Les Ā«Recommandations pour le diagnostic et le traitement des symptĆ“mes comportementaux et psychiques de la dĆ©mence (SCPD)Ā» ont Ć©tĆ© Ć©laborĆ©es parallĆØlement Ć la StratĆ©gie nationale suisse sur la dĆ©mence 2014ā2019, sous la houlette de la SociĆ©tĆ© suisse de psychiatrie et psychothĆ©rapie de la personne Ć¢gĆ©e (SPPA). Elles constituent le dĆ©but dāāune sĆ©rie de recommandations concernant les troubles psychogĆ©riatriques. FondĆ©es sur lāāexpĆ©rience clinique des experts et conƧues pour ĆŖtre utilisĆ©es dans un contexte interprofessionnel et interdisciplinaire, elles reprĆ©sentent lāāĆ©tat actuel des connaissances sur le diagnostic et la thĆ©rapie. Les options dāāintervention non pharmacologique et la pharmacothĆ©rapie sont discutĆ©es en dĆ©tail. Cette publication est la version rĆ©visĆ©e de la publication de 2014. Elle compile les dĆ©veloppements dans ce domaine pour la pratique clinique quotidienne.
The Ā«Recommendations for the Diagnosis and Treatment of Behavioral and Psychological Symptoms of Dementia (BPSD)Ā» were developed in parallel with the Swiss National Dementia Strategy 2014ā2019 under the auspices of the Swiss Society of Old Age Psychiatry and Psychotherapy (SGAP) and mark the beginning of a series of recommendations for geriatric psychiatric disorders. They depict the evidence-based state of knowledge about diagnostics and therapy, based on the clinical experience of the experts, and are designed for interprofessional and interdisciplinary use. The non-pharmacological intervention options and pharmacotherapy are discussed in detail. This paper is the revised version of the 2014 publication and compiles the development in this area for everyday clinical practice.
Key Words: Dementia, BPSD, Alzheimer, Diagnostic, Therapy
Les pathologies de la dĆ©mence sāāaccompagnent de troubles cognitifs, mais Ć©galement dāāune sĆ©rie de symptĆ“mes psychiatriques qui en rendent lāāĆ©volution difficile et reprĆ©sentent un lourd fardeau pour les personnes concernĆ©es et pour celles qui les prennent en charge (1ā3). Les symptĆ“mes comportementaux et psychiques de la dĆ©mence (SCPD) comprennent des manifestations telles que lāāapathie, la dĆ©pression, lāāeuphorie, lāāanxiĆ©tĆ©, lāāagitation/agressivitĆ©, le dĆ©lire, les hallucinations, lāāagitation motrice, lāāirritabilitĆ©, la dĆ©sinhibition (sexuelle et/ou lāāhypo-oralitĆ©/ lāāhyperĀoralitĆ©) et les troubles du sommeil. Au cours de leur maladie, presque toutes les personnes atteintes dāāune dĆ©mence dĆ©veloppent divers SCPD, les plus rĆ©pandus Ć©tant lāāapathie et la dĆ©pression (3). La dĆ©pression apparaĆ®t surtout dans la phase prĆ©coce de la dĆ©mence et peut constituer une symptomatique prodromique. Les symptĆ“mes psychotiques surviennent plutĆ“t dans une phase tardive. Les troubles du sommeil se manifestent par une diminution de la durĆ©e du sommeil nocturne, la fragmentation du sommeil avec davantage de phases dāāĆ©veil, une fatigue diurne, la rĆ©duction de la phase REM et le sundowning ā caractĆ©risĆ© par une anxiĆ©tĆ©, une agitation et un Ć©tat confusionnel Ć lāāapproche du soir. Le diagnostic et le traitement des SCPD sont rendus plus complexes par la polymorbiditĆ© et la fragilitĆ© observĆ©es dans ce groupe dāāĆ¢ge, ainsi que par la polypharmacie qui en dĆ©coule. Lors de la pose des indications thĆ©rapeutiques, il est donc essentiel de bien Ć©valuer la situation et de choisir, parmi les possibilitĆ©s de traitement Ć disposition, celles qui sont le plus adaptĆ©es, sur la base des donnĆ©es scientifiques.
En 2014, sous la houlette de la SociĆ©tĆ© suisse de psychiatrie et psychothĆ©rapie de la personne Ć¢gĆ©e (SPPA), un groupe dāāexperts interprofessionnel et interdisciplinaire a Ć©laborĆ© des Recommandations pour le diagnostic et le traitement des symptĆ“mes comportementaux et psychiques de la dĆ©mence, en version longue et abrĆ©gĆ©e (1, 2). De 2021 Ć 2023, ces recommandations ont Ć©tĆ© rĆ©visĆ©es et Ć©tendues. Elles sont disponibles depuis 2024 sous forme de manuel complet (3). La prĆ©sente version abrĆ©gĆ©e repose sur le manuel susmentionnĆ©. Elle propose un rĆ©sumĆ© des principaux thĆØmes Ć lāāintention dāāun large public. Les deux publications visent Ć exposer les principes du diagnostic et du traitement des SCPD sur la base des preuves scientifiques actuelles et de lāāexpĆ©rience clinique.
Introduction
Les Ć©tudes contrĆ“lĆ©es font souvent dĆ©faut pour les mĆ©dicaments utilisĆ©s en psychiatrie de la personne Ć¢gĆ©e, et on enregistre trĆØs peu de nouvelles autorisations. Il faut donc pallier ce manque de donnĆ©es probantes par des recommandations dāāexperts consensuelles ā comme le propose le prĆ©sent document pour les SCPD ā afin dāāintĆ©grer lāāexpĆ©rience clinique dans ce domaine. Cāāest avant tout pour les approches thĆ©rapeutiques non mĆ©dicamenteuses que les preuves scientifiques manquent. Ces recommandations visent Ć les mettre en avant et Ć les appuyer par lāāexpertise clinique. Ćtant donnĆ© que dans ce groupe de patients prĆ©sentant des polymorbiditĆ©s, les psychotropes sāāaccompagnent souvent dāāeffets secondaires et de risques dāāinteractions, les recommandations prĆ©conisent en premiĆØre intention des thĆ©rapies non mĆ©dicamenteuses. Celles-ci doivent en outre se poursuivre mĆŖme sāāil y a prescription de psychotropes.
Les prĆ©sentes recommandations sont Ć©laborĆ©es dans une dĆ©marche interprofessionnelle et interdisciplinaire, qui correspond Ć lāāapproche holistique des pathologies gĆ©riatriques. Lāāapplication des traitements ā non mĆ©dicamenteux surtout ā et lāāĆ©valuation standardisĆ©e nĆ©cessitent un personnel soignant, thĆ©rapeutique et mĆ©dical spĆ©cialisĆ©, qui bĆ©nĆ©ficie de formations rĆ©guliĆØres et de supervisions en psychiatrie de la personne Ć¢gĆ©e. Il convient Ć©galement de disposer de divisions spĆ©cialement Ć©quipĆ©es, proposant une infrastructure adaptĆ©e aux personnes Ć¢gĆ©es et qui favorise lāāactivation, la participation, le bien-ĆŖtre, la mobilitĆ© et lāāorientation (3). La pharmacothĆ©rapie des SCPD pose une difficultĆ© particuliĆØre: pour les antipsychotiques p. ex., seules deux substances sont autorisĆ©es pour ces indications (halopĆ©ridol et rispĆ©ridone), et lāāutilisation dāāautres mĆ©dicaments se fait hors Ć©tiquette. Cela est fondamentalement possible si le traitement est dispensĆ© selon les rĆØgles reconnues de lāāart mĆ©dical et quāāun devoir Ć©tendu et suffisant dāāinformation et de documentation est respectĆ©. NĆ©anmoins, cette procĆ©dure est complexe. En effet, la capacitĆ© de jugement de la personne concernĆ©e est altĆ©rĆ©e en raison de sa maladie, ce qui rend son information difficile et nĆ©cessite un investissement important pour lāāĆ©tablissement du plan de traitement. DĆØs lors, toutes les options thĆ©rapeutiques ne sont souvent pas disponibles, ce qui peut engendrer des problĆØmes Ć©thiques et thĆ©rapeutiques (3).
