleur index de la fonction rĆ©nale. Plusieurs Ć©quations pour le calcul du DFG ont Ć©tĆ© dĆ©veloppĆ©es au cours des annĆ©es (Cockcroft-Gault, MDRD, etc). Lā€™ā€ŠĆ©quation CKD-EPI est la plus fiable et est largement utilisĆ©e depuis 2009(3). Le DFG est exprimĆ© en ml / min / 1.73 m2. La valeur est donc ajustĆ©e Ć  une surface corporelle standardisĆ©e ce qui permet de lā€™ā€Šestimer sans connaitre le poids et la taille du patient. Chez les patients avec des surfaces corporelles trĆØs diffĆ©rentes, il est important de dĆ©sajuster la valeur du DFG Ć  la surface corporelle afin dā€™ā€Šobtenir une valeur reprĆ©sentative de la filtration glomĆ©rulaire notamment pour lā€™ā€Šadaptation des doses de mĆ©dicaments. Par ailleurs, la formule CKD-EPI utilisĆ©e prend en compte la crĆ©atininĆ©mie. La valeur de crĆ©atinine dĆ©pendant de la masse musculaire, cette Ć©quation nā€™ā€Šest pas suffisamment prĆ©cise si elle est utilisĆ©e chez un patient cachectique, obĆØse ou dĆ©nutri. Dans ces diffĆ©rents cas, on utilisera alors une variante lā€™ā€ŠĆ©quation CKD-EPI basĆ©e sur la cystatine C (4). Plusieurs calculateurs sont disponibles en application (Qxmd calculate, etc).

Etiologie de lā€™ā€ŠInsuffisance RĆ©nale Chronique

Lā€™ā€ŠanamnĆØse dĆ©taillĆ©e permettra de rechercher des antĆ©cĆ©dents mĆ©dicaux tels quā€™ā€Šune hypertension ou un diabĆØte, une histoire de maladie lithiasique, une anamnĆØse familiale positive de maladie rĆ©nale, des antĆ©cĆ©dents dā€™ā€Šinfections urinaires Ć  rĆ©pĆ©tition, dā€™ā€ŠhĆ©maturie, dā€™ā€ŠÅ“dĆØmes, ainsi que des symptĆ“mes systĆ©miques compatibles avec une maladie immunologique ou inflammatoire. Il ne faut pas oublier la prĆ©maturitĆ©, la prĆ© Ć©clampsie, la prise chronique mĆ©dicamenteuse et les Ć©pisodes dā€™ā€Šinsuffisance rĆ©nale aigüe, Ć  rechercher dans les antĆ©cĆ©dents. Lā€™ā€Šexamen clinique est assez peu spĆ©cifique hormis la palpation des reins polykystiques, mais doit comporter une mesure soignĆ©e de la tension artĆ©rielle, ainsi que la recherche de souffles cardiaques et vasculaires ainsi que dā€™ā€ŠĆ©ventuelles lĆ©sions cutanĆ©es. Les causes les plus frĆ©quentes dā€™ā€Šinsuffisance rĆ©nale chronique dans la population sont le diabĆØte et lā€™ā€Šhypertension. A elles deux, ces pathologies comprennent environ 60% des causes dā€™ā€ŠIRC. NĆ©anmoins, ce chiffre est surestimĆ© en raison de la difficultĆ© Ć  diffĆ©rencier une hypertension primaire dā€™ā€Šune hypertension secondaire Ć  une maladie rĆ©nale. En revanche, les glomĆ©rulonĆ©phrites et les nĆ©phrites interstitielles sont sous-diagnostiquĆ©es.
Le bilan biologique a pour but de prĆ©ciser le diagnostic suspectĆ© par lā€™ā€ŠanamnĆØse et lā€™ā€Šexamen clinique ainsi que dā€™ā€ŠĆ©valuer les consĆ©quences de lā€™ā€ŠIRC. Le bilan de dĆ©part doit comprendre la recherche dā€™ā€Šune anĆ©mie, de troubles Ć©lectrolytiques, acido-basiques et du mĆ©tabolisme phosphocalcique, de mĆŖme quā€™ā€Šun sĆ©diment urinaire complet. Le sĆ©diment urinaire permettra de rechercher une hĆ©maturie voire de lā€™ā€Šidentifier comme glomĆ©rulaire ou non-glomĆ©rulaire (selon les laboratoires). Par ailleurs, le rapport protĆ©inurie/crĆ©atininurie sera quantifiĆ© par un spot urinaire. Un bilan immunologique, une immunoĆ©lectrophorĆØse des protĆ©ines Ć  la recherche dā€™ā€Šune gammapathie monoclonale ainsi quā€™ā€Šun dĆ©pistage des sĆ©rologies virales HIV, HBV et HCV doivent ĆŖtre considĆ©rĆ©s. Lā€™ā€Šanalyse structurelle des reins (taille, Ć©paisseur corticale, diffĆ©rentiation corticomĆ©dullaire, kystes, rein unique) ainsi que leur vascularisation sera prĆ©cisĆ©e par un ultrason de lā€™ā€Šappareil urinaire, qui permettra Ć©galement dā€™ā€Šexclure une cause obstructive. Une biopsie rĆ©nale sera envisagĆ©e dans le syndrome nĆ©phrotique dā€™ā€Šorigine non diabĆ©tique, dans les glomĆ©rulonĆ©phrites rapidement progressives ou si lā€™ā€ŠĆ©tiologie de lā€™ā€Šinsuffisance rĆ©nale nā€™ā€Šest pas claire malgrĆ© les examens.

