Des animaux en EMS ?

Les soins aux rĆ©sidents en EMS souffrant de dĆ©mence sont complexes et doivent prendre en compte les besoins mĆ©dicaux, cognitifs, Ć©motionnels, psychologiques et sociaux de chaque individu. L’utilisation d’animaux dans le cadre de soins aux personnes Ć¢gĆ©es atteintes de dĆ©mence suscite un intĆ©rĆŖt croissant, avec des approches variĆ©es telles que l’activitĆ© assistĆ©e par animal et la thĆ©rapie assistĆ©e par animal. Bien que certaines Ć©tudes aient suggĆ©rĆ© des effets positifs sur le bien-ĆŖtre des rĆ©sidents, il reste des limites mĆ©thodologiques Ć  la dĆ©monstration de l’efficacitĆ© de ces techniques. Les avantages de la prĆ©sence d’un animal en EMS doivent ĆŖtre Ć©quilibrĆ©s avec les risques pour les rĆ©sidents et le personnel. Il est essentiel d’établir des rĆØgles institutionnelles pour assurer le bien-ĆŖtre de tous les animaux et personnes impliquĆ©s.

The care of residents in medical-social establishments suffering from dementia is complex and must take into account the medical, cognitive, emotional, psychological and social needs of each individual. There is growing interest in the use of animals in the care of older people with dementia, with varied approaches such as animal-assisted activity and animal-assisted therapy. Although some studies have suggested positive effects on the well-being of residents, there remain methodological limitations to demonstrating the effectiveness of these techniques. The potential benefits of having an animal in an EMS must be balanced against the risks to residents and staff, such as allergies or bites. It is essential to establish regulations to ensure the well-being of everyone involved.
Keywords: dementia, animal-assisted therapy, psyhchology, medical-social establishments

Ces derniĆØres annĆ©es, les mĆ©dias ont rĆ©guliĆØrement rapportĆ©s des pratiques de soins mĆ©diĆ©s par des animaux en Ć©tablissement mĆ©dicaux sociaux (EMS). Cette pratique est l’occasion d’interroger ce qui fait soins auprĆØs des sujets souffrant de dĆ©mence vivant en institution, quels sont nos relations avec les animaux, et ce que veut dire vivre et travailler en EMS.

Les soins auprĆØs des rĆ©sidant.e.s en EMS souffrant.e.s de dĆ©mences sont particuliĆØrement complexes. Ils reposent sur des principes de respect de la dignitĆ©, de respect de l’autonomie, de franchise et de respect. Ils doivent considĆ©rer la personne dans son ensemble et rĆ©pondre Ć  ses besoins mĆ©dicaux, cognitifs, Ć©motionnels, psychologiques et sociaux. Ils ont pour objet de prĆ©server la qualitĆ© de vie et le bien ĆŖtre du patient souffrant de dĆ©mence reconnu comme une personne. Ainsi, les soins vont ĆŖtre diffĆ©rents et uniques pour chaque personne, et auprĆØs de chaque personne ils vont se modifier Ć  travers le temps (1).

Les axes de soins sont multiples et combinĆ©s. Ils englobent les traitements psychosociaux (visant par exemple l’optimisation de la communication, et l’adaptation de l’environnement), l’accompagnement social, la gestion des risques, les interventions cognitives (approches visant Ć  maintenir ou Ć  amĆ©liorer la cognition par le biais d’activitĆ©s stimulantes sur le plan mental), l’accompagnement des proches aidants, la prise en charge des maladies intercurrentes, de la douleur, la prise en charge des symptĆ“mes psycho comportementaux de la dĆ©mence, les soins palliatifs … (2, 3).
Se dĆ©veloppe ces derniĆØres annĆ©es un intĆ©rĆŖt concernant le soin par le contact animalier auprĆØs de sujets souffrant de dĆ©mence vivant en institution. La co existence d’animaux et d’humain dans les institutions n’est pas nouvelle. On pourrait distinguer plusieurs modalitĆ©s diffĆ©rentes de ces liens : animal privĆ© en visite, animal privĆ© sĆ©journant avec le rĆ©sidant, animal conduit en visite par une association, animal appartenant Ć  la rĆ©sidence (4).

Dans un certain cadre, les animaux peuvent participer, mĆ©dier, contribuer Ć  une activitĆ© avec un objectif de produire un bĆ©nĆ©fice pour un sujet dĆ©ment. Ces approches sont particuliĆØrement hĆ©tĆ©rogĆØnes et s’appuient sur des constructions diffĆ©rentes, selon l’espĆØce animal employĆ©, le cadre pensĆ© pour la technique, le rapport entre humain et animal, la formation du soignant, la conception de ce qui fait soin… Il est classique cependant de rĆ©partir ces approches en activitĆ© assistĆ©e par animal et thĆ©rapie assistĆ©e par animal. La premiĆØre a pour objet d’amĆ©liorer la qualitĆ© de vie, Ć  travers des activitĆ©s/animations avec un animal, et la seconde conƧoit l’animal comme un auxiliaire de thĆ©rapie conventionnelle avec un objectif de soin planifiĆ©, où l’animal est en lien avec un.e thĆ©rapeute qualifiĆ©.e et une personne dĆ©mente. Les mĆ©thodes d’action de la thĆ©rapie assistĆ©e par l’animal sont diverses et comprennent : la stimulation multisensorielle, le contact physique, le jeu… Cette thĆ©rapie peut ĆŖtre dĆ©veloppĆ©e en groupe ou en individuel. Les animaux les plus employĆ©s dans ce cadre sont les chiens et les chevaux.

Des recherches ont eu pour objet d’évaluer l’efficacitĆ© le soin par contact animalier (principalement des chiens) auprĆØs des personnes dĆ©mentes. Dans le cadre de recherche avec des mĆ©thodologies quantitatives, il a Ć©tĆ© mis en avant un effet positif de l’interaction avec un animal sur les variables mesurant le sentiment de solitude, de l’anxiĆ©tĆ© et de la dĆ©pression. Ces recherches recouvrent cependant des cadres de soins trĆØs diffĆ©rents. Les biais mĆ©thodologiques de ces Ć©tudes et la limitation du nombre des Ć©tudes rendent aujourd’hui impossible d’avoir des conclusions avec un niveau de preuve Ć©levĆ© sur l’efficacitĆ© des techniques de soins avec des animaux auprĆØs de sujet Ć¢gĆ©. Ce point est cependant Ć  pondĆ©rer, effectivement il s’agit d’un domaine de recherche en expansion et la limitation Ć  prouver l’efficacitĆ©, n’équivaut pas Ć  une conclusion d’un manque d’efficacitĆ©. Par ailleurs, les mĆ©thodologies quantitatives afin de dĆ©montrer l’efficacitĆ© d’une technique de soin, font face Ć  un obstacle important, qui est la grande variance du rapport entre un animal et un individu.

D’autres recherches avec des mĆ©thodologies qualitatives, rapportent que la prĆ©sence d’un animal peut avoir un impact significatif sur la santĆ© et le bien-ĆŖtre de certains rĆ©sidents de maisons de retraite. Certains rĆ©sidents rapportent trouver dans les interactions avec un animal plaisir et rĆ©confort. Ce lien, semble Ć©galement pour certains un moyen de maintenir une identitĆ© (en vivant avec leur animal de compagnie et prenant soin d’un animal, en vivant des expĆ©riences sensorielles et corporelles avec les animaux…), et de pouvoir investir la maison de retraite comme un Ā« chez soi Ā» (5, 6).

Les bĆ©nĆ©fices de soins de la prĆ©sence d’un animal en EMS pour certains sujets dĆ©ments doivent ĆŖtre mis en regard des risques potentiels de la prĆ©sence d’un animal auprĆØs de sujets vulnĆ©rables. Dans ce cadre sont usuellement Ć©voquĆ©s les risques de morsures, d’allergies, de transmissions infectieuses, mais Ć©galement d’angoisses pour certains rĆ©sidents ou soignants. Dans ce cadre, où l’institution doit mettre en place un cadre de protection pour ses rĆ©sidents et ses employĆ©s, il est utile de rappeler que l’animal (quel que soit le cadre de sa prĆ©sence dans le cadre institutionnel, vivant en institution, ou conduit en visite de l’extĆ©rieur) doit Ć©galement ĆŖtre protĆ©gĆ© de toutes maltraitances, bĆ©nĆ©ficier d’un suivi vĆ©tĆ©rinaire et d’un cadre d’assurance de responsabilitĆ© civile.

Accueillir un animal en EMS, c’est Ć©videmment accueillir plus de vie, plus d’interactions, ouvrir chacun Ć  de nouvelles rencontres. L’animal est d’ailleurs accueilli comme un individu avec son caractĆØre, et n’est jamais rĆ©duit Ć  un reprĆ©sentant de son espĆØce. Il doit faire l’objet de bienveillance et de soins de toute un chacun, et c’est finalement la rencontre de deux individus avec leurs histoires et non d’un patient dĆ©ment et d’un animal qui se produit en institution. Certaines dimensions en lien avec la prĆ©sence d’un animal en institution nĆ©cessitent des explorations complĆ©mentaires, comme celle de l’impact de celle-ci sur l’institution et les soignants, mais aussi sur l’animal.

Les modalitĆ©s de penser la prĆ©sence d’un animal en EMS sont multiples, et doivent faire l’objet de discussions prĆ©alables entre rĆ©sidents, familles, personnels, directions, personnes formĆ©es dans le cadre des soins avec mĆ©diations animal. La prĆ©sence d’un animal doit ĆŖtre en amont de son accueil faire l’objet de rĆ©glementations qui assurent Ć  chacun rĆ©sidents, personnel, mais aussi animal toutes les mesures d’un cadre d’intervention respectueux de chacun. Ces discussions prĆ©alables entre toutes les parties sont l’occasion de rĆ©affirmer la co-construction du projet institutionnel.

Copyright Aerzteverlag medinfo AG

Dr Jean-Pierre Schuster

Service universitaire de psychiatrie de l’âge avancĆ©
Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV)
Route de Cery 60
1008 Prilly

jean-pierre.schuster@chuv.ch

Dre Beatriz Pozuelo Moyano

Service universitaire de psychiatrie de l’âge avancĆ©
Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV)
Route de Cery 60
1008 Prilly

Les auteurs n’ont pas dĆ©clarĆ© de conflit d’intĆ©rĆŖts en rapport avec cet article.

1. AcadƩmie Suisse des Sciences MƩdicales. Prise en charge et traitement des personnes atteintes de dƩmence. 2017. Directives mƩdico-Ʃthiques.
2. Livingston G, Sommerlad A, Orgeta V, Costafreda SG, Huntley J, Ames D, Ballard C, Banerjee S, Burns A, Cohen-Mansfield J, Cooper C, Fox N, Gitlin LN, Howard R, Kales HC, Larson EB, Ritchie K, Rockwood K, Sampson EL, Samus Q, Schneider LS, SelbƦk G, Teri L, Mukadam N. Dementia prevention, intervention, and care. Lancet. 2017 Dec 16;390(10113):2673-2734.
3. Schweizerische Gesellschaft für Alterspsychiatrie und Psychotherapie (SGAP). Empfehlungen zur Diagnostik und Therapie der Behavioralen und Psychologischen Symptome der Demenz (BPSD). 2014.
4. Michalon J. Panser avec les animaux. Sociologie du soin par le contact animalier. 2014. Paris : Presse de l’Ecole des Mines.
5. Batubara SO, Tonapa SI, Saragih ID, Mulyadi M, Lee BO. Effects of animal-assisted interventions for people with dementia: A systematic review and meta-analysis. Geriatr Nurs. 2022 Jan-Feb;43:26-37.
6. Orr N, Abbott R, Bethel A, Paviour S, Whear R, Garside R, Coon JT. What are the effects of animals on the health and wellbeing of residents in care homes? A systematic review of the qualitative and quantitative evidence. BMC Geriatr. 2023 Mar 25;23(1):170.

Un regard Balint sur des troubles anxieux

Recevoir un patient avec des troubles anxieux est une situation courante pour les mĆ©decins gĆ©nĆ©ralistes, et la gestion de l’anxiĆ©tĆ© ne nĆ©cessite pas toujours une consultation spĆ©cialisĆ©e. L’anxiĆ©tĆ© en elle-mĆŖme signale un dĆ©sĆ©quilibre souvent de maniĆØre non spĆ©cifique, donc son accueil dans la consultation est crucial. Il est important pour le mĆ©decin de reconnaĆ®tre et d’interprĆ©ter les signaux d’alarme de l’anxiĆ©tĆ©, plutĆ“t que de simplement la traiter avec des mĆ©dicaments anxiolytiques. Une approche d’écoute active, relayĆ©e par celle d’un groupe Balint, peut aider Ć  comprendre et Ć  rĆ©pondre aux besoins du patient anxieux. L’anxiĆ©tĆ©, souvent liĆ©e Ć  la peur de la mort, peut influencer la relation mĆ©decin-patient et nĆ©cessite une approche empathique et rĆ©flĆ©chie pour ĆŖtre gĆ©rĆ©e efficacement.