Facteurs pathogƩniques
SphĆØre neurobiologique
Lāāapparition des SCPD est favorisĆ©e notamment par des altĆ©rations structurelles et des modifications au niveau des neurotransmetteurs (3). Dans la plupart des cas, le cortex cingulaire antĆ©rieur et le cortex orbitofrontal sont concernĆ©s. Les troubles du systĆØme fronto-limbique, reliĆ© Ć lāāhippocampe, Ć lāāamygdale, au noyau caudĆ© et au cortex frontal, sont responsables de la dĆ©pression, tandis que les lĆ©sions du circuit cingulaire antĆ©rieur sous-cortical peuvent entraĆ®ner lāāapathie. En cas dāāagitation, on constate souvent un dĆ©ficit sĆ©rotoninergique ā avec une fonction dopaminergique relativement bien conservĆ©e ā et une hyperactivitĆ© des neurones noradrĆ©nergiques post-synaptiques. La survenue des symptĆ“mes psychotiques est liĆ©e Ć la voie mĆ©solimbique dopaminergique ainsi quāāaux systĆØmes sĆ©rotoninergique et glutamatergique.
SphĆØre psychosociale
Parmi les facteurs psychiques internes figurent notamment les objectifs que la personne Ć¢gĆ©e nāāa pas pu rĆ©aliser dans sa vie et qui la prĆ©occupent, ainsi quāāune dissociation entre soi-mĆŖme et lāāenvironnement. Dāāautres facteurs liĆ©s Ć lāāentourage jouent Ć©galement un rĆ“le important dans lāāapparition des SCPD. Il peut sāāagir par exemple de la charge pesant sur les proches, du mode de communication des personnes sāāoccupant de la prise en charge ou du manque dāāactivitĆ©s quotidiennes agrĆ©ables et ayant du sens. Selon le modĆØle de comportement orientĆ© sur les besoins dans le cas de dĆ©mence, les SCPD sont considĆ©rĆ©s comme lāāexpression de besoins non satisfaits. Ils peuvent aussi ĆŖtre des rĆ©actions Ć des comportements des proches aidants ou des soignants qui dĆ©clenchent stress et Ć©motions nĆ©gatives.
Infrastructure
Des Ć©lĆ©ments architecturaux et dāāautres facteurs liĆ©s Ć lāāenvironnement ā design et amĆ©nagement des locaux, Ć©clairage, bruits, odeurs, tempĆ©rature et routines de lāāĆ©tablissement ā peuvent contribuer Ć lāāapparition de SCPD ou, au contraire, aider Ć les attĆ©nuer. Pour les personnes atteintes de dĆ©mence, la forme dāāhabitat la plus favorable semble ĆŖtre la cohabitation en petits groupes. Une rĆ©partition claire et simple des locaux, permettant le dĆ©placement en toute sĆ©curitĆ©, des espaces pour la vie sociale, des possibilitĆ©s de retrait et de tranquillitĆ©, ainsi quāāune chambre individuelle pour garantir la sphĆØre privĆ©e constituent des mesures supplĆ©mentaires importantes.
ComorbiditƩs
Des facteurs mĆ©dicaux sont Ć©galement susceptibles de provoquer des SCPD. Ć signaler dans ce contexte les infections urinaires, lāāanĆ©mie, lāāhypothyroĆÆdie, la constipation, les troubles Ć©lectrolytiques, lāāinsuffisance rĆ©nale, lāāhypoxie, les infections, les douleurs, les accidents vasculaires cĆ©rĆ©braux, les traumatismes, la perte auditive ou certains mĆ©dicaments (en particulier les anticholinergiques et les opioĆÆdes).
Collaboration interprofessionnelle et interdisciplinaire ā base du diagnostic et du traitement
Le principe de la prise en charge centrĆ©e sur la personne tout au long de lāāĆ©volution de la maladie, la polymorbiditĆ©, la multifactorialitĆ© des SCPD et la nĆ©cessitĆ© de recourir Ć des procĆ©dures dāāĆ©valuation et Ć des traitements divers appellent une approche globale, interprofessionnelle et interdisciplinaire. Le succĆØs du traitement dĆ©pend de la concertation et de la coordination au sein de lāāĆ©quipe, qui permettent dāāadapter la prise en charge en continu, en fonction de lāāobservation de la personne concernĆ©e. La collaboration interprofessionnelle doit ĆŖtre promue dĆØs la formation et peut ĆŖtre encouragĆ©e par des rotations, la supervision, la formation continue ainsi que le dĆ©veloppement de conceptions communes et dāāune attitude Ć©thique. Cette approche requiert le financement de la prise en charge coordonnĆ©e par des systĆØmes tarifaires (3).
Approches holistiques et processus structurƩs
Tandis que, dans la gestion des SCPD, les interventions ponctuelles nāāont dāāeffets quāāĆ court terme si lāāenvironnement des personnes concernĆ©es nāāest pas adaptĆ© Ć leurs besoins, les approches holistiques ont de meilleurs rĆ©sultats, car, autant que possible, elles prennent en compte tous les aspects de la vie et du vĆ©cu dans lāāentourage social, de mĆŖme que les facteurs dĆ©clenchants des SCPD. Trois approches ont Ć©tĆ© Ć©tudiĆ©es de maniĆØre approfondie (3):
Approche centrƩe sur la personne
La mĆ©thode se dĆ©finit par trois thĆØmes clĆ©s, chacun subdivisĆ© en deux sous-thĆ©matiques: le lien avec la personne concernĆ©e (incluant une individualisation marquĆ©e des soins, axĆ©s sur les besoins de la personne, et la prise en compte de la dimension interpersonnelle dans lāāĆ©tablissement de la relation), le lien avec la pratique (aborder la personne avec respect et empathie, prĆ©server son autonomie et sa sphĆØre privĆ©e, et lui accorder lāāespace nĆ©cessaire pour bien comprendre et percevoir) et enfin le lien avec les relations de pouvoir (en supprimant les relations de pouvoir inĆ©quitables et en faisant tomber les obstacles dans la culture du travail et les conditions gĆ©nĆ©rales). Lāāapproche repose sur lāāidĆ©e que les mesures favorisant la qualitĆ© de vie et le bien-ĆŖtre dans les facteurs environnementaux, lāāindividualisation des soins et le dĆ©veloppement ainsi que la prĆ©servation des aptitudes et compĆ©tences en matiĆØre de soins et dāāaccompagnement sont susceptibles dāāinfluer positivement sur les SCPD.
Le modĆØle comprend les domaines suivants: facteurs dāāordre supĆ©rieur (politique sanitaire, dĆ©veloppement du personnel et ancrage dans lāāorientation stratĆ©gique), facteurs concernant le personnel spĆ©cialisĆ© (connaissance de soi, compĆ©tences professionnelles et motivation), environnement des soins (Ā«skill-mixĀ» adaptĆ©, processus dĆ©cisionnels communs, Ć©quipe soudĆ©e, organisation apte Ć soutenir et innovation), processus de soins centrĆ©s sur la personne (dĆ©cisions communes, personnel travaillant dans le respect des valeurs et des convictions des personnes concernĆ©es, soignant selon une approche holistique, mettant lāāaccent sur les aspects relationnels et faisant preuve dāāempathie). Ces conditions et ces processus favorisent des rĆ©sultats centrĆ©s sur la personne (expĆ©rience de soins positive, bien-ĆŖtre et culture propice Ć la santĆ©).
ModĆØles Eden Alternative et Green house
Ces modĆØles concernent avant tout les soins de longue durĆ©e. Ils visent Ć supprimer les hiĆ©rarchies dans lāāaccompagnement, Ć permettre aux personnes concernĆ©es de participer aux dĆ©cisions et Ć concevoir la vie en institution comme un environnement de type familial. Ces Ć©lĆ©ments doivent attĆ©nuer la solitude et la perte de sens. Il sāāagit de donner Ć lāāentourage le caractĆØre le plus privĆ© possible, en favorisant les contacts sociaux et la prĆ©sence dāāanimaux et de plantes. Le modĆØle Green house prĆ©voit des logements de groupe indĆ©pendants comptant au maximum dix rĆ©sidents et comprenant des locaux communs dāāhabitation, un jardin, la possibilitĆ© de cuisiner ā le tout encadrĆ© par un personnel qualifiĆ©.
