LāāOrganisation mondiale de la santĆ© (OMS) estime que 1,34 million de personnes sont dĆ©cĆ©dĆ©es dāāune hĆ©patite virale en 2015 et que 1,75 million ont Ć©tĆ© nouvellement infectĆ©es par le VHC (1). De plus, 71 millions de patients sont infectĆ©s par le VHC dans le monde selon lāāOMS. En Suisse, le nombre de personnes chroniquement infectĆ©es est estimĆ© actuellement Ć 36ā000-43ā000 personnes, ce qui correspond Ć une prĆ©valence de 0,7ā%. Cependant, seul un peu plus de la moitiĆ© des porteurs du virus ont Ć©tĆ© testĆ©s. Il faut donc supposer quāāun grand nombre de patients nāāaient pas encore Ć©tĆ© diagnostiquĆ©s. La morbiditĆ© et la mortalitĆ© de lāāhĆ©patite C chronique ont dĆ©passĆ© celles du VIH depuis le tournant du millĆ©naire (2). Cet article prĆ©sente, Ć travers une perspective historique, les recommandations pour le diagnostic et pour le traitement de lāāhĆ©patite C.
Bien que la prĆ©valence de lāāhĆ©patite C virĆ©mique soit en baisse depuis 2000, le pic de morbiditĆ© et de mortalitĆ© ne sera atteint quāāāen 2030 (3) en raison de lāāĆ©volution naturelle de la maladie et de sa possibilitĆ© de sĆ©quelles tardives (cirrhose et ses complications, ainsi que carcinome hĆ©patocellulaire). JusquāāĆ lāāintroduction des nouveaux traitements appelĆ©s antiviraux Ć action directe (directly acting antivirals, DAA) en 2011 resp. 2014, nous nāāĆ©tions pas en mesure de faire face Ć ce scĆ©nario. Toutefois, en 2014, seuls les patients atteints de fibrose avancĆ©e (F3) ou de cirrhose (F4) ont pu ĆŖtre traitĆ©s. GrĆ¢ce Ć la collaboration entre le Groupe dāāexperts suisse sur lāāhĆ©patite virale (SEVHep), lāāOffice fĆ©dĆ©ral de la santĆ© publique, les associations mĆ©dicales et les personnes concernĆ©es ainsi que les ajustements de prix, une nouvelle ĆØre a pu dĆ©buter en octobre 2017. En effet, tous les patients peuvent dĆ©sormais ĆŖtre traitĆ©s quel que soit le degrĆ© de fibrose. Ainsi, il sera maintenant possible dāāavoir une influence efficace sur les nouvelles infections et les maladies secondaires de lāāhĆ©patite C. La coopĆ©ration des diffĆ©rents acteurs a conduit Ć la mise en place de la Ā«āStratĆ©gie suisse contre lāāhĆ©patiteāĀ» visant Ć rĆ©duire Ć 0ā% dāāici 2030 les nouvelles infections par lāāhĆ©patite C, les carcinomes hĆ©patocellulaires ainsi que les transplantations liĆ©es Ć lāāhĆ©patite C.
Historique de la thĆ©rapie de lāāhĆ©patite C
Au dĆ©but des annĆ©es 1990, le traitement de lāāhĆ©patite C consistait en une monothĆ©rapie Ć lāāinterfĆ©ron alpha (3 injections par semaine pendant 24-48 semaines), avec des effets secondaires prononcĆ©s dans certains cas et un faible taux de guĆ©rison (10ā%) (4). Depuis la combinaison avec la ribavirine en 1998, le taux de guĆ©rison est passĆ© Ć 30-40ā%. La pĆ©gylation de lāāinterfĆ©ron en 2001 a prolongĆ© la demi-vie de la substance, facilitant ainsi le traitement et augmentant Ć nouveau le taux de guĆ©rison (45ā%). En 2011, les inhibiteurs de la protĆ©ase de premiĆØre gĆ©nĆ©ration (bocĆ©prĆ©vir et tĆ©laprĆ©vir) ont Ć©tĆ© lancĆ©s. Ceux-ci inhibent certaines protĆ©ines virales du virus de lāāhĆ©patite C (protĆ©ase virale NS3-4A) Ć©tant importantes pour sa rĆ©plication. Il a donc fallu combiner les inhibiteurs de la protĆ©ase de premiĆØre gĆ©nĆ©ration avec lāāinterfĆ©ron pĆ©gylĆ© et la ribavirine. Ceux-ci ont Ć©tĆ© limitĆ©s au gĆ©notype 1 et ont parfois entraĆ®nĆ© des effets secondaires cutanĆ©s graves. Toutefois, le taux de guĆ©rison a Ć©tĆ© amĆ©liorĆ© (65āĆ ā75ā%). Lāāapprobation dāāautres substances (inhibiteurs de la polymĆ©rase virale NS5B et de la protĆ©ine NS5A) a finalement marquĆ© la percĆ©e dans le traitement du VHC. En effet, pour la premiĆØre fois, des thĆ©rapies sans interfĆ©ron pouvaient ĆŖtre appliquĆ©es en combinant 2āĆ ā3 agents du type DAA (5). En comparaison avec les thĆ©rapies Ć base dāāinterfĆ©ron, ces thĆ©rapies permettent une durĆ©e de traitement nettement plus courte (12-24 semaines), avec des taux de guĆ©rison considĆ©rablement amĆ©liorĆ©s de 90-100ā% et un profil dāāeffets secondaires faible.