Receiving a patient with anxiety disorders is a common situation for GPs, and managing anxiety does not always require a specialist consultation. Anxiety in itself often signals an imbalance in a non-specific way, so its reception in the consultation is crucial. It is important for the doctor to recognise and interpret the warning signs of anxiety, rather than simply treating it with anxiolytic drugs. An active listening approach, supported by that of a Balint group, can help to understand and respond to the needs of the anxious patient. Anxiety, often linked to the fear of death, can influence the doctor-patient relationship and requires an empathetic and thoughtful approach if it is to be managed effectively.

Keywords: doctor-patient relationship, anxiety disorders, anxiolytic drugs, Balint group

Recevoir un patient avec des troubles anxieux relĆØve du quotidien du mĆ©decin gĆ©nĆ©raliste, et cette pratique de l’anxiĆ©tĆ© ne demande pas de consultation spĆ©cialisĆ©e. Nous allons discuter de son accueil dans le cabinet du praticien et de l’intĆ©rĆŖt d’un regard Balint sur cet accueil et sur les interactions mĆ©decin-malade, mĆ©decin-soignant-malade.

Accueil de l’anxiĆ©tĆ© dans la consultation

L’anxiĆ©tĆ© est un signe vague, peu spĆ©cifique, analogue Ć  la douleur et dans ce sens, elle signale un dĆ©sĆ©quilibre sans plus de prĆ©cision. Sigmund Freud dĆ©crit dĆ©jĆ  en 1895 la multiplicitĆ© des symptĆ“mes somatiques de l’angoisse, des vertiges Ć  la pollakiurie, des spasmes intestinaux aux maux de tĆŖte (1). C’est un signal d’alarme dit Freud, au mĆ©decin et au soignant de l’entendre et de le lire pour y voir clair.

Le mĆ©decin peut en quelques questions en savoir plus. Comme la douleur, l’anxiĆ©tĆ© peut se palper pour rĆ©vĆ©ler son origine. Une question sur un deuil rĆ©cent, sur l’annonce d’une maladie somatique et le mĆ©decin perƧoit l’anxiĆ©tĆ© augmenter, le dĆ©bit verbal s’accĆ©lĆ©rer, et les anticipations nĆ©gatives arriver. Si le mĆ©decin palpe juste, il va en effet voir l’anxiĆ©tĆ© varier et pourra donc l’utiliser directement dans sa consultation. Ɖvitons donc de l’éteindre rapidement avec un anxiolytique, car on n’y verra plus rien. Nous pouvons ici nous fier Ć  Michael Balint qui propose dans Ā« Comment dĆ©buter Ā» (2) une Ć©coute active du mĆ©decin, ouverte dans un entretien qui ne s’enferme pas dans une seule collecte anamnestique. Ɖtonnamment simple, une pratique de l’écoute offre aussi un temps de rĆ©flexion utile pour formuler la rĆ©ponse Ā« rassurante Ā» demandĆ©e par l’anxiĆ©tĆ©. Cette rĆ©ponse vise Ć  dĆ©finir les enjeux soignants Ć  venir et d’habitude en nommant un diagnostic, elle constitue la premiĆØre action psychosomatique soignante. En effet, dĆ©crire mais surtout nommer la maladie dont souffre le patient donne une prise cognitive rassurante: connaitre le Ā«malĀ» relĆØve des mĆŖmes mĆ©canismes qui font le bienfait des contes qui rassurent les angoisses infantiles. Le flou symptomatique est circonscrit, ainsi dĆ©signĆ© il fait moins peur.

Lors de la consultation, l’anxiĆ©tĆ© accompagne chaque maladie et chaque symptĆ“me, elle est l’affect qui est forcĆ©ment prĆ©sent, parfois de maniĆØre cachĆ©e, refoulĆ©e, transformĆ©e par les mĆ©canismes de dĆ©fense. Cette anxiĆ©tĆ© primaire, c’est l’angoisse de mort. Avec l’angoisse issue de la libido, ce sont nos deux angoisses primaires vie-mort. L’ angoisse de mort court avec la maladie, anticipe notre fin, elle est plus ou moins contenue, elle peut aussi dĆ©border les mĆ©canismes de dĆ©fense et dĆ©ferler comme une vague, une digue est rompue.

Argan, le malade imaginaire de MoliĆØre est immergĆ© dans l’angoisse de mort. Dans sa relation avec les mĆ©decins, il est crĆ©dule, mĆ©fiant et avide, tout en mĆŖme temps, comme ceux qui savent que la mort vainc la mĆ©decine. Le mĆ©decin doit rĆ©pondre Ć  l’angoisse de mort sous-jacente, sinon les traitements s’enchainent comme chez MoliĆØre. La phase d’écoute active permet d’accueillir l’angoisse de mort qui doit ĆŖtre contenue comme une hĆ©morragie par la relation soignante. Parfois, l’anxiĆ©tĆ© dĆ©borde la relation et dĆ©stabilise le systĆØme soignant. Elle ne trouve plus ni son objet ni son pourquoi. Et surtout, elle ne trouve pas ou plus une partie du corps qui la contient comme dans le trouble psychosomatique.

L’anxiĆ©tĆ© dĆ©bordante

Mon patient a 88 ans. Il me dit souffrir, depuis qu’il est jeune adulte, de troubles digestifs et de cĆ©phalĆ©es d’allure tensionnelles. Il me parle de ses nuits qui sont trĆØs courtes, entrecoupĆ©es par de rares plages de sommeil s’il ne prend pas de benzodiazĆ©pines. Il en a pris jusqu’à 5 cp de Temesta par nuit. Il souffre d’une polyarthrose, ses douleurs limitent sa mobilitĆ©. Il se dĆ©place en rollator et en chaise roulante. Il ne peut faire que quelques pas et les transferts. Il a pris beaucoup de poids et sa dyspnĆ©e s’est donc exacerbĆ©e. Il reconnaĆ®t que ses problĆØmes de santĆ©, ces derniĆØres annĆ©es, ont augmentĆ© son anxiĆ©tĆ©. Des Ć©vĆØnements contextuels ont aggravĆ© sa situation. Son Ć©pouse est dĆ©cĆ©dĆ©e rĆ©cemment. Sa fille aĆ®nĆ©e a souffert d’un burn-out; raison pour laquelle elle habite chez son pĆØre depuis un an. L’ensemble de ces facteurs de stress ont dĆ©passĆ© les capacitĆ©s d’adaptation du patient qui a prĆ©sentĆ© des attaques de panique quasi-quotidiennes. Elles se manifestent par une dyspnĆ©e aiguĆ« et une sensation de mort imminente ou de devenir fou. Mes consultations Ć  domicile sont soutenues par ergothĆ©rapeute, aide Ć  domicile, physiothĆ©rapeute, diĆ©tĆ©ticienne, psychiatre mais le trouble anxieux persiste.

L’approche Balint

Issus des travaux de Michael Balint, les groupes Balint (3) sont organisĆ©s pour Ć©changer sur des situations soignant-soignĆ©, animĆ©s par un superviseur, habituellement un psychiatre/psychanalyste. On y prĆ©sente 1 ou 2 cas sans notes ni dossier et une question est posĆ©e au groupe par le prĆ©sentateur. Les Ć©changes se concentrent sur la relation thĆ©rapeutique elle-mĆŖme: son dĆ©but et Ć©ventuel hĆ©ritage de relation soignante passĆ©e, l’évolution, la situation actuelle. La richesse des associations et des questions des pairs ouvre le champ. Le superviseur veille Ć  ce que le groupe reste sur la thĆ©matique relationnelle sans se perdre dans l’analyse du patient ou du mĆ©decin. Si la potentialitĆ© positive placebo de la relation est bien connue, le pouvoir nocebo d’une relation soignant/soignĆ© est Ć  notre sens insuffisamment mise en avant. Nous assistons pourtant souvent Ć  des symĆ©tries poussant d’un cĆ“tĆ© Ć  l’augmentation des symptĆ“mes et de l’autre Ć  une accumulation d’examens.

En effet, l’anxiĆ©tĆ© se propage comme le feu qui prend possession du patient puis des proches et des soignants. Le mĆ©decin est dĆ©signĆ© comme l’un des acteurs qui doit Ć©teindre le feu. Il s’arme des dĆ©fenses qu’il connait, il nomme, distingue, classifie et souvent propose une mĆ©dication. Mais, s’il est contaminĆ© par l’angoisse, il peut se sentir obligĆ© de prescrire des traitements inappropriĆ©s parfois iatrogĆØnes. AppliquĆ©e aux troubles anxieux, la mĆ©thode Balint produit du nouveau dans la prise en charge. Le mĆ©decin pris dans le brouillard anxieux reƧoit des avis, des conseils et des validations de son travail et de ses attitudes. Exposer la relation amĆØne une clarification des rĆ“les et de la dynamique que l’anxiĆ©tĆ© avait brouillĆ© entre les acteurs de la situation. Dans son chapitre dĆ©diĆ© (4), Balint parle des rapports de spĆ©cialistes, y compris ceux des psychiatres, qui tendent Ć  dessaisir le mĆ©decin omnipraticien de la dimension existentielle de la demande du patient, Ć  savoir gĆ©rer l’angoisse de mort. Il peut s’ensuivre une multiplication de rĆ©ponses Ā«physiquesĀ» qui en fait laissent libre cours Ć  la propagation anxieuse parfois mĆŖme en l’amplifiant.

Un regard Balint

En soumettant l’exemple dĆ©crit prĆ©cĆ©demment Ć  un regard Balint, on voit apparaitre de nouveaux choix d’intervention:
• Rencontrer le corps dans la relation, tenir une main, le toucher pour apaiser l’anxiĆ©tĆ©, rĆ©examiner son patient.
• Trouver une maniĆØre de finir les consultations qui inclut l’anxiĆ©tĆ© soulevĆ©e par la sĆ©paration: savoir prĆ©voir le vide et penser dĆØs le dĆ©but au message de la fin: vous serez peut-ĆŖtre plus angoissĆ© quand je partirai, voici ce que je vous propose de faire (Ć©crire qq mots, dessiner, tĆ©l Ć  qqn, …)
• Être avec, marcher avec: ĆŖtre disponible pour que le moment de la consultation soit agrĆ©able, pouvoir se rĆ©jouir de voir le patient angoissĆ© car je vais l’aider par ma prĆ©sence.
• Organiser, structurer la journĆ©e, les rendez-vous, moments de rencontre. Pour chaque moment de la journĆ©e, trouver une rĆ©ponse aux questions angoissĆ©es du patient. Que va-t-il se passer? Où vais-je me retrouver?
• Faire un rĆ©seau pour soutenir le tissu relationnel soignant et contenir l’angoisse diffuse. Ce tissu entre thĆ©rapeutes et famille forme comme un filet de sĆ©curitĆ© qui a Ć©tĆ© dĆ©sorganisĆ© par l’angoisse.
Ces propositions visent Ć  reprendre la main sur l’angoisse de mort circulante dans la situation. Parler de l’angoisse de mort, trouver un bon lieu (cela peut ĆŖtre une promenade avec le patient) et le bon moment pour l’aborder est essentiel. Alors, nous nous sommes dĆ©placĆ©s de la position de guĆ©rir le symptĆ“me Ć  tout prix Ć  la gestion commune de l’angoisse.

Actions psychosomatiques soignantes

S’il existe des maladies psychosomatiques, il existe aussi des actions psychosomatiques soignantes qui fonctionnent comme des moments psychothĆ©rapeutiques. La premiĆØre d’entre elles consiste en nommant l’émotion, ici l’angoisse, et la lĆ©gitimer. Il faut trouver les mots pour expliquer la force de cette Ć©motion partagĆ©e et ces mots diffĆØrent pour chaque relation soignante. On peut parler de feu, d’inondation ou de tempĆŖte de l’angoisse, en tous les cas nommer ce qui emporte la relation et ses acteurs sans qu’ils puissent y Ć©chapper.

Dans la vignette, l’action psychosomatique sera d’arrĆŖter la propagation du feu anxieux pour Ć©viter le risque de la spirale iatrogĆ©nique. Pour rĆ©installer un cadre de traitement, on s’appuie sur le contexte soignant tout entier en organisant la temporalitĆ© des soins et le message dĆ©livrĆ© par les soignants. Dans la relation, on peut utiliser des mĆ©diations diffĆ©rentes de la parole comme le dessin (dessiner l’angoisse dans le corps), parfois une musique partagĆ©e ou un jeu. L’être avec peut devenir marcher avec, et le mĆ©decin choisit sa technique de relaxation (hypnose, mĆ©ditation).

Beaucoup de mĆ©decins sont encore trop inhibĆ©s devant l’utilisation de ces actions soignantes et empĆŖchent eux-mĆŖmes leur crĆ©ativitĆ© alors qu’elle est nĆ©cessaire devant le risque de chronicisation et de fatigue compassionnelle. Les groupes Balint et la supervision individuelle Balint (5) ainsi que les formations continues (SoPSOc) sont lĆ  pour lutter contre les rĆ©sistances Ć  cette approche.