Lāāapproche Montessori
Le concept a pour but de maintenir et dāāamĆ©liorer lāāautonomie, lāāindĆ©pendance et la qualitĆ© de vie. Lāāautocorrection des activitĆ©s, dans lesquelles la personne concernĆ©e reƧoit un retour sur le succĆØs de la rĆ©alisation, en est un des Ć©lĆ©ments principaux. LāāactivitĆ© est dĆ©montrĆ©e et induite, puis accomplie sans diversion. Elle doit avoir du sens et viser la satisfaction des besoins. Du matĆ©riel du quotidien y est intĆ©grĆ©. LāāactivitĆ© est mise en Åuvre par Ć©tapes et un retour est donnĆ© une fois lāāactivitĆ© achevĆ©e. Les lectures Ć voix haute ou les jeux de rĆ“les se prĆŖtent particuliĆØrement bien aux activitĆ©s de groupe. Il sāāagit pour les personnes concernĆ©es dāāexpĆ©rimenter des sentiments positifs et des succĆØs.
Processus structurƩs
Pour attĆ©nuer durablement les SCPD, il convient de trouver chez la personne concernĆ©e la cause individuelle, le dĆ©clencheur et les raisons du mode de comportement observĆ© (3). Les processus structurĆ©s comprennent des modĆØles sāāappuyant sur le NDB (Need-Driven Dementia-Compromised Behavior-Model) , Ć savoir le modĆØlede comportement orientĆ© sur les besoins dans le cas de dĆ©mence.
Serial Trial Intervention (STI)
Lāāinstrument STI est un protocole de traitement Ć©chelonnĆ© en cinq Ć©tapes: les deux premiĆØres comprennent une analyse physique et affective des besoins, la troisiĆØme consiste en interventions non pharmacologiques, la quatriĆØme est un traitement de la douleur et la cinquiĆØme englobe des interventions pharmacothĆ©rapeutiques.
Diagnostic comprƩhensif
Cette approche est un processus systĆ©matique qui consiste Ć dĆ©velopper une comprĆ©hension au sein de lāāĆ©quipe interprofessionnelle et avec les proches. Deux instruments se sont avĆ©rĆ©s particuliĆØrement utiles Ć cet Ć©gard: lāāanalyse de comportement ABC et lāāIdA (systĆØme dāāĆ©valuation innovant axĆ© sur la dĆ©mence). Lāāanalyse de comportement ABC fait partie intĆ©grante des deux instruments. Le Ā«AĀ» est pour Ā«antĆ©cĆ©dents possiblesĀ», le Ā«BĀ» (behavior) pour Ā«comportement observé» et le Ā«CĀ» pour Ā«consĆ©quences/rĆ©actionsĀ».
TIME
Lāāinstrument TIME (Targeted Interdisciplinary Model for Evaluation and Treatment of Neuropsychiatric Symptoms ā modĆØle interdisciplinaire ciblĆ© pour lāāĆ©valuation et le traitement des symptĆ“mes neuropsychiatriques) consiste en une Ć©tude de cas structurĆ©e qui se subdivise en plusieurs phases: phase dāāenregistrement et dāāapprĆ©ciation, phase de rĆ©flexion guidĆ©e et phase dāāaction et dāāĆ©valuation.
DICE
Lāāinstrument DICE (Describe, Investigate, Create and Evaluate) recommande les Ć©tapes suivantes pour les SCPD: dĆ©crire (symptĆ“mes), investiguer (causes modifiables), Ć©laborer (plan de traitement) et Ć©valuer (examiner les mesures).
BPSD-DATE
Un groupe de travail formĆ© par des cliniques universitaires suisses recommande dāāutiliser lāāalgorithme BPSD-DATE pour Ć©valuer les causes et les facteurs dĆ©clenchants des SCPD et dĆ©velopper lāāinstrument DICE.
Ćvaluation multimodale
ProcĆ©dures dāāĆ©valuation psychopathologique et neuropsychologique
Pour lāāĆ©valuation des SCPD, une procĆ©dure standardisĆ©e au moyen dāāinstruments dāāhĆ©tĆ©ro-Ć©valuation est recommandĆ©e (3). Sur les 138 outils publiĆ©s, les plus appropriĆ©s pour la clinique et la recherche sont lāāinventaire neuropsychiatrique (NPI) et le Behavioral Pathology in Alzheimerāās Disease Rating Scale (BEHAVE-AD). Le NPI comprend 12 symptĆ“mes neuropsychiatriques: idĆ©es dĆ©lirantes, hallucinations, agitation/agressivitĆ©, dĆ©pression/dysphorie, anxiĆ©tĆ©, euphorie, apathie, dĆ©sinhibition, irritabilitĆ©, comportement moteur aberrant, troubles du sommeil et troubles de lāāappĆ©tit. Il comporte en outre des questions spĆ©cifiques aux symptĆ“mes. Lāāavis des proches et la charge quāāils portent sont pris en considĆ©ration. La rĆ©alisation du NPI nĆ©cessitant beaucoup de temps, un questionnaire ad hoc a Ć©tĆ© Ć©laborĆ© (NPI-Q). Dans cet outil, les questions spĆ©cifiques aux symptĆ“mes sont supprimĆ©es et les proches peuvent rĆ©pondre de maniĆØre autonome. Pour les soins de longue durĆ©e, les instruments de relevĆ© des besoins RAI et BESA permettent dĆ©jĆ des Ć©valuations utiles dans certains cas.
LāāĆ©chelle de dĆ©pression gĆ©riatrique (EDG) est un questionnaire dāāauto-Ć©valuation comprenant 15 questions auxquelles il sāāagit de rĆ©pondre par Ā«ouiĀ» ou par Ā«nonĀ». Son contenu est trĆØs simple et il peut aisĆ©ment ĆŖtre utilisĆ© chez des personnes prĆ©sentant une dĆ©mence lĆ©gĆØre. LāāInventaire dāāagitation de Cohen-Mansfield (IACM) est un outil dāāhĆ©tĆ©ro-Ć©valuation qui permet dāāobjectiver lāāagitation de maniĆØre dĆ©taillĆ©e.
Lāāalgorithme dāāintervention Ā«BPSD-DATEĀ» commence par une description des problĆØmes avec des indications relatives au contexte, aux facteurs dĆ©clenchants et aux aspects de sĆ©curitĆ©. Dans une deuxiĆØme Ć©tape, la situation est analysĆ©e avec tentatives dāāexplications subjectives. La troisiĆØme Ć©tape consiste Ć planifier et Ć mettre en Åuvre les interventions et la quatriĆØme Ć Ć©valuer et Ć©ventuellement adapter les mesures. Cette procĆ©dure standardisĆ©e est recommandĆ©e pour amĆ©liorer la qualitĆ© de lāĆ©valuation.
Diagnostic diffƩrentiel
Le syndrome confusionnel et la dépression du sujet âgé présentent le chevauchement symptomatique le plus fréquent avec les SCPD. Les psychoses affectives et schizophréniques, les accidents vasculaires cérébraux, les néoplasies cérébrales et les troubles du développement intellectuel sont également à prendre en considération dans le diagnostic différentiel.
Le syndrome confusionnel est le plus souvent un Ć©vĆ©nement aigu avec une symptomatologie fluctuante et des troubles de la conscience, tandis que la dĆ©mence est une maladie chronique sans atteinte de la conscience. Lorsque la cause de lāāĆ©tat confusionnel est identifiĆ©e et traitĆ©e, la confusion sāāattĆ©nue. Les sous-types du syndrome confusionnel ā hyperactif et hypoactif ā se distinguent du point de vue symptomatique. En cas dāāĆ©tat confusionnel, il sāāagit de faire un diagnostic de laboratoire orientĆ© sur les causes parallĆØlement Ć lāāanamnĆØse exhaustive des facteurs de risques. Les outils les plus utilisĆ©s sont le Delirium Observation Scale ā DOS (Ć©chelle de dĆ©tection et dāāobservation de la confusion) et la Confusion Assessment Method ā CAM (dĆ©pistage de lāāĆ©tat confusionnel aigu). Sāāy ajoutent depuis peu les instruments 4AT et I-AgeD. Pour les SCPD tels que la dĆ©pression, lāāanxiĆ©tĆ©, lāāapathie et les troubles du sommeil, le diagnostic diffĆ©rentiel par rapport Ć la dĆ©pression gĆ©riatrique nāāest pas aisĆ©. Pour cette derniĆØre, lāāexamen neuropsychologique met en Ć©vidence en prioritĆ© des troubles de la fonction exĆ©cutive, de la mĆ©moire Ć©pisodique, de lāāattention et de la vitesse dāāexĆ©cution. Dans la dĆ©mence au contraire, on constate avant tout des troubles de la mĆ©moire primaire, des symptĆ“mes dāāaphasie et dāāapraxie constructive ainsi que des troubles de lāāorientation et des difficultĆ©s Ć reconnaĆ®tre des personnes ou des objets.