Prise en charge

Une fois le diagnostic Ć©tabli, le traitement peut ĆŖtre spĆ©cifique comme par exemple un traitement immunosuppresseur dans la nĆ©phrite lupique ou mĆ©tabolique comme le contrĆ“le optimal du diabĆØte dans la nĆ©phropathie diabĆ©tique. Dans toutes les situations, la prise en charge des patients souffrant dā€™ā€Šinsuffisance rĆ©nale chronique comporte des mesures Ā« nĆ©phroprotectrices Ā» afin de ralentir la progression de la maladie. Parmi celles-ci, le traitement de lā€™ā€Šhypertension est essentiel, car son impact est le plus important sur la progression de lā€™ā€ŠIRC. Les cibles de lā€™ā€Šhypertension ont Ć©tĆ© rĆ©cemment rĆ©visĆ©es. Les guidelines europĆ©ennes de 2018 prĆ©conisent de viser une tension artĆ©rielle systolique comprise entre 130 et 139 mmHg(5). Au-delĆ  de cette cible, un traitement antihypertenseur sera introduit, en association avec des mesures hygiĆ©no-diĆ©tĆ©tiques telles que lā€™ā€ŠactivitĆ© physique et la restriction en apport sodĆ© (< 5g de sel/24h). Les inhibiteurs de lā€™ā€Šenzyme de conversion (IEC) et du systĆØme rĆ©nine-angiotensine (SRA) seront Ć  prescrire en prioritĆ©, en raison de leur effet nĆ©phroprotecteur dĆ©montrĆ©. Les deux autres interventions qui freinent la progression sont la restriction protĆ©ique et la correction de lā€™ā€Šacidose mĆ©tabolique. La restriction protĆ©ique modĆ©rĆ©e (0.8 g de protĆ©ines / kg poids corporel / jour) comporte peu de risque de malnutrition, et est facile Ć  implĆ©menter(6). Une restriction plus importante, plus efficace, nĆ©cessite un suivi diĆ©tĆ©tique et se discute de cas en cas.
Un point primordial de la prise en charge est lā€™ā€ŠĆ©viction des nĆ©phrotoxiques, quā€™ā€Šil sā€™ā€Šagisse de mĆ©dicaments (ex. AINS), de lā€™ā€Šexposition au produit de contraste (dans la mesure du possible), ou de situations pouvant engendrer une dĆ©shydratation aigue, elle-mĆŖme responsable dā€™ā€Šune insuffisance rĆ©nale aigue. Le patient doit ĆŖtre Ć©duquĆ© afin quā€™ā€Šil prenne lā€™ā€Šhabitude de stopper transitoirement ses traitements anti hypertenseurs, ou ses diurĆ©tiques en cas de diarrhĆ©es, vomissements, ou lors de fortes chaleurs, ou quā€™ā€Šil discute avec son mĆ©decin traitant lā€™ā€Šintroduction de nouveau mĆ©dicament par un tiers. En effet, il est indispensable dā€™ā€ŠĆŖtre attentif lors de la prescription des mĆ©dicaments Ć  leur mode dā€™ā€ŠĆ©limination et dā€™ā€Šadapter la dose en cas dā€™ā€ŠĆ©limination rĆ©nale. Lā€™ā€ŠĆ©duction thĆ©rapeutique prend ici toute son importance pour amener le patient Ć  comprendre sa maladie et son Ć©volution, les enjeux du traitement et lā€™ā€Šamener Ć  devenir actif dans sa prise en charge mĆ©dicale. Par ailleurs, les recommandations KDIGO prĆ©conisent la prescription dā€™ā€Šune statine chez tous patients de plus de 50 ans connu pour une IRC, quelles que soient les valeurs du bilan lipidique en raison du risque cardiovasculaire trĆØs Ć©levĆ© associĆ© Ć  lā€™ā€ŠIRC.