Conclusion

L’incipit de la citation de MoliĆØre reflĆØte sa position naturaliste, l’homme doit accepter son impuissance devant la maladie et la mort. On peut l’entendre aussi comme un message de fraternitĆ© Balintien. Ce qui compte c’est l’autre le frĆØre, la personne du mĆ©decin et non ce qu’il prescrit; comme le dit Balint le mĆ©decin doit se prescrire lui-mĆŖme. L’anxiĆ©tĆ© est une hĆ©morragie, et une dĆ©faite pour le Moi dont le rĆ“le est de rĆ©guler les stimuli et les instances, il n’en peut plus et donc se manifeste par l’anxiĆ©tĆ©. La nommer, la faire parler, par exemple des crocodiles sous le lit, cette mise en mot rassure. Comment l’accueillir sans agir, lui donner sa place et suivre son cours et Ć©ventuellement remonter Ć  la source et la transformer en discours sur la sĆ©paration, l’impuissance, le deuil, la peur de la mort, le dĆ©sir. L’anxiĆ©tĆ© se met alors Ć  parler au travers de la relation au mĆ©decin, et la peur trouve son objet.

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Dr Matthias Vannotti

MƩdecin interne GƩnƩrale FMH
rue Verdaine 8/a
1095 Lutry

mvannotti@hotmail.com

Dr Dag Sƶderstrƶm

FMH psychiatrie et psychothƩrapie, psychanalyste SSPsa
Av de la Gare 16
1800 Vevey

dsoderstrom@bluewin.ch

Les auteurs n’ont pas dĆ©clarĆ© de conflit d’intĆ©rĆŖts en rapport avec cet article.

1. Freud S. Qu’il est justifiĆ© de sĆ©parer de la neurasthĆ©nie un certain complexe symptomatique sous le nom de Ā« nĆ©vrose d’angoisse Ā», NĆ©vrose psychose et perversion, Parid, PUF, 1973, pp15–38
2. Balint M, comment dĆ©buter, in Le mĆ©decin, son malade et la maladie, 1966 Payot, pp128–146
3. Voir Balint.ch
4. Balint M, La survivance de la relation maĆ®tre-Ć©lĆØve, in Le mĆ©decin, son malade et la maladie 1966, Payot, pp103–117
5. Herzig L, Sƶderstrƶm D: Supervision individuelle: une aide face aux patients difficiles. Primary care 2013;13:5, 86–87

Troubles du sommeil et dĆ©pression – particularitĆ©s chez les personnes Ć¢gĆ©es

Les dĆ©pressions sont, avec les maladies dĆ©mentielles et les maladies anxieuses, les maladies psychiatriques de la vieillesse les plus frĆ©quentes; les troubles du sommeil sont Ć©galement un symptĆ“me frĆ©quent chez les personnes Ć¢gĆ©es. Chez les personnes Ć¢gĆ©es, les dĆ©pressions peuvent se manifester par des symptĆ“mes atypiques, de sorte que les dĆ©pressions liĆ©es Ć  l’ âge ne sont pas reconnues immĆ©diatement. Souvent, des troubles physiques, des douleurs, un malaise gĆ©nĆ©ral et des troubles cognitifs sont au premier plan et non les symptĆ“mes habituels de la dĆ©pression. En particulier, il est gĆ©nĆ©ralement difficile , chez les ainĆ©s, de distinguer une dĆ©pression d’ une symptomatologie dĆ©pressive dans le cadre d’ une dĆ©mence dĆ©butante en raison des troubles cognitifs. Les troubles du sommeil peuvent ĆŖtre un symptĆ“me de la dĆ©pression de la personne Ć¢gĆ©e. Mais d’ autres causes peuvent ĆŖtre Ć  l’ origine de troubles du sommeil chez les personnes Ć¢gĆ©es, indĆ©pendantes d’ une dĆ©pression et qui, non diagnostiquĆ©es et non traitĆ©es, compliquent considĆ©rablement le traitement de la dĆ©pression.

Depression is the most common psychiatric disorders in old age, alongside dementia and anxiety; sleep disorders are also a common symptom in old age. Depression can manifest in older people through atypical symptoms, which means that old-age depression is not immediately recognized. Physical complaints, pain, general malaise and cognitive disorders are often the main cognitive disorders and not the main symptom of depression. In particular, the differentiation of depression in old age from depressive symptoms in the context of incipient dementia is usually difficult due to the cognitive disorders in old-age depression.
Key Words: Old age, depression, symptoms, cognitive disorders

La dépression chez le sujet âgé

Les causes

Des facteurs somatiques et psychiques/psychosociaux peuvent ĆŖtre impliquĆ©s dans l’ apparition d’ une dĆ©pression chez les personnes Ć¢gĆ©es.
En font partie la diminution des capacitĆ©s physiques et mentales, l’ apparition de maladies physiques avec la peur de perdre son autonomie, le changement de rĆ“le (profession, retraite, famille – dĆ©part des enfants) associĆ© Ć  une rĆ©orientation personnelle pour la pĆ©riode de la retraite, l’ expĆ©rience de pertes, les changements/rĆ©ductions du rĆ©seau social, le dĆ©part/dĆ©cĆØs d’ amis proches et de membres de la famille, mais aussi la perte du rĆ©seau social au travail.

Afin de planifier une thĆ©rapie spĆ©cifique et individuelle efficace, il est tout d’ abord important de reconnaĆ®tre la dĆ©pression dans sa manifestation et son intensitĆ© et de saisir en outre les Ć©ventuels facteurs impliquĆ©s dans son apparition et son maintien (facteurs physiques et psychosociaux).

Diagnostic de la dépression du sujet âgé

Le diagnostic de la dĆ©pression du sujet Ć¢gĆ© nĆ©cessite donc un examen Ć©tendu psychopathologique, psychosocial et physique (y compris des examens somatiques et la dĆ©termination de paramĆØtres de laboratoire et une imagerie (IRM)). La SociĆ©tĆ© Suisse de Psychiatrie de la personne Ć¢gĆ©e (SGAP/SPPA) a prĆ©sentĆ© (1) les recommandations actuelles pour le traitement d’ une dĆ©pression Ć  l’ âge avancĆ©. Celles-ci sont Ć©galement dĆ©terminantes pour le diagnostic diffĆ©rentiel d’ une dĆ©mence dĆ©butante. En complĆ©ment, des Ć©chelles de Ā«ratingĀ» telles que l’ échelle de dĆ©pression gĆ©riatrique (GDS) peuvent ĆŖtre utilisĆ©es pour dĆ©terminer l’ intensitĆ© de la dĆ©pression.

La clarification et l’ évaluation de la suicidalitĆ©, qui est nettement plus Ć©levĆ©e aussi bien chez les personnes Ć¢gĆ©es qu’ en cas de dĆ©pression, font partie intĆ©grante du diagnostic. La suicidalitĆ© doit ĆŖtre abordĆ©e et son intensitĆ© Ć©valuĆ©e. L’ évaluation et la discussion de la suicidalitĆ© nĆ©cessitent une certaine expĆ©rience clinique. Des Ć©chelles d’ évaluation sont Ć  disposition Ć©galement dans ce domaine (1, 2).

Traitement de la dépression du sujet âgé

Le traitement de la dĆ©pression du sujet Ć¢gĆ© devrait, tout comme le diagnostic, s’ orienter aux recommandations de traitement de la SGAP/SPPA) (1). En principe, en cas de dĆ©pression secondaire survenant dans le cadre d’ une autre maladie de base (p. ex. trouble de la fonction thyroĆÆdienne), il s’ agit d’ abord de traiter la maladie de base; le cas Ć©chĆ©ant, il faut cependant – mĆŖme en prĆ©sence d’ une autre maladie – traiter en parallĆØle l’ état dĆ©pressif ou les symptĆ“mes particuliers (p. ex. troubles du sommeil, agitation). En cas de dĆ©pression lĆ©gĆØre, une psychothĆ©rapie seule est prĆ©fĆ©rable; en cas de dĆ©pression modĆ©rĆ©e, le traitement peut ĆŖtre soit mĆ©dicamenteux, soit psychothĆ©rapeutique, soit combinĆ©; en cas de dĆ©pression grave, il faut toujours associer un traitement antidĆ©presseur mĆ©dicamenteux et une psychothĆ©rapie. A cela s’ ajoutent d’ autres thĆ©rapies adjuvantes non mĆ©dicamenteuses comme la luminothĆ©rapie, l’ activitĆ© physique et la thĆ©rapie sportive ainsi que l’ ergothĆ©rapie et la thĆ©rapie par l’ art.

Le traitement de la dĆ©pression devrait ĆŖtre effectuĆ© par un spĆ©cialiste en psychiatrie et psychothĆ©rapie, surtout chez les personnes Ć¢gĆ©es, aprĆØs une tentative de thĆ©rapie infructueuse (au plus tard aprĆØs deux), car une Ā«vision psychosomatiqueĀ» globale avec l’ application de stratĆ©gies psychothĆ©rapeutiques spĆ©cifiques est gĆ©nĆ©ralement nĆ©cessaire pour le traitement.

La psychothƩrapie

La psychothĆ©rapie des personnes Ć¢gĆ©es doit s’ orienter aux contenus et les thĆØmes dĆ©crits comme facteurs de stress pour l’ apparition de dĆ©pressions chez les personnes Ć¢gĆ©es (voir ci-dessus). Un aspect important Ć  relever est qu’ une perspective d’ avenir doit ĆŖtre dĆ©veloppĆ©e pour les patients Ć¢gĆ©s, voire parfois trĆØs Ć¢gĆ©s, mĆŖme si le temps pour cet avenir est beaucoup plus court chez eux que chez les plus jeunes. Un autre aspect important qui devrait ĆŖtre abordĆ© en psychothĆ©rapie est celui de Ā«l’ acceptationĀ». Il s’ agit ici d’ accepter la situation actuelle, par exemple la prĆ©sence d’ une maladie physique (gĆ©nĆ©ralement chronique) qui rĆ©duit la mobilitĆ© et l’ autonomie, ou encore les erreurs dĆ©plorĆ©es lors de phases antĆ©rieures de la vie, qui ne se laissent plus corriger. Ce n’ est qu’ alors que l’ on peut travailler sur les possibilitĆ©s d’ organiser l’ avenir et d’ amĆ©liorer la qualitĆ© de vie.

La plupart des rĆ©sultats positifs sont disponibles pour la thĆ©rapie cognitivo-comportementale (TCC), pour la thĆ©rapie interpersonnelle (TIP) et pour la thĆ©rapie focale psychodynamique. Pour les mĆ©thodes Ā«de troisiĆØme vagueĀ», soit ACT = Acceptance and Commitment Therapy, MBCT = Mindfulness-Based Cognitive Therapy et CBASP = Cognitive Behavioral Analysis System of Psychotherapy, les donnĆ©es relatives Ć  l’ utilisation chez les personnes Ć¢gĆ©es sont encore peu nombreuses. Cela ne signifie pas pour autant que ces mĆ©thodes thĆ©rapeutiques – appliquĆ©es au cas par cas – ne sont pas efficaces (1).

Le traitement mƩdicamenteux

Si un traitement mĆ©dicamenteux est nĆ©cessaire, tous les antidĆ©presseurs autorisĆ©s sont en principe efficaces. Les antidĆ©presseurs peuvent dĆ©jĆ  ĆŖtre utilisĆ©s en cas de dĆ©pression lĆ©gĆØre Ć  modĆ©rĆ©e avec des troubles du sommeil prononcĆ©s, en particulier lorsqu’ une psychothĆ©rapie n’ est pas possible (par ex. pas de disponibilitĆ©, troubles cognitifs prononcĆ©s). Le choix des antidĆ©presseurs se fait alors en premier lieu en fonction du profil des effets secondaires et, le cas Ć©chĆ©ant, des co-morbiditĆ©s prĆ©sentes simultanĆ©ment. La rĆØgle de base pour le traitement mĆ©dicamenteux des personnes Ć¢gĆ©es est Ā«start low, go slowĀ». Il convient nĆ©anmoins de viser et d’ atteindre un dosage suffisant du mĆ©dicament, qui peut ĆŖtre Ć©valuĆ© Ć  l’ aide de contrĆ“les des taux sanguins. Les mĆ©dicaments ayant des effets secondaires anticholinergiques doivent ĆŖtre Ć©vitĆ©s.

RƩsistance au traitement

En cas de résistance au traitement, les étapes mentionnées dans les recommandations suisses de traitement de la dépression chez le sujet âgé ou unipolaire (changement, combinaison de médicaments, augmentation, procédés biologiques supplémentaires) devraient être appliquées (1, 3).
Il convient de noter ici que si une augmentation de la dose d’ une substance n’ est pas possible en raison de l’ apparition d’ effets secondaires, une combinaison avec un deuxiĆØme antidĆ©presseur Ć  une dose Ć©galement faible Ć  moyenne peut ĆŖtre utile. pour minimiser des effets secondaires. La prise en charge d’ une dĆ©pression du sujet Ć¢gĆ© rĆ©sistante au traitement doit ĆŖtre effectuĆ©e par un spĆ©cialiste en psychiatrie et psychothĆ©rapie. Des troubles du sommeil persistants peuvent ĆŖtre une raison pour l’ absence de rĆ©ponse Ć  un traitement antidĆ©presseur.