Mesures psychosociales dans les soins
Mesures destinĆ©es Ć renforcer lāāĆ©quipe
La culture de lāāorganisation est un facteur clĆ© dans la gestion des SCPD (3). Il sāāagit de renforcer les Ć©quipes dans leur capacitĆ© Ć privilĆ©gier les mesures non pharmacologiques pour attĆ©nuer les SCPD. Les formations (confĆ©rences, ateliers ā offres en ligne) montrent de bons rĆ©sultats si elles sont proposĆ©es Ć long terme et rĆ©itĆ©rĆ©es. Elles sont de nature Ć accroĆ®tre lāāauto-efficacitĆ©. AssociĆ©s aux Ć©tudes de cas en tant que composantes dāāinterventions pluridimensionnelles, les plans de soins et de traitement dĆ©veloppĆ©s avec les personnes concernĆ©es et leurs proches et prenant en compte les aptitudes individuelles sont Ć©galement efficaces et susceptibles de rĆ©duire la charge des soignants et des proches aidants. Le soutien des proches par des entretiens et la psychoĆ©ducation constitue le fondement des mesures psychosociales. Sāāils comprennent les causes des SCPD, les proches peuvent ĆŖtre intĆ©grĆ©s de faƧon constructive dans la planification et la mise en Åuvre du plan thĆ©rapeutique.
Mesures auprès des personnes concernées
Lāāaccent placĆ© sur les aspects relationnels, des soins centrĆ©s sur la personne et un changement de culture et de processus vers des mesures psychosociales sont des conditions favorisant le succĆØs des interventions. Il convient de les proposer selon une approche multiprofessionnelle. Des ressources suffisantes en temps et en personnel sont aussi importantes que des formations et un accompagnement dans la pratique, de faƧon que les soignants et les proches aidants puissent Ć©largir leur champ dāāaction auprĆØs de personnes atteintes de dĆ©mence. Ces mesures se subdivisent en trois catĆ©gories, selon leur orientation (3): orientation vers la sensorialitĆ© (soins par la musique, les arĆ“mes, la lumiĆØre, le snoezelen, le jardin sensoriel, les activitĆ©s en compagnie dāāanimaux, la technologie dāāassistance intelligente, les massages/le toucher, la stimulation basale, la thĆ©rapie par lāāimage positive et la thĆ©rapie par les clowns) ; orientation vers la cognition (thĆ©rapie de prĆ©sence simulĆ©e, mĆ©thodes orientĆ©es vers la cognition et la communication, validation) ; orientation vers le mouvement (mouvement, activitĆ©s en extĆ©rieur, danse et kinesthĆ©sie). Dans toutes les catĆ©gories, il existe des Ć©lĆ©ments probants de degrĆ©s divers relatifs Ć lāāefficacitĆ© des mesures. Il est essentiel dāāadapter les mesures Ć chaque personne, en fonction de ses symptĆ“mes spĆ©cifiques et de son vĆ©cu.
Entourage
Adapter les facteurs environnementaux, en veillant Ć Ć©viter aussi bien lāāexcĆØs que le manque de stimuli sensoriels, a une influence positive sur les SCPD. Pour les personnes concernĆ©es, les meilleures conditions consistent en unitĆ©s dāāhabitation de petite taille amĆ©nagĆ©es comme des logements, en forme de L, de H ou en carrĆ©. Le nombre de rĆ©sidents ne devrait pas excĆ©der 15. La lumiĆØre et lāāĆ©clairage, les couleurs et les contrastes, la tempĆ©rature, lāāacoustique, les aspects olfactifs, les installations (mains courantes, amĆ©nagement de la cuisine, salles dāāeau, etc.) et lāāintimitĆ© des locaux sont des facteurs supplĆ©mentaires qui jouent un rĆ“le important.
Gestion de comportements spƩcifiques
AgressivitƩ
Abaisser la charge des proches aidants et des soignants est dĆ©terminant pour rĆ©duire lāāagressivitĆ©. Il sāāagit de mettre suffisamment de soutien et de ressources Ć leur disposition. Les formations, les cours et les Ć©tudes de cas ont fait leurs preuves. Les groupes de vie de petite taille, la prĆ©servation de la sphĆØre privĆ©e et intime, lāāamĆ©nagement de lāāenvironnement et du quotidien selon les besoins individuels, des soins corporels exempts de stress et une bonne hygiĆØne du sommeil sont Ć©galement des mesures efficaces. Les approches basĆ©es sur la musique, le mouvement, la danse, les massages/le toucher et les activitĆ©s en plein air peuvent elles aussi sāāavĆ©rer utiles.
DƩsinhibition sexuelle
Une rĆ©flexion personnelle menĆ©e en amont sur le thĆØme de la sexualitĆ© est nĆ©cessaire pour bien gĆ©rer ce type de comportement. MalgrĆ© cela, la dĆ©sinhibition sexuelle peut ĆŖtre vĆ©cue par les soignants comme un harcĆØlement. Il convient de trouver un Ć©quilibre entre les droits individuels des personnes concernĆ©es et la protection des proches aidants et des soignants. Des formations, des Ć©tudes de cas et un processus structurĆ© comprenant une analyse du comportement et des facteurs dĆ©clenchants, ainsi quāāune planification individuelle des soins peuvent avoir un effet prĆ©ventif. Dāāautres mesures sont efficaces: ignorer les remarques inappropriĆ©es, dĆ©tourner lāāattention, interrompre lāāactivitĆ© de soins en cours, exprimer un Ā«nonĀ» clair, maintenir une distance physique, intĆ©grer deux soignants ou proches aidants dans les soins, donner en main un objet pour faire diversion, restreindre les activitĆ©s, identifier les facteurs dĆ©clenchants, crĆ©er un espace privĆ© et utiliser des techniques de validation.
Vocalisation disruptive
Les pertes de fonctions cognitives, la dĆ©pression, lāāanxiĆ©tĆ©, les difficultĆ©s langagiĆØres, la privation sensorielle, le manque de sommeil et les douleurs peuvent ĆŖtre Ć lāāorigine de vocalisations rĆ©pĆ©titives, qui sont trĆØs difficiles Ć supporter pour lāāentourage. Dans ces cas, les mĆ©dicaments sont inefficaces. Il sāāagit ici de procĆ©der Ć une anamnĆØse mĆ©dicale et soignante approfondie et de mettre en place un plan de soins individuel orientĆ© sur les causes. Le dĆ©tournement de lāāattention, la mĆ©thode snoezelen, le programme Namaste Care et dāāautres interventions basĆ©es sur la musique, lāāattention et le toucher peuvent aider.
ThƩrapies stabilisant la cognition
Bien que les Ć©tudes Ć ce sujet soient trĆØs hĆ©tĆ©rogĆØnes, les interventions telles que la stimulation cognitive et la thĆ©rapie par la rĆ©miniscence donnent de bons rĆ©sultats. En lāāoccurrence, les mĆ©thodes centrĆ©es sur la personne et combinĆ©es sont Ć privilĆ©gier par rapport aux interventions isolĆ©es, en particulier pour le bien-ĆŖtre gĆ©nĆ©ral, la cognition et les effets de transfert.
Processus psychothƩrapeutique
Il existe de nombreuses preuves du succĆØs de la psychothĆ©rapie pour les affections dĆ©mentielles de degrĆ© lĆ©ger Ć moyen. Les symptĆ“mes tels que la dĆ©pression et lāāanxiĆ©tĆ© rĆ©pondent particuliĆØrement bien Ć ce type de prise en charge. La psychothĆ©rapie est Ć©galement efficace pour traiter la dĆ©pression des proches aidants. La thĆ©rapie cognitive comportementale et les interventions ciblĆ©es sur lāāhistoire de vie figurent en tĆŖte de liste des techniques Ć©prouvĆ©es. Les interventions spĆ©cifiquement adaptĆ©es Ć la personne enregistrent de meilleurs rĆ©sultats que les procĆ©dures standard.
Offres thƩrapeutiques spƩciales
MusicothƩrapie
La musicothĆ©rapie se montre efficace en particulier pour combattre lāāanxiĆ©tĆ© et la dĆ©pression, mais son effet nāāest pas durable. Elle doit ĆŖtre proposĆ©e de maniĆØre rĆ©guliĆØre, au moins une fois par semaine, et sāāadapter Ć la structure journaliĆØre de la personne concernĆ©e. Il sāāagit de prendre en compte son vĆ©cu et ses prĆ©fĆ©rences. Cette thĆ©rapie sāāassocie aisĆ©ment avec dāāautres interventions.