Diagnostic de lāāhĆ©patite C
Avec la dĆ©couverte du virus de lāāhĆ©patite C par Qui-Lim Choo, George C. Kuo et Michael Houghton en 1989, le premier test de dĆ©tection des anticorps a Ć©tĆ© mis au point et, en 1990, le test de dĆ©pistage du virus de lāāhĆ©patite C a Ć©galement Ć©tĆ© introduit en Suisse (6). Cela a permis de tester les produits sanguins et de les rendre plus sĆ»rs. LāāhĆ©patite C, tout comme lāāhĆ©patite B et lāāinfection par le VIH, est une maladie Ć dĆ©claration obligatoire en vertu de la Loi sur les Ć©pidĆ©mies (rapport de laboratoire). Le diagnostic dāāune infection active par le virus de lāāhĆ©patite C est basĆ© sur le test de dĆ©pistage des anticorps anti-VHC ainsi que la dĆ©tection de lāāARN du VHC dans le sĆ©rum par lāāamplification en chaĆ®ne par polymĆ©rase (Ā«āpolymerase chain reactionāĀ», PCR). La dĆ©tection des anticorps seule ne suffit pas pour diagnostiquer lāāhĆ©patite C chronique. En effet, environ 20ā% des personnes infectĆ©es Ć©liminent le virus aprĆØs la phase aiguĆ« de lāāinfectionā: il sāāagit de lāāhĆ©patite C vĆ©cue. Au cours de lāāinfection initiale, les anticorps anti-VHC deviennent dĆ©tectables aprĆØs sept Ć huit semaines en moyenne. Le test de dĆ©tection des anticorps de lāāhĆ©patite C devrait ĆŖtre effectuĆ© chez les personnes Ć risque accru. Il sāāagit notamment des personnes ayant un taux Ć©levĆ© de transaminases ou dāāautres maladies du foie, ayant dĆ©jĆ consommĆ© ou continuant Ć consommer des drogues par voie intraveineuse ou intranasale, des personnes en hĆ©modialyse, des personnes ayant reƧu des produits sanguins ou des transfusions avant juillet 1992, des personnes tatouĆ©es, ayant des piercings ou ayant Ć©tĆ© soumises Ć des procĆ©dures invasives dans des conditions dāāhygiĆØne prĆ©caires ainsi que des personnes atteintes du VIH ou de lāāhĆ©patite B. Cela inclut Ć©galement les partenaires de patients infectĆ©s par le VHC, les enfants de mĆØres positives au VHC, les hĆ©tĆ©rosexuels avec plusieurs partenaires sexuels, les hommes ayant des rapports sexuels avec dāāautres hommes (HSH) ainsi que les personnes ayant des contacts professionnels Ć©troits avec le sang humain. La stratĆ©gie suisse de dĆ©pistage des hĆ©patites B et C a Ć©tĆ© rĆ©visĆ©e en 2013 (7).