Traitement

Lā€™ā€ŠIRC se complique de plusieurs perturbations biologiques, qui peuvent ĆŖtre corrigĆ©es par des adaptations que ce soit au niveau diĆ©tĆ©tique ou des traitements. Ces adaptations sont essentielles mĆŖme si elles ne modifient pas toutes la progression vers lā€™ā€Šinsuffisance rĆ©nale terminale. Elles modifient en revanche la morbi-mortalitĆ© cardiovasculaire et la qualitĆ© de vie.
Lā€™ā€ŠanĆ©mie rĆ©nale est un diagnostic dā€™ā€Šexclusion (7). Elle est rare au-dessus dā€™ā€Šun DFG de 30 ml / min / 1.73 m2 (8). Avant de retenir le diagnostic dā€™ā€ŠanĆ©mie rĆ©nale, des carences en vitamine B12, folates et fer doivent ĆŖtre exclues. Par ailleurs, la recherche de spoliation doit ĆŖtre effectuĆ©e si lā€™ā€ŠanamnĆØse ou les antĆ©cĆ©dents le font suspecter. Une cause hĆ©matologique doit Ć©galement ĆŖtre Ć©voquĆ©e. A noter que la carence martiale se dĆ©finit chez le patient IRC par une ferritine < 300-500 µg / l associĆ©e Ć  une saturation de la transferrine < 30%. Le cas Ć©chĆ©ant, la substitution martiale sā€™ā€Šadministre de prĆ©fĆ©rence par voie intraveineuse. AprĆØs correction des carences, si lā€™ā€ŠanĆ©mie persiste, le traitement consiste en des injections dā€™ā€ŠEPO, pour viser une valeur dā€™ā€ŠhĆ©moglobine comprise entre 100 et 115 g / l. Les injections se font par voie sous-cutanĆ©e.
Une autre complication frĆ©quente en cas dā€™ā€ŠIRC est la survenue dā€™ā€ŠhyperkaliĆ©mie. En plus du dĆ©faut dā€™ā€ŠexcrĆ©tion rĆ©nale, plusieurs mĆ©dicaments rĆ©guliĆØrement prescrits dans lā€™ā€ŠIRC peuvent augmenter le risque (ex : IEC, SRA, spironolactone…)(9). Une diminution des aliments riches en potassium (fruits et lĆ©gumes essentiellement) doit ĆŖtre conseillĆ©e avec si nĆ©cessaire une consultation diĆ©tĆ©tique. Il nā€™ā€Šest pas rare quā€™ā€Šil faille stopper des mĆ©dicaments hyperkaliĆ©mants voire de prescrire des rĆ©sines qui captent le potassium digestif. Une surveillance rĆ©guliĆØre de la kaliĆ©mie est nĆ©cessaire.
Lā€™ā€ŠhyperphosphatĆ©mie favorise les calcifications vasculaires et est associĆ©e Ć  une augmentation de la mortalitĆ© cardiovasculaire (10). Il est donc essentiel de la corriger mĆŖme sā€™ā€Šil est difficile de dĆ©montrer lā€™ā€Šimpact des interventions sur la mortalitĆ©. Lā€™ā€Šapport de phosphates Ć©tant exogĆØne, une consultation diĆ©tĆ©tique sera trĆØs utile afin de conseiller le patient sur les aliments et boissons Ć  Ć©viter. Cette consultation devra se faire en tenant compte des autres ajustements diĆ©tĆ©tiques mentionnĆ©s ci-dessus (apports protĆ©iques, apports en potassium, etc). Si lā€™ā€Šapproche diĆ©tĆ©tique est insuffisante, deux types de chĆ©lateurs du phosphate sont Ć  notre disposition. Tout dā€™ā€Šabord, les chĆ©lateurs calciques : ceux-ci comportent un risque augmentĆ© de calcification vasculaire surtout si lā€™ā€Šapport de calcium Ć©lĆ©mentaire est supĆ©rieur Ć  1500 mg/j (alimentation comprise). Leur utilisation est conseillĆ©e aux patients prĆ©sentant une hypocalcĆ©mie ou un bilan calcique nĆ©gatif. Les chĆ©lateurs non calciques sont prĆ©fĆ©rĆ©s en cas dā€™ā€ŠhypercalcĆ©mie. Leur efficacitĆ© nā€™ā€Šest pas supĆ©rieure, mais les risques dā€™ā€ŠhypercalcĆ©mie sont diminuĆ©s. Leurs effets sur les calcifications vasculaires montrent une tendance favorable mais les Ć©vidences sont faibles. En revanche, les prix sont nettement plus Ć©levĆ©s et leur prescription peut ĆŖtre restreinte (ou non remboursĆ©e) chez le patient non dialysĆ©. Nā€™ā€ŠĆ©tant pas absorbĆ©s, ils sont gĆ©nĆ©ralement bien tolĆ©rĆ©s mais des effets secondaires digestifs tels des douleurs abdominales, une constipation ou des nausĆ©es peuvent survenir. Lā€™ā€Šacidose mĆ©tabolique est Ć©galement une complication de lā€™ā€Šinsuffisance rĆ©nale (11). Elle se dĆ©finit par une valeur de bicarbonates infĆ©rieure Ć  22 mmol / l. Lā€™ā€Šacidose mĆ©tabolique peut aggraver une hyperkaliĆ©mie. Nous recommandons une correction par lā€™ā€Šadministration de bicarbonates per os, en visant un taux sanguin normal (12). La correction de lā€™ā€Šacidose mĆ©tabolique ralentit la progression de lā€™ā€ŠIRC, rĆ©duit la dĆ©minĆ©ralisation osseuse, et amĆ©liore le bilan nutritionnel.
Quand lā€™ā€ŠIRC sā€™ā€Šaggrave, lā€™ā€Šavis du spĆ©cialiste peut devenir nĆ©cessaire (Table 2)(13). Le nĆ©phrologue pourra Ć©galement aborder au cours de sa consultation, les sujets de la substitution rĆ©nale par la dialyse ou la transplantation rĆ©nale au moment opportun.
Lā€™ā€Šinsuffisance rĆ©nale chronique nĆ©cessite donc une prise en charge globale afin dā€™ā€Šen ralentir la progression.

Dre Cyrielle Alves

HUG, Service de NƩphrologie
DƩpartement des SpƩcialitƩs de MƩdecine
4, rue Gabrielle Perret Gentil
1211 GenĆØve 14

cyrielle.alves@hcuge.ch

Pr Pierre-Yves Martin

HUG, Service de NƩphrologie
DƩpartement des SpƩcialitƩs de MƩdecine
4, rue Gabrielle Perret Gentil
1211 GenĆØve 14

Les auteurs nā€™ā€Šont dĆ©clarĆ© aucun conflit dā€™ā€ŠintĆ©rĆŖts en relation avec cet article.

  • La dĆ©tection prĆ©coce de lā€™ā€ŠIRC est essentielle afin de ralentir sa progression.
  • Lā€™ā€ŠĆ©viction de tout nĆ©phrotoxique est indispensable.
  • Un bon contrĆ“le biologique permettra de diminuer la survenue de complications cardiovasculaires.