Art-thƩrapie
Lāāart-thĆ©rapie se prĆŖte particuliĆØrement bien au traitement de symptĆ“mes tels que la dĆ©pression, lāāapathie, lāāagitation et lāāagressivitĆ©. Elle est efficace pour autant quāāelle soit adaptĆ©e aux besoins individuels et aux prĆ©fĆ©rences de la personne. En tant que mĆ©dium, lāāart-thĆ©rapie peut Ć©veiller des Ć©motions et, ainsi, rĆ©duire le stress et permettre dāāexpĆ©rimenter la dĆ©tente. Elle peut favoriser la communication, lāāautonomie dans les activitĆ©s quotidiennes et la rĆ©miniscence.
ThĆ©rapie dāāactivation/ergothĆ©rapie
MalgrĆ© des rĆ©sultats dāāĆ©tudes trĆØs hĆ©tĆ©rogĆØnes, lāāergothĆ©rapie est recommandĆ©e. Elle rĆ©duit le travail mĆ©dico-soignant, surtout si elle est structurĆ©e et centrĆ©e sur la personne. Elle sāāavĆØre efficace aux stades lĆ©ger Ć moyen de la dĆ©mence.
ThĆ©rapie assistĆ©e par lāāanimal
Dans la thĆ©rapie assistĆ©e par lāāanimal, on opĆØre une distinction entre interventions et activitĆ©s. Il est recommandĆ© de travailler avec des animaux ayant suivi une formation spĆ©cifique. Cette forme de thĆ©rapie a de bons rĆ©sultats en cas de maladies affectives et dāāisolement social et favorise lāāautonomie dans les activitĆ©s du quotidien. Elle amĆ©liore les interactions sociales, la qualitĆ© de vie et la mobilitĆ©.
Acupuncture, acupressure
Chez les personnes atteintes de dĆ©mence, ces mĆ©thodes peuvent aider Ć combattre la dĆ©pression, lāāagitation, lāāanxiĆ©tĆ© et les troubles du sommeil, tout en amĆ©liorant la capacitĆ© Ć exĆ©cuter les tĆ¢ches du quotidien. On note quelques rares effets secondaires, tels que saignements aux points dāāacupuncture, fatigue, somnolence ou vertiges.
ActivitƩ physique et sport
LāāinactivitĆ© fait partie des facteurs de risques de la dĆ©mence qui peuvent ĆŖtre modifiĆ©s et des signes Ć©vidents montrent que lāāactivitĆ© physique a des effets positifs sur les SCPD. On peut proposer des exercices dāāendurance ā comme le jogging, la marche, les exercices dāāĆ©quilibre, le renforcement musculaire, la bicyclette ergomĆ©trique ā ainsi quāāune combinaison de toutes ces formes de mouvement. Les effets sont les plus nets sur les troubles du sommeil et la dĆ©pression. Dans ce domaine, il est aussi possible de proposer la danse combinĆ©e Ć la musique.
Processus de dƩveloppement dans les organisations de la santƩ
Pour rĆ©duire durablement les SCPD, il est nĆ©cessaire de procĆ©der Ć une modification participative et globale tout Ć la fois de la culture du traitement, de la prise en charge et des soins. Lāāapplication du cadre de rĆ©fĆ©rence PARIHS (Integrated Promoting Action on Research Implementation in Health Services) du Royal College of Nursing peut renforcer les organisations du secteur de la santĆ©. DĆ©velopper de nouvelles offres et compĆ©tences, mettre en place des processus et une culture du travail plus efficaces, accroĆ®tre les compĆ©tences du personnel, clarifier les rĆ“les et en adopter une vision commune et, enfin, dĆ©velopper la capacitĆ© de lāāĆ©quipe constituent des facteurs importants Ć cet Ć©gard.
PharmacothƩrapie
Principes du traitement psychopharmacologique
Si les mesures non pharmacologiques ne suffisent pas, le recours aux mĆ©dicaments peut ĆŖtre une option pour Ć©viter que les SCPD ne mettent en danger la personne concernĆ©e et son entourage, ainsi que pour garantir la rĆ©alisation des examens diagnostiques et la prise en charge. Il est cependant difficile dāāĆ©mettre des recommandations fondĆ©es sur des preuves, car les Ć©tudes contrĆ“lĆ©es dans ce groupe dāāĆ¢ge sont rares. LāāexpĆ©rience Āclinique fois que pour la majoritĆ© dāāāentre elles, la prescription se fait hors Ć©tiquette (3).
Lors du recours Ć la (psycho)pharmacologie dans ce groupe de patients vulnĆ©rables, il faut prendre en compte deux facteurs: premiĆØrement, leur utilisation est rendue plus complexe en raison dāāāaltĆ©rations physiologiques et mĆ©taboliques diverses ā rĆ©duction de la fonction rĆ©nale, de la motilitĆ© gastro-intestinale, de la perfusion hĆ©patique, de la rĆ©sorption intestinale et des protĆ©ines plasmatiques ā ainsi que dāāune sensibilitĆ© augmentĆ©e aux psychotropes. DeuxiĆØmement, la psychopharmacologie comporte un risque accru de mortalitĆ©, dāāaccidents vasculaires cĆ©rĆ©braux et de chutes. Il faut considĆ©rer en outre les effets secondaires cardiaques et mĆ©taboliques ainsi que les modifications de la formule sanguine et les thromboses. Cāāest pourquoi la prescription de ces substances doit obĆ©ir Ć un certain nombre de principes (Tab.ā1).
Lāāadministration de psychotropes doit ĆŖtre limitĆ©e dans le temps et se faire selon une pesĆ©e du bĆ©nĆ©fice/risque. Elle doit ĆŖtre conforme aux indications, prescrite selon le dosage le plus faible possible et se faire sous surveillance. Elle doit ĆŖtre prĆ©cĆ©dĆ©e dāāun examen clinique complet avec anamnĆØse (incluant la famille, lāāentourage et la mĆ©dication), dāāun diagnostic de laboratoire et dāāun ECG. Le diagnostic standard en psychiatrie de la personne Ć¢gĆ©e prend en compte la polymorbiditĆ© et les altĆ©rations organiques cĆ©rĆ©brales (Tab.ā2). Il peut ĆŖtre complĆ©tĆ© par un EEG, une Ć©valuation neuropsychologique, un examen du liquide cĆ©phalorachidien et une IRM. Il sāāagit de surveiller en permanence les Ć©ventuels effets secondaires et les interactions mĆ©dicamenteuses. Lāāexamen clinique, le diagnostic de laboratoire et lāāECG doivent ĆŖtre rĆ©pĆ©tĆ©s rĆ©guliĆØrement au fil du traitement. Si les SCPD sāāattĆ©nuent, il convient dāāenvisager une rĆ©duction ou un arrĆŖt de la mĆ©dication.
Anti-dƩmentiels
Les inhibiteurs de lāāacĆ©tylcholinestĆ©rase (AChE) ā comme le donĆ©pĆ©zil, la rivastigmine et la galantamine ā sont utilisĆ©s dans les formes lĆ©gĆØres Ć modĆ©rĆ©es de la maladie dāāAlzheimer, tandis que la mĆ©mantine est indiquĆ©e pour les formes modĆ©rĆ©es Ć sĆ©vĆØres. Outre leurs effets stabilisateurs de la cognition durant un laps de temps limitĆ©, ces substances ont un impact positif sur les SCPD. Le donĆ©pĆ©zil est le mĆ©dicament le mieux documentĆ©. Des mĆ©ta-analyses rĆ©centes montrent un effet modĆ©rĆ© des AChE avant tout en cas dāāapathie, de dĆ©pression et dāāirritabilitĆ©, tandis que la mĆ©mantine semble efficace surtout pour les symptĆ“mes comme lāāagitation, lāāagressivitĆ©, les idĆ©es dĆ©lirantes et les hallucinations. Ils sont mieux tolĆ©rĆ©s que dāāautres psychotropes en cas de SCPD et il est prouvĆ© que les AChE rĆ©duisent le risque de mortalitĆ©. Ils permettent de rĆ©duire le recours Ć dāāautres psychotropes. En raison de leur profil bĆ©nĆ©fice/risque positif et de leur bonne tolĆ©rance, ces substances sont recommandĆ©es comme mĆ©dicaments de premiĆØre intention en cas de SCPD. (Fig.ā1)
Lāāextrait standardisĆ© de ginkgo biloba figure parmi les substances produisant des effets cognitifs et neuroprotecteurs. De par les modifications des neurotransmetteurs quāāil induit, des effets sur les symptĆ“mes comme lāāanxiĆ©tĆ©, la dĆ©pression, lāāirritabilitĆ©, lāāagitation, les troubles du sommeil, les idĆ©es dĆ©lirantes et les hallucinations ont Ć©tĆ© dĆ©montrĆ©s. Une bonne adhĆ©sion au traitement amĆ©liore son efficacitĆ©.