Les troubles du sommeil chez les personnes âgées

Comme nous l’ avons dĆ©jĆ  mentionnĆ©, les troubles du sommeil peuvent ĆŖtre un symptĆ“me de la dĆ©pression. Mais il existe de nombreuses autres raisons qui peuvent ĆŖtre Ć  l’ origine de troubles du sommeil, en particulier chez les personnes Ć¢gĆ©es.

La rƩgulation du sommeil

Pour comprendre les troubles du sommeil, il est nƩcessaire de connaƮtre la rƩgulation du sommeil.

Les enregistrements EEG effectuĆ©s pendant le sommeil nous donnent une indication de l’ activitĆ© Ć©lectrophysiologique pendant la nuit. L’ analyse de ces enregistrements montre une alternance de sommeil non paradoxal et de sommeil paradoxal (cycle de sommeil) avec un sommeil non paradoxal profond en dĆ©but de nuit et un sommeil non paradoxal lĆ©ger en fin de nuit (dans les cycles de sommeil ultĆ©rieurs). Ces phases de sommeil sont Ć©galement associĆ©es Ć  une libĆ©ration rĆ©guliĆØre de diffĆ©rentes hormones, qui prĆ©sentent chacune un schĆ©ma caractĆ©ristique (4, 5, cf. fig. 1).

Le modĆØle Ć  deux processus (6) fournit une explication pour la rĆ©gulation du sommeil. Le sommeil est liĆ© au rythme clair-obscur de la journĆ©e de 24 heures imposĆ© par le soleil et est donc soumis Ć  un rythme circadien. Celui-ci est contrĆ“lĆ© par un pacemaker endogĆØne dans le diencĆ©phale (nucleus suprachiasmaticus) (= processus C – circadian). ParallĆØlement, indĆ©pendamment du rythme lumiĆØre/obscuritĆ© du soleil, la durĆ©e de l’ éveil prĆ©cĆ©dent influence notre sommeil en augmentant la pression de sommeil (processus S – pression de sommeil), (cf. fig. 2). Plus on reste Ć©veillĆ© longtemps, plus le sommeil de la nuit suivante est profond (processus de pression de sommeil S). On attribue au sommeil profond non REM une fonction de rĆ©cupĆ©ration Ā­physique et psychique ainsi qu’ une fonction de stimulation de la mĆ©moire, notamment en raison de la rĆ©duction de l’ activitĆ© neuronale corticale et de la modification de l’ activitĆ© de certaines hormones et du systĆØme immunitaire. Le sommeil paradoxal est moins influencĆ© par la variation de la durĆ©e d’ éveil prĆ©cĆ©dente, mais plutĆ“t liĆ© au rythme circadien (5).

D’ aprĆØs les connaissances des derniĆØres dĆ©cennies, il importe de viser avec le traitement un sommeil sain, naturel, avec des phases suffisantes de sommeil profond et de phases de sommeil non paroxysmale (sommeil REM) stables. De maniĆØre physiologique, chez la personne Ć¢gĆ©e, le sommeil se raccourcit et devient globalement plus lĆ©ger. De plus, le processus C de la rĆ©gulation du sommeil (composante circadiane) subit des changements, en particulier avec une montĆ©e plus prĆ©coce de la cortisole dans la deuxiĆØme partie de la nuit (rĆ©f 4, 5, 7, cf. aussi fig. 1).

Raisons des troubles du sommeil chez les ­personnes âgées

Outre ces modifications physiologiques qui entraĆ®nent un sommeil plus lĆ©ger avec un rythme circadien affaibli pour la tempĆ©rature corporelle centrale, la mĆ©latonine et le cortisol avec une avance de phase (phase advance) d’ environ une heure, on trouve chez les personnes Ć¢gĆ©es comme consĆ©quence de ces modifications du sommeil liĆ©es Ć  l’ âge et de la sĆ©crĆ©tion hormonale associĆ©e au sommeil (en particulier aussi le cortisol) une sensibilitĆ© accrue aux troubles du sommeil dus Ć  des facteurs exogĆØnes (facteurs de stress). Les facteurs de stress qui peuvent influencer le sommeil chez les personnes Ć¢gĆ©es sont analogues Ć  ceux mentionnĆ©s pour la dĆ©pression liĆ©e Ć  l’ âge (voir ci-dessus). En tant que facteurs de stress spĆ©cifiques Ć  l’ âge ils peuvent conduire plus rapidement et plus intensĆ©ment Ć  une insomnie prononcĆ©e en raison du sommeil plus lĆ©ger des personnes Ć¢gĆ©es (5).

Les maladies physiques jouent un rĆ“le important dans le dĆ©veloppement de l’ insomnie, surtout chez les personnes Ć¢gĆ©es. Il s’ agit notamment des troubles du sommeil spĆ©cifiques du Ā«Restless Legs SyndromeĀ» (syndrome des jambes sans repos) et des troubles respiratoires liĆ©s au sommeil (arrĆŖts respiratoires, apnĆ©e du sommeil), qui sont tous deux plus frĆ©quents avec l’ âge avanƧant et qui restent gĆ©nĆ©ralement non diagnostiquĆ©s pendant longtemps, malgrĆ© les troubles du sommeil dĆ©jĆ  existants.

Parmi les troubles spĆ©cifiques du sommeil, il convient Ć©galement de mentionner le trouble du comportement du sommeil paradoxal, qui s’ accompagne de mouvements moteurs pendant le sommeil paradoxal, le plus souvent en deuxiĆØme partie de nuit, et qui peut ĆŖtre associĆ© Ć  une maladie neurodĆ©gĆ©nĆ©rative du groupe des synnuclĆ©inopathies (maladie de Parkinson, dĆ©mence de corps de Lewy) et qui apparaĆ®t plus frĆ©quemment avec l’ âge.

A ces troubles primaires du sommeil s’ ajoutent une multitude de maladies physiques qui peuvent avoir un effet nĆ©gatif sur le sommeil. Il s’ agit en premier lieu de diffĆ©rents syndromes douloureux, mais aussi de maladies cardiovasculaires, pulmonaires et urogĆ©nitales, ainsi que de leur traitement mĆ©dicamenteux avec des substances qui perturbent parfois le sommeil (p. ex. des prĆ©parations Ć  base de thĆ©ophylline le soir pour traiter l’ asthme) (9). En cas de co-morbiditĆ©s somatiques (mais aussi psychiques) existantes, une Ć©troite collaboration interdisciplinaire entre les disciplines mĆ©dicales (mĆ©decin du sommeil, interniste, neurologiste, autres) est indiquĆ©e afin d’ obtenir un rĆ©sultat optimal. Le traitement des troubles du sommeil secondaires nĆ©cessite un traitement aussi optimal que possible de la maladie de base, ainsi qu’ un ajustement mĆ©dicamenteux des patients en tenant compte des propriĆ©tĆ©s perturbatrices du sommeil de certains mĆ©dicaments somatiques.

Diagnostic des troubles du sommeil

En premier lieu, il convient de dĆ©terminer si les troubles du sommeil dont le patient fait Ć©tat ont une valeur pathologique ou s’ il s’ agit uniquement d’ un comportement de sommeil erronĆ© ou d’ un trouble de la perception du sommeil. Pour ce faire, il est possible d’ utiliser l’ agenda du sommeil et l’ actigraphie, en plus d’ une anamnĆØse personnelle et externe approfondie. Si au niveau phĆ©nomĆ©nologique un trouble du sommeil est constatĆ©, il s’ agit alors de rechercher les causes. Il faut tout d’ abord dĆ©couvrir ou exclure les causes somatiques dĆ©crites ci-dessus (co-morbiditĆ©s somatiques, mĆ©dicaments potentiellement perturbateurs du sommeil) et les causes psychiques (facteurs de stress, maladies psychiques).
Comme ce processus diagnostique complet peut durer longtemps selon les cas avant d’ atteindre une certaine clartĆ©, il est souvent nĆ©cessaire de traiter l’ insomnie de maniĆØre symptomatique en parallĆØle.

Cela se justifie Ć©galement par le fait qu’ un traitement spĆ©cifique supplĆ©mentaire de l’ insomnie est souvent nĆ©cessaire mĆŖme si on trouve et traite une cause.

Il existe des options mĆ©dicamenteuses et non mĆ©dicamenteuses pour le traitement de l’ insomnie (9).

Traitement de l’ insomnie chez les personnes Ć¢gĆ©es (Tab. 1)

Mesures non mƩdicamenteuses

Parmi les mesures non mĆ©dicamenteuses, Ć  relever surtout des heures de sommeil et d’ éveil constantes (renforcement du processus C), Ć©ventuellement combinĆ©es avec une restriction de sommeil et une sieste limitĆ©e (renforcement du processus S).

L’ utilisation individuellement adaptĆ©e de la luminothĆ©rapie (agit sur le processus C) ainsi que toutes les mesures d’ hygiĆØne du sommeil (les deux processus sont concernĆ©s) sont d’ autres possibilitĆ©s thĆ©rapeutiques non mĆ©dicamenteuses qui agissent directement sur ces deux processus de rĆ©gulation du sommeil. L’ activitĆ© physique au sens d’ une activitĆ© sportive d’ intensitĆ© moyenne a Ć©galement un effet positif de soutien, tout comme les thĆ©rapies actives crĆ©atives et stimulantes sur le plan intellectuel (ergothĆ©rapie, art-thĆ©rapie). Ces activitĆ©s peuvent Ć©galement servir pour stabiliser le rythme circadien en les pratiquant toujours Ć  des heures fixes de la journĆ©e. RĆ©cemment, des Ć©tudes contrĆ“lĆ©es ont mis en Ć©vidence l’ effet positif de l’ activitĆ© physique et du sport sur l’ amĆ©lioration des troubles du sommeil et de la dĆ©pression. Les programmes d’ intensitĆ© moyenne avec une frĆ©quence de trois sĆ©ances d’ entraĆ®nement par semaine pendant trois Ć  six mois Ć©taient particuliĆØrement efficaces. Plus de 50 % des Ć©tudes examinĆ©es ont montrĆ© des effets positifs sur les troubles du sommeil ainsi que sur l’ amĆ©lioration de la dĆ©pression en gĆ©nĆ©ral (10).

Chez les personnes Ć¢gĆ©es, les activitĆ©s et programmes sportifs devraient ĆŖtre utilisĆ©s en cas de dĆ©pression ou/et d’ insomnie, en concertation avec les mĆ©decins traitants et sous leur supervision.

Traitement mƩdicamenteux

En cas de troubles du sommeil, il faut toujours commencer par utiliser des mĆ©thodes non mĆ©dicamenteuses, mais il est parfois indispensable de recourir Ć  des mĆ©dicaments favorisant le sommeil. Les hypnotiques benzodiazĆ©pines et les analogues des benzodiazĆ©pines (les substances Z comme le zolpidem) sont les plus utilisĆ©s, mais uniquement pour une utilisation Ć  court terme. Ils sont autorisĆ©s pour le traitement de l’ insomnie, mais doivent ĆŖtre administrĆ©s avec beaucoup de retenue, surtout chez les personnes Ć¢gĆ©es, en raison de leur profil d’ effets secondaires (surtout le risque de chute, les troubles cognitifs, la tolĆ©rance et les problĆØmes de dĆ©pendance).

Si un traitement mĆ©dicamenteux prolongĆ© de l’ insomnie est nĆ©cessaire (en cas d’ insomnie primaire ou secondaire), des substances de la classe des antidĆ©presseurs ou des antipsychotiques peuvent ĆŖtre administrĆ©es (cf. tableau 2).

Lors de l’ utilisation de ces substances chez les personnes Ć¢gĆ©es, c’ est le profil d’ effets secondaires de chaque substance qui dĆ©termine le choix. En principe, aucune substance prĆ©sentant des effets secondaires anticholinergiques (notamment sĆ©cheresse buccale, rĆ©tention urinaire, constipation, troubles de l’ accommodation et cognitifs) ne devrait ĆŖtre utilisĆ©e chez les personnes Ć¢gĆ©es; en prĆ©sence de co-morbiditĆ©s, il faut surtout faire attention au potentiel de dĆ©clenchement de troubles moteurs extrapyramidaux, Ć  l’ allongement de l’ intervalle QT et Ć  l’ induction d’ un Ć©tat mĆ©tabolique diabĆ©togĆØne ou d’ un syndrome mĆ©tabolique.