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13. NA Smart et al. Early referral to specialist nephrology services for preventing the progression to end-stage kidney disease. Cochrane Database of Systematic Reviews 2014

Le cas actuel

Situation de dĆ©part :
Un pianiste de 56 ans atteint de diabĆØte sucrĆ© de type 2 vient passer un examen mĆ©dical. En tant que pianiste et chef dā€™ā€Šorchestre, il a un style de vie irrĆ©gulier et refuse toute mesure de sang capillaire. Il aime manger, son poids est stable, mais il aimerait perdre du poids (fig. 4). Il est physiquement actif et nage un kilomĆØtre par jour.

Quelles sont les options pour abaisser lā€™ā€ŠHbA1c ?

1. Remplacement de la combinaison metformineā€Š/ā€Šinhibiteur de la DPP-4 par celle de la metformine + des inhibiteurs de SGLT-2, par exemple lā€™ā€Šempagliflozine. Il peut ĆŖtre plus aisĆ© pour le patient de prendre une combinaison de mĆ©dicaments, Jardiance MetĀ®. Effets secondaires possibles: balanite, Ć©ventuellement pollakiurie (augmentation du volume urinaire, CAVE syndrome de la prostate obstructive).
Effets positifs cardiovasculaires et rĆ©naux et perte de poids (fig. 1)

Pr Roger Lehmann

Clinique d’endocrinologie, de diabĆ©tologie et nutrition clinique
HƓpital universitaire de Zurich
RƤmistrasse 100
8091 Zurich

Roger.Lehmann@usz.ch

Dr Matthias Ernst

UniversitätsSpital Zürich
RƤmistrasse 100
8091 Zurich

matthias.ernst@usz.ch

RL: Participation dā€˜Advisory Boards et honoraires de confĆ©rencier avec Novo Nordisk, Sanofi, MSD, Boehringer Ingelheim, Servier et Astra Zeneca.
ME: Frais de voyage et de congrĆØs d’Eli Lilly et Ipsen.

  • La qualitĆ© de vie est la meilieure thĆ©rapie.
  • Sans insuffisance cardiaque, les GLP-1-RA sont la meilleure solution pour les patients souffrant d’obĆ©sitĆ© et d’hyperplasie prostatique.
  • Utilisation principale des bloqueurs GLP-1-RA et de SGLT-2 avant lā€™ā€ŠinsulinothĆ©rapie.
  • Pensez Ć  toutes les classes de mĆ©dicaments et choisissez la sub-stance ou la combinaison avec les meilleures donnĆ©es probantes en fonction des prioritĆ©s du patient.

Vaccinations et antibiotiques

Le Symposium de l’ Association des internistes zurichois, VZI 2019 s’est une fois de plus avĆ©rĆ© ĆŖtre un Ć©vĆ©nement de formation exceptionnel pour toutes les catĆ©gories d’internistes. Sous l’organisation scientifique de Dr Barbara Himmelmann et Pr Stefan Vavricka, un programme largement diversifiĆ© et de grande qualitĆ© a Ć©tĆ© prĆ©sentĆ©. Cet article rĆ©sume la confĆ©rence Ā«InfectiologieĀ» qui a fait partie de la rĆ©union Ā«mises
Ć  jour cliniquesĀ».

Pr Annelies Zinkernagel a ciblĆ© son intervention sur la liste rĆ©cemment publiĆ©e des 10 premiĆØres causes de dĆ©cĆØs ayant comme thĆØmes les vaccinations et les antibiotiques, en particulier le nouveau plan de vaccination 2019, ainsi que sur la question des prescriptions dā€™ā€Šantibiotiques (pourquoi et comment, et surtout, pour combien de temps). AprĆØs tout, 6 des 10 sujets sont de nature infectieuse. Il sā€™ā€Šagit notamment de la pandĆ©mie mondiale de la grippe, de la rĆ©sistance aux antibiotiques, du virus Ebola et dā€™ā€Šautres agents pathogĆØnes trĆØs dangereux, de la dengue ainsi que du VIH.
Les vaccinations et les traitements antibiotiques se sont avĆ©rĆ©s trĆØs efficaces pour rĆ©duire la mortalitĆ© due aux maladies infectieuses au cours du dernier siĆØcle. Aujourdā€™ā€Šhui, le scepticisme Ć  lā€™ā€ŠĆ©gard des vaccinations est malheureusement largement rĆ©pandu.

Pr Annelies Zinkernagel

Plan de vaccination 2019

En ce qui concerne le nouveau plan de vaccination 2019 (fig. 1), lā€™ā€Šorateur a dĆ©veloppĆ© les points importants dans la pratique pour traiter les patients adultes : HĆ©patite B, mĆ©ningocoque, VPH, MMR et FSME. Depuis lā€™ā€Šintroduction de la vaccination contre lā€™ā€ŠhĆ©patite B chez les adolescents en 1998, les cas dā€™ā€ŠhĆ©patite B ont diminuĆ©, mais ne sont pas nuls. En raison de lā€™ā€Šacceptation non optimale de la vaccination chez les adolescents, le nouveau plan de vaccination recommande de vacciner les nourrissons Ć  2, 4 et 12 mois, les adolescents de 11-15 ans ainsi que les adultes de plus de 16 ans qui nā€™ā€Šont pas encore Ć©tĆ© vaccinĆ©s.
Lā€™ā€Šincidence des infections invasives Ć  mĆ©ningocoques a Ć©galement diminuĆ© en Suisse au cours des dix derniĆØres annĆ©es, en particulier les infections des groupes B et C. Aujourdā€™ā€Šhui, 82 % des infections sont causĆ©es par les souches C, W et Y. Par consĆ©quence, depuis lā€™ā€Šautomne 2018, il est recommandĆ© de remplacer le vaccin du groupe C par le vaccin quadrivalent ACWY. Ce dernier permet dā€™ā€Šimmuniser les patients immunodĆ©primĆ©s, lors de statut aprĆØs splĆ©nectomie ainsi que les recrues avec Boost tous les 5 ans si lā€™ā€Šimmunosuppression continue.