AntidƩpresseurs
La moitiĆ© des personnes atteintes dāāune affection dĆ©mentielle prĆ©sentent des symptĆ“mes dĆ©pressifs. Leur dĆ©tection prĆ©coce et un traitement efficace peuvent contribuer Ć amĆ©liorer la cognition et lāāautonomie dans les gestes du quotidien. Dans les cas de dĆ©mence, les inhibiteurs sĆ©lectifs de la recapture de la sĆ©rotonine (ISRS), tels que citalopram/escitalopram, affichent les meilleures preuves cliniques. Ils sont utilisĆ©s comme antidĆ©presseurs de premiĆØre intention et sont Ć©galement efficaces en cas dāāagitation. Ć noter quāāils font lāāobjet dāāun avertissement Ā«boĆ®te noireĀ» Ć cause de lāāallongement de lāāintervalle QTc. Des ECG rĆ©guliers sont donc nĆ©cessaires.
Les antidĆ©presseurs tricycliques ne sont pas conseillĆ©s pour les sujets Ć¢gĆ©s, car ils comportent un risque dāāeffets secondaires anticholinergiques. Vu son potentiel Ć©levĆ© dāāinteraction avec dāāautres mĆ©dicaments, la fluoxĆ©tine nāāest pas recommandĆ©e non plus. Si aucune recommandation ne peut ĆŖtre Ć©mise pour lāāagomĆ©latine et la trazodone en cas de dĆ©pression, ces substances ont de bons rĆ©sultats contre les troubles du sommeil. Il nāāexiste pour lāāheure aucune recommandation pour la mirtazapine. En revanche, le lobĆ©mide peut ĆŖtre envisagĆ©.
Lors de lāāutilisation dāāantidĆ©presseurs, il convient de procĆ©der Ć des Ć©valuations cliniques rĆ©guliĆØres avec surveillance des effets secondaires. Si le mĆ©dicament nāāest pas efficace au bout de 4 Ć 6 semaines, la mĆ©dication peut ĆŖtre modifiĆ©e.
Antipsychotiques
Lorsque dāāautres traitements alternatifs ne suffisent pas, il est possible dāāenvisager une intervention au moyen dāāantipsychotiques pour cibler les symptĆ“mes tels que les idĆ©es dĆ©lirantes, les hallucinations, lāāagitation et lāāagressivitĆ© (3). Le recours Ć ces substances sāāaccompagne cependant dāāun taux Ć©levĆ© de mortalitĆ© et dāāeffets secondaires, comme le syndrome extrapyramidal (EPS) moteur, la sĆ©dation, des symptĆ“mes cardiaques, une dysrĆ©gulation orthostatique, des altĆ©rations mĆ©taboliques, une baisse des capacitĆ©s cognitives et une augmentation du risque dāāaccidents vasculaires cĆ©rĆ©braux. Cāāest pourquoi il convient de limiter la durĆ©e du traitement et de prescrire le dosage le plus faible possible. Le traitement doit en outre ĆŖtre prĆ©cĆ©dĆ© dāāune anamnĆØse clinique, dāāun ECG et de contrĆ“les de laboratoire. Les interactions et les effets secondaires seront surveillĆ©s et lāāindication sera rĆ©examinĆ©e toutes les quatre semaines.
Les antipsychotiques atypiques sont Ć privilĆ©gier en raison de leur meilleur profil bĆ©nĆ©fice/risque. Les antipsychotiques typiques ne sont en effet pas recommandĆ©s pour les personnes atteintes de dĆ©mence, notamment parce quāāils provoquent souvent des EPS et ont des effets secondaires anticholinergiques. LāāhalopĆ©ridol constitue une exception. Il est utilisĆ© dans les transitions vers lāāĆ©tat confusionnel, ainsi quāāen cas dāāagressivitĆ© persistante et de symptĆ“mes psychotiques.
La rispĆ©ridone (0.5ā2 mg/j) est le seul antipsychotique atypique autorisĆ© en Suisse pour traiter les SCPD. Lāāutilisation des autres mĆ©dicaments de cette catĆ©gorie se fait hors Ć©tiquette. Si la rispĆ©ridone ne peut pas ĆŖtre prescrite en raison de ses effets secondaires (surtout EPS), lāāaripiprazole, la quĆ©tiapine, lāāolanzapine et, depuis peu, le brexpiprazole constituent des solutions de rechange. Lors du recours Ć ces substances, il y a lieu de prendre en compte les critĆØres tels que le spectre dāāaction (pouvoir sĆ©datif/effet antipsychotique Ć©levĆ©), le faible effet anticholinergique, le profil dāāeffets secondaires et les comorbiditĆ©s. Autant que possible, il convient de les administrer en monothĆ©rapie. Si, lors de la vĆ©rification de lāāindication au bout de quatre semaines, lāāarrĆŖt du traitement est dĆ©cidĆ©, celui-ci doit se faire aprĆØs communication avec la personne concernĆ©e/ses proches et de maniĆØre graduelle. La rĆ©apparition de SCPD doit ĆŖtre surveillĆ©e toutes les 2 Ć 4 semaines durant cette Ć©tape.
BenzodiazƩpines et hypnotiques analogues
Les benzodiazĆ©pines et hypnotiques analogues peuvent provoquer une sĆ©rie dāāeffets secondaires, tels que la sĆ©dation, les troubles psychomoteurs et un ralentissement des fonctions exĆ©cutives. Ces substances peuvent Ć©galement ĆŖtre Ć lāāorigine des Ć©tats confusionnels, causer des chutes et entraĆ®ner une addiction si le traitement est administrĆ© sur une longue durĆ©e. Cāāest la raison pour laquelle elles ne sont pas recommandĆ©es en cas de SCPD (3). Si ces mĆ©dicaments doivent tout de mĆŖme ĆŖtre prescrits en cas dāāurgence ā agitation extrĆŖme, agressivitĆ© ou risques suicidaires ā, ils seront administrĆ©s pendant une durĆ©e limitĆ©e (au max. 3 Ć 4 semaines, car ensuite il se dĆ©veloppe une accoutumance) Ć titre de rĆ©serve et non comme traitement rĆ©gulier. Du fait du risque de cumul, il ne faudrait en principe prescrire que des substances prĆ©sentant une demi-vie brĆØve (lorazepam, oxazepam). Les benzodiazĆ©pines ne sont pas indiquĆ©es en cas de troubles du sommeil. Pour les hypnotiques de type benzodiazĆ©pine, il existe certes une indication pour les troubles chroniques du sommeil, mais pour les personnes atteintes de dĆ©mence, les restrictions associĆ©es aux benzodiazĆ©pines sāāappliquent.
Substances Ć action hypnotique
En cas dāāinsomnie ā en particulier si une administration Ć long terme paraĆ®t nĆ©cessaire ā, dāāautres substances peuvent ĆŖtre utilisĆ©es, sous rĆ©serve de prendre en compte lāāimage psychopathologique dans son ensemble, ainsi que le profil des effets secondaires (3). Les antidĆ©presseurs inducteurs de sommeil, tels que la trazodone, la mirtazapine et lāāagomĆ©latine, sont indiquĆ©s en particulier pour les troubles du sommeil associĆ©s Ć une dĆ©pression prĆ©existante. Il convient dāāĆ©viter les prĆ©parations ayant des effets secondaires anticholinergiques. Les antipsychotiques tels que la quetiapine et la pipampĆ©rone sont souvent utilisĆ©s en raison de leur effet sĆ©datif. En pareil cas, il sāāagit de respecter les principes de la thĆ©rapie psychopharmacologique et de limiter la durĆ©e du traitement.