Une fois le diagnostic du VHC posĆ©, le patient devrait ĆŖtre dirigĆ© vers un spĆ©cialiste pour obtenir des Ć©claircissements. Les examens complĆ©mentaires comprennent des examens de laboratoire, une Ć©chographie du foie, une Ć©lastographie du foie et Ć©ventuellement une biopsie du foie. Ces examens servent Ć la dĆ©termination de la fibrose hĆ©patique (stadification de la fibrose avec F0 Ć F4) et de la fonction hĆ©patique qui dĆ©cident de lāāurgence du traitement du VHC. En outre, les patients seront examinĆ©s pour dĆ©tecter la prĆ©sence de manifestations dites extrahĆ©patiques de lāāhĆ©patite C (p.ex. fatigue prononcĆ©e, douleurs articulaires, cryoglobulinĆ©mie mixte et vasculite leucocytoclastique, maladies lymphoprolifĆ©ratives associĆ©es au VHC et maladies rĆ©nales, etc.), pouvant survenir indĆ©pendamment du stade de la fibrose et influencer la dĆ©cision thĆ©rapeutique.
Traitement de lāāhĆ©patite C
Dans le cas de lāāhĆ©patite C, contrairement au VIH et au VHB (objectif thĆ©rapeutique : suppression de la virĆ©mie), lāāĆ©limination du virus peut ĆŖtre visĆ©e. LāāARN nĆ©gatif du VHC, 12 semaines aprĆØs la fin du traitement, est appelĆ© Ā«ārĆ©ponse virologique soutenueāĀ», SVR12 (Ā«āsustained virologic responseāĀ»). 99ā% des patients ayant atteint le rĆ©sultat SVR12 restent guĆ©ris mĆŖme 5 ans aprĆØs. Cāāest pour cette raison que le SVR12 a Ć©tĆ© acceptĆ© comme marqueur de substitution pour la guĆ©rison de lāāhĆ©patite C par les autoritĆ©s dāāenregistrement. Avant le traitement du VHC, il faut toujours exclure la prĆ©sence dāāune co-infection par le VHB ou le VIH. Tout abus dāāalcool et tout syndrome mĆ©tabolique doivent ĆŖtre recherchĆ©s et traitĆ©s. Au cours du traitement de lāāhĆ©patite C chez des patients co-infectĆ©s par le VHC et le VHB, des rĆ©activations de lāāhĆ©patite B en partie fatales ont parfois Ć©tĆ© rapportĆ©es. Un patient positif Ć lāāAgHBs doit donc aussi ĆŖtre accompagnĆ© par un spĆ©cialiste expĆ©rimentĆ© durant le traitement de lāāhĆ©patite C. En effet, le traitement de lāāinfection Ć VHB est en gĆ©nĆ©ral nĆ©cessaire. Les patients qui ne sont que des anti-HBc positifs (constellation Ā«āanti-HBc-onlyāĀ») doivent ĆŖtre strictement surveillĆ©s, puisque que la rĆ©activation du VHB est Ć©galement possible dans cette situation. Tous les patients nāāĆ©tant pas immunisĆ©s contre le VHAā/āVHB doivent ĆŖtre vaccinĆ©s (8). Des recommandations thĆ©rapeutiques actualisĆ©es peuvent ĆŖtre trouvĆ©es auprĆØs des sociĆ©tĆ©s spĆ©cialisĆ©es en hĆ©patologie et infectiologie (SASLā/āSSI) sous forme de recommandations dāāexperts (9). Une application (sous forme dāāApp) trĆØs pratique pour la recherche rapide dāāoptions thĆ©rapeutiques se trouve sur le site www.hcv-advisor.com. Les interactions mĆ©dicamenteuses peuvent ĆŖtre facilement extraites du Liverpool Interaction Checker Ć lāāadresse www.hep-druginteractions.org. Le tableau 1 montre les mĆ©dicaments antiviraux directs actuellement homologuĆ©s en Suisse pour lāāhĆ©patite C (DAA).
La combinaison choisie pour la durĆ©e du traitement dĆ©pend du gĆ©notype, de la rĆ©sistance virale, de la fonction rĆ©nale, de lāāĆ©tendue de la fibrose hĆ©patique, du score de CHILD dans la cirrhose hĆ©patique et de toute tentative de traitement antĆ©rieure. Le gĆ©notype doit ĆŖtre rƩƩvaluĆ© si lāāĆ©valuation date depuis longtemps, car lāāanticorps contre lāāhĆ©patite C ne protĆØge pas contre de nouvelles infections.
Les patients atteints dāāinsuffisance rĆ©nale importante peuvent ĆŖtre traitĆ©s avec du grazoprevirā/āelbasvir ou paritaprevirā/āombitasvirā/ādasabuvir (tous Ć©liminĆ©s principalement par voie hĆ©patique). Les patients atteints de cirrhose hĆ©patique dĆ©compensĆ©e (CHILD Bā/āC) peuvent ĆŖtre traitĆ©s sans inhibiteurs de protĆ©ase (9).