Vaccination du VPH: mauvaise acceptation malgrƩ la prƩvention de cancer

Bien que les infections au VPH puissent entraĆ®ner des verrues gĆ©nitales ainsi que le cancer, lā€™ā€Šacceptation du vaccin est faible. Aujourdā€™ā€Šhui, toutes les filles et garƧons entre 11 et 14 ans devraient ĆŖtre vaccinĆ©s avec 2 doses, Ć  un intervalle de 6 mois, de 15 Ć  25 ans 3 doses, schĆ©ma 0, 1-2, 6 mois. Le vaccin 4-valent GardasilĀ® sera remplacĆ© en 2019 par la variante 9-valent (post-vaccination non recommandĆ©e). La raison pour laquelle il faut vacciner les personnes de moins de 26 ans est que les infections qui ont Ć©tĆ© transmises nā€™ā€ŠentraĆ®nent pas de sĆ©roconversions fiable. En outre, elles nā€™ā€Šoffrent pas une protection suffisante contre les nouvelles infections. En revanche, la vaccination entraĆ®ne une sĆ©roconversion protectrice de prĆØs de 100 % chez les hommes et les femmes, car les infections naturelles ont peu accĆØs aux ganglions lymphatiques, contrairement aux vaccins administrĆ©s par voie intramusculaire. La vaccination Ć  lā€™ā€ŠĆ¢ge de 11 Ć  26 ans doit avoir lieu dans le cadre des programmes cantonaux de vaccination, les coĆ»ts de la vaccination sont alors pris en charge.
La vaccination contre la rougeole est lā€™ā€Šune des grandes rĆ©ussites de la mĆ©decine : plus de 20 millions de dĆ©cĆØs ont ainsi Ć©tĆ© Ć©vitĆ©s depuis son introduction en 1963 et lā€™ā€Šincidence de la maladie a Ć©tĆ© considĆ©rablement rĆ©duite depuis lā€™ā€Šintroduction de la deuxiĆØme dose de vaccin en Suisse en 1996. La rougeole est trĆØs contagieuse et, en raison de l’aversion gĆ©nĆ©ralisĆ©e actuelle pour la vaccination, une augmentation de 30% des cas de maladie doit ĆŖtre observĆ©e dans le monde entier. Il est nĆ©cessaire de combler les Ć©carts de vaccination pour toutes les personnes insuffisamment vaccinĆ©es (moins de 2 vaccinations ROR documentĆ©es) Ć©tant nĆ©es avant 1963 : la recommandation personnelle du mĆ©decin joue un rĆ“le clĆ© dans la motivation dā€™ā€Šune vaccination de suivi ! Etant donnĆ© quā€™ā€Šaujourdā€™ā€Šhui de facto prĆØs de 50 % des enfants de moins de 3 ans, Ć©tant dĆ©jĆ  souvent dans des berceaux, terrain de jeu des virus de la rougeole, ne sont pas protĆ©gĆ©s, le plan de vaccination a Ć©tĆ© adaptĆ© et la nouvelle recommandation est de vacciner Ć  9 et Ć  12 mois.

Lā€™ā€ŠencĆ©phalite Ć  tiques en hausse malgrĆ© une vaccination efficace et tolĆ©rable

Les visites chez le mĆ©decin dues aux piqĆ»res de tiques et aux maladies associĆ©es aux tiques augmentent dā€™ā€ŠannĆ©e en annĆ©e. En particulier, le nombre de personnes souffrant dā€™ā€ŠencĆ©phalite Ć  tiques (TBE) par FSME ne cesse dā€™ā€Šaugmenter et la proportion dā€™ā€ŠIgM positives Ć  lā€™ā€ŠFSME. a atteint 36 % en 2018 ; lĆ  encore, une vaccination efficace existe. Afin de combler les lacunes en matiĆØre de vaccination, la recommandation du Conseil de vacciner les personnes dans les zones Ć  risque de TBE a Ć©tĆ© Ć©tendue Ć  toutes les personnes en Suisse, Ć  lā€™ā€Šexception de GenĆØve et du Tessin (figure 2). Calendrier de vaccination : 3 doses Ć  0, 1 et 6 mois pour FSME-Immun CCĀ® ; 0, 1 et 10 mois pour EncepurĀ®. Vaccinations de rappel recommandĆ©es tous les 10 ans, la nĆ©cessitĆ© de vaccinations de rappel plus frĆ©quentes nā€™ā€Šest pas prouvĆ©e.

Combien de temps faut-il prendre des antibiotiques ?