Les agonistes des rĆ©cepteurs de la mĆ©latonine, la prĆ©gabaline et la gabapentine semblent donner de bons rĆ©sultats pour les troubles du sommeil chez les personnes atteintes de dĆ©mence. Le chloralhydrate, le clomethiazol, la diphĆ©nhydramine, la doxylamine et la promethazine ne devraient pas ĆŖtre administrĆ©s en cas de dĆ©mence. De nouvelles substances, telles que les antagonistes des rĆ©cepteurs de lāāorexine, sont en cours de dĆ©veloppement.
Anticonvulsifs et stabilisateurs de lāāhumeur
Si la carbamazĆ©pine est efficace en cas dāāagressivitĆ©, elle nāāest pas recommandĆ©e comme mĆ©dicament de premiĆØre ni de deuxiĆØme intention en cas de SCPD en raison de ses effets secondaires, tels que lāāataxie, les vertiges, lāāhypotonie, les Ć©tats confusionnels, la sĆ©dation et la toxicitĆ© hĆ©patique (3). Sa prescription se fait hors Ć©tiquette, et des contrĆ“les de laboratoire rĆ©guliers sont nĆ©cessaires. La gabapentine et la prĆ©gabaline constituent une solution de rechange, surtout en cas de douleurs neuropathiques liĆ©es Ć une comorbiditĆ©. MalgrĆ© un manque de preuves scientifiques, il est Ć©galement possible de recourir Ć la lamotrigine en raison de son faible taux dāāeffets secondaires. Cependant, comme son dosage doit ĆŖtre augmentĆ© progressivement, elle nāāest pas appropriĆ©e comme mĆ©dication aiguĆ«. Le topiramate peut causer des troubles cognitifs. Aucune recommandation ne peut ĆŖtre Ć©mise pour lāāheure concernant le lĆ©vĆ©tiracĆ©tam. Lāāoxcarbazine, le valproate et le lithium ne sont pas prĆ©conisĆ©s en raison de leur profil dāāeffets secondaires dĆ©favorable. Les donnĆ©es disponibles pour le lacosamide, le pĆ©rampanel et le brivaracetam ne sont pas suffisantes pour autoriser une recommandation.
AnalgƩsiques
Les douleurs peuvent provoquer des SCPD ou les renforcer, en particulier lāāagitation et lāāagressivitĆ© (3), raison pour laquelle le traitement de la douleur fait partie de la prise en charge de ces symptĆ“mes. Les personnes atteintes de dĆ©mence ne sont cependant pas toujours en mesure dāāexprimer leurs douleurs. DĆØs lors, il convient dāāĆ©largir lāāĆ©valuation en utilisant des outils dāāhĆ©tĆ©ro-Ć©valuation, comme le PAINAD (Pain Assessment in Advanced Dementia Scale).
Pour le traitement des douleurs neuropathiques chez les personnes Ć¢gĆ©es, les substances suivantes sont recommandĆ©es: duloxĆ©tine comme antidĆ©presseur, gabapentine, prĆ©gabaline et lidocaĆÆne pour une application topique, enfin tramadol et oxycodone comme opioĆÆdes. Ć noter que les opioĆÆdes doivent ĆŖtre utilisĆ©s avec circonspection et de maniĆØre limitĆ©e dans le temps, en raison de leur effet sĆ©datif et dĆ©lirogĆØne et de leur potentiel addictif. Pour les sujets Ć¢gĆ©s, les mĆ©dicaments suivants devraient ĆŖtre Ć©vitĆ©s: indomĆ©tacine, acĆ©mĆ©tacine, kĆ©toprofĆØne, piroxicam, mĆ©loxicam, phĆ©nylbutazone, Ć©toricoxib et pĆ©thidine. On recourt aussi de plus en plus aux cannabinoĆÆdes, qui sont surtout efficaces contre lāāagitation.
Processus biologiques
LuminothƩrapie
La luminothĆ©rapie donne de bons rĆ©sultats pour traiter les troubles du rythme circadien veille ā sommeil, ainsi que le sundowning, marquĆ© par une agitation Ć lāāapproche du soir (3). On utilise la lumiĆØre blanche avec le spectre entier jusquāāĆ une limite infĆ©rieure de 400 nm. Lāāapplication est de 2500 lux pendant deux heures ou de 10ā000 lux pendant 30 minutes. Pour lāāĆ©clairage dāāune piĆØce, 1000 lux suffisent.
Privation de sommeil / thƩrapie de rƩveil
La privation de sommeil (nuit entiĆØre, premiĆØre ou seconde partie de la nuit) est efficace en cas de dĆ©pression. Les troubles organiques cĆ©rĆ©braux constituent cependant une relative contre-indication, car la privation de sommeil peut conduire Ć une aggravation gĆ©nĆ©rale de lāāĆ©tat de santĆ© et Ć des Ć©tats confusionnels. Cāāest pourquoi cette mĆ©thode nāāest pas recommandĆ©e.
ĆlectroconvulsivothĆ©rapie (ECT)
MalgrĆ© le manque dāāĆ©tudes contrĆ“lĆ©es, lāāECT est considĆ©rĆ©e comme un procĆ©dĆ© efficace pour les SCPD rĆ©fractaires aux traitements, notamment lāāagitation et lāāagressivitĆ©. En prĆ©sence dāāune dĆ©mence prĆ©existante, elle nāāaggrave pas la cognition de maniĆØre durable. Les principaux effets secondaires relevĆ©s sont la confusion et des troubles cognitifs rĆ©versibles. LāāECT peut ĆŖtre une option lorsquāāil nāāest pas possible de recourir aux mĆ©dicaments. Dans la plupart des cas cependant, il nāāest pas possible de recueillir le consentement Ć©clairĆ© de la personne concernĆ©e, raison pour laquelle le traitement doit ĆŖtre discutĆ© avec les proches ou les personnes assurant la prise en charge, ce qui pose des exigences trĆØs Ć©tendues en matiĆØre de devoir dāāinformer.
Stimulation magnétique transcrânienne répétitive (rTMS)
La rTMS a des propriĆ©tĆ©s neuromodulatrices et stimule la plasticitĆ© neuronale. Ce traitement est en particulier efficace pour les personnes souffrant de dĆ©mence et de dĆ©pression. Les effets secondaires possibles sont des maux de tĆŖte, des vertiges, des lĆ©sions auditives et, plus rarement, des crises dāāĆ©pilepsie. Il y a une contre-indication chez les personnes porteuses de matĆ©riel ferromagnĆ©tique ā comme les implants cochlĆ©aires et les stimulateurs cardiaques ā, ainsi que chez les personnes ayant dĆ©jĆ des problĆØmes auditifs ou des antĆ©cĆ©dents Ć©pileptiques. Les donnĆ©es manquent encore pour Ć©mettre une recommandation concernant dāāautres procĆ©dĆ©s interventionnels comme la stimulation cĆ©rĆ©brale profonde ou la stimulation du nerf vague.
SCPD et communication
Une bonne communication peut aider Ć amĆ©liorer le bien-ĆŖtre des personnes concernĆ©es ainsi quāāĆ rĆ©duire leur stress et leur anxiĆ©tĆ© (3). Elle peut Ć©galement contribuer Ć abaisser le niveau de stress des proches aidants et des personnes assurant la prise en charge. De faƧon gĆ©nĆ©rale, il y a lieu de mettre en place une communication ouverte, valorisante et tournĆ©e vers la personne. Lorsque les capacitĆ©s langagiĆØres sont amoindries, la communication non verbale ā comprenant des Ć©lĆ©ments comme les expressions du visage, le ton de la voix, la gestuelle, le toucher et la position corporelle ā gagne en importance. Il sāāagit dāāadapter le rythme de la communication Ć la personne concernĆ©e et de se concentrer sur des mots clĆ©s. Si la capacitĆ© de comprĆ©hension est diminuĆ©e, il convient dāāutiliser davantage de gestes accompagnant la parole, de souligner les mots les plus importants, de rythmer lāāexpression et de rĆ©pĆ©ter les informations.