AprĆØs clarification du profil d’ effets secondaires et d’ éventuelles co-morbiditĆ©s, il convient d’ utiliser chez les personnes Ć¢gĆ©es avant tout des substances qui n’ induisent pas de grandes modifications de l’ architecture du sommeil et qui provoquent de prĆ©fĆ©rence une augmentation du sommeil profond sans suppression du sommeil REM (comme p. ex. la trazodone, l’ agomĆ©latine, la mirtazapine ou, dans la classe des antipsychotiques, surtout la quĆ©tiapine et le pipampĆ©rone) (cf. tab. 2). L’ utilisation de ces substances s’ oriente – comme mentionnĆ© ci-dessus au profil des effets secondaires et se voit limitĆ©e par la prĆ©sence d’ éventuelles co-morbiditĆ©s (5).

On oublie souvent l’ agoniste de la mĆ©latonine Circadine, qui est autorisĆ© pour les troubles du sommeil chez les personnes Ć¢gĆ©es et qui contrecarre la diminution de la force du processus C avec l’ âge.

Une nouvelle option de traitement est disponible depuis la fin de l’ annĆ©e derniĆØre: le daridorexant, un antagoniste des rĆ©cepteurs de l’ orexine. Il entraĆ®ne une amĆ©lioration de l’ endormissement et du maintien du sommeil, une augmentation du sommeil profond et du sommeil paradoxal et se caractĆ©rise surtout par une bonne tolĆ©rance, sans dĆ©pendance physique, ce qui en fait une option de traitement sĆ©rieuse, notamment pour les patients Ć¢gĆ©s (11). Le traitement des troubles du sommeil chez les personnes Ć¢gĆ©es ne se limite toutefois jamais au seul traitement mĆ©dicamenteux, il faut toujours inclure des Ć©lĆ©ments de traitement non mĆ©dicamenteux. AprĆØs un diagnostic minutieux et une anamnĆØse du sommeil, le traitement doit ĆŖtre planifiĆ© et mis en œuvre de maniĆØre personnalisĆ©e en fonction de la constellation prĆ©sente chez chaque patient, avec comme objectif le traitement complet du trouble du sommeil et la restauration des capacitĆ©s physiques et mentales.

NƩcessitƩ de la prƩvention

Une insomnie non traitĆ©e entraĆ®ne un risque accru d’ apparition de maladies physiques, notamment cĆ©rĆ©brovasculaires, cardiovasculaires et mĆ©taboliques (diabĆØte de type II, syndrome mĆ©tabolique), mais aussi de maladies psychiques, notamment des troubles anxieux, cognitifs et de dĆ©pression.

Il est donc impƩratif de traiter rapidement et systƩmatiquement les troubles du sommeil ayant valeur de maladie.
Le risque d’ apparition de troubles du sommeil chez les personnes Ć¢gĆ©es peut ĆŖtre rĆ©duit en respectant un rythme jour-nuit rĆ©gulier avec des heures de sommeil fixes ( le coucher en rĆØgle gĆ©nĆ©rale pas avant 22h30) et des horaires rĆ©guliers de prise de nourriture. Une sieste peut ĆŖtre autorisĆ©e Ć  midi, mais au maximum une demi-heure et pas aprĆØs 15 heures.

S’ y ajoutent des mesures visant Ć  maintenir la forme physique et mentale et le respect des mesures d’ hygiĆØne du sommeil. Toutes ces mesures comportementales jouent un grand rĆ“le dans la prĆ©vention des troubles du sommeil et de la dĆ©pression et peuvent ĆŖtre appliquĆ©es par les personnes Ć¢gĆ©es elles-mĆŖmes.

Cet article est une traduction de Ā«der informierte arzt – die informierte Ƥrztin 03_2024Ā»

Copyright Aerzteverlag medinfo AG

PD Dr. med. Dr. phil. Ulrich Michael Hemmeter

Chefarzt Psychiatrie St. Gallen Nord
Zürcherstrasse 30
9500 Wil

L‘ auteur n’ a pas dĆ©clarĆ© de conflit d’ intĆ©rĆŖts en rapport avec cet article.

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Les psychotropes au cabinet du mƩdecin gƩnƩraliste

Un nombre considĆ©rable de personnes souffrent de maladies dĆ©pressives, dā€™ā€Šā€Šangoisses pathologiques, prĆ©sentent des symptĆ“mes psychosomatiques, ont des problĆØmes de sommeil chroniques ou sont Ć©puisĆ©es sur le plan psychophysique. Elles cherchent souvent dā€™ā€Šā€Šabord une aide mĆ©dicale dans le cabinet du mĆ©decin de famille. Les mĆ©decins de famille sont donc confrontĆ©s chaque jour Ć  des patients atteints de troubles psychiques et doivent alors agir. Il est donc dā€™ā€Šautant plus important dā€™ā€Šavoir des compĆ©tences de base concernant les diffĆ©rents psychotropes et leur utilisation ciblĆ©e, mais aussi de connaĆ®tre leurs limites thĆ©rapeutiques. En ces temps de prĆ©tendu engouement pour la neurobiologie les psychotropes ne peuvent toutefois jamais remplacer une bonne relation de confiance entre le mĆ©decin et le patient. Ils doivent ĆŖtre considĆ©rĆ©s comme un complĆ©ment dans le traitement exigeant des patients souffrant de troubles psychiques.

A considerable number of people suffer from depressive disorders, pathological anxiety, show psychosomatic symptoms, have chronic sleep problems or are psycho-physically exhausted and often first seek medical help in the GPā€™ā€Šs practice. GPs are therefore confronted with psychologically impaired patients every day and must then act. This makes it all the more important for them to have a basic knowledge of the various psychotropic drugs and their targeted use, but also to know about their therapeutic limitations. Even in times of supposed neurobiology hype, psychopharmaceuticals can never replace a good, trusting relationship between doctor and patient. They are to be seen as a supplement in the demanding treatment of mentally ill patients.
Key words: depressive disorders, anxiety, insomnia, psychotropic drugs, neurobiology, psychopharmaceuticals

Aspects gƩnƩraux du traitement par psychotropes

Les maladies psychiatriques de nature plus grave entraĆ®nent des dĆ©ficiences permanentes et une espĆ©rance de vie plus courte que de nombreuses maladies somatiques. Ils imposent donc des exigences Ć©levĆ©es au praticien. De nombreux patients atteints de maladies mentales consultent dā€™ā€Šabord leur mĆ©decin de famille. La plupart du temps, ce sont des personnes prĆ©sentant des symptĆ“mes dĆ©pressifs où se plaignant dā€™ā€ŠanxiĆ©tĆ© pathologique, puisque ces deux maladies mentales continuent dā€™ā€ŠĆŖtre en tĆŖte du classement des maladies mentales. Le diagnostic est parfois difficile, surtout dans le cas des troubles dĆ©pressifs, car les patients ne sā€™ā€Šadressent pas immĆ©diatement Ć  leur psychisme altĆ©rĆ©. Ou ils ne peuvent pas relier les symptĆ“mes Ć  des processus psychologiques et signaler seuls les problĆØmes physiques. Le mĆ©decin de famille a souvent lā€™ā€Šavantage de connaĆ®tre le patient depuis longtemps, de sā€™ā€Šattaquer aux changements de comportement et de rĆ©actions et de rendre les symptĆ“mes explicables. Si aucune rĆ©fĆ©rence nā€™ā€Šest faite au psychiatre, la responsabilitĆ© de la thĆ©rapie lui incombe uniquement. Il joue ainsi un rĆ“le important dans la dĆ©tection initiale, le triage et le traitement des troubles mentaux, ainsi que dans la prescription et la gestion des mĆ©dicaments psychotropes.

En Allemagne, les mĆ©decins de famille prescrivent un tiers des psychotropes. Aux Ɖtats-Unis, les trois quarts des antidĆ©presseurs ne sont pas prescrits par des psychiatres mais par des mĆ©decins gĆ©nĆ©ralistes, des pĆ©diatres ou des gynĆ©cologues. Et le nombre de ventes de psychotropes ne cesse dā€™ā€Šaugmenter, notamment ceux des antidĆ©presseurs, des tranquillisants, des neuroleptiques et aussi ceux du mĆ©thylphĆ©nidate. Selon les donnĆ©es des caisses-maladie, environ 20 % de tous les assurĆ©s en Suisse prennent des psychotropes, dont la moitiĆ© sont prescrits par les mĆ©decins de famille et 30 % par les psychiatres. La pratique croissante de la prescription de mĆ©dicaments psychotropes est Ć  plusieurs reprises Ć©valuĆ©e de maniĆØre critique par le corps mĆ©dical, les caisses dā€™ā€Šassurance maladie, les patients et les organisations de patients, mais cela nā€™ā€Ša pas entraĆ®nĆ© de changements positifs Ć  ce jour. Les mĆ©dicaments psychotropes doivent toujours ĆŖtre utilisĆ©s de maniĆØre trĆØs prĆ©cise et pendant une pĆ©riode limitĆ©e, et le patient doit ĆŖtre supervisĆ© par le mĆ©decin pendant le traitement rĆ©guliĆØrement accompagnĆ© par le mĆ©decin prescripteur. Le traitement mĆ©dicamenteux des maladies mentales est infĆ©rieur Ć  une combinaison avec la psychothĆ©rapie mĆ©dicale et nā€™ā€Šest fondamentalement ni raisonnable ni opportun. Les mĆ©dicaments psychotropes sont importants sur le plan thĆ©rapeutique en psychiatrie et en psychothĆ©rapie, mais leur seul spectre dā€™ā€Šeffet est limitĆ©. Lā€™ā€ŠidĆ©e que leur utilisation puisse rĆ©soudre les problĆØmes sous-jacents dā€™ā€Šun trouble mental est insuffisante. Sans une clarification approfondie et compĆ©tente avec une analyse de la situation psychosociale et professionnelle trĆØs pertinente, lā€™ā€Šutilisation de psychotropes reste problĆ©matique. En outre, leur effet et leurs effets secondaires doivent ĆŖtre mis en balance les uns avec les autres et les traitements alternatifs et les mesures dā€™ā€Šauto-assistance doivent ĆŖtre pris en compte dans la stratĆ©gie thĆ©rapeutique. Lā€™ā€Šorientation biologique de la psychiatrie et des neurosciences tente dā€™ā€ŠĆ©tablir une image des troubles mentaux selon laquelle lorsque le psychisme souffre, le cerveau est simplement censĆ© ĆŖtre malade. En relation avec lā€™ā€Šaffirmation gĆ©nĆ©rale dā€™ā€Šaujourdā€™ā€Šhui de la Ā«solution rapideĀ» pour le mĆ©decin gĆ©nĆ©raliste, des questions importantes se posent sur la pratique adĆ©quate ou critique de lā€™ā€Šutilisation des psycho pharmaceutiques: Alors, quand faut-il utiliser les mĆ©dicaments psychotropes ? Quelle qualitĆ© des troubles mentaux justifie le traitement mĆ©dicamenteux? Quels sont les bĆ©nĆ©fices pour les patients et quels sont les effets nĆ©gatifs possibles des mĆ©dicaments utilisĆ©s ?

AntidƩpresseurs

Les donnĆ©es sur les bĆ©nĆ©fices des antidĆ©presseurs sont contradictoires. Les antidĆ©presseurs avec un nouveau mĆ©canisme dā€™ā€Šaction, une efficacitĆ© rapide et moins dā€™ā€Šeffets secondaires ne sont pas en vue. De nouvelles Ć©tudes montrent que si la majoritĆ© des antidĆ©presseurs examinĆ©s diffĆØrent du placebo plus quā€™ā€ŠalĆ©atoirement, cā€™ā€Šest-Ć -dire quā€™ā€Šils ont un effet, ils restent trĆØs faibles dans leur taille dā€™ā€Šeffet. Les effets sont si faibles que lā€™ā€Šon suppose que 90 % de lā€™ā€Šeffet des antidĆ©presseurs est basĆ© sur les effets placebo. NĆ©anmoins, les patients peuvent bĆ©nĆ©ficier dā€™ā€ŠantidĆ©presseurs, mĆŖme si nous ne savons toujours pas comment et pourquoi. Lā€™ā€ŠhypothĆØse de la monoamine, cā€™ā€Šest-Ć -dire quā€™ā€Šune concentration rĆ©duite de sĆ©rotonine ou de noradrĆ©naline est seule responsable de la dĆ©viation de lā€™ā€Šhumeur de base ne peut pas ĆŖtre maintenue mĆŖme sur la base de les derniĆØres Ć©tudes. Une causalitĆ© neurobiologique linĆ©aire entre les antidĆ©presseurs et lā€™ā€ŠamĆ©lioration de la santĆ© mentale nā€™ā€Ša probablement jamais existĆ©, et son effet thymoleptique partiellement obtenu reste incertain.