Une question centrale dans lā€™ā€Šutilisation des antibiotiques concerne la durĆ©e du traitement. Des Ć©tudes rĆ©centes ont montrĆ© que la prise dā€™ā€Šantibiotiques est gĆ©nĆ©ralement trop longue, ce qui est dĆ» Ć  la crainte de rechutes. Dans les infections actives avec division cellulaire rapide des agents pathogĆØnes, un antibiotique peut inhiber les mĆ©canismes clĆ©s de division et tuer les bactĆ©ries en 3 Ć  10 jours. Par contre, les bactĆ©ries endormies, comme la tuberculose, peuvent Ć©chapper Ć  lā€™ā€Šeffet des antibiotiques. En plus de la localisation des infections dans des endroits privilĆ©giĆ©s tels que les abcĆØs, intracellulaires ou biofilms associĆ©s, où les antibiotiques nā€™ā€Šatteignent pas les bactĆ©ries et où des interventions chirurgicales sont souvent nĆ©cessaires pour le traitement, les bactĆ©ries dites Ā«persistantesĀ», mĆ©taboliquement inactives, jouent un rĆ“le important dans les infections chroniques – elles nĆ©cessitent donc une thĆ©rapie Ć  long terme. Lors de lā€™ā€Šexamen de bactĆ©ries provenant de milieux acides comme les abcĆØs ou le biofilm, on observe souvent des colonies en faible croissance (Fig. 3), qui ne commencent Ć  se dĆ©velopper quā€™ā€ŠaprĆØs sā€™ā€ŠĆŖtre Ć  nouveau Ć©talĆ©es. On peut aussi dĆ©montrer dans des expĆ©riences que les bactĆ©ries stressantes ne se dĆ©veloppent que plus tard et que, dans cette phase, les antibiotiques sont parfois trĆØs bien tolĆ©rĆ©s. La dĆ©tection microbiologique de ces persistances peut donc ĆŖtre une indication de la nĆ©cessitĆ© dā€™ā€Šun traitement de longue durĆ©e. Fait notable, la rĆ©sistance gĆ©nĆ©tique au S.aureus est rare en Suisse. En effet, la proportion de SARM est infĆ©rieure Ć  10 %.

Sourceā€Š: Symposium de lā€™ā€ŠAssociation des internistes zurichois VZI, session Update Infectiologie, Zurich, 31.1.2019

Dr. med. Hans-Kaspar Schulthess

Facharzt FMF Innere Medizin und Gastroenterologie
Neuhausstrasse 18
8044 Zürich

Schulthess_hk@swissonline.ch

Lā€™ā€Šhypertension redĆ©finie

Lors du Cardiology Update 2019 Ć  Davos, un symposium prĆ©sidĆ© par les professeurs Edouard Battegay, Zurich, Isabella Sudano, Zurich et Filippo Crea, Rome, la discussion portait sur la tension artĆ©rielle normale, les nouvelles directives de lā€™ā€ŠESC sur lā€™ā€Šhypertension, la dĆ©nervation rĆ©nale, lā€™ā€Šhypertension et lā€™ā€Šinsuffisance cardiaque. La contribution suivante inclut la discussion sur les valeurs normales de la tension artĆ©rielle et les nouveaux aspects de la dĆ©nervation rĆ©nale.

Quelle est une tension artƩrielle normale?

Lā€™ā€Šhypertension peut ĆŖtre un important mĆ©canisme compensatoire qui ne doit pas ĆŖtre manipulĆ©, mĆŖme sā€™ā€Šil est certain que nous pouvons le contrĆ“ler, a affirmĆ© le Dr Paul Dudley White, cardiologue renommĆ©, cofondateur de lā€™ā€ŠAmerican Heart Association et fondateur de la cardiologie prĆ©ventive en 1937.

Dans ce contexte, le professeur Thomas Lüscher, de Londres et Zurich, a prĆ©sentĆ© les mesures de tension du prĆ©sident amĆ©ricain Franklin D Roosevelt, qui sont passĆ©es de 140 mmHg en 1935 Ć  350 mmHg en 1945. Lā€™ā€Šaccident vasculaire cĆ©rĆ©bral mortel de Roosevelt est survenu soudainement comme lā€™ā€Šaffirmait le journal Saint Louis Post Dispatch. GrĆ¢ce Ć  lā€™ā€ŠĆ©tude MRFIT, nous savons que le risque relatif dā€™ā€Šaccident vasculaire cĆ©rĆ©bral mortel augmente continuellement dā€™ā€Šune valeur de 3 Ć  une pression artĆ©rielle infĆ©rieure Ć  120 mmHg jusquā€™ā€ŠĆ  une valeur de 32 Ć  une pression artĆ©rielle de 168 mmHg. La mortalitĆ© coronarienne augmente linĆ©airement avec lā€™ā€Šaugmentation de la pression artĆ©rielle. Edward Freis fut un pionnier du traitement antihypertenseur dĆ©crivant les effets du traitement antihypertenseur sur la morbiditĆ© en 1967, comme disait lā€™ā€Šorateur.

Les nouvelles valeurs cibles pour une tension artĆ©rielle optimale – modification des concepts

Au dĆ©part, lā€™ā€Šhypertension Ć©tait considĆ©rĆ©e comme un mĆ©canisme de compensation (pression artĆ©rielle requise). Tension artĆ©rielle = âge plus 100 mmHg (« vieillissement physiologique »). Puis, la valeur cible pour la tension artĆ©rielle diastolique a Ć©tĆ© dĆ©finie dā€™ā€Šabord Ć  95 mmHg, puis 90 mmHg. Enfin, on a dĆ©couvert la tension artĆ©rielle systolique comme valeur cible (SHEPS et Systeur). Jusquā€™ā€ŠĆ  prĆ©sent, nous avons vĆ©cu avec la valeur de 140 mmHg, Ć  lā€™ā€Šexception des AmĆ©ricains plus Ć¢gĆ©s. Le confĆ©rencier a montrĆ© un aperƧu des Ć©tudes sur lā€™ā€Šhypertension de 1970 Ć  2015 Ć  travers les Ć©tudes SPRINT et HOPE-3.

Quā€™ā€Šest-ce que la tension artĆ©rielle normale ? Sommes-nous tous hypertendus ? Et si oui, pourquoi ?