La thĆ©rapie dāāorientation vers la rĆ©alitĆ©, la thĆ©rapie par la rĆ©miniscence et la validation constituent des procĆ©dures validĆ©es permettant dāāamĆ©liorer lāāorientation, les souvenirs et, ainsi, de valoriser et dāāaccepter la rĆ©alitĆ© subjective des personnes concernĆ©es. LāāentraĆ®nement Ć la communication pour les soignants et les proches aidants sāāavĆØre lui aussi un facteur important: les connaissances thĆ©oriques sur les dĆ©fis spĆ©cifiques et les techniques de communication, tout comme les exercices pratiques et les simulations sont des aides prĆ©cieuses. Des procĆ©dĆ©s de tĆ©lĆ©mĆ©decine sont Ć©galement testĆ©s depuis quelques annĆ©es. MalgrĆ© des difficultĆ©s liĆ©es Ć la technique ou aux rĆ©glementations, les vidĆ©oconfĆ©rences pour des interventions centrĆ©es sur les patients et des interventions par tĆ©lĆ©phone se sont avĆ©rĆ©es efficaces auprĆØs des proches aidants et des personnes assurant la prise en charge. Ces mĆ©thodes rĆ©duisent les SCPD et accroissent le bien-ĆŖtre, tout en Ć©tant bien acceptĆ©es.
Egemen Savaskan ā1
Dan Georgescu ā2
Stefanie Becker ā3
Brigitte Benkert ā4
Andreas Blessing ā5
Markus Bürge ā6
Ansgar Felbecker ā7
Martin Hatzinger ā8
Ulrich Michael Hemmeter ā9
Therese Hirsbrunner ā8
Stefan Klƶppel ā10
Gabriela Latour Erlinger ā1
Finn Jacob Lornsen ā10
Theofanis Ngamsri ā1
Jessica Peter ā10
Mathias Schlƶgl ā11
Marc Sollberger ā12
Henk Verloo ā13
Samuel Vƶgeli ā4
Franziska Zúñiga ā4
1 Clinique de psychiatrie de la personne âgée, Clinique psychiatrique universitaire de Zurich
2 Clinique de psychiatrie de consultation, de psychiatrie de la personne Ć¢gĆ©e et de neuropsychiatrie, Services psychiatriques dāArgovie
3 Alzheimer Suisse
4 Sciences infirmiĆØres ā Nursing Science (INS), DĆ©partement Public Health, UniversitĆ© de BĆ¢le
5 Cabinet de neuropsychologie, Kreuzlingen
6 BESAS Centre hospitalier bernois pour la médecine des personnes âgées, Siloah
7 Clinique de neurologie, HƓpital cantonal de Saint-Galll
8 Services psychiatriques, HƓpitaux de Soleure
9 Psychiatrische Dienste Graubünden, Chur, Psychiatrie et psychothérapie de la personne âgée, Centre de psychiatrie Appenzell, Herisau, Gérontopsychiatrie
10 Clinique universitaire de psychiatrie de la personne Ć¢gĆ©e et psychoĀthĆ©rapie, UniversitĆ© de Berne, Services psychiatriques universitaires de Berne (UPD)
11 Service de gƩriatrie, DƩpartement de mƩdecine interne, Clinique Barmelweid
12 Memory Clinic, Médecine universitaire pour les personnes âgées FELIX PLATTER/Clinique neurologique, HÓpital universitaire de Bâle
13 Service universitaire de psychiatrie de lāĆ¢ge avancĆ©, Centre hospitalier universitaire vaudois/Haute Ćcole spĆ©cialisĆ©e de Suisse occidentale HES-SO Valais
Article approuvƩ et validƩ par les auteurs suivants pour les sociƩtƩs spƩcialisƩes mentionnƩes:
SPPA: Société suisse de psychiatrie et psychothérapie de la personne âgée: E. Savaskan, D. Georgescu, U.M. Hemmeter, S. Klöppel
Alzheimer Suisse: S. Becker
SPSG: Société professionnelle suisse de gériatrie: M. Bürge, M. Schlögl SSN: Société suisse de neurologie: A. Felbecker, M. Sollberger
SSBP: SociƩtƩ suisse de psychiatrie biologique: M. Hatzinger
SMC: Swiss Memory Clinics: A. Felbecker
ASI: Association suisse des infirmiĆØres et infirmiers: T. Hirsbrunner
APSI: Association suisse pour les sciences infirmières: B. Benkert, T. Hirsbrunner, F. Zuñiga, S. Vögeli
La SociƩtƩ Suisse de psychiatrie et psychothƩrapie (SSPP) soutient les prƩsentes recommandations.
AbrĆ©viations utilisĆ©es dans lāāarticle
AChE Inhibiteurs de lāāacĆ©tylcholinestĆ©rase
ALT Alanine aminotransfƩrase
AST Aspartate aminotransfƩrase
BEHAVE-AD Behavioral Pathology in Alzheimerāās Disease Rating Scale
BESA Système de saisie et de décompte des résidents
CAM Confusion Assessment Method
IACM Inventaire dāāagitation de Cohen-Mansfield
CRP ProtƩine C-rƩactive
DA DƩmence de type Alzheimer
DICE Describe, Investigate, Create and Evaluate
DOS Delirium Observation Scale
ECT ThƩrapie par Ʃlectrochocs
EDG Ćchelle de dĆ©pression gĆ©riatrique
EPS Syndrome extrapyramidal moteur
Gamma-GDT, GGT Gamma-glutamyl transfƩrase
GLDH Glutamate deshydrogƩnase
i-PARIHS Integrated Promoting Action on Research ĀImplementation in Health Services
IdA SystĆØme dāāĆ©valuation innovant axĆ© sur la dĆ©mence
ISRS Inhibiteurs sƩlectifs de la recapture de la sƩrotonine
NDB Need-Driven Dementia-Compromised Behavior-Mode
NPI Inventaire neuropsychiatrique
NPI-Q Questionnaire de lāāinventaire neuropsychiatrique
PAINAD Pain Assessment in Advanced Dementia Scale
RAI Outil dāāĆ©valuation des rĆ©sidents
rTMS Stimulation magnétique transcrânienne répétitive
SCPD SymptƓmes comportementaux et psychiques de la dƩmence
SPPA Société suisse de psychiatrie et psychothérapie de la personne âgée
TIME Targeted Interdisciplinary Model for Evaluation and Treatment of Neuropsychiatric Symptoms
TSH ThyrƩostimuline
VS Vitesse de sƩdimentation
Copyright Aerzteverlag medinfo AG
Avec lāaimable soutien de:
Pr Egemen Savaskan
Clinique de psychiatrie de la personne âgée
Clinique psychiatrique universitaire de Zurich
Minervastrasse 145
case postale
8032 Zurich
egemen.savaskan@pukzh.ch
Interessenskonflikt
Les auteurs nāāont pas dĆ©clarĆ© de conflit dāāintĆ©rĆŖts en rapport avec cet article.
Take Home Message
Les SCPD tels que la dĆ©pression, lāāapathie, lāāagitation/agressivitĆ©, les idĆ©es dĆ©lirantes et les hallucinations sont pesantes pour les personnes concernĆ©es, les proches et le personnel spĆ©cialisĆ© assurant la prise en charge. Leur traitement consiste en prioritĆ© en mesures non pharmacologiques/psychosociales. Le recours aux psychotropes peut ĆŖtre nĆ©cessaire selon les situations, mais dans ce groupe de patients prĆ©sentant des comorbiditĆ©s, il peut sāāaccompagner dāāeffets secondaires et prĆ©senter un risque dāāinteractions.
Des recommandations basĆ©es sur des preuves et sur lāāexpĆ©rience clinique, qui suivent une approche interprofessionnelle et interdisciplinaire, prĆ©sentent les possibilitĆ©s actuelles de diagnostic et de traitement.
Les options thĆ©rapeutiques non pharmacologiques devraient ĆŖtre privilĆ©giĆ©es et se poursuivre mĆŖme sāāil y a prescription de psychotropes.
En cas de recours aux psychotropes, il convient de respecter les normes mĆ©dicales actuelles, de rƩƩvaluer rĆ©guliĆØrement lāāindication et de veiller Ć limiter la durĆ©e du traitement. Si lāāutilisation de ces substances se fait hors Ć©tiquette, le traitement doit sāāorienter sur les guidelines des sociĆ©tĆ©s spĆ©cialisĆ©es.
Literaturverzeichnis
1. Savaskan E, Bopp-Kistler I, Buerge M et al. Empfehlungen zur Diagnostik und Therapie der behavioralen und psychologischen Symptome der Demenz (BPSD). Praxis. 2014; 103(3): 135ā148.
2. Savaskan E, Bopp-Kistler I, Buerge M et al. Empfehlungen zur Diagnostik und Therapie der behavioralen und psychologischen Symptome der Demenz (BPSD) ā version longue. https://www.sgap-sppa.ch/fileadmin/user_ upload/Empfehlungen_zur_Diagnostik_und_Therapie_der_BPSD_-_No- vember_2014.pdf
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