Pour les Ć©tats dĆ©pressifs lĆ©gers et modĆ©rĆ©s, les antidĆ©presseurs ne sont plus considĆ©rĆ©s comme indiquĆ©s de toute urgence. Ils peuvent ĆŖtre traitĆ©s avec succĆØs par une psychothĆ©rapie mĆ©dicale. Cependant, les antidĆ©presseurs sont utilisĆ©s comme antidĆ©presseurs activateurs (ISRS ou IRSN) ou sĆ©datifs (par exemple trazodone (Trittico), mirtazapine (Remeron) ou tricycliques) en cas de symptĆ“mes dĆ©pressifs prononcĆ©s. Les ISRS sont Ć©galement indiquĆ©s pour les troubles anxieux et avec les antidĆ©presseurs sĆ©datifs. Dans ce contexte, il faut tenir compte de lā€™ā€Šaptitude Ć  la conduite consĆ©cutivement limitĆ©e et du risque de chute. Les ISRS sont Ć©galement utilisĆ©s pour les troubles obsessionnels compulsifs et les syndromes de douleur chronique. Le syndrome sĆ©rotoninergique dans les ISRS est rare et peut survenir lorsquā€™ā€Šil est associĆ© Ć  du triptan, Ć  des opioĆÆdes ou Ć  lā€™ā€Šadministration concomitante dā€™ā€Šautres antidĆ©presseurs. En raison des incertitudes concernant le mĆ©canisme dā€™ā€Šaction des antidĆ©presseurs dĆ©crites ci-dessus, il nā€™ā€Šexiste pas dā€™ā€Šoption mĆ©dicamenteuse sur mesure pour un certain type de patient. Leur utilisation dĆ©pend de la tolĆ©rance individuelle, de la prĆ©sence de comorbiditĆ©s et de la propre expĆ©rience du praticien. En pratique gĆ©nĆ©rale, quelques prĆ©parations suffisent, mais elles doivent ĆŖtre bien connues. Les antidĆ©presseurs doivent toujours ĆŖtre dosĆ©s (dose dā€™ā€Šessai) et doivent toujours ĆŖtre arrĆŖtĆ©s lentement aprĆØs une stabilisation soutenue de la santĆ© mentale en raison dā€™ā€ŠĆ©ventuels symptĆ“mes de sevrage.

Les phytothĆ©rapies (Hypericum perforatum) sont comparables aux antidĆ©presseurs synthĆ©tiques dans les cas modĆ©rĆ©s et peuvent ĆŖtre proposĆ©es au patient comme premier choix car leurs effets secondaires et le risque dā€™ā€Šinteraction sont plus faibles. La kĆ©tamine est autorisĆ©e comme antidĆ©presseur en Suisse depuis 2020 uniquement pour la dĆ©pression rĆ©sistante au traitement et est utilisĆ©e sous forme de spray nasal et de faƧon ā€Šintraveineuse.

Ces derniĆØres annĆ©es, les neuroleptiques ont Ć©galement Ć©tĆ© utilisĆ©s comme thĆ©rapie dā€™ā€Šaugmentation pour les troubles dĆ©pressifs sans symptĆ“mes psychotiques et pour les troubles du sommeil. Lā€™ā€Šindication semble discutable en raison des bĆ©nĆ©fices souvent insuffisants pour les patients et surtout Ć  cause des effets secondaires. Dans les maladies dĆ©pressives rĆ©currentes, le lithium est incompatible avec le change le stabilisateur dā€™ā€Šhumeur de choix, son mĆ©canisme dā€™ā€Šaction nā€™ā€Šest pas connu. Le schĆ©ma posologique doit ĆŖtre suivi strictement et se conformer aux tests sanguins rĆ©guliers selon le fabricant. Le domaine thĆ©rapeutique est Ć©troit (cardiotoxicitĆ©) et le patient doit en ĆŖtre informĆ© ainsi que des autres effets secondaires possibles et de lā€™ā€Šintervalle de temps (12 heures) entre la derniĆØre prise de Lithium et la prise de sang.

Neuroleptiques

Il existe un grand nombre de neuroleptiques et leur sĆ©lection nā€™ā€Šest pas non plus facile. Ils sont antipsychotiques, sĆ©datifs et soulagent lā€™ā€Šagitation psychomotrice. Ils sont utilisĆ©s p. o. ou i. m. dĆ©pĆ“t dans les symptĆ“mes psychotiques dans le contexte de la schizophrĆ©nie ou de la dĆ©pression majeure, comme prophylaxie de phase dans les troubles bipolaires, dans les Ć©pisodes maniaques aigus et dans les Ć©tats dā€™ā€ŠĆ©veil chez les patients schizophrĆØnes et maniaques application i. m. aigu. Ils agissent sur diffĆ©rents rĆ©cepteurs de la dopamine, de la sĆ©rotonine et de lā€™ā€Šhistamine et entraĆ®neraient une normalisation de lā€™ā€ŠactivitĆ© cĆ©rĆ©brale, notamment via leur antagonisme D2. Dans le cas de Latuda, le mĆ©canisme dā€™ā€Šaction est inconnu, mais dans le cas de Reagila, lā€™ā€Šeffet doit ĆŖtre obtenu via un agonisme partiel des rĆ©cepteurs D3 ou D2. ƀ ce jour, les Ć©tudes nā€™ā€Šont pas montrĆ© que les nouvelles prĆ©parations sont significativement plus efficaces que les neuroleptiques classiques. Cependant, les antipsychotiques de la nouvelle gĆ©nĆ©ration (par exemple la rispĆ©ridone, lā€™ā€Šolanzapine, la quĆ©tiapine) sont propagĆ©s comme particuliĆØrement efficaces contre les symptĆ“mes nĆ©gatifs de la schizophrĆ©nie. La situation est similaire Ć  celle des antidĆ©presseurs: lā€™ā€Šā€‰avantage des prĆ©parations plus rĆ©centes se reflĆØte principalement dans leurs profils dā€™ā€Šā€Šeffets secondaires parfois plus favorables, par exemple en ce qui concerne la prise de poids, la dyskinĆ©sie tardive, lā€™ā€Šā€Šakathisie, la constipation, lā€™ā€Šhypotension orthostatique, lā€™ā€Šhypertension et les tachyarythmies. Dans le cas des neuroleptiques, il est Ć©galement important de bien connaĆ®tre quelques prĆ©parations, leurs effets secondaires et les interactions possibles et de faire attention au dosage appropriĆ©. Des Ć©tudes ont montrĆ© quā€™ā€Šun bon effet antipsychotique est obtenu en occupant les rĆ©cepteurs de la dopamine de 60 Ć  65 %, et Ć  partir de 80 %, les effets secondaires extrapyramidaux augmentent fortement. Ainsi, la dose de neuroleptiques peut ĆŖtre maintenue Ć  un niveau bas (par exemple, 2 Ć  6 mg de Risperdal, 5 Ć  20 mg de Zyprexa). La prudence est recommandĆ©e lors de lā€™ā€Šutilisation de neuroleptiques en raison dā€™ā€Šune agitation sĆ©vĆØre et dā€™ā€Šun dĆ©ficit cognitif prĆ©existant chez les personnes Ć¢gĆ©es. Dans le cas de lā€™ā€Šagitation nocturne des patients Ć¢gĆ©s, les prescriptions de neuroleptiques reflĆØtent malheureusement trop souvent le manque lamentable de personnel dans les Ć©tablissements. Les gardes de siĆØge externes sont souvent plus utiles comme alternative et doivent ĆŖtre discutĆ©es. MĆŖme les neuroleptiques qui ne sont utilisĆ©s que pendant une courte pĆ©riode peuvent Ć©galement accĆ©lĆ©rer le dĆ©veloppement de la dĆ©mence.

Les benzodiazƩpines

AprĆØs les antidĆ©presseurs, les benzodiazĆ©pines sont considĆ©rĆ©es comme les deuxiĆØmes mĆ©dicaments psychotropes les plus frĆ©quemment prescrits. Ils sont utilisĆ©s dans les maladies psychiatriques comme anxiolytiques/sĆ©datifs et hypnotiques. En raison de leur action rapide via une liaison allostĆ©rique (non compĆ©titive) au rĆ©cepteur GABA-A et de leur bonne ampleur thĆ©rapeutique, ils sont souvent prescrits trop longtemps, souvent pendant des annĆ©es, ce qui entraĆ®ne des dĆ©ficits cognitifs et des dĆ©pendances Ć  faible dose. Les benzodiazĆ©pines Ć©tant des relaxants musculaires en plus de leurs effets anxiolytiques, sĆ©datifs, sĆ©datifs, somnifĆØres et antispasmodiques, le risque de chutes augmente, en particulier chez les patients Ć¢gĆ©s. Les benzodiazĆ©pines peuvent ĆŖtre associĆ©es Ć  des antidĆ©presseurs et Ć  des neuroleptiques. Cependant, il convient de souligner que lā€™ā€Šeffet sĆ©datif est potentialisĆ©, surtout si de lā€™ā€Šalcool ou dā€™ā€Šautres substances psychotropes sont consommĆ©s en mĆŖme temps. Il existe Ć©galement la possibilitĆ© dā€™ā€Šune accumulation de mĆ©dicaments avec certaines prĆ©parations, bien quā€™ā€Šaucun effet correspondant ne puisse ĆŖtre dĆ©tectĆ© avec Xanax et Temesta, mais avec Valium et Rivotril, de tels effets peuvent ĆŖtre dĆ©tectĆ©s. Lā€™ā€ŠarrĆŖt des benzodiazĆ©pines en cas de dĆ©pendance physique entraĆ®ne des symptĆ“mes de sevrage (crise de sevrage des grottes) et doit toujours ĆŖtre effectuĆ© trĆØs lentement et sous surveillance mĆ©dicale stricte. Des alternatives aux benzodiazĆ©pines sont disponibles pour lā€™ā€Šagitation et lā€™ā€Šaugmentation des sentiments dā€™ā€ŠanxiĆ©tĆ©, par exemple dans le cadre dā€™ā€Šun trouble dĆ©pressif, ainsi que pour le traitement des problĆØmes de sommeil. Les patients doivent se voir proposer de telles prĆ©parations principalement en raison de leur potentiel de dĆ©pendance faible ou nul. Lā€™ā€Šhuile de lavande (Laitea), la combinaison de houblon et de baldrian (Hova), la mĆ©latonine (Circadin) ont fait leurs preuves chez de nombreux patients, et la mirtazapine (Remeron), la miansĆ©rine (Tolvon) et la tradozone (Trittico) sont Ć©galement prĆ©fĆ©rables aux benzodiazĆ©pines comme antidĆ©presseurs induisant le sommeil.

Conclusion

Les troubles mentaux ne sont pas des infections et les psychotropes ne sont pas des antibiotiques. Une position mĆ©dicale qui considĆØre lā€™ā€ŠĆ©quilibre des neurotransmetteurs comme un remĆØde Ć  une maladie mentale est sans aucun doute beaucoup trop myope. Elle nie le dĆ©veloppement psychosocial pertinent en tant que facteur dĆ©cisif pour le dĆ©veloppement des troubles mentaux. La psychothĆ©rapie seule ne peut pas traiter durablement les maladies mentales, elles sont manifestement plus efficaces en combinaison avec la psychothĆ©rapie mĆ©dicale et doivent donc ĆŖtre considĆ©rĆ©es comme un complĆ©ment Ć  une stratĆ©gie de traitement de pointe avec une psychothĆ©rapie mĆ©dicale. Lā€™ā€Šutilisation de mĆ©dicaments psychotropes nĆ©cessite une compĆ©tence de base appropriĆ©e, une prise en compte prĆ©cise en cas de diagnostic clarifiĆ© et dā€™ā€Šindication exacte, ainsi quā€™ā€Šun suivi mĆ©dical rĆ©gulier. En outre, le patient a besoin dā€™ā€Šinformations adĆ©quates sur les effets secondaires possibles. Leur apparence doit toujours ĆŖtre prise au sĆ©rieux. Les slogans de persĆ©vĆ©rance ne sont pas utiles. Les nausĆ©es, les Ć©tourdissements, la prise de poids, lā€™ā€Šaugmentation du pouls et de la pression artĆ©rielle ou la perte de libido reprĆ©sentent une rĆ©duction significative de la qualitĆ© de vie au-delĆ  de la maladie sous-jacente. Ils perpĆ©tuent lā€™ā€Šaffect nĆ©gatif et les peurs. Chez les patients Ć¢gĆ©s, lā€™ā€ŠaltĆ©ration du mĆ©tabolisme doit toujours ĆŖtre prise en compte lors de lā€™ā€Šutilisation de mĆ©dicaments psychotropes, notamment en ce qui concerne le risque dā€™ā€Šun Ć©ventuel dĆ©lire en cas de polypharmacie prĆ©existante.
Lā€™ā€Šinterface entre le mĆ©decin de famille et le psychiatre est multidimensionnelle et parfois caractĆ©risĆ©s par des Ć©valuations diffĆ©rentes et peut-ĆŖtre aussi par des intĆ©rĆŖts divergents, mais lā€™ā€Šobjectif commun est la prise en charge optimale des patients atteints de maladies mentales. Une clarification et un traitement spĆ©cialisĆ©s doivent ĆŖtre envisagĆ©s rapidement.