Le confĆ©rencier a fait rĆ©fĆ©rence aux donnĆ©es des Indiens Yanomani, un peuple vivant dans la forĆŖt tropicale amazonienne. Cette population a une tension artĆ©rielle de 95/61 mmHg. Les Indiens Tsimane, le peuple le plus sain du monde (Der Spiegel) prĆ©sentent Ć©galement de petites augmentations de lā€™ā€Šhypertension artĆ©rielle avec lā€™ā€ŠĆ¢ge, de 113 mmHg Ć  lā€™ā€ŠĆ¢ge de 40-44 ans Ć  117 mmHg Ć  lā€™ā€ŠĆ¢ge de 75 ans et plus. Un autre exemple est celui des Indiens Kunas vivant sur les Ć®les de Kuna, dont les valeurs se situent autour de 110 mmHg de < 40 Ć  > 60 ans. Par contre, les Indiens Kuna vivant Ć  Panama City ont une augmentation de la tension artĆ©rielle avec lā€™ā€ŠĆ¢ge de 110 mmHg (< 40 ans) Ć  130 mmHg (> 60 ans).
Les raisons possibles dā€™ā€Šune augmentation de la tension artĆ©rielle sont la gĆ©nĆ©tique, le surpoids, lā€™ā€ŠimmobilitĆ© physique, lā€™ā€Šalcool et le rĆ©gime alimentaire.

Les rĆ©sultats de lā€™ā€ŠĆ©tude SPRINT suivi dā€™ā€Šun dĆ©bat animĆ©

SPRINT a dĆ©montrĆ© quā€™ā€Šune baisse intensive de la tension artĆ©rielle Ć  une valeur systolique de 120 mmHg protĆØge mieux les patients souffrant dā€™ā€Šhypertension artĆ©rielle contre lā€™ā€Šinfarctus du myocarde et les accidents vasculaires cĆ©rĆ©braux, lā€™ā€Šinsuffisance cardiaque, la mort cardiovasculaire et la mortalitĆ© toutes causes confondues que la valeur cible prĆ©cĆ©dente, soit 140 mmHg. Lā€™ā€Šenthousiasme initial pour les rĆ©sultats de lā€™ā€ŠĆ©tude SPRINT a Ć©tĆ© suivi de discussions animĆ©es. Les critiques concernaient la mesure non surveillĆ©e de la tension artĆ©rielle, des populations sĆ©lectionnĆ©es, des effets secondaires tels que lā€™ā€Šinsuffisance rĆ©nale aiguĆ«, lā€™ā€Šhypotension, la syncope et autres.
Dans une Ć©tude diffĆ©rente, HOPE-3, portant sur des sujets prĆ©sentant au moins un facteur de risque cardiovasculaire, où lā€™ā€Šhypertension comme facteur de risque nā€™ā€ŠĆ©tait pas une condition prĆ©alable Ć  la participation, les participants ont reƧu soit du candĆ©sartan et de lā€™ā€Šhydrochlorothiazide, soit un Ā« polypill Ā» avec de la rosuvastatine supplĆ©mentaire ou alors seulement de la statine. Il a Ć©tĆ© dĆ©montrĆ© que seuls des participants avec des valeurs de tension artĆ©rielle supĆ©rieures Ć  143,5 mmHg ont ressentis les effets positifs du traitement. Le confĆ©rencier a rappelĆ© que, pour la tension artĆ©rielle, contrairement au cholestĆ©rol LDL, Ā« the lower the better Ā» ne convient pas. En effet, il existe une relation en J entre la tension artĆ©rielle et les Ć©vĆ©nements cardiovasculaires.
SPRINT a mis la mesure de la tension artĆ©rielle au premier plan : Riva Rocci classique, mesure non surveillĆ©e, mesure ambulatoire 24h/24 h ou tension artĆ©rielle Ć  domicile?

Des recommandations provocatrices

Les lignes directrices amĆ©ricaines recommandent < 122ā€Š/< 80 mmHg comme tension artĆ©rielle normale, 120-129/ < 80 est considĆ©rĆ© comme Ć©levĆ©, hypertension stade 1:ā€Š130-139/80-89 mmHg, hypertension stade 2ā€Š: ≄ 140/ ≄ 90 mmHg.
Les lignes directrices europĆ©ennes recommandent toutefois une tension artĆ©rielle infĆ©rieure Ć  140/90 mmHg comme premiĆØre cible de traitement et une rĆ©duction Ć  130/80 mmHg ou moins si le traitement est bien tolĆ©rĆ©. Chez les patients de moins de 65 ans, la tension artĆ©rielle devrait, dans la plupart des cas, ĆŖtre abaissĆ©e Ć  une valeur de 120-129 mHg. Pour les patients Ć¢gĆ©s de 65 Ć  80 ans, les valeurs systoliques entre 130 et 139 mmHg devraient ĆŖtre visĆ©es. Chez les patients de plus de 80 ans, la tension artĆ©rielle systolique devrait Ć©galement se situer entre 130 et 139 mmHg, si elle est tolĆ©rĆ©e par le patient. Le confĆ©rencier conclut en prĆ©conisant une prise en charge personnalisĆ©e de lā€™ā€Šhypertension.

Conclusions

La tension artĆ©rielle et MACE sont corrĆ©lĆ©s de faƧon linĆ©aire. Chez les personnes en bonne santĆ©, la tension artĆ©rielle normale ou optimale est de 100-110/70-80 mmHg.
Chez les patients cardiaques, il semble y avoir une courbe en J avec un Ā« sweet point Ā» individuel.
Lā€™ā€Šabaissement de la tension artĆ©rielle systolique au-dessous de 140 mmHg protĆØge les personnes dont le niveau de base est Ć©levĆ©.
Lā€™ā€Šhypotension et la fonction rĆ©nale doivent ĆŖtre prises en compte lorsque lā€™ā€Šon descend en dessous de 120-130 mmHg.
Les lignes directrices doivent tenir compte des nouvelles donnƩes probantes et individualiser les valeurs cibles pour la tension artƩrielle systolique.