Avènement de nouvelles thérapies
Dāāautres nouvelles thĆ©rapies seront enregistrĆ©es dans les mois qui suivent et permettront de guĆ©rir les personnes nāāayant pas pu ĆŖtre guĆ©ries du fait de leur rĆ©sistance aux DAA existants. Les mĆ©dicaments disponibles en Suisse et les indications actuelles sont continuellement Ć©valuĆ©s par des experts de SSI, SGG et SASL et sont mis Ć jour ainsi que publiĆ©s sur le site www.sasl.ch
Suivi aprĆØs un traitement efficace contre lāāhĆ©patite C
La prĆ©sence dāāanticorps contre le virus de lāāhĆ©patite C ne protĆØge pas contre la rĆ©infection. En effet, les rĆ©infections aprĆØs une thĆ©rapie rĆ©ussie peuvent ĆŖtre observĆ©es en particulier chez les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes et chez les personnes consommant des drogues injectables. Elles peuvent ĆŖtre Ć©vitĆ©es par une information et une prĆ©vention appropriĆ©es. Les personnes atteintes dāāhĆ©patite C souffrent souvent dāāautres maladies du foie, telles que la consommation excessive dāāalcool et leurs maladies du foie associĆ©es ou la stĆ©atohĆ©patite non alcoolique, doivent ĆŖtre correctement examinĆ©es et traitĆ©es. Les patients atteints de fibrose avancĆ©e ou mĆŖme de cirrhose avant le traitement doivent probablement ĆŖtre suivis par Ć©chographie ou autre imagerie appropriĆ©e tous les 6 mois pour le reste de leur vie, car le risque de carcinome hĆ©patocellulaire demeure mĆŖme aprĆØs lāāĆ©limination du virus de lāāhĆ©patite C dans cette population (10, 11).
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Les auteurs ont dĆ©clarĆ© avoir aucun conflit dāāintĆ©rĆŖts en relation avec cet article.
RĆ©rĆ©rencesā:
1. WHO | Global hepatitis report, 2017. Available from: http://www.who.intā/āhepatitisā/āpublicationsā/āglobal-hepatitis-report2017ā/āenā/
2. Situationsanalyse zu Hepatitis B und C in der Schweiz. 2017. Available from: https://www.bag.admin.chā/ābagā/ādeā/āhomeā/āserviceā/āpublikationenā/āforschungsberichteā/āforschungsberichte-uebertragbare-krankheitenā/āsituationsanalyse-hepatitis.html
3. Müllhaupt B et al. Modeling the Haelth and Economic Burden of Hepatitis C Virus in Switzerland. PLoS ONE 10(6): e0125214. https://doi.orgā/ā10.1371ā/ājournal.pone.0125214
4. Davis G L et al. Treatment of chronic hepatitis C with recombinant interferon α. A multicenter randomized, controlled trial. Hepatitis Interventional Therapy Group. N Engl J Med 1989; 321(22):1501-6
5. Solbach P, Wedemeyer H The New Era of Interferon-Free Treatment of Chronic Hepatitis C Viszeralmedizin 2015; 31(4):290-6
6. Choo QL, et al. Isolation of a cDNA Clone Derived from a Blood-borne Non-A, Non-B Viral Hepatitis Genome, Science 1989; 244: 359ā362
7. Fretz R et al. Hepatitis B and C in Switzerland – healthcare provider initiated testing for chronic hepatitis B and C infection. Swiss Med Wkly. 2013; 143:w13793.
8. David Semela. Hepatitis C ā Diagnostik und Therapie. Therapeutische Umschau (2017), 74(3), 101-108
9. Müllhaupt B et al. Treatment of Chronic Hepatitis C ā November 2017 Update, SASL-SSI Expert Opinion Statement. Available from:
https://sasl.unibas.chā/āguidelinesā/āSASL-SSI_HepC_EOS20.Nov17.pdf
10. Baumert TF et al. Hepatitis C-related hepatocellular carcinoma in the era of new generation antivirals. BMC Med. 2017; 15: 52-62
11. Cerny A. Screening for liver cancer in high risk patients in Switzerland: Yes, it works, but No, we do not do it systematically! Swiss Med Wkly. 2015;145:w14231
https://doi.orgā/ā10.23785ā/āGazette.2019.01.00X


