Cet article est une traduction de Ā«der informierte arzt – die informierte ƤrztinĀ» 11/2023

Copyright Aerzteverlag medinfo AG

Dr mƩd. Michael Sacchetto-Mussetti

SpƩcialiste en psychiatrie et psychothƩrapie FMH
Dorfstrasse 5
8700 Küsnacht
www.zentrumkuesnacht.ch

m.sacchetto@hin.ch

Lā€™ā€Šauteur nā€™ā€Ša dĆ©clarĆ© aucun conflit dā€™ā€ŠintĆ©rĆŖts en relation avec cet article.

  • Contrairement Ć  lā€™ā€Šesprit du temps, le traitement des patients psychiatriques nĆ©cessite pas seulement une thĆ©rapie psychopharmaceutique, mais aussi un accompagnement permanent. Un examen et un traitement psychothĆ©rapeutique par le mĆ©decin spĆ©cialiste sont indiquĆ©s dans la plupart des cas.
  • Il convient de prendre peu de mĆ©dicaments psychotropes, mais de bien connaĆ®tre le mode dā€™ā€Šaction, les effets secondaires et les interactions. Il est particuliĆØrement important de discuter prĆ©cisĆ©ment de la mĆ©dication. Leur dosage respectif doit ĆŖtre choisi avec retenue (effets secondaires). Les mĆ©dicaments psychotropes doivent ĆŖtre utilisĆ©s de faƧon limitĆ©e dans le temps. Les neuroleptiques ne doivent ĆŖtre considĆ©rĆ©s que comme une solution de dernier recours.
  • Une bonne collaboration entre le mĆ©decin de famille et le psychiatre augmente le taux de rĆ©ussite du diagnostic, surtout pour les troubles dĆ©pressifs souvent non diagnostiquĆ©s.
  • Les effets secondaires des mĆ©dicaments psychotropes doivent toujours ĆŖtre pris au sĆ©rieux. MĆŖme si la prise de mĆ©dicaments nā€™ā€Šest que de courte durĆ©e, il convient dā€™ā€Šadapter la dose ou un changement de mĆ©dicament.

 

 

chez lā€™ā€Šauteur

La douleur chronique Ʃvolue

En ce qui concerne la catĆ©gorisation de la douleur chronique, la CIM-11 marque une Ć©volution rĆ©jouissante: pour la premiĆØre fois, la douleur chronique est classĆ©e comme une maladie Ć  part entiĆØre. De plus, la CIM-11 Ć©vite de rĆ©duire la douleur sans cause lĆ©sionnelle Ć  une cause psychiatrique ou psychogĆØne, mais parle plutĆ“t de Ā«douleurs chroniques primairesĀ», ce qui est neutre du point de vue de lā€™ā€ŠinterprĆ©tation. Pour toutes les formes de maladies douloureuses chroniques, la nouvelle grille diagnostique interroge aussi bien la phĆ©nomĆ©nologie de la perception subjective de la douleur que les manifestations psychosociales qui lā€™ā€Šaccompagnent. Implicitement, la comprĆ©hension de la douleur dans la CIM-11 se rapproche dā€™ā€Šune image non-duale de lā€™ā€ŠĆŖtre humain et crĆ©e une bonne base de comprĆ©hension pour lā€™ā€Šapproche thĆ©rapeutique multimodale.

As far as the categorization of chronic pain is concerned, there is a welcome development with ICD-11: for the first time, chronic pain is classified as a disease in its own right. ICD-11 also avoids reducing pain without a lesional cause to a psychiatric or psychogenic cause, but speaks of ā€œprimary chronic painā€ in a neutral way. For all forms of chronic pain disorders, the new diagnostic grid queries both the phenomenology of the subjective pain sensation and psychosocial concomitant symptoms. Implicitly, the understanding of pain in ICD-11 approaches a non-dual view of man and creates a good basis of understanding for the multimodal treatment approach.
Key words: ICD-11, chronic pain, primary chronic pain, pain disorder, classification

Dā€™ā€Šune comprĆ©hension dualiste Ć  une Ā­comprĆ©hension non-duale de la douleur

La CIM-11 (International Classification of Diseases, 11th Revision) a Ć©tĆ© introduite dans le monde entier au dĆ©but de lā€™ā€ŠannĆ©e 2022 et doit remplacer entiĆØrement la CIM-10 aprĆØs une pĆ©riode de transition (1). La CIM nā€™ā€Šest pas un manuel, mais un instrument de diagnostic Ć©pidĆ©miologique de lā€™ā€ŠOMS. Lā€™ā€ŠĆ©volution de la classification des douleurs chroniques dans la CIM est un reflet intĆ©ressant de notre pensĆ©e mĆ©dicale collective qui Ć©volue constamment.

Lors de son introduction, la CIM-10 Ć©tait progressiste dans la mesure où elle crĆ©ait une catĆ©gorie de diagnostic pour les maladies douloureuses sans origine lĆ©sionnelle. Dans la conscience mĆ©dicale collective de lā€™ā€Šā€ŠĆ©poque, il sā€™ā€Šā€Šagissait dā€™ā€Šā€Šune nouveautĆ©, car la douleur sans cause lĆ©sionnelle Ć©tait impensable pour beaucoup jusquā€™ā€Šā€ŠĆ  prĆ©sent: Sā€™ā€Šil nā€™ā€Šy a pas de feu, il nā€™ā€Šy a pas de fumĆ©e.GĆ©nĆ©rations de professionnels de la mĆ©decine et des assurances mĆ©dicales ont Ć©voluĆ© dans ce paradigme matĆ©rialiste et rĆ©ductionniste.

Dā€™ā€Šun point de vue actuel, la classification des douleurs de la CIM-10 Ć©tait liĆ©e Ć  une vision fortement dualiste: soit la personne concernĆ©e avait une lĆ©sion plausible Ć  prĆ©senter pour expliquer ses douleurs chroniques, soit elle Ć©tait soupƧonnĆ©e de souffrir dā€™ā€Šune psychopathie. En consĆ©quence, la douleur non lĆ©sionnelle a Ć©tĆ© traitĆ©e dans la CIM-10 au chapitre des troubles psychiques (chapitre F) sous le terme Ā«somatoformeĀ» et a Ć©tĆ© de facto Ā«psychiatrisĆ©eĀ».

Cette logique de Ā«lā€™ā€Šun ou lā€™ā€ŠautreĀ» a Ć©tĆ© rompue en 2009 dans les pays germanophones par lā€™ā€Šajout dā€™ā€Šun diagnostic de douleur Ā«aussi bien queĀ» dans la version locale de la CIM-10: le trouble douloureux chronique avec facteurs somatiques et psychiques (CIM-10, F 45.41). Ce diagnostic reflĆ©tait dĆ©jĆ  la rĆ©alitĆ© clinique de maniĆØre beaucoup plus complĆØte, car dans la grande majoritĆ© des douleurs chroniques, les facteurs organiques et psychiques jouent un rĆ“le.

Maladies liƩes Ơ la douleur

La notion de maladie douloureuse (en anglais pain disease) est bien établie dans la littérature médicale actuelle (2). En conséquence, la CIM-11 considère la douleur chronique comme une entité pathologique indépendante avec sa propre symptomatologie et ses propres critères de vulnérabilité.

Les maladies douloureuses chroniques ne peuvent ĆŖtre rĆ©duites ni Ć  une lĆ©sion organique ni Ć  leur modulabilitĆ© psychique. Le fait que la douleur soit en premier lieu un processus perceptif et que cette perception puisse se modifier de maniĆØre pathologique a longtemps Ć©tĆ© cachĆ©. Le syndrome douloureux rĆ©gional complexe (abrĆ©viation anglaise: CRPS) illustre de maniĆØre exemplaire que le systĆØme de perception de la douleur peut tomber malade en soi. Les modifications neurologiques pĆ©riphĆ©riques et centrales du CRPS ne sont pas directement liĆ©es Ć  la lĆ©sion dĆ©clenchante ni Ć  une psychopathologie. Les recherches sur les Ā«chronic widespread painĀ» montrent Ć©galement une pathophysiologie complexe comparable pour les maladies douloureuses suprarĆ©gionales (par ex. hĆ©miplĆ©giques) (3) et gĆ©nĆ©ralisĆ©es (4). Nous savons aujourdā€™ā€Šhui que la douleur chronique est associĆ©e de multiples faƧons Ć  des modifications neuroplastiques, neurovĆ©gĆ©tatives et neuroimmunologiques. Un mĆ©canisme physiopathologique central est le phĆ©nomĆØne de sensibilisation pĆ©riphĆ©rique et centrale par lā€™ā€Šinflammation neurogĆØne (4, 5).

Les connaissances relatives Ć  la prĆ©disposition aux maladies se renforcent de plus en plus. Une Ć©tude rĆ©cente basĆ©e sur les donnĆ©es de 500ā€™ā€Š000 personnes montre quels facteurs de risque pour la santĆ© prĆ©disent statistiquement lā€™ā€Šextension et la chronicitĆ© de la douleur (6). Parmi les facteurs citĆ©s (Ć©vĆ©nements de vie stressants, troubles de lā€™ā€Šendormissement et du sommeil, irritabilitĆ©, Ć©puisement, tension, augmentation du comportement alimentaire/obĆ©sitĆ©), il est facile de constater la base commune de la physiologie du stress. Tout comme les concepts courants de vulnĆ©rabilitĆ© de la Ā«pain pronenessĀ» (stress de lā€™ā€Šenfance) (7) et de la Ā«action pronenessĀ» (dĆ©pense Ć  lā€™ā€ŠĆ¢ge adulte) (8), les facteurs citĆ©s peuvent ĆŖtre rattachĆ©s Ć  lā€™ā€ŠhypothĆØse de vulnĆ©rabilitĆ© au stress et Ć  la douleur, selon laquelle un stress prolongĆ© ou violent modifie le systĆØme de perception de la douleur Ć  diffĆ©rents niveaux (9–12).

CatƩgories de douleur dans la CIM-11

La CIM-11 mentionne la douleur chronique dans le chapitre MG30 comme un groupe de maladies Ć  part entiĆØre. La CIM-11 distingue les deux catĆ©gories principales de douleurs chroniques dites primaires et secondaires, sans distinction de valeur ni de vocabulaire. La diffĆ©rence rĆ©side dans le fait que, dans le cas des douleurs chroniques secondaires, il existe dā€™ā€Šabord un dĆ©clencheur lĆ©sionnel sur la base duquel se dĆ©veloppe secondairement une maladie douloureuse chronique. Dans le cas des douleurs chroniques primaires, cette condition nā€™ā€Šest pas nĆ©cessaire.
Le syndrome douloureux rƩgional complexe mentionnƩ plus haut, le syndrome de fibromyalgie, la migraine chronique ou le syndrome douloureux pelvien chronique sont quelques exemples de maladies douloureuses primaires.

En rĆ©alitĆ©, la CIM-11 tient compte du fait que ces sous-catĆ©gories de douleur ne sā€™ā€Šexcluent pas mutuellement, mais quā€™ā€Šelles prĆ©sentent toujours des zones de chevauchement. Cela signifie quā€™ā€Šun cas individuel peut, Ć  juste titre, ĆŖtre classĆ© simultanĆ©ment dans plusieurs catĆ©gories (fig. 1).

La CIM-11 exige lā€™ā€ŠintĆ©gration du subjectif dans le diagnostic de la douleur

La douleur chronique est aujourdā€™ā€Šhui considĆ©rĆ©e comme un processus neuro-perceptif dĆ©sagrĆ©able et persistant qui peut avoir des implications psychosociales. La CIM-11 tient compte du fait que la douleur chronique est toujours soumise Ć  une modulation psychique et quā€™ā€Šelle est rĆ©guliĆØrement liĆ©e Ć  des facteurs psychosociaux, en exigeant une Ā«postcoordinationĀ» pour toutes les formes de maladies douloureuses chroniques. Il sā€™ā€Šagit ici de prendre en compte la dimension individuelle de lā€™ā€ŠexpĆ©rience au moyen de mesures spĆ©cifiques et dā€™ā€ŠintĆ©grer les aspects psychosociaux. Cette Ć©valuation multidimensionnelle de la douleur constitue une bonne base pour un traitement multimodal individualisĆ© de la douleur et une condition prĆ©alable Ć  une expertise de la douleur individualisĆ©e et ouverte aux rĆ©sultats, telle quā€™ā€Šelle est exigĆ©e par les directives suisses (13).