Reprise de la dƩnervation rƩnale

Le traitement de lā€™ā€Šhypertension Ć  lā€™ā€Šaide dā€™ā€Šun appareil comprend lā€™ā€Šexpansion du bulbe carotidien, la dĆ©nervation de lā€™ā€ŠartĆØre carotide, la stimulation des barorĆ©cepteurs, la stimulation de lā€™ā€Šarc aortique, la stimulation par stimulateur cardiaque, la stimulation du nerf mĆ©dian, la fistule artĆ©rio-veineuse et la dĆ©nervation rĆ©nale (RDN) a dĆ©clarĆ© le PrĀ Felix Mahmmoud Homburg/Saar.
Certaines Ć©tudes sur la dĆ©nervation rĆ©nale ont Ć©chouĆ© (Bhatt DL, NEJM2014). Le paramĆØtre dā€™ā€ŠinnocuitĆ© a Ć©tĆ© atteint dans cette Ć©tude, mais ce nā€™ā€Šest pas le cas du paramĆØtre primaire dā€™ā€ŠefficacitĆ©. Dans une autre Ć©tude, le paramĆØtre primaire dā€™ā€ŠefficacitĆ© a Ć©tĆ© atteint (Azizi M, Lancet 2015). AprĆØs des Ć©tudes expĆ©rimentales et de validation de principe, les Ć©tudes Simplicity HTN 1 et 2 ont atteint un sommet. Lā€™ā€Šoptimisme a disparu avec lā€™ā€ŠĆ©tude Simplicity HTN 3, qui nā€™ā€Ša montrĆ© aucune diffĆ©rence significative entre le groupe RDN et le groupe fictif. Les facteurs confondants peuvent ĆŖtre le mĆ©dicament concomitant, la population Ć  lā€™ā€ŠĆ©tude ou lā€™ā€Šintervention elle-mĆŖme. Le confĆ©rencier a fait rĆ©fĆ©rence Ć  trois Ć©tudes de validation de principe, SPYRAL HTN-OFF MED, SPYRAL HTN-ON MED et RADIANCE-HTN SOLO, qui ont toutes donnĆ© des rĆ©sultats positifs. SPYRAL HTN-OFF MED et RADIANCE SOLO : faible risque, hypertension modĆ©rĆ©e, aucun traitement antihypertenseur concomitant, SPYRAL-HTN ON MED : hypertension modĆ©rĆ©e, 1-3 antihypertenseurs courants. SPYRAL OFF a montrĆ© une rĆ©duction de 5 mmHg aprĆØs 3 mois, dans SPYRAL ON la tension artĆ©rielle a Ć©tĆ© abaissĆ©e de 9.0 mmHg aprĆØs 6 mois. Dans RADIANCE SOLO (2 mois), la tension artĆ©rielle a Ć©tĆ© abaissĆ©e de 8,5 mmHg par rapport au traitement simulĆ©. La dĆ©nervation rĆ©nale a entraĆ®nĆ© une rĆ©duction de la tension artĆ©rielle et de la frĆ©quence cardiaque. Le RDN aprĆØs 3 mois a entraĆ®nĆ© une rĆ©duction de la frĆ©quence cardiaque de -2,5bpm comparĆ©e Ć  0,2bpm pendant un traitement simulĆ© (p = 0,003). La rĆ©duction de la tension artĆ©rielle a augmentĆ© avec le temps, comme lā€™ā€Ša montrĆ© le confĆ©rencier. AprĆØs 6 mois, la rĆ©duction de la tension artĆ©rielle systolique sur 24 heures Ć©tait de 6,6 aprĆØs un an de 7,ā€Š2, aprĆØs 2 ans de 8,ā€Š2, aprĆØs 3 ans de 8,0 et la tension artĆ©rielle au bureau est passĆ©e de -11,7 (6 mois) Ć  -16,5 aprĆØs 3 ans. Enfin, le confĆ©rencier a mentionnĆ© 4 Ć©tudes dĆ©cisives en cours: SPYRAL-OFF MED pivotal, RADIANCE SOLO, toutes deux sans mĆ©dicament concomitant, ainsi que SPYRAL ON MED pivotal, et REQUIRE pivotal, toutes deux avec mĆ©dicaments.

Que se passe-t-il dans le futur ?

Des Ć©tudes clĆ©s internationales sont en cours afin de fournir des donnĆ©es supplĆ©mentaires sur lā€™ā€ŠinnocuitĆ© et lā€™ā€ŠefficacitĆ© du produit. Les rĆ©sultats sont attendus en 2019/2020.
Les prƩfƩrences des patients entrent en jeu.
Les principaux sujets de recherche sont : la rĆ©troaction intra-opĆ©ratoire, lā€™ā€Šidentification des intervenants, la durabilitĆ© de lā€™ā€Šeffet. Avec les nouvelles Ć©tudes, un certain enthousiasme pour la dĆ©nervation rĆ©nale en vue dā€™ā€Šabaisser la tension artĆ©rielle est Ć©galement revenu.

Source : Hypertension Redefined, Session au Cardiology Update, Davos 18.2. 2019

Prof. Dr. Dr. h.c. Walter F. Riesen

riesen@medinfo-verlag.ch