Traitement multimodal de la douleur dans le domaine ambulatoire

Les principes, les contenus et les directives du traitement multimodal de la douleur ont dĆ©jĆ  Ć©tĆ© prĆ©sentĆ©s en dĆ©tail dans un autre article (14). La thĆ©rapie multimodale va au-delĆ  des mesures pharmacologiques et interventionnelles et se concentre en premier lieu sur les ressources comportementales et le reconditionnement physique en cas de douleurs chroniques primaires. Dans la pratique ambulatoire, il est recommandĆ© de mettre en place une Ā«triade thĆ©rapeutiqueĀ» interprofessionnelle, composĆ©e en rĆØgle gĆ©nĆ©rale dā€™ā€Šun mĆ©decin, dā€™ā€Šun physiothĆ©rapeute et dā€™ā€Šun psychologue. Le mĆ©decin est responsable de la gestion du cas clinique, de lā€™ā€ŠĆ©valuation diagnostique de la douleur, de la thĆ©rapie dā€™ā€Šinformation ainsi que de lā€™ā€ŠĆ©laboration de propositions de traitement pour les deux autres spĆ©cialistes impliquĆ©s, en fonction du cas. En physiothĆ©rapie, il sā€™ā€Šagit souvent de surmonter les myoblĆØmes associĆ©s Ć  la douleur, dā€™ā€Šenseigner des mĆ©thodes de relaxation physique et de guider une activation dosĆ©e en faveur dā€™ā€Šun reconditionnement physique (pacing). Les interventions psychologiques se concentrent rĆ©guliĆØrement sur la rĆ©duction du stress, lā€™ā€Šexploration de facteurs de soulagement, la mobilisation de ressources, le dĆ©veloppement de stratĆ©gies dā€™ā€Šadaptation, le tout dans le but gĆ©nĆ©ral dā€™ā€Šobtenir une plus grande efficacitĆ© personnelle dans le vĆ©cu de la douleur.

Des discussions de cas rĆ©guliĆØres et communes (par ex. par zoom) pour vĆ©rifier les objectifs amĆ©liorent lā€™ā€ŠefficacitĆ© de la thĆ©rapie. Ce travail dā€™ā€ŠĆ©quipe est souvent Ć  la fois soulageant et enrichissant pour toutes les personnes impliquĆ©es. La concertation thĆ©rapeutique peut ĆŖtre facturĆ©e via Tarmed (p. ex. position Tarmed 00.0144). Compte tenu de la grande frĆ©quence des maladies douloureuses chroniques, il vaut la peine de bien se positionner dans le traitement de ces maladies.

Cet article est une traduction de Ā«der informierte arzt  – die informierte ƤrztinĀ» 09/2023

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PD Dr. med.Niklaus Egloff

Akademie für Psychosomatische und
Psychosoziale Medizin (SAPPM)
Postfach 521
6062 Reiden

Lā€™ā€Šā€Šauteur nā€™ā€Šā€Ša dĆ©clarĆ© aucun conflit dā€™ā€Šā€ŠintĆ©rĆŖts en relation avec cet article.

  • La CIM-11 classe la douleur chronique comme une entitĆ© pathologique Ć  part entiĆØre.
  • Les maladies douloureuses sans dĆ©clenchement lĆ©sionnel sont Ā­dĆ©signĆ©es de Ā­maniĆØre neutre dans la CIM-11 comme des douleurs chroniques primaires, le terme de Ā«somatformeĀ» est abandonnĆ©.
  • Toute douleur chronique peut ĆŖtre couplĆ©e Ć  des comorbiditĆ©s Ā­psychiques, mais une psychopathologie nā€™ā€Šest pas une condition.
  • Dans les maladies douloureuses chroniques, la physiologie de la perception de la douleur est souvent hautement rĆ©gulĆ©e Ć  diffĆ©rents niveaux sur le plan neuroplastique et neuroinflammatoire.
  • Pour le traitement des douleurs primaires chroniques dans la Ā­pratique, la mise en place dā€™ā€Šune Ā«triade thĆ©rapeutiqueĀ» composĆ©e dā€™ā€Šun mĆ©decin, dā€™ā€Šun physiothĆ©rapeute et dā€™ā€Šun psychologue (de la douleur) a fait ses preuves.

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Une Ʃtude multicentrique

GrĆ¢ce au traitement antirĆ©troviral (ART), lā€™ā€Šā€Šinfection par le VIH est devenue une maladie chronique maĆ®trisable. Presque toutes les personnes vivant avec le VIH atteignent par un traitement appropriĆ© et une bonne observance, une rĆ©duction durable de la sĆ©ropositivitĆ© et ont donc une espĆ©rance de vie proche de celle des sĆ©ronĆ©gatifs (1, 2). Pour cette raison, la rĆ©ponse virologique nā€™ā€Šā€Šest actuellement pas le seul objectif de la ART; lā€™ā€Šā€ŠamĆ©lioration de la qualitĆ© de vie, la nĆ©cessitĆ© de rĆ©duire les toxicitĆ©s Ć  long terme et les comorbiditĆ©s chroniques nouvellement diagnostiquĆ©es sont autant de facteurs, qui jouent un rĆ“le dans le choix du rĆ©gime mĆ©dicamenteux.

Chez les PVVIH (personnes vivant avec le VIH) dont lā€™ā€Šā€ŠART a Ć©tĆ© couronnĆ© de succĆØs, il peut ĆŖtre indiquĆ© de passer Ć  une autre combinaison de lā€™ā€Šā€ŠART (3). La combinaison de bictĆ©gravir, emtricitabine et de tĆ©nofovirafĆ©namide (BIC/FTC/TAF) est un rĆ©gime Ć  trois substances dans un seul comprimĆ©, qui sā€™ā€Šā€Šest avĆ©rĆ© dans des Ć©tudes internationales randomisĆ©es comme Ć©tant efficace et bien tolĆ©rĆ©, y compris chez les patients adultes virologiquement supprimĆ©s, VIH sĆ©ropositifs, qui ont suivi un traitement antirĆ©troviral et sont passĆ©s Ć  ce rĆ©gime (4, 5). Il prĆ©sente un faible risque de toxicitĆ© rĆ©nale et dā€™ā€Šā€Šinteractions mĆ©dicamenteuses, et un amplificateur pharmacocinĆ©tique nā€™ā€Šā€Šest pas nĆ©cessaire ; de plus il est efficace contre les co-infections par le VHB (6).

Dans des Ć©tudes rĆ©elles menĆ©es chez des patients ayant dĆ©jĆ  suivi le traitement et ayant Ć©tĆ© au BIC/FTC/TAF, la suppression virale a Ć©tĆ© Ć©valuĆ©e comme la prĆ©sence dā€™ā€Šā€Šun taux dā€™ā€Šā€ŠARN VIH plasmatique entre 50 copies/ml (7, 8, 9) et 200 copies/ml. (10, 11), un choix qui reflĆØte la valeur seuil, Ć  partir duquel un Ć©chec virologique est reconnu par la European AIDS Clinical Society (12) ou de lā€™ā€Šā€ŠInternational Antiviral Society-USA (13). Il convient de noter que cette dĆ©finition sā€™ā€Šā€Šapplique Ć  la mĆŖme catĆ©gorie de rĆ©pondeurs virologiques aussi bien aux patients prĆ©sentant une trĆØs faible virĆ©mie (14, 15) que les PVVIH avec une virĆ©mie indĆ©tectable. Lā€™ā€Šā€Šidentification des patients avec suppression complĆØte de la rĆ©plication virale selon des tests biologiques de routine est une approche Ć©conomique pour analyser le rĆ“le des facteurs connus qui influencent la rĆ©ponse chez les patients, qui sont passĆ©s Ć  un autre rĆ©gime pour des raisons autres quā€™ā€Šun Ć©chec virologique et pour dĆ©crire la rĆ©ponse immunitaire chez les PVVIH avec une immunitĆ© chronique rĆ©duite et des rĆ©servoirs rĆ©duits par rapport aux PVVIH ayant une virĆ©mie trĆØs faible (16, 17, 18).

Lā€™ā€Šobjectif dā€™ā€Šune Ć©tude rĆ©cemment publiĆ©e (19) Ć©tait dā€™ā€ŠĆ©tudier le 24 mois de suivi de patients traitĆ©s contre le VIH, dont lā€™ā€ŠARN VIH plasmatique nā€™ā€Ša pas Ć©tĆ© dĆ©tectĆ© au moment de lā€™ā€Šadministration du traitement. le passage au BIC/FTC/TAF Ć©taient indĆ©tectables. ou se situait Ć  < 50 copies/ml. Elle se concentre sur les facteurs associĆ©s Ć  lā€™ā€ŠefficacitĆ© du traitement dans les corrĆ©lĆ©s entre les deux cohortes de patients, y compris le lā€™ā€Šinfluence du contrĆ“le de lā€™ā€ŠARN du VIH plasmatique dans les 12 mois prĆ©cĆ©dant le dĆ©but du traitement par BIC/FTC/TAF. Le passage dā€™ā€Šautres traitements antirĆ©troviraux au bictĆ©gravir, Ć  lā€™ā€Šemtricitabine et au tĆ©nofovirafenamide (BIC/ FTC/TAF) est efficace pour les personnes vivant avec le VIH et prĆ©sentant une rĆ©sistance virologique. suppression est sĆ»r et efficace. Le terme suppression virologique comprend Ć  la fois une sĆ©ropositivitĆ© faible mais virĆ©mie VIH dĆ©tectable quā€™ā€Šune virĆ©mie VIH indĆ©tectable. VIH, cette derniĆØre pouvant ĆŖtre associĆ©e Ć  une suppression de lā€™ā€Šinfection. est associĆ©e Ć  une activation immunitaire plus faible. Les auteurs dĆ©crivent dans cette publication (19) un suivi de 24 mois de suivi de PVVIH expĆ©rimentĆ©es avec un taux de VIH indĆ©tectable ou dĆ©tectable de lā€™ā€ŠARN VIH plasmatique < 50 copies/ ml, qui ont Ć©tĆ© convertis au BIC/FTC/TAF. Un suivi prĆ©alable surveillance de 12 mois Ć©tait disponible et les facteurs Ć©taient en corrĆ©lation avec lā€™ā€ŠefficacitĆ© du traitement. Cette Ć©tude multicentrique rĆ©trospective a portĆ© sur les PVVIH qui ont Ć©tĆ© ont Ć©tĆ© convertis au BIC/FTC/TAF entre 2019 et 2022. Les dates de suivi Ć©taient de 6 (T6), 12 (T12), 18 (T18) et 24 (T24) mois aprĆØs le changement (T0). Des analyses de survie avec Ć©checs multiples par sujet, des estimations de survie de Kaplan-Meier, une analyse multivariĆ©e analyse de variance, une rĆ©gression linĆ©aire Ć  plusieurs niveaux et un modĆØle logistique ordonnĆ© hiĆ©rarchiquement a Ć©tĆ© appliquĆ©. Au total, 329 PVVIH avaient un ARN VIH plasmatique qui, au temps T0 Ć©taient soit indĆ©tectables, soit < 50 copies/ml, et 197 rĆ©pondaient Ć  tous les critĆØres dā€™ā€Šinclusion: M/F 140/57 ; le nombre mĆ©dian de cellules CD4+ Ć©tait de 677 cellules/mm3 ; et chez 108 patients, lā€™ā€ŠARN du VIH Ć  T0 nā€™ā€ŠĆ©tait pas dĆ©tectable. La plupart des 197 patients (122, 61,9 %) avaient dĆ©jĆ  reƧu un traitement par inhibiteur de transfert de brin dā€™ā€ŠintĆ©grase (INSTI). Lā€™ā€ŠindĆ©tectabilitĆ© de lā€™ā€ŠARN du VIH Ć©tait plus frĆ©quente Ć  chaque date de suivi. plus frĆ©quente chez les patients ayant toujours Ć©tĆ© indĆ©tectables ARN du VIH dans les 12 mois prĆ©cĆ©dant le changement. Un nombre plus Ć©levĆ© de cellules Nadir-CD4 jouait un rĆ“le prĆ©dictif, et la positivitĆ© HBcAb nā€™ā€Ša eu aucune influence. En rĆ©sumĆ© on peut dire que le changement est programmĆ© et peut Ć©ventuellement ĆŖtre retardĆ© au cas par cas, pour obtenir une indĆ©tectabilitĆ© durable de lā€™ā€ŠARN du VIH dans le plasma. Une perte non diagnostiquĆ©e de HBcAb nā€™ā€Ša pas dā€™ā€Šeffet nĆ©gatif sur la rĆ©ponse au traitement.rĆ©ponse au BIC/FTC/TAF.

Conclusion

Le rĆ“le prĆ©dictif dā€™ā€Šune virĆ©mie VIH indĆ©tectable lā€™ā€ŠannĆ©e prĆ©cĆ©dant la transition pour le succĆØs virologique Ć  long terme. suggĆØre que la transition pourrait ĆŖtre programmĆ©e et pourrait Ć©ventuellement ĆŖtre retardĆ©e si la simplification en est la raison, et ce au cas par cas en accord avec accord avec le patient, afin dā€™ā€Šobtenir une indĆ©tectabilitĆ© durable de lā€™ā€ŠARN du VIH dans le plasma. En outre, une perte non diagnostiquĆ©e de HBcAb nā€™ā€Ša pas de consĆ©quences nĆ©gatives sur la rĆ©ponse au BIC/FTC/TAF. Une pĆ©riode de suivi plus longue sera certainement nĆ©cessaire pour confirmer le rĆ“le prĆ©dictif des facteurs Ć©tudiĆ©s.

Pr Walter F. Riesen

riesen@medinfo-verlag.ch

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